SigPhi · Christine de Pizan

L'art de chevalerie selon Vegece (French)

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Item se ung homme estoit accusé d’avoir couché avecques une femme mariee/ lequel cas selon celle loy se le mary ou ses parens s’en plainnent a justice est capital/ ladicte loy veult que l’omme s’en puisse deffendre par gaige de bataille.

Item semblablement est de une fille a marier estant en la gouvernance de son pere et de sa mere ou de ses parens s’ilz se plaignent de quelque homme qui ait esté en sa compaignie/ combien que ce fust de son bon gré/ ceste loy veult qu’il en jure s’il ne s’en deffend par bataille en cas que la chose fust si secrete qu’elle ne peust estre contre luy prouvé/ car se manifeste estoit/ se lesditz parens veullent il n’y a remede qu’il ne fault qu’il en muire ou qu’il s’en combate.

Et pource que ceste loy sembleroit bien estrange en france et en aultres pays que ung homme deust mourir pour tel cas veu que la femme ou la fille fust contende se fonde celle loy sur telles raisons/ comme il soit vray dist elle que ung homme reçoive mort par sentence de loy et de justice pour avoir aucunement commis ung bien petit larcin d’or d’argent ou d’autre chose/ duquel cas ne le pourra excuser quelconque necessité qui a ce le eust meu/ que justice ne luy garde sa rigueur se grace par pitié d’aucun cas piteux ne luy est faicte. Pourquoy doncques sera espargné celluy qui tollu et despouillié de son honneur aura non pas seulement une femme: mais son mary & tout le lignaige. Et pource comme icelles gens qui ces loix establirent prisassent plus honneur que or ne argent conclurent que encore trop plus devoit avoir mort desservye celluy qui en descombroit ung autre ou ung linage metoit en reproche que se tollu leur eust quelconque autre avoir/ & pource dirent les aucuns que encores estoit la loy moult piteuse quant plus cruellement on ne pugnissoit telz gens/ que aultres dignes de mort/ c’est assavoir qu’on ne les faisoit mour de plus cruelle mort que en autre cas.

Item ung autre cas qui sembleroit contre raison dit icelle loy/ que se ung homme avoit tenu et possessé ung heritaige terre ou maison Et mesmement meubles l’espace de xxx. ans & plus & ung autre l’accusoit que faulcement l’auroit possidé/ se cestuy l’offre a prouver seulement par son corps en gaige de bataille qu’il y soit receu/ mais sans faulte nonobstant ceste loy te dis bien que fol est qui ainsy gage/ car celluy qui ja en est en possession pourroit dire et respondre a l’autre. Beaulz amys je n’ay que faire de ton gage comba toy tout seul se bon te semble/ car ja pour ceste cause ne me combatroy/ si n’est loy qui le puist contraindre/ car perscription est approuvee de tout droit.

Item dit que s’il advenoit que deux hommes eussent debat et proces l’un contre l’autre au jugement & que tous deux produisent tesmoings a leur intention que se l’un veult contredire les tesmoings de [l’autre] en prouvant par son corps son intention contre qu’il y soit receu.

Item se ung homme fait demande a ung autre de certaine somme d’argent ou de quelque autre chose lequel die qu’il le bailla ou presta a son pere ou a sa mere: & l’autre luy nye qu’il soit receu contre l’autre a gage de bataille se ce offre a prouver pour son intention.

Item se ung homme a eu quelque dommaige comme par feu prins en quelque lieu de son hostel s’il veult prouver par gaige de bataille a quelque aultre homme qu’il luy ait bouté il y doit estre ouy.

Item se ung mary se plaint de sa femme qu’elle ne soit preudefemme posons qu’il le face cauteleusement pour s’en delivrer ou banir de son douaire/ elle s’en peut deffendre par trouver champion contre luy/ en gaige de bataille/ & s’il le refuse il n’en sera pas creu.

Item se ung homme hante en l’ostel de ung homme marié/ se le mary veut soustenir qu’il y hante pour l’amour d’aucun mal avec sa femme se ledit compaignon s’en veult deffendre contre luy/ en gaige de quoy je me gabe de ceste follie pensant se le compaignon qui est accusé estoit grant et fort seroit bien employé s’il s’en sentoit innocent qu’il batist tresbien au champ le meschant mary jaloux.

Item se ung homme accuse ung aultre en jugement d’estre parjure celluy qui est accusé le peut contredire si que dit est.

Aultres plusieurs choses contient icelle loy en cas de gaige de bataille/ lesquelles je laisse pour cause de briefté comme non necessaire chose de plus en dire Neantmoins tant qu’il est a entendre que icelles batailles se font aucunesfois par les principalles personnes/ & aucunesfoys se font par autres personnes quant cas raisonnable d’aucun empeschement y chiet/ sicomme se ung homme trop jeune estoit accusé ou ung homme qui eust quelque maladie ou fust impotent/ et aucunesfois une femme et toutes telles personnes/ lesquelles choses sont assés nommees par expres esdictes loix lombardes/ & mesmement se ung serf disoit que son seigneur l’eust affranchy de servitude & le vouloit prouver par son corps/ le sire n’est pas tenu de la bataille/ mais il doibt livrer ung champion. Et plus dit car de deux clers de pareil degré donne licence que ensemble se combatent. De laquelle chose sauve sa grace je dy qu’elle a tort de soy entremettre en tel cas de personne ecclesiastique/ Car le canon qui plus fait a obeyr leur deffent expressement toute bataille & violente blesceure.

Je te demande se ung homme est impotent si que dit est pourroit mettre luy tel champion qu’il luy plairoit.

Je te respons que les champions commis par aultruy sont en ce fait de bataille en figure de procureurs et advocas/ de pledoians/ lequel office chascun peut faire s’il veult sinon que droit le contredie expressement tout ainsy est de champions car quiconques veult le peut estre sinon que droit le contredie pour aucune occasion/ car ung baron ou aultre qui par avant auroit commis aucun grant criesme n’y seroit pas receu ne nul homme quil fust infame/ & la raison y est bonne/ car se ung tel homme entroit en champ pour aultruy/ & il y fust vaincu on cuideroit que ce seroit par ses propres pechez/ & non pas pour la cause de l’imposition de celluy qui est accusé.

Cy devise comment champ de bataille monte et represente aucunement fait et proces de pledoierie/ et se c’est droit que a l’entree les champions facent serment. x.e cha.

Mais quoy que gaige de bataille si que t’ay dit cy devant soit de nos docteurs reprouvé. Neantmoins pource que c’est chose en usage es faitz de nobles et en chevalerie/ & que telz debatz ont esté sont et seront jugés par les princes et seigneurs selon tel droit que avoir y peut dont la coustume ne deffaudra pas en tous lieux est bon encore d’en parler a l’enseignement de ceulx qui les ont a juger/ & aussy de ceulx qui les entreprennent/ car je tiens que la moindre partie des nobles quoy que plusieurs en parlent/ sache bien ce qui en est contenu ou doibt estre contenu en tel debat juger entreprendre et faire sy t’en diray.

Tout premierement doibs savoir et il appert que icelles particulieres batailles monstrent en figure nature de jugement car ainsy que en ung jugement est le juge/ aussy celluy qui demande & le respondant les tesmoings/ et apres la sentence vient/ semblablement en champ cloz est le juge c’est le seigneur pardevant lequel se fait la bataille/ le appellant et le deffendant sont les deux parties contradictoires/ les tesmoings sont les coups qui s’entredonnent et les armes dont ilz sont saizis. Par lesquelz coups et armes chascun s’efforce de bien prouver son intention/ & apres vient la victoire qui est escheue a l’un des deux qui represente la sentence diffinitive.

Maistre or te pri que nul ne t’ennuye se ung petit rons ta parolle pour toy faire une petition. Pource que j’ay ouy dire que a entrer au champ les champions font serment se c’est chose juste que jurement y facent/ car il sembleroit que non/ et que ja n’en fust besoing pource que en bataille generalle en laquelle seroient deux roys et leurs gens n’y seroit fait nul serment. et pour quoy le feront deux personnes.

Amy je te respons que de faire serment est le droit de tel debat/ & n’est pas bonne la raison que tu dis que es grans batailles ne se fait nul serment/ scez tu la cause pource que les grandes et generalles batailles/ sont par deliberation de grant conseil jugees par les seigneurs/ sy n’y affiert point de jurement/ mais en tel debat particulier le prince ne peut pas la verité de la querelle bien savoir/ & pource veult avoir le serment de ce qu’ilz prennent a tesmoingner par leurs corps/ si l’appelle la loy lombarde le jurement de la teste/ & se jurement si est de nature calompnie lequel se doibt damner de tout le plait/ ou lors jure le demandant qu’il fait bonne et juste demande.

Apres jure le deffendant qu’il a juste deffence/ & tout ainsy fait on en champ clos/ mais affin que tu l’entendes se il y a subtile maniere de donner serment/ car se l’appellant jure absolutement contre l’autre de la chose dont il n’est pas bien certain sicomme de dire sur sainctes evangilles que tu as meurdry mon pere ou mon frere/ & toutesvoies il n’en sera pas bien certain/ car il ne l’aura pas veu/ mais l’aura paraventure ouy dire ou pour quelque couleur le suspicionnera/ le serment est follement fait/ car nul ne doibt jurer absolutement chose que de veue ou par propre sceue n’en soit certain. Et par ce fait peut estre sa querelle mauvaise s’il n’est ainsy qu’il dit il se parjure/ mais du deffendeur est aultre chose/ car il ne peut estre ignorant de la querelle: car bien scet se du fait est coulpable ou non/ & pource est sa querelle meilleure au cas qu’il ne se sente estre coulpable/ mais se a son escient se parjure trop est pire sa cause que de l’appellant qui verité cuide dire. Pource en greigneur sceurté d’avoir juste querelle/ l’appellant doibt jurer sans plus qu’il tient fermement que l’autre luy ait occis son pere dont il l’appelle/ & par ainsy sera sa querelle meilleure/ si doibt dire devant le prince la cause pour quoy il est meu/ la maniere & le cas/ & le prince sur ce doibt estre saige et advisé par les circonstances se ce peut estre vray Car se ledit criesme eust esté fait le jour devant pres du boys/ & cellui qui en seroit accusé povoit prouver que ledit jour eust esté bien loingz de la ou toute la journee autrepart/ ne deveroit point donner de foy a tel appellant de la chose qui impossible seroit/ si doibt bien adviser que la querelle soit juste ains qu’il l’accepte/ et non pas ouyr tous appellans par frivoles folz mouvemens/ folles oppinions & cuidiers/ car moult en est de sy pou saiges qui se vouldroient ad ce follement exposer sans nulle cause ou a pou d’occasion et leur sembleroit fait tresglorieux/ parce que petit ont de consideration/ si n’est pitié quant a ceulx en prent mal mais a ceulx de leur partie est compassion qu’ilz convient qu’ilz se deffendent/ ou s’ilz ne se deffendoient l’usaige d’armes leur courroit sur et donneroit blasme et deshonneur voire selon l’oppinion des jeunes et non sages en ce cas.

Et je te demande se l’appellant et l’appellé voulzissent combatre es plains champs ou en l’absence du prince suffiroit il/ Je dy que non/ car c’est cas dont la congnoissance luy appartient et en doibt juger/ duquel leur vouloir ne peut faire providence/ ains fault que ledit seigneur ou celluy qui commis y est Aussy ceulx qui garder les doivent soient presens et que chascun d’eulx soit en sceureté de toute autre personne/ ne homme du monde n’y doibt parler sur peine d’en estre grandement pugni/ se ce n’est par le commandement du seigneur qui doit juger en la fin lequel des deux eust vaincu ou vainqueur.

Cy devise s’il advient que l’un des champions perde en soy combatant aucune de ses armes soit espee ou autre baston se par droit on luy deveroit rendre et lequel doibt envaÿr l’autre.

Item se le roy pardonnoit au vaincu se l’autre luy pourroit demander ses despens.

Et s’il est ainsy que ung homme soit trouvé a tort accusé & appellé de combatre que on doit faire de cellui qui l’accuse. xi.e chapitre Je demande maistre s’il escheoit entre deux combateurs en champ cloz que l’un rompist l’espee de l’autre ou la jecte hors de la closture/ car je tiens bien qu’ilz facent du pis qu’ilz pevent suppose que celluy n’ait hache dague maillet ne autre baston pour soy deffendre se par raison on luy donneroit nouvel baston de deffence Car puis qu’il est en la maniere que tu l’as dit/ c’est assavoir que les armes de deffence sont en figure de tesmoings dont on se aide en plaidoierie/ sembleroit que on leur deust rendre derechief ou livrer harnoys si qu’ilz le requierent/ car se pour prouver mon intention avoie produit aucuns tesmoings posons que ceulx la me faillissent par mort ou autrement/ si en puis je bien produire d’aultres assez s’ilz ne sont pour mauvais accusez. Pourquoy doncques se icelluy champion n’a peu par son baston ou autre harnoys son intention prouver n’en peut il ravoir ung autre.

Bel amy a dire voir selon raison de tel droit qu’il y compte/ y a regard au juge de telz chose juger/ car grant differences y a se l’espee cheoit legierement d’aventure hors de la main/ ou se l’autre la lui tolloit brisoit ou jectoit hors ou se par sa follie la perdoit/ mais se son espee rompoit d’aventure par les coups qu’il mesmes en donneroit et non pas par l’effort de son adversaire et plus n’eust harnois pour soy deffendre/ & que par celle maniere fust/ sans faulte/ aucuns maistres dient que on luy feroit tort/ qui autre ne luy bailleroit/ mais trop pou adviendroit que homme entrast en champ sans estre garny de plus de ung baston ou que tous les perdist/ si se peut ayder de l’autre quant l’un est sailly.

Or sire et s’il advient que le premier jour le juge ne puisse congnoistre lequel est vaincu/ sont ilz tenuz de retourner l’endemain Je te respons certainement que ouy s’il est en leur puissance/ & que a oultrage aient emprins a combatre/ au cas que autre condition n’y auroit esté mise/ si n’en pourroit estre absoubz ne quitte jusques a ce que l’un soit vaincu/ quoy qu’il demeure/ reservé que le prince commandast le contraire ou que eulx mesmes s’accordassent par le commandement du seigneur/ car aultrement ne le pourroient ilz faire puys que en champ sont entrés mais le prince en doibt estre piteux et avoir mercy de ses deux hommes qui en peril sont de perdre ame corps et honneur.

Dy moy encore maistre lequel des deux doit premierement ferir quant ilz sont en champ/ car je n’ay pas oublyé ce que cy dessus as dit que ceste bataille tient en partie/ nature de plaidoierie par quoy il semble que l’appellant doibt premier tenir son baston/ & ferir/ car en plaidoierie celluy qui est acteur donne premier sa demande & apres respond le deffendeur.

Amy combien que tes raisons soient consonantes. neantmoins en ce cas y convient faire par autre voye que plait ne se gouverne/ car la est exploicté par parolles/ & icy par voye de fait/ & pource/ la ou homme est en peril de mort ne doibt pas attendre le premier coup/ car tel pourroit il estre sy grant & si pesant que tart viendroit a soy deffendre/ comment n’a pas doncques assez encommencé l’appellant quant son gaige a donné et appellé l’autre de combatre/ et se en jugement l’acteur donne premier sa demande ce n’est que par parolles/ dont il est grant marche ou par ung pou d’escrit. Sy n’est ce pas si perilleux comme seroit ung coup de hache ou de lance Et puis qu’ilz sont enclos & on leur escrive faictes vos devoirs/ ne scet pas bien chascun ce qu’il a a faire/ & pource te dy que selon toute raison en tel cas/ soit par raison barat ou aultre subtil engin cautelle force appertise ou autrement puis que la sont/ celluy qui est appellé peut ferir premier s’il a loisir et en tous cas peut prendre l’avantaige s’il peut ou scet/ mais vray est qu’il doibt attendre premier que l’autre se parte de sa place ung pas ou deux ou face semblant de venir vers lui.

Item derechief te fais aultre demande. Je prens que le roy qui voit deux champions ainsy combatre ait pitié de celluy qui voit sur le point de desconfiture/ fait arrester par le cry de son connestable. Neantmoins le mieulx combatant requiert au roy qu’il luy face justice & juge le droit pour lui Le roy respond je te juge l’onneur de la bataille/ mais je pardonne a l’autre/ car c’est mon plaisir/ cestui requiert ses despens/ les doibt il avoir/ car il sembleroit que non/ pource que le roy ne luy a pas condemné et qu’il n’a pas aussy confessé le fait comme vaincu.

Je te respons que s’il estot convaincu du tout & le roy luy pardonnast le delict/ laquelle chose est en sa puissance/ sil ne peut il pourtant faire tort a partie/ laquelle a bon droit les requiert mais s’il est dit. Ho/ qui est a dire cessez ains qu’il en soit du tout attaint et vaincu/ il n’y est pas tenu/ car quoy que le roy me fait crier/ quant le pis a de la bataille sil n’a il pas encore confessé la chose en quoy gist la droicte victoire au vainqueur/ c’est assavoir quant a l’autre fera confesser le droit qu’il a/ & aussy y pourroit encore avoir esperance que aucun coup pourroit estre lancé qui occiroit celluy qui le meilleur cuide avoir/ sicomme on a veu aucunesfoys/ que celluy qui dessoubz attaindoit l’autre en lançant de dague ou d’espee qu’il l’occioit/ car de fait de bataille quoy qu’il en semble ne peut estre bonnement jugé jusques en la fin.

Et maistre s’il advenoit que il fust trouvé que aucun en tel cas eust accusé a tort ung autre ou de murdre ou de crisme que deveroit il estre fait de l’accusant.

Sans faulte nos maistres determinent que on en deveroit faire pareille pugnition comme le cas en donnoit que on deust faire de l’autre s’il en eust esté attaint.

Cy demande se ung homme estoit pugni en champ de bataille d’aucun meffait se justice a plus que veoir sur luy d’icelle cause. xii.e cha.

Et derechief je te demande se ung homme qui appelle ung aultre en champ de bataille pour luy prouver par son corps qu’il est faulz parjure/ & la pugnition selon le cas advient que de ce mesmes fait il est appellé & poursuivy de justice/ doibt cest homme estre pugny plus de une foys de ung mesmes cas/ car il ne sembleroit pas que juste chose fust ne dieu ne le veult ne saincte escripture ne si accorde que pour ung peché on doive estre condemné deux foys.

Bel amy ad ce te respondray quoy que les excusations que tu dis fussent partie pourroit respondre nous sommes en court de droit escript/ par lequel doibt estre congneu et jugié des cas qui requierent pugnition/ mais comme gaige de bataille ne soit approuvé de nul droit escript/ par lequel supposé que par celle voye a esté corrigé n’est pas pourtant pugnition/ car justice n’y a pas veu et n’y eut autre chose au regard de droit que ainsy que se ung pere avoit batu son enfant pour cause d’aucun delict/ qu’il auroit fait/ ne suffiroit pourtant a justice ne a pugnir ne le lairoit. Si t’en diray selon le voir de ces deux altercations Sachez de vray que se la journee eust esté sy longuement differee de la bataille d’entre l’accusant & l’accusé/ que le cas fust venu en ces entrefaictes a congnoissance de justice. Je te dy bien que non obstant ce l’entreprinse de ladicte bataille juste l’en peut pugnir comme se ce fust chose prouvee/ mais se tu me demandoies se apres la pugnition seroit tenu de tenir la tournee du champ. Je te responderoye que non Car quel droit pourroit il avoir de soy deffendre de ce dont il est convaincu/ mais s’il estoit ainsy que le prince ou celluy qui estoit garde du champ l’eust pugny de ce meffait ou qu’il luy eust remys & pardonné ce meffait fust par jurement ou autre/ certes tant est grande l’auctorité des princes qui ceste coustume ont approuvee de prouver par bataille par pugnir les a tant par celle voye que pugni soit une foys sans plus ne les princes & seigneurs ne souffriroient pas aucunement requerir leurs sentences.

Maistre s’il ne t’ennuye que tant t’enquiers sur ceste matiere me dis encore ung mot a ce propos.

Ung chevalier accuse ung autre en l’appellant en champ de bataille et puis s’en repent. se peut il depporter de l’appellation a son voulloir: & que plus n’en soit de ce qu’il a dit/ car sembleroit que voirement s’en peust deporter de l’apporter: veu que se ung homme accuse ung autre ou en mesditz par couroux ou chaleur il s’en peut bien repentir et depporter s’il veult si qu’il me semble.

Amy a ce je te respons que se ung gentil homme appelle d’aucune adventure de gaige ung autre gentil homme pour quoy que ce soit en l’absence de son seigneur ou du connestable ou d’autre juge competent & apres s’en repent parce que par adventure estoit tresmal informé ou en tresgrant ire ou merancolie ou apres boire Ceste chose se doibt assez legierement remettre en maniere que a l’autre doit suffire sans le poursuivir de l’appellation Car nul ne doibt estre de ce trop malgratieux ne trop aigre comme ce soit chose merveilleusement dangereuse quelque bon droit que on ait veu aussy que l’autre soit assez tenté de soy repentir & refroider de la bataille/ de laquelle fol mouvement a bien monstré qu’il n’estoit pas saige/ car trop est grant honte de soy alleguer en parolle tellement que apres s’en conviengne desdire. Neantmoins il vault trop mieulx soy repentir de la folie ainçoys que on l’execute que d’entrer au champ/ a mauvaise querelle/ Ne se n’est pas vice de soy repentir du mal mais c’est pechié & folie de l’entreprendre et parfaire/ mais en cas que les parolles seroient tant avant allees que devant le prince ou connestable ou aultre propre a le recepvoir auroit jecté son gaige repentir ne s’en pourroit sans la voulenté du prince et l’assentement de partie laquelle pourroit par raison demander admende/ Car au propos que cy devant t’ay dit que champ de bataille retrait a plaidoierie sy est ce gage en figure d’une plainte que on donneroit en jugement. Apres laquelle icelluy qui la donne luy faut poursuivir la plaidoierie se les parties ne se accordent/ mais bien est vray que puys que ledit appellant s’en repent le prince doibt estre large de pardonner aux repentans/ car ainsy le veult dieu.

Cy devise les choses en quoy le roy ou prince doibt avoir regard/ ains qu’il juge champ de bataille Et comment on doibt donner conseil a ceulx qui combatre se doivent. xiii.e chapitre.

Des batailles en champ cloz dont tu m’as devisé te dyray qui a present sont en usage en plusieurs pays et ont par long temps esté par tout le monde tellement que par longue coustume de les avoir souffertes nonobstant la deffence du decret et du droit canon si que tu dis sont tournees sicomme en loy ce me semble que forte chose doit estre aux princes de bien determiner et juger le cas que telles batailles requierent/ car il n’est pas doubte que les seigneurs desirent et veullent que droit soit fait a ung chascun Et pour celle cause requierent et seuffrent telle bataille faire/ affin que les cas obscurs & mussez soient attains.

Amy chier vray est ta parolle sans faulte et pource en affermant ce que tu dis que telle bataille en soit le jugement moult perilleux me plaist la doctrine et enseignement des nobles/ a laquelle fin tu laboures en cestuy livre de mettre sans plus & desclairer aucunes rigles a tenir sur ceste matiere.

La premiere rigle soit que nul prince seculier affin qu’il ne faille tant soit prudent & sage quelque bon conseil de sages chevaliers qu’il ait ne doibt juger champ de bataille/ quelque bon conseil qu’il ait aussi de seculiers se ce n’est par le regard des saiges legistes pour ce que de tous cas qui advenir pevent mieulx en sauront determiner que autres gens/ car se leur enseigne leur science/ si est a eulx desclarer des cas se c’est bon ou mal a faire se c’est chose reprouvee ou permise/ ou se ung cas a previlege devant ung autre/ & qu’il soit vray que telz gens quant expers sont en sachent mieulx determiner que autres l’octroye la loy civille/ laquelle dit que les advocas sont protecteurs & gouverneurs d’humain lignage.

Encore y a autres raisons par quoy affiert a eulx en determiner devant tous aultres/ c’est pource que chevaliers et seculiers autres gentilz hommes sont plus legierement meuz a juger armez que autres gens qui ne sont que clercs/ & leur vient de ung estatut qu’ilz ont en eulx qui reputeront ung homme deshonnoré se tantost ne accepte le gaige de celluy qui le donne qui est une oppinion mute sans nul regard de raison quant a ce sauve leur reverence/ car moins deveroit estre honnoré celluy qui donneroit/ ou accepteroit le gaige pour pou d’occasion ou pour fol ou nice/ incontinent que celluy qui le refuseroit/ car sans faulte pas n’est deshonneur/ ains est le contraire de non consentir et reffuser folle entreprinse voire par especial de perdre si chier chastel comme est l’ame avecques le corps/ & pourroit dire l’assailly/ mon amy se tu as voulenté de combatre si te combas a par toy/ car quant est a moy je ne vueil pas estre a ta follie participant.

La seconde rigle que le prince garder y doit est de quoy ung gentil homme acceptast le gaige de ung aultre/ qui paradventure sera meu contre luy par aucun malice/ par chaleur par quelque faveur/ par oultrecuidance orgueilleuse pour l’autre cuider suppediter pour mieulx valoir ou par quelque aultre mouvement sans raison.

Le prince ou quelq’un son lieutenant doibt sur ce estre advisé meurement de bien entendre la matiere de l’appellant et le bien noter Car aucuns en y a qui veullent coulourer droit sur falace de parler & si folz sont qu’ilz cuident tromper dieu/ mais ce leur vient sur le chief Avec ce doibt bien considerer quelle est la cause qui le meut & quelle chose met sur a l’autre/ & s’il est ainsi que le prince ait entendu que ce soit pour cause de debte Il doibt demander a l’appellant pourquoy la debte luy est deue/ en quel païs & en quel lieu la debte fut faicte s’il a de ce lettre ne tesmoing & se fait fut sy secretement que ame n’y fust/ se point d’escrit y a ou aultre seelle/ & s’il advient que apperceu soit que aucun pou d’apparence de preuve y ait/ ou quelque couleur/ par quoy jurement de droit y puisse congnoistre/ la doibt la cause commettre Car en tel cas homme ne pourroit par droit soustenir que avoir y deust bataille.

La tierce rigle est que le prince doibt faire proposer l’appellant la cause et action qu’il a contre l’autre/ & aussy que le deffendeur soit ouy present son conseil ou soient si que dit est les clers legistes/ & la doibt estre bien veu lequel a juste cause/ & que chascun en die son oppinion. Apres laquelle chose s’il est ainsy que trouvé soit que la guerre soit esmute par orgueil follie ou presumption/ comme de dire Je vueil prouver mon corps contre le sien en champ jusques a oultrance/ pour honneur acquerre et pour l’amour de ma dame ou que plus belle est que la sienne/ et telles manieres de follie/ tantost doibt estre deboutee ceste chose et non ouye et deffendre que plus n’en soit parlé & encores te dy je/ que pour parolles quelconques tant soient injurieuses se dictes sont en fureur ou chaleur par suspicion ou merencolie/ si que celluy contre qui ont esté/ s’en vueille combatre/ n’y doibt pas avoir de bataille: si non que celluy qui dictes les a les voulzist tousjours maintenir et combatre en celle querelle qu’il fust ainsi comme il auroit dit: a laquelle chose se ainsy advenoit encores se deveroit on pener de amoderer l’un et l’autre que bataille ne se feist nullement si que dit est ne doibt estre emprinse faicte ne jugee se trop grant cause n’y a/ ains deffendue et destournee tout le plus tost que on peut.

Mais s’il est ainsy d’aucune adventure que le cas soit grant sicomme de traïson de meurdre d’efforcement d’avoir bouté feu ou d’autre grant chose/ que l’appellant ne puist prouver ne monstrer fors par la preuve de son corps et que le deffendant ne se puisse nullement excuser que coulpe n’y ait/ a dont sy que dit est par le regard et consentement de tout le conseil doibt le prince juger la bataille selon ce que la loy du cas le requiert/ lequel est tel que tantost jugié sera quoy que plusieurs soient orgueilleux qu’ilz ne se fient si non en la force de leurs corps/ & ne font compte de dieu ne de son aide/ y doibt avoir aucuns saiges preudommes ad ce commis qui monstrer leur doibt le grant peril d’ame et de corps ou ilz se sont mis/ et que bien se advisent et confessent a saiges confesseurs/ & en bon estat se mettent/ si appellent dieu/ car encore leur en sera besoing Et ainsy admonnestent chascun a par soy bien et saigement leur conseil a part/ leur dient comment telle chose est pesant: ou il convient mourir ou estre deshonnoré/ sy se advise que tart ne viengne au repentir/ & toutes telles choses banies/ a ame et corps sache chascun conseil dire au scien et loyaument admonnester ne point ne le laisse jusques a la fin de la chose ou il a mestier d’estre bien conseillé mesmement es tours d’armes qui en telz cas sont convenables tant a assaillir comme en deffence/ et pour ce faire se c’est assavoir pour y conseiller d’une partie/ et l’autre leur doibvent estre baillez chevaliers expers et sages en tel art et science.

Cy demande se bataille peut faire selon droit a jour de feste/ et se on tient en droit que homme en armes se puisse sauver/ et se clercs pevent ne doibvent de droit aller en bataille ne excerser armes. xiiii.e chapitre.

Maistre or me dy se aucune bataille soit generalle ou especiale se peut faire selon droit a jour de feste/ car il seroit advis que non veu que les festes sont faictes et ordonnees pour dieu servir Si n’est pas combatre l’un contre l’autre oeuvre ne service aplicqué a dieu.

Sans nulle faulte amy ad ce propos tu trouveras en l’ancien testament comment de dieu estoit permis aux enfans d’israel que a quelque heure de jour que on venist sur eulx qu’ilz se deffendissent et yssissent hors pour donner la bataille/ pource te dy/ que en cas de necessité on peut bien a jour de feste faire bataille/ c’est assavoir que au cas qu’il fust assailly/ mais sans faute de emprendre journee de bataille a jour de feste n’appartient pas quoy que au jourd’uy soient christiens de sy foyble foy et pou de reverence aient en dieu et aux saints que compte n’en font gens d’armes/ mais que leur advantaige voient de chevaucher escheller ou escarmoucher & piller aussy au vendredi benoist ou au jour de pasques que en autre temps laquelle chose ne se doit nullement faire se grant necessité n’en contraint ou que grant bien de la commune utilité soit.

Je te demande maistre se nous devons tenir que ung homme d’armes se puisse sauver en excersant office d’armes/ car tresgrant doubte y pourroit avoir veu les maulx que necessairement convient que on y face/ & aussy que qui meurt en voulenté de grever son voisin ne va pas en bonne voye si me semble que tel est le desir de gens d’armes qui vont en guerre contre les ennemys lesquelz dieu veut que on aime/ & dont qui y meurt comment pourroit il estre sauvé.

Amy sur ce en bref te respondray par troys conclusions.

La premiere que sans faire doute selon que declaire le decret/ le chevalier ou homme d’armes qui meurt en bataille contre les mescreans pour l’exsaucement de la foy de nostre seigneur jesucrist: mais que de ses pechez soit repentans/ il s’en va ainsy que martir tout droit en paradis.

La seconde que se ung homme d’armes meurt en juste bataille pour aider au droit ou que ce soit pour la juste deffence de la contree & pour le bien publicque ou que ce soit pour garder les franchises ou bonnes coustumes du lieu se autre pesché ne l’empesche/ son ame n’en est pas agrevee/ ains y a grant merite et peut estre tel le cas et la querelle qu’il s’en va droit en paradis/ et est determiné que cellui bien meurt qui expose sa vie pour deffendre justice le droit de son prince et la contree/ & le peuple/ qui est chose moult meritoire.

La iii.e est au contraire/ c’est assavoir que se ung homme meurt en bataille en laquelle fust contre sa conscience/ c’est assavoir qu’il pensast que la querelle fust mauvaise & pour tollir et usurper droit d’aultruy dont il ne lui en chaille/ mais que tollir peust piller ou gaigner ses sauldees/ sans faulte se tel homme n’a loisir de avoir grant repentance en la fin nous ne pourrions presumer qu’il fust en voye de sauvement/ sy se advisent bien tous ceulx qui s’i mettent/ car ame et corps exposent en grant peril se en faulses querelles soustenir se habandonnent. En ce doivent singulierement avoir regard sauldoiers estranges/ et est moult contre ceulx ausquelz il ne chault de la querelle/ mais que bien paiés soient de leurs gaiges/ & que bien puissent piller/ mais telz gens font trop pis et moins sont a excuser que ceulx a qui il convient estre soit droit ou tort soubz peine de perdre leurs fiefz et terres avec leur naturel ou souverain seigneur/ combien qu’ilz doivent se leur seigneur a tort mettre peine a destourner et eschever la guerre.

Je te prie dy moy se clercs pevent ne doivent sans mesprendre aller en bataille. Je te dy voirement que de ce font nos docteurs plusieurs questions et selon l’oppinion d’aucuns aller pevent en armes deffensives et non pas envaÿes/ c’est assavoir qu’ilz pevent deffendre/ et non pas envaÿr/ & aultres dient qu’il ne leur loist saillir hors de leur lieu pour quelconque cas mais seulement leur est permise la deffence de la cité ou forteresse ou ilz sont/ soit aux murs ou aux fenestres a pierres et telz bastons que avoir pevent sans traire de fer/ et autres dient que de toutes armes pevent user en cas de deffence sans attendre que envaÿs soient/ car aucunesfois pour sauver son corps fault offendre et non pas attendre que on soit offencé/ car telle pourroit estre l’actende que on viendroit a tart pour y remedier.

Autres oppinions tiennent que en mandement de pape lequel est souverain sur tout le clergié ilz pevent faire l’un et l’autre/ & autres dient que les clers & les evesques qui juridictions de terre et de justice tiennent des princes sicomme du roy de france tiennent plusieurs prelatz leur temporel sont tenuz d’aller en guerre avecques leur seigneur s’il le veult/ & par especial les pers prelatz de france lesquelz pevent bien dire aux gens d’armes qu’ilz prengnent et emprisonnent/ mais qu’ilz tuent non/ car irreguliers seroient/ mais nullement ne leur appartient ferir homme ne a combatre si non qu’on voulzist ferir sur eulx/ car il n’est evesque ne prelat qui deffendre justement ne se peust en cas que premier envahy seroit sans ce que inregulier fust & mesmement s’il occioit/ mais a dire que armés soient gens d’eglise en bataille pour ferir mesmement en champ n’est point de droit.

Cy commence a parler de fait de armoierye se chascun peut prendre telz armes qu’il luy plaist. xv. c Maistre sans faulte je voy & congnoys que ton savoir est en bien souldre proprement toutes questions que me pourroit estre l’importunité de mon ignorance/ & comme assez doibt suffire sans toy plus travailler ce que declaré m’as de droit d’armes s’il te plaist encore ung mot pour moy faire sage d’aucune chose assez deppendans des precedentes/ c’est assavoir de droit d’armes/ apres lesquelles demandes que trop ne t’ennuye je te prendray fin en con[cluant mon livre. C’est que tu me dies du fait des] devises d’armes banieres et penonceaux que seigneurs ont acoustumé de porter & faire paindre en leurs paremens se chascun les peut prendre & porter a son vouloir.

Amy chier de ses armes qui premierement furent trouvees par noblesse/ affin que en bataille chascun noble homme fust recongneu par ses armes