SigPhi · Christine de Pizan

L'art de chevalerie selon Vegece (French)

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Et treuve l’on que plusieurs ostz ont esté desconfitz plus par leur propre multitude que par la force de leurs ennemys. Et pour quoy certes bonne raison y a/ car la grande multitude est plus forte a tenir en ordre & est souvent a grant meschief pour sa pesanteur plus indigente de vivres/ plus de debas y a plus atarge chemin. Et advient souvent que les ennemis quoy qu’ilz soient en moindre cantité tendent a les surprendre a passer destrois passages et rivieres/ et la gist le peril/ Car avantage ne font l’un a l’autre mais empeschement a bataille arrengee/ mesmes s’empressent tellement qu’ilz s’entrefoullent et estaignent. Et pour ce si que dit est les anciens qui les choses convenables en bataille avoient aprinses & les perilz par experience plus prisoient avoir ost enseignie et duit que la grant multitude Le bon capitaine establira sur telz gens divers capitaines soubz lesquelz commetra certain nombre de gens d’armes aux ungs plus aux autres moins selon leur suffisance/ & semblablement fera de ses canonniers & gens de trait vouldra lui et ses gens les veoir en point aux champs en divers jours a monstre les ungs apres les autres La sera bien prins garde que nul ne soit receu s’il n’est passable/ car au temps ancien estoient les capitaines tresestroitement sermentez que loialment serviroient le prince ou la contree.

Ces choses seront deuement faictes apres ce qu’il aura bonne assignation de la paye de ses gens d’armes/ car nul ne se attende d’avoir bons gens d’armes mal paiés/ ains leur fault courage si tost que la paye decline.

Et prendra congé du prince apres bonne assignacion et paiement sur les champs se mettra a tel effort de gens que le cas et la possibilité le requerra.

Cy devise la maniere qui affiert a tenir au connestable ou capitaine en son office/ ou fait desloger son ost selon que dient les livres d’armes.

xiii. cha.

Et s’il est ainsi que ledit capitaine voise en intention de assembler aux ennemis a bataille desquelz il attende la seurvenue par quoy il luy soit besoing une espace tenir les champs et y loger son ost/ il advisera par bon regart selon l’espoir de la venue des adversaires ou selon qu’il perçoive loger son ost au mieulx/ au premier prendre l’avantaige de la place s’il peut et meilleur lieu pour soy/ au grief de ses ennemis.

Titus livius.

Et dit titus livius que au temps que ceulx de gaule et de germanie estoient allez en ost sur les rommains. Iceulx advisez de leur venue leur furent audevant/ & comme ilz prenissent premier l’avantage du champ & de la place adviserent d’eulz loger entre leurs ennemis & la riviere/ que par celle cause adviserent & vainquirent leurs ennemis plus par soif que par armes Et ne souffist pas prendre bon lieu au champ mais tel que se les ennemys approchent qu’ilz ne puissent pour eulx meilleur choisir.

Si establira son logis en hault lieu pres de riviere s’il peut et que montaigne ne les surbate advisera de prendre espace convenable en bon air et sain s’il y peut estre/ et que l’espace des logis soit bien compassee. Et selon vegece en lieu de pasturages d’eaue & de buschon/ que le champ ne soit acoustumé de retenir goutz de pluye ne d’abondans palus ne que les adversaires y peussent faire couller rivieres d’eaues rompans estans ou autres escluses. Il est assavoir que selon la multitude et le nombre des gens & la planté du charoy bagues et fardeaux/ doivent estre prins l’espace des logis en telle maniere que grant multitude ne soit trop a estroit ne aussy plus au large que besoing est/ car moins fors en seroient. Et doibt le charoy estre mis tout a l’environ joingnant ensemble. On tient le plus bel logis/ quant l’espace est prinse si que tierch soit plus long que large/ Au millieu doibt estre la place du lieu plus fortiffiee/ si que droicte fortresse faite de mairien se on peut & besoing soit. De laquelle on fera la porte au front des ennemys/ & a l’environ autres portes par ou vivres puissent venir Et dit vegece que es combles plusieurs banieres doivent estre mises/ se le capitaine y espoire longuement tenir l’ost Il fera ladicte place fortiffier autour des bons fossez & de pavaix avec fermeté de fust Si que chasteaux esquelz sont mises les garnisons ausquelles dispenser doit avant bien et sagement estre pourveu. Comme dit vegece/ que plus griefve fain que glave Car dist il maintes choses pevent estre souffertes & portees en ost/ Et pource le bon et tressaige capitaine y doibt si bien pourveoir que vivres n’y faillent aucunement ainçoys le deslogement du siege/ lequel dure aucunesfois plus que on ne cuyde/ Car quant l’adversaire sent l’ost necessiteux de vivres: tant est il plus aigre contre lui/ car par la fin les cuide legierement prendre/ et pour celle cause advient moult de inconveniens se le sage capitaine ne s’en regarde. Gens d’ost tant s’efforcent de entretollir vivres a son adversaire et par especial s’en efforcent gens qui tiennent siege devant fortresse Bien doibt par especial estre prins garde que les despenseurs mesmes ne soient larrons et desrobent l’ost par plusieurs mauvaistez qu’ilz pourroient faire/ car par celle voye ont plusieurs ostz souffert/ fain/ grief/ mesaise/ et plusieurs perilz si y doit on bien adviser.

Encore de ce mesme parle cy ensuivant comme vous orrez. xiiii. chapitre.

Avec les choses dessusdictes dessus toutes choses le bon capitaine se il veult mener fait de guerre selon droit et justement vers dieu et la grace du monde/ doibt sy bien ses gens paier que besoing ne leur soit de vivre de pillage sur terre d’amis. Et par celle voie ne pourra pas avoir l’ost nul deffault.

Peril est en fait de guerre et en ost quant couvoitise de pillage maine les gens d’armes plus que ne fait l’entente de garder le droit de leur perte ou l’onneur de chevalerie/ et pour los acquerre et telz gens doivent mieulx estre appellez pillars et robeurs que gens d’armes ne chevalereux. Et de ce bon exemple monstrerent les gaules quant ilz eurent vaincus les rommains a grant ost et a bataille sur la rive de Rosne et tresgrans proyes sur eulx gaignes Mais en signe que de ce ne faisoient nul compte/ et que la n’estoit pas leur intention prindrent toutes les proies fust Destriers/ riches harnois/ vaisselle/ or/ argent/ et tout jecterent en la riviere/ Laquelle chose moult espouenta les rommains comme ceulx qui oncques mais ce n’avoient veu faire.

Doncques le sage capitaine bien pourveu es choses dessusdites ne se attendra pas du tout aux fourragiers pource que souvent ne treuvent que prendre/ si sera pourveu devant son partement non pas seulement de toute garnison: mais de tous vivres que bon charroy et fardeaulx aura fait aigre avec ung pou d’eaue a boire quant vin fault/ & toutes aultres choses convenables/ que sagement fera dispenser.

Derechief dit le livre d’armes que se l’ost doibt demourer grant temps au lieu/ & grant force d’ennemys a grant nombre actende. Le lieu doibt estre de tresbons fossez fortiffié de xii. piez de large et de ix. de parfont et que roides et droiz soient faiz du costé des ennemys & broches de fer & autres choses encombrans y soient fichés aumoins s’on y vouloit devaler. mais dist il se l’ost n’y doibt pas longuement demourer & que grant puissance d’ennemis n’attende il n’est nul besoing de si grant fortiffiement ains souffist assez se fossez on y veult faire qu’ilz soient de viii. ou ix. piez de large et de vii. de parfont. Et doibt le bon capitaine commettre bonnes gens d’armes avec trait pour les ouvriers garder tandiz que icelles cloisons & bastilles se font.

Pour toutes telles choses faire le sage capitaine sera tresbien pourveu de tous hostilz convenables/ de pelles ferrees/ de rateaulx de pics & de tous instrumens a bastir et tendre logis tentes et pavillons et trefz necessaires & de ouvriers qui de ce se scevent entremettre.

Vegece.

Nonpourtant dit vegece que gens d’armes doibvent eulx mesmes estre tous maistres de copper bois faire chemin par hayes et buissons/ bastir logis faire cloisons de merrien et ramilles/ doller ais pour faire pons/ emplir fossez de ramilles pour faire passaiges et faire eschelles et toutes telles choses se besoing est/ Et selon ledit acteur les anciens conquereurs menoient avec eulx forgeurs qui forgoient heaulmes et tous harnois cultifz a faire ars saiettes javelines et toutes manieres de harnois/ et estoit leur souveraine cure que tout ce dont on avoit besoing on trouvast en l’ost comme en une cité/ car le retour n’estoit pas souvent en leurs maisons. Ilz y menoient aussi mineurs qui savoient miner la terre pour seurprendre despourveuement les ennemis. Avec ce vegece devise les choses qui sont bonnes a garder pour tenir l’ost en santé se longuement y doit sejourner et cinq choses y assigne. C’est assavoir Lieu. Eaue: temps: medicine/ et exercite Lieu qui ne soit d’emprez paluz ne marez fumeuz. Eaue qui ne soit malsaine orde ne corrumpue en fosse plaine de vermines. Temps que en esté ne soient aux grans chaleurs sans umbre des arbres & pavillons et que deffaulte ilz n’aient de bonne eaue pour eulx et leurs bestes. Medecine que doivent estre garnis de tous mires et de bons medecins et toutes choses qui a malades conviennent tout ainsi que s’ilz fussent en une cité. Exercite c’est que tant s’acoustument a suffrir peine et traveil et dures gestes quant vient a la necessité de maladie par la non acoustumance ne leur courre sus. Si sont ceulx convenables en bataille qui sont tous duis: et aussi acoustumez de endurer froit/ chault/ dure giste et aspre vie/ car nul riens ne leur peult advenir qu’ilz n’aient paravant essaié Ainsi et par ceste guise selon vegece le sage capitaine fera bastir ses logis esquelz par ordre establira ses capitaines avec leurs gens soubz divers estandars et banieres ainsy qu’il doibvent aller en bataille par la forme qu’il leur aura ordonné/ & il au milieu avec les siens sera avec son estandart dressé en hault.

Cy devise le soing que le capitaine doibt avoir a prendre garde sur son ost. xv. cha.

Entre les autres vertus convenables a capitaine d’ost est necessaire qu’il soit preudomme et de grant loyauté ainsi que par exemple est escript du bon fabricus rommain ducteur des ostz rommains qui pour sa tresgrant vaillance et bonté Le roy pirus son adversaire luy voulut donner la quarte partie de son royaume et de ses tresors/ mais que de sa partie se voulsist consentir a estre son compaignon d’armes. Auquel il respondit que trop faisoit a despriser richesse acquise par traïson et mauvaistie. Et possible estoit que par armez peust estre vaincu mais par desloyalté non.

Avec ce dist vegece que le capitaine auquel est commis si grant ost et chose/ comme la charge de noblesse de chevalerie. Le fait du prince/ La chose publique sceureté des citez et la fortune des batailles: doibt estre non pas sans plus en general sur tout l’ost/ mais en particulier sur chascun/ car se riens mesadvient le commun dommaige est attribué a sa coulpe/ Et pource le vaillant capitaine d’ost commis de par le prince si que dit est/ sera soingneux de prendre garde sur ses gens que bien se gouvernent es logis comme de raison appartient.

Le livre dit que quant ces jeunes escuiers sont a repos/ ilz doibvent eulx esbatre es forces d’armes en demonstrant que mieulx leur en plaist l’exercice que l’oisiveté. De laquelle se meut souvent noise entre jeunes gens. Et pource le capitaine doit prendre garde quant ilz sont trop rioteux de s’en delivrer par bel non pas par les grever/ qu’ilz n’alaissent d’autre part/ ou qu’ilz machinassent aucun mal/ mais par bel les doit on envoier en quelque lieu faignant aucune occasion Et dit oultre que se necessité contrainct mettre en telz gens medicine de fer qu’ilz ne doivent pas estre espargnez Car plus droicturiere chose est en user afin que les autres y prennent exemple/ que ce que on leur seuffre offencer et faire outrage a plusieurs gens mais dist il les capitaines sont plus a loer/ desquelz les gens d’armes sont a mesmes par rigle et bonne doctrine que ceulx que la paour d’estre pugnis les en retarde.

L’acteur.

L’acteur dit que gens assemblés de plusieurs nations meuvent voulentiers noises et tumulte/ et aussi aucunesfois advient par aucuns qui ont lache voulenté de combatre en la bataille si faignent eulx couroucer afin que on ne les y maine et leur vient pour l’une des deux causes ou pour toutes les deux/ C’est assavoir ou pource que meilleur voulenté ont a la partie contraire/ ou pource que acoustumé ont a estre oiseux ou peu faire et vivre delicieusement. Et pource la griefté du traveil non acoustumé leur tourne a ennuy. Et dient les livres que grant honneur a le capitaine quant en l’ost ses gens se maintiennent convenablement.

A ce propos est dit que quant Thimoceus le message du roy Pirrus fut envoyé en l’ost des rommains pour traicter entre eulz Il y trouva les chevaliers de si noble et si haulte maniere et de si gracieux maintien qu’il rapporta/ a pirrus que il avoit veu ung ost des roys/ Ainsi le saige capitaine sera pourveu en toutes choses prendra grant cure et soing que riens par sa faulte ne demeure impourveu. Aussi ne dormira gaires/ et petit de repos prendra/ car le cueur ardant en quoy que ce soit/ vient de grant labeur. Si sera curieux d’envoier subtillement espies et escoutes ça et la pour savoir et enquerre l’ordonnance & maintien de ses ennemys Si advisera combien il a de gens/ et combien ses ennemis en ont/ Et laquelle partie a les meilleurs chevaulx/ le plus de trait et de gens de commune/ et de quelle nacion quel secours et dont il peult venir/ Et sur ces choses vouldra oyr l’oppinion de plusieurs chevaliers bons et saiges capitaines preudommes plains de bon conseil et en armes expers Il ne vouldra pas ouvrer selon l’advis de soy seul/ mais par l’advis de plusieurs: & par leur regard luy avec eulx delibera le meilleur a faire/ se la bataille donnera ou non/ ou s’il attendra que on l’assaille soy estant sur sa garde pour decepvoir par aucune cautelle ses ennemis mais s’il peut savoir que ses ennemis actendent secours il les hastera de les combatre Ou s’il actend secours il retardera s’il se sent le plus foible. Si fera ses aprestes et se tiendra sur sa garde il sera soingneux que bon guet soit fait afin que en mengant ne impourveuement ne puist estre surprins Car dit le maistre que en greigneur seureté peult avoir greigneur peril et pour ce doit le capitaine s’il voit son point assaillir ses ennemis quant ilz menguent ou quan ilz dorment ou quant ilz sont lassez de cheminer ou que leurs chevaulx paissent ou menguent lors que plus seurs cuident estre car a ceulz dist il qui ainsi sont surprins vertu ou force ne leur a mestier ne grant multitude ne leur peut aider Car a celui qui est vaincu en plaine bataille ja soit ce que savoir art et usage d’armes ne lui a peu prouffiter neantmoins il se peut complaindre en son couroux de fortune mais celui qui est desconfit ou grevé par cauteleux agait ne s’en doit prendre que a soy mesmes Car il l’eust bien peu eschever s’il eust esté aussi soingneux de soy garder comme estoit son ennemy de le surprendre.

O bien demonstra stipion l’affrican qu’il estoit maistre de sagement envaÿr lorsqu’il fist tant qu’il trouva voye que le feu fust bouté es logis des ostz de ses ennemis. Et puis tantost leur courust sus par tel asperté qu’ilz ne savoient auquel entendre et furent alors vaincus plus par esbahissement que par armes Ad ce propos dist vegece que moult proufitable chose est a ung ost de sages espies avoir qui bien sachent trouver maniere de savoir les affaires et voulentez que les ennemis ont et que par dons ou grans promesses sachent eulx entremectre par voyes cauteleuses de atraire aucun ou plusieurs et mesmement s’ilz pevent du conseil de l’autre partie tant savoir qu’ilz sachent toute leur voulenté Et par ce peut savoir le capiteine ce qui lui est meilleur a faire et avec ce dit encore vegece que moult prouffitent gens qui pevent servier discord entre les adversaires tellement que obeyr ne dayvent a leur capiteine duquel on se doit pener de savoir ses condicions et se on le peut nullement prendre par ses mesmes taches et de ce doit estre advisé le saige capiteine car nulle nacion tant soit petite ne peut du tout estre affacie par adversaire se ce n’est par meslee ou contens des siens mesmes mais ausi pareillement que ledit capiteine sera soingneux d’envoier ses espies ausi prendra il garde qu’il ne soit espiés ne son convine descouvert ne mesmement l’ordonnance de son ost. Et que la cantité des gens ne soit sceue par ses ennemis pour ce que sur ce pourroient pourvoier. Encore y a autre maniere qui prouffite a aucuns quant ilz se sentent si grandement fors et tant bien garnis de foison de gens d’armes que bien leur plaist que leurs ennemis sachent la grant fierté de leur ost afin que d’eulz soient plus redoubtez et cremus sicomme il advint lorsque le roy pirus de macedonne envoia ses espies pour savoir l’estre et la cantité de ses ennemis lesquelz espies prins et menez devant le prince de l’ost rommain ne veult qu’ilz eussent mal ains ordonna qu’ilz fussent par tout menez affin qu’ilz recordassent sa grant puissance de laquelle chose ainsi faicte le roy pirus loua moult les rommains et plus fort les redoubta Et semblemment dist on que le puissant roy alixandre le fit ou temps de ses conquestes mais se de fait de son adversaire peut on tant apprendre qu’il sache s’il a plus de gens a pié plus d’ommes d’armes ou plus de gens de trait ou mains que lui.

Selon ce se pourra ordonner pour la meilleur voye a son prouffit et dommage de ses ennemis. Les acteurs qui de ceste matiere ont parlé dient que des le temps ancien les capiteines des ostz avoient proppres enseignes sur leurs heaulmes pour estre congneu des leurs & avoient confanons a certaines divises ou leurs gens se retrayoient. C.

chevaliers estoient subgetz a ung capiteine c’est assavoir. cent hommes d’armes et iceulz capitenes appelloit on centurions et autres en avoient plus grant nombre et autres moins et bailloit on les banieres et les estandars a porter aux plus vailans chevaliers aux plus feaulx & aux plus seurs laquelle ordonnance est encore aujourd’uy a bon droit tenue pour ce que l’ost au regard de la baniere se gouverne il est escript comme par la faulte de ung traytre qui tenoit l’estandart fut une fois en grece ung grant ost de gens desconfit par une petite cantité de gens en bataille.

Cy devise la maniere que le capiteine doit tenir au deslogier d’une place et par les chemins ou il manie son ost. xvi. chapitre S’il advient que l’ost partir se doive et changer place le sage capitene advisera bien comment.

Vegece.

Et dit vegece que ainçoys que le duc ou capitene se meuve doit bien savoir la disposicion de ses ennemis qu’il sache eslire lequel vault mieulx qu’il se parte de jour ou de nuyt/ mais avant doibt bien avoir aprins l’estre des chemins afin qu’il soit pourveu de soy y contenir en maniere de son ost n’y puist estre seurprins/ sicomme en trop d’estrois passages ou il puist estre guectez ou en fondrieres d’eaues palus & marescages ou les autres sachent mieulx les adresses du païs. Et pource tout ainsy que ceulx qui vont par mer et les perilleux passages et estroitz ne scevent les font paindre en une carche pour les eschever.

Semblablement il est escrit que ainsy le fist le roy alixandre/ Et aussi les capitaines & meneurs d’ost doivent savoir les voies & passages/ montaignes/ forestz bois/ eaues/ rivieres/ et destroitz par ou passer doivent/ & pourtant que bien s’en sera informé/ le sage capitaine de paour qu’il ne faille/ prendra se besoing est conduicte de ceulz qui les scevent/ lesquelz gens prins pour conduire les fera si bien garder qu’ilz ne puissent eschapper/ afin que espace ne puissent avoir de l’ost traÿr ou d’aucune mauvaistie faire. Si leur donnera argent & promettra grant guerdon se loyaument les conduisent/ & aussi par grans menaces les espouenteront seigneurs et autres s’ilz font le contraire Le capitaine deffendra bien expressement qu’ilz ne revelent a personne le chemin determiné a tenir ne quel part veult mener son ost ne le propos qu’il a.

Car a peine y est ung ost sans traitres/ & fort seroit que en telle quantité de gens ou souvent a foison d’estrangiers n’y ait de faux courages/ mais il doit savoir que chose n’est pas au monde qui moins face a souffrir a princes seigneurs ou capitaines d’ost que ceulx qui le font si en appert/ & doibt savoir qu’ilz deservent mauvais guerdon combien que aucunes fois le facent pour complaire.

Bien le monstrerent les rommains a ceulz qui traitreusement avoient occis Certorius leur seigneur pour cuider complaire aux rommains/ pour ce que jasoit ce qu’il fust rommain et leur seigneur toutesfoys avoit il mené grant guerre/ a ceulx de romme par le despit et envie qu’il portoit a aucuns seigneurs rommains Mais quant les traiteurs vindrent pour avoir leur sallaire/ ilz receurent la mort/ & leur fut dit que tel paiement appartenoit a trayteur Semblablement est il escript que ainsy le fist le fort roy alixandre a ceulx qui pour lui complaire avoient occis le roy daire leur seigneur. Avec ce aura commis & commandé a plusieurs des siens bons & loyaux qu’ilz soient montez sur bons chevaulx & cherchent ça & la pour prendre garde que l’ost ne soit espié.

Vegece.

Et dit vegece que espies doibvent estre envoiez comme s’ilz fussent pellerins ou laboureurs affin que jour et nuyt serchent partout que quelque part embusche n’y ait. Et se les espies ne retournent le capitaine doibt prendre une autre voye s’il peult nullement/ car c’est signe qu’ilz sont prins/ si accusent telz gens par tourmens tout ce qu’ilz scevent. Si ne sera pas apprentis de avoir mis son ost en belle ordonnance avant son departir Le bon capitaine mettra les meilleurs de ses gens avec planté de trait du costé ou il pensera que le plus grant peril soit et aura donné ordre que la plus feble partie obeisse a la plus forte et bien ordonné et commis aura aux autres capitaines ses subgectz que l’avantgarde voit par belle ordonnance joinctz ensemble a pas ayrés tous prestz de rencontrer leurs ennemis se besoing est. Le corps de la bataille venans aprez serrez et joinctz sicomme ung mur/ estandars banieres et penonceaulx volletans au ven[t] Et puis l’arriere garde par semblable ordonnance.

Vegece.

Et dit vegece que le charroy et sommage des provisions doibt apres l’avantgarde venir pour plus grant sceureté ou devant l’arriere garde Et pource que aucunesfois on assault de costé par aucune embusche on y mettra de celle part gens d’armes et assés trait. Et se les ennemis de toutes pars s’estendent de toutes pars leur soit appareillé secours/ et selon les gens qu’il aura/ il sera advisé de prendre l’avantage du chemin ou en plains champs ou par sur montaignes s’il peult/ pource que mieulx se deffendent par boys ou sur montaigne gens de pié que ceulx de cheval desquelz usent mieulx en lombardie ou autres contrees et les appellent brigans ou enfans de pié.

Vegece.

Et dit vegece que de ceulz se peut on moult bien aider/ mais qu’ilz soient bons comme ilz soient convenables en champs et villes en mons et en vaulx/ car en plus de lieux se pevent ficher que ceulx a cheval ilz sont appers et legiers pource que legierement sont armés/ et sont les bien usages communement hardis si en peult on tenir grant nombre a assez pou de coust. Et dit le livre d’armes que le capitaine doibt bien prendre garde a la maniere de l’aller de ses gens que areement & par egal facent leurs pas/ car ost desordonné est en grant peril/ ne riens n’est plus prejudiciable en fait de bataille que desordonnance Et dit qu’ilz doivent aller x. mille pas au temps d’esté ou cinq heures qui pevent monter cinq lieues/ & se besoing est pevent encor aller ii. mille pas et non plus. Si doibt estre advisé que par long chemin ne traveille tant son ost/ que necessité de repos les puisse rendre malades/ pource doibt adviser de partir a heure convenable si que logés puissent estre ainçoys qu’il soit nuyt. Et que es cours jours d’iver ne partent si tart que par pluyes nesges ou gellees leur conviengne aller grant partie de la nuyt/ & soit pourveu de haies de buissons et de toute fueille/ car riens n’est plus necessaire en ost que feu/ et qu’ilz ne usent de mauvaises eaues de doubte d’engendrer pestillence/ car en telle assemblee n’ont malades mestier et est grant meschief quant necessité de bataile chasse ceulx qui par maladie sont desconfitz a faire plus qui ne pevent.

Cy parle de passer ost par fleuves ou par grans rivieres: xvii.

chapitre.

Il eschiet aucunesfois qu’il convient a ost passer fleuves et rivieres/ qui est chose moult encombreuse & plaine de peril. Et les remedes de les passer a mys vegece qui dit que premierement doibt estre bien advisé en quel lieu la riviere peut estre moins parfonde & en cellui endroit se doibt mettre au travers une route de gens tresbien montés & une autre route audessoubz & illec entredeux passera la grant flote de l’ost/ et dit que ceulx de en hault retendront la roideur de l’eaue/ et ceulx de embas pourront soustenir ceulx que la force de l’eaue maistrieroit. Et se l’eaue est tant grande que cestui remede n’y puist servir & que a toutes fins la conviengne passer ou qu’il y ait grant proffit a estre de l’autre part/ le capitaine aura fait faire grans pons portatifz qu’il fera en charroy devant soy mener dont les aucuns seront faitz sur queues vuides actachiez par le travers de bonnes cordes & bonnes aisselles bien chevillees et bien serrees l’une a l’autre/ Et le peut on tout acop asseoir en l’eaue sicomme ung pont leveiz. Par engin des subtilz maistres desquelz sera avant bien pourveu.

Autres par grans pieces de bois fichies en l’eaue ausquelz seront cordes bien atachees & ais par dessus. Autres par avoir plusieurs bateaulx atachez ensemble & couvers d’ais par dessus et de fiens & sont iceulx les plus fors qui soient qui de tant de bateaulz pourroit finer/ ou sinon avoir longues pieces de bois bien chevillees ensemble et mettre des ais et des cloyes par dessus/ mais que les pieces de bois soient bien esquarrees/ & puis tout couvrir de fiens et les encrer tresbien en l’eaue affin qu’ilz soient plus fermes. Et par telles voies pevent assez legierement passer/ mais divers remedes y trouva Cirus le roy de perse quant il alla pour prendre la cité de babilonne & il se trouva sur le grant fleuve de eufrates tant large & si parfont que impossible sembloit a passer/ il le fist a force d’ommes par faire fossez & cavains/ la terre partir & la riviere en quatre cens lxvi. rivieres & par celle voye passa/ car il n’est riens que engin d’omme n’ataigne quant sens et grant voulenté s’en entremettent Avec ce est recité par les anciennes histoires que les conquereurs de jadiz estoient si duis et si bons maistres de nager qu’ilz ne craindoient pas a traverser rivieres de grant largesse/ et avoient grans pieces de mairien cavez et creusez dedens lesquelles pieces ilz mectoient leurs harnois/ et les autres faisoient faisseaulx de ramille et les mettoient sus/ et ainsi passoient/ & se du pont ont mestier pour passer et rapasser doibt estre fossoyé et basty du costé des ennemis et gardé a bonnes gens d’armes et foison trait/ et quoy ces tours sembleroient legiers a oyr et fors a faire a ceulx qui aprins ne les ont/ qui dire pourroient que ce seroit songe/ toutesfois ce n’est pas truffe/ que quant les grans ostz des rommains durant l’espace de plus de xxx. ans/ alloient souvent en auffricque et jusques a la cité de cartage/ et mesmes en contrees trop plus loingtaines leur convenoit passer plusieurs rivieres et grans fleuves et fons/ et semblablement par toute la terre qu’ilz conquirent ilz n’avoient pas pontz faitz de pierres ne vaisseaulx aux rivaiges et ne trouvoient qui oultre les passast/ se leur convenoit user de telz engins. Et s’il advient que par nuyt a la lune ou se en requoy puissent passer que les ennemis riens n’en sachent/ tantost se doibvent armer & en bonne ordonance remettre que surprins ne soient et aller leur voie le beau petit pas en telle ordre que se les ennemys surviennent soient appareillez a plus souffrir de peril que iceulx a leur donner/ mais s’ilz les pevent eschever par montaignes & mettre les autres par dessoubz ce leur peut estre grant sceureté et avantage/ & s’il est ainsi que les voies treuvent estroictes par empeschement de boys ou hayes/ vault mieulx dit vegece qu’ilz les oeuvrent et eslargissent en faisant chemins a la main/ que ce qu’ilz souffrissent peril es larges et amples chemins.

Cy devisent les manieres qui affierent a capitaine d’ost a tenir au temps qu’il espoire avoir prochaine bataille. xviii. chapitre.

Apres les choses dictes est temps de venir a parler de certains pointz advis & rigles qui au capitaine sont bons a tenir au temps qu’il espoire avoir prouchaine bataille selon le livre d’armes/ et les autres acteurs qui de ceste matiere ont parlé/ Et est assavoir que quant on sent que ennemis veullent courir sus/ on ne doit pas attendre qu’ilz entrent en la contree ainçois leur doibt on aller audevant a grant ost. Car mieux vault fouller la terre d’aultruy que souffrir la sienne estre foullee Le capitaine doncques arrivé au lieu ou il se atent avoir en bref temps avoir jour de bataille sentant ses ennemis pres/ se tiendra sur sa garde/ mais il ne se hastera pas de les assaillir en plaine bataille se a son avantage n’est/ pource sera moult curieux d’enquerre que on dist de leur estre/ quel conseil il a/ quelz sont ses capitaines duitz de guerre ou non/ de laquelle foy et loyauté sont ses gens d’armes comment le cueur leur dit/ de laquelle et quelle voulenté ont de combatre et se ont vivres ou non/ car le fain se combat par dedens & peut vaincre sans fer Il aura advis et conseil avec les siens assavoir se le meilleur est de donner tost ou non la bataille ou la retarder ou attendre que assailly soit/ car se savoir peult que par fain soient mal menez ou que la paye leur faille/ par quoy s’en voisent petit a petit/ & tous malcontens laissent leur capitaine/ et que gens delicatifz nourriz a court et es aises et mignotises y ait/ quoy qu’ilz soient foison/ mais que plus ne puissent souffrir la dureté du champ et la merveilleuse et aspre vie d’ost Ains desirent le repos ne se hastera pas en quelque maniere de donner la bataille/ Ains se tiendra paisiblement comme se riens n’en sceust & le plus secretement qu’il pourra envoiera mettre embusches aux passages/ et par ce s’il peult il les surprendra.

Que grant proffit soit a capitaine d’ost savoir sagement mectre embuches et surprendre ses ennemys lors y parut lors que hesdrubal menoit au secours de hanibal prince de cartaige son frere/ a tout merveilleux ost contre les rommains/ lesquelz de ce advisez s’embuscherent au pié des montaignes/ et la luy coururent sus par telle vigueur que l. mil hommes et plus y occirent & prindrent a tout grans richesses Nonobstant la foison des elephans qu’ilz amenoient dont moult bien se savoient aider en bataille.

Vegece.

Et ceste voye tenir afferme vegece disant que on doibt espier son adversaire tant que son ost est divisé au passer grans fleuves/ ou que las soient de cheminer/ ou entreprins de palus/ ou d’aucuns estroiz passages/ si que eulx occupez d’empeschemens soient avant occis que ordonnez/ mais se le capitaine scet que ses ennemys soient fors et de grant couraige contre lui et desireux de combatre/ semblablement se doibt pener d’estre contre eulx.

S’il advient que jusques au logis viennent l’ost assaillir/ a l’eure qu’ilz ne cuident pas que on les doive assaillir: il se deffendra sans plus faisant semblant de non voulloir yssir/ mais quant iceulx auront les dos tournez/ s’il advise que aucunement soient defrontez ou amusez a prendre quelque proie adonc se son point voit/ sauldra hors en tresbel arroy et hardiement leur coura sus en portant leur dommaige a son povoir/ mais il doibt bien regarder de non faire saillir hors ses gens en tant qu’ilz soient lassés par erre de longue voye ou grant journee/ car gens lassez sont demy vaincus. Et par celle voie assaillirent les tressages rommains le trespuissant roy D’assirie D’aise/ et D’europe.

Anthiocus c’est assavoir par nuyt que son ost estoit travaillé et avoit tresgrant besoing de reposer ne garde ne s’en prenoient ou les rommains estans en assez petite quantité occirent plusieurs des gens au roy Anthiocus plus de lx. mille si que l’istoire raconte.

Vegece.

Et dit vegece que comme bataille soit finee en deux ou en trois heures Apres laquelle toute esperance est cheue a la partie desconfite. Et pource que la victoire ne peult pas estre congneue avant le commencement Le saige capitaine ne se doibt pas voulentiers ne de legier mettre en bataille planiere se son grant avantage ne voit.

Que journee de bataille soit et face a redoubter comme chose trop adventureuse bien l’esprouverent les rommains lors que leur grant ost eurent envoyé en bataille que contre eulx s’estoit rebellee/ ou de la bataille qui trouverent tost preste ne demoura d’eulx personne qui a romme peust rapporter les nouvelles. Ains le sceurent apres longue espace par autres estrangiers. Pource le sage capitaine se doibt souvent pener de grever ses ennemys en belles escharmouches par agais et embusches/ et par ses voies les diminuer par chascun jour le plus qu’il peult.

Item dit aussi que quant il advient que on prent prisonniers durant la guerre soit en escarmouches ou autrement/ que on ne doit iceulx traicter si durement que on les rende desesperez de leur vie/ ou cas que on attende bataille Car de tant que moins auroient d’esperance de trouver pitié s’ilz estoient vaincus/ de tant se deffendroient ilz plus aigrement. Car maintesfois a esté veu que petite quantité de gens desesperez vainquoient grant et puissant ost/ par ce que mieulx aimoient a mourir que cheoir es cruelles mains de leurs ennemis/ si est grant peril de telz gens combatre/ car par leur grant ayr/ force leur croist a double/ si doibt il bien savoir congnoistre et juger/ si que le droicturier/ juge aussi bien la force de l’avantage de son adversaire et de quoy/ et comment il le peult grever comme son fait propre/ et par ce se peut saigement conseiller en fait d’agait Et par celle voye ont plusieurs fois petit nombre de gens conduitz par bon et sage capitaine vaincu grant multitude si que dit est.

Vegece.

Mais s’il advient ce dit vegece ennemy te presse de prendre jour de bataille et qu’il te haste de combatre/ prens garde ce c’est a ton avantage et a ton grief/ si n’en fais riens se ton meilleur n’y voys.

Cy devise les manieres que capitaine doibt tenir se il advient qu’il se vueille partir du champ sans attendre ne donner la bataille. xix. cha.

Mais posons que le cas advienne que le prince mande au capitaine qu’il s’en retourne sans livrer la bataille ne que plus en face/ ou que le capitaine voulsist pour certaines causes laisser le champ/ est a regarder quelle maniere il tiendra sans effraier ses gens nullement ne que ses ennemis l’apperçoivent Car dit vegece/ que il n’est plus grant villenye que soy partir du champ present ses ennemis ains que on assemble se ce n’est pour avoir accord prins entre eulx/ car en ce apperent deux choses malhonnorables/ l’une qu’il ait paour et que couardie le meut. l’autre que petite fiance a en ses gens/ et avec ce donne hardement aux ennemis. Et pour ce que le cas advient aucunesfois