SigPhi · Christine de Pizan

L'art de chevalerie selon Vegece (French)

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garde coururent sus aux gaitz et les occirent/ & ainsy fut la ville prinse et rendue a lismacus roy de macedonne.

Item fabius maximus quant il voulut assieger la forte cité de capire Il gasta tout premierement en tout les gaignages semez par quoy il semblast que ce ne fust pas son entente de les assieger. Puis s’en partit bien arriere/ et attendit a revenir jusques ad ce qu’ilz eurent toutes leurs terres semees ou ilz avoient pres mis tous leurs bledz/ pour ce que pou en avoient. Si retourna adonc fabius/ & ainsy par famine print la forte cité.

Item denis le tirant apres que plusieurs forteresses eut prinses en cecille vint devant roges/ laquelle savoit fort bien garnie de vivres/ pour laquelle chose se tenoient fors. Si faignit denis faire paix a eulx comme se autre part voulzist aller/ Et es convenances fut comprins qu’ilz luy livreroient vivres pour l’argent jusques a ung certain temps/ & quant il veit que tous leurs vivres povoient estre sicomme pres de finer/ car largesse en faisoient/ pource que paix cuidoient avoir/ pour la cause que leurs terres estoient ainsy que prestes a ouster. Adoncques les assiega denis et par famine les print.

Item quant ung nommé Alixandre voulut prendre la cité de lenchadie laquelle savoit moult estre bien garnie de vivres/ print plusieurs villes et chasteaux/ et en laissoit de fait apensé fuyr a lenchadie ceulz de dedens sans leur mal faire Affin que les vivres feussent plus tost consummez. Et bien prenoit garde et faisoit prendre garde en toutes les façons et manieres qu’il estoit possible que vivres de quelque part ne leur pussent venir: Et par ceste maniere les affama Si se rendirent.

Item ung tresvaillant homme nommé ypicrates du temps qu’il gardoit tarente il trouva une gaicte endormie lequel incontinent il frappa et occist/ & quant on l’en blasma/ Il se print a respondre et dist qu’il l’avoit laissié ainsy que trouvé l’avoit C’estoit a dire et a entendre qu’il reputoit l’omme endormy sicomme mort.

Cy devise de amulcar duc de cartage de haymo l’empereur d’auffricque/ de hanibal et de valerius. x.e cha.

Amulcar duc de cartage savoit bien que les rommains avoient acoustumé de recevoir benignement leurs ennemis quant ilz se tournoient de leur partie/ et que en grant honneur les tenoient & par especial les sauldoiers de gaule. Et pource affin de les prendre par telle cautelle ordonna une grant quantité de ceulx qu’il avoit en son ost plus feaulx a luy/ & les fist aller vers l’ost des rommains ainsi que se rebelles fussent contre luy et tournez vers les rommains. Si s’en ensuivyt que quant iceux veirent leur bel occirent les rommains si valut au duc doublement ceste cautelle. c’est assavoir en tant que ses ennemys occis en furent & que plus n’oserent recevoir ceulx qui de luy se vouloient partir.

Item haymo empereur de cartage avoit ung tresgrant ost en cecille contre les rommains. Si sceut certainement que entre les autres avoit en sa compaignie bien quatre mille gaulz qui determiné avoient d’eulx en aller vers les rommains pour estre de leur partie/ pource qu’ilz n’estoient pas bien paiés/ haymo qui ne les osoit pugnir pour paour de rebellion y pourveit par telle cautelle. Il appella a soy les capitaines d’iceulx gaulz & parla bel a eulx/ et promesse leur fist que dedens certain jour qu’il desclara leur feroit satiffacion. mais le jour devant la promesse eschevé laquelle ne vouloit ne povoit acomplir par quoy bien savoit qu’ilz s’en partiroient envoya devers le duc de l’ost des rommains ung feal chevalier comme fuitif de son ost et rebelle qui luy dist qu’il se gardast bien & que en la nuyt prochaine venante/ quatre mille gaulz se devoient ferir en son ost/ dont le duc rommain soy doubtant du peril qui en povoit advenir mist en agaict celle nuyt la plus grant partie ses gens lesquelz coururent sus aux gaux quant venir les veirent/ & ainsy en advint bien a haymo/ car les rommains y perdirent moult de leurs gens & si fut vengé des gaulz qui l’avoient relenqui/ car tous y furent a dueil piteusement mors et detrenchez.

Item par semblable maniere se venga hanibal de plusieurs sauldoiers qu’il sceut que par nuyt s’estoient emblez et departis de son ost pour aller aux rommains car il fist publier par tout son ost que nul ne tenist pour fuitifz ne mauvais les vaillans chevaliers qui s’estoient departis de son ost/ car c’estoit par son congié et ordonnance affin qu’ilz sceussent le conseil et convine de leurs ennemys et pour certaines choses qu’il leur avoit commis. Et se fist hanibal pource qu’il sçavoit bien qu’il y avoit en son ost des espies rommains qui tantost dire leur iroient. Et ce firent ilz par quoy les rommains prindrent les chevaliers fuitifz de l’ost de hanibal et leur copperent les mains et aussy les renvoierent.

Item valesius capitaine de gens rommains tenoit la cité de tarente envoya message a hisdrubal qui assegez les tenoit/ qu’il lui rendroit la cité/ mais que sain et sauf l’en laissast aller. Tandis que cestuy parlement duroit/ par lequel hisdrubal se tenoit aucques tout asseuré & mal se gaictoit Valesius qui son advantage veit saillit hors avec tout son effort si sagement que ses ennemys desconfist & occist hisdrubal.

Quel chose vous diroye Je plus des astratagemes de frontin assez de beaulx en y a loings seroient a reciter/ mais a tant suffise excepté aucuns beaulx notables ad ce propos comprins en son iiii. livre cy apres comme vous orrez.

Frontin en son quart livre parle de cesar/ de domicius/ de emilius/ de scipion l’affricquant/ de vaius et de scipion. xi. chapitre.

Cesar disoit que on debvoit contre son ennemy user de conseil que les medicins donnent contre maladie/ c’est assavoir user de sobrieté et de fain avant que de fer.

Item domicius corbulo/ disoit que on debvoit ainçois grever son ennemy de toutes manieres de cautelles d’armes que on y employast son corps.

Item emilius paulus dist qu’il appartenoit a tout bon capitaine d’ost estre vieil de bonnes meurs et de sens.

Item scipion l’affricquant respondit a ung qui lui reprochoit de ce qu’il faisoit pou de sa main en bataille. Ma mere dist il m’enfanta empereur et non pas combateur qui estoit a dire qu’il debvoit suffrir a prince ou capitaine d’ost bien ordonner les siens sans exposer en quelque façon ou maniere son corps a ferir.

Item gayus maximus respondit a ung allemant qui l’appelloit de combatre corps a corps. S’il m’ennoiast dist il de vivre pieça eusse trouvé maniere d’estre occis.

Item scipion disoit que on ne debvoit pas seulement donner voye a son ennemy de fuyr/ mais aider a la faire et trouver. Au propos de ses choses comme il me semble peut bien servir ce que disoit le sage roy de france Charles quint de ce nom/ quant on luy disoit que grant estoit la honte de recouvrer ses forteresses par peccune que les anglois a tort tenoient Comme il eust puissance assez pour les ravoir par force. Il me semble disoit il que ce que on peult avoir par deniers ne doit pas estre acheté ne vengé par sang d’ommes.

Au livre de valere est contenu de hanibal/ de ung roy de grece/ de ung autre en semblable cas/ des rommains qui eurent a faire de saudoyers.

xii. chapitre.

Valere parle en son vii. livre ad ce propos et dit que hanibal dont parlé avons cy dessus hayoit moult le tresvaillant duc/ fabius maximus/ pource que moult vigoureusement lui contrestoit en bataille/ & assez de griefz luy avoit faitz/ mais hanibal ne luy savoit comme par force nuyre. Pour ce se voulut de telle cautelle adviser. Il gasta tous les manoirs et champs d’environ romme excepté ceulx du vaillant chevalier fabius maximus ou il ne toucha ne meffist/ affin qu’il donnast souspeçon entre eulz d’aucune aliance ou tractié/ par quoy comme il veit que pou lui vaulsist ceste cautele voulut plus fort faire/ car il escripvit lettres et secretement les envoya a romme adressantes audit fabius lesquelles parloient et divisoient comme s’il y eust entre eulz certaine convenance qu’il deust commettre traïson contre les rommains. Et tellement ordonna l’affaire que au senat de romme vindrent entremains Mais iceulx congnoissans la tresbonne loyauté de fabius et la malice de hanibal n’en firent force.

Item ung roy de grece portoit trop grande et merveilleuse envie contre ceulx du pays rommain.

Pour laquelle cause sans quelque autre occasion merveilleusement les heoit/ et se n’eust esté la doubte de leur grant puissance voulentiers les grevast/ si n’y sceut trouver autre voye que par cautelle et faulse simulation/ dont il faindit que moult chierement les aimoit et par plusieurs fois lettres de mout grant amistié leur escripvit/ en fin leur manda que fort desiroit a veoir la cité de romme et la noble ordonnance qui y estoit/ & lui venu a romme/ comme celluy que on reputoit pour amy y fut grandement receu mais tant plus y veoit de felicité et de tant plus croissoit la douceur de l’envieuse pointure qu’il tenoit en luy tappie et couverte/ dont il sourdit tel effect: ains qu’il partist de la cité et tant fist par son malice qu’il mist tresgrant discord entre les barons/ et par ce luy sembla que mieux ne povoit nuyre a la cité.

Item par semblable cas ung autre hayneux de romme quant il eut basti cedicion et contens entre les princes rommains tant que en bataille se misrent les ungs contre les autres. envoya secours de ses gens a la partie plus forte non pas pour aider a nul/ mais affin que tant plus y eust d’eulx grande destruction a leur dommaige.

Item les rommains aians affaire de secours prindrent sauldoiers estranges/ mais quant vint a l’assembler de la bataille sembla a iceulx sauldoiers que les rommains en devoient avoir du pire/ & pource se departirent de l’ost & allerent au costé d’une montagne pour eux mettre avec les plus fors quant la desconfiture verroient/ mais ad ce pourveit sagement le sage capitaine rommain qui veit que ses gens s’en espouentoient/ car il alla par tous les rencs/ disant que icelle partie estoit de son consentement pour courir sus aux ennemys par derriere quant assemblez seroient/ & par ce asseura toutes ses gens & si en eut la victoire.

Item s’en departirent une autre fois sauldoiers de l’ost des rommains pour eulx aller mettre avec l’adverse partie/ mais le sage capitaine y pourveit sagement Car il les suivit avecques tout son ost en belle ordonnance par quoy les ennemys quant ilz veirent les premiers cuiderent d’eux recevoir la premiere envaÿe/ si leur coururent sus et furent les premiers occis/ mais ainçoys en occirent affolerent et detrencherent plusieurs et par ce furent ilz en ayde des rommains quelques bons corps qu’ilz eussent malgré eulz.

Cy s’ensuit aucunes cautelles des rommains assegez de rommains en ost/ de quintus metellus/ de ung roy de cecille et de hanibal. xiii. c.

Au temps que romme fut prinse les gaux assiegerent le capitole qui estoit forteresse comme imprenable si non par famine/ & pource les cuidoient ilz affamer/ mais les rommains subtilz en tous faitz de guerre pour oster a leurs ennemis ceste esperance/ prindrent de telz vivres qu’ilz avoient & en firent reliefz des oz du menu pain & d’autres telles choses et les jectoient dehors aux indigens/ par quoy quant les gaux veirent ce moult sagement s’en esmerveillerent/ cuidans que de vivres fussent moult bien garniz/ & pource eurent voulenté de faire paix.

Item quant hanibal et hisdrubal princes cartaginois estoient en italie les rommains y envoierent deux ducz conduiseurs de deux grans ostz qui si sagement s’i maintindrent que les deux ostz cartaginois ne peurent assembler ensemble/ car s’ilz eussent assemblé tout eussent gasté/ mais ilz firent tant que les deux cartaginois furent du tout destruiz.

Item quintus metellus estant en ost en espagne ne povoit par force advenir a une cité ou il tendoit. Il se partit et commença a pourmener son ost par assez loing temps de lieu en autre tant que les siens mesmes s’en esmerveilloient et ses ennemis s’en truffoient et a fol le tenoient. Si alla tant ainsy faisant que en la fin veit son point/ lors que tous ennuyez estoient d’estre sur leur garde si les print despourveuz.

Item ung roy de cecile fut assailli par les cartaginois/ mais quant il veit que tout son pays lui avoient occuppé et que remede n’y povoit mettre/ il se partit a tant de gens comme il peut assembler et s’en alla en auffricque/ & pareillement commença a tout mettre en feu et en flambe Et pource furent iceulx tous joyeux de faire paix a lui & rendre les dommaiges.

Item quant hanibal se deut combatre contre les rommains en la bataille de canes qui tant leur fut dommageuse. Il se advisa de trois cautelles/ l’une qu’il print premier place/ l’autre qu’il advisa d’avoir le vent et le soleil au doz/ car la journee estoit chaulde & grande estoit la pouldriere. Apres ordonna que la bataille commencee une partie de gens qu’il avoit feissent comme s’ilz s’en fuyssent par ung destour ou il avoit commise une embusche pour courir sus aux rommains qui suivoient les fuitifz. Tiercement ordonna que iiii. cens hommes d’armes semblablement devers les rommains s’en fuyssent comme doubteux et paoureux de la bataille et a eulz se rendissent. Ceste ordonnence mise a effecte et la bataille commencee furent les rommains destourbez par le soleil et la pouldre qui leur tolloit la veue aussi par l’embusche qui leur courrut sus ou moult en y eut d’occis et mal menez et apres par ceulz qui a eulz s’estoient renduz lesquelz furent selon la coustume de adont tous desarmez et mis derriere la bataille mais ilz avoient couvertement sur leurs petis pourpoins comme rasoirs desquelz coppoient les guerrez aux rommains qui se combatoient et ainsi dit valere que par la malice d’auffricque plus que par bataille fut vaincue la force rommaine. Item une autre fois pour rompre une bataille furent prins beufz avec ce courves bastons mis soubz la queue envelopez d’estoupes mouilliés en huile et le feu bouté dedens chassez vers les ennemis tous les esparpillerent & rompirent par grant vigueur.

Cy commence a parler du fait de combatre villes et chasteaux mais premierement parle de les edifier. xiiii. cha.

Apres ce que devisé avons selon les livres d’armes et autres plus nouvelles coustumes les manieres bonnes a tenir en icelles en fait de batailles arrengees en/ champ et fais de chevalerie. Dirons ensuivant selon vegece et autres acteurs ainsi qu’ilz l’enseignent des manieres propices a tenir tant en fait de combatre villes chasteaulx et forteresses comme a les deffendre semblablement et puis parlerons des batailles qui se font en mer ou en fleuves diversement. Si devise l’acteur premierement la maniere comment pour plus grant sceureté les anciens batissoient en clostures de murs et de fossez leurs forteresses et par la forme que s’ensuit l’enseigne ainsi disant. cellui qui veut ediffier forte place et durable doit singulierement avoir regard a cinq choses.

Item la premiere est qu’il doit avoir regard que le lieu s’il peut estre soit hault.

C’est assavoir sur aucun mont bien assis et en bon pays. Mais se la disposicion de tel terroy qu’il y a n’y est propice advise se advironner pourra son edifice atout le moins de l’une de ses faces de mer ou d’aucun fleuve portant navire. Et s’il advient que place ait tant convenable que mer puist avoir d’une part et de l’autre le fleuve douch qui par la ville voist courant/ c’est chose moult propice et de grant secours se navire peult porter.

Item la seconde qu’il soit en bon air et saing loings de palus et de mareschages.

Item la iii. que le terroy du païs soit fertile et habondant de toutes choses necessaires a vie humaine.

Item la iiii. que montaigne ne soit si prochaine que aucun trait luy peust grever.

Item la v. que la cituation du lieu soit franc et non pas en servage/ & dist icelluy que les anciens bien advisez ne faisoient pas les enchains des murs de leurs citez ou forteresses tous droitz comme on fait maintenant/ Car ilz disoient que ainsi faitz estoient plus acre a recevoir les coups des engins plus aussy disposez a estre eschelez et pource les faisoient par courbees et saillies bien maçonnees et fort serrez le pietrez a bon bethuyn & forte chaussee et par creneaulx les compassoient affin que par plus de lieux se peussent deffendre/ ou droit par subtilité estoient assises fortes et deffensables tours a l’environ/ et ce enseigne ledit acteur comment murs se pevent doublement fortiffier contre tous engins.

C’est assavoir que entre deux paroitz de fort maçonnage soit faicte distance sicomme de xx. piez et que la terre qui sera faicte et tracte tant des fondemens lesquelz bien parfont doibvent estre faitz/ comme des fossez qui seront faitz autour/ soit mise entre ces deux paroitz/ la soit batue et entassee a bons mailletz le plus fort que on pourra et soit le mur premier avallé pardessus lequel soit moult espez tant que allees y soient faictes esquelles ait pertuis et archiens a passer pierres traictes d’engins de quennons et de tous traictz/ & en chascune face y ait propre place establie et masçonnee pour asseoir engins a traire dehors se besoing est/ manteaux de barbakenne de boys soient atachez aux creneaux pour targer du trait/ & faisoient les anciens mettre & atacher a bonnes chevilles et a cordes grandes cloyes et lees en temps de guerre par dehors les murs qui brandissoient/ et icelles rompoient les coups des pierres traictes des engins si que nuyre aux murs ne povoient/ ou ilz faisoient hourdis d’espines et de ramille bien espessement et les lintoient de terre et de fiens contre les murs/ & se povoit garantir le mur d’estre rompu des grosses pierres. Les portes qui estoient faictes de gros boys faisoient covrir de lames de fer ou clouer de cuir sans conreer par dessus en temps de guerre affin que feu n’y peust estre bouté/ & y avoit ung pertuis fait au mur ou une porte coulisse avoit pendant a chaines et a aneaux de fer/ si que se les ennemis la s’embatoient y fussent surprins & enclos par celle porte sur eulx devalant et autres pertuis y avoit par lesquelz on leur povoit lancer grosses pierres/ eaue boulant cendree/ et toutes choses de deffences. Desquelles choses de deffence au temps present on use assez.

Item fossez doibvent estre faitz de grant largesse/ & si parfons en cas que riviere n’y court que par soubz terre n’y puist estre la forteresse minee se sur roche mesmement estoit assise/ mais de cest inconvenient bien gardoient les anciens leurs forteresses/ car a bon bethuin et bon ciment si fort ferroient leurs maçonnages et par especial les fondemens de leurs forteresses que garde n’avoient d’estre percés. Si doibvent doncques estre les fossez de tel largeur et de tel parfondeur estre tellement que par les ennemis ne puissent estre rempliz/ & anciennement les faisoient maçonner ainsy que ung droit mur du costé de dehors si que personne n’y pense devaller/ & avec ce y atachoient bien drus crochez de fer/ & crampons agus que on dit chaucetrappes tout contreval qui trop font d’empeschement aux devalans/ lesquelles choses savoir je croy que assez sont comunes et semblablement plusieurs autres clostures et garnisons de deffence. Pour laquelle chose il me semble qu’il n’est pas grant besoing d’en plus reciter comme tous duitz & enseignés en soient les maistres de telz ouvrages au temps present.

Cy devise les garnisons qui appartiennent a villes chasteaulx ou forteresses en temps de guerre. xv. c.

Pou vault force de muraille a chastel tant soit bien garny de toutes choses de defence quant vivres y faillent/ s’il est assiegé si qu’il parut a la forte place de pierrememin qui sept paires de murs de marbre avoit assiz sur une roche a tout grosses tours a l’environ bien garnie de bonnes gens d’armes qui par long siege et famine fut conquise/ & pource que communement ennemys assiegez s’efforcent d’eulx garder doit estre advisé que au batissement du mur se riviere n’y court sy habondante que ne puisse estre tollue/ que bons puith d’eaue doulce si parfons que eaue y afflue y soient faitz que les ennemys tollir ne le puissent/ car sans ce tout ne vauldroit riens l’edifice & la ou l’eaue va dens par conduiz le lieu ne peult estre de grant force pource que de legier on la peut tollir/ et par ceste voye comme d’eaue on ne se puist passer les pourroit on tantost vaincre.

Item avec ce se doibvent ceulx de dedens pourveoir si tost que on murmure de guerre/ & mesmement en tous temps ceulx qui sont en beure salé/ pors sallez frommaiges angloys & d’escoce/ pois/ feves/ orge/ avoines/ oyseaulx qui se gardent sallez. bois cherbon buefz moutons/ poisson salé/ aux oingnons: poivre molins a bras et a vent/ poulaille/ espices amandes et choses bonnes a malades/ pour cuisine/ potz de terre/ et a mettre vin gobeleths de terre escuelles de bois eaue/ chaudieres et grandes cuves a mettre eaue a grant foison aiz grossez et menues cloies/ cordes fil/ aguille/ & toutes telles choses.

Item il est assavoir que la ou sel fauldroit et que vin seroit habundant toute chair cuicte en vin/ et mesmement sans sel se garde sans jamais corrumpre. Et se jardinages y a dedens la cloture soient diligemment cultivez avec ce si que dit est/ doibt bien estre prins garde que bien soient les provisions par juste mesure et proporcions dispensees/ car on ne peult savoir combien de temps durera le siege/ ne quelle survenue de gens pourront avoir/ ne quelle chose pourront avoir/ et pource a toutes fins doibvent en tous temps estre garnis/ car souverainement tant de leur sceureté comme de leur estat pevent ilz et doibvent bien vouloir que leurs ennemis le sachent/ voire que mesmement cuidassent qu’ilz fussent bien pourveus: posons que riens n’en fust. Car par ce seroient plus tost meus de partir de la/ sy ne doibt pas estre mis en oubly que de riens dont leurs ennemys se peussent aider soit laissé dehors Ains soit tout retrait aux forteresses avant leur venue. Et plus vous feroit de proffit dit vegece y bouter le feu se aucunement ne leur poviez tollir que laisser/ car tout ce qu’il leur pourroit aider te nuyroit.

S’il advenoit dist il que vivres eussez a trop grant chierté/ & que eussiés doubte que faillir peussent en la fin du siege ou avant/ les anciens et impotens hommes les femmes et enfans non habiles a deffence doibvent envoier en autres villes chasteaulx ou citez/ affin que les vivres puissent plus durer es deffendeurs.

Item pour garnison de la deffence convient canons et pouldre a foison et plusieurs pierres et tampons arbalestres viretons fil tors/ baudriers/ tous harnois haches gouges & mailletz de plonc/ et pour les engins cuir blanc & tané une forge garnie fer et acier charbon souffres et bacinez a piés et a queue pour alumer le feu aux gens.

Item pour contreminer se besoing est instrumens de fer fais a maniere de piez de chievre marteaux hotes/ peles/ louches/ crocs de fer/ eschelles/ & est bon d’apprester contre les engins/ affin de les ardoir/ bethuyn/ ciment/ pos huille et estouppes a grant foison. Fer et acier pour rappareiller le harnois aux hommes d’armes et le maistre pour ce faire fut a faire anses saiestes dondaines et viretons se le trait y failloit/ & doit estre cueilly grant quantité de bons chaloux cornus pource que plus durs et plus pesans sont que les autres/ et plus propices a getter a la fonde ou a la main/ si en doibt avoir grant garnison sur les murs/ et mesmement les tresgrans vaisseaulx tous plains de toutes manieres de chailloux pour tout en ung mont lancer aval se besoing est pour trebuscher pierres de fais de dessus les tours.

Item a bref dire tous engins propices et convenables a lancer dehors bombardes et grosses pierres doivent estre appareillees/ et avec ce grosse garnison de la pouldre qu’il y convient & aussy se doit on pourveoir de tonneaux & certains vaisseaulx plains de chaulz affin que se les ennemys approchoient si pres/ que on leur jetast contreval si que au briser en eussent les yeulz & la bouche tous plains et que les plus hardis en fussent agraventez.

Item affiert a telle garnison grant quantité de cloyes/ de tables et d’aiz cloux chevilles de bois et de fer a grant foison pour faire entablemens contre les engins se besoing est qui pourroient estre a[p]liqués aux murs.

Item convient estre garny de chaulx sablon de pierres plates pour faire cloisons et contremurs se besoing est maçons et charpentiers pource faire au mieulx selon leur advis.

Item grant garnison y affiert de cordes pour arcs a main & arbalestres et de nerfs pour les faire. Et s’il advenoit que nerfz faillissent sont bons au besoing pour faire cordes gringnes de chevaulx et mesmement cheveux de femmes y pevent servir. Et de ce dit vegece se aiderent moult bien les rommains quant vint a leur grant besoing/ quant hanibal les menoit si mal que par force de eulx deffendre cordes & nefz leur furent faillis. Adonc les vaillans dames de la cité dont tousjours en seront loees qui beaulx longtz cheveux avoient eurent plus chier estre enlaidies et desnuelz de leurs blons chiefz/ et secourir a la cité que ce que parees de leurs blondz chiefz fussent prinses en chetiveté & servage de leurs ennemys/ & souffrirent leurs cheveux degaster es traieurs/ et par ce fut romme garantie.

Item doibvent aussy estre garniz de foison de cornes de bestes pour rapareiller leurs arbalestres/ pareillement de cuirs sans conreer pour couvrir leurs engins et autres edifices. Affin que le feu n’y puisse estre bouté/ & aussi convient estre garny de tresbonnes gens d’armes et de trait expers et aprins de tout ce qui y appartient en assault de deffence en telle cautelle que besoing est selon le lieu et affaire/ car ainsy que dit le proverbe la muraille ne fait pas le fort chastel/ mais la deffence des bonnes gens d’armes qui le font imprenable/ et ne fait pas a oublier que du costé ou la place est la plus feble soit mise la plus grant deffence car celle part ont les assaillans acoustumé de plus fort envaÿr.

Cy parle de ce qu’il convient en particulier a garnir forteresses tant de vivres comme d’abillemens de guerre. xvi.e chapitre.

Apres se que devisé avons assez en general des choses convenables tant pour vivres comme pour deffences qui a garnison affierent contre les ennemys Nous semble expedient pour la perfection de nostre euvre dire plus en particulier la juste extimation ou environ qui pourroit suffire a pourveoir certain nombre et cantité de gens. Si est a supposer deux cens hommes d’armes avec leurs valletz/ c’est assavoir deux valletz pour ung homme d’armes/ garnir pour vi. moys/ conviendroit lx. mille de blé a la mesure de paris dont le tiers sera mis en bescuit et l’autre en farine.

Item quatre mille de feves. ii. muys de poys. vi. vingts queues de vin/ deux queues de vinaigre. une queue de verjus/ une queue d’huille/ ung muy de sel l. livres d’espices/ deux livres de saffren demy septier de seneul pour la moustarde et le molin a ce faire.

Item chairs sallees et chairs fresches. C’est assavoir cent grosses bestes sallees que en vie qui a place pour les garder et assez fourrage.

cent ou six vings porcs sallés viii. vings moutons qui peut et a place pour les garder/ poullaille en garnison tant que on peut et veult.

Item poisson sallé s’il est karesme/ & es jours que on ne mengue pas chair ung millier d’angules xxv. kacques de harencs molues saumons a grant foison/ une queue de burre sallé. xl. livres d’amandes/ eaue rose/ et autres telle choses que a malades appartiennent tant en mengiers comme en oingtures et autre medicines.

Item douze douzaines de gobeletz pour boire/ dix seilles de cuir pour tirer eaue. ii. cens toises de cordes de tille/ deux douzaines de seilles de boys a puiser eaue se fleuve ou riviere y a.

Item pour cuisine en tous temps/ mais par especial se c’est en yver. ii.

cens charetes de charbon. iii. milliers de petis fagotz de busche. xx.

douzaines de grans potz de terre a potager et cuire chair. vi. grandes chaudieres. deux douzaines de coulbes grans moyens et petis/ iiii. ou vi. douzaines de cueilliers de boys. deux milliers d’escuelles de bois et autant de trenchoirs/ cuviers cuves kanes/ xx. ou. xxx. soufflez lanternes et autres choses necessaires dont on se peut adviser comme greilz & ramons que on dist balletz.

Or revenons a parler de la provision sur le fait de la deffence dudit lieu.

Premierement a tout le moins xii. canons gectans pierres dont les deux seront plus gros que les autres pour rompre engins manteaulx et aultres habillemens s’il est besoing.

Item deux bricoles et deux couillars chascun garny de quatre fondes/ et cordages & pierres a grant foison. deux ou trois espringales garnies du traict qui y appartient.

Item s’on ne sent que trop souvent conviengne faire gecter les canons suffist mille livres de pouldre et mille livres de plonc. a faire plommetz. vi. douzaines de lances ferrees xxiiii. arbalestres a pades.

vi. autres a tour six grosses douzaines de fil d’anvers dont la grosse douzaine en vaut vii. xxiiii. arbalestres a croc xii. tellules deux tours a tendre. xviii. baudriers/ & xx. arcs a main cent douzaines de fleschez. xxiiii. douzaines de cordes d’arcs. lx. ou quatre vings pavais. xxiiii. milliers de viretons. xii. milliers de gros traict. ii.

cens pierres arrondies pour les canons et d’aultres grant foison pour en faire quatre cens tampons pour en faire du bois ung charpentier/ troys maçons pour faire pierres a canons et autres choses necessaires a la garnison.

Item deux molins a chevaulx deux fours/ une forge garnie/ iii. milliers de fer: demy milier d’acier quatre milliers de charbon iiii. bacinez a pié et a queue pour alumer le feu pour les canons viii. soufflez.

Item pour contreminer. xxiiii. piez de terre. xii. piez de chievre de fer/ deux douzaines de louthetz. deux douzaines de hottes garnies/ vi.

douzaines de pelles de bois/ bons cuviers & cuves.

Comment forteresses doibvent estre pourveues de doulce eaue selon vegece. xvii. c.

Vegece dit que comme ce soit grant proffit a forteresse ou a cité quant vive source de fontaines ou de puith y pevent estre Neantmoins s’il est ainsy/ que la nature du lieu n’y soit disposee/ il est besoing de y pourveoir par remede au mieulx que on peult/ c’est assavoir que se les fontaines & sourses sont hors des murs assez pres Convient que ceulz de dedens deffendent leur eaue a force de trait/ ou cas que les ennemys les voulsissent tollir ou empescher l’usage. Se la sourse sciet loings qui par conduis leur viengne/ y est affaire ung petit chastellet par lequel a force de gens d’armes et de trait soit deffendue. Et avec ce en toutes telles citez ou forteresses doibvent estre faites citernes/ lesquelles doibvent estre assises es lieux ou l’eaue de pluye qui chiet & vient des degoutz et des toitz des maisons et des nocquieres puissent cheoir dedens/ & ainsy le garder le plus que on peut plaines et garnies/ car la se garde elle moult bien en sablon a/ et est saine et mesmement les garnir aussy d’eaue de fleuve.

Semblablement dist arristote que eaue sallee de la marine ou qui vient de conduis et de sourses ameres devient doulce s’elle est passee parmy conduitz de bonne terre.

Avec ces choses peult moult proffiter vinaigre a foison avoir/ et par especial en temps d’esté/ car moult rafreschit le corps a boire avecques eaue et ce scevent ilz bien en ytalie. Et se la forteresse siet sur marine et il adviengne que sel y faille/ soit prinse de l’eaue de la mer et mise au soleil/ & puys boullir sur le feu tant que l’eaue soit toute consummee/ et par celle voye sera trouvé sel au fons.

Cy dit qu’il convient que en garnison soit de ville ou forteresse soient mis loyaux gens et donnent de ce exemple. xviii. chapitre.

Pour toutes choses ou la plus grant partie qui necessaires ou convenables sont en deffence de cité ou forteresse/ est assavoir que la garnison est souveraine de tresbonnes loyaux gens qui de ung accord et unis soient ensemble a capitaines loyaulz et preudommes/ et que amour ayent au lieu/ car la ou toutes aultres choses seroient acomplies et ceste seulle y deffaulzist tout riens ne vauldroit. Et qu’il soit vray que ainsy soit et grant mal le contraire le monstre ensuivant ce propos/ et comme exemples soient communement plus penetrans aux oreilles des escoutans que argumens premiers fais en amenrons plusieurs en tesmoingnage. Et premierement en recitant ce que les autres acteurs tesmoingnent disant que le plus grant bien qui puisse estre est/ que la soit paix ou garnison est. Car il est mal possible que ceulx entre lesquelz est soient destruis par quelconques puissances/ & ce appreuve la responce que fist le saige magissien tirisaulz a scipion l’affricquant avant que a luy se furent si longuement tenuz contre la grant concorde qui y estoit/ & avec ce est tresgrant souverain bien en pays cité ou forteresse avoir princes ou souverains de grant amour au lieu sicomme bien le demonstra le vaillant homme nommé camulus ung des souverains de romme lors que le duc Beanius d’athenes avoit par guerre destruite romme et a toutes les proies et richesses s’en alloit/ Mais le bon et vaillant homme camulus/ nonobstant ce que les rommains l’eussent exillié a tort & mis demourer hors de la cité: quant l’adventure sceut moult luy en pesa/ et tantost assembla ce qu’il peut de gens/ car de grant auctorité estoit si vint audevant de beanius qui garde ne s’en donnoit et le desconfist/ & si conquesta grant avoir dont reediffia romme/ et y ramena les fuitifz par quoy fut appellé le second romulus.

Et tout ainsy que tresgrant bien et joye et bon cueur est et unit en pays ou cité quant paix est environ soy et en soy mesmes. Aussy y est tout mal discencion desolation et peril quant discorde et discencion y est/ laquelle chose est sa destruction. Si que mesmes le dit la saincte escripture et sourt communement tel content en communité ou ville par tresmauvais mouvemens. C’est assavoir pour cause d’orgueil arogance les ungs contre les autres par envye et par convoitise/ si n’en pourroit pas bien venir. Ainsy qu’il en advint a romme de la bataille cytoienne qui tant leur fut prejudiciable que a pou s’en destruirent tous par l’orgueil de leurs princes/ c’est assavoir. Silla & Marius auquelz furent en ayde des deux parties Pompee et certorius et plusieurs autres haulz princes qui moult estoient de grant proesse et auctorité/ en laquelle guerre eut plusieurs batailles ains qu’elle cessast/ esquelles si que raconte l’istoire furent occis xxiiii. de leurs princes de leurs capitaines vi. de leurs plus souverains xl. autres barrons et de rommains. Cent et cinquante mille sans plusieurs autres estrangiers qui furent en leur aide. Si fait bien a eviter sy cruel debat.

Cy parle encore de mettre loyaulx et vaillans gens en villes et chasteaulx et en donne ung tresgrant exemple. xix. chapitre.

Au propos encore de mettre loyaux gens en chasteaulz et que bien doibt estre prins garde que convoiteux oultre mesure n’y soient/ comme par icelle voye/ ayent esté plusieurs villes et cités traÿes et vendues pilliés et robees/ comme il appert par l’exemple de la cité d’estinope grande forte riche et bien peuplee que le roy mitridates avoit baillé en garde a deux chevaliers qu’ilz reputoit feaulx/ mais malement le garderent Car ilz mesmes avecques leurs gens la robberent et pillerent/