SigPhi · Christine de Pizan

L'avision de Christine (French)

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Ci commence le livre de l’avision de christine le quel est party en .iii. parties. La premiere partie parle de l’image du monde et les merveilles que elle y vid.

Item la seconde partie parle de dame oppinion et de son ombre.

Item la tierce partie parle de confort de philosophie.

Premierement dit christine comment son esperit fu transporté.

Ja passé avoie la moitié du chemin de mon pelerinage Comme un jour du l’avesprir me trouvasse pour la longue voye lassee et desireuse de hebarge Et comme je y fusse parvenue par appetit de repos apres la reffeccion neccessaire a vie humaine prise et receue dites graces et me recommandant a l’acteur de toutes choses entray en lit de repos traveillable Et comme tost apres mes sens liez par la pesanteur de somne me survenist merveilleuse avision en signe d’estrange presage/ tout ne soie mie nabugodonosor Scipion ne joseph/ ne sont point veez les secrés du tres hault aux bien simples.

¶ Avis m’estoit que mon esperit laissoit son corps et par exemple tout ainsi que mainte foiz en songe m’a semblé que mon corps en l’air volast/ m’estoit adonc avis que par le soufflement de divers vens mon esperit translatez estoit en une contree tenebreuse en la quelle terminoit un val flotant sus diverses eaues. La m’aparoit l’estature d’un homme de belle fourme mais de grandeur inextimable/ Car sa teste tresparçoit les nues Ses piés marchoient les abeysmes/ et son ventre avironnoit toute la terre/ clere face et sanguine avoit. aux coins de son chief donnoient aournemens innombrables estoilles/ de la beauté de ses yeulx issoit si grant clarté que tout l’enluminoit et jusques aux entrailles de son corps reverberoit leur clarté. l’aspiracion de sa tres grant gueule attrayoit si grant air et vent que tout en estoit remplis de couvenable frescheur.ii. conduis principaulx avoit cest ymage l’un estoit le pertuis de sa gueule par ou recevoit sa nourriture/ et l’autre estoit dessoubz par ou se purgioit et vuidoit/ mais de differens natures estoient yces.ii. Car tout ce qui entroit par le conduit hault par ou repeus estoit couvenoit que corps materiel et corruptible eust/ mais par l’autre conduit ne passoit riens fraisle ne palpable. la vesteure de ceste creature estoit dyapree de toutes coulours/ tressoubtilment ouvree. belle riche et de longue duree. en son front bien pourtrait avoit l’emprainte de.v. lettres. c’est assavoir.C.h.a.o.z. qui son nom signifioyent/ En ceste statue n’avoit riens de diffourme Exepté que par fois faisoit chiere triste adoulee et plourable tout ainsi comme homme qui par diverses parties de son corps sent et seuffre diverses passions et doulours pour la quelle chose jectoit grans plains et a dieu lamentacions par divers crys.

Ci dit l’ordre comment le dit ymage estoit repeus.

Delez le dit ymage avoit assistant une grant ombre couronnee de fourme femenine comme se fust la semblance d’une tres poissant royne naturellement formee sans corps visible ne palpable si estoit tant grant qu’elle obombroit et avironnoit tout le corps du devant dit ymage/ du quel estoit singulierement depputee et establie estre l’administraresse de sa nourriture/ Et estoit tel son office/ environ soy avoit instrumens de divers coings et empraintes ainsi comme sont a paris moles a faire gaufres ou autres outilz semblables Et comme ceste dame n’eust en soy le vice de parece l’ocupoit continuellement neccessaire diligence de divers labours/ car sanz prendre repos elle destrampoit mortier qu’elle coaguloit ensemble/ en la quelle mistion mettoit fyel/ myel/ plomb et plume d’ycelle matere en emplissoit bures de diverses façons lesquelles apres versoit en petite quantité es dis moles que bien estouppoit et saeloit/ tout ce fait non d’une guise mais en diverses differences metoit tout cuire et confire en la gueule du dit grant ymage qui tant estoit lee que elle representoit une grant fournase chauffee en maniere d’attrempees estuves/ la les laissoit jusques a temps couvenable l’un plus que l’autre selon la difference et la grosseur des outilz/ apres le temps venu que la sage administraresse savoit le terme de la perfection de son oeuvre elle ouvroit la bouche de cel ymage par tel art que elle donnoit lieu de tirer hors les matieres assez cuites et les autres laissoit cuire jusques a l’acomplissement de leurs jours adont sailloient hors de ces moles petis corps de diverses façons selon les empraintes des instrumens mais merveilleuse aventure en avenoit/ car aussi tost que ces petis ymages laissoient leur moles adont le grant ymage en quel gueule avoient esté cuis les transgloutissoit tous vifs en sa pance. sanz nombre a une goulee/ et ainsi nuit et jour ne cessoit cel ouvrage continue par les mains d’ycelle dame pour la pasture du grant corps insaciable.

Comment christine fu transgloutie ou corps du dit ymage.

Mon esperit entre gité celle part ententif a notter ceste merveille/ Adont l’aspiracion de l’aleyne de ycellui grant le tira a soy/ tant qu’il chut es mains de la dame couronnee/ Lors comme ja elle eust mis le mole a tout la matiere en la fournase mon esperit prent si le fiche ens/ et tout en la maniere que au corps humain donner fourme accoustumé avoit tout mesla ensemble et ainsi cuire me laissa par quantité de temps tant q’un petit corps humain me fu parfaict/ mais comme le voulsist ainsi celle qui la destrempe avoit faite a la quel cause se tient et non au mole je portay sexe femenin/ Si fus semblablement que les autres soubdainement transgloutie ou ventre de cel ymage/ Quant je fus la trebuchee adont prestement vint la chamberiere de la dicte dame qui bures tenoit d’une liqueur doulce & tres souefve plaines de la quelle a abuvrer doulcement me prist/ par quel vertu et continuacion mon corps de plus en plus prenoit croiscence force et vigueur/ et ycelle sage croisçoit et engrossoit la pasture au feur de ma force tant qu’a par moy porter et paistre mon corps je pos ou quel croisçoit l’entendement qui ja me donnoit cognoiscence de la diversité des entrailles du ventre de l’image par sus les quelles a.ii. piez je marchoye/ lesquelles estoient faites de cailloux et dures roches par montaignes et valees bois et metaulx et diversitez maintes/ mais tant me sembloit longue et lee l’espace de la pourprise d’icellui corps/ que l’espace de la vie d’un homme ne pourroit souffire a toutes cercher les diverses contrees qui en lui sont comprises.

Comment elle se transporta de lieu en autre.

En cellui temps comme renommee a tout ses cors et buisines eust corné et encore cornast en la contree ou j’estoye/ ce que la et par toutes autres contrees avoit ja par moult lonc temps signifié de rechief a haulte voix ne cessast de cryer/ Ce estoit que elle racontoit le pris/ l’onneur/ la haultece noblece et poissante digneté d’une princesse de grant auctorité/ couronnee de precieux dyademe a ceptre royal de grant ancienneté & richece la quelle seoit vers les parties que on dit fryge/ et pareille n’avoit en beauté noblece vaillance et hault renom en tout l’univers monde/ adont par les cris de fama apres ce que messages certains orent de ceste chose certiffiez ceulx qui m’avoient en bail desirans de tel princesse servir/ se partirent de la/ et ainsi avec eulx marchant par sus les entrailles du dit ymage/ traversant estranges contrees alpes haultaines/ landes sauvages/ forés parfondes et bruyans rivieres Tant cheminay par maintes journees que de loins ja m’aparu la lueur de la marche resplendissant en honneurs ou je tendoye/ Et ainsi appercevant de mieulx en mieulx sa haultece com plus en approchoie parfinay ma longue voye jusques en sa maistre cité/ la quelle estoit nommee la seconde athenes/ adont acompli le travail d’icellui chemin reposant les membres travaillez pourpensoie comment et par quel voye peusse ataindre a l’acointance de la dicte princesse/ mais comme trop jeune ancor fusse ne me savoie appliquer ne mes a apprendre le lengage differant de cellui de mes parens/ neant moins selon la simplece de mes sens non ancore du tout parcreus m’informoie adez des coustumes manieres et condicions de la dicte dame/ Et comme ainsi je le continuasse par l’espace de plusieurs ans croiscent ma retentive/ je fus informee de la haulte poissance et seignourie d’ycelle/ de la quelle pour eschever prolixité en brief je tesmoigne pour verité sanz adjoustement de mençonge/ que sa contree m’aparu glorieuse de nom/ fertile de fruys/ abondant en richeces grande et lee en circuit/ edifiee notablement d’espesses villes/ fors citez/ chasteaulx bours fortereces et tres nobles manoirs comme sanz nombre/ poissans seigneurs princes natureulx non crueulx/ benignes en conversacion catholiques en foy/ prudens en gouvernement/ et beaulx en faconde/ fort et poissant chevalerie/ loyaulx subgés obeissant peuple/ En ycelle marche vrayement toutes ses condicions j’apperceu/ et maintes autres bonnes que cause de briefté ne me seuffre plus dire/ mais comme il ne soit aucun bien sans envie/ voir est que je y vy de grans gastives par places venues et procurees par estranges envieux/ par quoy m’aparoit en celle contree avoir esté et estre par fois de grans et fieres persecucions.

L’acointance que elle desiroit a avoir a une dame portant couronne.

Ja estoie parcreue quant j’oz tant pourchacié par divers moyens apres maintes aventures que je attaigni a ce que je desiroie Si oz la plaine accointance de la dame renommee/ de la quelle la beauté/ sens & benignité ne seroie souffisant de descripre/ pource me passe seulement d’elle disant que sans faille fama ne tenoie menterresse des bons recors que elle faisoit en toutes places d’elle/ aux quieulx la vraye experience vi accordable. Or fus je la dieu mercy si prochaine privee amie d’elle que de sa grace faveur ot a me descouvrir les secrés de son cuer et n’ot orreur d’ajoindre a moy femme tel honnour comme de me instituer estre philographe de ses aventures/ et volt que par moy oroisons et chançons en fussent faites/ ja estoit informee tant de mes affections comme qui je estoye.

La complainte de la dame couronnee a christine.

Adont parlant en tel maniere/ dist ainsi Chiere amie amaresse du cultivement de mon bien comme il soit de neccessité en nature que tout cuer amant desserve estre amez/ droit est que Ton bon desir te soit valable/ Et comme il fust affectueux de m’acointance les bons vouloirs de lui soient ottroyez amie a qui dieu et nature ont concedé oultre le commun ordre des femmes le don d’amour d’estude/ appreste parchemin ancre et plume et escrips les paroles issant de ma poitrine Car a toy me vueil je du tout magnifester/ Et me plaist que a tes sages bien vueillans faces d’or en avant present des memoires escriptes de ma digneté. C’est chose nottoire qu’a cil qui bien se veult declarier appartient qu’il speciffie son premier principe/ Si commenceray a l’introyte de mes gestes te narrant ma premiere venue.

¶ Ou temps du Second aage lors que la lignee neptunus regnoit en marche chevalereuse es habitacions aysiees quant pour cause de la fille electee transportee par le pastour mescongnu vindrent les hoirs des fremis chavauchans chevaulx de bois a tout force d’armes furent par l’escu de barat a la fin vainqueurs. Dont d’ycelle terre fu enrachié l’abre d’or que les dieux anciens selon les chançons des poetes avoient reservé pour leur gloire du quel la haultece de l’ombre s’espandoit jusques sus les contrees lontaines/ Si fus lors par estrange fortune favourable a ycelle fremiere desireuse de vengence ars destruis et mis en cendre/ mais non obstant le furieux desir maling d’yceulx fremis furent aucuns cultiveurs desireux de noble semence veant la persecucion de la noble plante qui par soubtil art emblerent et de leurs mains ravirent en assez quantité des vergetes et des gitons cueillis sur le hault sommeton d’ycellui seignouri noble arbre/ Et comme le dieu pelagus fust consentant d’ycel larrecin leur donna voye et passage par sa terre/ Si se transporterent espandans en diverses contrees es quelles par grant digneté les planterent en maint vergiers et firent greffes de nouvelles antes que fort ilz cloyrent d’espineuses hayes pour obvier aux loisirs des rappineurs. Et ainsi maugré les influences fortunees fu renouvellee en plusieurs lieux la haute plante dont puis une vergete tant crut es marches d’europpe en la terre latine que la haultece d’elle obumbra tout le monde et presseda sanz comparoison sa premiere racine.

Ci devise la dame couronnee de son commencement.

Ou temps des susdiz larrecins entre les autres fu transportee en ceste contree une vergete issue de la cosme du sus dit arbre d’or la quelle ilz planterent en hault vergier en terre fructueuse/ ycelle plante parcreut tant que de la beauté d’elle je pris mon nom/ & fus appellee/ Libera/ apres par multiplicacion de cultivement tant crut et augmenta tous jours en habondance de digneté ce noble estat/ que les plantes ja montees et embelies en leur force couronnerent le.iii.e giton de leur venue et comme le plus auctorisié en firent leur roy/ cestui porta fruit de grant digneté car il sauva ceste terre de maintes enfermetez/ Et ainsi pou a pou crut le renom de sa proprieté en multepliant Si en furent peuplez mains delitables vergiers par espace de multitude de ans en ceste contree/ Et ainsi t’ay compté la premiere racine de mon nom et cultivement/ et te dis certainement que non obstant qu’a veue d’ueil je soye et appere jeune freche nouvelle flourie et belle/ que plus de mil ans a ja passez puis le temps de ma premiere naiscence.

Dit la dame couronnee de ses gestes.

Le renom de ma franchise ja espandus en toutes places/ les gouverneurs de noble attrace avec leurs enfans me prirent en bail Si fu entregitee entre leurs mains par lonc temps sanz estrange generacion. O dieux glorieux se je te comptoie toutes les aventures courues es annees puis la naiscence de mon nom jusques a ore/ l’espace de ta vie a l’escouter me pourroit souffire Et pour ce en brief te dis que les tuteurs de mon bail assez s’esforcierent d’acroistre la haultece de mon heritage/ mais comme ignorance ancore les tenist tenebreux ne savoient attraire eaue doulce pour pardurable arrosement presenter a mes racinetes et plantes/ par quoy maint seps de vigne & autres tiges toutes sechees & sanz fruit couvint esrachier & ou feu giter/ Et ainsi dura ceste pestillence tant que le.iii.e filz vint le quel par vertu de sage conseil attray lumiere telement que les tenebres de celle mortel secherresse furent chaciees par la quelle voye ot cognoissance de doiz et source de eaue vive a grant habondance si que lui meismes ja tout perdus & sechez en fu arrosez et vivifiez Et tant pourchaça par sages maistres que l’abondance du fleuve vivant rendy ruisseaulx sources & fontaines en si grant quantité que toutes mes plantes en furent arrosees et viviffiees/ O noble cultiveur fu ycellui car moult il augmenta et parcreut la perpetuité de mon heritage/ en telle maniere qu’il fu le premier registre de ma salvable gloire/ es mains de cestui pris grant croiscence et plaisant beauté/ et tant qu’il me dura fus bien deffendue & si gardee et soustenue que chose quelconques ne m’avint senestre.

Encore de ce mesmes.

Apres cestui cheux es mains des cultiveurs mau diligens par la quel faute la gloire de mes vergiers fu tournee comme en friche remplie d’erbes et graynes inutiles et de nul bon fruit/ Et comme le vice fornicable fust fiché es os de l’eritier d’yceulx dont les causes de ses demerites le rendent exillé transporterent ses voyes en marche fiable piteuse de sa chetivoison. O le mal pechié d’ingratitude qui tolz et ostes le merite et guerredon de benefice receu et estains recordance de remuneracion deue ne fis tu a cellui mettre en oubly toute cause de feauté/ quant frauduleusement souffris fortraire au feal sa beste menterrece des couvenances de son premier lit/ et les nouvelles ouyes de la reconsiliacion du filz de venus a ses persecuteurs par l’enseigne du demi denier fu sa departie en repostailles rappineuse de l’espousee hors ordre de loy doublement couronnee/ de la quelle songerresse la presentacion du temps que tu vois/ peut signiffier l’ordre de ces avisions.

¶ Succedans cestui nasquirent de ses heritiers hommes de sanc plains de couvoitise rappineux et sanz foy qui a leurs parens faisoient presens de mort & d’occisions conseillez et baretez par les crestees crueuses leonesses venues d’espaigne et de cucubinage desquelles vengence n’espargna a leurs membres le trait des poulains/ a partie d’elles accusee du sanc innocent devant le juste.

Des bons et des mauvais gouverneurs de la dame couronnee.

Apres ces choses d’un pepin du fruit du susdit arbre en ma terre sailli une plante qui tant crut que elle estandoit ses branches verdure et cosme plus lonc pays assez que n’est toute ma terre/ le fruit qui en issoit estoit de grant vertu odeur et force/ car de grace especial dieu lui ot donné proprieté de chacier les malings esperis/ et moult valoit contre perpetuel venim/ Et par cestui furent gardees maintes contrees de inreparable mort dont germanie se dot louer/ et jusques par dela les alpes ytaliennes estendant sa vertu vers la terre de auffrike ha dieux combien je fus renommee flourie et exaussee par la resplandeur et beauté de ceste plante/ Car comme chose perpetuelle non obstant le lonc temps puis passé/ ancore a celle cause est greigneur/ la fleur de ma renommee/ de l’issue de cestui je fus cultivee un espace de temps.

¶ Mais comme apres sa vertu alast en descroiscent vindrent d’estrange attrace les cultiveurs diligens qui se vanterent de greigneur vertu que les proprietaires & par oblique malice couverte et coulouree de jugement apostolique reserverent pour eulx la souveraine chayere posse dans leur lignee ycelle par plusieurs dessendues/ Mais comme entre les espines en friche destournee fust ce/ tandis/ muciee une graislete ante hors saillie de l’ancienne racine renommee/ le temps venu de sa croiscence apparurent les fueilles vertes de sa haultece.

¶ Adont furent estirpees les estranges germes la belle ante subjugant toutes les tiges de mes courtilz flouri en grant reverence de l’issue de lui sailli germe precieux rendant fruit en son temps a dieu sacré et tres agreable or furent les premiers cultiveurs restituez a leur erre ainsi continuans non obstant le lonc temps puis passé jusques a la journee d’uy. O treschiere amie se je te comptoie toutes les tribulacions par lesquelles j’ay esté pourmenee an l’espace des jours que je te compte tu t’esmerveilleroies comment en tel beauté suis demouree/ car pour moy ravir et embler s’assembloient diverses provinces & gens estranges qui a grant ost deffoulerent ma terre/ brulerent mes villes & mes manoirs/ faisoient de mes gens grant essart et toute me pilloient/ et en tres grant quantité de foiz pareillement ay esté en peril d’estre perdue ravie prise a force/ et du tout deshonoree/ non obstant la deffence des assemblees de mes deffendeurs & de ma gent contrestans a la fureur d’iceulx Et ne cuidez pas que de lonc temps soient saillies a moy ycestes dures angoisses souvent renouvellees en diverses guises dont au jour d’uy je ne suis exente mais te dis que mesmement puis l’aage de tes parens si mal menee par divers cas que onques puis ma premiere naiscence ne furent greigneurs les perilz de mes aventures Et a tout regarder de n’estre du tout enchevé es las de perdicion singuliere/ gloire ne attribue fors a dieu tout poissant qui pour cause de ma catholique foy m’a reservee/ tout ainsi qu’il dist a saint pierre que sa nacelle chancelleroit et ne seroit perie ha dieux combien estoient grandes les orreurs de mes tribulacions/ car les ennemis yssus des serves lignees venoient sur moy a grans effors/ Et fortune pour le temps clere/ a eulx consentoit les victoires contre les couronnes qui me deffendoient aux quieulx non obstant leurs grans et nobles courages non reprouchez parmetoit adversitez non deservies/ En ce temps se rebellerent les vers de terre qui pour les marcheys des chevaulx saillirent/ contremont et ou visage me cuiderent deshonorer es jours que mon dispensier estoit es buyes de mes aversaires/ mes vindrent les ecouffles qui firent leur proye du verminier venimeux et abominable/ ha hay comment estoie lors trouble et obscurcie par diverses afflictions dont la lueur de ma beauté qui tant seult estre glorieuse plaisant et saine fu comme morte/ Car n’en yssoit fors plains et plours/ et toutevois de lamentacions que t’en diroye innumerables sont les diverses angoisses qui m’ont traversee par infinies foiz mais la fin d’icelles te sera comptee.

Ci parle la dame couronnee du bon gouverneur que elle ot.

Comme dieu ouvrist sur moy chastie l’ueil de sa misericorde sicomme pere pitiable de sa tres amee fille volt cesser les verges de ses bateures et espandre l’oeile de sa misericorde sur les navreures de mes maladies adont sourdi le phisicien propice venus par succession a l’eritage de mon ancienneté et ou palais de mes nobleces receu l’aureale de digneté delaissant en jeunes jours les meurs de legiereté vint dame sapience deesse venerable des choses ordenees qui comme chier filz le revesti du mantel de ses proprietez lors disant fuiez fuiez lors voz ennemis de beneurté laissiez venir les remedes de restoracion Tira a soy toutes choses belles en deboutant les diffamables ycellui saisi de l’espee de justice n’espargna mie les outilz de sa mere/ ains par la sentence d’iceulx mist en oeuvre les mains de son hault sommet/ adont armé de courage fructueux trassant par ces courtilz visitant les angles ja couvers d’espineuses tiges donna ordre a ses commis de la reparacion des ruynes/ lors par quantité de Cens et de millers furent les assemblees d’yceulz alouez non estranges mais privez loyaulz subgez qui a tout fers agus de diverses tailles s’embatoient es gastives remplies d’estranges semences non propices a la nature de mes hommes qui vergiers portans fruit estre souloient. adont se prirent a estirper de tous lez les inutiles herbes chardons orties et toute male racine derompre et sacher hors et a tout nettoyer et faire nouvel gueret ou ilz anterent et attrayrent bonnes semences ainsi continuant le labourage droiturier donnerent lieu aux herbetes et doulces plantelettes de saillir hors de tapinage ou muciez orent esté soubz les espines qui toutes les suffoquoyent Comme peryes en leur vertu/ qui les veist adonc croistre et augmenter et remplir ces vergiers de verdures et flours odorans portans fruit bien deist que moult fust changiee la fortune de leur estre que t’en diroye ne fu mie cellui recreu par les liens de peccune qui n’avoient lieu contre les distribucions de ses ordres/ ne travail estaignoit l’excercite de la chose utile a la quelle oeuvre fortune non jours du prouffitable ortelain qui n’y espargnoit ses ententes/ O dieu glorieux quel ouvrier comment fus je par lui en joye renouvellee Or furent oubliees les passees angoisses toute ma terre de choses nuisibles auques descombree se prist a esjouyr rendant chançonnettes a la louenge d’ycellui noble par la quel diligence estoie recouvree et mise en convalescence/ a brief parler tant me fu cellui propice que encore m’esjouist la souvenance de ses benefices dont longue parole ne m’en pourroit estre anvieuse/ helas mais comme apres le temps sery viengne souvent la grosse pluye Couvient a present changier le propos de mes ris en tresamers pleurs/ Car comme le procés de fortune ne peust longuement souffrir ma beneurté se monstrant envieuse de mon bien/ lors que ma gloire estoit eslevee plus que n’avoit esté puis une grant part de mon aage/ me toli le tressage administreur lasse moy/ mal apoint ains le temps venu de l’achevement naturel de son voyage/ et envoya Celle qui n’espargne nulz corps vivans le me tolir et ravir sanz pitié avoir de ma vesveté/ Or peus tu cognoistre en moy les signes des mouvemens fortunez qui ores ryoye parlant de mon amant/ Or me voyes a chiere troublee plaines de larmes regraitter les trop tost faillis a moy ses vertus Si couvient changier l’ordre de mes offices en mutacions merveilleuses/ mais toutevoye la lueur de ses benefices apres lui demoura sur terre tant que non obstant les antregetz de plusieurs mains en dure ancore la clarté sus le plus bel de ma face.

De.ii. nobles oyseaulx de proye.

Sourdi des entrailles d’icellui en double nombre petis papillons dorez tresgracieux et de grant beauté qui s’oserent vanter au feur de leur croiscence avec les colacions des guespes d’estre gardeurs de moy et de mes manoirs/ Si firent leurs assemblees et pour l’ancien renom de leur venue a bon droit leur fu souffert seoir sus les sommetons des plus hautes tiges/ Et tout ainsi comme le proprietaire dit du phenix qui au premier ist hors de la cendre en fourme d’un petit ver/ puis croist & augmente tant qu’il est bel sur tous oyseaulx/ yceulx papeillons tant parcreurent & enforcierent que leur forme fu changee en especes de tres nobles oyseaulx de proye mais par difference aucune quantité de ceulx furent crestez sur les chiefs/ ainsi que sont oyseaulx que on dit huppés/ yceulx nobles pour aviser leurs proyes se tindrent ensemble et prirent leur vol par sus mes fossez et rivieres/ et comme bien avisez n’orent mie conseil de tout essarter les repaires repaisans/ mais eulx en passer rassadiez couvenablement/ O fortune aministraresse de tout inconvenient qui te mut a trouver voye du destourbier du faucon pelerin si hault volant que l’esperance de son attainte faisoit trembler devant lui toutes les proyes rappineuses embatues en son yre/ ou pris tu le vent contraire par ou tu l’abatis lors qu’il faisoit sa roe par si grant fierté/ ains qu’il eust sa proie attainte le ruas jus par ton soufflement si roidement qu’il demoura estendu du tout derompt non mie seulement les plumes mais tout le corps par si que tous jours depuis couvint qu’il fust repeus par estranges mains. O dieux quel dommage de tant noble oysel affaitié en toutes bonnes coustumes/ fier et hardy en son vol/ doulx en appel vif et plaisant en regart/ Et qui sans faille eust deffendu toutes mes flaches et rivieres de tous oyseaulx rappineulz et de mal erre Si fu de moy plaint et plourez grandement comme perte singuliere le quel dommage ne m’est faillis ains renouvellé par chacun jour par griefves pertes.

Ci dit la dame couronnee des contens qui furent pour elle gouverner.

Apres ces choses vindrent les esperis larrecineux habitans es silves qui distrent qu’a eulx appartenoit a departir les choses propres et privees/ yceulx firent des communs usages closes mansions/ et a eulx les approprierent et tant que mesmement les sauvagines cryerent contre eulx.

¶ En cellui temps par le cry du camellion s’esveillerent une maniere de gent de reprouvee generacion qui dirent qu’ilz ne souffreroient mie l’injurieuse clamour des voix femenines si entrerent es maisons des oyseaulx de leurs forés et tant y furent que volans elles leur furent donnees par ycelles en plusieurs parties se translaterent/ jusques dedens les cavernes des traysons de mes bois/ Si cueillirent les glans des chesnes et mirent ou feu les povres qu’ilz trouverent & a tout ce faire ne trouverent contredit/ ains furent hourdez des degouttes de mes terres.

¶ Multiplié fu l’erreur par divers inconveniens/ car le temps vint que les eaues tant crurent qu’il ne demoura champ qui tout couvert n’en fust. Adont les poissons saillis hors de leurs fosses paissoient es terres semees/ jusques a devourer apres la verdure des herbes les racines des grains/ toutes ces choses representoient naiscence de pestillence. Ha doulce chiere amie jusques cy t’ay compté grant part de mes aventures diversement de joye en dueil entregitees mais comme je ne puisse tout dire ensemble n’est mie faillis encore le lengage angoisseus d’icelles ains a chiere amatye or a primes m’esteut te dire la doulereuse encloeure de mes presens tenebres qui precede les autres en cas que perseverence y seroit longue.

Ci se plaint la dame de ses Enfans.

Quelle plus grant perplexité peut venir en cuer de mere que veoir yre et contens naistre et continuer jusques au point d’armes de guerre/ prendre et saisir par assemblees entre ses propres enfans legitimes et de loyaulx peres & a tant monter leur felonnie qu’ilz n’ayent regart a la desolacion de leur povre mere qui comme piteuse de sa porteure se fiche entre.ii. pour departir leurs batailles/ mais yceulz meus par courages inanimez sans espargne n’avoir regart a honneur maternelle/ ne destournent le trippignis de leurs chevaulx contre sa reverence ains laissent aler la foule de leurs assemblees sur elle tant que toute la debrisent et mahaignent.

¶ Ne furent mie si crueulx jadis romulus et sa compaignie quant pour cause du ravissement des filles de sabine fait par yceulx rommains s’assemblerent a grant ost les peres et parens pour venger celle honte/ mais comme la royne et toutes les dames piteuses de l’effusion de sanc de leurs maris peres & parens eschevelees a pleurs et cris se venissent ficher entre les batailles lors que assembler devoient/ priant pour dieu que paix feissent/ ne furent mie d’iceulx chevaliers fors et poissans/ les dames defoulees entre les piez des chevaulx ains par reverence espargnees et ouyes en pitié leurs voix femenines qui leurs cuers contraigny meismes ou champ a faire paix. O amie voy cy la suppellative des douleurs.

¶ Adont ycelle princesse/ je vy toute couvrir de larmes/ & sa belle chiere qui estre souloit fresche & coulouree toute destainte & noircye/ ainsi disant lasse lasse je suis celle mere amere en cheute es cas que je te compte. O ma bonne nourrie et chere amie compaigne de mon dueil/ tu ne soies tu mie du fruit de ma terre mais ton cuer de noble nature non ingrat des biens que y as receux/ pleures avec moy par vraye amistié piteuse de veoir les jours de ma tribulacion Et que experience te face certaine de la verité de mes narracions/ non obstant ma beauté de prime face/ regarde et avise les playes de mes costez et de mes membres.

¶ Adont la tres venerable princesse haulce le pan de sa vesteure et a moy descueuvre le nu de ses costez disant regarde Lors ma veue tournee celle part comme j’avisasse les costez blans et tendres par force de presse et de desfoulement noircis et betez & par lieux encavez auques jusques aux entrailles/ non mie tranchez de coups d’espee mais froissez par force de grans foulez.

¶ Adont moy toute esmarie considerant le nouvel cas piteux et non honorable que a mere tant venerable tieulx blesseures fussent procurees par ses porteures/ En disant dame pour dieu couvrez cheux comme femme foible remplie de merveilleuse pitié comme pasmee/ Et couverte de larmes quant parler pos/ pris au mieulx que soz a conforter la desolee/ disant haulte renommee dame vueillés en dieu remettre les larmes de voz lamentacions esperant sa misericorde qui onques ne vous fu falible/ Et pour un pou eslongner les pensees qui a tieulx sanglous vous conduisent vous plaise tant honorer moy vostre povre indigne serve affin qu’entente de parler vous entre oublie que descouvrir me vueillés les encloueures des causes de ces zezanies/ Et ne vous soit estrange de dire a moy vostre familiere et privee les fautes de voz porteures et elle a moy. ha chiere amie se je blasmoie ceulx que je fais mon meismes ouvrage je diffameroye. Si te dis qu’acusacion de mauvaistie formee en malice a nul je ne donne ne que pour despit ne hayne que contre moy eussent ne sont a ceste chose meus. bien est vray que considerant que je sui le lit de leur estre et que a cause de moy vient la lueur de leur gloire/ deussent refrener les assaulz qui tant me sont grevables et la naissance de la racine de zezanye entre eulx semee te compteray.

¶ Apres ce que les partages de mon propre selon les coustumes d’athenes furent a chacun de mes engendrez sorties/ dist le plus grant qu’a lui appartenoit le bail de son mainsné/ et comme ne lui fust contre dit les establissemens d’icellui crierent contre lui/ dont les voix ouyes assemblerent le sanc du pupille en conseil.

¶ Adont mes enfans s’amasserent disant nequaquam aux oppinions d’icellui/ Ceste cause assembla les fleaulx de mes bateures qui ne m’ont espargnee Sicomme il t’est magnifeste/ Ceste orreur courant au jourd’uy parmi mes gaignages rent fletries et sechees les verdures et liqueurs de mes fruis tarist mes fontaines amendrist mon renom et lourdement me tourmente et qui plus m’est grief/ c’est la paour de pis/ & que mes playes par faulte de remede soient converties comme infistulees et incurables.

Ci dit comment les vertus au monde sont emprisonnees.

Encore autre part gist la maladie amie chiere/ car comme il ne soit a celle douleur pareille qui le cuer tient en amere pensee. Reste a te dire les combles de mes souffrettes.

¶ N’a pas souffit aux menistres de perdicion les oprobres offers a la souche d’antiquité/ ainçois m’ont plus deshonoree.

¶ Helas ou est la princesse a moy esgale qui peust souffrir veoir d’environ soy a tres grant tort tolues chaciees batues banies et emprisonnees ses dames de compaignie & de parage venerables & de grant dignité d’ancien droit establies a estre appellees a ses conseuls a porter les seaulx de ses ordenances/ a soustenir les pans de ses loncs abis & les dorures de son chief/ et mettre en leur lieu paillardelles & femmes diffamees et dissolues/ helas chiere amie ce suis je qui a toy parle mais que mieulx me croyes vueil que le sens de ta veue ait l’experience du vray de ma parole/ Adont comme elle ouvrist une petite fenestrele me dist regarde les prisonnieres/ ton sens soit juge se en palaix royaulx la presentacion de leur reverence seroit plus propre que soubz muciees couvertures. avisez celles qui ja me gouvernerent ou temps de ma joye or les m’ont ravies les persecuteurs de ma gloire.

¶ Adont comme mon oeil adreçasse au pertuis de la chartre.iii. dames vy de souveraine reverence et beauté mais differens leurs maintiens estoient/ ha dieux quelle divine beauté en l’une vy le corps avoir droit lonc et bien fait/ et de la beauté de son vis yssoit un ray de moult grant resplandeur/ celle dame en sa main un grant mirouer tres cler tenoit/ ou quel la reverberacion du dit ray redondoit et se frapoit en maniere que si grant beauté et clarté en issoit qu’englet n’y avoit tant obscur que tout n’en fust enluminez. Ha quel pitié de tel beauté tenir couverte/ comment fust elle seant es places des assemblees publiques affin que chacun se peust louer de sa lumiere/ ceste fu belle par excellence/ mais trop plus noble car elle se disoit fille de dieu le pere et plus forte qu’autre riens/ car de toutes choses vaincre se vantoit.

¶ En un lit couchiee palle et descoulouree vy une autre dame de grant auctorité a chiere et semblant de femme maladive et enferme comme chose deffoulee et desroupte/ et a la premiere se disoit serour a son costé d’estre je vy gisant unes balances/ De l’autre part une mesure et une ligne.

¶ Assez loignet d’icelles vi gesir par terre endormie non honorablement une dame de grant et fourni corsage la quelle estoit toute armee/ costé soy gisant par terre avoit son escu sa lance et ses esperons/ sa teste tenoit ou giron d’une folieuse femme de grant vagueté qui pour lui mieulx endormir chantoit et li gratoit le chief Lors comme je regardasse par grant entente cestes merveilleuses figures vi que/ par plusieurs foiz vindrent de plusieurs pars en maintes flotes les ennemis/ les uns cryoient a haultes voix a la dame endormie qu’elle se deffendist/ &