voulentiers parler des vaillans gens / des preux chevaliers & gentilz hommes de leurs faitz & de leurs proesses / de grans clercz & de leurs sciences. de tous preudes hommes & de toutes preudes femmes / de leur sens & de leur belle vie & iceulx aymera & leur fera grant honneur & bonne chiere & beaulx dons leur donnera. Item avecques ce de gens de belle & esleue vie en fait de devotion s'acointera & vouldra avoir leur amitié humblement les recevera & parlera a eulx a secret / & moult voulentiers les orra se recommandera a leurs prieres. Et ainsi par ceste voye la vertu de sobresse reglera la bonne princesse. Si s'ensuyvra de ceste regle. La.ii. des deux vertus que nous avons dit qu'elle vouldra singulierement avoir / c'est assavoir chasteté de laquelle elle sera par ceste maniere de vivre tant remplye & ramenee a telle purté que en fait n'en dit semblant atour ne contenance maintien estat regard n'aura riens ou il y ait a redire ne reprochier.
¶ La maniere de vivre par l'admonnestement de prudence. chap..xi.
Prudence sicomme j'ay dit devant avertira la sage princesse comment l'ordre de son vivre sera riglé et par elle par son ennortement tiendra telle maniere elle se levera tous les jours assez matin & seront les premieres parolles adressans a dieu en disant. Daigne nous sire garder huy ceste journee de pechié de mort soudaine & de toute mauvaise aventure ainsi soit il a tous nos parens & amys aux tespassés pardon & a nos subjectz paix & transquilité amen. pater noster. Et au surplus d'oraisons ce que devotion luy administrera ne requerra avoir entour elle moult grant affaire de service. & ceste voye tenoit n'a pas moult de temps qu'elle vivoit la bonne & saige royne Jehanne femme jadis du roy charles de france.v. de ce nom qui se levoit tous les jours devant le jour / allumoit ellemesmes sa chandelle pour dire ses heures & ne souffroit que femme qu'elle eust se levast ne perdist son somme. Aprés qu'elle sera preste ira ouÿr ses messes tant et en telle maniere & quantité que sa devotion sera & que temps & loysir luy donnera. Car n'est mie doubte que ceste dame a qui sont commis grans gouvernemens comme plusieurs seigneurs font & ont fait a leurs femmes quant les voyent bonnes & saiges & ilz alloyent hors ou estoyent occupés ailleurs ilz bailloyent la charge a elles & auctorité de gouverner le fait de leur seigneurie et estre chief du conseil. Et telles dames sont plus a excuser mesmes depuis devers dieu se tant n'emploient de temps en longues oraisons que celles qui plus ont loisir ne elles n'ont pas moins de merite de bien et justement entendre a la chose publicque a leur povoir qu'elles auroient de plus longuement vacquer en oraisons se ce n'estoit qu'elles voulsissent du tout entendre a la contemplative & laisser la vie active. Si que j'ay devant dit / car la vie contemplative peut bien sans l'active. Mais la droicte bonne active ne peut sans aucune partie de la contemplative. Ceste dame aura donné ordonnance / que a l'issue de la chapelle soyent aulcuns povres a qui elle mesmes par humilité & devotion / & en memoire & signe que elle ne doye mie despriser les povres donnera de sa main l'aumosne & la endroit se aucunes piteuses requestes luy sont affaire / elles les orra benignement et donnera a chascun gracieuse responce & ceulx qu'elle pourra en brief temps expedier ne tiendra pas longue dilation / & de ce faire croistra l'aumosne & aussi la renommee Si y aura aulcuns preudhommes / pource qu'elle ne pourroit par adventure entendre a toutes les requestes qui luy viendront. Lesquelz preudhommes seront commis a y entendre. Et vouldra que iceulx soyent charitables & tost expediens / & ellemesmes de leurs meurs s'en prendra garde. Ces choses faictes si elle est dame qui se mesle du gouvernement / comme dit est / elle s'en ira au conseil aux jours que tenir se devera / l'aura a tel port telle maniere et telle contenance quant en son hault siege sera assise que elle semblera bien estre dame & maistresse de tous. Et chascun l'aura en grant reverence comme leur sage maistresse de grant auctorité. Et si orra diligemment ce qui sera propice et l'oppinion de tous et tant bien y mettra son entente qu'elle entendra les principaulx pointz des matieres & des conclusions & bien notera lesquelz diront mieulx & par la meilleur consideration & advis & qui luy apperront les plus saiges & de la plus vive oppinion. Et aussi notera en la diversité des oppinions quelz causes & quelz raisons pourroyent mouvoir les disans. Et ainsi en toutes choses sera advisee / & quant viendra a elle a parler ou respondre selon le cas qui escharra si sagement se advisera du faire que elle ne puisse estre reputee simple ygnorante / & se advant la main elle peut estre informee de ce qu'on devera & que proposer sur ce se choses pesantes sont & elle se pourvoit par sage conseil de responce ce n'est que bien. Avec ce ceste dame establira certains preudhommes saiges en certaines quantités qui seront de son conseil qu'elle sentira bons loyaulx de bonne vie & non trop couvoiteux / car c'est ce qui honnit tout en tout plusieurs princes & princesses que conseilliers remplis de couvoitise. Car selon leur inclinacion ilz induysent & ennortent ceulx qui conseillent / & sans faille ceulx qui habondent en tel vice ne pourroyent bien loyaument ne au proffit de l'ame & honneur du corps conseiller & qu'ilz soyent de bonne vie & de ce doit bien enquerir la prudente dame a ceulx elle se conseillera par chascun jour a certaine heure des besongnes qu'elle aura a faire aprés ce conseil du matin ira a table qui sera par especial aux jours solennelz & aux festes voire le plus communement en salle ou seront assises les dames & damoiselles & les personne a qui il appartiendra par ordre selon leur estat / la sera servie selon qu'il appartient a tel estat / & tandis que l'assiete durera selon la belle ancienne coustume des roynes & des princesses aura ung preudhomme en estat au chief du doy qui dira d'anciennes gestes d'aucuns bons trespassés ou d'aucunes belles moralités ou exemples / la n'aura mye grant noyse menee. Et aprés les tables levees & graces dictes s'il y a princes ou seigneurs dames ou damoiselles ou d'aultres estranges vers elle. Adonc celle qui sera en toutes choses enseignee & aprinse recepvra chascun en tel honneur comme il luy appartiendra. Si que tous se tendront pour contens parlera a eulx par maniere rassise a joyeulx visaige aux anciens d'une guise plus pesante aux jeunes d'une aultre plus riant et ce adonc vient la a parler ou a ouÿr d'aucuns esbatemens ou d'aucunes joyeusetés elle s'i saura contenir par si plaisant maniere que tous diront que c'est une gratieuse dame & qui bien scet son maintien en tous endrois. Aprés les espices prises & qu'il sera temps de retraire la dame s'en ira a sa chambre la ung petit se reposera se besoing en a / puis aprés se il est jour ouvrier & elle n'a aucune autre plus grande occupacion pour eschever oysiveté a aucun ouvraige se prendra & environ elle fera semblablement ouvrer ses filles & ses femmes & la a privé vouldra que chascune devise hardiment de toutes honnestes joyeusetés si que il luy plaira & elle mesmes rira avecques elles & s'esbatra en devisant si familierement que toute loueront sa grant priveté & benigneté & l'aymeront de tout leur courage ainsi fera jusques a heure de vespres que elle les yra oÿr en sa chapelle se il est jour de feste se aucune grande occupation ne les empesche ou les dira sans faillir avecques la chapellaine & aprés ce fait s'il est esté s'en ira esbatre en aucun jardin jusques a heure de souper l'en viendra & ira pour sa santé. Si vouldra que si aucuns ont a besongner a elle pour certaines causes que ilz soyent lassez entrer & les orra. Vers le coucher sera a dieu en oraisons & ainsi se finera l'ordre des communes journees de la prudente princesse vivant en bonne & saincte activeté.
quant est d'autres esbatemens a quoy dames seulent prendre esbatemens & plaisir sicomme de aller a la chasse aucunesfois voler en riviere ou a autres jeux. Ces choses nous ne mettons point en l'ordre de nostre discipline & enseignement. Car nous les laissons en la distribution & vouloir de leurs maris & du leur aussi desquelles choses aucune licence peut bien estre donnee en temps & en luy mesmes aux dames tresvertueuses sans mesprendre mais que ce soit sans trop et que mesure soit gardee.
¶ Cy commence a parler des sept principaulx enseignemens de prudence qui sont necessaires a retenir a toute princesse qui ayme honneur & est premier comment se contiendra vers son seigneur generallement & particulierement. Chapitre.xii.
Or avons assez devisé en termes generaulx & particulierement aussi tant ce qui touche vers dieu premierement & les bonnes meurs comme la maniere & ordre de leur vivre. Si nous plaise encores a deviser pour leur ennortement sept principaulx enseignemens lesquelz selon prudence leur sont necessaires a celles qui desirent sagement vivre et honneur veulent avoir. Si prions & enjoingnons a elles & semblablement a toutes femmes grandes moyennes & petites a qui se pourra apartenir que ces sept enseignemens veullent bien retenir noter & mettre a effet car pour neant oit doctrine qui ne la met a oeuvre. Le premier de ces sept pointz & rigles que nous enseignons & que toute dame & semblablement toute femme estant en ordre de mariage il appartient que elle ayme son mary & vivre en en paix avecques luy ou autrement elle a ja trouvé les tourments d'enfer ou n'a fors que toute tempeste. Et pource qu'il n'est point de doubte que assez de femmes de tous estatz non obstant que elles les ayment chierement ne scevent pas toutes les rigles ou par jeunesse ou aultrement de le bien demonstrer vecy nostre leçon qui leur aprendra / la noble princesse qui en toutes ces choses vouldra suyvre la rigle d'onneur si maintiendra vers son seigneur vieil ou jeune en toutes les manieres que en tel cas bonne foy & vraye amour commande. C'est assavoir se rendre humble vers luy en fait en reverence et parolle l'obeyra sans murmuration et gardera sa paix a son povoir curieusement par la maniere que faisoit la bonne & sage royne hester sicomme il est escript en la bible au premier chapitre. Et pource tant aymee & honnouree de son seigneur que il n'estoit chose que elle voulsist que il luy veast avecques ce demonstrera l'amour en ce que elle sera soygneuse et curieuse de toutes les choses qui pourront appartenir au bien de sa personne tant a l'ame comme au corps. A l'ame elle tiendra en amour son confesseur parquoy se elle voit en son dit seigneur aucune tache de lait peché duquel la coustumance luy peut tourner a dampnation & elle ne luy osast dire de doubte que il ne luy en despleust & aussi qu'il ne luy appartient pas elle luy fera dire par icelluy & luy dira que il luy admonneste bien d'estre tousjours serf de nostreseigneur. Et aussy en toutes ses aumosnes & biens fais dira priés Dieu pour monseigneur & pour moy. Avecques la pourvoyance de l'ame sera ceste dame tressoygneuse du corps de sondit seigneur. C'est assavoir qu'il soit en santé maintenu & conservement de longue vie. Si vouldra souvent parler a ses phisiens / leur enquerre de son estat & comme saige que elle sera vouldra ouÿr de leurs oppinions & que present elle soyent faictes aucunesfois leurs collations sur le fait de la dicte santé. Item vouldra sçavoir comment il sera servy & de ce n'aura pas honte de s'en prendre garde soygneusement quelques autres qui y soyent commis. Et pource que ce n'est mie l'ordre d'estat royal que les dames soyent si communement entour eulx que aultres femmes sont vers leurs marys elle enquerra souventesfoys aux chambellans & aux autres d'environ luy de son estat verra le plus souvent que elle pourra & du veoir sera tresjoyeuse & quant elle sera vers luy dira a son povoir toutes choses qui plaire luy devront & a joyeulx visaige se contiendra. mais pource que aucunnes nous pourroyent par adventure icy respondre que nous comptons sans rabatre.
C'est assavoir que nous disons a toutes fins que les dames doyvent tant aymer leurs seigneurs et en monstrer les signes. Mais nous ne parlons mye se tous deservent vers leurs femmes que on le doye ainsi faire Pource que on scet bien que il en est de telz qui se portent vers elle tresfelonneusement & sans signe de nulle amour ou bien petite. Si respondrons a icelles que nostre doctrine en ceste presente euvre ne s'adrece point aux hommes quoy qu'il en fust besoing a plusieurs que ilz fussent bien endottrinez. Et pource que nous parlons aux femmes tant seulement tendons a leur prouffit pour enseigner les remedes qui pevent estre vaillables a eschever deshonneur & donner bon conseil d'ensuyvre bonne voye qui ne face le contraire & du bien & du mal leur prouffit.
Poson que le mary fust de merveilleuses meurs pervers et rudes malamoureulx vers sa femme de quelque estat qu'il fust ou desvoyé en amour d'autre femme qui que elle soit quant elle scet tout ce porter & dissimuler sagement faire semblant que elle ne s'en apperçoit & que elle n'en scet riens voirement s'il est ainsi que elle n'y peust mettre remede. Car elle si pensera comme saige si tu luy disoyes rudement tu n'y gaigneroys riens & s'il t'en menoit male vie tu poindroyes contre l'aguillon il t'en eslongneroit par adventure & tant plus les gens s'en mocqueroyent & croistroit la honte & le diffame & t'en pourroit encores estre de pis il fault que tu vives & meures avecques luy quel qu'il soit. Ces choses considerees la saige dame mettra peine par bel & par doulceur de l'atraire a soy & se elle congnoist que ce soit le meilleur de luy en dire quelque chose elle luy en touchera apart doulcement & benignement une fois l'amonnestera par devocion / autre fois par pitié qu'il doit avoir d'elle / autre fois en riant comme si elle se jouast / avec ce luy fera dire par bonnes gens et par son confesseur / & avec ce autre vertus ceste noble dame l'excusera se elle en ot parler aux autres ne pourra souffrir ouÿr dire mal de luy ne aura cure que on luy en raporte riens & elle deffendra. Car elle comme sage pensera que du savoir n'aura fors tristesse et riens n'y gaigneroit / et quant toutes ses voyes elle aura ung temps tenues & verra que il ne s'en vouldra amender son refuge sera a dieu mettra toute peine de s'en mettre en paix sans plus luy en parler Et celle dame ou femme qui qu'elle soit qui ainsi fera soit certaine que ja l'homme si pervers ne sera que a la parfin conscience & raison ne luy dye tu as grant tort & grant peché contre ta bonne & honneste femme & que il ne s'amende & l'ayme plus ou tant que font ceulx qui oncques ne se desvoyerent en ainsi aura sa cause gaignee par bien souffrir. Et s'il advient que ledit seigneur voyse en aulcun voyage loingtain ou perilleux ou en quelque guerre la bonne dame priera dieu devottement & fera prier pour luy en processions & oblations tressongneusement & croistra le nombre de ses aulmosnes se tendra humblement et simplement d'estat de maintien & d'abit en tandis & a son retour en grant joye & honneur le recevera et a toute sa compaignie fera chiere joyeuse & bien vouldra estre informee des meilleurs de ses gens des plus preux & des plus vaillans & comment ilz se seront portés & tresvoulentiers en orra racompter si les recevera a grant honneur & beaulx dons leur donra aussi vouldra sçavoir comment ceulx qui avoyent la garde de son corps auront fait leur devoir & se seront vers luy portez. Si guerdonnera les biensfaitz aux bons & aux plus songneux & cestes manieres tenir sont de grant honneur a dames. Et pource quoy que elle les face de bon cueur. Et vouldra elle bien toutesvoyes que elles soyent manifestees & sceues au monde & non mye celees la cause si est que elle ayme honneur & le bien de renommee comme dit est si luy aprendra prudence que plus grant honneur ne peut estre dit de dame & de toute femme que dire que elle soit vraye & loyalle vers son seigneur & que bien fait semblant que elle l'ayme & par consequent luy est loyalle.
Car il est a penser a ung chascun que femme qui bien ayme son mary ne luy fera ja faulceté. si ne peut faire autre certification de sa loyaulté fors par l'amour qu'elle luy monstre & les signes de par dehors par lesquelz on juge communement du couraige. Car autrement ne peut on juger de l'entention des gens fors par les oeuvres lesquelles si elles sont bonnes tesmoigne la personne bonne & aussi au contraire. Si souffise quant a ce premier enseignement lequel est convenable a toute preude femme que qu'elle soit.
¶ Cy devise le deuxiesme enseignement de prudence qui est comment la saige princesse se contiendra vers les parens & amys de son seigneur.
Chap..xiii.
Le deuxiesme point & enseignement que prudence demonstre a la princesse & generallement a toute femme saige est qui se elle a chier honneur par quoy bien veult que on sache que elle ayme son mary si que dit est cy devant elle aymera & honnorera les parens de son seigneur & demonstrera en tel maniere elle leur fera honneur & tresbonne chiere de toutes pars que ilz vendront & devant les gens meilleur que aux siens propres si mettra peine en toutes manieres raisonnables & licites de les complaire & faire leur gré les attrayra amyablement & a chere joyeuse sera procureresse pour eulx vers son seigneur si besoing est & s'il advenoit qu'il y eust aucun contens entre eulx elle se mettra en peine d'en faire la paix elle dira bien de eulx & les essaucera. si gardera bien d'y prendre estrif de parolles & en toutes manieres eschevera a son povoir que contens ne aucune rancune naisse ou sourde entre elle & eulx. Poson que aucun feust dangereux & maltraictable mettra peine a le sçavoir avoir par la meilleur voye selon sa condicion en gardant toutes voyes l'honneur que a elle appartient si n'aymera mie seullement les parens de son seigneur. mais aussi tous que elle sçaura qu'il ayme. suppose ores qu'elle sceust qu'il en y eust de maulvais si leur fera elle bonne chiere la cause si pource que elle ne les pourroit faire estre bons ne aussi par adventure empescher ne destourner l'amour & la hantise que son seigneur y a Si ne seroit que riote & noise s'elle leur monstroit mauvais semblant & acqueroit tant plus d'ennemys. Et si diroit on que voirement est il vray que femme n'aimera ja personne que son mary ayme / bien est la verité que se elle sçait que son seigneur soit encliné a la croire & elle soit certaine que iceulx soyent vicieulx & mauvais & que mal en faict ou en murs puisse venir a sondit seigneur par les hanter elle luy dira & monstrera appert coyment & doulcement ou fera dire. Et de tenir ces manieres sondit seigneur luy sçaura tresgrant gré aura la grace & benivolence de ses parens qui moult luy pourra valoir & garder de mains autres perilz & encombriers & plus seure sera quand elle aura la seureur des parens de son seigneur. Car on a veu maint mal avoir a femmes maintes fois a cause des parens de leurs maris. Et cestuy signe avec les autres donnera plus grant certification de l'amour & loyaulté que elle a son seigneur.
¶ Cy devise du.iii. enseignement de prudence qui est comment la saige princesse sera songneuse de se prendre garde sur l'estat et gouvernement de ses enfans. chap..xiiii.
Le troisiesme enseignement de prudence a la princesse saige est que s'elle a enfans de se prendre garde d'eulx & de leur gouvernement aux filz non obstant qu'il appartiengne au pere de leur querir maistre & bailler telz gouverneurs qui soyent bons & convenables toutesvoyes la dame qui maine par adventure tant de charge de diverses choses & que aussi nature de mere est communement plus encline au regard de ses enfans doit moult adviser tout ce qui leur appartient & plus a ce qui touche discipline de meurs & d'enseignemens que au gouvernement du corps. Et pource la saige princesse prendra garde comment on les ordonnera quelz sont ceulx qui les auront en gouvernement & comment ilz en feront leur devoir et non mye s'en attendre au rapport d'autruy / mais elle mesmes souvent les visitera en leurs chambres les verra coucher & lever & comment ilz seront ordonnés & telle chose faire a princesse n'est ce honneur non. Car c'est le plus grant port seureté & parement que elle puisse avoir que enfans & tel par aventure souvent avient vouldroit bien nuyre a la mere qui n'endureroit pour la doubte des enfans si les dois bien tenir chierement & est grant los de dire que elle en soit soigneuse. Car c'est signe que elle est sage & bonne.
doncques la sage dame qui chierement les aymera sera diligente que ilz soyent endoctrinés & que ilz aprengnent tout premierement a servir dieu soyent enseignes en lettres & que le maistre soit songneux de les faire aprendre aux heures competentes mettra peine la saige dame qu'il plaise au pere qu'ilz soyent introduitz en latin & que aucunement s'entendent es sciences. Laquelle chose est moult convenable a enfans de princes et de seigneurs. Elle vouldra aussi quant leur aage croistra & qu'ilz auront entendement qu'ilz soyent admonnestés des choses du monde du gouvernement qui leur affiert / et de toutes choses qui a sçavoir a princes appartiennent que tous admonnestemens de vertus leur soyent dis & demonstrés enseigner la voye de fuyr les vices. Ceste dame se prendra bien garde des meurs du maistre & de la sapience aussi des autres qui seront entour eulx. Si les fera oster s'ilz ne sont bons & mettre nouveaulx / vouldra que lesditz enfans soyent souvent menez vers elle.
Considerera leurs manieres & faitz & ditz & les reprendera ellemesmes tresfort s'ilz mesprennent / se fera craindre a eulx & vouldra qu'ilz luy portent grant honneur / elle les arraisonnera pour sentir de leur entendement & de leur sçavoir saigement les enseignera. Ses filles fera gouverner par bonnes & sages dames & ainçois qu'elle commette a nulle le gouvernement sera bien informee du sens des moeurs & de la vie d'elle.
Car a ceste chose doit bien prendre garde & que la dame ou damoyselle a qui baillera en gouvernement sa fille soit de bon renom & devote envers dieu & de sens & honneur mondain sage & prudente affin qu'elle luy sache bien monstrer le bien & la contenance & maintien qui appartient a fille de prince a avoir & sçavoir / & doit estre icelle assez agee / affin qu'elle soit plus saige en meurs & plus prisee & doubtee mesmes de l'enfant qu'elle gouvernera / & aussi de tous les autres de la court plus auctorisee & crainte. Car il appartient a dame qui a tel charge qu'elle se prengne bien garde que environ la fille du prince ne repaire fille ne femme ou y ait reproche ne qui soit mal conditionee legiere ou folle ne de layde maniere affin que l'enfant n'y peust prendre aucun maulvais exemple. Et vouldra la princesse que quant elle sera en aagee qu'elle apreigne a lire aprés qu'elle sçaura ses heures & son service qu'on luy baille et administre livres de devotion et contemplation / ou qui parlent de bonnes meurs / ne nulz de choses vaines de folies ou de dissolution ne souffrera que devant elle soyent portés pour ce que la doctrine & enseignement que l'enfant retient en sa premiere jeunesse il en est communement recors toute sa vie aussi saige princesse se prendra bien garde du gouvernement et de la doctrine de ses filles & autant que leur aage croistra tant plus en sera songneuse. Si les aura le plus du temps environ soy les tiendra en crainte & le saige maintien & vaillance d'elle sera exemple aux filles de semblablement eulx gouverner.
¶ Cy devise le.iiii. enseignement de prudence qui est comment la princesse tiendra discrete maniere vers ceulx qui ne l'aymeront pas et qui auront envye sur elle. Chapitre.xv.
Le quatriesme enseignement de prudence a la sage princesse est tout d'autre matiere & tout soit il differencié du dessusdit se n'est il mye de moindre maistrise a le sçavoir bien conduyre / car l'autre est naturel comme ce soit chose acoustumee que toute saige mere a soing du gouvernement & de la doctrine de ses enfans / mais cestuy qui est de sçavoir vaincre & corriger le propre couraige & voulenté de soy mesmes est chose comme par dessus nature. Et pource de tant que plus est fort a faire de tant est plus digne de recommandation / & la personne qui bien en scet user en fait plus a louer. Car c'est signe de tresgrant force & constance de courage qui est entre les vertus cardinalles de grant excellence & toutesfois n'est mye doubte qu'il est necessité a toute sage princesse qui ayme le pris d'honneur & de renommee sçavoir user de ceste force ou autrement sa prudence ne se peut bonnement ne du tout monstrer ne faire congnoistre n'estre parfaicte. Si nous convient plus particulierement declarer a ce que nous voulons dire. Il n'est point de doubte que selon le corps du monde & les mouvemens de fortune il n'est nul si grant prince en ce monde / tant soit juste ne fut oncques prince seigneur ne dame ne aultre homme ne femme qui ayt peu estre ne soit de tous aymé. Car posons que une creature fust toute parfaicte si ne souffiroit point la despitable envie qui se fiche en cueur humain que la personne fust au gré de tous ne aymee de chascun. Et ce povons veoir par la personne de Jhesucrist qui fut seul tout parfait / & toutesfois envye le fist mourir / & si a elle faict mains autres bons vaillans que je pourroye traire a exemple. Et de tant que la personne est meilleure & plus vertueuse de tant plus fait envye bien souvent greigneur guerre & si n'est nul ne nulle tant puissant ne oncques ne fut fors dieu qui de tous se peut venger. Et pource a nostre propos la saige princesse & semblablement toutes celles que vouldront ouvrer de prudence sera de ce tresbien avertie & pourveue de remede / dont s'il advient que fortune la vueille assaillir par aucun endroit si qu'elle a fait & fait mainte bonne gent et elle apperçoyve & saiche que aucun ou aulcunes personnes puissans ne luy veullent point de bien l'ayent en male grace & qu'ils luy nuyroyent s'ilz povoyent & s'eslongeroyent de l'amour & de la grace de son seigneur qui les croyroit par adventure pour leurs blandices & flateries ou la mettoyent par les faulx rapors mal des barons des subgetz ou du peuple elle ne fera de ce nul semblant qu'on s'en aperçoive ne que on les repute ne tienne ses ennemys Ainçois pour la bonne chere qu'elle leur monstrera donnera a croyre qu'elle tient grandement ses amys & jamais ne croyroit que aultrement fust & que plus que en autre y a fiance / mais il conviendra que celle de bonne chere soit ordonnee par tel sens et si rassise que nul ne puisse appercevoir que sainctement le face. Car si une fois estoit trop grande & autre fois a yeulx felons sicomme de cueur qui est plain qu'on voit bien que le ris en est a force tout seroit honny pource est le sens a garder mesure en cest endroit & fault bien que le courage en soit pourveu avant le coup / si faindra qu'elle se veult gouverner par eulx & par leur conseil & les appellera en ses estroitz conseilz comme elle monstrera a semblant leur dira des choses communes par grant secret & fiance qui seront contre sa pensee / mais conviendra que ce soit fait par bonne maniere qu'ilz ne s'en donnent de garde & qu'elle soit maistresse de sa bouche. Car se aucun mot disoit d'eulx en derriere contraire a ses semblans qui fust raporté ce seroit peril / car il n'est si grant seigneur ne si grant dame a qui tous ses servans soyent loyaulx. Si doit on bien regarder devant qui on parle / mais cueur qui est gros & plain a peine seuffre la bouche tousjours taire de ce qui luy desplaist Et la est la maistresse elle gasteroit tout son affaire. Car ce seroit sa honte & amenuisant sa grandeur que ces ennemys apperceussent que elle sceust qu'ilz ne l'aymeroyent pas & leur fist tel semblant. Car ilz penseroyent que elle le fist par crainte. Si en seroyent plus orgueilleux et plus hardis de luy nuyre. Et l'en priseroyent moins / si se sçaura bien de ce garder.
Et se aucune personne luy en rapporte riens et elle pense que a iceulx sa responce puist estre raportee / elle blasmera les rapporteurs & dira qu'elle scet bien que ceulx de qui ilz parlent vouldroyent son bien & son honneur / & qu'ilz sont tresbons et loyaulx & ses amys. Et pensons que iceulx ennemys fissent ou dissent aucune chose a son prejudice de la chose se peut couvrir nullement que pour aucune autre cause que pour mal d'elle l'ayent fait ou dit. Encores fera elle si la simple ou ygnorante que ne l'aperçoyve & monstrera semblant que ce ne luy touche point & qu'elle n'a nulle pensee ne suspecion contre eulx / mais nonobstant toutes ces choses & ses grans dissimulations se guettera d'eulx de tout ce qu'elle pourra & sera dessus ses gardes. Ainsi la sage dame usera de ceste discrete dissimulation & prudence cautelle laquelle chose ne croye nul que ce soit vice mais c'est grant vertu quant faicte est pour cause de bien & de paix & sans faire a nul injure pour eschever greigneur inconveniens. Et voicy le mal qu'elle eschevera et le bien qui luy en suyvra se semblant faisoit qu'elle apperceust leur crisme. Ce seroit raison qu'elle print debat & contens a eulx & mist peine a s'en venger.
Si conviendroit qu'elle en emeust grant noise & mist en guerre & en peril ses amys / & peut estre que son seigneur les croyroit mieulx que elle ou les autres barons & subgetz. Si engregeroit adoncques le contens & viendroit a plus grant meschief & si ne s'en verroit ja par adventure vengee / si auroit de tant plus grant dueil / & par la susdicte voye de souffrance & dissimulation est a presumer qu'elle appaisera l'ire et le maltalant de ses ennemys / & a tout le moins n'auroient ilz jamais le cueur de tant luy nuyre comme s'elle se monstroit ennemye. Car trop seroit desloyal celluy qui vouldroit faire mal a la personne qui le reputast son amy. Et posons qu'ilz ne s'en souffrissent leur trahyson & leur maulvaistie sera de trop plus grande & de plus apparoit au monde / si en seroyent de tant plus reprins & plus deshonnorez & moins viendroyent a leur entente. Car chascun leur donneroit le tort / & ne peut a toutes fins que la dame ne gaigne plus en tel cas a tenir si saincte maniere que par voye de rigueur & n'est pas doubte que cest enseignement affiere a tenir / non mye seullement aux princesses & dames / mais aussi generallement a toutes femmes. car en mains contens viennent en mariage par faulx rappors de flateurs aux maris que maintes ne scevent pas bien ou ne pevent dissimuler / ce scet dieu aussi font autres.
¶ Cy devise le v. enseignement de prudence qui est comment la saige princesse mettra peine comment elle soit en la grace & benivolence de tous les estatz de ses subgetz Chapitre.xvi.
Pource qu'il appartient a la sage princesse qui par prudence veult ordonner tous ses faictz qu'elle quiere et tienne toutes les voyes que honneur demander vouldra pour ceste cause qui est le cinquiesme enseignement estre bien du clergié / & en leur grace tant de gens des religions & des docteurs comme des prelatz & des gens du conseil & aussi des bourgois & mesmes de ceux du peuple. Mais aucuns se pourroient merveiller pourquoy nous disons plus nommeement de ceulx icy que des barons & des nobles. Si est la responce pource que nous suposons qu'elle en ja en soit bien si que c'est plus de commun usaige que lesditz barons & nobles elle frequente Si vouldra estre des dessus nommés bien pour deux principaulx causes L'une si est affin que les bons & devots prient dieu pour elle. & l'autre pource qu'elle soit louee d'eulx en leurs sermens et collations si que leurs voix & parolles luy puissent estre se mestier est escu & deffence contre les murmures & rappors de ses ennemys mesdisans. & les puissent estaindre par quoy elle en ait mieulx l'amour de son seigneur & aussi du commun peuple qui bien leur dame orra dire & qu'elle fust soustenue des plus puissans se besoing luy en venoit. Si sera bien informee lesquelz des clercz & des maistres tant des religieux comme d'autres seront les plus souffisans & de la greigneur auctorité & a qui on adjouste plus de foy a leurs ditz Iceulx mandera de fois a autre vers elle puis les ungs puis les autres parlera a eux moult amyablement vouldra avoir leur conseil & en user les fera aucunefois disner a sa court acompaignés de son confesseur & des gens de sa chappelle qui tous seront honnorables gens leur portera grant honneur / & vouldra que des siens soient honnorés qui est chose qui bien affiert.
Car vrayment ceulx qui sont anoblis de science doivent estre honnorés / leur fera du bien de sa puissance donnera a leurs colleges & a leurs convens. Et combien que aulmosne doye estre faicte secrettement la cause si est telle / affin que la personne qui la fait n'en puisse monter en vaine gloire qui est trop mortel peché. mais se ladicte personne n'en n'avoit nulle elevation en son cueur mieulx seroit la donner publicquement que en secret pource qu'elle donneroit bon exemple a aultruy. & qui en celle intencion le fait double son merite & fait bien / dont ceste sage dame qui bien se sçaura garder d'icelluy vice vouldra bien que les dons & aulmosnes qu'elle fera par celle voye soyent sceuz & registrez s'ilz sont notables comme pour refaire leurs eglises & leurs convens ou autres necessaires en perpetuelle memoire en tableaulx en leurs eglises / affin que les gens prient dieu / ou autres registres ou ilz le dient publicquement / si y prendront exemple de pareillement donner d'avoir accointance mieulx pour avoir renommee par eulx s'il semble qu'elle touche aucun rain d'ypocrisie ou qu'elle en prengne le nom. toutesfois se peut elle nommer par maniere de parler juste ypocrisie. Car elle tend affin de bien & eschevement de mal. Car nous n'entendons mye que soubz umbre de ceste chose maulx et pechiez se doivent commettre ne que une grant vaine gloire en doyve sourdre en courage. Si disons de rechief que ceste maniere de juste ypocrisie est comme necessaire par especial a princes & princesses qui ont a dominer autruy a qui plus reverence affiert que a autre & certainement aussi ne messiet elle point a toute personne qui desire honneur le faisant a cause de bien. Et a ce propos il est escript au livre de valere que anciennement les princes faignoient qu'ilz fussent parens aux dieux affin que leurs subgetz les eussent en plus grant reverence & plus les craingnissent. Aussi vouldra la sage dame estre bien des gens du conseil de son seigneur soient prelatz chanceliers ou autres ordonnera qu'ilz viennent vers elle / les recevera honnorablement & parlera a eulx par sages parolles & le plus qu'elle pourra les tiendra en amour et ceste maniere de tenir luy sera vaillable en plusieurs choses. C'est assavoir car ilz loueront le sens & gouvernement d'elle qu'ilz verront notable.
Aussi s'il advenoit que aucun envieux voulsisse quelque chose machiner contre elle ilz ne souffreroient passer en conseil riens a son prejudice et desmouveroyent le prince s'il estoit mal informé par aucuns autres / & aussi s'elle desiroit aucune chose estre passee en conseil ilz luy seroyent amys & plus favorables. Avec ce ladicte dame vouldra avoir la bien vueillance des clercz qui se meslent des causes comme du peuple comme nous dirions a paris avocas en parlement & ailleurs de tieulx semblables deffendeurs des causes si vouldra veoir a certains jours les presidens & principaulx d'entre eulx & des autres plus notables avec eulx & devisera a eulx amiablement & vouldra qu'ilz sachent & voyent de