l'eschever & fuir. Si povés veoir chiere dame que toute grant maistresse & semblablement toute femme doit trop plus estre couvoiteuse d'acquerir bon renom que quelconques autre tresor. Car il la fait reluyre en honneur & demeure tousjours a elle & ses enfans redoubtee dame ainsi comme devant est touchié / je suppose bien et pense les raisons qui pevent mouvoir la jeune dame a soy encliner a si faicte amour aise & joyeuseté luy fait penser Tu es jeune il ne te fault fors que ta plaisance tu peulz bien aymer sans villanie & n'est point de mal puis qu'il n'y ait peché tu feras ung vaillant homme on n'en sçaura riens tu en vivras plus joyeusement & auras acquis ung vray serviteur & loyal amy & ainsi telles choses. Ha ma dame pour dieu soiés advisee que telles folles oppinions ne vous deçoyvent. Car quant a la plaisance soyés certaine que en amours a deux foys plus de dueil nuysances & dangiers perilleux par especial du costé des dames qu'il n'y a de plaisance. Car avec ce amours livre de soy maintes diverses amertumes la peur de perdre honneur & qu'il soit sceu leur demeure ou cueur qui chier acheter leur fait telle plaisance. Et quant a dire ce ne sera mye mal puis que fait de peché n'y a. Helas ma dame ne soit nul ne nulle si asseuree de soy qu'elle se rende certaine quelque bon propos qu'elle ait de garder tousjours mesure en si faicte amour et que ne soit sceu comme j'ay cy devant dit. Certes c'est chose impossible. Car feu n'est point sans fumee. mais fumee est souvent sans feu. Et a dire je feray ung homme vaillant. Certes je dis que c'est trop grant folie de soy destruyre pour accoistre ung autre. Posons que vaillant en deust devenir & celle bien se destruyt qui pour refaire ung aultre se deshonnoure. Et quant a dire j'auray acquis ung vray amy et serviteur dieu dequoy pourroit servir si fait amy a la dame. car s'elle avoit aulcun afaire il ne se feroit porter en nul cas pour elle / pour peur de son deshonneur dequoy doncques luy pourra servir si fait serviteur qui s'osera employer pour le bien d'elle. mais ilz sont aucuns qui dient qu'ilz servent leur dames quant ilz font beaucoup de choses soit en armes ou autrefois. Mais je dy qu'ilz servent eulx mesmes. Car l'honneur & le preu leur est demouré & non mye a la dame. Encores ma dame se vous ou autres vous voulés excuser en disant j'ay mauvaise partie qui pou de loyaulté & de plaisir me fait.
pource puis je sans mesprendre avoir plaisir en aucun autre pour oublier melencolie & passer le temps. mais certes telles excusations / saulve vostre bonne reverence & de toutes autres qui ce dient / ne vallent riens. car trop fait grant folie celluy qui met le feu en sa maison pour ardoir celle de son voisin. mais se celle qui a tel mary le porte patiemment & sans soy empirer tant acroist plus le merite de son ame & son honneur en bon los & quant a avoir plaisance. Certainement une si grant maistresse voire toute femme s'elle veult elle peut assés trouver de loisibles & bonnes plaisances a quoy s'entendre & passer le temps sans melencolie sans telle amour. Celles qui ont enfans plus gratieuse plaisance & plus delectable peut on demander que de souvent les veoir & prendre garde que bien soyent nourris & endoctrinés sicomme il appartient a leur haultesse & estat. & les filles ordonner en telle maniere que en enfance prengnent rigle de bien & de deuement vivre par exemple de suyvre & estre en bonne compaignie. Helas & se la mere n'estoit toute saige quel exemple seroit ce aux filles & a celles qui enfans n'ont. Certes n'est ce honneur non a tout haulte dame. Aprés ce qu'elle a dit son service de soy prendre & faire aulcun ouvraige ou besongne pour eviter oysiveté ou faire faire fins linges estrangement ouvrés / ou draps de soye ou autre choses dequoy elle peust user justement. & telles occupations sont bonnes / & destourbent a penser choses vaines. Et je ne dis mye que une grant maistresse ne se puisse bien esbatre rire & jouer en temps & en lieu mesmement ou il y ait seigneurs & gentilz hommes / & qu'elle ne doye honnorer les estrangiers selon que a sa haultesse appartient chascun selon son degré / mais ce doit estre fait si rassisement & de si beau maintien qu'il n'y ait ung seul regard ne ris ne parolle que tout ne soit a mesure & par raison.
Assés & tousjours doibt estre sur sa garde que on ne puisse appercevoir en parolle ou regard ou contenance en elle chose desconvenable ne mal seant. Ha dieu se toute grande maistresse voire toute femme sçavoit bien comment beau maintien luy est advenant plus mettroit peine a l'avoir que quelque autre parement. Car il n'est joyau precieux qui tant la peust parer Et encores ma tresredoubtee dame reste a parler des perilz et dangiers qui sont en celle amour / lesquelz sont sans nombre. Le premier et greigneur est que l'en courrouce dieu. Aprés que se le mary s'en appercevoit ou les parens la femme est morte ou cheute en reproche ne jamais puis n'aura bien. Et encores suppose que n'aviengne disons du costé des amans encores que tous fussent loyaulx secretz vrays disans ce qu'ilz ne sont mye / ainçois scet on assés qui comunement sont faintz & pour les dames decevoir dient ce qu'ilz ne pensent ne vouldroient faire.
Touteffois c'est chose vraye que l'ardeur de / telle amour ne dure mye longuement mesmes aux plus loyaulx & est ceste chose certaine. Ha chiere dame comment cuydés vous que quant il advient que celle amour est deffaillie & que la dame qui aura esté aveuglee par l'enveloppement de folle plaisance s'en repent durement quant elle s'avertist & pourpense les follies & divers perilz ou maintes fois s'est trouvee / & combien elle vouldroit qui luy eust cousté & oncques ne luy fust advenu & que tel reproche de elle ne peust estre dicte. Certes vous ne pourriez penser la grant repentance & desplaisant pensee qui au cueur leur en demeure Et oultre se vous & toutes les autres povés veoir quelle follie c'est de mettre son corps et son honneur es dangiers de langues & es mains de telz servanz puis que serviteurs s'apellent / mais la fin du service est communement telle que quoy qu'ilz vous ayent promis & juré de tenir secret ilz ne s'en taisent mye & en la fin de telle amour souventesfois le blasme & parler de gens aux dames en demeure ou a tout le moins la crainte & paour en leurs cueurs que ceulx mesmes en qui se sont fiees le dient & s'en vantent ou aulcun autre qui le fait saiche / et ainsi se sont mises de franchise en servaige & veés la fin du service de celle amour. Comment cuydés vous ma Dame qu'il semble a ses servans grant honneur de dire et eulx vanter qu'ilz soyent aimés ou ayent esté d'une grant maistresse ou femme de renom. Et comment en tairoient ilz la verité. car dieu scet comment ilz mentent. Et que pleust a dieu que entre vous mes dames le sceussiés bien. Car cause auriés de vous en garder. Oultreplus les servans qui scevent vos secretz & en qui convient que vous vous fiez cuydez vous qu'ilz s'en taisent. combien que leur ayés fait jurer. Certes la plus grant partie sont telz qu'ils seroyent bien dolens que l'on ne sceust que plus grant priveté & hardiesse ont vers vous que les autres. et s'ilz ne dient de bouche vos secretz ils les monstreront au doy par divers semblans couvers qui veullent bien que on note. He dieu quel servitude a une dame & a toute autre femme en tel cas qui n'osera reprendre ne blasmer son servant ou sa servante posons qu'elle les voye grandement mesprendre quant elle se sent en leur dangier & seront montés contre elle en tel orgueil que mot n'osera sonner ains conviendra qu'elle leur seuffre a faire et dire chose qu'elle n'endureroit de nul autre. Et que pensés vous que dient ceulx & celles qui ce voyent & notent ilz ne pensent fors ce qui y est & soyés certaine qu'ilz en murmurent assés. Et s'il advient que la dame se courrouce ou donne congié a telz servans / dieu scet se tout est revelé & dit en plusieurs places. et toutesfois souvent advient qu'ilz sont & ont esté moyens & procureurs d'icelle amour bastir / laquelle chose ilz ont voulentiers pourchassee & a grant diligence pour traire a eulx dons ou offices ou autres emolumens. Tresredoubtee dame que vous en dirois je / soyés certaine que aussi tost espuiseroit on une abisme comme on pourroit racompter tous les perilz et maulx qui sont en ceste vie amoureuse. & ne doubtés du contraire. Car il est ainsi. Et pource treschiere dame ne vous vueillés ficher en si fait peril. Et se aulcune pensee y avés eue / pour dieu vueillés vous en retraire ainçois que plus grant mal vous en ensuyve. Car trop mieulx vault tost que tard / & tard que jamais. Et ja povés veoir quelz parolles en seroyent se plus ce continuoyent vos nouvelles manieres quant ja sont apperceues parquoy parolles s'en espandent en maint lieu. Si ne vous sçay plus que respondre fors que de toute ma puissance vous supplye humblement que de ce ne me sachez aucun maulvais gré / mais vous plaise de adviser le bon vouloir qui le me fait dire / & au fort mieulx doit vouloir faire mon devoir & vous loyaulment admonnester & en deusse avoir vostre mal talent que de vous conseiller vostre destruction ou de l'attraire pour avoir vostre bon gré. Tresresoubtee princesse & ma treschere dame je prie a dieu qu'il vous doint bonne vie et longue / et en la fin paradis.
Escript. &c.
¶ Cy commence la deuxiesme partie de ce livre laquelle s'adresse aux dames & damoiselles. Et premierement a celles qui demeurent a court de princesse ou haulte dame. Le premier chapitre parle comment les trois dames / c'est assavoir raison droicture et justice recapitulent en brief ce qui est dit devant. chap..xxvii.
Apres ce que avons parlé aux roynes princesses & haultes dames / c'est assavoir en ce qui touche la doctrine qui est proprice tant aux enseignemens de ce qui affiert a l'ame comme aux meurs vertueux & bons qui leur sont propices & appartiennent a leur haulte noblesse & a leur estat qui d'honneur est adornee sur toutes autres s'adressera nostre leçon doresenavant en ceste.ii. partie de la presente collation aux dames & damoiselles & femmes tant a celles qui sont demourans a court de princesses pour leur service & estat comme a celles qui demeurent sur leurs terres en chasteaulx manoirs villes fermes & bours / mais a ce commencement faisons protestation que nonobstant qu'il appartienne & affiere une mesmes doctrine par especial en plusieurs choses tant a l'ame comme aux vertus & meurs aussi bien aux dames & damoiselles & a toutes femmes comme aux princesses ne pensons mye a relater & dire de rechief tout ce qui est dit devant / car peine seroit sans necessité & a ennuy pourroit tourner aux lisans si serve ce que dit est pour toutes ou il eschiet & en prengne chascune ce dequoy sentira que elle ayt besoing au bien & au proffit de son ame & de ses meurs. Car semblablement que aux plus grans maistresses est mestier aux dames damoiselles & autres femmes qu'elles ayent tousjours & en tous leurs faitz devant les yeulx & en leur memoire l'amour & crainte de nostreseigneur qui leur ramentoyve les biens qu'elles reçoyvent de luy / c'est assavoir l'ame qui est creé a son ymage laquelle s'elles y veullent mettre peine possedera a tousjours le royaulme des cieulx. Ce n'est mye petit don l'entendement pour congnoistre dieu & que est bien & mal force de corps pour mettre le bien a effect santé & foison d'autres grans graces parquoy l'amour a quoy elles sont obligees vers luy qui est mesmes ung des commandemens de la foy et le premier qui dit tu aimeras dieu sur toutes choses ne doit jamais partir de leur memoire La crainte aussi en pensant la grant punition de sa justice en quoy se mettent en peril les creatures qui ne vont droite voye Ceste amour & crainte se a droit & en leurs couraiges les deffendra de vices & conduyra aux vertus / abessera en elles orgueil & essaucera humilité chassera ire & amenera pacience deboutera avarice & y mettra charité. leur tollira envye & leur donnera amour vers leurs prochains. eslongnera paresse & approuchera diligence de bien faire Leur fera haÿr gloutonnye et aymer sobrieté. bennira luxure et attraira chasteté Et ainsi donera toutes les vertus propice a l'ame. & chassera les vices qui nuyre y pourroyent. Et avec ce aussi bien & semblablemement affiert aux dames damoiselles & autres femmes avoir prudence mondaine pour ordonner en bonne guise leur maniere de vivre chascune selon son estat & qu'elles ayment honheur le bien de renommee & de bon los que aux princesses. Si commencerons ainsi Cy devise des quatre pointz les deux bons a tenir & les deux autres a eschever & comment dames & demoiselles de court doivent aymer leur maistresse. & ce est le premier point. chap..xxviii.
Derechief disons nous trois seurs / filles de dieu nommees raison / droicture / & justice comme dessus. Premierement a vous dames damoiselles & femmes de court au service de princesses et haultes dames tout ce que dit avons qui toucher peut au bien de vos dames & a l'acroissement de vos meurs Mais avec les bons admonnestemens dessusditz adjousterons quatre pointz les deux premiers bons a suyvre / & les autres a eschever. & ne sont pas simplement ne sans plus les deux premiers bons a tenir / mais vous sont tresnecessaires pour le bien de voz ames & l'honneur de vos personnes. De ces deux pointz le premier est que de tout vostre cueur devés amer comme vous mesmes vostre maistresse.
c'est assavoir la princesse / auquel service ou compaignie vous estes.
L'autre point est que vous devés estre en vos manieres parolles & tous faitz non trop acointables ne privees a divers hommes. Et des causes qui nous meuvent vous enseignerons les raisons cy aprés. Et quant est des autres belles manieres qui a tenir vous affierent pource qu'il est ja dit cy devant comment la saige princesse vous maintiendra en bel ordre en habitz simples & beaulx sans desguiseure. mais riches assés / & bien ordonnez sicomme il affiert comme en contenances rassises & coyes en parolles maintiens jeux & ris honnestes passerons oultre ces pointz pource que cy devant au xviii. chap. de la premiere partie de ce livre la peut on veoir qui veult. Selon nostre premier point & enseignement des deux dessusditz la dame ou damoiselle de court ou toute servante est tenue de aymer tresfort & de tout son cueur sa dame & maistresse soit bonne ou mauvaise / ou doulce / ou autrement elle se dampne et faict que tresmauvaise creature & semblablement je dis de tous servans puis que ilz sont aux gaiges pensions ou loyer de qui que ce soit. & si tu vouloies dire voire mais si mon maistre ou maistresse est mauvaise personne ou ne me fait gueres de bien suis je doncques tenue a l'aymer / nous te respondons que ouÿ sans faulte / car s'il te semble qu'ilz soyent mauvais & que n'y faces ton proffit: tu t'en dois partir se bonté semble non mye y demourer pour mal y faire ton devoir & ne luy porter tel amour & tel foy que tu doibs. posons qu'il face mal son debvoir pourtant ne doibs laisser a faire le tien tant que tu y es / ou t'en aller. Car saches si ainsi ne le fais tu te dampnes en servant. Si est a declairer nostre propos en quoy s'estendra celle amour que la dame ou damoyselle de court aura a sa maistresse sera en luy portant foy & loyaulté en toutes manieres / comment foy & loyaulté. c'est qu'elle aymera premierement le bien de son ame. en telle maniere qu'elle luy procurera et ennortera de son povoir & que a elle appartiendra tout bien a faire & ne luy donnera ocasion du contraire. gardera sa paix a son povoir en bien faisant. Et en ces choses icy fait entendre qu'elle ne luy fera rapors nulz quelz qu'ilz soyent qui a l'empirement de son ame puisse tourner / c'est assavoir ne en mesdisant d'autruy ne contre le bien de honnesteté ne de honneur. ne aussi en parolles felonnesses ou responces parquoy elle puisse troubler sadicte maistresse. Avecques ce elle gardera sauvement le sien en ce qu'il appartiendra a elle a faire & en destournant les autres a son povoir se oultrages non convenables appartenoyent en aucuns. & sur toutes riens soustiendra son honneur de toute sa puissance en fait en dit & en parolle plus en derriere que en devant & essaucera sa bonne renommee. Se gardera bien pourtant sur ce qu'elle ayme le bien de son ame que vers elle ne use de flaterie pour mieulx avoir sa grace. si que font plusieurs servans de tous estatz maistres & maistresses et par especial a grans seigneurs & dames qui est chose qui trop desplaist a dieu & que la saincte escripture blasme a merveilles. Mais pour plus proprement declarer que c'est flaterie affin que nul ne soit deceu de entendre. dirons la difference d'entre bien servir & flater. Si est assavoir que si tu sers bien & loyaulment de tout ton povoir & tressongneusement garde bien l'honneur & proffit en toutes manieres de maistre & maistresse & metz grant cure & dilligence de luy faire plaisir & service en toutes choses licites & honnestes.
Mesmement tant pour faire ton devoir comme pour acquerir sa grace affin qu'il t'en face mieulx pource qu'il t'en est besoing & que se il a mal & desplaisir que tu en soyes dolent ou dolente comme du tien propre & semblablement joyeulx ou joyeuse de son bien & prosperité & soyes triste a mathe chiere quant luy voys avoir desplaisir & joyeulx quant bien luy vient & non mye devant luy seullement. mais plus en derriere & le excuses se mal oys dire & luy portes honneur & bonne renommee telz choses faictes de bon cueur ne sont mie flateries ains est vraye amour & pure loyaulté portee de bon servant ou servante a maistre ou a maistresse & ce en sont les signes. Le pur flateur est si tu sçayes que ton maistre ou maistresse eust aucune inclination vicieuse & contre le bien de son ame & de son honneur & bonnes meurs & se sur ce tu le confortoyes. en luy donnant conseil qui le peust soustenir & nourrir en son vice & peché & que tu portasses ses mesmes faitz en dit & en fait ou que tu luy ouÿsses dire parolles non vrayes contre le bien d'autruy ou soustenir oppinions mauvaises ou deshonnestes & tu disoyes monseigneur ou ma dame dit voir ou que tu luy feisses entendant qu'il soit bel ou bon ou saige ou que bien seroit que il fist quelque chose que tu penseroyes qui luy plairoit et ta conscience te disoit tout le contraire se telz choses & aultres semblables qui pourroyent advenir faisoyes vrayement tu flateroyes & pecheroye tresmortellement & avec ce que tu te dampneroyes pareillement seroyes cause de son dampnement. Mais non pourtant dieu scet tout comment plusieurs servans de jeunes gens & d'autres se gouvernent en telz cas car pour avoir leur grace & traire d'eulx plusieurs y a ne les soustiennent pas seullement en maulx faire ains eulx mesmes quierent & pourchassent les voyes de tirer & faire mettre maistres & mesmement maistresses aucunesfois en plusieurs vices & laiz pechés & telz gens ne sont pas loyaulx servans ains sont faulx & maulvais / mais ceux qui les treuvent quant ilz les scevent telz sont eulx mesmes si aveuglez qu'ilz ne s'en donnent de garde. Et pource dist trop bien ung saint docteur que le flateur par sa parolle fait tout ainsi que se il fichoit ung clou en l'oeil de son maistre ou maistresse c'est a dire qu'il l'aveugle par ses blandices. Mais a descendre a nostre propos on pourroit icy faire une telle question sçavoir mon se une dame ou damoiselle sert une princesse ou aultre dame quelle que elle soit & il advient que sa maistresse vueille mettre son cueur en folle amour vers quelque homme si la servante est tenue par la loyaulté que elle luy doit de la soustenir & porter en son fait / car peut estre que aulcuns ne cuyderoyent mye mesprendre en pensant j'ay pluscher a garder l'honneur de ma maistresse & celer son faict mesmement veu que je n'ay mye bastie la chose / mais elle la veult faire & si en moy elle ne se fioyt en quelque autre se fieroit qui par adventure ne la celeroit mye si bien que je feroye. La vraye responce a ceste question est que elle feroit mal quelque cas qui y peust advenir & mal faire n'a point d'excusation si ne peux porter ne soustenir ta maistresse en peché faisant que toy mesmes ne peches ne soye participant du mal. Et avecques ce posons que tu dies que pour garder son honneur le faces si tu espeluches bien ta conscience tu trouveras que aultre cause te y encline plus c'est assavoir pour avoir mieulx sa grace & en prouffiter en chevance. Mais quelque cause qui t'y maine tu fais mal & en ce faisant resembles l'aveugle qui maine ung autre aveugle & tous deux trebuchent en la fosse. Mais vecy que tu feras si tu veulx user de sens & de bonne conscience se ta maistresse se fie de tant en toy qu'elle te die son secret en tel cas tu luy feras si faicte ou semblable responce / ma dame je vous mercye dont tel fiance avez en moy que tant me dictes de vostre tresprivé secret & si vous n'aviés fiance en moy ne le me diriés si n'ayez jour de vostre vie quelconque doubte qui ne soit bien celé. Car je vous prometz loyaulment que tant que je vivray ne sera par moy sceu / mais vrayement il me poise de tout mon cueur de ce que vostre entente avez mise ou voulez mettre en tel chose. Car il ne vous en peut venir fors dampnement a l'ame & grant peril & deshonneur au corps & se par nulle voye estoit en ma puissance de vous oster de celle voulenté & pensee il n'est riens que je n'en feisse. Mais quant est de moy & me pardonnés je aymeroye mieulx le bien de mon ame & de ma consciece qui en seroit chargee que je ne fais vostre service et m'en deussiés vous haÿr & bouter hors. Car je doy avoir pluscher vostre hayne pour bien faire que vostre grace pour consentir mal si ne m'en mesleroye nullement mieulx vouldroye mourir / je sçay bien que je suis a vous & que obeyr je vous doy mais en tel cas je pecheroye laquelle chose je ne suis tenu de faire pour personne vivant. Telle responce doit faire la bonne servante en tel cas a sa maistresse / mais s'elle est sage & vraye se gardera bien pourtant de l'aler disant ça & la pour soy aloser comme assez en est par adventure qui pour faire les bonnes y soyent disant elle m'a requise de tel chose / mais je l'ay bien & bel escondite je aymeroye mieulx que elle fust arse & telz choses dont mieulx leur vauldroit taire ainsi se doit gouverner la bonne & discrete dame ou damoyselle ou autre vers sa maistresse. mais non pourtant affin que nous n'oublions riens a dire que bon soit a ce propos n'est mye a entendre cest admonnestement que s'il advenoit aucun inconvenient a la maistresse par quelque cas que la bonne servante ne la doye garder en tous perilz & deffendre comme elle feroit son enfant sicomme il est dit d'une dame qui fut gardee d'estre sourprise en cas dont elle eust perdu son honneur par sa damoiselle laquelle quant elle sceut l'adventure ala tantost comme bien advisee bouter le feu a la granche affin que tout courussent la & que sa maistresse en ce tandis se peust descouvrir. Et comme une autre qui trouva sa maistresse qui se vouloit desesperer & occire ellemesmes de honte que elle avoit de ce qu'elle estoit grosse sans estre mariee si la reconforta & l'osta de ce maulvais vouloir & ellemesmes affin que quant l'enfant viendroit qu'elle peust dire que il fust sien fist entendant qu'elle estoit grosse & par celle voye la saulva de mort & garda de deshonneur & telz choses faire puis que la chose est faicte & le conseil en est prins pour garder autruy de desesperance ou de prendre mauvaise voye mais que au fait de peché on ne soit consentant n'est pas mal. mais est tresgrant charité & doit chascun avoir pitié du pecheur. Car dieu ne veult pas sa mort. mais que il se convertise & vive. Et tel est cheu en peché que aprés se relieve & maine juste vie & non mye seullement en cas d'amours ne doibt estre consentant la servante de la maistresse: mais aussi en tous autres ou il pourroit avoir peché & vice. car nul n'est tenu d'obeyr a aultruy pour desobeyr a dieu.
¶ Cy devise du.ii. point qui est bon a tenir aux femmes de court qui est comment elles doibvent eschever trop d'acointances. Chapitre.xxix.
Le.ii. point & enseignement si que nous avons dit est que femmes de court de quelque estat qu'elles soyent se doivent garder de trop avoir d'acointances a divers hommes nous convient dire les raisons qui nous meuvent Car maintes par aventure pourroyent suposer & cuider que plus leur loysist & apartenist est acointables que autres femmes: mais celles qui le penseroyent se deceveroient & nous le te monstrerons par deux principaulx raisons / l'une est pource que sur toutes autres les femmes de court ont a garder honneur / l'autre raison te dirons aprés. Quant a ceste pourquoy disons nous que plus que autres ont a garder honneur pource que leur honneur ou deshonneur refiert & redonde en leur maistresse. car se ilz sont ou bien ou mal ordonnees elle en aura le los ou le blasme si que ja est touché en la premiere partie de ce livre. Or il est ainsi que il n'est autre dame a qui tant d'honneur soit deue comme a princesse si seroit a son empirement si aucune tache avoit en femmes. Car on diroit selon seigneur meisgnie duite. Et pource je conclus que plus que autres se doivent garder. Si n'est point de doubte a venir a nostre propos que femmes qui que elles soyent qui se delictent avoir plusieurs acointances a hommes & suppose qu'elles n'y pensent a nul mal ne mais pour rire & esbatre a peine le pourront continuer qu'il n'en soit senestrement parlé & non mye seullement des estrangiers envyeulx qui sans cesser avisent comment pourront aultruy mordre / mais certes de plusieurs de ceulx mesmes a qui elles feront bonne chiere. Car ne pensent point le contraire femmes ne si aveuglent que ja hommes plusieurs ne les frequentent longuement que aucuns ou le plus d'iceulx ne pensent a elles atraire si pevent & quant ils voyent que plusieurs hantent ou lieu ou chascun voulsist estre seul receu ilz en parlent mal & contreuvent l'ung sur l'autre & en derriere s'en rigollent quelque chere que aux dames & damoiselles facent en devant ne quoy que ils se monstrent bien gracieulx & c'est chose vraye lesquelz rigolages & parolles sont raportees en ville de bouche en bouche par les tavernes & ailleurs & chascun y adjouste & met du sien Et par telle voye sans cause & sans raison quant a pechié / mais seullement par la simplesse des femmes qui n'y pensent sont souvent plusieurs a tort blasmés mesmes de ceulx a qui elles font bonne chiere et qui ne le croit si en enquiere.
Car pleust a nostre seigneur que dames & damoiselles de court / voire toutes femmes d'ailleurs sceussent bien que telz acomtes dient d'elles cause auroient d'elles retraire de si faictes bonnes chiere. & mieulx leur vauldroit moins d'esbatement que de tant de parolles & par ce que ilz leur rient en devant & promettent corps & service a peine le pourroyent croyre. mais tu nous pourroyes demander comment ne vault il pas mieulx mesmes a honneur garder faire bonne chiere a chascun & que autant en emporte l'un que l'autre seullement que le faire a ung ou a deux & aussi que les autres puissent dire il ne hante en tel lieu que telz ou telz ilz sont en grace autres n'y sont congnuz. Nous te respondons que sans faille de ces deux maulx il n'y a nul qui face a tenir / car mal est / c'est assavoir contre honneur si plusieurs en hantent si que dit est & mal seroit ou est si on n'y voit frequenter seullement ung deux ou trois en maniere que on y peust avoir souspecion.
Si n'est l'une maniere ne l'autre bonne. Mais tu nous diras comment seront doncques femmes par especial de court si subgetz que elles ne oseront ame veoir ne elle esbatre sans mal penser a compaignie ou il y ait gentilz hommes. Si te respons a ce que la subgection est bonne quoy que elle desplaise quant elle garde de plus grant inconvenient tout ainsi que la bride ennuye & desplaist au cheval mais non pourtant elle le garde aucunesfois de trebucher ou fossé. Et quant est que elles ne facent bonne chiere ou il appartient & en temps & en lieu s'esbatent convenablement en compaignie d'honneur n'est pas nostre entente de les vouloir a ce restraindre. Et ne disons pas que s'il advient a quelque court que ce soit en france ou autre part que le prince ou princesse reçoyve estrangiers ou princes ou autres vaillans chevaliers ou escuyers que il n'apartiengne bien qu'ilz soient festoyés & entre dames & damoiselles bien venus / car ce seroit contre honneur qui ne le feroit / mais entendons seullement de ceulx qui par droictes bauldes acoustumeement frequenteroyent sans autre achoison y avoir fors de jouer & esbatre es chambres de l'estat des dames & damoiselles. Et ces choses que nous disons ne doyvent ennuyer a nulle soit jeune ou joyeuse ou autre si elle ayme honneur ne que il doit desplaire a celuy qui sa santé a chiere quant le medecin luy dit vous userés de tel remede contre telle maladie & suffise quant a la premiere raison. Mais a venir a l'autre laquelle peut aussi bien toucher aux autres femmes d'onneur comme a celles de court est telle. Chascun qui tant est une chose plus digne plus noble & de greigneur value plus doit estre tenue en grant chierté & moins commune. Or est il ainsi que toute femme honnorable bonne et saige doit este reputee comme ung beau tresor & une notable & singuliere chose digne d'onneur & de reverence. doncques puis que elle est telle et y veult estre tenue il n'appartient point que trop grant marché ne largesse face de ses tresgrans tresors c'est assavoir de l'acointance de sa treshonnorable personne. Car de tant que elle la tiendra en plus grant charté vers tous hommes non mye par orgueil / mais par une grandeur bien seant a femme de tant sera elle tenue en plus grant reverence & en fera l'en plus grant compte / car chose n'est tant voulentiers veue ne desiree que celle que on voit a dangier quant elle est bonne & belle. pource disons que non estre trop accointable a femme bien siet & que largesse de langaige & d'atrais accueillans luy messieent.
¶ Cy dit du.iii. point qui est le premier des deux qui sont a eschever parlant de l'envye qui regne en court & dequoy elle vient. cha. xxx.
Or viendrons aux autres deux dessusditz poins lesquelz a femmes de court principallement & aprés a toutes femmes d'onneur sont a eschever.
lesquelz quoy qu'ilz soyent assés communs par tout regnans par especial treshabondeement a toutes cours plus que autre part. ce sont deux vices mauvais & dampnables merveilleusement & en attrayent infinis d'aultres.
L'un & le principal des deux mortelz vices est le trespiteable & de dieu hay pechié d'envye / & l'autre est le vice de mesdire. Et du premier dirons & de l'autre aprés Et pource que nous tendons a bien de vous toutes nous plaist vous admonnester les remedes que nous enseignons a toute personne qui user veult de justice & de bonne conscience. Et tout premierement pour mieulx congnoistre la qualité ou nature de ceste faulce envye est a adviser de quelle chose & a quel cause elle naist si disons sans faille qu'elle sourt & vient purement d'orgueil qui l'engendre es creatures qui ne sont sur leurs gardes d'avoir tousjours devant leurs yeulx leur povre fragilité & leur venue de neant ains s'oultrecuident par une arrogance fole que orgueilleux met en teste si qu'ilz oublient leurs miseres & leurs vices & reputent & cuident estre dignes de grans honneurs et de grans biens mesmes sans l'avoir desservy.
Et pource que le plus communement toute creature est en soy mesmes ainsi deceue / advient que chascun tend a suppediter son prochain & le surmonter / non mye en vertus / mais en grandeur d'estat de honneur ou d'avoir / mais quant il advient qu'il y fault & qu'il y voit autre plus avancé de luy ou qu'il cuyde ou qu'il a paour qu'il adviengne aussi hault. la est l'envye toute formee. En pourtant que a la court des princes & des princesses les honneurs et les estatz mondains sont distribués plus generallement que une aultre part disons nous / & il est vray que la regne principallement envye pource que chascun qui y frequente vouldroit avoir d'iceulx biens et honneurs la plus grant part.
Mais a descendre a nostre propos en parlant a toute femme de court de quelque estat qu'elle soit qui soit la demourant pour estat ou pour service de princesse que se elle veult user de bon conseil pourvoyera si bien son couraige de saige & de bon advis que elle n'aura en soy le mortel ver de celle faulce envye qui destruyt l'ame a qui la porte & ronge & desfait l'intention.
¶ Cy dit encores de ce mesmes enseignement aux femmes comment se garderont entre elles d'avoir le vice d'envye. chap. xxxi Que fera doncques pour eschever ce faulx arcison d'envye & qu'il ne soit nullement en son couraige la saige & bonne dame ou autre demourant en court elle estrivera par bon remede contre les choses qui s'ensuyvent lesquelles sont les causes dont sourt envye a court de princesse en couraige / c'est assavoir que quelque grande qu'elle soit s'il advient qu'elle voye ou apperçoyve ou qu'il luy soit advis que sa maistresse ait plus en grace quelque autre que elle ou souvent l'appelle en ses conselz & vueille le plus sache de son secret & soit plus entour elle ja pource le cueur ne luy vouldra / ne le vice d'envye ne la surmontera.
nonobstant que les aguillons & poinctures en couraige de celle faulce envye en tel cas soyent telz. Et pourquoy peut ce estre que ma dame a plus en grace ceste icy ou ceste la que toy & plus la veult & plus l'appelle en ses secretz & environ soy / n'es tu de son lignaige ou plus noble que celle n'est si en fust mieulx paree / ou tu es plus sage ou plus preudefemme ou mieulx taillee de y estre. Et appartient il aussi que telle & telle qui est venue de neant / ou qui ne scet ou qui ne vault ne peut de se mettre si avant ne qu'elle prengne tel peine d'estre en grace devant les autres / ne aussi que ma dame la doyve tant avancer ne faire telle chiere qu'elle luy faict ne tel harnois / & luy baille tel estat. Ja est plus avancee en ce pou de temps qu'elle y a demouré que toy qui y es de ton enfance / pourquoy peut ce estre quelque cause y a. mais je y mettray barres se je puis & la desavanceray Je sçay bien comment telles choses & telles sçay sur elle / & si je ne le sçay si le controuveray ou mettray du sel plus que je ne sçay avant que je ne la desavance. elle se veult trop mallement mettre avant et ja fait la maistresse & veult supediter les autres & mettre arriere mais je y mettray barres se je sçay quoy que advenir en doye. ne quelque peine que je y doye mettre. Je n'en pourroye plus souffrir en mon renc mesme se veult elle ja mettre / et ma dame luy souffre & la porte & veult qu'elle voise devant les autres mais ainsi n'ira mye. Telz ou semblans sont les admonnestemens de envye. mais tantost par bon advis & juste conscience les boutera arriere la saige dame ou damoiselle de court qui se reviendra a soy Ha folle musarde & dequoy t'es tu advisee mais pour dieu que te chault il de toutes ces faulsetés si tu fais ce que tu peulx loyaulment en toutes choses & tu n'en as si grans guerdons en ce monde comme ung autre dieu qui seul est juste & vray juge & qui congnoist tous couraiges. & a qui riens ne peut estre celé le scet bien si le te rendra & n'y fauldra point. & en luy seul dois avoir ton esperance. Car celluy est mauldit qui a son esperance & la fiance es princes ne es hommes. Et