celles qui le font en cuidant par celle voye surmonter leurs voisins.
mais ce fait tout l'abondance du grant orgueil qui regne au jourd'huy sans faille plus que oncques mais / car a nul ne suffit son estat ains vouldroyent chascun sembler ung roy / & sera force que tel orgueil dieu punisse quelque fois lourdement. car il ne le peut souffrir. Et n'est ce pas grant oultraige voirement & chose superflue ce que comptoit l'autre jour ung taillandier de robes de paris qu'il avoit fait pour une dame simple qui demeure en gastinois une cotte hardie ou il a mis cinq aulnes a la mesure de paris de drap de brouxelles de la grant moison / et traine bien par terre trois quartiers de queue & aux manches a bonbardes qui vont jusques aux pedz / mais dieu scet se selon cest habit comment large atour & haultes cornes qui est en verité ung tres layt habillement & qui messiet n'est pas doubte a qui cler y voit / le moyen est le plus doulx & le plus plaisant: Et cecy est quant aux dames de france / car es autres pays se tiennent plus longuement communement les coustumes que ont tant hommes que femmes en leurs habillemens non mye changant de an en an comme icy qui va tousjours en croissans oultraiges. Mais encores comme il nous semble sont plus a priser les habillemens de ytalie par especial & d'aucuns aultres lieux voire quant a la coustange car quoy qu'ilz soyent de plus grant veue couvers de perles d'or & de pierrerie si ne coustent ilz point tant car c'est chose qui dure et se peut mettre de robe a autre. Mais telz oultraiges de draps & de pennes trainans se usent & fault tantost des autres. Et semblablement des atours des testes sont plus beaulx les leurs. Car il n'est au monde plus gracieulx atour a femmes que beaulx cheveulx blons. Et ce mesmes tesmoigne assez saint paul qui dit que cheveulx est le parement des femmes.
Mais l'orgueil de ces habitz dessusditz suyt ung aultre oultraige.
certes moult desplaisant a qui droit y vise / c'est le harnoys que plusieurs font quant es compaignies a nopces & assemblees de femmes d'aller l'une devant l'autre / dieu scet les envies qui pour ceste cause sourdent / & les mautalens / & mesmement en laissent plusieurs y a a acointer l'une a l'autre & faire amytiés ensemble pensant. se je acointoye celle la qui se tient grande il conviendroit que je allasse au dessoubz d'elle & que devant moy fust mise / si ne le pourroit mon cueur souffrir. pource n'iray je point en sa compaignie. Et ainsi pour celle cause font plusieurs femmes tant estranges l'une de l'autre qu'elles se entreregardent es compaignies par dessus l'espaulle comme s'elles voulsissent / dire. celle la ne me vault mye. Et ce tour scevent bien faire mesmes a paris assez en est il dont qu'elles soient venues mais que leurs marys soyent ung pou montés par quelque office de roy. mais qui pir est encores a parler d'icelles dames & damoiselles ou autres de ce qu'elle en font en l'eglise de dieu auquel lieu par especiaulté doit estre eschevé tout peche qui plus est grief & grant quant il est fait ou pensé la que autre part / car c'est la place d'oraison au service de dieu le createur. sicomme luymesmes tesmoigne en la saincte evangille.
Le harnois qu'elles font de aller a l'offrande l'une devant l'autre qui est tel & si oultrageux. Et plus est encores ceste coustume maintenue en picardie & bretaigne que en ceste france. Car on a veu mainte fois d'aucunes tant oultrecuydees que pour celle cause se prenoyent aux mains en l'eglise mesmes & s'entrefaisoient & disoyent de grans oultrages. Et semblablement de prendre le paix. Mais pis y a que les maleureux maris voire de telz y a la nourrissent & introduisent en celle folie & le veullent / ou autremens se ainsi ne le faisoient ilz se courrousseroyent a elles pensant. Je suis plus gentilhomme que tel / si doit ma femme aller devant la sienne. Et l'autre repensera. Mais moy suis plus riche ou plus grant en office ou pareil. si ne souffriray point que sa femme prengne l'honneur devant la mienne. Et par ainsi aucuneffois que pour ceste cause mesmes les folz hommes s'en entrebatent. Ha dieu quelz oultrages & quelle faulte de sens & sans faillir on ne deveroit point souffrir entre crestiens telz oultraiges. Et les curés & prestres ou les evesques mesmement qui plus ont puissance se les simples prestres n'osent deveroyent deffendre en leurs jurisdicions telles injures faire par especial en l'eglise. Car en verité mieulx vauldroit que telles femmes fussent en leurs maisons que de mener la faitz si oultrageux. Et les prestres qui a telz boubans les voyent venir a l'autel par semblant d'offrir a dieu a elles offrent au prince d'enfer qui est pere d'orgueil se deveroient tourner a n'attendre leur offrende & semblablement de la paix on leur deveroit attacher a ung clou & l'alast baiser qui vouldroit. Et sans faille celles dont nous parlons baisent bien l'oustil que on dit paix / mais pourtant ne la prennent mye ains prennent guerre puis que leur cueur en est en rancune par l'eslevance de grant orgueil Et c'est certes une mauvaise & laide coustume d'ainsi s'entreenvoyer la paix a la messe comme on fait & ung grant destourbier & empeschement de devotion car tel l'envoye a ung autre qui auroit grant despit s'il la prenoit Et que vallent donc telz serimonies. Car puis que elle signifie la communion de paix qui doit estre entre crestiens aussi bien appartient elle aux petis comme aux grans. Et les choses qui sont de dieu toute personne a qui elles viennent ne les doit refuser pour envoyer a ung autre. Et vrayement a tout dire telz coustumes sont a reprouver entre crestiens. mais pource qu'il ne souffist mye dire de sa maladie qui ne touche & parle du remede a la curer qui sans faille pour oster l'enfleure de tel orgueil acoustume a maintenir en ceste maniere / laquelle chose grant charité et bien seroit pour le prouffit des dames de plusieurs* si que ja avons touché cy devant que les evesques se penassent d'oster ces laides coustumes en telle maniere que ilz excommuniassent aprés la deffence tous ceulx & celles qui maintenir le vouldront & grant bien seroit. et a parler des creatures qui se veullent par arrogance eslever en si fais boubans certes grans folye les y conduyt. Car homme se tu veulx bien adviser la misere de ton commencement / ou tu es / ou tu yras tu n'auras cause de toy orgueillir.
Et se tu veulx dire que ce fait gentillesse qui te conduyt & maine a desirer telz honneurs nous te faisons assavoir que il n'est noble si n'a aultre gentillesse ne mais des vertus & des bonnes meurs & se tu ne les suis et as en toy qui que tu soyes ne n'est point gentil ne gentillesse.
Et se tu le cuides estre folle opinion te deçoit. Et ce mesmes tesmoignent tous les sains docteurs qui a ce propos ont parlé en disant que celuy n'est pas le plus grant qui plus est eslevé en estat. mais celuy qui est le plus vertueux. Et saint augustin au livre des parolles de nostreseigneur nommeement parlant a vous. C'est assavoir a ceulx qui cuident estre nobles seulement pour le sang & ne font force des vertus.
O fait il gent deceue par cuider / vous vous delictes en haultesse & estre reputés grans & trenchiés a y monter / mais vous n'en sçavés pas bien le chemin ains vous y forvoyés / car vous cuidés attaindre & monter hault & vous descendés par ce que le premier degré ou voulés asseoir vostre pié est orgueil qui est tresbasse & vile fosse / mais je vous adresseray mieulx au degré par ou on monte se croyre me voulés. C'est le degré d'humilité qui est le premier & puis les autres vertus ensuyvant & ce par la montés vous serés tresnobles & yrés tant hault que vous vouldrés sans que nulle mauvaise fortune vous puist nuyre. Aprés ces choses reste a parler des dames & damoiselles qui demeurent aux bonnes villes & es cités fermees affin qu'en difference de toutes pensions dire quelque chose qui a l'acroissement de leur bien & honneur puist estre.
Si est assavoir qu'il advient aulcunesfois & souvent que les gentilz hommes marient de leurs filles a de riches hommes demourans es cités & bonnes villes. dont les ungs sont chevaliers ou officiers du roy. les autres bourgois ou grans marchans. Et celles ne sont pas tousjours le pis mariees s'elles le veullent prendre en gré & se oppinion ne les deçoit / mais il advient aucunesfois a d'aucunes par faulte de sens et habondance d'orgueil que elles ne s'en tiennent par pour contentes / par ce qu'elles reputent leurs maris villains envers elles qui est grant folie si que ja est prouvé si devant / car nul n'est villain s'il ne fait vilenie ne gentil s'il n'est vertueulx / & pource se elles sont nobles & gentilz femmes le doivent monstrer par bonnes meurs & oeuvres vertueuses. Car si que il est contenu ou livre de ecclesiaste Se tu es grant & tu te humilies de tant croistra plus ta grandeur & ton honneur.
Car de tant seras tu mieulx prisé. A propos icelles gentilz femmes de tant que plus se humilieront devant leurs marys en obeissance & reverence & la foy que mariaige requiert de tant plus croistra leur honneur. Car quoy qu'il appartiengne a toutes femmes la faire encores icelles plus que les autres en seront prisees. Et se es compaignies des autres femmes sont trouvees courtoises humbles & humaines & a leur maisgnie non trop maistriseuses ne trop curieuses de grant service entour elles & a toutes gens amiables & benignes de honorable port maintien & habit sans oultrage elles seront de bon exemple aux autres femmes & dira l'en d'elles ce qui est dit au proverbe commun Qui des bons est souef flaire.
¶ Cy devise des manieres qui appartiennent a dames de religion. chap.
.xxxix.
Pource que nous avons parlé a la doctrine des dames & damoiselles / auquel estat noble les dames de religion de qui qu'elles soyent nees pour reverence de dieu a qui elles sont donnees & mariees pevent bien aller ou renc voire devant toutes a droit juger quant a honneur / pour reverence de leur espoux & d'ordre de religion qui est entre les estatz selon dieu de moult grant hautesse. Et affin que nostre doctrine soit generalle en tous les estatz des femmes parlerons a elles en ramentevant la forme de leur vivre. Laquelle nous disons il est vray / doit estre fondee sur sept principalles vertus desquelles vertus parlerons selon les ditz de jhesucrist & le tesmoignage des saintz docteurs. Et est a entendre que par la louenge des vertus sont les vices blasmes. Car se bien faire est bien il s'ensuyt que mal faire soit mal. Et pource que c'est plaisant chose d'oïr parler du bien et du mal. Nous plaist pour la reverence du sainct ordre tenir ceste forme en cestuy procés. Si disons ainsi a vous dames de religion combien que les leçons de vos status et rigles de tenir et ensuyvir les institucions establies par voz premiers fondateurs le vous notent & enseignent assez ne vous soit grief oÿr de rechief recorder par nous vos aymes si vous plaist les principalles vertus qui vous conviennent & sont necessaires / lesquelles sont sept especialles. C'est assavoir la premiere obedience sur laquelle est fondee toute ordre. La.ii. humilité. La.iii. sobresse. La quarte pacience. La.v. sollicitude. La.vi. chasteté. La.vii. concorde & benivolence. Et d'icelles nonobstant que nostre parolle s'adresse a entre vous religieuses doit estre entendu que semblablement y pevent tendre l'oreille toutes femmes & prendre ce qui peut toucher a leur proffit. Et aussi se aucune gouste ou miette en peut cheoir sur les hommes ne la vueillent pas despris escourre ne gecter la aval. Car bonne doctrine se peut comparer au bon & loyal amy. Lequel quant il ne peut ayder aumoins ne nuyst il point de ceste vertu d'obedience surquoy religion est fondee ne povons dire plusgrant louenge que ce que la saincte escripture mesmes en dit de nostreseigneur que il mesmes l'approuvant en sa personne qu'il fut trouvé obedient jusques a la mort.
Si est a entendre obedience en trois choses principalles. C'est assavoir obeir a dieu en tenant ses commandemens car devant elle ne doit aller quelconque autre puis aux loys establies & aprés a son souverain. Si est doncques ainsi que la religieuse doit souverainement garder les commandemens de dieu. Aprés tenir la loy establye de son ordre qui est a entendre les pointz & rigles. Et tiercement obeir a son abbeesse ou prieure. Quant est du premier chascun scet assés quiconques trespasse commandemens de dieu il peche mortellement. Mais pource que ordre de religion est plus digne que autre estat & plus grant degré peche plus mortellement religieux ou religieuse si chiet en pechié que autre ne fait & y a plusieurs causes dont l'une est ja dicte. C'est assavoir pource que ilz sont en plus saint estat tout ainsi que pis seroit le chambellan du roy s'il commettoit quelque crime contre la magesté que ne feroit celuy qui au roy n'auroit foy ne fiance ne aucun office. Aprés qu'elles feroient contre leurs veulx qui tous touchent que dieu serviront singulierement de toute leur force & qui peche ne le sert pas / ains fait tout le contraire Si devés bien garder entre vous dames que vous ne trepassés nulz des pointz de vostre ordre. Car durement pecheriés & tel chose a vous seroit pechié qui aux seculiers ne le seroit mye pource que ce seroit contre vos institucions a qui desoberiés. Avecques ce les commandemens de vostre soubz prieure ne vous doibvent estre griefz pensant la grant merite que en obeissant humblement acquerés La deuxiesme vertu est humilité sans laquelle se toutes autres aviés ne pourriés a dieu plaire. Et que ceste vertu soit aggreable a dieu tesmoigne la saincte escripture que l'humilité de la vierge marie plus agrea a nostre seigneur que mesmes sa virginité Et comme elle luy fut agreable le tesmoigne elle mesmes en sa chançon de magnificat ou elle dit il regarde l'umilité de son ancelle. Et certes qui vouldroit bien espeluchier & cuillir les louenges de ceste vertu d'umilité ce que la saincte escripture en dit seroit si comme une droicte abisme. La tierce vertu est sobrieté en laquelle est contenue abstine. Et a demonstrer qu'elle vous soit convenable le certifierons par les parolles de saint augustin ou livre aux sainctes vierges ou il dit que sobresse est la garde & tutelle de la pensee du sens & de tout le corps. C'est la custode de chasteté / c'est la voisine de vergongne la compaigne de paix & d'amistié & l'ensevelissement de tous vices. Item oregenes de ce mesmes dit que tout ainsi que yvresse est la naissance de tous vices / aussi sobrieté est la mere de toutes vertus. Pacience en la quarte qui pourroit tous racompter les grans biens de ceste vertu. Mais pour tout dire ainsi comme il appert par la vie de nostreseigneur qui en voult estre le droit acteur si pevent appeller les paciens drois filz de dieu. Et pource les appelle l'evangille beneurés. Car pour eulx proprement est le royaulme des cieulx. La quinte vertu qui a religieuse convient est solicitude ou diligence. Et pour mieulx declarer que elle luy soit convenable sans que nous querons aultres preuves de ceste vertu dit saint hierosme sur le psaultier qu'elle vint ce qu'il dit & suppedite nature par vertueuse diligence affin que les haulx biens ne te soyent empeschés c'est que tu faces tant que tu maistries mesmes le sommeil corporel & tous tes sens lesquelles choses tu peulz faire par diligence. Car mesmes nature peult estre maistrisee et domptee par celle vertu / c'est a dire par grant cure de vouloir attaindre a gouverner selon l'esperit son propre corps / lesquelles choses sont necessaires a bonne religieuse. La sixiesme vertu est chasteté a laquelle se conforme toute honnesteté tant d'abit & atour comme de parolles et de maintien.
Si vous deffend ceste vertu se a droit la voulés tenir tout vestement & atour ou il ait tant soit petit de mondanité ne curiosité. ains soit tres simple et honneste chascune selon son ordre et est contre aucunes qui veullent estre jolies en leurs vestemens & atours estraintes espinglees / laquelle chose est treslaide & lubre a dame de religion ne plus deshonneste chose a veoir ne nulle autre que femme de religion en habit desordonnee. Mais encores croist trop plus le mechief quant aucunes veullent dancer baler ou jouer a jeux balufres & entre hommes certes se me semble ennemys ainsi transfigurés ne riens n'est plus lait ne plus abhominable que vos parolles se elles se desrivent de la rigle de pureté & d'onnesteté & celles qui se tiennent en tel estat ne pensent pas le contraire que l'ennemy d'enfer ne soit entre elles / Si sont ces choses contre chasteté. Lesquelles pour dieu treschieres amyes ne veullés avoir en vous. Car vous mesleries poison angoisseuse avec miel pour vostre dampnement / mais vous delictes en celle vertu de chasteté de laquelle dit sainct ambroise ou livre de virginité en la louant.
Chateté dit il fait d'homme aignel. Car qui la garde il est aignel / et qui la pert il est dyable quil la garde il est citoyen & bourgois de paradis de ceste dit saint bernard que tout ainsi que la baulme a proprieté de garder char de pourriture chasteté garde l'ame sans corruption et tient en netteté & conferme la renommee ou bonne odeur. Et pource fut dit de la bonne dame judith louee de tout le peuple tu es la gloire de jherusalem tu es la lyesse d'israel tu es l'honneur de nostre peuple a qui dieu a donné force d'homme de laquelle tu as ouvré pource que tu as aymé chasteté. La septiesme est concorde ou benivolence laquelle est necessaire entre vous et que vous la doyés aymer et tenir chiere en vos couvens comme le droit lien de paix entendés que saint ambroise ou premier livre des offices dit. Benivolence fait il est ainsi que la commune mere de tous / car elle couple & ajoint tellement gens ensemble que ilz sont comme freres loyaulx aymans le bien l'ung de l'autre & tristes du contraire. Et qui osteroit benivolence d'une assemblee de gens autant vauldroit que on leur ostast le soleil. Et puis dist il benivolence est ainsi comme une fontaine qui rassasie ceulx qui ont soif. Benivolence est une lumiere qui luist a soy & a autruy.
benivolence engendre paix brise le glaive de courroux elle fait tout ung de plusieurs & a tout dire elle est de si grant puissance qu'elle peut par sus nature. Par ces choses povés entendre trescheres dames qu'en vraye loyalle amour devés entendre & vivre ensemble comme seurs en union de paix. Et a tant souffise la deuxiesme partie de ce livre. Cy fine la seconde partie.
¶ Le premier chapitre parle comment tout ce qui est dit devant peut toucher aussi bien les unes comme les autres des femmes et de la maniere et gouvernement que femme d'estat doit tenir ou fait de son mesnage.
chap..xl.
Au commencement de ceste.iii. partie suyvant la route des princesses qui devant vont & puis les dames & damoiselles de court & dehors nous convient si que nous promismes parler aux femmes d'estat des cités.
C'est assavoir a celles qui sont mariees aux clercz gens de conseil de roys ou de princes ou gardans justice ou en divers offices & aussi a celles qui sont mariees au bourgois des cités & bonnes villes qui en aucuns pays sont appellees nobles quant ilz sont de lignages anciens. Et aprés dirons aux autres estatz des femmes / affin que toutes se sentent de nostre doctrine. Et si que ja avons touché plusieurs fois cy devant c'est nostre entente que tout ce que recordé avons aux autres dames tant es vertus comme au gouvernement de vivre en ce qui peult a chascune femme appartenir de quelque estat qu'elle soit / soit aussi bien dit pour les unes que pour les autres si peut chascune prendre telle piece qu'elle voit qui luy appartient. et ne vueille mye faire comme aulcune folz ou folles qui sont trop aises quant ilz sont au sermon & le prescheur parle sur la charge d'aucun estat qui ne leur touche & trop bien le notent & dient qu'il dit vray & que c'est bien dit. mais quant vient a ce qui leur peut appartenir ilz baissent la teste & cloent les oreilles / & leur semble qu'on leur fait grant tort de en parler & ne prennent point garde a leurs faictz / mais ouy bien aux autres. Et pource le saige prescheur doit trop bien adviser quelz estatz de gens a a son sermon & s'il parle bien aux ungz doit si bien toucher les autres que l'ung ne se puisse mocquer de l'autre ne murmurer. Si dirons doncques ainsi de rechief nous troys vertus comme dessus disons a vous femmes d'estat & bourgoises de cités & bonnes villes que l'oreille vueillés tendre sur les enseignemens qui vous pevent appartenir principallement sur.iiii. quoy qu'ilz soyent ailleurs touchés aprés ce que nous supposons que ja vers dieu soyés bonnes & devotes / mais a ce qui touche prudence mondaine l'un des quatre. Et le premier est a ce qui appartient a l'amour & foy que devés avoir a vos maris / et comment vers eulx vous vous devés porter. Le second point au fait du gouvernement de vostre mesnaige. Et le tiers touche vos vestures & habillemens. Le quart comment vous garderés de blasme et de cheoir en diffame Et quant au premier qui est de l'amour & foy que debvés a vos parties / et comment vers eulx vous appartient a gouverner soyent vos maris vielz ou jeunes bons ou mauvais paisibles ou rioteux de petite loyaulté vers vous ou preudhommes affin que ne redisions ce que devant est ja dit / mais vous envoyrons cercher au tresiesme chapitre de la premiere partie de cestuy livre ou la en est assés a plain desclairé. Mais avec ce affin que plus vous embellisse a tenir vers eulx les manieres qui vous pevent touchier qui la sont devisees vous reduirons a memoire trois biens qui de vous gouverner bien et saigement vers eulx qui qu'ilz soyent et leur garder la foy et loyaulté promise tenir en bonne paix et en toutes choses faire vos devoirs vous peut venir. L'ung est grant merite a l'ame que acquerés faisant vos devoirs L'autre est grant honneur au monde. Et le tiers est que on a veu maintes fois et voit on souvent que quoy que plusieurs riches hommes de plusieurs et divers estatz ayent esté / et soyent merveilleux a leurs femmes en tous temps / que quant vient a la mort que conscience les reprent et advisent le bien de leurs femmes qui si bonnement les ont supportez et le tort qu'ilz ont eu vers elles que ilz les laissent dames et maistresses de tout quant qu'ilz ont vaillant. Le second point de nostre enseignement et doctrine que avons dit qu'il vous convient qui touche au faict de mesnage / c'est que vous devés mettre grant cure et diligence de distribuer saigement et mettre au prouffit les biens et la chevance que vos maris par leur labour office ou rente amainent ou pourchassent a l'ostel. Et est l'office de l'homme d'acquerre & faire venir en la maison les provisions / et les femmes les doivent ordonner et dispenser par bonne discrection & ordre convenable sans trop grant escharceté. Et aussi bien se doit garder de folle largesse Car c'est ce qui vuide et desemplit la bource et met la personne a povreté Bien adviser en toutes choses que degast ne excés n'en puisse estre faict ne s'en attendre mye du tout a la mesgnie.
Ainçois elle mesmes estre dessus & s'en prendre souvent garde & de ses choses vouloir avoir le compte. Ceste saige dame ou mesnagiere se doit congnoistre en toutes choses de mesmement en appareiller a menger affin qu'elle le sache ordonner & commander a ses servans ou servantes parquoy elle puist tousjours garder la paix de son mary s'il semons gens d'honneur en son hostel / si doibt ellemesmes se besoing est aller en la cuysine & ordonner comment ilz seront servis / doit bien garder que son hostel & sa maison soit tenue nettement & toutes choses en leur place & par ordre. ses enfans bien enseignés & endoctrinés ne quoy que qu'ilz soyent petis que on ne les oye point mignoter ne aussi mener grant noise. soyent nettement tenus & riglement gouvernez ne que drappeaulx a nourrices ne riens qui leur appartienne ne traine point aval l'hostel / doit estre songneuse que son mary soit nettement tenu en robes & aultres choses. car le nect adornement du mary est l'honneur de la femme qui soit bien servy & sa paix gardee / & quant il vient a l'hostel pour prendre son repas que tout soit prest & ordonné tables & dressoir selon l'estat / & s'elle veult user de prudence & avoir les loz du monde & de son mary s'il est homme de bien luy soit a toutes heures faire bonne chiere affin que s'il advient qu'il soit aulcunement troublé en couraige sicomme en diverses choses que les hommes ont affaire livrent aucunesfois mains desplaisirs qu'elle luy puisse par son gracieux accueil faire aulcunement entreoublier. Car n'est point de doubte que c'est grant recreation a homme de bien quant il vient en son hostel & s'il a quelque ennuy en pensee & treuve sa femme qui saigement & gratieusement l'acueille & c'est bien raison que ainsi soit faict. Car celluy qui pourchasse le vivre & l'estat. & qui en a la peine & le soussy ne peut au moins que d'estre bien acueilly en son hostel ne doit point ceste femme tencier / rechigner ne rioter sa maisgnie a table.
mais s'il y a aulcune chose qu'ilz ayent faict mal a point les doit reprendre en briefves parolles sans tençons. Car a refection laquelle doit estre prinse joyeusement est trop dure chose a oÿr celle note: Et se son mary est mauvais ou rioteux le doit appaiser a son povoir par belles parolles ne luy enquerre point de ses besongnes ne autres choses aucunement secrettes a tables ne devant mesgnie. mais a part et en sa chambre. Ceste saige mesnagiere avec ce que dit est sera songneuse de lever matin. Et quant elle aura ouÿ messe & dictes ses devotions & retournee a son hostel commandera a ses gens de ce que besoing sera puis se prendra a faire aucune bonne oeuvre ou a filler ou a couldre quelque autre chose. Et quant ces chamberieres auront fait leur mesnaige vouldra que semblablement facent / ne filles ne femmes ne ellemesmes ne vouldra veoir ne souffrir nulles heures oyseuses / elle achetera du lin a bon marché aux foires / fera filler en ville aux povres femmes mais se garde bien que leur peine elle ne retiengne par quelque engignement ou par sa maistrise. car elle se damneroit ne ja a son proffit n'iroit. Si fera faire toilles grosses & deliees nappes & touailles & autres linges & de ce sera tressoigneuse. car c'est le plaisir naturel aux femmes qui n'est lait ne villain mais honneste & licite si fera tant que elle aura de tres beau linge delié large a parer & bien ouvrer. Si le tiendra blanc & souef flairant bien ployé en coffre & de ce sera tressoigneuse si en seront servis les gens d'honneur que son mary amenera dont elle sera prisee & louee. Ceste saige femme prendra bien garde que riens ne pourrisse aval son hostel / & ne voise a gast dequoy povres se peussent aucunement ayder / ne que relief n'y endurcisse robbes ne soyent mengees de vers si les fera donnera aux povres. Mais s'elle ayme le bien de son ame & la vertu de charité ne fera pas seullement de ce ses aulmosnes mais du vin de sa propre boisson & de la viande de sa table aux povres acouchees a malades ou a ses povres voisins souventesfoys & ce fera elle de bon cueur s'elle est saige & a dequoy. Car c'est tout le tresor qu'elle emportera ne ja plus povre n'en sera / mais toutesvoyes elle doibt bien regarder a qui & que par discretion soit faict avecques ces choses ceste femme sera saige gracieuse c'est adire de plaisant chere honneste a couvert langaige accueildra & recevra les amys & acointes de son mary / elle parlera beau a toutes gens. se fera aymer de ses voisins leur fera compaignie & amytié se besoing en ont / ne fera refus de prester petites chosettes ne a ses maisgnies ne sera male mauldisant ne disant villennie ne tout le jour rioter pour ung beau neant: mais les reprendra voirement quant ilz mesprendront / & menacera de les mettre hors s'ilz ne s'amendent mais ce sera sans tonner ne mener grant harou si que on ne l'oye de loing. Sicomme aulcunes folles font a qui il semble que parestre bien malles & tencer fort a leurs maris & a leur mesgnie de neant que on les tiendra a sages & bonnes mesnagieres & a faire bien les embesongnees de pou de chose & trouver par tout a redire & toute jour caqueter / mais ce mesnaige la nest point de nostre doctrine. Car nous voulons que nos disciples soyent en tous leurs faitz saiges / & nul sens ne pourroit estre sans attrempance laquelle ne demande malice ne felonnie ne trop de langaige qui est chose qui moult messiet a femme.
¶ Cy devise comment femmes de estat doivent estre ordonnees en leur habit / et comment se garderont de ceulx qui tachent a les decevoir.
chap..xli.
Le tiers point que voulons notifier a entre vous femmes d'estat de bonnes villes & aux bourgoises / lequel touche vos vestures & habillemens est qu'en iceulx ne vueillés point estre oultrageuses tant es coustumes comme es façons. & y a.v. especialles raisons qui vous doivent mouvoir a vous en garder. L'une que c'est pechié & chose qui desplaist a dieu d'estre tant curieux ou curieuse de son corps La.ii.
que de faire oultrage on n'en est ja plus prisié / mais mains / ains que ailleurs est ja dit. La.iii. que c'est gastement d'argent apovrissement & vuidenge de bource. La quatriesme que on donne mauvais exemple a autruy / c'est assavoir cause de ainsi faire ou plus. Car il semblera a une dame qui verra a une damoiselle prendre si grant estat ou a une bourgoise que de tant qu'elle est plus grande devera encores plus croistre son estat / & c'est ce qui fait tous les jours multiplier & croistre les estatz & les boubans par ce que chascun tend tousjours a surmonter l'autre / dont maintes gens sont grevés & apovris en france & autre part. La cinquiesme que on donne par desordonné & oultrageux habit occasion a aultruy de pechier ou en murmuration ou en couvoitise desordonnee / qui est chose qui trop desplaist a dieu. Et pource chieres aymees veu que ce ne vous peut riens valoir & beaucoup nuire ne vous vueillés en telles faulcetés trop delicter / non pourtant c'est bien droit que chascune porte tel habit & estat que appartient a son mary & a elle / mais s'elle est bourgoise qu'elle se porte telle comme une damoiselle et la damoiselle comme une dame / et ainsi de degré en degré monstant sans faire c'est chose hors ordre de bonne police en laquelle s'elle est bien ordonné en quelque pays que ce soit toutes choses doivent estre limitees. Or vient a parler du quatriesme point qui est comme vous vous garderés de blasme & de cheoir en diffame. Auquel point se peult encores touchier le faict de voz habillemens tant en l'oultraige du trop grant coust comme en la maniere des façons en ceste maniere il est assavoir que posons que une femme soit de tresbonne voulenté & sans mauvais fait ne pensee de son corps si ne le croyra pas le monde puis que desordonnee en habit on la verra & seront fais sur elle mains mauvais jugemens quelque bonne qu'elle soit Si appartient doncques a toute femme qui veult garder la bonne renommee qu'elle soit honneste & sans desguisure en son habit & habillement non trop estraincte ne trop grans colletz ne autres façons malhonnestes ne grant trouveresse de choses nouvelles par especial constances & non honnestes Et avec ce la maniere & contenance y fait moult. Car si que ja est touchié cy devant il n'est riens plus desseant a femmes que laide maniere & mal rassise / aussi ne chose plus plaisant que belle contenance & coy maintien quoy qu'elle soit jeune doibt estre en ses jeux & ris attrempee & sans desordonnance a les sçavoir prendre par appoint si qu'ilz soyent bien seans & le parler sans mignotise mais soit propre & doulx ordonné & attrait en regard simple tardif & non vague & joyeuse par apoint. Mais ensuyvant la matiere de dessus est assavoir que avec le mauvais langaige & blasme qui peult sourdre a femme par habit desordonné & par maniere mal honneste y a ung autre plus perilleux inconvenient c'est l'amusement des folz hommes qui pevent penser qu'elle le face pour estre couvoitee & desiree par folle amour. Et elle par adventure n'y pensera / ains le fera seullement pour la plaisance de soymesmes & par sa propre condition qui luy enclinera. Si y a des hommes de mains estatz qui tacheront par grant diligence a les attraire en les poursuyvant par divers semblans & moult s'en peneront. Mais que doit faire la saige femme qui cheoir ne veult en blasme & qui bien est advisee que de tel amour ne peut venir que tout mal prejudice & deshonneur parquoy nulle voulente n'a d'entendre a telz musars & ne veult mye faire comme aucunes musardes a qui trop bien plaist que on les poursuyve par grans semblans & leur semble belle chose de dire si suis aymee de plusieurs c'est signe que je suis belle & qu'il y a en moy assez de bien. Je n'aymeray nul pourtant / mais a tous feray bonne chere / & autant y aura l'ung que l'autre et tous les tiendray en parolles. ceste voye n'est mye de garder l'honneur ains est impossible que longuement soit maintenue par femme qui qu'elle soit que n'en chee en blasme. Et pource la sage dessusdicte si tost qu'elle aperçoit par aucun signe ou semblance que quelque homme a devers elle pensee elle luy doit donner toutes occasions de s'en retraire en manieres parolles et semblans & tant faire qu'il apperçoive qu'elle n'y a courage ne n'y veult avoir. Et s'il advient qu'il luy die elle luy doit respondre & dire sur ceste forme et maniere. Sire se vous avés a moy pensee vueillés vous en retraire / car je vous prometz & jure ma foy que en tel amour n'ay mon intencion ne n'auray jour de ma vie de ce puys je bien jurer / car de ce suis je bien affermee en tel voulenté qu'il n'est homme ne chose nulle qui oster m'en peust & toute ma vie demoureray en ce point de ce soyés vous certain si perdriez vostre peine tant plus vous y museriés / & vous prie tant comme je puis que ne me faciés plus telz semblans ne disiés ces parolles que en bonne foy je y prendroye grant desplaisir & me garderoye a mon povoir d'aller ou vous seriés. Si le vous dy une fois pour toutes et croyés fermement que jamais en autre propos ne me trouverez & a dieu vous dy. Ainsi en brief & sans longuement escouter doit respondre la bonne & saige jeune femme qui ayme son honneur a tout homme qu'il la prie & avec ce que aussi soyent les semblans pareilz aux parolles. C'est assavoir que de regard ne de maintien ne face aucun semblant parquoy y puisse nullement penser que jamais y puist advenir. Et s'il y envoye dons quelz qu'ils soyent que elle garde bien que nulz n'en prengne Car qui don prent se vent Et s'il advient que aucune personne luy en face quelque messaige que elle die expressement & a rechinié visaige que jamais plus ne luy en parle. Et se chamberiere ou varlet qu'elle ait s'en hardist a luy dire qu'elle ne le tiengne point en son hostel. Car tel maisgnie n'est pas seure si treuve voye par bonne maniere de le mettre hors pour quelque aultre achoison sans noise & sans tençon / mais garde bien comment qu'il soit que a son mary ne le dye. Car quelque bonne voulenté qu'elle ait le pourroit mettre en tel frenaisie que ne l'en osteroit pas quant elle vouldroit & est trop grant peril et aussi n'en est nul besoing s'en garde sagement et s'en taise Car n'en sera ja homme si en grant que s'elle veult au