SigPhi · Christine de Pizan

Les cent histoires de Troye L'epistre de Othea deesse de prudence envoyee a l'es

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Les cent histoires de troye.

[Marque d’imprimeur: PHILIPPE PIGOUCHET] L’epistre de Othea deesse de prudence envoyee a l’esperit chevalereux Hector de troye/ avec cent hystoires. Nouvellement imprimee a Paris.

[Note du transcripteur: La table qui suit ne figure pas dans l’original.]

TABLE Prologue 1. Othéa 2. Attrempance 3. Hercule 4. Minos 5. Persée 6. Jupiter 7. Vénus 8. Saturne 9. Apollon 10. Phœbé 11. Mars 12. Mercure 13. Minerve 14. Pallas 15. Penthésilée 16. Narcisse 17. Athamas 18. Aglauros 19. Ulysse 20. Latone 21. Bacchus 22. Pygmalion 23. Diane 24. Cérès 25. Isis 26. Midas 27. Hercule 28. Cadmus 29. Io 30. Mercure 31. Pyrrhus 32. Cassandre 33. Neptune 34. Atropos 35. Bellérophon 36. Memnon 37. Laomédon 38. Pyrame 39. Esculape 40. Achille 41. Busierres 42. Léandre 43. Hélène 44. Aurore 45. Pasiphaé 46. Adraste 47. Cupidon 48. Coronis 49. Junon 50. Amphiaraos 51. Saturne 52. La corneille 53. Ganymède 54. Jason 55. La Gorgone 56. Vulcain 57. Thomyris 58. Médée 59. Acis et Galatée 60. Pélée 61. Laomédon 62. Sémélé 63. Diane 64. Arachné 65. Adonis 66. Troye 67. Orphée 68. Pâris 69. Actéon 70. Eurydice 71. Achille 72. Atalante 73. Pâris 74. Fortune 75. Pâris 76. Céphale 77. Hélénos 78. Morphée 79. Alcyone 80. Troïlus 81. Calchas 82. Hermaphrodite 83. Ulysse 84. Briséis 85. Patrocle 86. Echo 87. Daphné 88. Andromaque 89. Ninus 90. Hector 91. Hector 92. Polyboete 93. Polyxène 94. Ajax 95. Anténor 96. Le cheval de Troie 97. Ilion 98. Circé 99. Ino 100. Auguste Treshaulte fleur par le monde louee.

A tous plaisant/ & de dieu advouee De lis souef odorant delectable Puissant valeur hault pris sur tous notable Louenge a dieu avant oeuvre soit mise Et puis a vous noble fleur qui transmise Fustes du ciel pour anoblir le monde Seigneurie tresdroituriere et monde D’estoc troyen ancienne noblesse Pillier de foy que nul erreur ne blesse Que hault renom nul lieu ne va celant A vous aussi noble prince excellent D’orleans duc Loys de grant renom Filz de charles roy quint d’iceluy nom Qui fors le roy ne congnoissons greigneur Mon tresloué et redoubté seigneur D’humble vouloir moy povre creature Femme ignorant de petite estature Fille jadis philozophe et docteur Qui conseillier et humble serviteur Vostre pere/ que dieu face sa grace Et jadis vint de boulongne la grasse Dont il fut né par le sien mandement Maistre thomas de pizan/ autrement De boulongne fut dit et surnommé Qui solennel clerc estoit renommé En desirant faire se je sçavoye Chose plaisant qui vous mist en voye D’aucun plaisir ce me seroit grant gloire Pour ce emprins ay d’indigne memoire Presentement ceste oeuvre a rimoyer Mon redoubté/ pour le vous envoyer Le premier jour que l’an se renouvelle Car moult en est la matiere nouvelle Combien que soit de rude entendement Pourpensee/ car je n’ay nul sentement En sens fondé/ n’en ce cas ne ressemble Mon bon pere/ fors ainsi comme on emble Espis de blé en glennant en moissons Parmy les champs/ et coste les buissons Ou miettes cheans de haultes tables Qu’on recueult quant les mets sont notables Aultre chose n’en ay je recueilli De son grant sens dont il a assez cueilly Si ne vueillez mespriser mon ouvrage Mon redoubté seigneur humain & sage Pour le despoir de ignorant personne Car petite clochette grant voix sonne Qui bien souvent les plussaiges reveille Et le labeur d’estude leur conseille Pource prince treslouable & benigne Moy nommee chrestienne femme indigne De sens acquis pour si faicte euvre emprendre A rimoyer et dire me vueil prendre Une epistre qui a hector de troie Fut envoiee sicomme l’histore l’ottroie Se tel ne fut bien peut estre semblable Ou ens a maint vers bel et notable Bel a ouyr/ et meilleur a entendre Doresenavant au commencer vueil tendre.

Or me doint dieu a sa louenge faire Tous faitz et ditz & chose qui puist plaire A vous mon redoubté/ pour qui l’emprens Et humblement supplie se je mesprens La franchise de vostre grant noblesse Qu’elle me pardoint se trop grant hardiesse D’escripre a vous personne si tresdigne Entreprens moy en sagesse non digne.

Texte.

Cy commence l’epistre que othea la deesse envoya a Hector de troye quant il estoit en l’aage de quinze ans.

Othea deesse de prudence Qui adresse les bons cueurs en vaillance A toy hector noble prince puissant Qui en armes es adez flourissant Filz de mars le dieu de bataille Qui les faitz d’armes/ livre & taille Et de minerve la deesse Puissant/ qui d’armes est maistresse Successeurs des nobles troyens Hoir de troye et des cytoyens Salutacion devant mise Avec vraye amour sans faintise.

Et com je soye desirant Ton grant preu que je voys querant Et qu’augmentee & preservee Soit/ et en tout temps observee Ta vaillance et haulte proesse Adez en ta prime jeunesse Par mon epistre amonnester Te vueil/ et dire & ennorter Les choses qui sont necessaires A haulte vaillance et contraires A l’opposite de prouesse Affin que ton bon cueur s’adresse A acquerir par bonne escolle Le cheval qui par l’air s’en volle C’est pesagus le renommé Qui de tous vaillans est aymé Pour ce que ta condicion Sçay par droicte inclinacion.

Aux faictz chevalereux abille Plus que non aultres cinq cens mille Et comme deesse je sçay Par science non par essay Les choses qui sont a avenir Me doibt il de toy souvenir Car je sçay qu’a tousjours seras Le plus preux des preux & auras Sur tous les aultres renommee Mais que de toy je soye aymee Aymee/ et pour quoy ne seroye Je suy celle qui tous arroye Ceulx qui m’ayment et tiennent chiere Je leur lis leçon en chaiere Qui les fait monter jusque au cieulx Si te prie que soyes de ceulx Et que tu me vueilles bien croire Or met donc bien en ta memoire Les ditz que je te vueil escripre Et se tu m’os compter ou dire Chose qui soit a avenir Et je te dis que souvenir T’en doibt com s’ilz fussent passees Saches qu’ilz sont en mes pensees En esperit de prophecie Or enten et ne te soucye Car riens ne diray qui n’avienne i. Glose.

Othea selon grec peult estre prins pour sagesse de femme. Et comme les anciens non ayans encore lumiere de foy adorassent plusieurs dieux.

Soubz laquelle loy soient passees les plus haultes seigneuries qui au monde ayent esté comme le royaulme d’assirie/ de perse/ les gregoys/ les troyens/ Alixandre/ les rommains et maintz aultres. Et mesmement tous les plus grans philozophes. Comme dieu n’eust encore ouverte la porte de sa misericorde. A present nous chrestiens par la grace de dieu enluminez de vraie foy pouons ramener a moralité les opinions des anciens. Et sur ce maintes allegories pevent estre faictes. Et comme iceulx eussent acoustumé de toutes choses adorer/ qui oultre le commun cours des choses eussent prerogatives d’aulcune grace plusieurs dames sages qui furent en leurs temps appellees deesses. Et fut vraye chose selon l’histoire que au temps que troie la grant florissoit en sa haulte renommee une moult sage dame Othea appellee considerant la belle jeunesse de hector de troye qui ja florissoit en vertus qui pouoient estre demonstrance des graces estre en luy au temps advenir/ luy envoya plusieurs dons beaulx & notables. Et mesmement le beau destrier que on appelloit galathee qui n’eut pareil au monde. Et pour ce que toutes graces mondaines que bon chevalier doit avoir furent en hector pouons dire moralement que il les print par le admonestement othea qui cest epistre luy manda. par othea nous prendrons la vertu de prudence et sagesse dont luymesmes fut aorné.

Et comme les quatre vertus cardinalles soient necessaires a bonne pollice nous en parlerons ensuivant. Et a cest premier avons donné nom & prins maniere de parler aulcunement poeticque & accordant a la vraie hystoire pour mieulx ensuivir nostre matiere. Et a nostre propos prendrons aulcunes auctoritez des philozophes anciens. Ainsi dirons que par la dicte dame fut baillé ou envoyé ce present au bon hector qui semblablement peult estre a tous aultres desirans bonté & sagesse. Et comme la vertu de prudence soit tres a recommander dist le prince des philozophes Aristote pour ce que sapience est la plus noble de toutes aultres choses doibt elle estre monstree par la meilleur raison et la plus convenable maniere.

Prologue a alegorie.

Pour ramener a allegorie le propos de nostre matiere applicquerons la saincte escripture a noz ditz a l’edification de l’ame estant en cestuy miserable monde.

Comme par la souveraine sapience et haulte puissance de dieu toutes choses soyent crees raisonnablement doibvent toutes tendre a fin de luy.

Et pource que nostre esperit de dieu creé a son ymage est des choses crees la plus noble apres les angelz. Convenable chose est & necessaire que il soit adorné de vertus parquoy il puisse estre convoyé a la fin pourquoy il est. Et pour ce que il peult estre empesché par les assaulx & agaz de l’ennemy d’enfer qui est son mortel adversaire & souvent le destourne de venir a sa beatitude. Nous pouons appeller la vie humaine droicte chevalerie comme dit l’escripture en plusieurs pars. Et comme toutes choses terrestres soient faillables devons avoir en continuelle memoire le temps futur qui est sans fin Et pource que ce est la somme & parfaicte chevalerie & toute autre soit de nulle comparaison. Et dont les victorieux sont couronnez en gloire prendrons maniere de parler de l’esperit chevalereux. Et ce soit faict a la louenge de dieu principalement & au proffit de ceulx qui se delicteront a ouyr ce present dictier.

Alegorie.

Comme prudence & sagesse soit mere & conduiseresse de toutes vertus sans laquelle ne pourroient estre bien gouvernees est il necessaire a l’esperit chevalereux que de prudence soit adorné comme dit sainct augustin au livre de la singularité des clercz que en quelque lieu que prudence soit legierement peult on cesser et anientir toutes choses contraires Mais la ou prudence est despitee toutes choses contraires ont seigneurie. Et a ce propos dit Salomon en ses proverbes.

Si intraverit sapientia cor tuum et scientia anime tue placuerit consilium custodiet te et prudentia servabit te. Proverbiorum secundo capitulo.

ii. Texte.

Et a celle fin que tu saches Qu’il te fault faire/ & que tu faces A toy les vertus plus propices Pour mieulx parvenir aux premisses De vaillance chevalereuse Et tout soit elle aventureuse Encor te diray qui me maine J’ay une mienne seur germaine Remplie de toute beaulté Mais sur toute especiaulté Ne jamais d’ire/ n’est frappee A riens fors mesure ne pense C’est la deesse d’attrempance Si ne peulx s’a par elle nom Avoir de grant grace le nom Car s’elle n’en faisoit le pois Tout ne te vauldroit pas sept pois.

Pour ce vueil qu’avec moy t’amye Celle soit/ ne l’oublies mye C’est la deesse tres apprise Qui sage est/ moult l’ayme & prise.

ii. Glose.

Dit othea que attrempance est sa seur/ laquelle il doibt aymer. La vertu d’attrempance vrayement peult estre dicte seur et est semblable a prudence. Car attrempance est demonstrance de prudence/ & de prudence s’ensuyt attrempance. Pour ce dit que il la tienne pour s’amie. ce que semblablement doibvent faire tous bons chevaliers desirans le louyer donné aux bons. Si comme dit le philozophe nommé democritus.

Attrempance amodere les vices/ et parfait les vertus ii Alegorie La vertu d’attrempance qui a proprieté de limiter les superfluitez doit avoir le bon esperit. Et dit sainct augustin au livre des meurs de l’eglise que l’office de attrempance est refraindre & appaiser les meurs de concupiscence qui nous sont contraires & qui nous destournent de la loy de dieu. Et aussi despiter delices charnelles & louenge mondaine. A ce propos parle sainct pierre l’apostre en sa premiere epistre.

Obsecro vos tanquam advenas et peregrinos abstinere vos a carnalibus desideriis que militant adversus animam. Prima petri secundo capitulo iii. Texte Et avec nous te convient force Se tu de grand vertu fais force Vers Hercules te fault virer Et ses vaillances remirer En qui il eut trop de bernage Et pour tant se a ton lignage Fut contraire/ & eut attaine N’ayes mye pour tant hayne A ses vertus nobles & fortes Qui de prouesse oeuvrent les portes Mais se tu les veulx ensuyvir Ja pour ses vaillances suyvir Ne t’est pour tant necessaire Aux infernaulx guerre faire N’au dieu pluto aller contendre Pour proserpine a avoir tendre La fille ceres la deesse Qu’il ravit sur la mer de gresse Ne il ne t’est mye mestier Que a cerberus le portier D’enfer tu coppes les chaines Ne a ceulx d’enfer prendre ataines Qui trop sont desloyaux gaignons Comme il fist pour ses compaignons Pirotheus & theseus Qui a pou furent deceups D’eulx embatre en celle valee Ou mainte ame est moult adoulee Assez trouveras guerre en terre Sans que l’ailles en enfer querre.

Si ne t’est mye necessaire Pour armes pourchasser & faire Aller combatre aux fiers serpens ravissans Aux lyons/ ne aux loups rampans Je ne sçay se tu l’ymagines Aussi aux aultres saulvagines Pour avoir renom de prouesse Se ce n’estoit en tel destresse Comme pour le tien corps deffendre Se telz bestes pour toy offendre T’assailloient/ lors la deffence Se tu as sur elles victoire Ce te sera honneur & gloire.

iii Glose.

La vertu de force est a entendre nonmye force corporelle/ mais constance & fermeté que le bon chevalier doit avoir en tous ses faitz deliberez par bon sens/ & force de resister contre les contrarietez qui luy pevent venir. Soit infortune en tribulacions ou fort & puissant courage peult estre vaillable a exaulcement de valeur.

Et pour donner materiel exemple de force allegue hercules/ affin que doublement soit vaillable c’estassavoir en tant que touche ceste vertu.

Et mesmement es faitz de chevalerie ou icelluy fut tresexcellent. & pour la haultesse de hector estoit chose convenable luy donner hault exemple.

Hercules fut ung chevalier de grece de merveilleuse force & mist a fin maintes chevalereuses prouesses/ grand voiagier fut par le monde. Et pour les grans & merveilleux voyages que il fist es choses de grant force/ les poetes qui parlerent soubz couverture & en maniere de fable disent que il alla en enfer combatre aux princes infernaulx/ & que aux serpens & fieres bestes se combatoit qui est a entendre les fortes emprinses que il faisoit. Et pour ce dit au bon chevalier que il se doibt mirer c’estassavoir en ses prouesses & vaillances selon sa possibilité. Et ainsi comme la clarté du soleil est proffitable a tous/ peult estre bon exemple. Si comme dit ung philozophe. Le grain de forment quant il chiet en bonne terre il est a tous proffitable.

Semblablement peult estre bon exemple a tous ceulx vaillable qui vaillance desirent. Et dit ung sage la vertu de force fait l’homme permanable a vaincre toutes choses iii Alegorie Ainsi comme sans force & vigueur le bon chevalier ne pourroit desservir pris d’armes Aussi ne pourroit le bon esperit avoir ne gaigner le louyer & pris deu aux bons victoriens sans icelle. Et dit sainct ambroise au premier livre des offices que la vraye force de courage humain est celle qui n’est jamais brisee en adversité/ & ne se orgueillist point en prosperité/ qui se espreuve a garder & deffendre les aornemens des vertus a soustenir justice/ qui fait continuelle guerre aux vices/ qui n’est jamais recreue en labeurs/ qui est hardie en perilz/ & roide encontre les charnelz desirs & a ce propos parle sainct Jehan l’evangeliste en sa premiere epistre.

Scribo vobis juvenes quoniam fortes estis/ & verbum dei manet in vobis vicistis malignum. prima Johannis. ii. capitulo.

iiii Texte.

Encor se veulz estre des noz Resembler te convient minos Tant soit il justicier et maistre D’enfer et de tout son estre Car se tu te veulz avancier Estre te convient justicier Aultrement de porter heaulme N’es digne/ ne tenir royaulme iiii Glose Dit prudence au bon chevalier que s’il veult estre du renc aux bons la vertu de justice lui convient avoir. C’estassavoir de tenir droituriere justice & dit aristote. Celuy qui est droiturier justicier/ doit premierement soy mesmes justicier car celui qui fauldra a soi mesmes justicier seroit non digne d’aultrui justicier Si est a entendre soy mesmes corriger de ses deffautes si qu’ilz soient du tout amorties. Et puis homme ainsi correct peut bien et doibt estre corrigeur de plusieurs aultres hommes. Et a parler moralement dirons une fable a ce propos selon la couverture des poetes. Minos comme disent les poetes est justicier d’enfer. Et comme prevost ou souverain baillif. Et devant lui sont amenees toutes les ames descendans en icelle valee. Et selon ce que elles ont desservi penance/ et autant de degrez comme il veult qu’elles soient mises en parfont il tourne sa queue entour soy. Et pour ce que enfer est la justice et punicion de dieu droituriere prenons a present maniere de parler a ce propos. Il fut bien verité que ung roy fut en crete appellé minos de merveilleuse fierté & eut en luy grant rigueur de justice. Et pour ce dirent les poetes que apres sa mort fut comme a estre justicier d’enfer. Et dit aristote. Justice est une mesure que dieu a establie sur terre pour limiter les choses.

iiii Allegorie.

Et comme dieu soit chief de justice et de tout ordre. est il necessaire a l’esperit chevalereux pour parvenir a glorieuse victore que il ait celle vertu. & dit saint bernard en ung sermon que justice n’est aultre chose que rendre a chacun ce qui est syen. Rens doncques dit il a troys paires de gens ce qui est leur. A ton souverain/ a ton pareil ou egal/ et a ton subget. A ton souverain tu dois rendre reverence et obeissance reverence de cueur & obeissance de corps A ton pareil tu dois rendre conseil et ayde/ conseil en enseignant son ignorance et ayde en confortant sa non puissance A ton subject tu dois rendre garde & discipline garde en le gardant de mal faire. et discipline en le chastiant se il a mal fait. Et a ce propos parle salomon es proverbes Excogitat justus de domo impii ut detrahat impios a malo: gaudium est justo facere justiciam. Proverbiorum. xxi. capitulo.

v Texte Apres te mire en perseus De qui le hault nom est sceus Parmy le monde en toutes pars Pesagus ly chevaulx appars Chevaucha par l’air en volant Et andromeda en alant Delivra il de la velue Si luy a a force tollue Comme bon chevalier errans Si l’a rendue a ses parens Cestuy fait vueillez retenir Car bon chevalier doibt tenir Celle voye/ s’il veult avoir Honneur/ qui trop mieulx vault qu’avoir.

Si te mires en son escu Luysant/ qui plusieurs a vaincu De son fauchon soyes armé Si seras fort & affermé.

v Glose.

Et pource que c’est chose convenable que au bon chevalier soit deu honneur & reverence en ferons figure selon la maniere des poetes.

Perseus fut ung moult vailant chevalier/ & plusieurs royaulmes acquist & de luy fut la grant terre de perse nommee & dirent les poetes que il chevauchoit le cheval qui par l’air vole que ilz nommerent pesagus. Et est a entendre renommee qui par l’air vole & va en tous pays il portoit en sa main ung fauchon ou une faulx qui est dit pour la grant foison de gens qui par luy furent desconfitz en maintes batailles. Il delivra andromeda de la velue. ce fut une pucelle que il delivra de ung monstre de mer qui par la sentence de dieu devorer la devoit/ qui est a entendre que tous chevaliers doivent secourir femmes qui besoing de leur ayde ayront. Si peult estre noté perseus/ & le cheval qui vole bonne renommee que le bon chevalier doibt avoir et acquerir par ses bonnes merites/ & la doibt chevaucher/ c’est que son nom doibt estre porté en toutes terres. Et dit Aristote. Bonne renommee fait l’homme reluisant au monde/ & agreable en la presence des princes.

v Alegorie.

Renommee doibt desirer l’esperit chevalereux entre la noble compaignie des benoictz sainctz de paradis acquise par ses bonnes merites. Le cheval pesagus qui le portera sera son bon ange qui fera bon raport de lui au jour du jugement. Andromeda qui sera delivree/ c’est son ame qu’il delivrera de l’ennemi d’enfer par vaincre peché. Et que on doie oultre ce voler ce est bonne renommee avoir en ce monde affin de dieu non par vaine gloire avoir. Dit saint augustin au livre de correction que deux choses sont necessaires a bien vivre/ c’estassavoir bonne conscience & bonne renommee. Conscience pour soy/ & renommee pour son prochain/ & qui se fie en conscience & despite renommee/ il est cruel.

Car c’est signe de noble courage de aymer le bien de renommee. Et a ce propos dit le saige.

Curam habe de bono nomine/ magis enim permanebit tibi quam mille thesauri preciosi. Ecclesiastici. xli. capitulo.

vi Texte.

Avec tes inclinacions De jovis les condicions Vueilles avoir/ mieulx en vauldras Quant tu en droit point les tendras vi Glose Comme dit est les païens qui adoroient plusieurs dieux. Les planettes du ciel pour espiciaulz dieux tenoient & des sept planettes nommerent les sept jours de la sepmaine jupiter ou jovis adoroient et tenoient pour leur plus grant dieu. pour ce qu’il est assis en la plushaulte espece des planetes apres saturnus. De jovis est le jour de jeudi nommé et mesmes les arquemistes attribuerent & comparerent les vertus des sept metaulz aux sept planettes Et nommerent les termes de leurs sciences/ par icelles planettes comme on peut veoir en geber et Nicolas & les aultres auctoritez d’icelle science. A jupiter attribuerent le cuivre ou arain. Jupiter ou jovis est planette de doulce condicion amiable & moult joyeuse & est figuree a la complexion sanguine pour ce dit Othea c’estassavoir prudence que le bon chevalier doit avoir les condicions Jupiter & ce mesmes doivent avoir tous nobles poursuivans chevalerie. A ce propos dit pitagoras que ung roy doit gracieusement converser avec ses gens & leur monstrer joyeux visage/ et par ainsi est a entendre de tous vaillans tendans a honneur.

Or ramenons a nostre propos allegorie la proprieté des vii planetes.

vi. Allegorie.

Jovis qui est doulce planette & humainne/ dont le bon chevalier doit avoir les condicions/ nous peult signifier misericorde et compassion que le bon chevalier doibt avoir en soy. car dit saint gregoire en l’epistre a nepotian. Je ne recorde point dit il avoir veu ne ouy que cellui soit mort qui a voulentiers acompli les oeuvres de misericorde/ car misericorde a beaucoup de intercesseurs. Et est impossible que les prieres de plusieurs ne soient exaulcees. Et a ce propos parle nostre seigneur en l’evangile.

Beati misericordes quoniam ipsi misericordiam consequentur.

vii Texte De venus ne fays ta deesse Ne te chaille de sa promesse Le poursuivir en est travailleux Non honorable et perilleux vii Glose.

Venus est planette du ciel dont le jour du vendredi est nommé. Et le metal que nous appellons estain ou espeautre est a icelle attribué/ venus donne influence d’amours & de vagueté. & fut une dame ainsi nommee qui fut royne de cypre. Et pour ce que elle exceda toutes en excellant beaulté & joliveté et tresamoureuse fut et non constant en ung amour/ mais abandonnee a plusieurs L’appellerent deesse d’amours. Et pour ce qu’elle donne influence de luxure dit Othea au bon chevalier que il n’en face sa deesse c’est a entendre que en celluy vice ne doit son corps ne son entente abandonner. Et dit hermes/ le vice de luxure estaint toutes vertus.

vii Alegorie.

Venus dont le bon chevalier ne doit faire sa deesse c’est que le bon esperit ne doibt avoir en soy nulle vanité et dit cassiodore sur le psaultier/ vanité fist l’ange devenir dyable. Et au premier homme donna la mort et le vuida de bonneureté qui luy estoit ottroyee Vanité est mere de tous maulz la fontaine de tous vices. Et la veine de iniquité qui l’homme met hors de la grace de dieu & le met en sa hayne. Et a ce propos dit david en son psaultier en parlant a dieu.

Odisti observantes vanitates supervacue psal. xxx.

viii Texte.

Se tu en jugement t’assembles Saturnus gard que tu ressembles.

Ainçoys qu’ottroyes ta sentence Gard ne la donnes en doubtance viii Glose.

De saturnus est le jour du samedi nommé/ et le metal que nous appellons plomb & est de condicion tardive pesant et sage. Et fut ung roy de crete ainsi nommé qui moult fut sage dont les poetes parlent soubz couverture de fable. Et dient que son filz jupiter luy coppa les genitores qui est a entendre que il luy tollit sa puissance que il avoit et le desherita et chassa. Et pour ce il est pesant et sage veult dire Othea que le bon chevalier doibt moult peser la chose ains qu’il donne sa sentence soit en pris d’armes ou en aultres affaires. Et ce mesmes pevent notter tous juges qui ont offices appartenant a jugement. Et a ce propos dit hermes.

penses bien a tous tes affaires et par especial au jugement d’autruy.

viii Allegorie Si comme le bon chevalier doibt estre tardif en jugement c’estassavoir bien peser sentence ains qu’il la donne semblablement doit le bon esperit de ce qu’il lui appartient car a dieu appartient jugement qui scet discerner les causes droiturierement. Et dit Sainct gregoire es moralles/ que quant nostre fragilité ne sçait comprendre les jugemens de dieu nous ne les devons mie discuter en hardies parolles/ mais les devons honnorer en paoureuse silence et quelque merveilleux qu’il nous semblent sy les devons nous reputer justes/ et a ce propos parle david en son psaultier.

Timor domini sanctus permanet in seculum seculi. Judicia domini vera justificata in semetipsa. psalmo. xviii.

ix Texte.

Ta parolle soit clere et voire Appollo t’en donra memoire Car celluy ne peult nulle ordure Souffrir dessoubz sa couverture ix Glose Appollo ou phebus est le soleil au quel le jour du dimenche est attribué/ & aussi le metal que nous appellons or le soleil par sa clarté monstre les choses mussees. Et pour ce verité qui est clere et monstre les secretes choses lui peult estre attribuee. Laquelle vertu doibt estre en cueur & bouche de tout bon chevalier. Et a ce propos dit Hermes Aimes dieu & verité et donnes loyal conseil.

ix Alegorie.

Appollo qui est a dire le soleil par qui nous nottons verité pouons prendre que verité doit avoir en bouche le vrai chevalier jesuchrist et fuyr toutes faulcetez/ Comme dist crisostome au livre des louenges saint pol. La condicion de faulceté est telle que mesmes ou elle n’a nulz contredisans si dechiet elle en soy mesmes. Mais au contraire la condicion de verité est si estable que tant a plus de adversaires contredisans tant croit elle & se eslieve plus. Et a ce propos dit la saincte escripture.

Super omnia vincit veritas. Secundi Esdre tertio capitulo.

x Texte A Phebé ne resembles mye Trop est muable et ennemye A constance et a fort courage Merancolieuse et lunage x Glose Phebé est appellee la lune. Dont le lundi est nommé & y est attribué le metal que nous appellons argent. La lune n’arreste nulle heure en ung droit point et donne influence de muableté et folie. Et pour ce veult dire que le bon chevalier se doibt garder de telz vices. Et a ce propos dit hermes usez de sapience et soyez constant x Alegorie Phebé qui est la lune que nous nottons inconstance que ne doit avoir le bon chevalier & semblablement le bon esperit. Comme dit Saint ambroise en l’espitre a simplician que le fol est muable comme la lune. Mais le saige est tousjours constant en ung estat/ il n’est point brisé par paour/ il ne se mue point par puissance/ il ne se eslieve point en prosperité/ il ne se plunge point en tristesse. La ou est sapience/ la est vertu/ force et constance/ le sage est tousjours d’ung courage/ il n’appetice ne ne croist pour mutation des choses/ il ne flotte point en diverses opinions mais demeure parfait en jesucrist fondé en charité/ enraciné en foy. Et ce propos dit la saincte escripture Homo sanctus in sapientia permanet sicut sol. Nam stultus sicut luna mutatur ecclesia. xxvii. c. i.

xi. Texte.

Mars ton pere/ je n’en doubt pas Tu ensuyvras bien/ en tous pas Car ta noble condition Y trait ton inclination.

xi Glose.

De mars est nommé le jour du mardi et luy est attribué le metal que nous disons fer. Mars est planette qui donne influence de guerres & batailles.

Et pour ce tout chevalier qui ayme ou suive armes & faitz de chevalerie & en ce ait renommee de valeur peult estre appellé filz de mars. Et pour ce othea nomma ainsi hector. Nonobstant fust il filz au roy priant & dist que bien ensuyviroit son pere ce que bon chevalier doibt faire & dit ung sage que par les oeuvres de l’homme peult on congnoistre ses inclinations.

xi Allegorie.

Mars le dieu de batailles peult bien estre appellé le filz de dieu qui victorieusement batailla en ce monde. Et que le bon esperit voye par son bon exemple ensuyvir son bon pere jesucrist & batailler contre les vices dist sainct ambroise au premier livre des offices que qui veult estre amy de dieu il fault qu’il soit ennemy du dyable. Et qui veult avoir paix a jesuchrist/ il fault qu’il ait guerre contre les vices. Et tout ainsy comme en vain fait on guerre en champ aux ennemys forains la ou la cité est plaine de princes espiez. Ainsi ne pevent vaincre les maulx de par dehors qui ne guerroye fort les pechez de son ame. Et est la plus glorieuse victoire qui soit que vaincre soy mesmes. Et a ce propos parle saint pol l’apostre.

Non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem sed adversus principes/ & potestates adversus mundi rectores tenebrarum harum contra spiritualia nequicie in celestibus. ad epheseos. sexto capitulo.

xii Texte.

Soyes aorné de faconde Et de parolle nette & monde Ce t’aprendra mercurius Qui de bien parler scet les us.

xii. Glose.

De mercurius est nommé le jour du mecredi & l’argent vif y est attribué.

Mercurius est planette qui donne influence de pontifical maintien & de beau languaige aorné de rethorique pour ce dist au bon chevalier que il en doibt estre aorné/ car honorable maintien & belle loquence siet moult a noble desirant le hault pris d’honneur/ mais que il se garde de trop parler. Car dit diogenes que de toutes vertus le plus est le meilleur/ excepté de parolles.

xii Alegorie.

Mercurius qui est dit dieu de langage/ pouons entendre que le chevalier jesuchrist doibt estre aorné de bonne predication/ & de parolle de doctrine/ & aussi doibt aymer et honorer les anonceurs d’icelles.

Et dit sainct gregoire es omelies que on doibt avoir en grant reverence les prescheurs de la saincte escripture/ car ce sont les coureurs qui vont devant nostreseigneur & nostreseigneur les suyt.

Saincte predicacion vient devant et lors nostreseigneur vient a l’habitacion de nostre cueur/ les parolles de exortacion font la course devant. Et lors verité si est receue en nostre entendement. Et a ce propos dit nostreseigneur a ses apostres.

Qui vos odit/ me odit. et qui vos spernit me spernit. Luce decimo capitulo.

xiii Texte Armeures de toutes sortes Pour toy armer bonnes et fortes Te livrera assez ta mere Minerve qui ne t’est amere xiii Glose.

Minerve fut une dame de moult grant sçavoir et trouva l’art de faire armeures/ car devant ne s’armoient les gens/ fors de cuir boully. et pour la grant sagesse qui fut en ceste dame l’appellerent deesse. Et pour ce que moult sceut hector armeures mettre en oeuvre/ et que ce fut son droit mestier l’appella othea filz de minerve/ nonobstant qu’il fut filz a la royne Ecuba de troye. Et par semblable nom pevent estre nommez tous les armeurs des armes. A ce propos dit une auctorité. Les chevaliers donnés aux armes sont a icelle subjectz.

xiii Allegorie Ce qui est dit que armeures bonnes & fortes lui livrera assez sa mere au bon chevalier nous pouons entendre la vertu de foy qui est vertu theologale et est mere au bon esperit et que elle livrera assez armeures dit cassiodore en l’exposition de la credo que foy est la lumiere de l’ame la porte de paradis la fenestre de vie et le fondement de salut pardurable. Car sans foy ne peult nul a dieu plaire/ et a ce propos parle Sainct pol l’apostre.

Sine fide impossibile est placere deo. ad hebreos. xi. ca.

xiiii Texte Adjouste pallas la deesse Et met avec ta prouesse Tout bien te viendra se tu l’as Bien siet o minerve pallas xiiii Glose Apres dit que il adjouste Pallas avec minerve qui bien y siet. Et doit on sçavoir que pallas & minerve est une mesme chose/ mais les noms divers sont prins a deux entendemens. Car celle qui eut nom minerve fut aussi sournommee pallas d’une ysle qui eut nom pallance/ dont elle fut nee.

Et pour ce que elle generalement en toutes choses fut sage/ & maintz artz trouva nouvellement beaulx & subtilz l’appellerent deesse de sçavoir. Si est nommee minerve a ce qui appartient a chevalerie. Et pallas en toutes choses qui appartienent a sagesse. Pour ce veult dire que il doibt adjouster sagesse a chevalerie/ qui moult bien y est duisant. Et comme armes doivent estre garde de la foy/ peult estre entendu a ce propos ce que dit Hermes. Adjouste l’amour de la foy avec sapience.

xiiii Alegorie Et sicomme pallas qui note sagesse doit estre adjoustee avec chevalerie/ doibt estre la vertu de esperance adjoustee aux bonnes vertus de l’esperit chevalereux sans laquelle il ne pourroit proffiter. Et dit origenes es omelies sur exode que l’esperance des biens advenir est le soulas de ceulx qui travaillent en ceste vie mortelle. Ainsi comme aux laboureurs l’esperance du payement adoulcist le labour de leur besoigne.

Et aux champions qui sont en la bataille l’esperance de la couronne de victoire attrempe les douleurs de leurs playes. Et a ce propos parle sainct pol l’apostre.

Fortissimum solatium habemus qui confugimus ad tenendam prepositam spem: quam sicut anchoram habemus anime tutam. Ad hebreos vi.

capitulo.

xv Texte Ayes chiere panthasselee De ta mort sera adoulee Tel femme doibt bien estre aymee Dont si noble voix est semee.

xv Glose Panthasselee fut une pucelle royne d’amasome et moult fut belle & de merveilleuse prouesse en armes et hardement. Et pour le grant bien que