Garde toy du grant enragés Que la roche ne soit boutee Sur achis et sur galathee lix Glose.
Galathee fut une nymphe ou une deesse qui aymoit ung jouvencel qui achis estoit nommé ung geant de layde estature estoit amoureux de galathee & tant les espia que tous deux les apperceut au creux d’une roche/ adonc fut surprins de soudaine rage de jalousie/ et tellement escroula la roche que tout en fut achis agraventé mais galathee qui nymphe fut se ficha en la mer et par ce fut eschapee. Si est a entendre que le bon chevalier se garde en tel cas d’estre surprins de tel qui ait puissance de ce faire.
lix Allegorie Que du geant se gard qui a cupido est subget c’est que le bon esperit bien se gard que nulle ymaginacion n’aye au monde ne aux choses d’icelluy/ ains ait tousjours souvenance que toutes choses mondaines sont de peu de duree/ et dit saint jerosme sur geremie que il n’est riens qui doive estre reputé long envers les choses qui prennent fin et tout nostre temps envers la trinité de paradis. A ce propos dit le sage.
Transierunt omnia velud umbra et tanquam nuncius percurrens Sapientie.
ca. v.
lx Texte Fuys la deesse de discorde Maulx sont ses liens et sa corde Les nopces peleus troubla Dont puis mainte gent assembla lx Glose Discorde est une deesse de malaffaire & dit une fable que quant peleus espousa la deesse Thetis dont puis fut né achilles jupiter & tous les dieux et les deesses furent aux nopces mais la deesse de discorde n’y fut pas mandee. Et pour ce comme envieuse vint sans mander mais n’y vint mie pour neant car bien y sceut servir de son mestier. Adonc estoient assises au disner a une table les trois deesses pallas/ Juno/ venus.
Adonc vint dame discorde qui getta sur la table une pomme d’or ou il eut escript soit donnee a la plus belle/ adonc fut la feste troublee car chascune soustenoit que avoir la devoit/ devant jupiter alerent pour juger de ce discord mais ne voulut complaire a l’une ne desplaire a l’autre pour ce mist le debat sur paris de troye qui pasteur estoit adonc comme sa mere eut songié quant de luy estoit enssainte/ que il devoit estre cause de la destruction de troye/ pour ce fut envoié en la forest au pasteurs a qui il cuidoit estre filz/ et la mercurius qui conduisoit les dames luy dit qui filz il estoit. Adonc il laissa brebis a garder et a troye ala devers son grant parente ainsy le tesmoingne la fable ou la vraye hystoire est mussee soubz couverture. Et pour ce que soventesfois mains grans meschiefz aviennent par discorde et debat et comme ce soit treslaide coustume estre discordant dit au bon chevalier que discorde doibt fuyr/ et pour ce dit le philosophe pitagoras. ne va pas en la voye ou croissent les haynes.
lx Allegorie.
Comme il est dit que discorde doit fuir. Ainsi doit le bon esperit fuir tous empeschemens de conscience/ et que contens & riotes soyent a eschever dit cassiodore sur le psaultier souverainement dit il fuy contens et riotes car contendre contre paix est enragerie contendre contre son souverain c’est forcennerie & contre son subject cest grant villennie. Pource dit saint pol l’apostre.
Non in contentione et emulatione. Ad romanos.
lxi Texte.
N’oublies mie le meffait Se tu l’as a qui que ce soit fait Car il t’en garde le guerdon Destruit en fut leomedon lxi Glose.
Leomedon comme j’ay dit devant fut roy de troye et grant villennie eut fait aux barons gregois de les exiller de sa terre laquelle ilz n’oublirent mie/ ains oublié l’eut leomedon quant les gregois luy coururent sus qui le surprindrent despourveu si le destruirent et occirent pour ce dit au bon chevalier que se il a a aucun meffait que il soit sur sa garde/ car estre peult certain que celluy ne l’oubliera mie ains s’en vengera quant il pourra en temps et en lieu. Et a ce propos dit hermes gardes que tes ennemys ne te surprennent despourveument.
lxi Allegorie Que il ne doibt oublier le meffait se il l’a a aultruy meffait peult estre entendu que quant le bon esperit se sent encheu en peché par faulte de resistence il doit penser que punition en sera faite comme il est des damnez se il ne s’amende/ et de ce dit sainct gregoire que la justice de dieu va maintenant tout bellement et a lent pas mais au temps advenir elle recompensera plus griefvement la misericorde tardera de son attente. A ce propos dit le prophete joel.
Convertimini ad dominum deum vestrum quia benignus et misericors est patiens & multe misericordie prestabilis super maliciam. Ihoelis tercio ca.
lxii Texte.
S’il advient que d’amours affolles Garde au moins a qui tu parolles Que ton fait ne soit emmeslé Souvienge toy de semellé lxii Glose Dit une fable que semelle fut une damoiselle que jupiter ayma par amours juno qui en jalousie en fut print la semblance d’une ancienne femme et vint a semelle et par belles parolles la print a raisonner et tant fist que semelle luy congneut toute l’amour d’elle et de son amy & d’estre bien aymee & congneue de son amy s’alloit vantant. Adonc la deesse dist a celle qui garde ne se prenoit de la decepvance que de riens ne s’estoit encore apperceue de l’amour de son amy mais quant elle seroit avecques luy que elle luy requist ung don/ & quant bien luy auroit promis & accordé que elle luy demandast que en telle maniere la voulsist accoler comme il accoloit juno sa femme quant avec elle se vouloit solacier & par celle maniere pourroit appercevoir l’amour de son amy.
Semelle ne l’oublia mie/ et quant la requeste eut faicte a jupiter qui promis luy eut/ et comme dieu ne le peult rapeller en fut moult dolent et bien sceut que elle avoit esté deceue. Adonc print jupiter semblance de feu et accola s’amye qui en peu d’heure fut toute arse et brouye/ dont a jupiter moult pesa de l’aventure. Sur ceste fable pevent estre mis plusieurs entendemens & mesmes sur la science d’astronomie/ comme disent les maistres/ mais il peult estre que par aucune voye fut deceue une damoiselle par la femme de son amy pour quoy lui mesmes la fist mourir par ignorance. Et pour ce dit au bon chevalier que il se doit garder quant il parle de chose que il veult celer devant qui il la propose & a qui il parle/ car par les circonstances pevent estre entendues les choses pour ce dit hermes/ ne revele point les secretz de tes pensers fors a ceulx que tu auras bien esprouvez.
lxii Allegorie.
Que il garde a qui il parle pouons entendre que le bon esperit quelque soient ses bonnes pensees se doibt garder en tous cas ou il pourroit cheoir male suspicion a aultruy comme dit saint augustin au livre de verbis que nous ne devons pas tant seulement avoir cure d’avoir bonne conscience/ mais tant comme peult nostre enfermeté tant comme la diligence de fragilité humaine devons avoir cure que nous ne façons chose qui vienne a mauvaise suspicion a noz freres. A ce propos dit saint pol.
In omnibus prebe te exemplum bonorum operum. Ad titum. ii. ca.
lxiii Texte.
Ne suys mie trop le deduit De diane/ car il n’a duit Aux poursuivans chevalerie Eux amuser en chasserie lxiii Glose Dyane est appellee deesse des boys et de chasserie. si veult dire que le bon chevalier poursuivant le hault nom des armes ne se doit trop amuser en deduit de chace car c’est chose qui appartient a oysiveté. Et dit aristote que oysiveté permaine a tous inconveniens.
lxiii Allegorie Que le deduit diane ne doye trop suivir qui est dicte pour oysiveté peut mesmes noter le bon esperit et que elle soyt a eschever/ dit sainct gregoire fai tousjours aucune oeuvre de bien/ a ce que l’ennemy te treuve occupé en aucune bonne excitacion. A ce propos est il dit de la sage femme.
Consideravit semitas domus sue & panem ociosa non comedit Prover.
xxxi. ca.
lxiiii Texte.
Ne te vantes/ car mal en print A yraignes qui trop mesprint Que contre pallas se vanta Dont la deesse l’enchanta lxiiii Glose Yraignes ce dit une fable fut une damoiselle moult subtille en l’art de tissir et de filerie/ mais trop se oultrecuida de son savoir/ et de fait se vanta contre pallas dont la deesse s’ayra contre elle qui pour icelle vantance la mua en yraigne. Et dist puis que tant se vantoit de tissir & filer a tousjours mais fileroit et tristroit ouvrage de nulle value/ & adonc devindrent elles yraignes qui encore filent & tissent si peut estre que aucune se vanta contre sa maistresse dont mal luy en print en aucune maniere.
Pource dit au bon chevalier que vanter ne se doibt/ et moult est laide coustume a chevalier estre vanteur & qui trop peult abaisser le los de sa bonté/ & semblablement dit platon quant tu feras une chose mieux que ung aultre garde de te vanter car ta valeur en seroit trop moindre.
lxiiii Allegorie Que il ne se doit vanter pouons dire que le bon esperit se garde de vantise Et contre vantance dit saint augustin ou dousieme livre de la cité de dieu que vantance n’est pas vice de louenge humainne/ mais est vice de l’ame parfaite qui ayme la louenge humainne et despite la vraye tesmoignance de sa propre conscience. A ce propos dit le sage.
Quid prosint nobis superbia aut diviciarum jactantia quid contulit nobis. sapien. quinto ca.
lxv Texte.
Se trop grant voulenté te chasse A moult aymer deduit de chasse De adonius au moins te recort Qui fut par le porc sanglier mort lxv Glose.
Adonius fut ung damoisel moult cointe & de grant beaulté venus l’aima par amours/ mais pour ce que trop il se delectoit en chasserie venus qui se doubtoit que mal luy en veinst par aucune mesaventure par maintes fois luy pria que il se gardast de chasser a la grosse beste mais riens n’en voulut faire adonius si fut occis par ung porc sauvage. Pource dit au bon chevalier que se il veult a toutes fins chasser que il se garde de tel chace dont mal luy peult venir. A ce propos dit sedechias le prophete. Que ung roy ne doit laisser son filz trop user de chasse ne de oysiveté/ ains le doit faire instruire a bonnes meurs et fuyr vanitez.
lxv Allegorie.
Que de adonius luy doibt souvenir peult estre entendu que se le bon esperit est aucunement desvoyé que a tout le moins lui doit souvenir du grant peril de perseverance car comme l’ennemy ait grant puissance sur les pecheurs/ dit saint pierre en sa seconde epistre que les pecheurs sont serfz de corruption & l’ennemy a puissance sur eulx car celluy qui est surmonté d’un aultre en bataille est devenu son serf/ et en signe de ce cy est dit en l’apocalipse.
Data est bestie potestas in omnem tribum et populum. Apocal. xiii. ca.
lxvi Texte.
S’il advient que ennemis t’assaillent Garde que toy ne tes gens ne saillent Contre eulx dont ta cité desample Prens a la prime troye exemple lxvi Glose.
Quant hercules avec grant foison de grecz vindrent sur la premiere troye & le roy leomedon eut ouy dire leur venue. Adonc luy & toute la gent que il peult avoir en la cité saillirent dehors et allerent contre eulx au rivage & la s’assemblerent par moult fiere bataille et fut la cité reverse de gens et vuidee. Adonc thalamon & ceulz qui embuschez s’estoient atout grant ost pres les murs de la cité se ficha ens & ainsi fut la premiere troye prise/ pour ce dit au bon chevalier que il se garde que par tel tour ne puist estre deceu de ses ennemis. Et dit hermes/ garde toy de l’aguet de tes ennemis.
lxvi Allegorie Ce que il se doibt garder se ennemys l’aissaillent que sa cité ne soit vuide c’est que le bon esperit se doibt tousjours tenir saisy et rempli de vertu/ & de ce cy dit saint augustin que ainsi comme en temps de guerre les gens d’armes ne se dessaisissent point de leurs armeures & ne les despouillent point jour ne nuit aussi durant le temps de la vie presente ne doivent point estre despouillez de vertus car celluy que l’ennemy treuve sans vertus est ainsy comme celluy que l’adversaire a trouvé sans armeures. Pour ce dit l’evangille.
Fortis armatus custodit atrium suum. Luce. xi. ca.
lxvii Texte.
Trop ne t’assottes de la lire Orpheus se tu veulx eslire Armes pour principal mestier D’instrument suivir ne as mestier lxvii Glose.
Orpheus fut ung poete et dit la fable que il savoit tant bien jouer de la lire que mesmes les eaues courans en retournoient leurs cours & les oyseaux de l’air/ les bestes sauvagez & les fiers serpens en oublioient leur cruaulté & s’arestoient a escouter le son de la lire. Si est a entendre que il tant bien sonnoit que toute gent de quelque condicion que ilz fussent se delectoient a escouter le poete jouer. Et pour ce que telz instrumens assotent souventesfois les cueurs des hommes dit au bon chevalier que trop ne s’y doibt delecter comme il n’affiere aux poursuivans chevalerie a eux trop amuser en instrumens ne aultres oyseuseté. A ce propos dit une auctorité. Le son de l’instrument est le las du serpent/ et dit platon. celuy qui a du tout mis sa plaisance aux delices charnelz est plus serf que ung esclave.
lxvii Allegorie La lire orpheus dont ne se doit assoter pouons prendre que l’esperit chevalereux ne se doibt assoter ne amuser en quelconque compaignie mondaine soyent parens ou aultres/ dit sainct augustin au livre de la singularité des clercz que moins est stimulé des aguillons de la chair le solitaire qui ne hante point en la frequentation des voluptez/ et moins sont ilz molestés d’avarice qui ne voient point les riches du monde. pour ce dit david.
Vigilavi & factus sum sicut passer solitarius in tecto.
lxviii Texte Ne fondes sur avision Ne dessus fole illusion Grand emprinse/ soit droit ou tort Et de paris ayes recort.
lxviii Glose Pource que paris avoit songé que en grece yroit dont pour celuy songe fut fait grant armee & envoyee de troye en grece ou paris ravit heleyne/ dont pour celluy meffait amender vindrent apres sur troye tout le pouoir de grece qui sy grant pays estoit lors que il duroit jusques au pays que nous appellons pouille & calabre ou ytalie & lors estoit appellé la petite grece/ & d’iceluy pays fut Achiles & les mirmidonnois celle grande quantité de gens confondirent troye & tout le pays.
Pource dit au bon chevalier que sur avision ne doibt emprendre grant chose a faire/ car grant mal en peult venir a grant essoine/ & que grande emprinse ne doye estre faicte sans grande deliberation de conseil/ dit Platon. Ne fay chose que ton sens n’ait avant pourveu.
lxviii Alegorie Que grant emprinse ne doibt estre faicte pour avision/ c’est que le bon esperit ne doibt nullement presumer de soy ne soy eslever en arrogance pour quelconque grace qui de dieu luy soyt donnee. Et dit sainct gregoire es morales que quatre especes sont esquelles toute l’enfleure des arrogans est demonstree. La premiere quant le bien que ilz ont ilz reputent que ilz le ont de eulxmesmes. La seconde quant le bien que ilz ont se ilz le cuydent avoir eu de dieu si le cuydent ilz avoir bien desservi & receu pour leurs merites. La tierce quant ilz se vantent d’avoir le bien que ilz n’ont mye. La quarte quant ilz desprisent aultruy & desirent que on sache le bien qui est en eulx. Contre ce vice parle le sage es proverbes.
Arroganciam & superbiam & os bilingue detestor. Proverbiorum octavo capitulo.
lxix Texte Se trop aymes chiens & oyseaulx D’antheon le gent damoyseaulx Qui serf devint/ bien t’en souvienne Et gard qu’autant ne t’en advienne lxix Glose Antheon fut ung damoisel moult courtois & de gentilles conditions & trop aymoit chiens & oyseaulx & dit la fable que ung jour chassoit tout seul par une forest espesse ou ses gens l’eurent perdu. Adonc comme dyane la deesse des bois eust chassé par la forest jusques a l’heure de mydi si fut eschauffee & ardant pour l’ardeur du soleil parquoy talent luy vint d’elle baigner en une fontaine clere & belle qui la estoit/ & comme toute nue fust avironnee de nimphes & deesses qui la servoient. Antheon qui garde ne s’en prenoit s’embati sur elle & la deesse veit toute nue a qui pour sa grant chasteté la face de honte rougit & moult fut dolente/ si dist adonc/ pource que je sçay que les damoyseaulx se vantent & gabent des dames & des damoiselles/ affin que vanter ne te puisses que m’ayes veue je t’osteray de parler la puissance. Adonc le mauldit/ & tantost Antheon devint cerf ramage ne il ne luy demeura de sa forme humaine fors seulement l’entendement dont luy plain de grant doleur & de soubdaine paour alloit fuyant par le boscage & tost fut accueilly de ses propres chiens & chassé de sa mesme gent qui par la forest l’aloyent cerchant mais or l’ont trouvé mais ne l’ont mye recongneu la fut attaint Antheon qui devant sa gent ploura a grosses gouttes & voulentiers leur criast mercy se parler peust/ & des lors commencerent les cerfz a plourer a la mort/ la fut antheon occis & martiré a grant douleur de sa mesme mesgnie qui en peu d’heure l’eurent tout devoré.
Sur ceste fable pevent estre faictes maintes diverses expositions/ mais a nostre propos peult estre ung jouvencel qui du tout s’abandonnoit a oyseuseté/ & tout despendit son avoir & sa chevance au delict de son corps & en deduyt de chace & en tenir mesgnie oyseuse/ par ce peult estre dit qu’il fut haÿ de dyane qui notte chasteté & devoré de sa propre gent.
Pource veult dire au bon chevalier que il se garde d’estre surprins en mesmes cas. Et dit ung sage. Oyseuseté engendre ignorance & erreur.
lxix Alegorie Par antheon qui serf devint/ pouons entendre le vray penitent qui pecheur souloit estre. Or a matté sa propre chair & faicte serve a l’esperit & prins l’estat de penitence. Dit sainct augustin sur le psaultier que penitence est ung faiz bien aisé & une cherge legiere/ & ne doibt estre appellé faiz d’homme ne charge mais asles d’oyseaulx volans/ Car ainsi comme les oyseaulx portent en terre la charge de leurs esles & leurs esles les portent au ciel. Ainsi se nous portons en terre la charge de penitence elle nous portera au ciel. A ce propos dit l’evangile.
Penitentiam agite appropinquabit enim regnum celorum. Matthei. iii.
capitulo.
lxx Texte Ne va pas aux portes de fer Querre Erudice en enfer Pou y gaigna a tout sa lyre Orpheus/ si com j’oy lyre.
lxx Glose Orpheus le poete qui si bien harpoit dit une fable que il se maria a la belle Erudice/ mais le jour de ses nopces se alloit esbaloyant par ung pray piedz nudz pour la chaleur du temps/ ung pastour couvoita la belle & pour elle efforcer se mist au cours & elle qui devant luy fuyoit pour crainte de luy fut morse au talon d’un serpent qui fut mussé soubz l’herbe/ dont la pucelle fut morte en petite termine/ Trop fut dolent orpheus de celle male aventure & adonc print sa lyre & s’en va aux portes de fer en la valee tenebreuse devant le palais infernal/ & adonc print a herper ung piteux lay & a chanter si doulcement que tous les tormentz d’enfer en appaiserent & tous les infernaulx offices furent cessez pour escouter le son de la lyre/ & mesmement proserpine la deesse d’enfer fut meue de grant pitié/ adonc Pluto Lucifer Cerberus & Acaron qui veirent pour le herpeur les offices delaisser des infernales peines luy rendirent sa femme/ par tel sy que il yroit devant & elle apres sans soy retourner arriere ou il la perdroit sans jamais recouvrer tant que hors fussent saillyz de l’obscur palu/ mais celuy qui trop aymoit ne se peult tenir de se retourner pour s’amye regarder/ & tantost Erudice de lui se depart & reffuyt en enfer ne plus ravoir ne la peult.
Ceste fable peust estre entendue en assez de manieres. Et peult estre ung a qui sa femme fut tollue & puis rendue/ & puis la reperdit/ ou peult estre chastel ou aultre chose. Mais a nostre propos peult estre dit que bien quiert erudice en enfer qui quiert chose impossible ne pour icelle recouvrer on ne se doibt donner melancolie. Ce mesmes dit solin.
Somme/ folie est de querre ce qui est impossible a avoir.
lxx Alegorie Que il ne doye aller querre erudice en enfer/ pouons entendre que le bon esperit ne doibt tendre ne requerir a dieu chose miraculeuse ne merveillable qui est appellee tempter dieu. Et dit sainct augustin sur l’evangile sainct Jehan que la requeste que la creature fait a dieu n’est pas exaulcee quant elle requiert chose qui ne se peult faire ou qui ne se doibt faire ou chose dont elle useroit mal se elle luy estoit ottroyee ou chose qui blesseroit son ame se elle estoit exaulcee/ et pource de la misericorde de dieu vient se il ne donne mie a la creature chose dont il scet qu’elle useroit mal. A ce propos dit sainct jacque l’apostre en son epistre.
Petitis & non accipitis eo quod male petatis. Jacobi. iiii. cap.
lxxi Texte Se droitz chevaliers veulz congnoistre Et fussent ilz enclos en cloistre T’apprendra a esprouver les lxxi Glose Achiles ce dit une fable fut filz a la deesse thetis/ & pource que elle sçavoit comme deesse que se son filz hantoit armes que il y mourroit/ elle qui trop l’aymoit de grant amour le cela en vesture de pucelle & voiler le fist comme nonne en l’abbaye de la deesse vesta/ longuement fut celé achiles tant qu’il fut pres que parcreu. Et dit la fable que la engendra pirrus qui apres fut moult chevalereux en la fille du roy ystrus. Adonc commencerent les grans guerres troyennes & sceurent les grecz par leurs fors que necessité leur estoit d’avoir achiles/ partout fut quis/ mais nouvelle n’en peut estre ouye. Ulixés qui trop fut plain de grant malice par tout le queroit/ si vint au temple/ mais comme il n’en peust appercevoir la verité s’avisa de grant cautelle/ adonc ulixés print aneletz guinples/ conroyes/ aulmosnieres & joyaux a dames & avec ce armeures a chevaliers belles & cointes si getta tout emmy la place present les dames & dist que chascune prensist le mieulx a sa plaisance/ & adonc comme toute chose traye a sa nature/ les dames coururent aux joyaux/ & achiles print les armeures/ & lors le courut embrasser ulixés & dist que c’estoit ce qu’il queroit. Et pource que les chevaliers doibvent estre plus enclins aux armes que aux cointeries mignotes qui aux dames appartiennent veult dire l’auctorité que a ce peult on congnoistre le droit chevalier. A ce propos dit leginon. Le chevalier n’est congneu fors aux armes. Et dit hermes. Esprouvez les hommes avant que y ayez trop grant fiance.
lxxi Alegorie Ou il dit se droitz chevaliers veulz congnoistre/ nous pouons prendre que le chevalier jesuchrist doibt estre congneu aux armes de bonnes operations/ & que tel chevalier ait le loyer deu aux bons dit sainct hierome que la justice de dieu ainsi comme elle ne laisse nul mal impugny/ aussi ne laisse elle nul bien inremuneré/ si ne doibt doncques aux bons nul labeur sembler dur/ ne nul temps [l]ong quant ilz attendent la gloire perdurable en louyer. Pour ce dit la saincte escripture.
Confortamini & non dissolvantur manus vestre erit enim merces operi vestro. secundi paralipomenon. xv. c.
lxxii Texte.
Car plus que toy grant talent a De fort courre/ c’est son mestier De tel cours tu n’as nul mestier lxxii Glose.
Athalenta fut une nimphe de moult grant beauté mais dure estoit sa destinee car pour cause d’elle plusieurs perdirent la vie. Ceste damoiselle pour sa grant beauté fut de plusieurs couvoitee a avoir en mariage/ mais ung tel edict estoit fait que nul ne l’auroit s’il ne la vaincquoit au cours & se elle le vainquoit il devoit mourir et par celle voye plusieurs moururent. Cestuy cours peult estre entendu en plusieurs manieres/ et peult estre aucune chose moult couvoitee de plusieurs/ mais sans grant travail nul ne la pouoit avoir/ le cours que celle faisoit estoit la deffense et resistence de la chose. Et mesmement peult estre notee la fable ou plusieurs font grant estrif sans necessité/ si veult dire l’auctorité que a homme dur et courageux grant estriveur ne luy doibt chaloir de trop estriver de choses inutiles qui ne sont touchant son honneur/ ne dont il luy puist chaloir/ car maintz grans maulx sont maintesfois ensuivis par tel estrif. Et dit thesibelle. Tu dois faire ce qui est le plus prouffitable au corps/ et le plus convenable a l’ame et fuyr le contraire.
lxxii Allegorie N’estrives athalenta pouons entendre que le bon esperit ne se doibt point empescher de chose que le monde face ne en quel gouvernement il soit. Et de ce dit saint augustin en une epistre que le monde est plus perilleux quant il est souef aux creatures que quant il est aspre mais plus le voit on moleste et moins s’en doit on empescher & moins quant il attrait a son amour que quant il donne occasion d’estre despité. A ce propos dit jehan l’evangeliste en sa premiere evangile.
Si quis diligit mundum non est caritas patris in eo. i. Jo. ii. c.
lxxiii Texte Comme Paris ne juge pas Car on reçoipt maint dur repas Par male sentence ottroyer Maintz en ont eu maulvais loyer lxxiii Glose Dit la fable que les trois deesses de grant puissance/ c’estassavoir Pallas deesse de sçavoir Juno deesse d’avoir & Venus deesse d’amours vindrent devant paris tenans une pomme d’or qui disoit soit donnee a la plus belle & plus puissant/ de celle pomme fut grant descort/ car chescune disoit que avoir la devoit & sur paris s’en furent mys de ce discort. Paris diligemment voulut enquerre de la force de chescune a par soy. Lors dist pallas/ je suys deesse de chevalerie & de sagesse & par moy sont departies armes aux chevaliers/ & science aux clercz & se la pomme tu me veulx donner saches que sur tous te feray chevalereux & tous aultres passer en toutes sciences. Apres dit juno deesse d’avoir et de seigneurie/ par moy sont departis les grans tresors au monde & se la pomme me veulz donner riche & puissant te feray plus que nul aultre.
Apres parla venus par moult amoureuses parolles & dist/ je suys celle qui tient escolles d’amours & de joliveté & qui les folz fais estre sages & les saiges fais foloyer/ les riches fais mendier/ & les exillez enrichir/ ne il n’est puissance qui a la mienne se compare/ & se la pomme tu me veulz donner l’amour a la belle Heleyne de grece te sera par moy donnee qui plus te pourra valoir que ne feroit nul aultre avoir. Et adonc Paris donna sa sentence & renonça a chevalerie & a sagesse & a avoir pour venus a qui il donna la pomme/ pour laquelle achoison fut puis troye destruycte. Si est a entendre pource que Paris ne fut point chevalereux & ne lui chalut de grant sçavoir/ mais en amours furent toutes ses pensees est entendu que a venus donna la pomme d’or. Et pource dit au bon chevalier que semblablement ne doibt faire/ & dit pitagoras/ le juge qui ne juge justement dessert tout mal.
lxxiii Alegorie Paris qui jugea folement c’est que le bon esperit se doit garder de faire jugement sur aultruy/ de ce parle sainct Augustin contre les manichees que deux choses sont que nous devons par especial eschever/ jugement sur aultruy premierement/ car nous ne sçavons de quel courage sont les choses faictes lesquelles condemner c’est grant presumption si la devons interpreter en la meilleure partie. secondement car nous ne sommes point certains quelz seront ceulx qui maintenant sont bons ou mauvais. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Nolite judicare & non judicabimini in quo enim judicio judicaveritis/ judicabimini. Mathei vii. c.
lxxiiii Texte En fortune la grant deesse Ne te fies/ n’en sa promesse Car en peu d’heure elle se change Le plus hault souvent gette en fange lxxiiii Glose Fortune selon la maniere de parler des poetes peult bien estre appellee la grant deesse/ car par elle nous veons le cours des choses mondaines gouverner & pour ce que elle promet a maintz assez prosperités/ & de fait en donne a aulcuns & les retoult en petit d’heure quant il luy plaist. dit au bon chevalier que il ne se doibt fier en ses promesses ne desconforter pour ses adversitez/ et dit Socrates/ les tours de fortune sont comme engins a prendre poissons.
lxxiiii Alegorie Par ce que il dit que il ne se doibt fier en fortune pouons entendre que le bon esperit doibt fuyr et despriser les delices du monde. de ce dit Boece au tiers livre de consolation que la felicité des epicurees doibt estre appellee infelicité. Car c’est la plaine & parfaicte felicité qui lesquelles condicions ne prestent point les choses ou les mondains mettent leurs felicitez. Pource dit dieu par le prophete ysaÿe.
Popule meus qui te beatam dicunt ipsi te decipiunt.
lxxv Texte Pour guerre emprendre & avancer Ne fay pas paris commencer Car mieulx sçauroit je n’en doubt mye Soy deduyre es beaulx bras s’amye lxxv Glose Paris ne fut mie condicioné aux armes/ mais du tout a amours. Et pource dit au bon chevalier que il ne doibt mye faire capitaine de son ost ne de ses batailles chevaliers non condicionés aux armes. Et pour ce dit Aristote a Alixandre. Tu doibs establir connestable de ta chevalerie celluy que tu sentiras sage & expert aux armes.
lxxv Alegorie Que a paris ne face guerre encommencer/ c’est que le bon esperit tendant a la seule chevalerie du ciel doibt du tout estre soustrait du monde & avoir esleue la vie contemplative. Et dit sainct gregoire sur ezechiel que la vie contemplative a bon droit est preferee a la vie active comme la plus digne & la plus grande car la vie active se travaille au labeur de la vie presente/ mais la vie contemplative si commence ja a gouster la saveur du repos advenir.
Pour ce de marie magdaleyne par qui contemplacion est figuree/ dit l’evangile.
Optimam partem elegit sibi maria que non aufferetur ab ea in eternum.
Luce. x. ca.
lxxvi Texte Ne te chaille de nul guettier Mais t’en va tousjours ton sentier Cephalus o son glavelot Le t’apprent/ & la femme loth lxxvi Glose Cephalus fut ung ancien chevalier dit une fable que toute sa vie se estoit moult delecté en deduyt de chace & a merveilles sçavoit bien getter ung glavelot qu’il avoit qui avoit telle proprieté que ja ne fust getté en vain & tout occioyt autant qu’il attaignoit. Et pour ce que acoustumé avoit de soy lever au matin & aller a la forest la saulvagine guetter/ sa femme en fut en grant jalousie que luy d’aultre que d’elle fust amoureux & pour la verité sçavoir alla apres pour le guetter.
Cephalus qui au boys estoit quant il ouyt la feullee bruyre ou sa femme se mussoit cuida que saulvagine fust/ atant lansa son glavelot & sa femme attaint si l’occist/ dolent fut de la mesaventure cephalus/ mais remede n’y peut estre mys. La femme loth comme tesmoigne la saincte escripture se retourna arriere contre le commandement de l’ange quant elle ouyt derriere soy fondre les cinq citez & pour ce fut tantost tournee en une masse de sel. Et comme toutes choses soyent figureez y peult estre mys assez d’entendemens/ mais a la prendre a la verité pour exemple/ nul bon ne se doibt delecter a guetter aultruy en chose qui ne luy doit appartenir et comme nul ne vouldroit estre guetté/ dit Hermes/ ne fay a ton compaignon nonplus que tu vouldroyes que il te feist & ne vueilles tendre les las pour prendre les hommes ne pourchasser leurs dommages ne deshonneur par aguet ou par cautelle/ car au derrenier tourneroit sur toy.
lxxvi Alegorie Que il ne luy doit chaloir de nul guetter peult estre entendu que le bon esperit ne se doibt donner peine de sçavoir fait d’aultrui ne d’enquerir d’aultruy nouvelles. Et dit sainct jehan crisostome sur l’evangile sainct mathieu/ comment dit il/ es faitz d’autruy voys tu tant de petites deffaultes & en tes propres faitz tu laisses passer tant grans deffaultes/ se tu t’aymes mieulx que ton prochain pour quoy t’empesches tu de ses faitz & laisses les tiens/ soyes premierement diligent de considerer tes faitz/ & puis considere les faitz d’aultruy. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Quid autem vides festucam in oculo fratris tui? trabem autem in oculo tuo non vides Matthei. vii. capitulo.
lxxvii Texte.
Ne desprises pas le conseil Helenus je le te conseil Car souvent advient maintz dommages Par non vouloir croire les sages lxxvii Glose Helenus fut frere hector et filz priam et moult fut sage clerc et plain de science/ sy desconseilla tant comme il peut que paris n’allast en grece ravir la belle heleyne/ mais il n’en fut mie creu dont grant dommage vint aux troyens. Pource dit au bon chevalier que les sages on doibt croire et leur conseil. Et dit hermes/ qui honnoure les sages et use de leur conseil est perpetuel.
lxxvii. Allegorie Helenus qui desconseilloit la guerre c’est que le bon esperit doit eschever les tentacions/ et dit saint hierome/ que le pecheur n’a nulle excusation qui se laisse surmonter de tentation/ car l’ennemy tenteur sy est si foible que il ne peult surmonter sinon celluy qui se veult rendre a luy. Et ce dit saint pol l’apostre.
Fidelis deus qui non patietur vos temptari supra id quod potestis: sed faciet etiam cum exultatione proventum ut possitis sustinere. i. ad corinthios. x. ca.
lxxviii Texte.
Ne t’esjouys trop ne te troubles Pour les avisions moult troubles Morpheus qui est messagier Au dieu qui dort et fait songier lxxviii Glose Morpheus ce dit une fable est filz et message au dieu dormant & est dieu de songe et fait songier. Et pour ce que songe est chose moult trouble et obscure/ et aucunefois riens ne signifie et aucunefois tout le contraire signifie de ce que on a songié/ ne il n’est sy sage qui proprement en puisse parler quoy que les expositeurs en dient dit au bon chevalier que esjouyr ne troubler ne se doit pour telz avisions dont on ne peult monstrer certaine signification ne a quoi elles doivent tourner/ et mesmement comme on ne se doibt ne troubler ne esjouyr des choses de fortune qui sont transitoires dit socrates. Tu qui es homme ne te doibs trop esjouyr ne troubler pour quelconque cas.
lxxviii Allegorie.
Ou il dit que trop ne se doit on esjouir ne troubler pour avisions/ dirons que le bon esperit ne se doit trop esjouir ne trop troubler pour quelconque cas qui lui avienne et que il doit porter les tribulations paciamment dit saint augustin sur le psaultier. Beau filz dit il se tu pleures des maulx que tu sens si pleure soubz la correction de ton pere.
Se tu te plains des tribulations qui te surviennent garde que ce ne soit par indignacion ne par orgueil/ car l’adversité que dieu t’envoye t’est medicine non pas peine c’est chastiement non pas damnacion/ ne redoubtes mye la verge de ton pere se tu ne veulx que il te reboute de son heritage/ & ne penses mye la peine que tu as a soustenir son flayel/ mais considere quel lieu tu as en son testament. A ce propos dit le sage.
Esse quod tibi applicatum fuerit accipe et in dolorem sustine et in humilitate patientiam habe. Ecclesiastici. ii. ca.
lxxix Texte Se par mer tu veulx entreprendre Voyage perilleux et prendre Croy le conseil de alchioine De ceÿs te dira l’essoine lxxix Glose.
Ceÿs fut ung roy moult preudhom et moult aimé de alcioine sa femme devocion print au roy d’aler par mer en ung perilleux passage par temps de tempeste se mist en mer/ mais alcioine sa femme qui trop l’aymoit de grant amour se mist en grant peine de luy destourner d’icelluy voyage et a grans pleurs et larmes moult l’en prioit mais pour elle n’y peult estre remede mis ne avecquez luy aler ne la voulut laisser ce que elle vouloit a toutes fins et dedens la nef se getta au departir/ mais le roy Ceÿs la reconforta & la fist a force remaindre/ dont moult fut