Mon doulz ami et l'aim tout autretant Com quant de moy estoit près arrestant, Ne jamais jour, tant que l'ame batant 1984 Me voit ou corps, Ne l'oblieray, et vous diray encors Ce qui me fait encor plus durs recors C'est que je sçay qu'il a de moy remors 1988 Et grant pitié, Car il scet bien que pour son amistié J'ay cuer dolent et triste et dehaitié.
Et vous dittes que j'en ay la moitié 1992 Moins de doulour Pour ce que sçay que j'ay toute s'amour, Mais, sauve soit vo paix, ainçois mon plour En est plus grant et en ay plus favour 1996 A sa personne; Car plus trouvé ay sa doulce amour bonne Et tant plus l'aim. Mais celle qui fellonne Est si vers vous droitte achoison vous donne 2000 D'avoir moins dueil De son reffus, et par ce prouver vueil Que mille fois et plus que vous recueil De pesant mal et ay moins de recueil 2004 Et moins reffuge A bon espoir, et de ce requier juge, Sage et loial, qui de no debat juge. » Et cil respont: « Et de cel acort suis je.
2008 Or soit trouvé Juge loial, par qui il soit prouvé Et droit jugé, car par moy reprouvé Ne sera ja puis que l'avez rouvé.
2012 Or avison Qui il sera, et si soit gentilz hom Qui sache bien entendre no raison Et en jugier le droit selon raison, 2016 Et si soit sage En fais d'amours par sens et par usage.
Si en mettrons sur lui toute la charge, Et nous tendrons de fait et d'arbitrage 2020 Au jugement Qu'il en donra, sanz nul descordement. » Ainsi greé l'ont tous deux bonnement, Et puis si m'ont prié moult chierement 2024 Que j'avisasse Qui seroit bon et que leur devisasse.
Lors y pensay un bien petit d'espace, Si me souvint de la trés bonne grace 2028 Et bon renom De vous, chier Sire, ou il n'a se bien non, Si leur dis lors et vous nommay par nom Mais qu'il vous pleust ne leur dire de non, Qu'ilz aroient en vous juge a devis Sage et loyal et de tout bon avis.
Cé leur pleut moult et furent assouvis 2036 De leur vouloir, Car tant orent ouÿ, a dire voir, Dire de vous de bien et de savoir Q'aultre juge ja ne quierent avoir; 2040 Mieulx ne demandent Se il vous plaist, et si se recommandent A vous, Sire, a qui supplient et mandent Que vos pensers un petit y entendent, 2044 Non obstant qu'armes Vous occupent; et de leurs dures larmes Me prierent que le cas misse en termes Pour envoier a vous dedens briefs termes 2048 Pour droit jugier Lequel par droit doit avoir plus legier Mal a porter ou en doit plus chargier Et qui plus vit en peine et en dongier 2052 Des deux parties.
Atant se sont noz paroles parties, Car de Paris approchions les parties, Et de noz gens, dont estions departies, 2056 Nous approchames Et liement ensemble chevauchames Tant que chieux moy a Paris arrivames.
Ou a grant joye et a festes disnames.
2060 Et quant mengié Et solacié eusmes, prendre congié Vouldrent trestuit, mais bien m'ont enchargié Lui dui amant que tost fust abrigié 2064 De leur affaire; Dont tost après je commençay a faire Ce present dit, si com l'oiez retraire.
Mais or est temps que je m'en doye taire 2068 Et en la fin Du derrenier vers de cuer loyal et fin Me nommeray, et Dieu pri au defin Que bonne vie et puis a la perfin 2072 Son paradis Il vous ottroit et a tous les gentilz Vrais fins amans loiaulz et non faintis Que vraye amour tient subgiez et creintis.
EXPLICIT LE DIT DE POISSY s'adrece a un estrange 1 A1 Mon c.
121 B S. ces a.
179 B on ne v.
181 A1 aussi a. a.
231 A1 f. nous a.
233 A1 et trés c.
242 A1 asés p.
262 B vers la d.
264 B1 Et h.
325 B et ou r.
386 B1 c. moult j.
403 A2 qu'un s.
527 A2 S. leurs m.
532 A1 De c.
540 B1 Si l.
562 A2 de beaulz m.
570 A1 Et un v.
601 A1 n'en f.
631 A1 B2 f. est n.
632 B N'y f.
645 A2 au grant c.
707 A2 B p. c. m.
718 B1 v. en u.
719 A2 A par d.
749 B1 presque n.
765 A1 au t.
803 B en tel e.
903 B a. font p.
939 B1 que c.
949 B me p.
950 B1 Me t.
1006 B en tel p.
1017 A2 Car n.
1075 B l. c. d.
1081 B c. pour s.
1082 A2 En t.
1092 A1 se c.
1135 A2 L. p. d.
1147 A2 d. qu'ay m.
1149 A1 ay est c.
1153 A1 ot pet b.
1311 A2 Par t.
1319 B p. en v.
1321 A1 com d.
1324 A2 Certes t.
1419 A m. leur s.
1426 B r. je pris trop du b.
1430 A2 B et p.
1450 B Et l'u.
1501 A2 B Et n.
1523 B1 Et b.
1547 A2 s.; onc m.
1590 A2 b. me s.
1591 A2 R. j. p. c.
1593 B t. bel m.
1647 A2 Sa g.
2023 A2 p. ilz m'o.
2038 B Sire, de v.
2069 B2 Au d.
_Rubrique_ B1: Cy fine le d. de P.
NOTES LE LIVRE DU DIT DE POISSY (p. 159 à 222).
Des extraits assez importants de ce poème ont été donnés par Pougin dans la _Bibl. de l'Ecole des Chartes_, (4e série, III, p. 535 et 1 à 28.--Le chevalier auquel Christine dédie son livre de Poissy doit être sans aucun doute le célèbre sénéchal de Hainaut. Jean de Werchin était fils de Jacques de Werchin également sénéchal de Hainaut; d'abord simple écuyer à la tête d'une petite compagnie, (Revue passée à Corbeil le 1er sept. 1380. _Titres scellés. Clair. III_) il devint bientôt lui-même sénéchal et mérita d'être appelé par Froissart «moult vaillant homme et très renommé en armes». A l'époque où Christine composa le dit de Poissy, il était allé faire un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle où il défia tous les chevaliers de France et d'Espagne. Christine fait allusion, dans deux passages différents, à ce lointain voyage et aux glorieuses actions qui en 46 à 52.--L'Abbaye royale des dominicaines de Poissy fut fondée en 1304 par Philippe le Bel et placée sous l'invocation du roi Louis IX qui venait d'être canonisé. Ce monastère était d'une construction remarquable et jouissait des plus grands privilèges. On en trouve une description suffisamment complète dans Noël, _Histoire de Poissy_, 1869.
248 à 264.--Marie de Bourbon, fille de Pierre Ier de Bourbon, était la septième prieure de l'Abbaye de Poissy. Elle se trouvait être la tante du roi Charles VI, par suite du mariage de sa soeur Jeanne de Bourbon qui avait épousé Charles V. Elle prit l'habit religieux en 1351 dès l'âge de quatre ans, mais ne fit naturellement profession qu'à dix-sept ans. Élue prieure de l'abbaye le 14 août 1380, elle gouverna avec sagesse et distinction. Le duc de Bourbon, son frère, lui avait reconnu par acte du 1er mars 1380 une pension viagère de 500 liv., et fit en même temps don à la communauté de la seigneurie de Carrière, de l'hôtel de Bourbon sis à Paris et de la terre de Villevrard près de Lagny-sur-Marne. Marie de Bourbon mourut le 10 janvier 1401 et fut inhumée dans le choeur de l'église abbatiale de Saint-Louis où on lui érigea une belle statue en marbre blanc et noir. Ce monument, qui a échappé à la destruction du monastère, est aujourd'hui conservé dans 274 à 282--Marie de France, fille de Charles VI et d'Isabeau de Bavière, née le 22 août 1392. A cinq ans elle prit le voile au prieuré de Poissy le jour de la Nativité de la Vierge, en 1397. Elle mourut le 28 août 1438 et laissa au couvent la terre de Pissefontaine ainsi qu'un fief situé à Triel (Bibl. Nat. Fr. 20,176, fol. 1185).
Elle était effectivement la cousine germaine de la princesse Marie, son père ayant épousé Catherine de Bourbon, soeur de Jeanne de Bourbon, reine de France. Entrée au couvent de Poissy en 1380, on lui reconnut 200 liv. de rente le 8 août 1396. Sa soeur Blanche, d'abord religieuse à Sainte-Marie de Soissons, était, depuis 1391, abbesse du célèbre monastère de Fonteyrault (Bibl. Nat., _Pièces orig. 1479_ et 317.--La ville d'Arras possédait dès le XIVe siècle des ateliers dont la réputation fut universelle (Voy. Guiffrey, _Hist. de la 334 à 340.--Philippe le Bel, par sa charte de fondation (juillet 1304), assigna au couvent de Poissy des revenus considérables. Cette riche dotation se composait de la plus grande partie du produit des domaines royaux de Poissy, Béthisy, Verberie, Pierrefont, Vernon et Andilly, plus de droits de pâturages dans les forêts royales, excepté celles de Laye et de Coucy, etc. La communauté possédait en outre de nombreux droits et privilèges, tels que le droit de passage sous les arches du pont de Poissy (Arch. Nat. L 1084, liasse 1), le droit de chasse dans la garenne royale de Draveil où elle avait un hôtel (Arch. Nat. K 191, liasse 5), des rentes établies sur les halles et moulins de Rouen (Arch. Nat. Xia _1473 fol. 206 v°_), et bien d'autres avantages. A tous ces revenus il fallait encore ajouter les rentes souvent fort importantes servies par les familles aux filles de grandes maisons et les donations ou legs faits par les religieuses elles-mêmes à leur communauté. Le nombre des soeurs fut d'abord fixé à cent vingt, il s'éleva plus tard à deux cents; elles devaient être issues de familles nobles et avoir obtenu pour leur admission une autorisation expresse du roi (Noël, _op. cit._).
1273 à 1280.--Jean sans Peur, duc de Bourgogne et comte de Nevers, partit à l'âge de vingt-cinq ans au secours de Sigismond, roi de Hongrie dont la patrie était menacée de l'invasion des Turcs commandés par Bajazet. On sait que l'armée française éprouva une sanglante défaite à Nicopolis, le 28 septembre 1396, le comte de Nevers et quelques chevaliers échappèrent seuls au massacre qui suivit ce désastre. Moyennant une rançon considérable, Bajazet consentit à rendre la liberté au comte de Nevers et à quelques-uns de ses compagnons d'armes qui firent leur rentrée à Dijon le 28 février 1398.
LE DIT DE LA PASTOURE (_Mai 1403_).
CY COMMENCE LE LIVRE DE LA PASTOURE Moy de sagece pou duitte Ja par mainte fois deduitte Me suis de faire dittiez De plusieurs cas apointiez, 5 Combien que pou entremettre M'en sache, mais pour desmettre Aucunement la pesance Dont je suis en mesaisance, Qui jamais ne me fauldra 10 Jusques vie me fauldra; Car oublier impossible M'est le doulz et le paisible Dont la mort me separa, Ce dueil tousjours m'apparra.
15 Ay fait ce dittié en rimes, A mon pouoir leonimes, A requeste de personne Dont par le mond le nom sonne, Qui bien me puet commander 20 Et son bon vouloir mander.
Si le fis et le rimay En ce desrain moys de may L'An Mil Quatre Cens et troys; Et m'est avis, qui veult drois 25 Y visier, qu'on puet entendre Qu'a aultre chose veult tendre Que le texte ne desclot, Car aucune fois on clot En parabole couverte 30 Matiere a tous non ouverte, Qui semble estre truffe ou fable, Ou sentence gist notable.
Si diray le sentement En rimant presentement: _La Pastoure_ 35 Antendez mon aventure, Vrais amans, par aventure Oncques n'oïstes pareille, Si y tendez tous l'oreille, Voiez comment Amours traire 40 Scet soubtilment pour attraire Les cuers et faire subgiez De ceulz qu'il lie en ses giez.
Pastoure suis qui me plains En mes amoureux complains, 45 Conter vueil ma maladie, Puis qu'il fault que je la die.
Comme d'amours trop contrainte, Par force d'amer estraintte, Diray comment je fus prise 50 Estrangement par l'emprise Du dieu qui les cuers maistroie Et qui bien et mal ottroie.
Si soit exemplaire aux dames Mon fait, qui jurent leur ames 55 Que jamais jour n'aimeront.
Voiez comment Amours rompt Par son trés poisant effort Tout propos, soit foible ou fort.
Trés que joenne touse estoie, 60 Parmi bouscages hantoye Et par ces landes sauvages Pour repaistre enmi herbages Les berbietes mon pere, Et quoy qu'adès en appere, 65 Ainsi par maintes anées Furent par moy pormenées, Tant que je fus ja percreue, Sans estre nul jour recreue Du mestier, qui me plaisoit, 70 De bergerie, et faisoit Matin lever par grant cure.
D'autre riens n'avoye cure Fors de repairier en champs Et en bois, ou les doulz chans 75 Des oysiaulx souvent ouoye, N'autres gens je n'avouoye Fors pastoures et pastours.
Si savoye tous les tours Du mestier de bergerie: 80 Aigniaulx en la bergerie Soignier, mettre fein en creche, Semer en toit paille fresche, Et les mottons d'une part Trier, oindre et mettre a part, 85 Berbis traire, et faire a heure Aigneulx teter, et desseure Le fourrage es rastiaulx mestre; Ne nulle mieulx entremettre Ne se sceust de tout l'affaire 90 Qu'il convient au mestier; faire Anble de son et d'aveine Pour faire remplir la veine Aux berbis, qui aignelé Avoyent qui n'est coulé, 95 Savoye, et mes berbis tondre En may assise en belle onbre Au matin et a vesprée, Et aporter de la prée Herbe aux aignelez petiz, 100 Pour leur donner appetiz Quant ilz viennent en saison Qu'on les tient en la maison; Et bien raporter des champs Aucunes berbis meschans, 105 Vieilles et a dos pelé; Et, s'aucune eust aignelé La hors, l'aignel entre bras Porter dedens mon rebras, Et eulz garir de la rongne.
110 N'y avoit si grant besoingne Dont je ne fusse maistresse Et des bergieres l'adrece.
De tout ce soigneuse estoye.
A droitte heure me hastoye 115 De mener a remontée Mes berbis sus la montée D'un tertre ou herbe ot menue; Et quant soleil ert soubz nue, Au matin a la rousée 120 D'ou terre estoit arrosée, Ou temps d'esté, par herbis Couvers mener mes berbis Bien savoye, et assembler Mon parc, que le loup embler 125 Ne m'en peüst chief ne queue Et que nulle ne fust seue.
La en l'ombre me seoie Soubz un chaine et essayoye A ouvrer de filz de laine, 130 En chantant a haulte alaine; Ceinturetes je faisoie, Ouvrées com ce fust soye, Ou je laçoye coyfettes Gracieusetement faittes, 135 Bien tyssues et entieres, Ou raisiaux ou panetieres Ou l'en met pain et fromage.
La soubz le chaine ramage S'assembloient pastourelles, 140 Et non mie tout par elles, Ainçois veissiez soir et main Son ami parmi la main Venir chascune tenant, Plus de vint en un tenant, 145 Dont l'un flajolant venoit Et l'autre un tabour tenoit, L'autre musete ou chievrete; N'il n'y avoit si povrete Qui ne fust riche d'ami.
150 Et la vous veissiez enmi La place mener la tresche Joliement sus l'erbe fresche Parrot, Soyer et Harnou Et Regnault, qui ot maint nou 155 D'amours fait sus son chappel Et boquet sus le jupel Que Rambourt ot atachié Et mis le chappel ou chié, Comme a son ami trés chier.
160 Ainsi les veissiez treschier Et karoler et baler, L'un en dançant reculer Tenant la main au cousté, Et le pan devant osté 165 Et a la ceinture mis, Puis en dançant s'est remis A la queue emprès Gilon Et devant met Sebilon.
Joliement y vait Belote 170 Qui bien joue a la pelote, E Mangon et Jehanneton Et Belon, au joly ton Des instrumens acordés.
La veissiez bergiers hordez 175 De gans blans et d'aumosnieres Et de diverses manieres D'outilz telz qu'il apartienent A bergiers qui gays se tiennent: Trenche pain, cysiaulx, forsetes, 180 Boiste a ointure, esguilletes, Aloine, cernoir, cordele, Une grande tace belle, Fil, aguille, et deel avec Y a, bergier n'est sanz hec; 185 Mainte autre chose a dedens Bonne, et lanieres pendans, Et la grant clef de la porte De la bergerie on porte Qui a une bille pent 190 Et derriere vait frappent, Et tout pent a la ceinture, Ou le mastin a esture On tient lié a toute heure Qu'après les conins ne cueure, 195 La houlete bien taillée, Par amoretes baillée, Que bergier tient en sa main, Et la panetiere a pain, Ou aulx et fromage on met.
200 Biaulx oysiaulz, je vous promet, Ont ceulz qui sont les plus cointes, Tout n'ayent ilz nulles pointes Qui leur voise au pas grevant, Et la poittrine devant 205 Desnoulée, ou le blanchet Pert blanc de nouvel achet Ou la croix de la chemise Quant toute neufve elle est mise.
La a cotes de buriaulx 210 Vous veissiés ces pastoreaulx Mener feste a desmesure, Pour attaindre a la mesure Fraper du pié en dançant, Gautier emprès Helissant 215 A cloche pié faire un sault, Si comme amours les assault, Huer, crier, rigoler Et ensemble entr'acoler; Est ce vie vie vie?
220 Qui jamais a d'autre envie?
Puis, quant de dancier sont las, Les veissiez par grant solas Eulx seoir sus l'erbe drue, Chascun amant lés sa drue, 225 Sus la clere fontenelle, En chantant de voix isnelle, Ataindre pain et fromage Et tout mettre sus l'erbage, Et ces pastoureaulx gentilz 230 Vous trenchier ce pain faitis Par lesches grandes et lées, Après doulces acollées Les gitter en la fontaine Et par bonne amour certaine 235 D'ycellui mengier eulx paistre.
En celle lande champestre, De flours couverte a tous tours, Sont ilz aise ces pastours Berbis gardans par sillons, 240 Et ces jolis oysillons Qui les cuers leur resjoïst!
En celle place on oÿst Chanter Parrot et Margot: «Larigot va larigot, 245 Mari, tu ne m'aimes mie, Pour ce a Robin suis amie.»
Ainsi amont et aval Tout y retentist li val Des haultes voix deliées 250 De ces pastorelles liées, Chantans a joyeuse chiere.
Et Robin, qui a moult chiere Marion qu'il aime moult, Si quiert aval et amont 255 Pour trouver couldre qui ploye, Large et longe, et la s'employe Atout un large coutel, Assis sus son bleu mantel, Si fent la couldre par mi 260 Et dit que, par Saint Remi!
Esclisse fera de couldre, Ensemble veult les bous couldre, Si ara de flours chapiau Moult bien suroré d'orpeau 265 Que s'amie a en sa bourse.
Adonc n'y a si rebourse Qui chapel a lie face A son doulz ami ne face De muguet et flours d'amer 270 Ou de roses d'oultremer.
Tendis vont o leurs musetes Cueillir cormes ou noisetes, Ou chastaignes en ce boys Abatre ou cerner des noix, 275 Selon qu'il est la saisons, Ou roysins en moustoisons, Li pastours, puis les aportent Aux belles qui se deportent En l'ombre et leur font chapeaulz.
380 Chascun dit: «Li miens est beaulz.»
Si broustent la tel viande Ne nul d'eulx plus ne demande.
Telz y a qui jus leurs fleustes Mettent et trayent aux butes, 285 Aultres la lute commencent, Et les autres si s'avancent A faire aucuns jeux de forces, Ou arrachent les escorces Des arbres vieulx et mossus; 290 Leurs chaperons lient sus De bien estroitte maniere Et cousent une lasniere Grande et large a celle escorce, Leur main ou creux de la torse 295 Boutent et bouclier en font, Espées de boys reffont; Lors commence l'escremie, Chascun dru devant s'amie Joue du bouclier et fiert 300 Ses compains comme il affiert.
La veissiez vous de beaulx coups Lancier sur teste et sur coulz, Et cellui qui mal se targe De l'escorce dont fait targe, 305 En emporte mainte boce Souvent quant lui fault l'escorce; L'aultre le mort, et se couche, Fait, et tient close la bouche; La chascun se vient ploier 310 Et au lever essaier, Et cellui qui mieulx le lieve Le pris et l'onneur enlieve.
En yver jouent aux billes Et au parquet et aux quilles 315 Et aux meriaulx et aux noix Et a autres esbanois.
D'aultres jeux font ilz assez Biaulx et plaisans, ce pensez, Devant leurs belles amies 320 Qui ne sont pas endormies A jugier des mieux apris Et bien asseoir le pris.
Et orriez ces valetons, Quant ilz sont es sommetons 325 Des montaignes, jargonner Et l'un l'autre ramposner En jargon, tout en chantant, Que nul fors qu'entr'eulx n'entent.
Ainsi se vont deportant 330 Li pastorel, mais pour tant Ne laissent a prendre garde Des berbis qu'ilz ont en garde; Puis au vespre s'en retournent Et tous et toutes s'atournent 335 De trier leurs berbietes; Congié de leurs amietes Prenant li joli pastour, Et se mettent au retour.
Ainsi longuement hantay 340 Celle vie ou je chantay Mainte jolie chançon, Et en l'ombre du buisson, O mes compaignetes belles Et leur ami avec elles, 345 M'ombroyay mainte journée.
Joenne estoye et atournée Comme pastoure polie: Surcot vert, cote jolie J'avoye et graille ceinture, 350 Bourse, espinglier a esture Fait et cotelet faitis Et tous les gentilz outilz Et sus pelice legiere, 355 Chainse crespé et delié, Blanc flairant et bien lié.
Mignote estoie et grassete, Et riant a voix bassete, Et gente, ce disoit on.
360 Si fus de maint valeton Amée moult chierement, Mais si me tins fierement Que nul ne daignay amer; Maint bergier a cuer amer 365 Plourant vint m'amour requerre, Mais nul ne la pot acquerre.
Non obstant que mes compagnes Veoye par ces champaignes O leurs doulz amis deduire, 370 Nul ne pouoit mon cuer duire Ad ce que l'amer empreisse Ne qu'aultre vie appreïsse Que celle qu'aprise avoie.
Qu'estoit amer ne savoie 375 N'aprendre ne le vouloie, Ne de riens ne me doloie.
Tout mon soing ert de berbis Garder parmi ces herbis Et ces flours par prez cueillir 380 En may, ne un seul jour faillir On ne veist, main ne ressie, Que chappellet de soussie Ne meisse ou de passeroses Ou de muguet ou de roses 385 Ou d'aultres flours plus nouvelles.
Ces pastoureaulx leurs nouvelles Me venoient raconter Et pour mieulx mon cuer domter Nouvellès dons m'aportoyent: 390 Ceinturetes ou estoient Pendans bourses et couteaulx, Et aultres soubz leurs manteaulx, Chappellez vers, devisez Gentement, moult desguisez, 395 Me presentoient en don; Et vous y veissiez adon Varlez descendens d'un tertre, Qui maton, formage et tartre M'aportoient ou flamiche; 400 Pomes, poires, blanche miche Me venoient presenter, Et de leurs maulx guermenter Piteusement se penoient, Et près de moy se tenoient 405 Pour moy servir, s'eusse chier Leur servise, ou pour trenchier Devant moy pain et fromage.
L'un me disoit: «C'est dommage, Marotele, se tu n'aimes 410 Je te pry qu'ami me claimes, Pastourele gente et belle, Ne soiez vers moy si felle.»
L'autre disoit: «Doulce amie, Et ne m'aimeras tu mie 415 Quant je suis ton chier ami?
Tu vois que, s'un seul demi Pain avoie, la moitié T'en donroye a cuer haitié.
Aime moy, fillete doulce, 420 Je te donray une bourse Jolie d'or et de soye.»
Ainsi alors ne pensoie Nulle riens qui me grevast, N'il ne fust riens qui levast 425 De moy parole d'acort D'amer, pour tout leur recort.
A tous faisoie response Que pour neant tel semonse M'aloient amonnestant; 430 Si s'en souffrissent atant, Car amer par tel devise Ne vouldroie en nulle guise.
En ce point longuement fus Faisant de m'amour reffus 435 Et dongier a toute gent; Tant fussent preux, bel ou gent, Pou m'estoit de leurs clamours.
Orgueilleusete d'amours On m'appelloit pour le temps; 440 Mais je vous diray par temps Coment Amours s'en venga, Qui bien mon vouloir changa, Combien qu'il m'estoit avis Que tant eust homme cler vis, 445 Gent corps, beaulté ne valour, N'aimeroie, ains grant folour Me sembloit d'ainsi amer Pour en sentir doulz n'amer.
Or diray je que m'avint, 450 Il n'a mie des ans vint, Ains croy que quatre ans passez N'a mie encore d'assez: Un jour en l'ombre seoie Soubz un chaine et asseoie 455 Un vert jolis chappellet Dessus mon chief crespellet, Sus une fontaine belle.
Et comme d'amours rebelle Vouloye la seulete estre; 460 Ou lieu avoit moult bel estre, Bois fueillu tout environ Et l'erbe jusqu'au giron, Par placetes drue et basse; De flouretes a grant masse 465 Diverses ot et planté, Sus la fontaine planté Arbres beaulz de moult belle ombre Que soleil ne feist encombre.
Mes berbietes gardant, 470 La seoie en regardant Les floretes que cueilloye, Qu'en la fontaine mouilloie, Et de haulte voix serie Chantoye si que l'orie 475 Du boys en retentissoit.
Droit a celle heure passoit Par le grant chemin ferré, Qui ert lez le bois querré, Une grant tourbe de gens 480 Sus chevaulx mignoz et gens Qui entendirent le son Et le dit de ma chançon.
Adonc se sont arrestez Et ou boys, y ot de telz, 485 Entrerent, suivant la voix Du chant queroient ou bois, Mais ne m'ont pas tost trouvée, Car le boys fueillu leur vée; Mais moy, qui fus seule en crainte, 490 Des chevaulx ouÿ la frainte Qui par le bois se hastoient Et ja près de moy estoient, Tout ne me veissent ilz mie.
Adonc la char me fremie 495 De paour, si me tins coye Et du tout mon chant acoye.
Au chief de piece tant firent Ceulz qui en riens ne meffirent Que dessus la fontenelle 500 Me trouverent; voix ysnele N'oz pas a les saluer, Ainçoys, sans moy remuer, Me tins assise et honteuse Et de baudour souffraiteuse.
505 Tremblant et rougie ou vis Je devins quant je les vis, Car je n'oz gens de tel pris A veoir souvent apris: Frains dorez, selles couvertes 510 Avoyent blanches et vertes Et de diverses couleurs Faittes aux devises leurs.
Dessus gros chevaulx mignos Et sus genez espagnolx 515 Montez estoient li ber, Plus gentilz que nul ober, Riches robes et trainans, Vestues trés avenans, D'or et de soye brodées 520 Et a devises bandées, Escharpes qui bel et gent Leur estoient avenans, Dont les cliquetes sonnans 525 Tout le boys retentissoient Pour les sons qui en yssoient, Chappeaulx jolis de festus Sus leurs chaperons vestus Avoyent jusques a l'ueil 530 Pour l'arsure du soleil.
Moult furent bien assesmez Les gentilz hommes amez, Beaulx et gens a droit souhaid, Gracieux et de bon hait.
535 Adonc assembla la route Ou mainte haye fu route Pour venir a l'assemblée Ou sans cause fus troublée.
Lors, comme frans, sans orgueil, 540 Tous descendirent ou brueil.
Or me tins je pour surprise, Bien cuiday morte estre ou prise.
Vers moy adreçant leur pas Tous ensemble isnel le pas 545 Distrent a joyeuse chiere: «Dieux vous gard, doulce bergiere.»
Et je honteuse et tremblant Me lieve a couart semblant; Si com je sceus leur rendi 550 Leur salu, plus n'atendi Mais loings fus plus d'une toyse.
En celle route courtoise Ot un si fait chevalier Que, s'ilz fussent un millier, 555 Si passast il, com moy semble, Trestous les aultres ensemble De valeur, de sens, de pris Et de quanque bien apris Doit avoir en tous endrois.
560 Beauls et gens, jolis et drois Fu dessus les aultres tous, Et me semble que trestous L'appelloient Monseigneur, Dont vi qu'il ert le greigneur 565 Et le plus autorisié.
La un chevalier prisié S'avance et me prist a dire: Car vous n'arez se bien non 570 Par nous.» Lors nomma par nom Cil qui les autres passoit Et dist: «Par cy trespassoit Monseigneur que voiez cy Et sa compagnie aussi.
575 Si chantiez, ce m'est avis, Bel et bien a droit devis De haulte voix deliée, Pour ce vostre chiere liée Moult desira a veoir 580 Et decoustes vous seoir Pour vostre doulz chant ouïr.
Si ne nous pouez fouïr: Chanter il vous convendra Dont ja mal ne vous vendra.»
585 Adonc vers cellui me meine Qui Dieu doint bonne sepmaine, Et je humblement m'encline Devant lui la chiere cline, Si le saluay tout bas, 590 Mais cellui fist un grant pas Et tost relever me vint, Un doulz ris qui lui avint Gitta moult joyeusement Et dist gracieusement: 595 «Et, par Saint Sauveur d'Esture Voycy joyeuse aventure!»
Adonc sus l'erbe menue S'assist et par la main nue Me prist et decouste lui 600 M'assist, si n'y ot cellui Qui ne se soit tost assis.
Adonc des foys plus de six Me pria que je chantasse Hault et cler, riens ne doubtasse, 605 Mais longuement m'excusay De chanter, car je n'osay.
Cil dist: «Doulce, pastourele, N'escondissez la querelle Que vous fais, ainçois chantez 610 La chançon que plus hantez.»
Quant vis la grant courtoisie De ceulz, aucques acoisie