573 A du tout d.
601 B Ains fu faicte de 613 A1 qui lui d.
633 B ne v.
634 B s. a la f.
642 A2 Si j.
654 A Car q.
655 A1 Moy r.--B par in.
694 A1 que e.
698 B Q. g. m.
774 B en la f.
776 B Ou d.
780 B b. c. d.
785 B G. a tous n.
793 A2 s. enduré t.
810 A1 q. f. m. e.
NOTES Cette pièce a été publiée au xvie siècle, mais on ne connait qu'un seul exemplaire de cette édition (voy. Introduction p. IX). Quelques vers ont été en outre cités par: 1° Mlle de Kéralio dans la _Collection des meilleurs ouvrages composés 304, 775 à 824.
2° Paulin Paris (_Manuscrits françois de la Bibl. du roi_, V, p. 168) Vers 225 à 232.--Hutin de Vermeilles, chevalier et chambellan du roi, figure dès 1370 dans un compte de Jean le Mercier[1], comme envoyé par le roi à Avignon avec Bureau de la Rivière à la tête d'une compagnie de trente hommes d'armes. L'année suivante, il reçoit 200 fr. d'or en payement de ses frais de voyage auprès du Sire de Parthenay (Bibl.
nat., _Pièces orig._, vol. 2969); puis nous le trouvons en 1377, capitaine et garde du château royal de Vivier en Brie, aux gages de 300 fr. d'or par an (_Pièces orig._, vol. cité). Il fut encore chargé de plusieurs missions importantes: en 1383 le roi lui fait don de 1,000 fr. d'or, très probablement pour couvrir de nouvelles dépenses de voyage. Plus tard il touche, en vertu de Lettres du 7 juillet 1388, une même somme de 1,000 fr. qui lui est accordée en récompense de son ambassade auprès du roi d'Aragon et du comte de Foix (_Pièces orig._, vol. cité). Enfin, d'après la chronique du bon duc Loys de Bourbon il est un des deux chevaliers français admis à Marienbourg à la table d'honneur dressée par le roi de Prusse après sa victoire contre les Suédois.--Hutin de Vermeilles épousa Marguerite de Bourbon, fille de Louis Ier de Bourbon, comte de la Marche; cette dernière mourut en 1362 et fut enterrée dans l'Église de Saint-Pierre-d'Aronville, près de Pontoise, où son mari devait reposer plus tard (P. Anselme, I, 298). Nous avons retrouvé que Charles VI fit faire à Paris en 1390, à l'Église des Blancs Manteaux, l'«obsèque» pour le repos des âmes d'Olivier de Mauny et de Hutin de Vermeilles, chambellans (Bibl. nat., et ses compositions poétiques, voy. l'intéressant travail que M. A.
269.--Allusion à certains personnages de l'antiquité qui auraient été trompés par les femmes (voy. _Romania_, XV, 316 et _Bulletin de la [1] H. Moranvillé, _Etude sur la vie de Jean le Mercier_, dans les _Mémoires présentés par divers savants à l'Acad. des inscr._, 2e LE DIT DE LA ROSE (14 février 1401, anc. st.).
CI COMMENCE LE DIT DE LA ROSE A tous les Princes amoureux Et aux nobles chevalereux, Que vaillantise fait armer, Et a ceulz qui seulent amer 5 Toute bonté pour avoir pris, Et a tous amans bien apris De ce Royaume et autre part, Partout ou vaillance s'espart: A toutes dames renommées 10 Et aux damoiselles amées, A toutes femmes honnorables, Saiges, courtoises, agréables: Humble recommandacion De loyal vraye entencion.
15 Si fais savoir a tous vaillans, Qui pour honneur sont travaillans, Unes nouvelles merveilleuses, Gracieuses, non perilleuses, Qui avenues de nouvel 20 Sont en beau lieu plain de revel; Aussi est droiz que ceulz le sachent Qui mauvaistié devers eulz sachent, A fin qu'ilz amendent leurs fais Pour estre avec les bons parfais.
25 Si fu voir qu'a Paris advint, Presens nobles gens plus de vint, Joyeux et liez et senz esmois, L'An quatre cens et un, ou mois De janvier, plus de la moictié 30 Ains la date de ce dictié Du mois passé, quant ceste chose Advint en une maison close Et assemblée de nobles gens, Riches d'onnour et beaulx et gens.
35 Chevaliers y ot de renom Et escuiers de vaillant nom.
Ne m'estuet ja leurs noms nommer, Mais chascun les seult bons clamer; Notables sont et renommés, 40 Des plus prisiez et mieulx amez: Du trés noble duc d'Orliens, Qui Dieu gart de tous maulx liens, Si sont de son hostel tous ceulz.
Et n'y avoit pas un tout seulz 45 Qui n'aime, je croy, tous bons fais; Leans a assez de si fais.
Assemblez les ot celle part Courtoisie qui ne depart De ceulz qui sont de gentil sorte.
50 La fu bien fermée la porte, Car vouloient en ce lieu estre Senz estranges gens privez estre Pour deviser a leur plaisir.
La fu appresté a loisir 55 Le soupper; si furent assis Joyeux et liez et non pensis.
Bien furent servis par les tables De mez a leur gré delitables.
Car ne fu, j'en ose jugier, 60 Pas tout leur plaisir ou mangier Mais en la compaignie qui De vraye et bonne amour nasqui.
Liez estoient et esbatans, Gays et envoisiez et chantans 65 Tout au long de cellui souper, Comme gent qui sont tout un per Et amis vrais sens estrangier.
La n'ot parlé a ce mangier Fors de courtoisie et d'onnour, 70 Senz diffamer grant ne menour, Et de beaulx livres et de dis, Et de balades plus de dix, Qui mieulx mieulx chascun devisoit, Ou d'amours qui s'en avisoit 75 Ou de demandes gracieuses.
Viandes plus délicieuses N'y ot, com je croy, a leur goust, Tout soyent d'assez petit coust, Et de ris et de bonne chiere; 80 De ce n'orent ils pas enchiere.
Ainsi se sirent longuement En ce gracieux parlement.
Mais Amours, ses loyaulx amis, Qui a valeur se sont soubzmis, 85 Volt visiter droit en ce point.
Car alors seurvint tout a point, Non obstant les portes barrées Et les fenestres bien sarrées, Une dame de grant noblesse 90 Qui s'appella dame et deesse De Loyauté, et trop belle yere.
La descendi a grant lumiere Si que toute en resplent la sale.
Toute autre beauté si fut pale 95 Vers la sienne de corps, de vis Et de beau maintien, a devis Bien parée et bien atournée.
Si fu entour avironnée De nymphes et de pucelletes, 100 Atout chappellès de fleurettes, Qui chantoient par grant revel Hault et cler un motet nouvel Si doulcement, pour voir vous dis.
Que bien sembloit que Paradis 105 Fut leur reduit et qu'elz venissent De cellui dont fors tous biens n'issent, Celle deesse a tel maisgnie.
Devant la table acompaignie Vint o les siennes bien parées, 110 Si tenoient couppes dorées, Si comme pour faire en present A celle gent nouvel present.
Adonc fu la sale estourmie, Il n'y ot personne endormie, 115 Tuit furent veoir la merveille, Il n'y ot cellui qui l'oreille Ne tendist pour bien escouter Que celle leur vouloit noter; Chascun se tut pour y entendre.
120 Quant les pucelles a cuer tendre Orent leur chançon affinée Adonc se prist la belle née, Qui d'elles dame et maistresse yere, A dire par belle maniere 125 Ces parolles qui cy escriptes Sont en ces balades et dittes.
Ne plus ne moins les ennorta Et les balades apporta: _Balade._ Cil qui forma toute chose mondaine Vueille tousdiz en santé mantenir Et en baudour de grant leesse plaine Ceste belle compaignie et tenir.
Deesse suis, si me doit souvenir De trestous bons et des bonnes et belles.
135 Pour ce qu'ainsi il doit appartenir Venue suis vous apporter nouvelles.
De par le dieu d'amours, qui puet la peine Des fins amans desmettre et defenir, Present nouvel, gracieux, d'odeur saine, 140 Je vous apport et salus sens fenir, Si m'escoutez et vueilliez retenir: Car je vous di que de haultes querelles, Dont il pourra assez de biens venir, Venue suis vous apporter nouvelles.
145 De Loyauté deesse souveraine On m'appelle, et a mon seurvenir Je ne port pas de discorde la graine, Com fist celle qui Troyes fist bannir; Ains, pour tousjours loyauté soustenir 150 Et pour oster les mauvaises favelles Et les mauvais desloyaulx escharnir, Venue suis vous apporter nouvelles.
_Balade._ Le dieu d'Amours par moy il vous presente Ces roses ci de voulenté entiere, 155 Cueillies sont de trés loyal entente Es beaulx vergiers dont je suis courtilliere.
Si vous mande qu'a trés joyeuse chiere Preigniez le don, mais c'est par convenant.
Que desormais en trestoute maniere 160 Yrez l'onneur des dames soustenant.
Si veult qu'ainçoiz que nullui se consente A recevoir la rose belle et chiere, Qu'il face veu que jamaiz il n'assente Blasme ou mesdit en nesune maniere 165 De femme qui son honneur tiengne chiere, Et pour ce a vous m'envoye maintenant.
Si vouez tous qu'a parolle pleniere Yrez l'onneur des dames soustenant.
Chevaliers bons et tous de noble sente, 170 Et tous amans, c'est bien droit qu'il affiere Qu'a ce veu ci vo cuer se represente; Amours le veult, si n'y mettés enchiere, Mais ne soit pas de voulenté legiere, Car a l'estat de vous appartenant; 175 Et si jurez que jusques a la biere Yrez l'onneur des dames soustenant.
En disant ces balades cy La deesse, sienne mercy, Assist les couppes sur les tables.
180 Dedens ot roses odorables, Blanches, vermeilles et trop belles, Et cueillies furent nouvelles.
Et avecques ce presentoit En beaulx rolez qu'elle gectoit 185 Ceste balade qui recorde A prendre la jolie rose, Que l'en face veu de la chose Qui est en l'escript contenu 190 Et qu'il soit juré et tenu.
Et qui tout ce vouldra vouer Et celle promesse advouer, Hardiement preingne la rose Ou toute doulçour est enclose.
195 Si oyez lire la balade Qu'apporta la deesse sade: _Balade_.
A bonne amour je fais veu et promesse Et a la fleur qui est rose clamée, A la vaillant de Loyauté deesse, 200 Par qui nous est ceste chose informée, Qu'a tousjours mais la bonne renommée Je garderay de dame en toute chose Ne par moy ja femme n'yert diffamée: Et pour ce prens je l'Ordre de la Rose.
205 Et si promet a toute gentillesse Qu'en trestous lieux et prisée et amée Dame sera de moy comme maistresse.
Et celle qui j'ay ma dame nommée Souveraine, loyauté confermée 210 Je lui tendray jusques a la parclose, Et de ce ay voulenté affermée: Et pour ce prens je l'Ordre de la Rose.
Et si merci Amours et son humblesse Qui nous a cy tel semence semée 215 Dont j'ay espoir que serons en l'adresse De mieulx valoir; c'est bien chose informée Que de lui vint honneur trés renommée.
Si defendray, s'aucun est qui dire ose, Chose par quoy dame estre puist blasmée: 220 Et pour ce prens je l'Ordre de la Rose.
Princes haultains, ou valeur est fermée, Faites le veu, bonté y est enclose, L'enseingne en vueil porter en mainte armée: Et pour ce prens je l'Ordre de la Rose.
225 Adonc furent en audiance Levez, et, senz contrariance, Firent tous le beau veu louable Qui est gentil et honnorable.
Quant nullui ne vit contradire 230 La deesse adonc prist a dire Ce rondelet, prenant congié, Si n'y a pensé ne songié: Or m'en vois dire les nouvelles.
Au dieu d'Amours qui m'envoya.
235 De ses belles roses nouvelles Or m'en vois dire les nouvelles.
A Dieu vous dy, tous ceulz et celles Que bonne amour cy avoya, Or m'en vois dire les nouvelles.
240 Quant ce fut dit, lors s'envola Celle deesse qui vint la.
Mais les nymphes qui furent liez De leurs doulces voix deliez Commencierent tel mellodie, 245 Ne cuidez que mençonge die, Que il sembloit a leur doulz chant Qu'angelz feussent ou droit enchant.
Ainsi parti de celle place La deesse, qui de sa grace 250 Ot la conpaignie esjoÿe, Tel nouvelle leur ot gehie, D'elle font feste et de ses choses Et tous se parent de ses roses, Par teste, par braz, par poitrine, 255 En promettant foy enterine, Si comme ou veu est devisé Qu'ilz orent moult bien avisé.
Quant assez selon leur loisir Orent esté en ce plaisir, 260 Chantans, rians a chiere lie Senz dueil et senz merencolie, Partis s'en sont, congié ont pris, Emportant la rose de pris.
Et je qui n'oz pas le cuer noir 265 Demouray en cellui manoir Ou ot esté celle assemblée, Ou je ne fus de riens troublée.
Tart fut ja et saison en l'eure D'aler couchier et bien fu heure; 270 Mais la deesse qui m'ama, Sienne merci, et me clama Sa belle suer de cuer eslit M'ot appresté un trop beau lit, Blanc comme noif, encourtiné Richement et bien ordonné, En belle chambre toute blanche Comme la noif qui chet sur branche; Pour ce l'ot fait, je n'en doubt mie, Que je suis a Dyane amie, 280 La deesse trés honnourée Qui toudiz de blanc est parée.
La me couchay seulette et nue, Et m'endormy. Lors une nue Si m'apparu en mon dormant 285 Clere et luisant; de ce forment Me merveillay que pouoit estre.
De la nue, qui fu a destre Costé du lit, luisant et clere, Comme en esté temps qui esclere, 290 Yssi une voix gracieuse, Trop plaisant et trop amoureuse; Adonc, ou que dormisse ou non, La voix m'appella par mon nom, Si me dist lors: «Amie chiere 295 Qui m'as amée et tenu chiere Toute ta vie, bien le sçay, Car souvent t'ay mise a l'essay, Je suis la deesse loyale De la haulte ligne royale 300 De Dieu qui me fist et fourma Et de ses rigles m'enforma.
Or m'entens, m'amie certaine, Et je te diray qui me maine: Tu scez comment en ta presence 305 Je vins presenter par plaisance Nagueres les roses jolies, Qui en nul temps ne sont palies, De par vraye Amour, qui conduit Ceulx qui de bien faire sont duit, 310 «Qui encor devers toy m'envoye, «Messagiere de ceste voye «Lui plaist que soye par usage, «Et voulentiers fais le message: «Amours se plaint trop fort et duelt 315 «D'une coustume qui trop suelt «Estre en mains lieux continuée, «Bien vouldroit qu'elle fust muée.
«Car elle est male, laide et vilz, «Et vilaine, je te plevis, 320 «Et par especial en ceulx «Qui ne doivent estre preceux «D'acquerir toutes bonnes meurs «Pour plus acroistre leurs honneurs, «C'est es nobles et es gentilz 325 «Hommes qui doivent ententis «Estre a mieulx valoir qu'autre gent; «Bonté leur siet mieulx que or n'argent; «Mais des vilains ne fais je force, «Car ceulx ne font bien fors a force 330 «N'on ne les pourroit amender «Pour leur ennorter ne mander, «Car la condicion vilaine, «Qui pis flaire que male alaine, «Si est trop fort a corrigier; 335 «Trop est fort cil vice a purgier.
«J'appelle villains ceulz qui font «Villenies, qui les deffont, «Je n'entens pas par bas lignaige «Le vilain, mais par vil courage; 340 «Mais cellui qui noble se fait «De lignie trop se deffait «Se sa noblesse en villenie «Tourne, dis je voir ne le nye, «Si font plus qu'autres a reprendre 345 «S'on les puet en vilains faiz prendre.
«Et pour ce diz, ce n'est pas bourde, «Qu'en lait fait n'en parolle lourde «Tout nobles homs, s'il aime pris, «Se doit garder d'estre repris.
350 «Car trop en vauldroit mains senz faille, «Tout feust il bien preux en bataille; «Car la prouesse seulement «Ne gist pas ou grant hardement «D'assaillir ne de soy defendre 355 «Contre aucun qui le vueille offendre, «Car ce sont prouesses de corps, «Mais certes mieulx valent encors «Les bontez qui viennent de l'ame; «Ce ne me puet nyer nulle ame.
360 «C'est vaillantise et grant prouesse «Quant un noble cuer si s'adresse «Qu'en vertus il soit bien propice «Et eschever et fuïr vice «Ne qu'on ne puist trouver en lui 365 «Riens dont puist mesdire nullui, «Se n'est a tort ou par envie; «Car n'est en ceste mortel vie «Homme qui soit de touz amez «Ne de toutes gens bons clamez.
370 «Ce fait Envie qui s'efforce «D'abatre loz, n'y face force «Bon homme ains face toudiz bien, «Car loz vaintra, je te diz bien, «Et s'un tel homme ainsi apris 375 «Peut aussi d'armes avoir pris «Tant que renommée tesmoingne «Qu'en tout bien faire s'embesoingne Et qu'en rien ne soit recreant, Un tel vassal, je te creant, 380 Est bien digne de loz acquerre Se bon est en paix et en guerre, Et juste et loyal en tous cas Et o lui ait pour advocas Courtoisie qui si l'enseingne 385 Que de gentil porte l'enseingne En fait, en dit et en parolle.
Senz orgueil qui maint homme affolle Si ait hault cuer et haulte emprise, Ce n'est pas l'orgueil qu'on desprise 390 Que d'avoir si haultain courage Qu'on ne daingnast faire viltage Et que l'en aime les haultaines Choses contraires aux vilaines.
Telz choses sont appartenans 395 Aux nobles, et que soustenans Soient justice en tout endroit Et toute bonté, c'est leur droit.
Mais pour revenir au propos Pour quoy vins ça sur ton repos 400 Par le commandement mon maistre Amours, qu'au monde Dieu fist naistre, Et de quoy se deult et complaint Et dont par moy a toy se plaint, C'est de la coustume perverse, 405 Qui l'onneur de mainte gent verse, De mesdire, que Dieux mauldie, Par qui mainte femme est laidie A tort et a grant desraison Et maint bon homme senz raison, 410 Qui queurt ores plus qu'onques mais.
Ce fait Envie qui tel mais Apporte d'enfer pour donner Aux gens, et tout empoisonner «Et occirre de double mort 415 Qui a si fait vice s'amort.
Mesdire, qui bien y regarde, C'est tel glaive et si faite darde Que meismes cil qui le balance Occist et cil sur qui le lance, 420 Mais aucunes fois plus blecié Demeure cil qui l'a lancié Que ne fait cil sur qui le rue.
Ou soit en maison ou en rue, Et son ame plus griefment blece 425 Et son honneur et sa noblece Que ne fait souvent l'encusé.
Et tel s'est maintes foiz rusé D'autre qui mieulx de soy valoit Pour ce que son bien lui douloit; 430 Et tel diffame autrui souvent Qui est plus seurpris, je m'en vent, Du mesmes meffait et tachié Qu'il dit que l'autre est entachié; Si est faulte de congnoissance 435 Et d'envie vient la naissance; Car nul ne vouldroit que tel verve On deist de lui, quoy qu'il desserve, Mais chascun puet estre certain Qu'il est un juge si certain 440 Qui tout congnoist et hors et ens, Tout scet et tout est clerveans, Si rendra a chascun desserte De bien ou de mal, chose est certe, Trop font mesdisans a haïr 445 Et leur compaignie a fuïr Plus que de gent bataillereuse.
Plus male et trop plus perilleuse Est compaignie et plus nuysant D'omme jangleur et mesdisant; 450 Qui maie compaignie hante Ne puet que du mal ne se sente, Et avec les loups fault huler Et de leur peau soy affuler.
Et, quant je di homs, j'entens famme 455 Aussi, s'elle jangle et diffame; Car chose plus envenimée Ne qui doye estre moins amée N'est que langue de femme male Qui soit acertes ou par gale 460 Mesdit d'autrui, moque ou ramposne; Et se mal en vient, c'est aumosne A celle qui s'i acoustume, Car c'est laide et orde coustume.
465 Ainçois, quant elles oyent dire Chose qui face autrui dommage, Abaissier doivent le langage A leur pouoir ou elles taire, S'autre chose n'en pevent faire; 470 Car avoir doit, en verité, Doulçour en femme et charité; S'autrement font c'est leur contraire, Car bien siet a femme a point taire.
Mais, pour ce que ceste coustume 475 Court en mains lieux qu'envie alume, Vouldroit bien Amours errachier D'entre ceulz qu'il aime et tient chier, C'est des nobles a qui tel tache Trop messiet, s'elle s'i atache; 480 Car si preux n'est, je l'ose dire, Que, s'il a renom de mesdire, Qu'il n'en soit partout moins amé, Moins prisié et jangleur clamé.
Mais sur toutes autres diffames 485 Het Amours qu'on parle des femmes Laidement en les diffamant, Ne veult que ceulz qui noblement Se veulent mener pour acquerre Pris et honneur en mainte terre 490 Soient de tel tache tachié, Car c'est maufait et grant pechié.
Et pour estrapper tel verjus M'envoya bonne Amour ça jus Atout l'Ordre belle et nouvelle, 495 De quoy j'apportay la nouvelle, Present toy, n'a gueres de temps, Mais encor veult, si com j'entens, Amours que ceste chose soit Publiée comment qu'il soit 500 Et qu'on le sache en maint paÿs A fin que mesdit soit haÿs En toutes pars ou noble gent Sont d'acquerre loz diligent.
Si veult qu'ayes legacion 505 De faire en toute nacion Procureresses qui pouoir Ayent, s'elles veulent avoir, De donner l'Ordre delictable De la belle rose agreable 510 Avec le veu qui appartient.
Mais Amours veult, bien m'en souvient, Que nulle ne soit establie A donner l'Ordre gente et lie S'elle n'est dame ou damoiselle 515 D'onnour, courtoise, franche et belle, Toutes sont belles quant bonté A la beauté plus seurmonté.
Ainsi auras par ce convent Ceste charge d'ore en avant, 520 Si l'envoye par toute terre Ou noble gent poursuivent guerre Aux dames, de qui renommée Est de leur grant bonté semée: A celles veulz et te commande 525 Bonne Amour par moy et te mande Que tu commettes le bel Ordre Ou nulz ne puet par droit remordre.
Et combien que j'aye apportées Les roses qui seront portées 530 Des bons a qui je les donnay, Et de telles assez en ay, Car en mon vergier sont cueillies, Ne veult pas Amours que faillies Els soient es autres contrées 535 Ou telles ne sont encontrées; Car quiconques d'orfaverie D'or, d'argent ou de brouderie De soye ou d'aucune autre chose, Mais que soit en façon de rose, 540 Portera l'ordre qui donnée Sera de la dame, ordonnée De par toy pour l'Ordre establir, Il souffist; et pour acomplir Ceste chose voicy les bulles, 545 Ou monde n'a pareilles nulles, Si tesmoing la commission.
Cil Dieu qui souffri passion Te maintiengne toudiz en l'euvre D'estude qui grant science euvre 550 Et t'otroit son saint paradis, Je m'en vois et a Dieu te dis.»
Adonc est celle esvanoÿe.
Je m'esveillay toute esbahye; Ne vy ouvert huys ne fenestre, 555 Merveillay moy que ce pot estre; Si me pensay que c'estoit songe, Mais ne le tins pas a mençonge Quant coste moy trouvay la lettre De la deesse au royal sceptre 560 Qu'elle mist dessus mon chevet Coste moy, puis volant s'en vet.
Par grant entente prises ay Les bulles et moult y musay, Car j'avoye lumiere d'oile.
565 Je me levay et la chandoile Alumay adonc senz tarder Pour mieulx la bulle regarder.
Mais oncques ne vy en ma vie Si de beauté lettre assouvie, 570 Merveilles os, je vous plevy, De la grant beauté que g'i vy.
Estrange en est moult la maniere: Le parchemin de fin or yere Et les lettres furent escriptes 575 De fin azur, non trop petites Ne trop grans, mais si bien formées Que mieulx ne peust, non pas rimées Ne furent, mais en belle prose La contint l'Ordre de la rose.
580 Le laz en fu de soye azure, Et le seel de belle mesure Fut d'une pierre precieuse Resplandissant et gracieuse: Le dieu d'Amours fut d'une part.
585 Les piez ot sur un liepart, De l'autre part fut la deesse, De Loyauté dame et princesse.
Les empraintes moult merveilleuses En furent et trop gracieuses; 590 Et bien sembla de si bel estre Que n'estoit pas chose terrestre.
Si leuz la lettre senz y point Faillir et notay chascun point.
Lye fuz de la vision 595 Et d'avoir tel commission; Car combien que je ne le vaille Ay je desir que nul ne faille, Et pour ce moy, qui suis commise A ce, ne doy estre remise 600 De faire si bien mon devoir Que je n'en doye blasme avoir.
Et pour ce ay je fait ce dictié Ou j'ay tout l'estat appointié Et mis la fourme et la maniere 605 Comme il avint et ou ce yere, A fin qu'on le sache en tous lieux.
Si soient tous jeunes et vieux Desireux d'estre retenus En l'Ordre, maiz n'y entre nulz 610 S'il n'en veult bien son devoir faire, Car il se pourroit trop meffaire.
Aussi aux dames amoureuses Qui de tout bien sont desireuses, J'entens de l'amour ou n'a vice, 615 Mal, villenie, ne malice, Car quiconques le die ou non En bonne amour n'a se bien non, Et a celles generaulment Qui aiment honneur bonnement, 620 Soit en ce regne ou autre part, Qui ont les cuers de noble part, De par la deesse je donne Le plain pouoir et habandonne De donner l'Ordre gracieux 625 A tous nobles et en tous lieux Ou bien employé le verront A ceulz qui avoir le voulront; Mais s'aucun le prent et le jure Et puis après il s'en parjure 630 Cellui soit tenu pour infame, Haÿ de tout homme et de famme, Car ainsi le veult la deesse Qui ceste chose nous adresse.
Si feray fin, il en est temps, 635 Priant Dieu que aux escoutans Et a ceulz qui liront mes dis Doint bonne vie et paradis.
Escript le jour Saint Valentin Ou mains amans trés le matin 640 Choisissent amours pour l'année, C'est le droit de celle journée.
De par celle qui ce dictié A fait par loyale amitié, S'aucun en veult le nom savoir, 645 Je lui en diray tout le voir: Qui un tout seul cry crieroit Et la fin d'Aoust y mettroit Se il disoit avec une yne Il savroit le nom bel et digne.
EXPLICIT LE DIT DE LA ROSE.
_Ce poème ne se trouve que dans les mss. de la famille B._ 26 B1 Present 46 B1 m'aime.
78 B1 p. goust.
163 B1 Qui f.
216 B1 ceste c. i.
338 B1 baz.
345 B1 le p.
503 B1 lez d.
NOTES LE DIT DE LA ROSE Petit poème inédit, quelques vers seulement ont été donnés par Paulin veut parler ici de l'hôtel du duc Louis d'Orléans. Cette demeure avait porté successivement les noms d'hôtel de Flandre, de Nesle, de Bohême et d'Artois, jusqu'à l'époque où le roi Charles VI l'acheta de Marie de Chatillon, veuve de Louis d'Anjou, pour la donner à son frère alors duc de Touraine (1388). Le duc d'Orléans augmenta considérablement l'importance primitive de l'hôtel, en y réunissant plusieurs maisons situées du côté de la rue Coquillière et de la rue des deux Écus et en y ajoutant encore l'hôtel du Grand Maître des Arbalétriers qui donnait sur la rue de Grenelle, de nombreuses cours et de vastes jardins étaient également compris dans cette propriété qui devint bientôt l'une des plus belles résidences de Paris[1]. Christine, qui devait souvent habiter chez le duc Louis, aimait à retracer les fêtes et réjouissances splendides auxquelles elle pouvait assister de temps à autre. La description qu'elle nous donne au commencement de son Débat de deux Amants, ne peut évidemment s'appliquer qu'à l'une des magnifiques réceptions de son puissant protecteur; son poème du dit de la Rose a aussi pour sujet une réunion toute intime des officiers de la maison du duc Louis, réunion que l'on pourrait peut-être supposer imaginaire, mais qui à notre avis a dû certainement avoir lieu. Nous croyons donc intéressant de donner ici les noms des officiers qui faisaient à cette époque partie de la maison du duc, et qui ont pu pour la plupart assister à la joyeuse assemblée à laquelle Christine fait allusion. L'intéressant travail de M. Jarry sur la vie politique de Louis de France[2] et la collection de Bastard nous ont permis de reconstituer la liste suivante: Guillaume de Bracquemont «_mareschal de guerre_».
Robert de Bracquemont.
Jean de Trie, maréchal.
Arnaud Guilhem de Barbazan.
Guillaume du Chastel, Archambaud de Villars.
Clignet de Brebant.
Guillaume Bataille.
Yves de Karouis.
Guillaume de la Champagne[3].
Pierre l'Orfèvre, chancelier du duc.
Jean de Craon, chambellan.
Henri, comte de Saumes, _id_.
Le Sire de Beaussant, _id_.
Le Sire de Ferrières, _id_.
Jean de Dreux, _id_.
Jean de Béthune, _id_.
Pierre de Wisque, sire de Rasse, _id_.
Philippe de Florigny, _id_.
Guillaume et Raoul de Laire, _id_.
Jean de Miraumont, _id_.
Alain de Beaumont, _id_.
Guy de Nesle, seigneur d'Offémont, _id_.
Olivier de Mauny, _id_.
Guillaume de Coucy, seigneur de Montmirail, _id_.
Gadifer de la Sale, _id_.
Jean de Saquainville, dit Sacquet, seigneur de Blarru, _id_.
Amaury de Lignières, _id_.
Jean des Mousures, seigneur de Morvilliers.
Guillaume de Meulhon.
Jean de Garencières.
Jean de Roussay.
Jean de Bueil.
Yves, seigneur de Vieuxpont.
Aubert de Cany.
Raoul de Saint-Remy.
G. de Fayel, dit le Bègue.
Robert de Cadillac.
Jean de Tillières.
Robert Ryout, maître d'hôtel.
Jean Bracque, _id_.
Le poète Eustache Deschamps, _id_.
Enguerrand de Marcoignet, _id_.
Jean Prunelé, chambellan, depuis le 24 août 1400 gouverneur de Charles d'Orléans.
Ogier de Nantouillet, premier écuyer de corps.
Hector de Pontbriant, écuyer d'écurie.
Olivier Ferron, _id_.
Bertrand du Mesnil, écuyer.
Guy et Jacques de Renty, _id_.
Jean de Coutes, dit Minguet, _id_.
Pierre Paviot, écuyer, échanson.
Robert de Villequier, écuyer tranchant.
Richard de Mainemaires, dit Bellegarde, pannetier.
Denis Mariete, argentier.
Raoul de Baubigny, huissier d'armes.
[1] Lebeuf, _Hist. du dioc. de Paris_, édit. Cocheris, t. I, p. 131 et 265, et Bonamy dans les _Mém. de l'Acad. des inscr._ XXIII, p. 262.
[2] Jarry, _Hist. politique de Louis de France, duc d'Orléans_, Paris, 1889.
[3] Ce chevalier et les six qui précèdent furent les champions français au combat du 19 mai 1402. Christine a chanté leur victoire (voy. tome I, p. 240 et 305).
LE DEBAT DE DEUX AMANS CI COMMENCE LE DEBAT DE DEUX AMANS Prince royal, renommé de sagece, Hault en valeur, poissant, de grant noblece, Duit et apris en honneur et largece, 4 Trés agreable Duc d'Orliens, seigneur digne et valable, Filz de Charles, le bon roy charitable, De qui l'ame soit ou ciel permanable, 8 Mon redoubté Seigneur vaillant, par vostre grant bonté Mon petit dit soit de vous escouté, Ne par desdaing ne soit en sus bouté 12 Par pou de pris; Si ne l'ait pas vo haultece en despris Pour ce que j'ay pou de savoir apris, Ou pour ce qu'ay faible matiere pris 16 Et hors l'usage De vo bon sens qui n'escoute language Qui tout ne soit trés vertueux et sage.
Mais a la fois point ne tourne a domage 20 A ouïr choses De divers cas en textes ou en gloses, Et meismement ou matieres encloses Joyeuses sont, soient rimes ou proses; 24 Et par ouïr Choses qui font par nature esjouïr On fait souvent tristece hors fouïr.
Car trop grant soing tolt souvent a joïr 28 Cuer occupé D'avoir soulas, quant trop envelopé Est es choses ou il s'est entrappé, Ne corps humain, tant soit bien attrempé, 32 Ne pourroit vivre Toudis en soing; et j'ay leu en un livre Que quant David, qui la loy Dieu voult suivre, Vouloit estre de tristece delivré, 36 Lors de sa lire Moult doucement jouoit, et souvent l'yre Il rapaisoit de Dieu; et ouïr lire Choses plaisans font souvent joye eslire 40 Aux escoutans.
Si n'est nul mal et en lieu et en temps Lire et ouïr de choses esbatens.
Et pour ce, Prince excellent, mal contemps 44 Vous ne soiez De moy pour tant s'ay desir que voiez