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NOUVELLE ÉDITION.
A P AR I S, Chez CAILLEAU, Imprimeur - Libraire \ rue GaJande * vis-à-vis de la tUfi du Fouarre.
M. Dec. LXXXV.
r FERS O N NAGE S.
Monfieur D'O k B'E § SON, Pété de Faniille.'
Beau-Frere du Père de Famille.
j une Jeune inconnue.
G E tCUEV T.LV Rlscfe feu Monfieur dé * * *; un Âmi du Pere de Famille.
Monfieuc LE B O K, Tntendant de la Maifon.
HadeiuoiMe CLAIRET, Femme-de-Chambre de Cécile. _ £> £ S C H A. M.S. S y Demeftique. de Gefmeail, Autre* DOMESTIQUES de la Maifon. Madame HEBERT, Hôtefle de Sophie. Madame PAPILLON, Marchande à la Toilette. Une des O U..V R I E R E S de Madame PapUlon. M. * * *. C'eft un pauvre honteux. UN PAYS A^N. UN EXEMPT.
iÉkèi la Sçcne ejl à Puris dans laMaifon du Ptn dx Famille.
LE PERE DE FAMILLE,', £( Tkiâtrt Ttpriftntt unt Salie dt Comptante, dicgréi dt T^pifiriei, Glaces, Tailtaux, Pendules, &c. Cefi uUt du Père d( Famiffe. La nuit ififort avancée. Ilefi entre cinq & fix heures da matin.
SCENE PREMIERE.
LE PERE DE FAMILLE, LE COMMANDEUR. CÉCILE, GKRMEUIL.
Sur U devant it la Salit, on vnii lePcri di Famillr aaift premtfit i Ml Uiui. Jl 4 U tlu itipt.II! bru craifit (ri-air itHU-i-rfalt ptnfi^. Ûiptu {«rfeMiti vtri là ■ cheminée, oui tjl i fua il, cCii, dt la Salit, U CommaiOitm &fà M»(/iM(u«ï partilde Triarac. DerrieriliCamiH*adtllr,KtfHâptflpl4lfyfi*,Gtrgt*éd^ M, _ ON Oncle. qo'avei-vouïl Vot» mepflroMec inquiej t LE COMMANDZVR, an /agitant dans fotlfiikinift Ce n'eft rien, ma Nièce. ee n'SR lien. Les ioagies fint fur U fioiitt définir & le CvmmMiear dit i Germtsff, Monfieur, voudriez-vous bien Conntr, Germeuii vafonner. Le Commandeur fqijit et moment pàdr dtpfaétt^fin - fauteuil ii le tourner en face du TrifiraaGirmtuilrevitnt,rtmetfon fauteuil comme il itpit, & It Comrnapdfifr 4.it SH Laquais ^ai titttti • Des Bougies.
Cependant la partie dt TrïSrae /avanee. Le Cmmtandear d fit Ntéci • jouent alttmativtmenf & nomment leurt dez.
LE COMMANDEUR. Six, cinq.
U n'eft pas mitSeureux.
lecommandeur.
Je couvre de l'une 8e ieoaffe l'autre.
*C eC I.l-E. Et moi. ffloi» xbeiQDcle > je tnaniue £x points d'ccole* Six points d'école...Aij 4 LE PERE DE famille; LE COMMANDEU K^àGermeuiL Mcniieur, vous avez la fureur de parler fur le jeu.
CECILE. Six points d'école.*.
CECILE. Six & quatre que i'avois font dix.
LE COMMANDEUR, toujours k GermeuiL Monfîeur > ayez la bonté de vous placer autrement, & vous me ferez plaifir.
E, SCENE II.
XE PERE FAMILLE, LE COMMANDEUR, CECILE, GERMEUIL, LA BRIE.
LE PERE DE FAMILLE. ST-cE pour Ieuri>onheur» eft-ce pour le nôtre qu'ilsfont nés?...Hélas, ni l'un ni l'autre! la Brie vient avec dej Bougies, en place oh il en faut, & lorJqvUil efi fur le point définir, le Père de Famille Rappelle. Là Brie.
LA BRIE. Monfieur.
LE PERE DE FAMILLE.
Aprh une petite paufi, pendant laquelle il a continué de rêver & de fe promener. Oâ eft mon fils?
LEPEREDEFAMILLE, 'A quelle heure 1 ^ LE PERE DE FAMILLE, encore unepaufe. Et vous ne favez pas oiï il eft allé?
LE COMMANDEUR. Le coquin i n'a jamais rien fu. Double deux.
CÉCILE.- Mon cher Oncle, vous n'êtes pas à votre jeu, LE COMMANDEUR, ironiquement & hrufquement» Kla Nièce, fongez au vôtre.
LE PERE DE ¥AMlLLE,à la Brie toujours en fe promenant. Il vous a défen4u de Iq fuivte? * LA BRIE, feignant de ne pas entendre.
Monfieur?
)rii,^ LE COMMANDEU R, U ne répondra pas à cela. Ternc« V COMÉDIE. f liE PERE DÉ FAMILLE, toujours en fe promenant & rhanu Y a-t il long-tems que cela dure?
LA B R I E 9 feignant encore de ne pas entendre,, Kionfieur \ ' LE C/O M M A N D E U R. Ni à cela oon plus. Terne encore. Les doublets me poutfuivcnt.
.LE PERE DE FAMILLE. ^ Que cette nuit me paroit longue!
( A GermeuiL ) Riez, Monfieur. Ne vous contraignez pasw La Brie eft forti; la partie de Triéirac finit 5 ie Commandeur, Ceciie & Germeuil s'approchent du Père de Famille.
S C E N E I I I.
LE PERE DE FAMILLE, LE COMMANDEUR, CECILE, GERMEUIL.
Eà LEPÉREDEFAMILLE.
'^ Ans quelle inquiétude il me tient! Où eft il? Qu'eft-ii devenu? ' LECÇMMANDEUR. Et qui fait cela?...Mais vous vous êtes aflez tourmenté pour ce • foir. Si vous m'en croyez, vous irez prendre du repos. LE PERE DE FAMILLE. Il n'en eft plus pour moi.
LE COMMANDEUR. Si vourl'avez perdu, c'ett un peu votre faute, & beaucoup cet- le de ma foeur: C'étoic, Dieu lui pardonne » une femme unique pour gâter fes enfans. ' Mon oncle.
CECILE.- Mon oncle.
LE COMMANDEUR. Si vous en êtes fous à préfent qu'ils font jeunes, vous en fcrc* martyrs quand ils ferontjèrands.
CÉCILE.
Monfieur d'Auvilé.
.LEPEREDE FAMILLE. II ne vient point I.
^ LE COMMANDEUR, il ne s agit pas de foupîrer, de gémir, mais de montrer ce qi*^ < vous cits. Le teros de la peine tft arrivé. Si vous n'avez- pu prévenir, voyons du moins fi vous faurez la fupportcr. Emt pous, j'en doUWi-K: _. lap^^ndtdeJbnnefiH heurnsu Mais, voilà fix heures ^uifonneat...Je me fens las...J'ai desdoà^ karsdansles jambes comme fi ma goutte vouleit me reptenéreJe ne irous fuis bon à rien. Je vais m'envelopp er de ma robe^de- chambre^ & me jeter dans un fauteuil. Adieu, mon frère**, entendez- vous ^ LE PERE DE FAMIL LE. 'Adîeu, Monfieur.
LE COMMANDEUR, m /e/i alUnt. La Brie.
LA B B. lE, du dedans.
Monfieur.
LE COMMANDEUR.
Eclairez- moii&quand mon neveu fera rentré, vous vîendwtm'avertîr.
M, SCENE IV.
LE PERE DE FAMILLE. CECILE,* GERMEUIL.
LE PERE DE FAMILLE, 4tprès s'être encore promené triftement, >A fille y c'eft malgré ntoi que vous avez pafie la nuit» C E Ç ILE.. Mon père, j'ai fait ce que j'ai dû.
LE PERE DE FAMILLE. Je vou$ fais gré de cette attention ^ ms(is je crains que vous n*ea foycz indifpofce. Allez- votis repofer.
CECILE. Mon père, il eft tard. Si vous me permettiez de prendre à votre ' famé l'intérêt que vous avez la bopté de prendre à la mienne...- LE PERE DE FAMILLE. Jd veux refter. Il faut que je lui parle.
CECILE. Mon frère n'eft pFus un enfant.
LE PEllE DE FAMJLLE. Et qui fait tout le uial qu'a, pu apporter vnie nuit?, LE PERE DE FAMILLE. Je Tattendrai. H me verra.
En appuyant Hndrement fes mains fur Us Iras de fa fille* ittlez, ma fille, allez. Je fais que vous m*aîmcz, Cécile fort, Germeuil fe difpofe à h fuivre 5 mais le F ère de famille le retient 4f lui dit. Germeuil, demeurez.
SCENE V.
LE PERE DE FAMILLE, GERMEUIL.
La marehe de cette Scène efi lente.
- LE PERE DE fl\MiLLE,eommes*ilJtoit/euL regardant aller Cécile.
' ÇOR cariâer« t cout-à-faic changé. Elle A^a piu^ fa gaieté, fa ' ^ vivacité, fiss charmes s'effKont...Elle:fouffre. Héhs, depuis que j'ai per^lii ma temmt te ^pio moii&cfc s'eft éuUi cbex fBoi, le v.
bortheor t'en eft éloigné ^.. Quel prix il met à la fortune qull fait anendre à mes enfans. Set vues ambicieufes ^ & Taucorité qu'il a prife dans ma maifon, me devieiioefic de jour eu jour plus impor- tunes...Nous viviOit^ dm% la paii & dam l'union. L'humeur^ iiH <)uieté & tyranniqufc de cet homme nous a cous (eparés.M Mais le jour eft prêt à paroicre » & mon fils ne vient point!...Germeuil. d'amenume il rempllmtoanie. Je t^e puis plus fupportet moaétat«i% GERM.EUIL. Vous, Monfieur 1 LEPERE DEFAMILLE. Qui i Germeuil.
LE PEREDE FAMILtB, Aucun.,.. Mot! anii, les laribûr d'tfh père eoulent fouvent ei^ Xeeret. ( Il/oMpirt » ilpUun, ) Tu Vois, les miefiots...je te moBtro ^a peine.. G £ R M E U I L.
>ieiifieur, que fai^-il que je fafie 1.
GERMEUIL. Ordonnez^ . Je tiVdonnef ftirpoii^n ^^ prierai. GecmeuiL.* Si je n'ai rien ^f^ Îné po«ilr te ftuvev de l'infortune » & remplacer un père à ton égard^ je t'ai chérie fi je t'ouvre aujo^^rd'hui mofn €«ttf) lecoonois mef ^ieafâiis > & iré^ouds à ma confiance* Ne Tais- tu rien de mon gis!^...Tu es (ou ami % mais ta dolf être auffi le mien...Parlé...Rends-moi le repos ^ ou açhevçdem« l'ôter...Ne faii-tu fiai di mon fiU f GERMEUIL. Non % Monfieur ^ oidoimez.
LE PERE DEFAMILLE. Tu es un* homme vrai, 8t je te crbiis $ m^is vols combieo toif k nora nce doit ajouter i mon inquiétude...Quelle èft la conduite de mon fils, puifqa'il la^dérobe au feul homme qu'il aime i Gct*t meuil je tremble qub ctft enfant..; GERM&UIL. Vous étespefe; un père eft toujours prompt à s'atarmen LE PERE DE FAMILLE. Tu vas juger il naa craif^te eft précipitée* Dis- moi ^ depuis un temps n'as*ttt pas remarqué combien il eft changé % G E R M E U I L., Oui| mais c'eft enbieoii II ejft moins curieiui dans Tes cbevauzi fes gens « (on équipage » moiof recherché djKis fa pamre: Il o'9 5his aucune 4e fes fjio|j|îfîes que ypu^ lui reprochiez: U a pri$ ea égoât les diifipations dé fon ag^f U imbê comphnfaos, fes 8 LE PERE DE FAMILLE; ■ firivolés amis: tl aime à palTer les journées retiré dans ion cabinet: -II lit; il écrit; il penre:Taat mieux. Il a fait de lui-même ce que vous en auriez tôt ou tard exigé.
LEPEREDE FA MILLE. ^ Je me difoîs cela, comme toi $ mairj^norois ce que je vais t'ap- 1>rendre...Ecoute...Cette réforme dont, à ton avis, il faut que *teme félicite ^ & ces abfences de nuit qui m'effrayent...G E R M E U 1 L. Ces abfences & cette réforme f - -'Ceîa eft. Hélas/ le défordre ne m'eft connu que depuis peu, mais il a duré...Arranger & fuivre à la foisMeux plans oppofés » l'un de régulari té j l'autre de déreglementqu'il remplit la nuit^ voilà ce q *^ m*accable...Que malgré fa fierté naturelle, il fefoit abaiffé jufqu'à corrompre des valets; qu'il fc foit rendu maître des portés de ma maifon s qu'il s'échappe feul » à pied, toutes les nuits » par toute forte de temps,,à toutes heures^ c'eft^peut- être plus qU^aécuÀ père ne puifle fouffrir > & qu'aucun enfant de fpn âge n'eût ofé...I)4aîs avec une pareille conduite « affeâer Tattention aux moindres tievbirs«rauftéritédans les principes^ la réfervc dans le dîArours; ie ^oât de la retraite, le mépris des diftraftiotis...Ah! moiiaml..^ S'iln'étoit que vicieux, je n'en défefpéreroii pas. Mais Vil jouei, les mœurs ^ la venu...^ , En effet, je n'attends pas cette conduite; mais je connois votre fils; Là faufleté eft de tous les défauts le plus contraire à fon ca* L£ PERE DE FAMILLE. - U n'en eft point qu-'dn ne prenne bientôt avec les méchans; & maintenant^a^ec qui penfe-tu qu'il vivei...Tous les gens de bien dorment quand il veille...Ah! Germe^il...Mais il me femble que f eiitejBds quelqu'un...C'eft lui peut-être...Eloigne-toi.
s C E N E V I.
Ils' avance vers Pendroitoli iid entendu marcherM écoutèy&dit triJlemeHt» JE n'entends plus rien. II fi promené un peu, puis il dit: Affeybns nous. Il cherche du repos, // nen trouve point, ^ il dit t Je ne faurois...Quels preflencimens s'élèvent au fond de mon ame, s'y fucccdent & l'agitent /...O cœur trop fenfible d'un père! né peux-tu te calmer un moment?...A l'heure qu'il eft, pciit-ctre, il perd fa fanté...fa fortune...fes moeurs...Que fais-fe! fa vie...fon honneur...le mien. •. ( Il [e levé brufyuemcni, fi^ dit; ) Quelles idées me poucfuivent ^ SCENE SCENE VI L LE PERE DE FAMILLE. UN INCONMU.
Tandis que te Père de famille erre accablé de trijlêjfe, entre un inconnu vêtm comhie un homme du peuple, en reàingone & en vefte, les bras cachés fous fa rtdin' gotte tf le chàpèàu rabattu & enfoncée fur Its y eux, il s* avance a pas lents \ ilparoît ' plongé^ doits la peint & la rUfèrie, il traverfe fans appercevoïr perfoAnè, LE PERE DE FAMILLE, quile voit venir k lui, ratttnti -, ^arrête Q' par le iras, if lui dit: VI êtes-VOUS? Où allez-vous? ( V inconnu point de réponfii\ LE PERE DEFAMIL LE.
Qbî êtes- vous î Où allet-vous? {Vintonnu -y point de répùnft ertcof^^ LE PERE DE FAMÏLLE reUvt Unttment le ckàptau.
dé rifrconHu ^ recofmoît fon fils & s* écrie?
les voilà donc accomplis...^ Ah! • ^.
Il poi^e des accens doultrureuSe, il s'éloigne, il revient, il dit i Je veux lui parier. *. Je tremble de Ttsutendre...Que vais- je 1^ SAINT* ALBIN* ^^loignant dtfonPere, Ùfoupirànt de douîewt.
SAINT-ALBIN, siloîgnant encort. Jfc fais défefpéré.
SAINT -ALBIN revenant fi s'àdfèffuht kjm^trt. Ellepleure.EII(Bfoupire. Elle fonge à s'éloigner;& fi elle s^éloigne îè fuis perdu; LE PEftE DE FAMILLE.
Qui? elle? ^ Sophie. • • Ndn « Sophie » non. ■•.; Je périrai plutôt.; \ LE PERE DÉ FAMILLE* Qui eft cette Sophie I S A I N T ^ A fc Ë! N.. - Elle eft ^auVre, elle cft ignorée, elle habite lih réduit bbfcur. j^ • voudroiis vivre H mourir ^ duliai-je être méconnu, méprifé du rcfte delà terre* Jiccrbyois avoir aiibé. Jcttie troniipois;.. C^cft àpréfent ^ue j'aime...( enfaififant la main de fin père.) Ouï; J'aime pour la \ premiete fois. LE PERE DE FAMILLE.
VqUs Vous jobet dé môb ihdu1gènce&: de ma peine. Malhîurëiix» làiflez- U vos ejttraVagancÊs. Regardez-vous, & répandez -moi. ' Qu'eft-ce que <:et indigne traveftiffement? Que m'annohccht-il î S A i N T - A L B I N. Ah! ftioh ptxt c'eft à cet habit que je dois mon bonheur^ ma So* phîe, ma vie. LE PERE DE CAMILLE» Comment? Parlez. *.
SAîNT-AtËtNt. il a fallu me rapprocher de f^h état« A a fallu lui ^férober mon rang ^ dévenir fon égal la LE PERE DÉ fAMÏttii^ LE PERE DE famille/ S A I N T. A L BFN. Mon pcre vous me voyez à voj pieds; viwfe fils n'cft paj în^ digne de vous, mais il va périr, il va perdre cîcHe qu'il chérit ad- dclà de la vie 5 vous feul pouvez la lui conferver. Écoutez-moL A côte de ce réduit...il y en avoit un au^i*e.
S A I N t - A L B I N- Je le loue, j'y fais porter les meubles qui conviennent à on îndî^ gent, je m'y loge & je deviens fon vOifin fous le' nom de Sergî, & fous cet habit...LEPEREDEFAMïLLE.
, Ah, je refpirc!-, Grâces à Dieu, du moins je ne vois plus en!$t qu'un înfenfé. Revenez à vous, & fongez à mériter, pafr une en-. tiere confiance > le pardon dç Votre conduite. Mon père ^ vous faurez tout. Hélas! je n'ai que ce moyen pouf VOUS flécfhir...La première fois* que je la vis, ce fot à iISglife. Elle étoit à genoux aux pidds deft Autels > auprès d'une femme âgée « que je pris d'abord pour fa meré. Elle attachoit touis les regards.^, quelle modeftie! quels charmes!.. « Noo ie ne puiïs vous rendre l'impreflion qu'elle fit fur moi. Depuis cet inftant» jene penfai^ je; ne rêvai qu'i elle. J'en perdis la gar'eté/lafanré, le repos. J'allois f>ar»toutoù j'efpéroisde la revoir. Je languiflois,je périffois^, vous e favez, lorfque je décôuvtis que cette femme âgée qui l'aceom- pagnoitfe nommoit Madame Hebevt >& que reléguées toutes deux a un quatrième étage^ ellesy vivoient d'une /Vie miférable*.. Vou$ avouerai- je les efpérances que je conçus alors I Que j'eu^ lieu d'en. rougir, lorfque le Clelm'eûl iÀfpiré de n/értiblir à côté d'elle!...Ah! mon père y il faut que tout^ce qui l'approche dçvieiUle. honnête»; ou s'en éloigne». •, Voul ignorez ce que je: dois à S0ph{e » vous l'ignorez. •• Elle m'a changé. Je ne fuis plus œ q^ile ji'étois...Dès^ les premiers infians les défirs hdnteûx (bïthent dé mon ame, je devins timide; de jour en jour je lé devint davantage, &bienr$s il ne me fut pas plus Hbre d'attenter à fa vartu,- qo'à fa vie.
LE PERE DE FAMILL E. Et que font ces femmes? quelles font lôurs reffoutce^ ) Ah! fi vous connoiffiez la vie de ces infortunées! imaginez que leur travail commence avant lé jour, & que fouvent elles y paflen^ les nuits. La Bonne file au rouet. Une toile dute & groffiere eft entre les doigts tendres & délicats de Sophie, & les blefle. Ses J^eux > les plus beaux yeux du monde > s'ufent à la lumière d'une ampe. Elle vit fous un toit, entre quatre murs tous dépouillés. O. Ciel /quand tu la formas, étoit ce U le fort que tu lui deftinois?
LE PERE DE FAMILLE. Et comment eûtes-vous accès?.Soyez vrai.
auprès d'elles « je oç cherchai point d^abord à les voir; mais quand je les rencontrons en defcendant, en montant, je ]<sfaliu)j[$ avec refpe^t. Le foir quand jerentrois (car le jour on me croyoit à mon travail) j'allais dopc^nnuent frapper à leur porte, & je leur demandois les petits feryices qu'on fe rend entre voifîns. Peu-à-pfi,u elles refirent à moi. Elles prirent de la confiance. Je m'offris à les fervir dans des bagatelleci. Par exemple, elles n'aimoient pas à fif^- tir la nuit, j'allois & te venois pour elles.
LE PPRE DE FAMILLE.
Que de mpuvemens 8c de foins 1.& à quelles fins î Ah! fi I^ Kt^ns de bien«...Continuez.
Un jour j'entends frapper ^ ma porte; c'étoit la JBonne: j'ouvre; elle entre fans parler, s'afiied, & le met à pleuier; je lui deman-* 4e ce qu'elle a: Sergi, me dit elle, ce q'eft pa$ fur moi que j^e pleure. Née dans la mifere, y y fuis faite; qaais cette enfant me défoie...Qu'a-t-elle? Que vous cft-il arrivé?..^ Hélas! répond h Éonne, depuis huit jours noi^s n'avons plus d'ouvrajge de noii$ fommesfur le point 4^ manquer de tout; Ciel! m'écriai- je, tenez.
allez, courez; api-è^ cela...Je me renfermai, & l'on ne me vit plus. LE PERE DEFAMILLE.
J'entends. Voilà le fruit des fentimens q^'on leur infpire. Ils ne Servent qu'à les rendre plus dangereux..
SAINT-ALBIN.
SAINT-ALBIN.
On s'apperçut de mja retraite > 9^ fe m'y attendols. La Bonne Madame Hébert m'en fit des reproches. Je m'enhardis. Je Tinter- fogeai fur leur fituatîofi. Je peignis la mienne cotnme il me plut. Je propqfai d'aflbcier notre indigence, & de l'alléger en vivant en commun. On fit des difficultés. J'infîflai, tic l'on coqfentit à la fin. Jugez de ma joie / Hélas! çlle a bien peu duré; & quifait combien ma peine durera.' Hier j'arrivai à mon ordinaire. Sophie étoit feule. Elle avpit l^s coudes appuyés fur fa cablp ^ & la tête penchée fur la main. Son ouvrage étoit tombé i fes pieds. J'entrai fans qu'elle m'entendît. Elle foupiroit. Des larmes s'échappoient de fes yeux» Je me jetai à fes genoqx l Sophie, lui dis- je, vous pleurez! Qu'avjcz-vous î Ne mpçélez pas votre peine. Parlez- moi, de gracel î^auvre Sergi! malheureqfp Sophie! c'eft tout ce qu'elle put dire. Cependant j'avoi^ t^aiffé ipo^ vifa^ fur fes genoux « & je les mouii- lois de me^ larmes. Alors la Bonne rentra. Je pie lève. Je cours ^ elle. Je l'interroge. )c revieas è Sophie. Je marche dans la cham- bre fans favoîr ce que je fais. Je m'écrie douloureufement, c'eft fait de ipoi. Sophie, vous voulei^nous quitter} c'eft fait de moi. A ces mots, fes pleurs redoublent, elle retombe fur fa table, comme je l'avois trouvée. C^tte fcene de douleur a duré toute la nuit. A i'hçure <}ue Je trayi^jl e(l cenfé m'appeller, \ç fuis forti, &ic me retirois itl accablé de ma peine* MoD peie« Il LIUPEKEDEFAMIUS: LE PERE DE FAMILLE, Que vous mettrez le comble à tout ce que vous avez fait poi|r ' moi depuis que je fuis; que vous verrc^ Sophie; que vous lui ps^rn ' Icrcz..^ t E PERE DÉ |^ A M I L L E. ".
Jeune infçofé t...Et favcz-vous qui elle eft l Ç'çft-là (oix fcçret. Mais fcs moeurs, fes fentîmens, fes dîf? A cours y n'ont rien de conforme à fa condition préfente. Si vo^ voyiez fon ingénuité, (4 dpuçeur, fa modeftie...Vous vous fouve- nez bien de m.a mère..* Vous foupirez. Eh bien ^ c'e(| eiiç. J^on père, voycz-Ià \ & fi votre fils vous a die un mot...LE PERE DE F A M I L L E. Et cette femme che^ qui elle e(^, ne vous a rien apprît?
S A I N T - A L B I R Hélas! elle eft aufliréfervée que Sophie. Ce que j'en ai pu.t!reiii^ ç'eft que çetçe je^ne perfonne eft venue de Province ithplorer l'afliÇ'* cance d'un parent « qui n'a voulu ni la voir, ni la fecourir* SAINT-ALBIN, avec vivacité. Moi » mon père \ je o'ai pas même entrevu dans l^avenir Iç momi^nt pù je l'oferoîs.
LE PERE DE FAMILLE.
Et fur qupi l ^ ^ SAINT- ALBIN.
Sur des çbofes légeijes. qui fe fentent mieux qu oJX ne les ^îr, P^tT exemple * elle prend intérêt, à tout ce qui me touche. Son vilagç «'éclaircït à mon arrivée / fon regard s'anime. J*ai cru quelquefois qu'elle m ^ttendojt. Souvent elle m'a plaint d'un travail qui prenoiç. toute ma iournce. Je ne doute pas qu'elle n*aic prolongé le ^cxk àans la nuit pour m'arrêter plus long-temSt S A I N T - ALB IN.
Tout. LÉ PERE DE FAMPLl-E^ aprh unp^pau/i.
Vous la verrez? Ah! mon père, vous la verrez?•.. Mais fongex nue le tems preffe...l-E PEftp DE FAMILLE.
COMÉDIE. ii SCENEVIII.
DLE PEJl^ DE FAMlLtE, feuU £ rbofioêrete ^ des veriut i de l'indigence, de la jeuDeâe, def charmei 9 SCENE IX- LE PERE DE FAMILLE, LE COMMANDEUR, tn robe '^ di ^ chambre & </i bonnet de nuit.
ELECOMMANDEUR- H bien, Monfieur d'Orbeffon > vous avez vu votre fils? De quoi $'agic-il?
m PERE DE FAMILLE. Monfieur, vous le faurez. Entrons.
LE G O M M A N D E U R.1 Un mot y s*il vous plaît...Voilà votre fils embarqué dans une HVencure qui va vous donner bien du chagrin y n'cft ce pas l LE PEREDE FAMILLE. Mon frère...LE/ COMMANDEUR. Afin qu'un jour vous n'en prétendiez caufe d^ignorance, je vous averti^ que votre chère fille & ce Germeuil que vous gardez ici malgré moi » vous en préparent de leur côté, &* s'il plaît à Dieu ^^^ jûe vous en laiflcront pas manquer. y'f^ r.
LE PERE DE FAMILLE. ^^^ Mon frère > ne m'accordez-vous pas un moment de repos 9 LECOMMANDEUR. Ils s'aiment; c'eft moi qui vous le dis. \Pt •-^. Oy^ LE PERE DE FAMILLE, impatienté. Xl'^^ ^ £h bien, je le vpudrois.
l^e Père de Famille entraiae /f Commandeur hors de la Sceat, tandidf qu'a parle, LECOMMANDEUR. So^ez content. D'abord ils ne peuvent ni fe fouffrîr * ni fe quit- ter. Ils fe brouillent fans ceffe, & font toujours bien. Pïêts à s'ar- racher les yeux fur des riens, ils ont une ligue offenfive envers 6c çoptre tous. Qu'on s'aviCede ren^afquer en eux quelques uns des défauts dont ils fe reprennent, on y fera bien venu...Hàtez-vous de les féparer; c'eft le meilleur confeil que je puifie vous donner.
LE PERE DE FAMILLE, /VHons, Monfeur, entrons.
LECOMMANDEUR. C'eft-à-direa aue vous voulez avoir du ^hagtii^ j eb bien vous fia du premier AHe.
14 LE PERE D£ FAMILLE; ACTE IL s CÇN JE PREMIERE.
LE PERE DE PAMILLE, CECILE » Mlle. CLAIHET » M. LE BON > UN PAYSAK» Idde. PAPILLON » Marchande i la Toilette avec une de Ces Ouvrierei » LA dRIE > PHILIPPE 9 'J>ome(lique qui vient Ce préTcntec. Un homme vêtu de noie > qui « Tair d*un pauvre horueu^c 9 & qui l'eft.
Toutes ces PerroDocf arjivenc les unes aprèi lei aucrei. Le PayCan fe dent deboiK le corpi penché fur Ton bâton. Madame Papillon affife dans on Eauteuil s'elTuye le vifage avec Ton mouchoir; fa fille de boutique eft debout à cdté d*elle » avec va petit carton fous le brai. Moafîeur le Bon eft «calé oégU^emment fur un canapé, l'homme vêtu de noir eft cetité i l'écart > debout dans un coin à côté d'une fenêtre. La Brie eft en vefte &'en papiUoues. Philippe eft habillé. La Brie tourno autour de lui » 8c le regarde un peu de travers *, tandis que Me. le Bon examine avec fa lorgnette la fille de boutique de Madame Papillon.
Le Pere de Famille entre y 6c tout le inonde fe levé.
Il eft fuivi de fa HUe, (c /a fiUe précédée de fa femQie-4e-chambjre qui poue U dt j uner de fa maîtrêfle.
Elle Tcrt le déjeûner de fa maîtreifç fur une petite cable. Cécile s*affied d'uti côté de cette table; le Pere de Famille eft aflis de Tauire. Mademoifelle Cl^irec ejct debout derrière le fauteuil de fa g»a3tre^e.
A LE PERE DE FA MILLE, ^n Payfan. H « c'eft vous qui venez enchérir fur le bail de mon fermier de Liméuil. J'en fuis content. Il o^ exaÛ. lia des enfans. Je nefuispat fâché qu'il fafle avf^c ippi fçs affaires. Ketournez*vaus-en.
Mademoifelle Clairet fait fi gne à Madame Papillon <t approcher^ LE P£PE DE FAMILLE, ifon Intendant. Eh bien, Mooiieur le Bon, q^'eft-ce qu'il y a ^ Mr. L E B O N. Ce débiteur dont le Bi)le$ eft échu depuis un mois, demande encore à différer Ton payement.
( Pendant que la Scène marche » Madame Papillon Ac fa fille de boutique déploicnf fur des fauteuils des Perfes » des Indiennes 9 des Satins a*Hollande > dcc. Cécile» tout en prenant (on café » regarde, approuve 9 défapprouve 9 fait mettre i part 9 &c. } Mr. L E B O N. ' Les ouvriers qui travailloient à votre maifon d'Orfigny^ font venus; LEPEREDEFAMILLE. Faites leur compte.
Mr. L E B ON. Cela peut aller au-delà des fonds.
LE PERE DE FAMILLE. Faites toujours. Leurs befoins font plus preflans que les miens \ i\ vaut mieux que je fois gêné qu'elix.
• Ici il apperfoit U pauvre honteux. Il fe levt avec empreffiment. Il