SigPhi · Denis Diderot

Les bijoux indiscrets (French)

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j'en mourrais de douleur. Et qui sait ce qu'un bijou peut avoir dans l'âme?» L'agitation de Mangogul ne lui permettait guère de s'observer: il prononça ces dernières paroles un peu haut, et la favorite s'éveilla...«Ah! prince, lui dit-elle, moins surprise que charmée de sa présence, vous voilà! pourquoi ne vous a-t-on point annoncé? Est-ce à vous Mangogul répondit à la favorite, en lui communiquant le succès de l'entrevue de Cucufa, lui montra l'anneau qu'il en avait reçu, et ne lui cacha rien de ses propriétés.

«Ah! quel secret diabolique vous a-t-il donné là? s'écria Mirzoza. Mais, prince, comptez-vous en faire quelque usage?

--Comment, ventrebleu! dit le sultan, si j'en veux faire usage? Je commence par vous, si vous me raisonnez.»

La favorite, à ces terribles mots, pâlit, trembla, se remit, et conjura le sultan par Brama et par toutes les Pagodes des Indes et du Congo, de ne point éprouver sur elle un secret qui marquait peu de confiance en sa fidélité.

«Si j'ai toujours été sage, continua-t-elle, mon bijou ne dira mot, et vous m'aurez fait une injure que je ne vous pardonnerai jamais: s'il vient à parler, je perdrai votre estime et votre coeur, et vous en serez au désespoir. Jusqu'à présent vous vous êtes, ce me semble, assez bien trouvé de notre liaison; pourquoi s'exposer à la rompre? Prince, croyez-moi, profitez des avis du génie; il a de l'expérience, et les avis de génies sont toujours bons à suivre.

--C'est ce que je me disais à moi-même, lui répondit Mangogul, quand vous vous êtes éveillée: cependant si vous eussiez dormi deux minutes de plus, je ne sais ce qui en serait arrivé.

--Ce qui en serait arrivé, dit Mirzoza, c'est que mon bijou ne vous aurait rien appris, et que vous m'auriez perdue pour toujours.

--Cela peut être, reprit Mangogul; mais à présent que je vois tout le danger que j'ai couru, je vous jure par la Pagode éternelle, que vous serez exceptée du nombre de celles sur lesquelles je tournerai ma bague.»

Mirzoza prit alors un air assuré, et se mit à plaisanter d'avance aux dépens des bijoux que le prince allait mettre à la question.

«Le bijou de Cydalise, disait-elle, a bien des choses à raconter; et s'il est aussi indiscret que sa maîtresse, il ne s'en fera guère prier.

Celui d'Haria n'est plus de ce monde; et Votre Hautesse n'en apprendra que des contes de ma grand'mère. Pour celui de Glaucé, je le crois bon à consulter: elle est coquette et jolie.

--Et c'est justement par cette raison, répliqua le sultan, que son bijou sera muet.

--Adressez-vous donc, repartit la sultane, à celui de Phédime; elle est galante et laide.

--Oui, continua le sultan; et si laide, qu'il faut être aussi méchante que vous pour l'accuser d'être galante. Phédime est sage; c'est moi qui vous le dis, et qui en sais quelque chose.

--Sage tant qu'il vous plaira, reprit la favorite; mais elle a de certains yeux gris qui disent le contraire.

--Ses yeux en ont menti, répondit brusquement le sultan; vous m'impatientez avec votre Phédime: ne dirait-on pas qu'il n'y ait que ce bijou à questionner?

--Mais peut-on, sans offenser Votre Hautesse, ajouta Mirzoza, lui demander quel est celui qu'elle honorera de son choix?

--Nous verrons tantôt, dit Mangogul, au cercle de la Manimonbanda (c'est ainsi qu'on appelle dans le Congo la grande sultane). Nous n'en manquerons pas si tôt, et lorsque nous serons ennuyés des bijoux de ma cour, nous pourrons faire un tour à Banza: peut-être trouverons-nous ceux des bourgeoises plus raisonnables que ceux des duchesses.

--Prince, dit Mirzoza, je connais un peu les premières, et je peux vous assurer qu'elles ne sont que plus circonspectes.

--Bientôt nous en saurons des nouvelles: mais je ne peux m'empêcher de rire, continua Mangogul, quand je me figure l'embarras et la surprise de ces femmes aux premiers mots de leurs bijoux; ah! ah! ah! Songez, délices de mon coeur, que je vous attendrai chez la grande sultane, et que je ne ferai point usage de mon anneau que vous n'y soyez.

--Prince, au moins, dit Mirzoza, je compte sur la parole que vous m'avez donnée.»

Mangogul sourit de ses alarmes, lui réitéra ses promesses, y joignit quelques caresses, et se retira.

CHAPITRE VI.

PREMIER ESSAI DE L'ANNEAU.

ALCINE.

Mangogul se rendit le premier chez la grande sultane; il y trouva toutes les femmes occupées d'un cavagnole[17]: il parcourut des yeux celles dont la réputation était faite, résolu d'essayer son anneau sur une d'elles, et il ne fut embarrassé que du choix. Il était incertain par qui commencer, lorsqu'il aperçut dans une croisée une jeune dame du palais de la Manimonbanda: elle badinait avec son époux; ce qui parut singulier au sultan, car il y avait plus de huit jours qu'ils étaient mariés: ils s'étaient montrés dans la même loge à l'Opéra, et dans la même calèche au petit cours ou au bois de Boulogne; ils avaient achevé leurs visites, et l'usage les dispensait de s'aimer, et même de se rencontrer. «Si ce bijou, disait Mangogul en lui-même, est aussi fou que sa maîtresse, nous allons avoir un monologue réjouissant.» Il en était là du sien, quand la favorite parut.

[Note 17: Jeu de hasard fort à la mode, un peu dans le genre du biribi et de notre loto. Voyez _Promenade du Sceptique_, t. I.]

«Soyez la bienvenue, lui dit le sultan à l'oreille. J'ai jeté mon plomb en vous attendant.

--Et sur qui? lui demanda Mirzoza.

--Sur ces gens que vous voyez folâtrer dans cette croisée, lui répondit Mangogul du coin de l'oeil.

--Bien débuté,» reprit la favorite.

Alcine (c'est le nom de la jeune dame) était vive et jolie. La cour du sultan n'avait guère de femmes plus aimables, et n'en avait aucune de plus galante. Un émir du sultan s'en était entêté. On ne lui laissa point ignorer ce que la chronique avait publié d'Alcine; il en fut alarmé, mais il suivit l'usage: il consulta sa maîtresse sur ce qu'il en devait penser. Alcine lui jura que ces calomnies étaient les discours de quelques fats qui se seraient tus, s'ils avaient eu des raisons de parler: qu'au reste il n'y avait rien de fait, et qu'il était le maître d'en croire tout ce qu'il jugerait à propos. Cette réponse assurée convainquit l'émir amoureux de l'innocence de sa maîtresse. Il conclut, et prit le titre d'époux d'Alcine avec toutes ses prérogatives.

Le sultan tourna sa bague sur elle. Un grand éclat de rire, qui était échappé à Alcine à propos de quelques discours saugrenus que lui tenait son époux, fut brusquement syncopé par l'opération de l'anneau; et l'on entendit aussitôt murmurer sous ses jupes: «Me voilà donc titré; vraiment j'en suis fort aise; il n'est rien tel que d'avoir un rang. Si l'on eût écouté mes premiers avis, on m'eût trouvé mieux qu'un émir; mais un émir vaut encore mieux que rien.»

A ces mots, toutes les femmes quittèrent le jeu, pour chercher d'où partait la voix. Ce mouvement fit un grand bruit.

«Silence, dit Mangogul; ceci mérite attention.»

On se tut, et le bijou continua: «Il faut qu'un époux soit un hôte bien important, à en juger par les précautions que l'on prend pour le recevoir. Que de préparatifs! quelle profusion d'eau de myrte[18]!

Encore une quinzaine de ce régime, et c'était fait de moi; je disparaissais, et monsieur l'émir n'avait qu'à chercher gîte ailleurs, ou qu'à m'embarquer pour l'île Jonquille[19].» Ici mon auteur dit que toutes les femmes pâlirent, se regardèrent sans mot dire, et tinrent un sérieux qu'il attribue à la crainte que la conversation ne s'engageât et ne devînt générale. «Cependant, continua le bijou d'Alcine, il m'a semblé que l'émir n'avait pas besoin qu'on y fît tant de façons; mais je reconnais ici la prudence de ma maîtresse; elle mit les choses au pis-aller; et je fus traité pour monsieur comme pour son petit écuyer.»

[Note 18: Astringent.]

[Note 19: Dans _Tanzaï_, l'île Jonquille est la résidence du génie _Mange-Taupes_. C'est là que Néadarné est envoyée par l'oracle pour vaincre l'obstacle, d'un genre analogue à celui dont parle Alcine, qui s'opposait à son mariage effectif.]

Le bijou allait continuer ses extravagances, lorsque le sultan, s'apercevant que cette scène étrange scandalisait la pudique Manimonbanda, interrompit l'orateur en retournant sa bague. L'émir avait disparu aux premiers mots du bijou de sa femme. Alcine, sans se déconcerter, simula quelque temps un assoupissement; cependant les femmes chuchetaient[20] qu'elle avait des vapeurs. «Eh oui, dit un petit-maître, des vapeurs! Cicogne[21] les nomme hystériques; c'est comme qui dirait des choses qui viennent de la région inférieure. Il a pour cela un élixir divin; c'est un principe, principiant, principié, qui ravive...qui...je le proposerai à madame.» On sourit de ce persiflage, et notre cynique reprit: [Note 20: Chuchetaient et non chuchotaient. (Br.)--Cette forme est en effet dans les auteurs du XVIe siècle et dans Furetière et Richelet; mais «chuchoter» a prévalu.]

[Note 21: Ou Sigogne, garçon tanneur, soldat aux gardes, aide-apothicaire, enfin médecin et un peu charlatan, grâce à la protection de Chirac.]

«Rien n'est plus vrai, mesdames; j'en ai usé, moi qui vous parle, pour une déperdition de substance.

--Une déperdition de substance! Monsieur le marquis, reprit une jeune personne, qu'est-ce que cela?

--Madame, répondit le marquis, c'est un de ces petits accidents fortuits qui arrivent...Eh! mais tout le monde connaît cela.»

Cependant l'assoupissement simulé finit. Alcine se mit au jeu aussi intrépidement que si son bijou n'eût rien dit, ou que s'il eût dit les plus belles choses du monde. Elle fut même la seule qui joua sans distraction. Cette séance lui valut des sommes considérables. Les autres ne savaient ce qu'elles faisaient, ne reconnaissaient plus leurs figures, oubliaient leurs numéros, négligeaient leurs avantages, arrosaient[22] à contretemps et commettaient cent autres bévues, dont Alcine profitait. Enfin, le jeu finit, et chacun se retira.

[Note 22: Payaient.]

Cette aventure fit grand bruit à la cour, à la ville et dans tout le Congo. Il en courut des épigrammes: le discours du bijou d'Alcine fut publié, revu, corrigé, augmenté et commenté par les agréables de la cour. On chansonna l'émir; sa femme fut immortalisée. On se la montrait aux spectacles; elle était courue dans les promenades; on s'attroupait autour d'elle, et elle entendait bourdonner à ses côtés: «Oui, la voilà; c'est elle-même; son bijou a parlé pendant plus de deux heures de suite.»

Alcine soutint sa réputation nouvelle avec un sang-froid admirable. Elle écouta tous ces propos, et beaucoup d'autres, avec une tranquillité que les autres femmes n'avaient point. Elles s'attendaient à tout moment à quelque indiscrétion de la part de leurs bijoux; mais l'aventure du chapitre suivant acheva de les troubler.

Lorsque le cercle s'était séparé, Mangogul avait donné la main à la favorite, et l'avait remise dans son appartement. Il s'en manquait beaucoup qu'elle eût cet air vif et enjoué, qui ne l'abandonnait guère.

Elle avait perdu considérablement au jeu, et l'effet du terrible anneau l'avait jetée dans une rêverie dont elle n'était pas encore bien revenue. Elle connaissait la curiosité du sultan, et elle ne comptait pas assez sur les promesses d'un homme moins amoureux que despotique, pour être libre de toute inquiétude.

«Qu'avez-vous, délices de mon âme? lui dit Mangogul; je vous trouve rêveuse.

--J'ai joué, lui répondit Mirzoza, d'un guignon qui n'a point d'exemple; j'ai perdu la possibilité: j'avais douze tableaux; je ne crois pas qu'ils aient marqué trois fois.

--Cela est désolant, répondit Mangogul: mais que pensez-vous de mon secret?

--Prince, lui dit la favorite, je persiste à le tenir pour diabolique; il vous amusera sans doute; mais cet amusement aura des suites funestes.

Vous allez jeter le trouble dans toutes les maisons, détromper des maris, désespérer des amants, perdre des femmes, déshonorer des filles, et faire cent autres vacarmes. Ah! prince, je vous conjure...--Eh! jour de Dieu, dit Mangogul, vous moralisez comme Nicole! je voudrais bien savoir à propos de quoi l'intérêt de votre prochain vous touche aujourd'hui si vivement. Non, madame, non; je conserverai mon anneau. Et que m'importent à moi ces maris détrompés, ces amants désespérés, ces femmes perdues, ces filles déshonorées, pourvu que je m'amuse? Suis-je donc sultan pour rien[23]? A demain, madame; il faut espérer que les scènes qui suivront seront plus comiques que la première, et qu'insensiblement vous y prendrez goût.

[Note 23: Ce n'est certainement pas ce passage que La Harpe pouvait traiter de «basse adulation.»]

--Je n'en crois rien, seigneur, reprit Mirzoza.

--Et moi je vous réponds que vous trouverez des bijoux plaisants, et si plaisants, que vous ne pourrez vous défendre de leur donner audience. Et où en seriez-vous donc, si je vous les députais en qualité d'ambassadeurs? Je vous sauverai, si vous voulez, l'ennui de leurs harangues; mais pour le récit de leurs aventures, vous l'entendrez de leur bouche ou de la mienne. C'est une chose décidée; je n'en peux rien rabattre; prenez sur vous de vous familiariser avec ces nouveaux discoureurs.»

A ces mots, il l'embrassa, et passa dans son cabinet, réfléchissant sur l'épreuve qu'il venait de faire, et remerciant dévotieusement le génie Cucufa.

CHAPITRE VII.

SECOND ESSAI DE L'ANNEAU.

LES AUTELS.

Il y avait pour le lendemain un petit souper chez Mirzoza. Les personnes nommées s'assemblèrent de bonne heure dans son appartement. Avant le prodige de la veille, on s'y rendait par goût; ce soir, on n'y vint que par bienséance: toutes les femmes eurent un air contraint et ne parlèrent qu'en monosyllabes; elles étaient aux aguets, et s'attendaient à tout moment que quelque bijou se mêlerait de la conversation. Malgré la démangeaison qu'elles avaient de mettre sur le tapis la mésaventure d'Alcine, aucune n'osa prendre sur soi d'en entamer le propos; ce n'est pas qu'on fût retenu par sa présence; quoique comprise dans la liste du souper, elle ne parut point; on devina qu'elle avait la migraine.

Cependant, soit qu'on redoutât moins le danger, parce que de toute la journée on n'avait entendu parler que des bouches, soit qu'on feignît de s'enhardir, la conversation, qui languissait, s'anima; les femmes les plus suspectes composèrent leur maintien, jouèrent l'assurance; et Mirzoza demanda au courtisan Zégris, s'il n'y avait rien d'intéressant.

«Madame, répondit Zégris, on vous avait fait part du prochain mariage de l'aga Chazour avec la jeune Sibérine; je vous annonce que tout est rompu.

--A quel propos? interrompit la favorite.

--A propos d'une voix étrange, continua Zégris, que Chazour dit avoir entendue à la toilette de sa princesse; depuis hier, la cour du sultan est pleine de gens qui vont prêtant l'oreille, dans l'espérance de surprendre, je ne sais comment, des aveux qu'assurément on n'a nulle envie de leur faire.

--Mais cela est fou, répliqua la favorite: le malheur d'Alcine, si c'en est un, n'est rien moins qu'avéré; on n'a point encore approfondi...--Madame, interrompit Zelmaïde, je l'ai entendu très-distinctement; elle a parlé sans ouvrir la bouche; les faits ont été bien articulés; et il n'était pas trop difficile de deviner d'où partait ce son extraordinaire. Je vous avoue que j'en serais morte à sa place.

--Morte! reprit Zégris; on survit à d'autres accidents.

--Comment, s'écria Zelmaïde, en est-il un plus terrible que l'indiscrétion d'un bijou? il n'y a donc plus de milieu. Il faut ou renoncer à la galanterie, ou se résoudre à passer pour galante.

--En effet, dit Mirzoza, l'alternative est cruelle.

--Non, madame, non, reprit une autre; vous verrez que les femmes prendront leur parti. On laissera parler les bijoux tant qu'ils voudront, et l'on ira son train sans s'embarrasser du qu'en dira-t-on.

Et qu'importe, après tout, que ce soit le bijou d'une femme ou son amant qui soit indiscret? en sait-on moins les choses?

--Tout bien considéré, continua une troisième, si les aventures d'une femme doivent être divulguées, il vaut mieux que ce soit par son bijou que par son amant.

--L'idée est singulière, dit la favorite...--Et vraie, reprit celle qui l'avait hasardée; car prenez garde que pour l'ordinaire un amant est mécontent, avant que de devenir indiscret, et dès lors tenté de se venger en outrant les choses: au lieu qu'un bijou parle sans passion, et n'ajoute rien à la vérité.

--Pour moi, reprit Zelmaïde, je ne suis point de cet avis; c'est moins ici l'importance des dépositions qui perd le coupable, que la force du témoignage. Un amant qui déshonore par ses discours l'autel sur lequel il a sacrifié, est une espèce d'impie qui ne mérite aucune croyance: mais si l'autel élève la voix, que répondre?

--Que l'autel ne sait ce qu'il dit,» répliqua la seconde.

Monima rompit le silence qu'elle avait gardé jusque-là, pour dire d'un ton traîné et d'un air nonchalant: «Ah! que mon autel, puisque autel y a, parle ou se taise, je ne crains rien de ses discours.»

Mangogul entrait à l'instant, et les dernières paroles de Monima ne lui échappèrent point. Il tourna sa bague sur elle, et l'on entendit son bijou s'écrier: «N'en croyez rien; elle ment.» Ses voisines s'entre-regardant, se demandèrent à qui appartenait le bijou qui venait de répondre.

«Ce n'est pas le mien, dit Zelmaïde.

--Ni le mien, dit une autre.

--Ni le mien, dit Monima.

--Ni le mien,» dit le sultan.

Chacune, et la favorite comme les autres, se tint sur la négative.

Le sultan profitant de cette incertitude, et s'adressant aux dames: «Vous avez donc des autels? leur dit-il; eh bien! comment sont-ils fêtés?» Tout en parlant, il tourna successivement, mais avec promptitude, sa bague sur toutes les femmes, à l'exception de Mirzoza; et chaque bijou répondant à son tour, on entendit sur différents tons: «Je suis fréquenté, délabré, délaissé, parfumé, fatigué, mal servi, ennuyé, etc.» Tous dirent leur mot, mais si brusquement, qu'on n'en put faire au juste l'application. Leur jargon, tantôt sourd et tantôt glapissant, accompagné des éclats de rire de Mangogul et de ses courtisans, fit un bruit d'une espèce nouvelle. Les femmes convinrent, avec un air très-sérieux, que cela était fort plaisant. «Comment, dit le sultan; mais nous sommes trop heureux que les bijoux veuillent bien parler notre langue, et faire la moitié des frais de la conversation. La société ne peut que gagner infiniment à cette duplication d'organes.

Nous parlerons aussi peut-être, nous autres hommes, par ailleurs que par la bouche. Que sait-on? ce qui s'accorde si bien avec les bijoux, pourrait être destiné à les interroger et à leur répondre: cependant mon anatomiste pense autrement.»

CHAPITRE VIII.

TROISIÈME ESSAI DE L'ANNEAU.

LE PETIT SOUPER.

On servit, on soupa, on s'amusa d'abord aux dépens de Monima: toutes les femmes accusaient unanimement son bijou d'avoir parlé le premier; et elle aurait succombé sous cette ligue, si le sultan n'eût pris sa défense.

«Je ne prétends point, disait-il, que Monima soit moins galante que Zelmaïde, mais je crois son bijou plus discret. D'ailleurs, lorsque la bouche et le bijou d'une femme se contredisent, lequel croire?

--Seigneur, répondit un courtisan, j'ignore ce que les bijoux diront par la suite; mais jusqu'à présent ils ne se sont expliqués que sur un chapitre qui leur est très-familier. Tant qu'ils auront la prudence de ne parler que de ce qu'ils entendent, je les croirai comme des oracles.

--On pourrait, dit Mirzoza, en consulter de plus sûrs.

--Madame, reprit Mangogul, quel intérêt auraient ceux-ci de déguiser la vérité? Il n'y aurait qu'une chimère d'honneur qui pût les y porter; mais un bijou n'a point de ces chimères: ce n'est pas là le lieu des préjugés.

--Une chimère d'honneur! dit Mirzoza; des préjugés! si Votre Hautesse était exposée aux mêmes inconvénients que nous, elle sentirait que ce qui intéresse la vertu n'est rien moins que chimérique.»

Toutes les dames, enhardies par la réponse de la sultane, soutinrent qu'il était superflu de les mettre à de certaines épreuves; et Mangogul qu'au moins ces épreuves étaient presque toujours dangereuses.

Ces propos conduisirent au vin de Champagne; on s'y livra, on se mit en pointe; et les bijoux s'échauffèrent: c'était l'instant où Mangogul s'était proposé de recommencer ses malices. Il tourna sa bague sur une jeune femme fort enjouée, assise assez proche de lui et placée en face de son époux; et l'on entendit s'élever de dessous la table un bruit plaintif, une voix faible et languissante qui disait: «Ah! que je suis harassé! je n'en puis plus, je suis sur les dents.

--Comment, de par la Pagode Pongo Sabiam, s'écria Husseim, le bijou de ma femme parle; et que peut-il dire?

--Nous allons entendre, répondit le sultan...--Prince, vous me permettrez de n'être pas du nombre de ses auditeurs, répliqua Husseim; et s'il lui échappait quelques sottises, Votre Hautesse pense-t-elle?...--Je pense que vous êtes fou, répondit le sultan, de vous alarmer pour le caquet d'un bijou: ne sait-on pas une bonne partie de ce qu'il pourra dire, et ne devine-t-on pas le reste? Asseyez-vous donc, et tâchez de vous amuser.»

Husseim s'assit, et le bijou de sa femme se mit à jaser comme une pie.

«Aurai-je toujours ce grand flandrin de Valanto? s'écria-t-il, j'en ai vu qui finissaient, mais celui-ci...»

A ces mots, Husseim se leva comme un furieux, se saisit d'un couteau, s'élança à l'autre bord de la table, et perçait le sein de sa femme si ses voisins ne l'eussent retenu.

«Husseim, lui dit le sultan, vous faites trop de bruit; on n'entend rien. Ne dirait-on pas que le bijou de votre femme soit le seul qui n'ait pas le sens commun? Et où en seraient ces dames si leurs maris étaient de votre humeur? Comment, vous voilà désespéré pour une misérable petite aventure d'un Valanto, qui ne finissait pas!

Remettez-vous à votre place, prenez votre parti en galant homme, songez à vous observer, et à ne pas manquer une seconde fois à un prince qui vous admet à ses plaisirs.»

Tandis qu'Husseim, dissimulant sa rage, s'appuyait sur le dos d'une chaise, les yeux fermés et la main appliquée sur le front, le sultan tournait subitement son anneau, et le bijou continuait: «Je m'accommoderais assez du jeune page de Valanto; mais je ne sais quand il commencera. En attendant que l'un commence et que l'autre finisse, je prends patience avec le bramine Egon. Il est hideux, il faut en convenir; mais son talent est de finir et de recommencer. Oh, qu'un bramine est un grand homme!»

Le bijou en était à cette exclamation, lorsqu'Husseim rougit de s'affliger pour une femme qui n'en valait pas la peine, et se mit à rire comme le reste de la compagnie; mais il la gardait bonne à son épouse.

Le souper fini, chacun reprit la route de son hôtel, excepté Husseim, qui conduisit sa femme dans une maison de filles voilées, et l'y enferma. Mangogul, instruit de sa disgrâce, la visita. Il trouva toute la maison occupée à la consoler, mais plus encore à lui tirer le sujet de son exil.

«C'est pour une vétille, leur disait-elle, que je suis ici. Hier à souper chez le sultan, on avait fouetté le champagne, sablé le tokai; on ne savait plus guère ce qu'on disait, lorsque mon bijou s'est avisé de babiller. Je ne sais quels ont été ses propos; mais mon époux en a pris de l'humeur.

--Assurément, madame, il a tort, lui répondaient les nonnains; on ne se fâche point ainsi pour des bagatelles...--Comment, votre bijou a parlé! Mais parle-t-il encore? Ah! que nous serions charmées de l'entendre! Il ne peut s'exprimer qu'avec esprit et grâce.»

Elles furent satisfaites, car le sultan tourna son anneau sur la pauvre recluse, et son bijou les remercia de leurs politesses, leur protestant, au demeurant, que, quelque charmé qu'il fût de leur compagnie, il s'accommoderait mieux de celle d'un bramine.

Le sultan profita de l'occasion pour apprendre quelques particularités de la vie de ces filles. Sa bague interrogea le bijou d'une jeune recluse nommée Cléanthis; et le bijou prétendu virginal confessa deux jardiniers, un bramine et trois cavaliers; et raconta comme quoi, à l'aide d'une médecine et de deux saignées, elle avait évité de donner du scandale. Zéphirine avoua, par l'organe de son bijou, qu'elle devait au petit commissionnaire de la maison le titre honorable de mère. Mais une chose qui étonna le sultan, c'est que quoique ces bijoux séquestrés s'expliquassent en termes fort indécents, les vierges à qui ils appartenaient les écoutaient sans rougir; ce qui lui fit conjecturer que, si l'on manquait d'exercice dans ces retraites, on y avait en revanche beaucoup de spéculation.

Pour s'en éclaircir, il tourna son anneau sur une novice de quinze à seize ans. «Flora, répondit son bijou, a lorgné plus d'une fois à travers la grille un jeune officier. Je suis sûr qu'elle avait du goût pour lui: son petit doigt me l'a dit.» Mal en prit à Flora. Les anciennes la condamnèrent à deux mois de prière et de discipline; et ordonnèrent des prières pour que les bijoux de la communauté demeurassent muets.

CHAPITRE IX.

ÉTAT DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES DE BANZA.

Mangogul avait à peine abandonné les recluses entre lesquelles je l'avais laissé, qu'il se répandit à Banza que toutes les filles de la congrégation du coccix de Brama parlaient par le bijou. Ce bruit, que le procédé violent d'Husseim accréditait, piqua la curiosité des savants.

Le phénomène fut constaté; et les esprits forts commencèrent à chercher dans les propriétés de la matière l'explication d'un fait qu'ils avaient d'abord traité d'impossible. Le caquet des bijoux produisit une infinité d'excellents ouvrages; et ce sujet important enfla les recueils des académies de plusieurs mémoires qu'on peut regarder comme les derniers efforts de l'esprit humain.

Pour former et perpétuer celle des sciences de Banza, on avait appelé, et l'on appelait sans cesse ce qu'il y avait d'hommes éclairés dans le Congo, le Monoémugi[24], le Béléguanze et les royaumes circonvoisins.

Elle embrassait, sous différents titres, toutes les personnes distinguées dans l'histoire naturelle, la physique, les mathématiques, et la plupart de celles qui promettaient de s'y distinguer un jour. Cet essaim d'abeilles infatigables travaillait sans relâche à la recherche de la vérité; et, chaque année, le public recueillait, dans un volume rempli de découvertes, les fruits de leurs travaux.

[Note 24: Dans les cartes du XVIIIe siècle, le Monoémugi est un royaume situé au nord-est du Congo. Il répond, ici, à l'Allemagne du Nord et parfois à l'Angleterre.]

Elle était alors divisée en deux factions, l'une composée des vorticoses, et l'autre des attractionnaires. Olibri, habile géomètre et grand physicien, fonda la secte des vorticoses[25]. Circino, habile physicien et grand géomètre, fut le premier attractionnaire[26]. Olibri et Circino se proposèrent l'un et l'autre d'expliquer la nature. Les principes d'Olibri ont au premier coup d'oeil une simplicité qui séduit: ils satisfont en gros aux principaux phénomènes; mais ils se démentent dans les détails. Quant à Circino, il semble partir d'une absurdité: mais il n'y a que le premier pas qui lui coûte. Les détails minutieux qui ruinent le système d'Olibri affermissent le sien. Il suit une route obscure à l'entrée, mais qui s'éclaire à mesure qu'on avance.

Celle, au contraire, d'Olibri, claire à l'entrée, va toujours en s'obscurcissant. La philosophie de celui-ci demande moins d'étude que d'intelligence. On ne peut être disciple de l'autre, sans avoir beaucoup d'intelligence et d'étude. On entre sans préparation dans l'école d'Olibri; tout le monde en a la clef. Celle de Circino n'est ouverte qu'aux premiers géomètres. Les tourbillons d'Olibri sont à la portée de tous les esprits. Les forces centrales de Circino ne sont faites que pour les algébristes du premier ordre. Il y aura donc toujours cent vorticoses contre un attractionnaire; et un attractionnaire vaudra toujours cent vorticoses. Tel était aussi l'état de l'académie des sciences de Banza, lorsqu'elle agita la matière des bijoux indiscrets.

[Note 25: Partisans du système des tourbillons de Descartes.]

[Note 26: On sait que le système de Newton est fondé sur le principe de l'attraction des corps célestes.]

Ce phénomène donnait peu de prise; il échappait à l'attraction: la matière subtile n'y venait guère. Le directeur avait beau sommer ceux qui avaient quelques idées de les communiquer, un silence profond régnait dans l'assemblée. Enfin le vorticose Persiflo, dont on avait des traités sur une infinité de sujets qu'il n'avait point entendus, se leva, et dit: «Le fait, messieurs, pourrait bien tenir au système du monde: je le soupçonnerais d'avoir en gros la même cause que les marées.

En effet, remarquez que nous sommes aujourd'hui dans la pleine lune de l'équinoxe; mais, avant que de compter sur ma conjecture, il faut entendre ce que les bijoux diront le mois prochain.»

On haussa les épaules. On n'osa pas lui représenter qu'il raisonnait comme un bijou; mais, comme il a de la pénétration, il s'aperçut tout d'un coup qu'on le pensait.

L'attractionnaire Réciproco prit la parole, et ajouta: «Messieurs, j'ai des tables déduites d'une théorie sur la hauteur des marées dans tous les ports du royaume. Il est vrai que les observations donnent un peu le démenti à mes calculs; mais j'espère que cet inconvénient sera réparé par l'utilité qu'on en tirera si le caquet des bijoux continue de cadrer avec les phénomènes du flux et reflux.»

Un troisième se leva, s'approcha de la planche, traça sa figure et dit: Ici, l'ignorance des traducteurs nous a frustrés d'une démonstration que l'auteur africain nous avait conservée sans doute. A la suite d'une lacune de deux pages ou environ, on lit: Le raisonnement de Réciproco parut démonstratif; et l'on convint, sur les essais qu'on avait faits de sa dialectique, qu'il parviendrait un jour à déduire que les femmes doivent parler aujourd'hui par le bijou de ce qu'elles ont entendu de tout temps par l'oreille.

Le docteur Orcotome[27], de la tribu des anatomistes, dit ensuite: phénomène, que d'en chercher la cause dans des hypothèses en l'air.

Quant à moi, je me serais tu, si je n'avais eu que des conjectures futiles à vous proposer; mais j'ai examiné, étudié, réfléchi. J'ai vu des bijoux dans le paroxysme; et je suis parvenu, à l'aide de la connaissance des parties et de l'expérience, à m'assurer que celle que nous appelons en grec le _delphus_, a toutes les propriétés de la trachée, et qu'il y a des sujets qui peuvent parler aussi bien par le bijou que par la bouche. Oui, messieurs, le _delphus_ est un instrument à corde et à vent, mais beaucoup plus à corde qu'à vent. L'air extérieur qui s'y porte fait proprement l'office d'un archet sur les fibres tendineuses des ailes que j'appellerai rubans ou cordes vocales. C'est la douce collision de cet air et des cordes vocales qui les oblige à frémir; et c'est par leurs vibrations plus ou moins promptes qu'elles rendent différents sons. La personne modifie ces sons à discrétion, parle, et pourrait même chanter.

[Note 27: La Mettrie, dans le _Supplément à l'Ouvrage de Pénélope_ ou _Machiavel en médecine_ (1750), donne le même nom à Ferrein, auteur d'un système sur le mécanisme de la voix.]

«Comme il n'y a que deux rubans ou cordes vocales, et qu'elles sont sensiblement de la même longueur, on me demandera sans doute comment elles suffisent pour donner la multitude des tons graves et aigus, forts et faibles, dont la voix humaine est capable. Je réponds, en suivant la comparaison de cet organe aux instruments de musique, que leur allongement et accourcissement suffisent pour produire ces effets.

«Que ces parties soient capables de distension et de contraction, c'est ce qu'il est inutile de démontrer dans une assemblée de savants de votre ordre; mais qu'en conséquence de cette distension et contraction, le _delphus_ puisse rendre des sons plus ou moins aigus, en un mot, toutes les inflexions de la voix et les tons du chant, c'est un fait que je me flatte de mettre hors de doute. C'est à l'expérience que j'en appellerai. Oui, messieurs, je m'engage à faire raisonner, parler, et même chanter devant vous, et _delphus_ et bijoux.»

Ainsi harangua Orcotome, ne se promettant pas moins que d'élever les bijoux au niveau des trachées d'un de ses confrères, dont la jalousie avait attaqué vainement les succès.

CHAPITRE X, MOINS SAVANT ET MOINS ENNUYEUX QUE LE PRÉCÉDENT.

SUITE DE LA SÉANCE ACADÉMIQUE.

Il parut, aux difficultés qu'on proposa à Orcotome, en attendant ses expériences, qu'on trouvait ses idées moins solides qu'ingénieuses. «Si les bijoux ont la faculté naturelle de parler, pourquoi, lui dit-on, ont-ils tant attendu pour en faire usage? S'il était de la bonté de Brama, à qui il a plu d'inspirer aux femmes un si violent désir de parler, de doubler en elles les organes de la parole, il est bien étrange qu'elles aient ignoré ou négligé si longtemps ce don précieux de la nature. Pourquoi le même bijou n'a-t-il parlé qu'une fois? pourquoi n'ont-ils parlé tous que sur la même matière? Par quel mécanisme se fait-il qu'une des bouches se tait forcément, tandis que l'autre parle?

D'ailleurs, ajoutait-on, à juger du caquet des bijoux par les circonstances dans lesquelles la plupart d'entre eux ont parlé, et par les choses qu'ils ont dites, il y a tout lieu de croire qu'il est involontaire, et que ces parties auraient continué d'être muettes, s'il eût été dans la puissance de celles qui les portaient de leur imposer silence.»

Orcotome se mit en devoir de satisfaire à ces objections, et soutint que les bijoux ont parlé de tout temps; mais si bas, que ce qu'ils disaient était quelquefois à peine entendu, même de celles à qui ils appartenaient; qu'il n'est pas étonnant qu'ils aient haussé le ton de nos jours, qu'on a poussé la liberté de la conversation au point qu'on peut, sans impudence et sans indiscrétion, s'entretenir des choses qui leur sont le plus familières; que, s'ils n'ont parlé haut qu'une fois, il ne faut pas en conclure que cette fois sera la seule; qu'il y a bien de la différence entre être muet et garder le silence; que, s'ils n'ont tous parlé que de la même matière, c'est qu'apparemment c'est la seule dont ils aient des idées; que ceux qui n'ont point encore parlé parleront; que s'ils se taisent, c'est qu'ils n'ont rien à dire, ou qu'ils sont mal conformés, ou qu'ils manquent d'idées ou de termes.

«En un mot, continua-t-il, prétendre qu'il était de la bonté de Brama d'accorder aux femmes le moyen de satisfaire le désir violent qu'elles ont de parler, en multipliant en elles les organes de la parole, c'est convenir que, si ce bienfait entraînait à sa suite des inconvénients, il était de sa sagesse de les prévenir; et c'est ce qu'il a fait, en contraignant une des bouches à garder le silence, tandis que l'autre parle. Il n'est déjà que trop incommode pour nous que les femmes changent d'avis d'un instant à l'autre: qu'eût-ce donc été, si Brama leur eût laissé la facilité d'être de deux sentiments contradictoires en même temps? D'ailleurs, il n'a été donné de parler que pour se faire entendre: or, comment les femmes qui ont bien de la peine à s'entendre avec une seule bouche, se seraient-elles entendues en parlant avec deux?»

Orcotome venait de répondre à beaucoup de choses; mais il croyait avoir