SigPhi · Denis Diderot

Lettres à Mademoiselle de Volland (French)

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qui la gâte par ses menaces, par une mère furieuse qui veut subjuguer son époux; on abandonne, au milieu de cela, ce père irrité au plus adroit fripon de la Grèce. Cependant il est sur le point de ravir sa fille au couteau, lorsque Ériphile dénonce sa faute aux Grecs et à Calchas qui la demandent à grands cris, et puis il y a dix ans que les Grecs sont devant Troie. Il n'y a pas un chef dans l'armée qui n'ait perdu un père, un fils, un frère, un ami pour l'injure Élite aux Atrides. Le sang des Atrides est-il le seul sang précieux de la Grèce?

Tout sentiment d'ambition à part, Agamemnon ne doit-il rien aux dieux, ne doit-il rien aux Grecs? Que de circonstances accumulées pour pallier l'erreur d'un moment! Le secret de cette boîte-là vous a échappé.

Un peu de repos aura rendu la santé à vos dames. Si j'osais, je leur donnerais le conseil que Circé donne à Ascitte: <i>Si seorsim à fratre unâ nocte dormieris.</i> Je sais bon gré à l'abbé Marin de vous amuser. Et l'abbé Blanc ne s'en mêle-t-il point? Je ne m'attendais guère à faire le rôle d'un père de l'Église et à être cité en chaire.

<i>Que cette mère est à plaindre!</i> oui, d'avoir la tête aussi mal faite.

(Vous devinez bien l'à-propos de cela.) Qu'elle soit juste dans la dispensation de ses sentiments, et elle sera heureuse, et nous serions heureux aussi. Mais votre abbé Marin traite la grande affaire assez lestement, ce me semble; il y a bien plus de force et de mérite à lui qu'à un autre. Quelle raison pour croire tout cela vrai que de l'avoir prêché toute sa vie! Quoi donc? vous voudriez qu'ils se fussent égosillés pour une sottise, et qu'ils en convinssent! Cela ne se peut.

C'est comme les voyageurs qui ont fait deux mille lieues; et ce sera pour des choses communes? Va-t'en voir s'ils viennent...<i>Cela n 'est guère poli.</i> Pardon, mon amie. Vous voilà donc encore absente pour un mois; je ne vous avais accordé que jusqu'à la Saint-Martin, et je n'aime pas que vous dérangiez mou calcul. Il faut que je prenne patience sur nouveaux frais.

En vérité, on est bien mal avec ceux qui ressemblent à Morphyse; ce sont perpétuellement des ruses, des réticences, des mystères, des secrets, des méfiances, et puis l'habitude de la duplicité et de la dissimulation se prend, la franchise s'évanouit. Il est étonnant que cela n'ait pas pris davantage sur vos jeunes âmes, et qu'on n'ait pas fait de vous deux bohémiennes.

Vous n'avez point vu le nain de la dame D...parmi les autres? C'est qu'elle n'y était pas; est-ce que vous avez oublié qu'elle est à couteau tiré avec la vieille fée, sa voisine; elle n'était pas à la Chevrette. L'indisposition de sa mère la retenait à Paris, tandis que l'ami était au Grandval; Pouf n'est pour rien là dedans. On m'a bien recommandé de me taire sur Pouf, j'ai promis et tenu parole.

Ne vous attendrissez pas trop sur la dame aux bras velus; il lui est arrivé ce qui arrivera à celles qui, sans dignité dans le caractère, sans respect pour elles-mêmes, ne tiendront pas loin ces animaux insolents qu'on appelle jeunes gens. Auparavant mon fils[87] la prenait à bras-le-corps, la tirait sur ses genoux, lui maniait les bras, mesurait sa taille fine entre ses mains, et elle disait en minaudant: Allons donc, finissez donc! que vous êtes enfant! Et mon fils a fini par lui éplucher les bras à table, en présence de vingt personnes.

Vous ne m'avez rien dit des propos de M. Le Roy; ils étaient pourtant bien gais et bien originaux.

Eh bien! vous êtes donc sûre que M. de Prisye ne s'y trompe pas?

Mais, puisque vous avez pensé que cette phrase pourrait me paraître singulière, pourquoi n'avez-vous pas pensé qu'elle pourrait lui paraître aussi singulière qu'à moi? Pourquoi l'avoir laissée? Si vous me trompiez, s'il trompait Mlle Boileau, si vous étiez deux scélérats, ma foi, comme M. Orgon, je ne croirais plus aux gens de bien. Il faut que je consulte Mlle Boileau là-dessus. Nous verrons ce qu'elle en dira; sauf à vous faire, à vous et à lui, un petit secret de sa décision. Si nous nous en mêlons une fois, soyez sûre que nous saurons bien aussi vous faire des phrases singulières, et que nous serons bien assez traîtres pour vous en demander votre avis.

Je vous prie, mon amie, plus de comparaison entre Grimm et moi. Je me console de sa supériorité en la reconnaissant. Je suis vain de la victoire que je remporte sur mon amour-propre, et il ne faut pas m'ôter ce pauvre petit avantage-là.

Pourquoi la louange embarrasse-t-elle? C'est qu'il est contre la justice qu'on se doit de la refuser, puisqu'on la mérite, et contre la modestie qu'on exige de l'accepter, puisqu'alors ce serait se réunir aux autres pour se préconiser. On est décontenancé, comme il faut toujours qu'on le soit, lorsqu'il faut répondre, et qu'on ne saurait dire ni oui ni non. Je souhaite pour moi que ce soit là votre solution.

Vous voilà donc rappelée à Paris par M. de Fourmont. Ce cérémonial-là, de se rendre le maître chez vous, à neuf heures, pour vous entretenir de ce que votre sœur savait déjà, est encore d'un ridicule que je ne saurais trop louer, tant il est parfait. Que ne vous parlait-elle d'amitié en présence de Mme Le Gendre? Où était l'inconvénient de cette intimité? Jusqu'à quand serez-vous étrangère dans votre famille? Et le rôle d'Iphigénie vous étonne; et vous ne voyez pas que le vôtre est plus dur! Agamemnon n'immola sa fille qu'une fois, et Morphyse immole la sienne dix fois par jour. Il est plus facile de souffrir une grande peine que de souffrir toute sa vie de petites mortifications qui se succèdent sans fin.

Revenez donc; revenez voir en personne la tendresse que vous n'avez fait que lire; elle vous attend.

Non, Damilaville ne décachette point. Aussi celle adressée à M. Duval a-t-elle fait le voyage du Grandval avec les vôtres. On la lui a portée ce matin; il a répondu sur-le-champ, et cette réponse est partie contre-signée.

Arrivez donc, gros Fourmont. Tâchez donc d'accélérer votre lourde allure, et ramenez-moi ma Sophie.

Jusqu'à présent, j'ai écrit comme si Uranie devait me lire. Peut-être y avez-vous un peu perdu; mais j'ai voulu épargner à votre délicatesse le petit déplaisir de sauter des lignes, et de celer quelque chose à celle qu'on porte au fond de son cœur. Il me semble que cela me coûterait, à moi, et je vous mets souvent à ma place.

Quand vous vous séparerez de votre chère sœur, dites-lui de ma part, et du ton le plus touché que vous pourrez: «Chère sœur, nous nous reverrons tous les trois, nous nous reverrons».

Vous aurez lundi des nouvelles de M. de Saint-Gény. Damilaville a dû en demander aujourd'hui.

À propos, quatre-vingts livres de café, soixante pour vous et vingt pour moi, à trente-sept sous la livre. La modicité du prix m'a rendu la qualité suspecte. Voilà une phrase cadencée qui pue l'Académie. Si vous voulez en sentir tout le ridicule, dites-la du ton gascon dont M. Mairan disait à Rendu, son valet de chambre, de le tirer d'une mare d'eau: <i>Rendu, sauvez-moi de ce déluge, d'une façon quelconque.</i> Je suis un furieux bavard, n'est-ce pas, mon amie? Mais nous l'avons essayé, Grimm et moi, et nous l'avons trouvé bon. Demandez à madame votre mère si elle en veut toujours. Ce traître Damilaville en a quatre-vingts livres, de Marseille, dont il ne céderait pas un grain.

Ferai-je mieux que lui? Oh! ma foi, je n'en sais rien.

Vous me direz apparemment ce que M. Duval aura chanté. À M. Duval, rue des Vieux-Augustins, etc. Quelle diable d'adresse est-ce là? Cela m'a un peu brouillé.

Mais est-ce qu'Uranie ne daignera pas prendre la plume un jour, et mettre un petit mot de sa main à la fin d'une de vos lettres? Un petit mot doux pour celui qui fait tout pour lui marquer son respect, lui inspirer une haute idée d'elle-même, celle qu'il en a, et mériter un peu son estime.

Je ne sais pas ce qu'il y avait dans ma dernière lettre, sur le vice et sur la vertu d'assez passable, pour que vous ayez osé en faire part à madame votre mère. De quoi s'agissait-il? Je mets si peu de prétention à ce que je vous écris que, d'un courrier à l'autre, la seule chose qui m'en reste, c'est que j'ai voulu vous rendre compte de tous les instants d'une vie qui vous appartient, et vous faire lire au fond d'un cœur où vous régnez.

Adieu, ma tendre amie. Voilà encore un petit volume. Si j'en avais eu le temps, j'y aurais mis une épître dédicatoire.

Il arriva avant-hier, chez Damilaville, une petite aventure qui prouve que rien ne gagne comme l'exemple de la bonté.

Un habile garçon, qui s'appelle Desmarets, devait être envoyé en Sibérie pour y faire des observations; il n'ira pas. On lui préfère un sot appelé l'abbé Chappe[88] Desmarets, Tillet, et un jeune conseiller au Parlement, qui avaient dîné chez Gaudet, montèrent, le soir, chez Damilaville, où j'étais. Je connaissais Desmarets et Tillet; on se salue, on s'embrasse, et je dis à Desmarets: «Que faites-vous ici? je vous croyais à grelotter au Kamtchatka, dans un trou de quelque Jakut.» Vous entendez sa réponse: «Je suis fâché, pour le progrès des sciences, qu'un autre fasse le voyage.» Il ajouta qu'il avait préparé un grand nombre d'expériences qu'assurément l'abbé Chappe ne fera pas.

«Avez-vous un mémoire bien détaillé de toutes ces expériences?--Tout prêt.--Savez-vous ce qu'il faut en faire? Le porter à l'abbé Chappe.

Parce que vous ne pouvez pas faire le bien par vous-même, ne devez-vous pas contribuer de toutes vos forces pour qu'il soit fait par un autre?»

Tout le monde fut de mon avis.

<i>Je ne pourrais soutenir cette pensée qu'un homme a eu cet avantage sur moi...</i> Cet homme est un homme de bien, du moins je dois le supposer.

Il vous est dévoué, âme et corps, il ne vit que pour vous, il étudie toutes vos volontés. C'est vous qui faites son bonheur, sa peine, son repos, ses alarmes; son sort est attaché au vôtre. Il ferait le tour du monde pour vous aller chercher un fêtu qui vous plairait; et, lorsque vous lui accordez la seule récompense qu'il se promette, et qu'il s'efforce de mériter, vous appelez cela accorder de l'avantage sur soi.

juste. En toute autre circonstance, il me semble qu'on dirait: c'est retour, c'est équité. Les coquettes laissent prendre de l'avantage sur elles; les femmes galantes et à tempérament aussi; les folles, les étourdies, et, en un mot, toutes celles qui ne mettent aucun prix honnête à leurs faveurs, et qu'on possède sans les avoir méritées. Mais il n'en est pas ainsi des autres.

Vous souvenez-vous d'un trait que je vous ai raconté d'un de mes amis[89]? Il aimait depuis longtemps; il croyait avoir mérité quelque récompense, et la sollicitait, comme elle doit l'être, vivement. On le refusait sans en apporter de raisons il s'avisa de dire: «C'est que vous ne m'aimez pas...» Cette femme aimait éperdument. «C'est que je ne vous aime pas! répondit-elle en fondant en larmes. Levez-vous (il était à ses genoux), donnez-moi la main»; il se lève, il lui donne la main, elle le conduit vers un canapé, elle s'assied, se couvre les yeux de ses mains sous lesquelles les larmes coulaient toujours, et lui dit: «Eh bien! monsieur, soyez heureux.» Vous vous doutez bien qu'il ne le fut pas. Non ce jour-là; mais un autre qu'il était à côté d'elle, qu'il la regardait avec des yeux remplis d'amour et de tendresse, et qu'il ne lui demandait rien, elle jeta ses deux bras autour de son cou, sa bouche alla doucement se coller sur la sienne, et il fut heureux.

Il y a une lettre de vous chez Damilaville. Je cours bien vite la chercher. Adieu, adieu.

De Saint-Gény se porte à merveille. C'est un garçon de bien, très-aimé, très-considéré. On rend justice à ses talents; mais il n'a ni zèle ni activité. On lui reproche de l'indolence et de la paresse. Il faudrait que madame votre mère et la sienne le secouassent de temps en temps.

Je vous réponds toujours de la protection de M. Damilaville pour lui, parce que M. Damilaville a de l'amitié pour moi, et qu'il sait l'intérêt que je prends à M. de Saint-Gény, et à tout ce qui vous tient par le fil le plus léger.

Mes très-humbles respects à madame votre mère.

LII À Paris, le 10 novembre 1760.

Voyez l'attention de M. Damilaville. C'est aujourd'hui dimanche. Il a été forcé de sortir de son bureau. Il ne doutait pas que je ne vinsse ce soir; car je ne manque jamais quand j'espère une lettre de vous. Il a laissé la clef avec deux bougies sur une table, et entre les deux bougies, la petite lettre de vous avec un billet de lui bien honnête.

Je vous ai lue et relue; je suis seul et je vais vous répondre.

Je suis bien fâché que madame votre mère soit indisposée. Il n'y a qu'un jour à son compte, quoiqu'il y ait bien du temps au nôtre, qu'elle est à la campagne. Ce sont d'abord les mauvais temps qui l'ont empêchée d'en jouir; et, quand les mauvais temps vont cesser, car enfin ils vont cesser, s'ils ne doivent pas durer toujours, voilà un rhumatisme qui la tient courbée sur les tisons. Comment se fait-il qu'elle ait de la gaieté, et avec vous? Hier, je disais, avec Damilaville, que quand j'étais las de voir aller les choses contre mon gré, il me prenait des bouffées de résignation. Alors la douleur des hypocondres se détend, la bile accumulée coule doucement: le sort ne me laisserait pas une chemise au dos, que peut-être j'en plaisanterais.

Je conçois qu'il y a des hommes assez heureusement nés pour être, par tempérament et constamment, ce que je suis seulement par intervalle, de réflexion, et par secousses; témoin l'auteur de <i>Zaïde</i>, ce petit abbé de La Marre qui n'avait pas un sou, qui se portait mal, qui n'avait ni habit, ni pain, ni souliers; /$ Sa culotte, attachée avec une ficelle.

Laissait voir, par cent trous, un cul plus noir qu'icelle.

$/ Eh bien! le soir, sur les onze heures, lorsque tout le inonde dormait, il contrefaisait, avec une pipe à fumer, les cris d'un enfant exposé; et le matin, sur le point du jour, il mettait en train de chanter tous les coqs du voisinage. Au sein de l'indigence, il était plus heureux que nous[90]. Votre mère a pris son parti. Elle aura de la bonne humeur jusqu'à demain. Cette espèce de philosophie éphémère ne dure pas davantage.

On parle donc de retour! On remue donc les malles! Le courrier prochain m'apprendra peut-être votre départ. Ne vous attendre que pour les derniers jours du mois, je ne saurais. Vous m'avez mis en train d'espérer. S'il nous est permis d'aller au-devant de vous, vous nous le direz apparemment. Au reste, ne faites rien là-dessus de votre mouvement. Si l'on nous rencontre sur la route, qu'on s'y attende, et qu'on l'ait à gré. Oui, ce fut un terrible jour que celui que vous rappelez. Mais vous aviez de la santé, on pouvait se flatter que vous supportiez la fatigue du voyage; on ne craignait pas que vous restassiez mourante dans une auberge ou sur un grand chemin. Il vint un jour, et ce jour était la veille même de votre départ, où j'avais toutes ces alarmes. On vous croyait assez de force pour faire soixante lieues en poste, dans une voiture très-dure, dans la saison la plus fatigante, et vous étiez dans votre lit, et vous ne pouviez vous tenir debout, et vous n'auriez pas fait pour toute chose au monde le tour de votre chambre, et vous ne pouviez parler. Mais laissons cela; ma bile se remuerait trop violemment; je ne m'en porterais pas mieux, je n'en serais pas plus content, et de celle qui vous entraînait, et de celle qui se portait à sa fantaisie, et qui fermait les yeux sur votre état.

Mais qui est-ce qui vous a envoyé <i>la Confession de Voltaire[91]?</i> Vous ne me le dites pas. À propos de Voltaire, il se plaint à Grimm très-amèrement de mon silence. Il dit qu'il est au moins de la politesse de remercier son avocat[92]. Et qui diable l'a prié de plaider ma cause? Il a, dit-il, ressenti la plus vive douleur, chère amie; on ne saurait arracher un cheveu à cet homme, sans lui faire jeter les hauts cris. À soixante ans passés, il est auteur, et auteur célèbre, et il n'est pas encore fait à la peine. Il ne s'y fera jamais.

L'avenir ne le corrigera point. Il espérera le bonheur jusqu'au moment où la vie lui échappera.

Non, je ne sais pas qui est l'auteur de <i>la Confession.</i> Oui, je suis dans la grande ville, et si je n'avais pas eu cent fois plus de force qu'Adam le jour que la pomme fatale lui fut présentée, je serais parti pour la Chevrette; j'y étais appelé par un billet doux, et par un billet très-doux; car il y en avait deux.

L'enfant, à qui la mauvaise santé ne peut ôter ni la sérénité ni la sensibilité, me jeta ses petits bras autour du cou, et m'embrassa, en disant: «C'est mon papa, c'est mon petit papa.» Je passai dans mon cabinet où je trouvai une pile de lettres. Je les lus. On servit, et nous nous mîmes à table.

Mes collègues n'ont presque rien fait. Je ne sais plus quand je sortirai de cette galère. Si j'en crois le chevalier de Jaucourt, son projet est de m'y tenir encore un an. Cet homme est depuis six à sept ans au centre de six à sept secrétaires, lisant, dictant, travaillant treize à quatorze heures par jour, et cette position-là ne l'a pas encore ennuyé.

Je n'ai rien outré à la peinture de la maladie du père Hoop. Il a été sur le point de secouer le fardeau. Quand je lui demandai ce qu'il estimait le plus de la vie, il me répondit: «Premièrement de n'y être pas, secondement de se bien porter; vous voyez combien je suis chanceux; j'y suis et je me porte mal.» À vous parler vrai, je ne compte pas qu'il finisse naturellement.

Vous auriez fait une belle chose sans les contre-seings. Les endroits de mes lettres où je vous dis que je vous aime sont ceux qui vous plaisent le plus; c'est, dites-vous, la seule chose qu'il y ait dans les vôtres, c'est-à-dire qu'elles sont pour moi partout comme les miennes dans les ligues qui vous en paraissent excellentes. Ne suis-je pas bien à plaindre? Mes lettres sont variées, et les vôtres le seront, et plus agréablement encore que les miennes, quand vous pourrez vous résoudre, comme moi, à m'envoyer vos conversations d'Isle. Vous verrez que ce que vous, Mme Le Gendre et madame votre mère direz sur un sujet ou de goût, ou de caractère, ou d'affaire, ou d'histoire, ou de morale, ne vaudra pas mieux que les boutades de l'Écossais, que les folies de Mme d'Aine, que l'originalité du Baron, et que mon marivaudage, car je marivaude, Marivaux sans le savoir, et moi le sachant.

Je n'ai point encore fait de feu. Tant que celui de nature me suffira, je me passerai de l'autre.

Cette sobriété d'un jour n'a pas duré davantage. Damilaville ne l'a pas voulu. Nous dînâmes hier ensemble depuis deux heures et demie jusqu'à neuf heures du soir. À neuf heures sonnantes nous prenions le plus délicieux café du monde. Oh! la bonne chose pour la santé qu'une débauche de bon vin!

Mon ami est l'homme le plus inabordable. Il a un froid, un sec, un renfermé qui déconcerte la première fois; à la centième comme à la première, quand cela lui convient.

Le nom de Pouf vous fait rire, vous paraît bien imaginé. Le petit animal tout rond, gros comme le poing, ressemble parfaitement à son nom.

Je n'entends rien non plus à la ligne où il s'agit de fête et de messe, sinon que quelquefois je vous commence la veille une lettre que je continue le lendemain, comme si c'était le même jour. Voilà la clef d'une infinité d'autres endroits.

Oui, il ne tiendra qu'à Uranie d'aimer sa fille à la folie. Je crois en avoir le secret, mais ce sera pour une autre fois.

Bonsoir, mes bonnes amies; si vous aimiez autant que moi, et que vous le sentissiez comme je fais dans ce moment, vous seriez trop heureuses.

Je prends votre main, je la mets dans la sienne, et je les serre toutes deux.

LIII À Paris, le 11 novembre 1760.

J'étais venu ici dans le dessein d'y trouver une lettre et d'y répondre. J'ai eu la lettre. Je l'ai lue avec le plaisir que toutes me donnent, mais il ne m'a pas été possible de vous faire réponse.

J'ai trouvé Thiriot, un ami de Voltaire; c'est un bon homme, mais d'une mémoire cruelle. Il s'est mis à nous réciter des vers de tous les poètes du monde, et il était près de neuf heures quand il nous a quittés.

Le moyen de passer ici le temps qu'il me faudrait pour vous entretenir des peines que se donne Uranie, et y apporter la consolation qu'elle peut attendre de moi! Je me suis fait une loi de rentrer de bonne heure, du moins jusqu'à ce que tout le monde se porte mieux à la maison. Je vous écris seulement ce billet pour prévenir l'inquiétude que mon silence pourrait vous causer. Bonsoir, ma tendre amie. Jeudi, je tâcherai de réparer la brièveté de celle-ci. Si vous la comparez avec la précédente, vous ne manquerez pas de dire que je suis extrême en tout. Je ne sais si cela est aussi généralement vrai qu'on pourrait te croire; mais en tendresse, en attachement, en estime, en respect pour vous, quelque extrême qu'on veuille me supposer, je ne ferai mentir personne. Un mot de moi à Uranie. Elle voit sa fille d'un air trop sévère. Quand elle aura causé là-dessus avec elle-même pendant une matinée, elle retrouvera sa fille à moitié corrigée. Avant que d'accuser l'enfance d'une autre, je lui demande de se rappeler la sienne. Qu'est-ce que la sensibilité? L'effet vif sur notre âme d'une infinité d'observations délicates que nous rapprochons. Cette qualité, dont la nature nous donne le germe, s'étouffe ou se vivifie donc par l'âge, l'expérience, la réflexion. Nous serions tous bien honteux si nos parents avaient tenu registre de toutes tes choses dures, cruelles même, que nous avons dites ou faites, quand nous étions jeunes. Nous verrions, dans l'histoire de nos premières années, l'excuse des premières années de nos enfants que nous jugeons si sévèrement. Un peu de patience, il en a fallu tant avoir avec nous. Je ne me tiens pas quitte par ce petit nombre de lignes. Le sujet est trop important pour n'y pas revenir. Bonsoir, mon amie, bonsoir. Ne perdez rien de votre amour. Pour peu que vous en diminuassiez, vous ne me payeriez plus de retour.

LIV À Paris, le 2 novembre 1760.

Les gens du monde n'ont point d'honneur: ils font trop d'affaires et de trop importantes; ils s'écartent d'abord un peu du droit chemin, puis encore un peu, et de petits écarts en petits écarts réitérés, bientôt ils se trouvent tout à fait égarés, et ce qu'ils ont fait avec succès devient l'unique règle de ce qu'ils ont à faire. Vous voyez bien à quoi je réponds. Mais ce qui me confond, c'est cette espèce de bienfaisance malhonnête avec laquelle ils se prêtent à arranger à leur mode tes affaires des gens scrupuleux. On dirait, ou qu'ils n'ont pas assez de leurs propres iniquités, ou qu'ils croient expier celles-ci par celles qu'ils veulent bien commettre en faveur des autres. Il semble qu'ils se disent en eux-mêmes: Vous voyez bien, si ma morale est mauvaise, au moins j 'ai la même pour moi et pour mes amis.

Il y avait donc bien de la tendresse, du respect, de l'estime dans cette lettre de rappel? Les sentiments qu'il nous a vu prendre de sa moitié, à nous qui sommes censés nous connaître en mérite, n'ont pas peu contribué à lui inspirer ceux qu'il en a. Il a cru pouvoir estimer un peu celle que nous adorons. Elle a cru longtemps que la seule chose qu'elle désirait en son mari, c'était de l'estimer ce qu'elle valait; elle s'est trompée. Il en est venu là, et je gage qu'elle n'en est pas plus éprise.

Vous voilà donc seule à présent, mais heureusement ce ne sera pas pour longtemps; tout m'annonce un retour prochain. Ces travaux projetés sur la rivière de Larzicourt sont ou différés ou moins inquiétants, puisqu'on cherche des chevaux; mais je ne veux plus compter sur rien. Je suis trop mal à mon aise lorsqu'une lettre vient détruire les espérances que j'avais conçues sur la précédente. On dirait que Morphyse a deviné que vous m'écrivez tout, et qu'elle se fait un jeu de vous montrer à celui que vous aimez et de vous ravir à ses souhaits, Vous faites aussi des débauches de table! Cela vous convient fort. Et qui est-ce qui vous a permis de vivre comme ceux qui se portent bien?

Me voilà tout à fait dérangé. J'ai eu les intestins brouillés, des envies de vomir, de la fièvre, de l'insomnie; je devais être émétisé remise. En attendant, je vais, je viens, je ris, je cause, je me plains, et demain il n'y paraîtra plus. Mais vous, vous payez de quinze mauvais jours un petit verre de vin et une cuisse de perdrix de trop.

Tout le monde se porte bien, excepté moi et Angélique. Vous ai-je dit que cette petite étourdie-là s'était arraché un ongle du gros orteil?

Il n'en fallait pas davantage pour mettre en péril le pied d'un autre enfant moins sain. Elle n'en a pas été alitée plus d'un jour.

J'ai lu à M. Grimm la comparaison que vous nous avez faite d'<i>Hypermnestre</i> avec <i>Tancrède</i>, il trouve que cela n'est pas si taux qu'il en taille rougir.

Je n'oublierai pas votre billet de loterie. Mme Le Gendre ne se lasse donc pas d'inviter la fortune. J'en suis bien aise...Mais la fortune en use avec elle comme la cliente en use avec ses amants.

Nous ne sommes pas à Bouillon, mais il est décidé que nous imprimerons en pays étranger, et que je n'irai pas. Ma présence donnera le change à nos ennemis, et rien n'empêchera, avec trois ou quatre contre-seings dont nous disposons, que les feuilles ne nous viennent et que nous ne puissions avoir l'ouvrage à notre aise.

Vous n'avez pas répondu juste à mon raisonnement en faveur de la médecine. La sensibilité on l'insensibilité des êtres sur lesquels on opère ne fait rien à la certitude ou à l'incertitude des expériences.

Ma sœur a un étrange procédé avec moi. Je vous ai dit, il y a deux mois, qu'elle m'avait envoyé un compte avec des modèles de quittances: j'ai transcrit les quittances au bas du compte, j 'ai renvoyé le tout, et depuis je n'ai entendu parler de rien. Ce maudit saint[93] l'aurait-il pervertie? Malheur à la famille dans laquelle il y aura un saint!

<i>À moi, mes gendres</i>, est d'autant plus plaisant qu'il y a longtemps que le danger est passé[94].

<i>Caliste</i> chancelle, et ce pauvre Colardeau, qui en est l'auteur, est désespéré[95]. Voici encore quelques beaux endroits que je me rappelle.

Caliste dit de son abominable amant: Mais qui peut le rappeler auprès de moi? La jalousie? <i>Lui, jaloux! Ce lui, jaloux!</i> est beau. Et comme cette enchanteresse de Clairon le dit! Quand sa confidente l'invite à donner la main à un époux qui lui est présenté par son père: <i>Moi</i>, dit-elle, <i>j'irais porter mes affronts en dot à mon époux!</i> et à un ami de Lotario, qui lui laisse apercevoir qu'il sait son malheur: <i>Éloignez-vous, vous m'avez fait rougir; ne me voyez jamais.</i> Et ces /$ La nature, crois-moi, dans le sein d'une mère, Pousse un cri plus plaintif que dans celui d'un père.

$/ Je me suis grippé, à l'occasion de cet endroit, avec le mari de ma bonne amie, Mme Riccoboni, et lui avec moi, sans nous connaître. Toutes les nuits il m'en revient des bribes qui me font tressaillir.

À propos de la maladie de Mme Helvétius, croiriez-vous bien que ces Jésuites, qui ont si cruellement persécuté son mari, ont eu le courage de lui faire visite? Je voudrais bien pouvoir vous rendre les propos qu'il leur a tenus avec sa brusque bonhomie; il n'y a pas un mot à perdre: «Mais comment, Pères, c'est vous! Vous êtes des hommes incompréhensibles. Vous vous croyez faits pour tout subjuguer, amis, ennemis.--Nous en sommes bien fâchés, nous n'avons pu faire autrement.--Je sais bien que vous seriez d'honnêtes gens, si cela dépendait de vous. Il y a beaucoup d'autres gens dans la société qui sont exactement dans le même cas; cela ne dépend pas d'eux; ce sont des coquins à qui je pardonne de l'être, mais je ne les vois pas.»

Que pensez-vous de cela? Le reste ne me revient pas, mais il est exactement comme l'échantillon que voilà.

Vous savez apparemment que le capitan bacha ou l'amiral du sultan, qui va tous les ans, au nom de son maître, recueillir le tribut dans les îles de l'Archipel, s'en revenait avec dix à onze millions, lorsqu'un mouvement de dévotion le fit relâcher à une petite île appelée Lampédouse, où les chrétiens et les musulmans ont un petit temple commun; et que, tandis qu'il était en oraison, les esclaves chrétiens qui étaient sur son bord, au nombre de deux cents, ont assommé, avec leurs chaînes, les esclaves turcs, ont mis à la voile, et s'en sont allés à Malte, où ils ont été bien reçus, et où l'on a accordé la liberté à cinq esclaves turcs qui avaient généreusement aidé les esclaves chrétiens à massacrer leurs confrères. Récompense bien placée!

À votre avis?

M. et Mlle de Buffon sont arrivés. J'ai vu madame. Elle n'a plus de cou; son menton a fait la moitié du chemin; devinez ce qui a fait l'autre moitié? moyennant quoi ses trois mentons reposent sur deux bons gros oreillers. Elle me paraît avoir un peu oublié ses douleurs. Je ne dînai point avec elle; j'avais promis à Mme d'Épinay, à l'ami Grimm et à l'abbé Galiani.

L'abbé est petit, gras, potelé: un certain Ascylte, de votre connaissance, un certain Lycas, aussi de votre connaissance, s'en seraient bien accommodés autrefois. Il nous disait à ce propos qu'un jour il voyageait dans un coche public; c'était en hiver. D'abord, on ne sut avec qui l'on était; mais lorsque le jour commença à paraître, il se trouva à côté d'un Jésuite; deux filles à côté d'un Bernardin et d'un Bénédictin, et celui-ci à côté du secrétaire d'un sénateur napolitain. Il ne se passa rien dans la matinée, sinon que les deux moines faisaient tous leurs efforts pour se rendre agréables aux deux filles. Chacun alla dîner de son côté. La soirée fut comme la matinée, c'est-à-dire même galanterie de la part des moines. Le souper se fit en commun. Après le souper, lorsqu'il fallut se retirer, le Jésuite s'approcha de l'abbé, et lui dit: «Monsieur, il ne paraît pas que nous sommes là en bonne compagnie: vous devriez demander une chambre à deux lits pour nous.» L'abbé obligeamment la demanda, et l'obtint. On mit les deux filles dans une autre chambre à deux lits, les deux moines dans une troisième chambre à deux lits, et le secrétaire du sénateur dans un cabinet, seul. Chacun retiré, le Jésuite entreprit l'abbé de conversation, de son lit au sien. Tandis que l'abbé et le Jésuite causaient, un des moines attendait que l'autre moine fut endormi, afin d'aller trouver les filles. Le Bernardin fut le plus pressé; il se lève sur la pointe du pied, il va dans la chambre des filles, il rencontre un lit, il tâte, il était vide: une des filles, qui l'occupait, était allée causer avec le secrétaire. Il va à l'autre lit, il y trouve l'autre fille, et se place à côté d'elle. Cependant le Bénédictin s'avançait sur ses pas; il arrive droit au lit du Bernardin et de la fille; ce fut le Bernardin qui lui tomba sous la main; il le happe par le cou, il le trame au milieu de la chambre, et se met à sa place.

L'autre se relève, et s'en va tomber à corps de poing sur son rival; il frappe à tort à travers; la fille en reçoit un dans l'œil, et se met à faire des cris affreux. Les deux moines, en chemise, se battent, et font aussi des cris affreux. Le Jésuite, qui causait avec l'abbé, effrayé, se lève, court au lit de l'abbé et lui dit: «Monsieur, entendez-vous ces cris? Je me meurs de peur; de grâce, faites-moi une petite place à côté de vous.» Le moyen, ajoute l'abbé, de renvoyer ce pauvre Jésuite! il avait si peur! Et pendant que le Jésuite se rassure, quoique le bruit augmente, l'hôte monte. On laisse une des filles couchée avec le secrétaire, on enferme l'autre sous clef, on sépare les deux moines, et le reste de la nuit se passa fort bien.

Le père Hoop se porte un peu mieux. Il m'a dit, à l'occasion du nouveau roi d'Angleterre, une histoire très-cynique. Adieu, ma tendre amie, il se fait tard. Je vous écris chez Damilaville. Je me porte mal. Je n'aime point à me foire attendre, je m'en vais. M. Gaschon a envoyé chez moi ce matin savoir comment je me portais. Je lui ai donné rendez-vous pour dimanche matin chez Mlle Boileau. S'il se porte bien, si je me porte bien, si je me porte mieux, nous causerons un peu gaiement. Vous vous doutez bien qu'il sera aussi un peu mention de vous.

Adieu, j'ai les yeux faibles, la tête fatiguée; j'écris sans savoir ce que j'écris: revenez me mettre à la raison. Malgré toutes les promesses que je me suis faites de ne me plus promettre rien, je ne sais pourquoi je me flatte que cette lettre sera la dernière que je vous écrirai Adieu. J'ai reçu ce matin un billet de M. Grimm, qui est charmant. Le comte de Lauraguais m'est venu voir. Savez-vous l'accident arrivé à sa femme? Elle voulait prendre des gouttes d'Hoffmann; on s'est trompé de bouteille, et on lui a donné quatre-vingt-quatre gouttes de laudanum. Elle n'en mourra pas. Bonsoir, ma bonne amie; adieu. Je ne saurais vous quitter tant qu'il me reste un quart d'heure, et que je suis à côté de vous, ou tant qu'il me reste une ligne de papier blanc, et que je vous écris.

LV À Paris, le 25 novembre 1760.

C'est, je crois, vendredi passé que je devais prendre l'émétique. Ils disaient tous que c'était le seul remède aux défaillances et aux envies de vomir dont je suis attaqué tous les matins, depuis environ deux ans.

Mais j'eus la fièvre le soir, la nuit fut mauvaise, et je me trouvai si échauffe, si brûlant, quand on m'apporta le purgatif que je vis trop d'imprudence à le prendre. Depuis j'ai vécu sobrement, j'ai pris du thé, j'ai humecté, et je guérirai, si je ne me trompe, par le seul régime. Je dîne seul; quelque frugal que soit le repas que je fais, il est suivi d'un mal de tête, léger à la vérité, mais signe d'un estomac qui fatigue, et qui digère avec peine. Laissons là ma santé, qui se raccommodera plus aisément encore qu'elle ne s'est dérangée, pourvu surtout que la faculté ne s'en mêle pas. Or, elle ne s'en mêlera pas; je crains ses formules.

J'allai chez Mlle Boileau, où j'espérais que l'ami Gaschon m'aurait précédé: point d'ami Gaschon. Mlle Boileau, en jupon court et en casaquin blanc, blanc si vous voulez, était chez Berger. Le fils de M. de Solignac s'écrivait à la porte; sur mon nom il sortit; je lui demandai des nouvelles de monsieur son père, de madame sa mère; sa mère était à la messe. Cependant Mlle Boileau descend, je la vois traverser la cour sur la pointe du pied; je laisse M. de Solignac le fils, et je la vais trouver chez elle. Nous causâmes d'abord de vous, puis d'elle, de M. de Prisye, de moi, de Mme Le Gendre, de madame votre mère, de vos affaires, de votre absence, de votre retour. Nous y serions encore, mais Mme de Solignac arriva au milieu de notre ramage et le rendit un peu plus réservé. Je lui dis que j'aurais eu l'honneur de lui présenter mon respect plus tôt, que j'étais venu, entre deux voyages à la campagne, dans ce dessein, qu'elle n'y était pas, et que je m'y étais fait écrire par M. de Solignac; et puis le bavardage banal commença. Je ne sais comment je m'en tirai, je lui demandai des nouvelles de madame...et de vous surtout, si elles étaient fraîches.

Elle me répondit qu'elle en avait de trois jours par madame sa mère, mais non par vous. Est-ce que vous négligeriez de lui écrire? Elle se leva; je lui demandai la permission de lui faire une visite; elle me l'accorda, et elle s'en alla, appelée par les soins que demandait d'elle Mlle de Solignac attaquée d'un érysipèle.