si ce projet avait passé, les décimés étaient bien résolus à cribler Cochin de coups d'épée. Cochin, plus en faveur et plus envié, a supporté la plus forte partie de la haine des élèves et du blâme public.
Je lui écrivais, il y a quelques jours: «Eh bien! vous avez donc été hués, honnis, bafoués par vos élèves. Ils pourraient bien avoir tort; mais il y a cent à parier contre un qu'ils ont raison. Ces enfants-là ont des yeux, et ce serait pour la première fois qu'ils se seraient trompés.»
En effet, à peine les prix sont-ils exposés qu'ils sont jugés par les élèves, et qu'ils ont dit: Voilà le meilleur. J'ai appris, à cette occasion, un trait singulier de Falconet. Son fils avait concouru.
Les prix étaient exposés, et celui du jeune Falconet n'était pas bon.
Son père le prit par la main, et, le conduisant dans le salon, il lui dit: «Tiens, juge toi-même.» L'enfant avait la tête baissée, et ne répondait rien. Alors le père, se tournant vers les académiciens, ses confrères, leur dit: «Il a M un sot prix, et il n'a pas le courage de le retirer. Ce n'est pas lui, messieurs, qui l'emporte, c'est moi.»
Puis il mit le tableau de son fils sous son bras, et s'en alla. Ah! si ce bourru-là, qui est juste et qui déteste Pigalle, avait été à Paris, et à la séance de l'Académie!...Depuis que les pièces de poésie qui ont concouru ont été imprimées, on a fait ces deux vers à propos de celle de M. de Langeac: /$ Ordre à nos grands esprits de trouver ces vers beaux.
<i>Signé</i> LOUIS, et plus bas PHELIPPEAUX.
$/ Eh bien! mademoiselle, voilà ma question; et, si une de mes lignes vaut une page des vôtres, où en êtes-vous? Quand serez-vous quitte? Mais dormez sur cette dette; j'ai de la conscience, et je sais qu'un grain d'or vaut une masse de billon.
Il y a quatre jours que Damilaville demeure rue Saint-Honoré; il y en a trois que Mme Duclos est partie. Elle n'espère plus revoir son ami, et elle s'en est séparée désolée. C'est une belle et bonne âme. Elle a bien souffert. Mlle de Meaux y était-elle, son malade la traitait précisément comme une garde. N'y était-elle pas, le ton honnête reprenait. J'allai le voir avant-hier. Il y avait la dame en question, sa fille, le joli doyen, Grimm, d'Alembert, Mme d'Épinay, je ne sais qui encore, et moi Chacun de ces oiseaux avait son ramage, et je vous jure que le voisinage de cette volière ne vous aurait pas déplu. On remarqua que la galanterie était en nature; que les animaux étaient galants; que l'homme devait avoir sa manière propre de l'être: et puis voilà les mœurs des différents peuples en jeu. Le sauvage, qui se grille avec des allumettes; le Musulman, qui se taillade avec son couteau; l'Espagnol, qui se transit sous une gouttière, la guitare à la main; le Français, qui pirouette, siffle, persifle, montre sa jambe et ses dents. M.
le doyen en est pour le physique bien pur, bien dégagé de toute la mauvaise morale de cette passion. C'est une affaire de la part des femmes: témoin ces rustres à larges épaules qui les traitent mal, et dont elles raffolent. Je croyais, moi, que les femmes ne leur restaient que parce qu'elles n'étaient jamais sûres d'en être aimées; affaire de vanité. Ce texte mène loin, je les y laissai.* Je m'en revenais; ce vent, à écorner les chèvres, ne soufflait plus; il faisait doux, le ciel était étoilé, et je m'en réjouissais pour les promenades douces qu'il promettait à mes amies.
Je ne vous ai pas dit un mot de la santé du malade. Il est plus faible et plus maigre que jamais; la fièvre est continue, les douleurs sans rémission, les glandes plus enflées; il y en a même sous le menton de nouvelles; les maxillaires si grosses qu'il ne peut baisser le bras.
Bordeu dit tant pis; Tronchin dit tant mieux. J'ai bien peur que Bordeu ne soit un grand médecin. Mme Duclos m'a dit que les symptômes et les souffrances étaient précisément comme il les avait prédites. Au reste, il a le plus gai des appartements: les bocages du président Hénault et d'autres sont sous fenêtres; le massif des arbres des Tuileries au delà.
Eh bien! la lettre sublime à M. de Saint-Florentin n'a pas été inutile.
Il a envoyé, par une croix, quelques louis qu'on a laissés honnêtement sur la cheminée, et promis des secours et une visite en personne. Il n'est donc pas tout à fait inutile de savoir écrire; et l'éloquence peut briser les pierres.
Je bois du lait le matin, de la limonade le soir; je me porte bien; j'en suis surpris; et le Baron me prouve, par Stahl et Beccher, que j'ai tort d'être surpris.
J'aurais bien encore une autre belle lettre à vous faire voir, un placet de Poinsinet à vous envoyer, votre dernière à répondre; mais la marge me manque. Rappelez-moi tout cela, avec une fable et un ou même deux contes de ma façon.
Continuez toutes trois de vous bien porter: c'est une des conditions de notre traité. Je reçois une carte dans ce moment; c'est d'une des demoiselles Artault, qui me charge de vous apprendre la mort de M.
Dupérier, arrivée la veille de la fête de la Vierge. Il était mort à deux heures après midi; à trois, le scellé était apposé.
Mes respects à toutes. Il n'y a pas de place pour davantage.
CXIII Paris, le 1er octobre 1788.
Mademoiselle, vous n'écrivez point; vous ne répondez point aux lettres qu'on vous écrit; vous vous laissez fourvoyer par l'abbé Marin, que je commence à haïr, et que j'abhorrerai incessamment. Je vous boude, et, tout en vous boudant, j'allais oublier que c'est demain la fête de maman. Je vous prie de lui offrir mes souhaits, mon tendre et sincère attachement, et tout mon respect. Dites-lui bien que tant que je vivrai il lui restera un joli enfant; et puis vous irez prendre Mme de Blacy par la main, et vous leur offrirez à chacune un baiser de ma part.
Voilà, par exemple, une commission qui ne vous déplaira pas.
Il faut que vous sachiez que M. d'Invaux a commencé à faire des siennes. À juger de son projet par sa première opération, il est excellent; c'est de couper, autant qu'il pourra, de ces mains inutiles et rapaces par lesquelles passent les revenus du roi, avant que d'arriver à la dernière.
M. de Boulogne, intendant des finances, chassé.
M. Amelin, en fuite.
M. Cromot, plus rien.
Je vous jure que les receveurs généraux des finances ne dorment pas si paisiblement que moi.
Les premiers fermiers généraux s'entendaient mieux que leurs successeurs. Ils n'avaient garde de faire parade de leurs énormes fortunes. Ils avaient une apparence modeste. Ils mouraient, et leurs enfants trouvaient des tonnes d'or. Boësnier est un des premiers qui aient étalé tout le faste de l'opulence. Je trouve à cela plus de maladresse encore que d'imprudence. Quelle opinion peut-on avoir d'un Collet d'Hauteville, qu'une ou deux campagnes enrichissent de sept à huit millions; d'un Amelin, qui est pauvre comme Job, et qui fait montre de quatre-vingt mille livres de rente acquises en cinq à six années; d'un Cromot, qu'on voit passer rapidement de la boutique d'un notaire, aux titres, aux terres, et au faste d'un grand seigneur?
Il faut que ces gens-là aient une grande crainte de ne point passer pour fripons. Avec un peu de sens, ne se cacheraient-ils pas tant qu'ils pourraient? Ma foi, tout ceci est peut-être une affaire de mœurs générales. Peut-être pensent-ils que, pourvu qu'on sache qu'un homme est riche, on ne s'avise guère de demander comment il l'est devenu; et peut-être ont-ils raison.
Damilaville a pensé mourir. Nous avons cm que les glandes de l'estomac s'embarrassaient; heureusement ce n'était pas cela. C'était une fonte de l'humeur qui cherchait à s'échapper par cette voie; mais cette humeur était si caustique, qu'il se sentait consumé de la soif; si abondante, que les yeux s'éteignirent, les oreilles tintèrent, l'esprit se perdit, les défaillances se succédèrent, et que nous crûmes qu'il touchait à la fin de sa vie et de ses douleurs.
L'évacuation s'est faite; toutes les glandes se sont considérablement affaissées, et il est mieux jusqu'à une pareille crise; car il en faut peut-être une vingtaine pour vider ces énormes poches qui embarrassent son cou et sa poitrine.
On a déjà fait un calembour sur M. Maynon d'Invaux. On a dit: Nous avons un habile contrôleur général, <i>mais non.</i> Je n'ai point encore vu les demoiselles Artault; ainsi je ne saurais rien vous en dire.
Cette humeur qui tiraillait les pieds de ma femme s'est mise à voyager; ce n'est pas sans peine qu'on l'a délogée de la tête, des yeux, de la poitrine où elle s'était arrêtée.
Notre justification va toujours son train.
Il n'y a encore rien de nouveau à vous apprendre sur un certain rendez-vous dont je vous ai parlé.
Mademoiselle, je ne vous aime plus; vous me négligez.
CXIV Paris, le 8 octobre 1768.
Ce n'est pas tout; M. de Laverdy a travaillé dimanche avec le roi; et il s'en allait, plein de sécurité, à Neuville, sa maison de campagne, pourvoir aux arrangements arrêtés. Il y attendait, le lundi, différents particuliers à qui il avait donné rendez-vous. Il comptait s'en revenir le mardi à ses fonctions accoutumées; mais ce jour même, M. de Saint-Florentin lui apparut sur les dix heures. Tout en apercevant le secrétaire d'État, M. de Laverdy lui dit: «Monsieur le comte, c'est trop matin pour une visite»; et il avait raison. On dit que le roi n'a jamais le visage plus serein et plus ouvert avec un ministre que la veille de sa disgrâce. Je ne sais ce qui en est; mais croiriez-vous bien que je n'oserais l'en blâmer? Les courtisans ont une si grande habitude des différentes physionomies de leur maître, que si celui-ci ne se composait pas, il serait deviné sur-le-champ, et qu'il serait accablé de tant de sollicitations, qu'il ne parviendrait pas à renvoyer un serviteur dont il serait mécontent, sans en affliger un grand nombre d'autres qu'il aime peut-être. C'est une dissimulation d'autant plus nécessaire qu'on a le caractère plus facile, sans compter les importunités des hommes habiles à succéder et celles de leurs protecteurs. Il n'a guère que ce moyen de se réserver la liberté du choix, et de prévenir toutes les calomnies qui le rendraient perplexe.
Il vient d'arriver ici une petite aventure qui prouve que tous nos beaux sermons sur l'intolérance n'ont pas encore porté de grands fruits. Un jeune homme bien né, les uns disent garçon apothicaire, d'autres garçon épicier, avait dessein de faire un cours de chimie; son maître y consentit, à condition qu'il payerait pension; le garçon y souscrivit. Au bout du quartier, le maître demanda de l'argent, et l'apprenti paya. Peu de temps après, autre demande du maître, à qui l'apprenti représenta qu'il devait à peine un quartier. Le maître nia qu'il eût acquitté le précédent. L'affaire est portée aux juges consuls. On prend le maître à son serment: il jure. Il n'est pas plutôt parjure que l'apprenti produit sa quittance, et voilà le maître amendé, déshonoré: c'était un fripon qui le méritait; mais l'apprenti fut au moins un étourdi, à qui il en a coûté plus cher que la vie. Il avait reçu en payement ou autrement, d'un colporteur appelé Lécuyer, deux exemplaires du <i>Christianisme dévoilé</i>; et il avait vendu un de ces exemplaires à son maître. Celui-ci le défère au lieutenant de police.
Le colporteur, sa femme et l'apprenti sont arrêtés tous les trois; ils viennent d'être piloriés, fouettés et marqués, et l'apprenti condamné à neuf ans de galères, le colporteur à cinq ans, et la femme à l'Hôpital pour toute sa vie. L'arrêt associe au <i>Christianisme dévoilé, l'Homme aux quarante écus et les Vestales</i>[204], tragédie que nous avons lue manuscrite. Il n'y a qu'un cri contre M. de Sartine.
Mais voyez-vous les suites de cet arrêt? Un colporteur m'apporte un ouvrage prohibé. Si j'en achète plus d'un exemplaire, je suis censé fauteur d'un commerce illicite, et exposé à une poursuite effroyable.
Vous connaissez l'<i>Homme aux quarante écus</i>, et vous aurez bien de la peine à deviner par quelle raison il se trouve dans cet arrêt infamant.
C'est la suite du profond ressentiment que nos seigneurs gardent d'un certain article <i>Tyran</i> du <i>Dictionnaire portatif</i>[205], dont vous vous souviendrez peut-être. Ils ne pardonneront jamais à Voltaire d'avoir dit qu'il valait mieux avoir affaire à une seule bête féroce, qu'on pouvait éviter, qu'à une bande de petits tigres subalternes qu'on trouvait sans cesse entre ses jambes. Et voilà la raison pour laquelle le Dictionnaire portatif a été brûlé dans l'affaire du jeune La Barre qui n'avait point ce livre.
Je crains bien qu'en dépit de toute sa considération, de toute sa protection, de tous ses rares talents, de tous ses beaux ouvrages, ces gens-là ne jouent quelque mauvais tour à notre pauvre patriarche.
Je sais bien que la postérité reversera sur eux l'ignominie dont ils auront prétendu le couvrir; mais de quoi cela guérira-t-il l'homme réduit en cendres? Savez-vous qu'ils ont délibéré, il y a trois jours, de le décréter?
Je reviens sur ces deux malheureux qu'ils ont condamnés aux galères. Au sortir de là, que deviendront-ils? Il ne leur reste plus qu'à se faire voleurs de grands chemins. Les peines infamantes, qui ôtent à l'homme toute ressource, sont pires que les peines capitales qui lui ôtent la vie.
J'ai vu M. de La Fargue bien maigre, bien défait, bien jaune. Il m'a appris d'abord de vos nouvelles, de votre santé, du désir que vous avez de me voir à Isle, où je voudrais être; ensuite du merveilleux effet de ma lettre à M. Trouard. Serais-je assez heureux pour que, d'une douzaine d'affaires pareilles dont je me suis mêlé depuis trois ou quatre mois, celle-ci, à laquelle je prends mille fois plus d'intérêt qu'aux autres, fît précisément la seule qui manquât!
Je dois dîner un de ces jours entre M. Dubucq et une grande dame qu'on ne me nomme pas. Vous vous doutez bien, madame de Blacy, que je n'oublierai pas le petit cousin, qui, j'espère, ne vit plus de singes et de perroquets.
Une autre affaire dont j'oubliais de vous parler. Si le bureau de la rue Sainte-Anne est supprimé, comme on le dit, que deviendront nos amours?
On ajoute que l'intérêt de l'argent va être mis à cinq pour cent.
Je vous conseille de vous plaindre de moi, mademoiselle! Comptez mes lettres, et faites-moi réparation, s'il vous plat.
Damilaville, hélas! le pauvre Damilaville souffre, se courbe, maigrit, se rapetisse à vue d'œil; il ne peut plus marcher du tout. Si Tronchin le tire de là, je crois à la médecine et aux miracles.
Ce n'est plus l'enfant qui est malade, c'est la mère; sa goutte lui est remontée dans la tête, la poitrine et les yeux Ce ne sera rien; elle en sera quitte pour la peur, et nous pour quelques bouffées de mauvaise humeur qu'il a fallu supporter. Mme Diderot est du petit nombre des femmes qui ne savent pas souffrir.
Je suis tracassé, depuis une huitaine, par des maux d'estomac, qui ne seront rien non plus parce que je n'y fais rien. Mais, par Dieu! Faites du feu si vous avez froid, et ne vous enrhumez pas. Ce n'est pas à vous ni à Mme de Blacy, qui êtes deux volailles mortes, que je m'adresse: il vous est permis d'être malades tant qu'il vous plaira; mais maman, elle qui, pour se bien porter, n'a qu'à le vouloir. Tenez; cela est insupportable.
<i>Si je savais quel jour c'était le 4 octobre?</i> Je ne daigne seulement pas répondre à cela.
Tous ces bouquets-là me feront grand plaisir, car j'aime bien baiser et j'aime encore mieux l'être; mais gardez cela pour votre retour: cela ne se moisit pas. Une des choses qui m'ont fait le plus de joie, c'est d'apprendre de M. de La Fargue que je vous reverrais dans six semaines; il m'a semblé que six semaines étaient moins longues qu'un mois et demi.
N'allez pas faire honneur à M. Le Gendre de toute cette belle éloquence qui vous émerveille; ce sont des bribes décousues de différentes lettres de condoléance qu'on lui a écrites et qu'il s'est rappelées.
L'ami Digeon est bien occupé d'autre chose que d'exalter la tête froide de son futur beau-père. Au reste, il fait très-bien, celui-ci, de vous cajoler toutes deux. Il ne sait pas le secret.
Point de vin! Mademoiselle, cela vous plaît à dire. Ma sœur est fort contente de ses vendanges. Je crains seulement que le vin ne se garde pas. Mais il y a un remède, c'est de le boire plus vite.
Je vous fois mon compliment sur vos récoltes. Si la cherté du blé continue, c'est qu'il ne peut plus y en avoir de vieux, et que le nouveau n'est pas battu. Je n'ai point de foi au monopole. Le monopole du blé ne peut nuire, à moins qu'il ne s'y joigne de l'autorité.
Que faites-vous de M. Gras? Qu'il lasse le commerce de grains tant qu'il voudra, mais qu'il ne vous fesse pas brûler. On n'a que faire de recommander à maman de s'expliquer là-dessus, et de prendre sa grosse voix.
Ah! Dieu soit loué! voilà donc dom Micon Marin parti; et vous ne vous excédez plus de fatigue avec lui. S'il ne vous a pas renvoyé deux lettres au moins, je n'y entends plus rien, car il me semble que j'ai écrit presque tous les jours.
Le prince de Galitzin est à Bruxelles; il y restera deux mois. Il en repartira pour Berlin, où il passera l'hiver, si on le laisse en repos. De Berlin, il se rendra à Pétersbourg, où je veux absolument qu'il emmène sa femme; car on dit que si elle manque de quelque chose, ce n'est pas de finesse, éloge qu'on peut faire de presque toutes les femmes; j'en excepte pourtant le mouton de Dieu, que j'aime pour la rareté et pour d'autres belles et bonnes qualités. Ah! si elle voulait seulement pour un an...Mademoiselle, proposez-lui encore.
Ah! ah! vous courez sur les brisées de votre concierge! Il vous faut aussi du clergé! Mais ce n'est pas un trop mauvais pis-aller. Un homme comme un autre est un prêtre tout nu: demandez plutôt à l'abbé Marin, ou à Mme de Meaux de Vitry.
Non, mademoiselle, je ne vous dirai plus que je vous aime; ou si je vous le dis, ce sera malgré moi: c'est que je ne pourrai résister à l'habitude.
Je crois vous avoir dit avant-hier que je vous haïssais. Cela n'est pas vrai; ne le croyez pas.
Saluez bien maman pour moi; saluez bien aussi Mme de Blacy, et finissons ces rhumes, qui m'ennuient malgré leur bon acabit.
CXV Paris, le 20 octobre 1768.
Votre dernière lettre, n° 8, mademoiselle, est du 29 septembre; et m'apprendre si j'ai commis quelque faute qui m'ait fait perdre l'amitié de madame votre mère, l'estime de Mme de Blacy ou la vôtre. Un silence de vingt jours est bien propre à me donner les plus vives inquiétudes sur mon compte ou sur le vôtre. Je n'ai pas manqué un seul jour d'aller chez Damilaville y chercher une ligne de votre main. Comme il pourrait lui paraître, et que, depuis quelques jours, il me semble à moi-même, que ce n'est pas l'intérêt de sa santé qui me conduit chez lui, je n'ose plus lui demander s'il n'a rien à me remettre. J'aime mieux attendre jusqu'à neuf heures, dix heures du soir, qu'il songe de lui-même à m'offrir quelqu'une de vos lettres; et je ne devrais pas vous dire tout le chagrin que je ressens lorsque je vois arriver le moment de le quitter sans en avoir reçu.
S'il est arrivé quelque accident à l'une de vous, ne me le laissez pas ignorer plus longtemps. Vous ne savez pas les idées qui me passent par la tête: c'est à me la faire tourner.
J'aurais à vous amuser d'une infinité de choses extraordinaires, parmi lesquelles une aussi extraordinaire qu'il m'en soit jamais arrivé dans ma vie, et que j'avais devinée, annoncée d'avance; mais je n'ai pas la liberté d'esprit nécessaire pour un récit de cette nature.
Ayez donc la bonté de me rendre le sens commun: j'en ai encore besoin quelquefois. Mademoiselle, si vous n'êtes pas dangereusement malade, ou Mme de Blacy ou maman, vous êtes bien cruelle. Vingt-un jours de suite sans dire un mot, sans donner le moindre signe de vie; je n'y conçois rien, mais rien du tout, et j'aime mieux n'y rien concevoir que de me livrer à mes conjectures. Intercepte-t-on mes lettres? Vos réponses se perdent-elles? Je vous ai écrit avec la plus grande exactitude. Je ne vis Damilaville avant-hier qu'un moment, fort tard. C'était un jour de bataille. Je ne le vis point hier. La mauvaise santé de la mère et de sa fille avait fait renvoyer mon bouquet au 13. O mon Dieu, que je suis étourdi! Tenez, sans cette circonstance, je ne me serais pas aperçu que Vous êtes moins coupable d'une semaine; c'est quelque chose; cela me rassure un peu. J'irai cette après-midi chez Damilaville, et j'espère en revenir plus content de vous. Il faut que le temps m'ait cruellement duré. N'allez pas prendre cet ennui pour la mesure de mon attachement.
Ce serait pis que le premier jour; je veux bien que cela soit, mais je ne veux pas que vous le sachiez. Ah! si je puis une fois cesser de vous aimer toutes, je n'aimerai plus personne: cela fait trop de mal. Mais je crains bien d'en avoir pour toute ma vie.
Bonjour, maman. Je vous prie en grâce de gronder un peu mademoiselle.
Je me suis amendé, moi; mais voyez comme cela me réussit. Je vous présente mon respect. J'embrasse de tout mon cœur Mme de Blacy, si elle le permet; mais pour ce méchant enfant qui s'obstine à se taire, rien, rien, rien du tout. Oh! je suis bien piqué! Ce qui me fait enrager, c'est que cela ne durera pas, et que ce soir je serai peut-être plus doux qu'un agneau.
CXVI Paris, le 20 octobre 1768.
J'entends: mademoiselle est au régime. Tous les huit jours une fois; elle ne peut pas écrire davantage. Qu'en arrive-t-il? c'est que pour peu que M.*** soit ivre le soir, il remet au lendemain l'ouverture de son paquet; pour peu que le commissionnaire de l'hôtel de Clermont soit paresseux, il diffère sa course rue Saint-Honoré; pour peu que je mette d'intervalle entre les visites que je rends au malade, je suis la quinzaine sans entendre parler de mes amies. Et puis la colère me prend, et j'écris un billet doux tel que celui que vous lisez dans ce moment.
Votre parent est un bourru; il a perdu sa femme, et la perte n'en est peut-être pas grande; il s'est tout fait donner par elle; je ne l'en blâme pas. Les héritiers en sont enragés, et c'est bien fait à eux. Ils ont réclamé une certaine chaise à porteurs dont il a tant été question par le passé. Ils se sont adressés à Mme Geoffrin, qui leur a répondu qu'elle avait été délivrée à M. de ***; mais qu'en tout cas, il n'y avait qu'à y mettre un prix, et qu'elle le payerait sans qu'il fiât besoin d'élever de nouvelles tracasseries pour cette guenille. M. de ***, qui est processif autant que la dame de la rue Saint-Honoré l'est peu, s'est jeté à la traverse, a soutenu la validité de la délivrance de la chaise à porteurs, et offert à Mme Geoffrin des armes contre les héritiers.
Mme Geoffrin lui a répondu qu'on n'avait que faire d'armes quand on n'avait point envie de se battre. Réplique de l'homme de Gisors; réplique à la réplique, tant et si bien que la vivacité, les mots, l'aigreur s'en sont mêlés, et qu'il est arrivé de Gisors une dernière lettre pleine d'injures grossières accompagnées de la menace d'un libelle. Là-dessus, voilà la dame de la rue Saint-Honoré qui grimpe à mon grenier, qui se précipite sur une chaise et qui m'étale tous ses papiers. Je me suis fâché; j'ai écrit à M. de *** une lettre honnête, mais ferme; je lui laisse voir mon goût pour la paix; mais je ne lui dissimule pas que si la guerre a lieu, je la ferai à feu et à sang.
Je le préviens en même temps qu'ayant à batailler avec un de vos parents, je croirais manquer à tout bon procédé, si je ne vous en demandais la permission. Ne pourrez-vous pas partir de là pour tacher de passer la main sur le dos de ce sanglier hérissé? Je vous jure qu'il joue un mauvais jeu.
Si Mme Geoffrin se plaint à ses amis, elle sera vengée. Ne conviendrez-vous pas qu'une femme à qui il en coûte dix mille flancs et par-delà pour un acte de bienfaisance mal entendu a le droit d'avoir de l'humeur et la prétention bien achetée de demeurer en repos! Je vous prie, mon amie, d'écrire un mot de pacification à ce hargneux; assurez-le bien que s'il me met en besogne, j'inventerai pendant un mois de suit les contes les plus ridicules sur l'homme de Gisors, et que de deux jours l'un on le vendra dans les rues à deux liards la pièce, et que je saurai bien le faire mourir de rage sans me compromettre.
On dit que M. de Laverdy a été chassé sans pension. On dit que le premier projet de M. d'invaux est de chasser tous les robins de la finance; ce sont gens qu'il faut acheter les uns après les autres, et trop cher.
M. d'Invaux est très-bien lié: c'est l'ami de MM. de Montigny, Turgot, Morellet. Ce dernier va devenir bien rauque. Il est fait secrétaire du bureau du commerce, place de quatre mille livres de rente. La confiance du mérite se joignant à celle de la richesse, qui est-ce qui le supportera?
Il est tout jeune, ce M. de Villeneuve! Ce qui achèvera de vous confondre, c'est qu'il est la bonté, la douceur, la politesse, l'affabilité mêmes; et que madame est une bonne grosse femme, bien grasse, bien dodue, belle peau, grands yeux couverts, de grands sourcils noirs, et point du tout à dédaigner. Il y a quelque diablerie là-dessous que je n'ose déchiffrer; cet homme si doux, si bon, si affable, a le ton singulier.
À votre avis, son procédé est donc bien inhumain? Votre bonté m'enchante, et ma conscience commence à se tranquilliser. Vous avez raison: j'aurais été un homme abominable.
Le rendez-vous mystérieux vous intrigue donc beaucoup? Au reste, j'en suis de retour, et voici la copie des quatre lettres qui l'ont précédé.
PREMIÈRE LETTRE Si dix-neuf ans d'absence ne m'ont pas, monsieur, absolument effacée de votre souvenir, je vous demande un jour où je puisse vous communiquer des choses fort importantes pour moi et peut-être pour vous. J'ai trois endroits où je puis vous voir avec tout le secret que vous exigerez: ici, à Paris, ou hors des barrières Saint-Michel où l'on m'a prêté une maison où je vais dissiper un noir chagrin qui me consume. La cause en est si connue que vous la savez sans doute. Ou vous êtes bien changé de ce que vous étiez, ou j'ai lieu d'attendre de vous la complaisance que je vous demande. Adressez votre réponse ici: on n'ouvre point mes lettres.
<i>Réponse.</i> MADAME, Je suis à vos ordres. Des trois endroits que vous me proposez, choisissez celui qui vous sera le plus commode; et j'y serai au jour, à l'heure que vous m'indiquerez. S'il est des sentiments que le temps efface, il en est d'autres qu'un galant homme retrouve toujours en soi.
DEUXIÈME LETTRE Je vous reconnais, monsieur, aux derniers mots de votre lettre, et notre rendez-vous serait déjà arrangé, si je n'avais voulu en assurer la tranquillité. Elle est tout à fait nécessaire aux choses que nous avons à nous dire; je tâcherai que ce soit ici Je vous renouvelle les assurances de toute mon estime.
TROISIÈME LETTRE J'ai enfin arrangé notre entrevue à mardi, 11 du mois. Vous viendrez à...vous y serez rendu à cinq heures au plus tôt et au plus tard.
Mon appartement est aux entresols, n°...Vous laisserez votre voiture dans un des coins..., et vous monterez par l'escalier qui est au bout du corridor du côté...Cette attente a le pouvoir de suspendre mon profond chagrin. Ou je me trompe fort, ou vous aurez le secret de l'adoucir, ce qui est impossible à tout autre. J'ai eu quelques aventures singulières en ma vie, mais aucune autant que celle-ci. Elle m'a fait beaucoup rêver. Damilaville, que je consultai, et qui me conseilla d'aller, me rendra justice que j'avais deviné l'énigme. À vous, mesdames; je vous jure que si vous rencontrez, je vous avouerai tout. Je vous assure, mademoiselle, que la position de M. de la Villemenne n'y fait œuvre, et que j'ai bien moins besoin d'indulgence que lui. Après cet aveu, n'allez pas revenir sur vos pas: il faut avoir des principes ou non. Un peu de baume, madame de Blacy, une goutte seulement et point de prières. Mais grand merci de l'un et de l'autre: je n'en ai que faire.
La maladie de la mère avait différé le bouquet de l'enfant au mercredi suivant: c'était Bron, Naigeon, un certain provincial que vous ne connaissez pas, et si vous le connaissez, c'est M. Touche, mon commissaire, qui est trop délicieux pour s'en passer, un M. Fèvre qui est fou de ma fille; et moi Je ne compte pas les femmes, les musiciens.
Nous avons soupé jusqu'à dix heures du matin. Je n'ai pas bu une goutte d'eau; ils chancelaient tous, j'étais ferme sur mes pieds. Dix bouteilles de Champagne rouge, trois de Champagne mousseux blanc, une bouteille de Canarie, des liqueurs de deux ou trois sortes, et du café; sans la moindre insomnie, ni le plus léger mal de tête. Je ne vous disais pas que, le reste de la compagnie partie, nous avons joué, le commissaire Touche et moi, au trictrac jusqu'à cinq heures du matin; et puis me voilà à mon lait le matin et à ma limonade le soir; et frais comme une rose...un peu passée.
Le prince a pensé me faire devenir fou; mais comme il est honnête et bon, tout s'est arrangé. Il est venu à l'heure du souper, et voulait à toute force être du nombre des convives. Je l'ai déterminé à nous laisser; mais ce n'a pas été sans peine.
Eh bien, vous aurez donc encore votre abbé Marin? Mademoiselle, si vous vous en trouvez mal, cherchez quelque autre que moi qui vous plaigne.
<i>Les portraits! les portraits!</i> Le hourvari de la petite maison que nous avons évacuée, notre installation dans un hôtel garni, ont un peu dérangé les suites de notre mystification. Ce volume, c'est moi qui l'ai écrit; c'est la chose comme elle s'est passée. Hélas, oui! Nous revoilà dans l'hôtel garni.
Je comptais avoir de la place pour quelques douceurs. Je comptais aussi répondre à Mme de Blacy; mais voilà mes quatre pages remplies: c'est ma tâche. Bonsoir, mesdames.
CXVII Paris, le 4 novembre 1768.
MESDAMES ET BONNES AMIES, Avez-vous reçu un gros paquet que j'avais envoyé au bureau du Vingtième pour y être contre-signé? Maman se prête-t-elle un peu à mes vues?
Se fera-t-elle apôtre de l'inoculation dans les campagnes? Le bien trouve mille obstacles dans les grandes villes, où il y a toujours une multitude d'hommes intéressés à ce que le mal se perpétue; où de petits intérêts particuliers, des considérations personnelles de nulle valeur s'opposent à l'utilité générale; où l'on ne rejette une chose que parce qu'elle a été proposée par un étranger, un concurrent, quelqu'un que l'on jalouse. C'est des campagnes que l'inoculation serait entrée sans contradiction dans les villes; et c'est des villes qu'elle aura toutes les peines du monde à gagner les campagnes. On veut commencer par l'aire des expériences sur ceux qui mettent une importance infime à leur vie. Cela n'a pas le sens commun Si ces expériences s'étaient faites sur des âmes qu'ils appellent viles, tout le monde aurait applaudi.
Si mon début est grave et sévère, c'est que je suis juste; si mon ton se radoucit sur la fin, c'est qu'il y a des gens contre lesquels la colère ne saurait durer, qui le savent bien, et qui en abusent.
M. de Laverdy se porte à merveille. Il a ses vingt mille francs de retraite. Il a chassé son cuisinier. Il a pris une cuisinière. Il joue la parade de l'homme pauvre, et il laisse chanter à nos polissons dans les rues, sur l'air de la Bourbonnaise: /$ Le roi, dimanche, Dit à Laverdy, Dit à Laverdy: Le roi, dimanche, Dit à Laverdy: «Va-t'en lundi» $/ Les deux rois se sont vus[207] Us se sont dit tout plein de choses douces: «Vous êtes monté bien jeune sur le trône!--Sire, vos sujets ont encore été plus heureux que les miens.--Je n'ai point encore eu l'honneur de voir votre famille.--Cela ne se peut pas: vous ne nous restez pas assez de temps; ma famille est si nombreuse; ce sont mes sujets.» Et puis tous les crocodiles qui étaient là présents se sont mis à pleurer.
Ce despote du Nord est de la plus grande affabilité. Il est honnête, il est généreux. Il a été aux Gobelins. On lui a montré les tapisseries; et le duc de Duras, qui l'accompagnait, lui ayant demandé quelle était celle qu'il avait trouvée la plus belle, il l'a désignée; et aussitôt le duc lui dit qu'il avait ordre du roi son maître de la lui offrir.
Il y avait là Soufflot, Cochin, Van Loo et d'autres. Il a commandé son portrait à Van Loo.
Une bouquetière voulait lui présenter un bouquet. M. de Duras l'écartait, et la bouquetière lui dit: «Monsieur, laissez-moi approcher. Il n'est pas si ordinaire de voir un roi à pied dans les rues.»
qui l'ont amusé; il en a fait compliment à Barthe, qui lui a répondu que son rang était enclin à l'indulgence.
Ne me parlez pas de votre M. de ***. Mademoiselle, je sens en écrivant son nom que ma tête se trouble et que tout le corps me frissonne.
Je n'ai pas été si loin que le Monomotapa. Le rendez-vous en question était à Vincennes; c'est maman qui a deviné. Ainsi, voilà le lieu de la scène connu. Mais le sujet? c'est là le point. Imaginez, mesdames, et lorsque vous aurez imaginé quelque chose de commun, dites tout de suite: Ce n'est pas cela.
Je n'ai point supprimé de lettres; il y en a quatre: trois de la dame Dolovide, une de moi.
Ne craignez rien pour ma santé. Je ne me suis jamais si bien porté que le lendemain de notre orgie, et cela dure. Un peu de libertinage par intervalle ne nuit pas.
Quand la raison vient aux hommes? Le lendemain des femmes; et ils attendent toujours ce lendemain.
Vous avez très-bien fait de laisser à votre pauvre religieuse le plaisir d'invoquer tous les matins son amie.
Ah! le bon billet qu'a La Châtre!
Rien n'est si commun, quand nos vignes gèlent, que de donner la pépie aux cannibales. Je crois qu'on ne va plus aux spectacles. Je suis toujours étonné quand je vois sortir quelqu'un de l'église.
Nous faisons tous plus ou moins le rôle du vieillard dans la rue Froidmanteau. Vous savez le conte. C'étaient des mousquetaires qui faisaient bacchanal dans un lieu de plaisir. La foule s'était assemblée. Dans cette foule, une jeune fille à qui le vieillard s'adressa pour savoir la cause de ce concours le lui dit; le vieillard, tout étonné, lui demanda: <i>Mademoiselle, est-ce que</i> Comment achèverai-je sa question? si je l'allonge, elle sera mauvaise.
M. Digeon est plus fin que Mme de Blacy; mais il ne l'est pas plus que moi.
Si le mari en use avec lui comme vous le prophétisez, ce sera bien là le cas du proverbe: <i>Aussi bien mordu d'un chien que d'une chienne.</i> Je ne me pique point du tout, mesdames, d'entendre de ce livre-là ce qui n'est pas intelligible pour vous, et je me souviens très-bien d'y avoir rencontré des endroits fort obscurs. L'établir pour l'instruction publique? le maintenir par la force générale d'un peuple qu'on ne résout pas aisément à brûler ses moissons! car lorsque le peuple est instruit, c'est la conséquence évidente pour lui d'un mauvais édit.
Quand vous désirerez que je commence ma lettre par des douceurs, faites en sorte que je ne commence pas par être taché.
J'attends une visite de l'abbé Le Monnier et de M. Trouard. J'ai un peu questionné l'abbé sur le succès de notre affaire. Il ne m'a rien dit, rien voulu dire. Je n'en augure pas plus mal. Si j'avais réussi!
Ah! madame de Blacy, je crois que j'en mourrais de joie. Je préférerais ce succès à une nuit d'une femme que j'aimerais...que j'aimerais autant que vous.
Notre malade a fait une observation singulière, c'est que ses glandes augmentent quand ses douleurs diminuent, et réciproquement. Ses glandes sont énormes, aussi ne souffre-t-il plus; il dort, mais il ne saurait marcher. Il mange, mais c'est avec dégoût. Tronchin ne sait où il en