Mlle Doligny Sophie, bien, très-bien. Mais une justice que je leur dois à tous, c'est d'y avoir mis tout leur savoir-faire, et de jouer avec un concert si parfait que l'ensemble répare les défauts du détail L'ouvrage est si rapide, si violent, si fort, qu'il est impossible de le tuer; enfin, il a été senti, et il a obtenu les applaudissements.
Ç'a été, et c'est à toutes les représentations, un monde et un tumulte épouvantables. On n'a pas mémoire d'un succès pareil, surtout à la première représentation, où la pièce était, pour ainsi dire, presque nouvelle. Il n'y a qu'une voix, c'est un bel ouvrage. J'en ai moi-même été surpris. Il a un tout autre effet encore au théâtre qu'à la lecture. Votre absence nous a tous privés d'un grand plaisir. Si tous les rôles étaient remplis comme celui de Saint-Albin, on n'y tiendrait pas. Qu'on ne me redemande plus une pareille corvée, je n'y suffirais pas. Je ne me sens plus la tête avec laquelle on ordonne une pareille machine. Duclos disait, en sortant, que trois pièces comme celle-là par an tueraient la tragédie. Qu'ils se fassent à ces émotions-là, et qu'ils supportent après cela, s'ils le peuvent, Destouches et Lachaussée. Je désirais savoir s'il fallait écrire la comédie comme je l'ai écrite, ou comme Sedaine. C'est une question bien décidée, et pour moi et pour tout le monde.
Mes amis sont au comble de la joie; je les ai tous vus. Croiriez-vous bien que Marmontel en a pleuré en m'embrassant! Ma fille y a été, et en est revenue stupide d'étonnement et d'ivresse. Au milieu de tout cela, vous me croyez fort heureux; je ne le suis pas; je ne sais ce qui se passe au fond de mon âme, qui me chagrine: j'ai de l'ennui. Ce pauvre Grimm reviendra tout juste la veille de la dernière représentation.
Son ouvrage m'accable. Si vous voyiez la masse énorme que cela forme, et les lectures qu'elle suppose, vous croiriez que j'ai écrit et lu du matin au soir.
Voilà donc la Compagnie des Indes anéantie. L'abbé Morellet a fait un mémoire contre la Compagnie; il s'est montré un mercenaire qui vend sa plume au gouvernement contre ses concitoyens. M. Necker lui a répondu avec une gravité, une hauteur et un mépris qui doivent le désoler. L'abbé se propose de répondre; c'est-à-dire qu'après avoir donné un coup de poignard à l'homme, il veut avoir le plaisir de fouler aux pieds le cadavre. L'abbé voit mieux que nous tous: dans un an d'ici, personne ne pensera plus à l'action, et il jouira de la pension qu'on lui a promise.
Bonjour, ma bonne et tendre amie. Avancez vos deux joues que je les baise, et que je vous souhaite une bonne fête. M. Perronet[223], à côté de qui j'étais tout à l'heure à la Comédie, me chargea d'ajouter une fleur à mon bouquet. Maman, madame de Blacy, aurez-vous la bonté de donner chacune un baiser pour moi à mademoiselle? Je vous présente à toutes mon respect.
J'ai vu une seconde fois Mme Bouchard: son mari m'a paru mieux.
CXXIV À Paris, le 2 septembre 1769.
Mais, ma bonne amie, vous n'aviez pas raison de vous plaindre: je vous avais écrit; et dans ce moment, vous recevez une autre lettre de moi; car je n'ai point de foi aux lettres perdues. Comment vouliez-vous que j'oubliasse que le 25 était le jour de votre fête?
Aussi assuré que je le suis de l'intérêt que vous prenez à ce qui me touche, comment pouvais-je manquer à vous instruire de mon succès? A qui vouliez-vous donc que j'en parlasse? Quoiqu'il n'y ait presque personne à Paris, le spectacle a toujours été plein jusqu'à la dernière représentation, et quiconque voulait y trouver place devait s'y prendre de bonne heure. Les comédiens ont été forcés de donner la pièce deux fois de plus qu'ils ne se l'étaient proposé, le parterre l'ayant redemandée. C'est M. Digeon qui m'a instruit de cette particularité que j'ignorais; car je vous proteste que mes amis ont été plus sensibles à cet événement que moi-même. Il y avait longtemps que je m'étais expliqué avec moi-même sur la considération publique; mais l'expérience m'a bien appris que le peu de cas que j'en faisais était très-réel. Enfin Mme Diderot prit, le vendredi au soir, la veille de la dernière représentation, le parti d'y aller avec sa fille: elle sentit l'indécence qu'il y avait à répondre, à tous ceux qui lui faisaient compliment, qu'elle n'y avait pas été. Les comédiens jouèrent ce jour-là comme ils n'avaient pas encore fait; elle fut obligée de se prêter, malgré elle, au prestige de l'ouvrage et du jeu.
Sa fille me dit qu'elle avait été aussi fortement remuée qu'aucun des spectateurs. Ce qui m'a plu davantage de tout cela, c'est d'avoir été embrassé bien serré par toutes ces actrices parmi lesquelles il y en a trois ou quatre qui ne sont pas trop déchirées. Comme tout s'arrange dans ce monde-ci! De tous ceux que j'aurais désirés là, et à qui ce succès aurait tourné la tête, l'un n'est plus, l'autre court les champs[224], et vous êtes à votre campagne. Ils prétendent que cela doit m'encourager à reprendre ce genre de travail; pour moi, je n'en crois rien. La tête qui s'exalte à ce point-là, je ne l'ai plus.
Soyez bien convaincue qu'un poète qui devient paresseux fait fort bien de l'être; et quel que soit son prétexte, la vraie raison de sa répugnance, c'est que le talent l'abandonne; c'est comme un vieillard qui ne se soucie plus de courir: si maman aime encore à galoper, malgré sa patte douloureuse, c'est qu'elle n'est pas encore vieille. Puisque je me plais tant à lire les ouvrages des autres, c'est qu'apparemment le temps d'en faire est passé. Nous verrons pourtant: j'ai un certain <i>Shérif</i> par la tête et dont il faudra bien que je me délivre[225], ainsi que des importuns qui me le demandent. En attendant, j'ai de la besogne jusque par-dessus les oreilles; je suis trois ou quatre jours de suite enfermé dans la robe de chambre. La boutique de Grimm sera bien fourrée à son retour. Je me suis mis à deux ou trois ouvrages après lesquels les auteurs qui mes les avaient confies soupiraient depuis longtemps. Je vais au Grandval; je n'en reviendrai pas sans avoir mis la dernière main à ma correspondance avec Falconet.
Je suis à présent à la révision de l'ouvrage de l'abbé Galiani, et à la correction de ses épreuves. Tandis que je serai absent, qui me remplacera pour cette édition? À vous dire vrai, il y a un homme qui en aurait la bonne volonté, mais à qui je n'en crois pas le talent.
Tout cela me soucie: je voudrais bien contenter le Baron, et je ne voudrais pas délaisser l'abbé, d'autant plus qu'il est absent, et que je ne voudrais pas qu'il dît que les absents ont tort. Autre aventure; je viens de recevoir une comédie de Voltaire[226] à présenter aux comédiens: c'est Gourville qui donne la moitié de sa fortune à un dévot, qui nie le dépôt, et l'autre moitié à Ninon, qui le rend fidèlement, quoique, dans l'absence de Gourville, elle se soit trouvée dans la plus grande détresse. Tout cela est encore fourré de trois ou quatre personnages bizarres et comiques. Elle est en vers et en cinq actes. Je doute que les comédiens l'acceptent; et quand les comédiens l'accepteraient, je doute que la police la permette: c'est une copie du <i>Tartuffe.</i> Deuxième aventure dont je ne sais, ma foi, comment nous sortirons. Le censeur que M. de Sartine nous a donné pour l'ouvrage est un capucin renforcé qui joue de la serpe à tort et à travers. J'en ai déjà écrit quatre ou cinq fois au sublime magistrat, lui protestant sur mon honneur que celui qui faisait les lacunes aurait pour agréable de les remplir.
Tout mon plaisir se réduit à vous écrire quelques lignes à la dérobée, et à m'en aller dans la chambre voisine, quand la tête est bien lasse, persifler la mère et l'enfant. Hier, l'enfant était sur le point de sortir, et voici une petite ébauche de notre causerie. «Qu'as-tu là sur la tête, qui te la rend grosse comme une citrouille?--C'est une calèche.--Mais on ne saurait te voir au fond de cette calèche, puisque calèche il y a.--Tant mieux: on en est plus regardée.--Est-ce que tu aimes à être regardée?--Cela ne me déplaît pas.--Tu es donc coquette?--Un peu. L'un vous dit: Elle n'est pas mal; un autre: Elle est bien; un troisième: Elle est jolie. On revient avec toutes ces petites douceurs-là, et cela fait plaisir.--Beau plaisir!--Tenez, mon papa, à tout prendre, j'aimerais mieux plaire un peu à beaucoup de gens que de plaire beaucoup à un seul--Ah ça, va-t'en vite avec ta calèche.--Allez, laissez-nous faire; nous savons bien ce qui nous va, et croyez qu'une calèche a bien ses petits avantages.--Et ces avantages?--D'abord, les regards partent en échappade (c'est son mot); le haut du visage est dans l'ombre; le bas en paraît plus blanc; et puis l'ampleur de cette machine rend le visage mignon,» etc., etc.
Je crois vous avoir dit que j'avais fait un Dialogue entre d'Alembert et moi En le relisant, il m'a pris fantaisie d'en faire un second, et il a été fait. Les interlocuteurs sont d'Alembert, qui rêve, Bordeu, et l'amie de d'Alembert, Mlle de l'Espinasse. Il est intitulé <i>le Rêve de d'Alembert.</i> Il n'est pas possible d'être plus profond et plus fou.
J'y ai ajouté après coup cinq ou six pages capables de faire dresser les cheveux à mon amoureuse; aussi ne les verra-t-elle jamais. Mais ce qui va bien vous surprendre, c'est qu'il n'y a pas un mot de religion, et pas un seul mot déshonnête. Après cela je vous délie de deviner ce que ce peut être. À propos de mon amoureuse, eh bien, je lui ai envoyé une lettre de M. Dubucq, qui la doit mettre un peu à son aise.
Dites-lui que j'ai fait toutes ses commissions, et que je ne l'en aime pas moins, quoiqu'elle ne cesse de me gronder: les amoureux qui ne se querellent pas de temps en temps ne s'aiment guère. Je n'ai pas vu Mme Bouchard, depuis que je lui ai fait le petit plaisir de l'envoyer à la Comédie: eh bien, elle m'embrassera donc dans la rue si elle m'y rencontre! Ma foi, partout où elle voudra: il est difficile d'être cruel avec ces femmes-là. Ma comédienne de Bordeaux me ferait enrager, si je m'y intéressais jusqu'à un certain point[227]. Imaginez qu'elle est fille de protestants, et qu'elle jouit d'une pension de deux cents livres, en qualité de nouvelle convertie, qui touche tous les ans deux cents francs pour se mettre à genoux quand le bon Dieu passe, s'est avisée de s'en moquer un jour qu'il passait; on a rapporté ses propos au procureur général: elle a été décrétée, prise et mise en prison, d'où elle n'est sortie qu'à force d'argent. M. Perronet est très-sérieusement malade; il est renfermé, il ne parle à personne.
L'abbé Morellet passe les jours et les nuits à répondre à M. Necker.
J'étais invité à aller dîner aujourd'hui à Châtillon, avec M. et Mme de Trudaine, qui ont de l'amitié pour moi Je m'en suis excusé comme j'ai pu; mais tout cela n'est que reculer pour mieux sauter. Oh! cette pièce a fait une diable de sensation. Comme un autre en tirerait bon parti pour se faufiler avec toute la terre! Cela ne m'arrivera pas, ou je changerais bien. Je n'ai pourtant pas pu me tirer des avances et des cajoleries de M. et de Mme de Salverte. J'en suis à mon second voyage à leur maison de campagne, une des plus agréables qu'il y ait aux environs de Paris; elle est située comme la maison du père Lachaise: Paris paraît avoir été bâti pour elle.
Bonsoir, bonnes amies; aimez-moi toujours, malgré mon indignité.
Portez-vous bien; que M. Gras guérisse, et que ces maudites pluies-ci ne vous chagrinent pas. J'ai écrit à ma sœur pour avoir du vin; à peine en fera-t-elle pour sa provision; et si ce temps dure, il sera cher et détestable. Mais attendons, et voyons ce que les vendanges deviendront.
CXXV Paris, le 11 septembre 1769 MESDAMES ET BONNES AMIES, Je suis tout à fait sur les dents. Il est temps que Grimm arrive et que je lui remette le tablier de sa boutique. Je suis las de ce métier, et vous conviendrez que c'est le plus plat métier qu'il y ait au monde que celui de lire tous les plats ouvrages qui paraissent.
On me donnerait aussi gros d'or que moi, et je ne suis pas des plus minces, que je ne voudrais pas continuer. Réjouissez-vous; me voilà enfin tout à fait débarrassé de cette édition de l'<i>Encyclopédie</i>, grâce à l'impertinence d'un des entrepreneurs. M. Panckoucke, enflé de l'arrogance d'un nouveau parvenu, et croyant en user avec moi comme il en use apparemment avec quelques pauvres diables à qui il donne du pain, bien cher s'ils sont obligés de digérer ses sottises, s'est avisé de s'échapper chez moi; ce qui ne lui a point réussi du tout. Je l'ai laissé aller tant qu'il a voulu; puis me levant brusquement, je l'ai pris par la main; je lui ai dit: «Monsieur Panckoucke, en quelque lieu du monde que ce soit, dans la rue, dans l'église, en mauvais lieu, à qui que ce soit, il faut toujours parler honnêtement; mais cela est bien plus nécessaire encore quand on parle à un homme qui n'est pas plus endurant que moi, et qu'on lui parle chez lui Allez au diable...vous et votre ouvrage; je n'y veux point travailler. Vous me donneriez vingt mille louis, et je pourrais expédier votre besogne en un clin d'œil, que je n'en ferais rien. Ayez pour agréable de sortir d'ici, et de me laisser en repos.» Ainsi, voilà, je crois, une inquiétude bien finie.
<i>Le Père de Famille</i> a continué d'avoir le plus grand succès. Toujours pleine salle, malgré la solitude de Paris. C'est après-demain la dernière représentation; ils ne veulent pas l'user; ils le réservent pour l'hiver prochain; et d'ailleurs Molé n'y suffirait pas plus longtemps.
Je me trouvai, il y a huit jours, à l'orchestre entre M. Perronet et Mme de La Ruette. Je m'invitai à aller voir ses travaux à Neuilly, à condition que nous ne serions que quatre, en le comptant. Bon; voilà le jour venu; le rendez-vous était chez moi; ce n'est plus M. Perronet qui me vient prendre, c'est M. de Senneville; nous allons, et nous nous trouvons quatorze ou quinze à table, sans compter le maître de la maison qui ne vint point. Cela se passa fort bien: M. de Senneville fut on ne peut plus gai et plus affable; nous parlâmes un peu de Mme Le Gendre; il convint qu'il avait eu le cœur un peu égratigné. Nous revînmes ensemble dans la voiture de M. Perronet; il me déposa au Pont-Tournant, et nous nous séparâmes assez contents l'un de l'autre.
Je vis beaucoup dans ma robe de chambre; je lis, j'écris; j'écris d'assez bonnes choses, à propos de fort mauvaises que je lis. Je ne vois personne, parce qu'il n'y a plus personne à Paris. M. Bouchard m'a fait une visite, et j'ai été fort aise de le voir venir de la rue des Vieux-Augustins, rue Taranne, grimper à un quatrième étage; c'est la tâche d'un homme en train de se bien porter.
Lorsqu'il n'y a point de livres nouveaux dont je puisse rendre compte, je fais des extraits de livres qui ne sont pas, en attendant qu'on les fasse. Quand cette ressource, qui est assez féconde, me manque, j'en ai une autre, c'est de faire de petits ouvrages. J'ai fait un Dialogue entre d'Alembert et moi: nous y causons assez gaiement, et même assez clairement, malgré la sécheresse et l'obscurité du sujet. À ce Dialogue il en succède un second beaucoup plus étendu, qui sert d'éclaircissement au premier; celui-ci est intitulé: <i>le Rêve de d'Alembert.</i> Les interlocuteurs sont: d'Alembert rêvant, Mlle de L'Espinasse, amie de d'Alembert, et le docteur Bordeu. Si j'avais voulu sacrifier la richesse du fond à la noblesse du ton, Démocrite, Hippocrate et Leucippe auraient été mes personnages; mais la vraisemblance m'aurait renfermé dans les bornes étroites de la philosophie ancienne, et j'y aurais trop perdu. Cela est de la plus haute extravagance, et tout à la fois de la philosophie la plus profonde; il y a quelque adresse à avoir mis mes idées dans la bouche d'un homme qui rêve: il faut souvent donner à la sagesse l'air de la folie, afin de lui procurer ses entrées; j'aime mieux qu'on dise: « Mais cela n'est pas si insensé qu'on croirait bien», que de dire: « Écoutez-moi, voici des choses très-sages.»
Nos promenades, la petite bonne et moi, vont toujours leur train. Je me proposai dans la dernière de lui faire concevoir qu'il n'y avait aucune vertu qui n'eût deux récompenses: le plaisir de bien faire, et celui d'obtenir la bienveillance des autres; aucun vice qui n'eût deux châtiments: l'un au fond de notre cœur, un autre dans le sentiment d'aversion que nous ne manquons jamais d'inspirer aux autres. Le texte n'était pas stérile; nous parcourûmes la plupart des vertus; ensuite, je lui montrai l'envieux avec ses yeux creux et son visage pâle et maigre; l'intempérant avec son estomac délabré et ses jambes goutteuses; le luxurieux avec sa poitrine asthmatique et les restes de plusieurs maladies qu'on ne guérit point, ou qu'on ne guérit qu'au détriment du reste de la machine. Cela va fort bien, nous n'aurons guère de préjugés; mais nous aurons de la discrétion, des mœurs et des principes communs à tous les siècles et à toutes les nations. Cette dernière réflexion est d'elle.
Je fis hier un dîner fort singulier: je passai presque toute la journée chez un ami commun, avec deux moines qui n'étaient rien moins que bigots. L'un d'eux nous lut le premier cahier d'un traité d'athéisme très-frais et très-vigoureux, plein d'idées neuves et hardies; j'appris avec édification que cette doctrine était la doctrine courante de leurs corridors. Au reste, ces deux moines étaient les eros bonnets de leur maison: ils avaient de l'esprit, de la gaieté, de l'honnêteté, des connaissances. Quelles que soient nos opinions, on a toujours des mœurs quand on passe les trois quarts de sa vie à étudier; et je gage que ces moines athées sont les plus réguliers de leur couvent. Ce qui m'amusa beaucoup, ce firent les efforts de notre apôtre du matérialisme pour trouver dans l'ordre éternel de la nature une sanction aux bis; mais ce qui vous amusera bien davantage, c'est la bonhomie avec laquelle cet apôtre prétendait que son système, qui attaquait tout ce qu'il y a au monde de plus révéré, était innocent, et ne l'exposait à aucune suite désagréable; tandis qu'il n'y avait pas une phrase qui ne lui valût un fagot.
Pour toute réponse à mon amoureuse, je lui envoie une lettre de M.
Dubucq, reçue presque au même moment que la sienne.
Je vous salue toutes trois, et vous embrasse de bon cœur. Çà, venez, approchez vos joues, mon amoureuse; maman, donnez-moi votre main, vous; mademoiselle Volland, tout ce qu'il vous plaira.
Bon! j'allais oublier de vous dire que j'avais eu à la fin te courage d'aller dîner à la campagne, chez M. de Salverte. La journée se passa fort uniment, fort simplement, très-bien; nos époux s'aiment, et sont dans la meilleure intelligence avec leurs parents. Chemin faisant, je descendis chez Casanove, et je trouvai Mme Casanove toujours avec de belles joues, de beaux yeux, de très-belles dents, comme je e lui sus très-bien dire. Son mari avait la complaisance de détourner la tête de temps en temps: vous remarquerez que cela se passait à la campagne, et par conséquence sans conséquence[228].
CXXVI Paris, le 22 septembre 1769.
Oh, oui! vous avez bien deviné cela, bonne amie! Grimm m'écrivait la veille de la dernière représentation, de Berlin, qu'il ne lui restait plus que cinq ou six cents lieues à faire. Il est arrivé une scène tout à fait sanglante à cette dernière représentation, qui a pensé troubler tout te spectacle. Au moment où l'on entend du bruit dans la maison, et où Saint-Albin menace de tuer te premier qui osera mettre la main sur sa maîtresse, une jeune femme qui était aux premières loges poussa un cri aussi aigu que celui de Saint-Albin, et se trouva mal.
Cette jeune femme se montrait au spectacle la première fois après son mariage, comme c'est l'usage. Cela m'a valu la visite de son mari, qui a grimpé à mon quatrième étage pour me remercier du plaisir et de la peine que je leur avais faits. Ce mari est avocat général au parlement de Bordeaux; il s'appelle M. Dupaty. Nous causâmes très-agréablement.
Lorsqu'il s'en allait, et qu'il fut sur mon palier, il tira modestement de sa poche un ouvrage imprimé sur lequel il me pria de jeter tes yeux avec indulgence, s'excusant sur sa jeunesse et la médiocrité de son talent. Le voilà parti; je me mets à lire, et je trouve, à mon grand étonnement, un morceau plein d'éloquence, de hardiesse et de logique: c'était un réquisitoire en laveur d'une femme convaincue de s'être un peu amusée dans la première année de son veuvage, et menacée, aux termes de la loi, de perdre tous les avantages de son contrat de mariage. J'ai appris depuis que ce même magistrat adolescent s'était élevé contre les vexations du duc de Richelieu, avait osé fixer les limites du pouvoir du commandant et de la loi, et faire ouvrir les portes des prisons à plusieurs citoyens qui y avaient été renfermés d'autorité. J'ai appris qu'après avoir humilié le commandant de la province, il avait entrepris les évêques qui avaient annulé des mariages protestants, et qu'il en avait fait réhabiliter quarante.
Si l'esprit de la philosophie et du patriotisme allait s'emparer une fois de ces vieilles têtes-là, oh la bonne chose! Cela n'est pas impossible. Lorsque je revis M. Dupaty, je lui dis qu'en lisant son discours, ma vanité mortifiée n'avait trouvé de ressource que dans l'espérance que, marié, ayant des enfants, la soif de l'aisance, du repos, des honneurs, de la richesse le saisirait, et que tout ce talent ne réduirait à rien. Vous auriez souri de la naïveté avec laquelle il me promettait le contraire[229].
J'ai encore huit ou dix jours au moins à porter l'ennuyeux tablier. Je pense que depuis que vous vous êtes félicitées du retour du beau temps, si les eaux de la Marne se sont renflées en proportion de celles de la Seine, la bourbeuse rivière couvre les vordes, et vous tient assiégées dans votre château. Il y a longtemps qu'on a dépouillé les comètes de toute influence sur nos affaires; est-ce à tort ou à raison? ma foi, je n'en sais rien. Vous direz, vous, qu'elles font perdre au jeu; mais maman dira, elle, qu'elles y font gagner; et puis ce sera comme toutes les choses de ce monde, qui ne peuvent nuire à l'un qu'elles ne soient utiles à l'autre. Vitrichy ou plutôt Villie était un médecin prussien qui publia plusieurs ouvrages, entre autres celui dont vous me parlez, où il traita de quelques propriétés merveilleuses du succin et autres substances naturelles. Il n'est point mort à Francfort, comme le dit le président de Thou, mais à Libuze. Si vous en voulez savoir davantage et qu'il y ait dans le canton quelqu'un qui ait besoin d'un autre philtre que celui d'un bon verre de vin que vous lui présenteriez en le regardant d'une certaine façon, je me le ferai prêter. Eh bien, vos récoltes ne sont donc pas achevées? et les chenilles sont donc en train de vous dispenser de celle des navettes? Aussi, que ne les faisiez-vous excommunier?
L'ouvrage de Neuilly est très-beau à voir; mais l'architecte est toujours claquemuré par sa maladie. M. et Mme de Trudaine m'ont pris dans une belle passion; il n'a tenu qu'à moi d'aller dîner deux ou trois fois à Châtillon en petit comité. Je n'en ai rien fait, parce que je suis un ours; mais j'ai promis, cela ne me coûte rien, parce que je ne m'engage jamais à tenir mes promesses. Je ne puis rien vous dire ni de M. ni de Mme Bouchard, que je n'ai point vus. Un anachorète ne vit pas plus retiré que moi Je me garderai bien de vous envoyer mes Dialogues; j'y perdrais le plaisir que j'aurais à vous les lire.
D'ailleurs, sans me méfier de votre pénétration, je crois qu'il faut un petit commentaire. Cet ami qui était en quatrième avec les deux moines et moi, c'est un nommé Touche, dont vous aurez pu entendre parler à Mme Le Gendre qui le connaissait et l'estimait. <i>Vos jours et vos yeux!</i> Oh! je vous conseille de vous avancer davantage si vous ne voulez pas que Mme Casanove aille à l'enchère sur vous. Voici une nouvelle toute fraîche qui vous fera plaisir: le prince de Galitzin vient d'obtenir l'ambassade de La Haye, la meilleure de toutes et la moins pénible. Le voilà riche et paresseux à jamais; le voilà au centre de la peinture; le voilà proche de ses amis; je suis sûr que la tête lui en tourne. Il part de Pétersbourg avec sa femme, qui fera ses couches à Berlin d'où ils se rendront en Hollande.
Je veux mourir, si je vois dans ce <i>fragment épistolaire</i> autre chose que ce que vous y voyez; un homme qui, à l'occasion d'une bagatelle qui a pu vous être agréable, pousse sa pointe, et court après l'avantage d'avoir à se justifier auprès de vous des tendres sentiments qu'il a pris sans votre aveu, et qu'il ne désespérait pas de vous faire agréer. Cela n'est pas maladroit. Qu'il y réussît ou non, il se serait expliqué; mais il ne vous connaît guère: vous ne répondrez pointa cela.
Bonsoir, mesdames et bonnes amies. Je suis harassé de fatigue, et il est temps que Grimm rentre dans sa boutique.
CXXVII Paris, le 1er octobre 1769.
Grimm n'est pas encore arrivé; ainsi, bonne amie, je porte encore le tablier de sa boutique; mais je commence à m'en lasser, et je ne sais plus ce qui me fait désirer son retour, si c'est le plaisir de revoir un ami, ou celui d'être soulagé d'un fardeau qui me pèse.
L'édition de l'abbé Galiani, mes planches, la corvée de Grimm, le Salon et mes petites affaires particulières m'accablent. Le soir, je suis quelquefois si las que je n'ai pas la force de manger; cela est à la lettre.
Vous ai-je dit que Greuze venait de recevoir le remboursement du mépris qu'il avait eu jusqu'à présent pour ses confrères? Son but était d'être peintre d'histoire. Il a présenté pour sa réception un tableau d'histoire; ce tableau était mauvais; ils ont accepté son mauvais tableau, et l'ont reçu comme peintre de genre. Sa femme s'en ronge les poings de foreur.
Mademoiselle Volland, mettez-vous en prière le soir, et demandez à Dieu le prompt retour de Grimm, et le prompt départ d'un de ses compatriotes appelé Weinacht, ou en langue chrétienne Noël Ce Weinacht ou Noël est le <i>miré</i> de l'impératrice; voilà la troisième ou quatrième fois qu'il m'enivre avec d'excellents vins que nous buvons à la santé de Sa Majesté; mais je pense que puisque ceci est affaire de prières, vous feriez bien de renvoyer cette commission à mon amoureuse.
<i>Sur ma bonne foi!</i> Oh! l'on peut m'y laisser en toute sûreté. J'ai eu le malheur de voir mon extrait baptistaire hier, avant-hier: ah!
mademoiselle Volland, que je suis vieux! Si je suis nul, je vous réponds qu'il y en a qui ont fermé boutique de meilleure heure. J'ai je n'oserais vous le dire: cet âge est effrayant!
Je remis, il y a quelques jours, entre les mains de Molé cette comédie de Voltaire[230]. Je n'en entends point parler; je crains bien qu'elle ne me revienne avec un refus.
Ma petite bonne est dans les grandes affaires: il s'agit du bouquet de son papa; ce n'est pas une bagatelle; il faut être sublime. Je traverse à grands pas le salon du clavecin, parce qu'il ne faut pas que j'entende, et je vous jure que je n'entends rien: il ne faut pas apercevoir un bouquet qui doit nous être présenté.
<i>Ce Dialogue entre d'Alembert et moi</i>; et comment diable voulez-vous que je vous le fesse copier? c'est presque un livre; et puis, je vous l'ai dit, il faut un commentateur.
Ni moi ni personne ne sait un mot de la maladie de M...C'est un secret entre son médecin, sa femme et lui Je n'ai point de nouvelles connaissances, et je n'en veux point; je n'y vois rien à gagner pour soi, et tout à perdre pour ceux qui nous aiment. J'ai fait quelques voyages à la campagne de M. de Salverte: le moyen de s'y refuser?
Quelle fantaisie vous prend d'observer cette comète? Il y a près de cent ans que les comètes ne signifient plus rien.
L'abbé Le Monnier m'a donné une commission; je m'en suis bien acquitté; il m'a dit des injures, et puis je n'en ai plus entendu parler. Je ne sais ce que sont devenus M. et Mme Bouchard.
Bonjour, mesdames et bonnes amies. Portez-vous bien; revenez bien vite; et n'oubliez pas, le jour de la Saint-François, d'embrasser une bonne maman pour moi, avec vos bouquets. Présentez-lui mes souhaits et mon dévouement éternel. Vous revenez donc bientôt? Ah! la bonne nouvelle!
CXXVIII Paris, le 18 octobre 1769.
Enfin, il est de retour, de mardi dernier, à ce qu'on dit; mais certains apprêts fort antérieurs, un voyage à la Briche, une santé bonne à la vérité, mais qui marquait déjà un peu de déchet, me font soupçonner un arrangement que je n'ai garde de blâmer. Il était très-naturel que nous nous vissions le mercredi; en effet, son tartare vint me dire qu'il m'attendait à onze heures; mais à cette heure-là même le carrosse de M. de Salverte devait me venir prendre pour aller passer le reste de la journée à la campagne. Je ne vous ai jamais dit un mot de ces honnêtes gens-là. M. de Salverte me paraît faible de santé, un peu vaporeux, inattendu cherchant le mot désobligeant, et heureusement ne le trouvant pas toujours; aimant le faste, la table, le bon vin, même un peu plus qu'il ne faut pour sa force. Mme de Salverte parle assez bien; est cachée, silencieuse; on la croirait fausse, à la juger sur sa physionomie; elle est certainement sèche, mais je ne la crois pas mauvaise. Pour Mme Devaisnes, c'est une des femmes ou plutôt des enfants les plus aimables qu'il soit possible de voir; de la raison, de la vivacité, de la gaieté, de la naïveté avec un peu de réflexion, une figure assez agréable, tout plein de talents; elle a tout cela et je l'aime beaucoup. J'oubliais de vous dire que M. de Salverte est très-despote et très-personnel; M. Devaisnes commence à perdre ce ton léger et charmant qu'il tenait du grand monde; soit que le séjour habituel à la campagne, soit que des pensées plus sérieuses l'aient un peu rembruni, je lui soupçonne plus d'ambition qu'il n'en montre. On arrive tard, on se met à table tout en arrivant: on mange bien, on boit encore mieux: on n'est ni bien gai, ni bien triste; on joue après dîner à des jeux d'exercice, on se promène, on cause, on se sépare toujours en souhaitant de se revoir. Le jeudi, comme je suis veuf, madame et mademoiselle étant à Sèvres, je donnai à Grimm rendez-vous chez moi; il vint de bonne heure, et nous nous séparâmes fort avant dans la nuit. Je ne vous parle pas du plaisir que nous eûmes à nous revoir, après une absence de cinq mois. Je l'aime, et j'en suis tendrement aimé. C'est tout dire. Je ne finirais pas si je m'embarquais dans l'histoire des agréments de son voyage; le roi de Prusse l'a arrêté trois jours de suite à Potsdam, et il a eu l'honneur de causer avec lui deux heures et demie chaque jour. Il en est enchanté; mais le moyen de ne pas l'être d'un grand prince, quand il s'avise d'être affable? Au sortir du dernier entretien, on lui présenta de la part du roi, une belle boîte d'or. Cela est fort bien; le prince de Saxe-Gotha a fait encore mieux: il lui a donné un titre, je ne sais quel, et il a attaché à ce titre une pension de douze cents livres. Ajoutez à cela un ventre très-rondelet et une lace lunaire qu'il a rapportés de son voyage, et vous trouverez qu'il n'a pas tout à fait perdu son temps sur les grands chemins. Mais je crains bien que le plus précieux de ces avantages, la santé, ne soit pas de longue durée. Tout à l'heure, vous saurez pourquoi je le présume. Rendez-vous pris chez moi encore pour le lendemain, c'est ce jour-là que je lui ai remis le tablier de la boutique, avec un volume de papiers effrayant. Nous en lûmes ensemble quelques-uns; j'avais choisi les plus amusants; malgré cela, le peu d'attention qu'ils exigeaient lui avait coloré les pommettes des joues d'un incarnat de fâcheux augure; la chaise de paille le tuera, s'il ne prend garde. Je lui demandai en grâce de ménager la pacotille que je lui remettais, de manière à vivre quelque temps là-dessus.
C'était en effet la meilleure récompense que je pusse obtenir de ce pénible travail; il me l'a promise; me tiendra-t-il parole? j'en doute.
Il a vu sa mère qui a quatre-vingt-cinq ou six ans passés, et qui jouit de la plus belle santé et de toute sa raison. Il a vu des frères, des neveux, des nièces dont il est enchanté. Au milieu de toutes ces agréables distractions-là, il a eu la bonté de se ressouvenir de Mlle Diderot, et de lui apporter un fardeau de musique imprimée des auteurs les plus renommés, et aussi belle que de la musique gravée. J'allai hier voir ma femme et ma fille; je comptais passer la journée en tête-à-tête avec elles, et je suis tombé dans une cohue de vingt-deux personnes. Nous avions fait la partie d'aller aujourd'hui au Grandval, mais nous en avons été détournés par une compagnie qui avait choisi le même jour. Nous y allons demain mardi; nous passerons ensemble deux heures et demie en allant, et deux heures et demie très-douces en revenant; voilà ce que nous nous sommes dit, et ce qui est vrai; mais ce qui ne l'est pas moins, et ce que nous ne nous sommes pas dit, c'est que le baron s'emparera de moi. Et vous, mesdames, quand me restituerez-vous les autres absents qui me sont chers? Voilà de beaux jours que je maudis de bon cœur; je mène la vie la plus retirée; j'y suis si bien fait, qu'il m'est arrivé une fois de m'habiller et de me déshabiller tout de suite.
Je vous salue, et vous embrasse de tout mon cœur. Si Mlle Volland voulait être sincère, elle m'avouerait qu'elle avait oublié le jour de ma fête.
CXXIX Paris, le 2 novembre 1769.
Je vous ai écrit deux fois, bonne amie, avant que de faire mon petit voyage du Grandval. Je vous ai parlé du retour de Grimm. Je crois vous avoir dit que sa tournée avait été d'environ deux mille cinq cents lieues; qu'il n'avait pas perdu tout son temps sur les grands chemins, quoiqu'il se fut refusé aux propositions les plus avantageuses; qu'on lui avait donné à Gotha un titre honorifique avec une pension de douze cents livres; que le duc d'Orléans lui avait permis d'accepter l'un et l'autre, et qu'enfin il était riche, s'il était modéré dans ses désirs.
Je vous ai priée de remercier mon amoureuse de son baume, dont le sédiment délayé avec un peu d'eau-de-vie de lavande m'a guéri d'un bobo au sein, qui commençait à m'inquiéter par son retour opiniâtre.
Le baron m'a témoigné tant d'humeur de ce qu'après lui avoir promis d'aller vivre avec lui à la campagne, je lui avais manqué de parole; il menait une vie si déplaisante, sa femme, ses enfants, sa belle-mère me désiraient si fort, qu'il a fallu céder. J'ai donc passé dix jours au Grandval; comme on les y passe: dans la plus grande liberté, et la plus grande chère.
Je me suis presque engagé à y retourner jusqu'à la Saint-Martin, que nous reviendrons tous ensemble à Paris; à moins que je n'exécute un projet proposé de folie, dans un de ces moments où l'on est si content d'être les uns à côté des autres, qu'on se sent pressé du désir d'y rester, c'est de passer une bonne partie de l'hiver à la campagne.
Je me débarrasserais là d'une multitude de besognes importunes qui me pèsent sur les épaules, et peut-être en entamerais-je quelques importantes qui me rendraient honneur et profit, et qui me conduiraient jusqu'à la fin de ma carrière; elle est bien plus avancée que je ne croyais, à moins que je ne veuille la mesurer par la santé; je suis vieux, mais il est sûr qu'il n'y paraît pas; on ne le croirait jamais, à moins que je ne révèle mon secret, ce que je ne fois pas volontiers avec les femmes que j'aime et dont je veux être aimé aussi