SigPhi · Denis Diderot

Lettres à Mademoiselle de Volland (French)

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mère ne se montrera pas empressée d'aller chercher sa chère fille? Je gage que Mm Le Gendre en a perdu le sentiment. Vous ne donnez pas, vous, dans ces mines-là. Cela échappe à l'évêque. Ils se battaient, les bonnes gens qu'ils étaient. Demain ou plutôt aujourd'hui lundi à Paris: demain, mes paquets se font; après-demain, je suis établi au Grandval pour six semaines. Mme d'Épinay en a le cœur un peu serré et moi aussi; nous étions faits l'un à l'autre; nous comprenions sans mot dire; nous blâmions, nous approuvions du coin de l'œil; cette conversation muette va lui manquer. Vous adresserez toujours vos lettres sur le quai des Miramionnes, d'où elles iront contre-signées à Charenton, et j'enverrai les retirer le plus assidûment qu'il sera possible. Vous savez que les maîtres n'ont plus de domestiques où je suis. Ce M. Damilaville est un galant homme qui aime à faire le bien et qui sait y mettre la grâce.

Il y a deux ou trois honnêtes hommes et deux ou trois honnêtes femmes dans ce monde, et la Providence me les adresse. En vérité, si je mérite ce présent, j'en sentirai toute la valeur, et, si j'en sens toute la valeur, je n'aurai plus envie de me plaindre d'elle; si elle prenait la parole, et si elle me disait: «Je t'ai donné Grimm et Uranie pour amis; je t'ai donné Sophie pour amie; je t'ai donné Didier pour père et Angélique pour mère; tu sais ce qu'ils étaient et ce qu'ils ont fait pour toi; que te reste-t-il à me demander?» Je ne sais ce que je lui répondrais. Oui, chère amie, je retrouverai au Grandval ceux que j'y ai laissés, excepté d'Alinville; mais je n'y ferai rien de ce que vous conjecturez; je boirai, je mangerai, je dormirai, je philosopherai le soir, je vous regretterai tous les matins, et mainte fois dans la journée je soupirerai indiscrètement. Mme d'Holbach s'en apercevra, et en rira. Mme d'Aine dira que, si cela dure, il faudra qu'elle me fosse noyer par pitié. Je n'y ferai pas une panse d'a et je m'en reviendrai, à la Saint-Martin, à Paris, où je mourrai de douleur si je ne vous retrouve pas. Je tremble toujours que votre chère sœur ne fasse la folie d'aller à Isle. Nous avons encore ici nos peintres et nos musiciens et Jeannette, et Jeannette aussi, dà. Hélas! la pauvre enfant me fend le cœur, surtout quand elle se livre à la gaieté, et qu'elle rit; elle a perdu sa mère, et elle n'en sait encore rien. Je suis sûr que, si elle regardait les visages qui sont autour d'elle, elle devinerait, à l'impression de tristesse que cause sa joie, qu'il s'est passé quelque chose d'extraordinaire qu'on lui cache. Mais n'est-ce pas un phénomène bien singulier que nous éprouvons tous la même chose, et qu'il n'y ait pas un de nous que sa joie ne contriste? Ah! chère amie! il y a bien des données, et bien des données fines pour celui qui sait les saisir et les appliquer à la connaissance du cœur. C'est une caverne, mais dans les ténèbres de laquelle il luit par intervalles des rayons passagers qui l'éclairent et pour les autres et pour nous.

<i>Après les cygnes?</i> Ne craignez rien, je n'y courrai de ma vie, ni le cher abbé Galiani non plus; il s'est amusé à les agacer, ils l'ont pris en grippe, et d'aussi loin qu'ils l'aperçoivent, ils s'élèvent sur les ailes, ils arrivent au grand vol, le cou tendu, le bec entr'ouvert, et poussant des cris; il n'oserait approcher du bassin. Ils ont presque dévoré <i>Pouf.</i> Pouf est un petit chien de Mme d'Épinay, qui n'a pas son pareil pour l'esprit et la gentillesse; c'est un prodige pour son âge. Aussi nous ne croyons pas qu'il vive. Ces cygnes ont l'air fier, bête et méchant, trois qualités qui vont fort bien ensemble. Je disais des arbres du parc de Versailles qu'ils étaient hauts, droits et minces, et l'abbé Galiani ajoutait: comme les courtisans. L'abbé est inépuisable de mots et de traits plaisants; c'est un trésor dans les jours pluvieux. Je disais à Mme d'Épinay que si l'on en faisait chez les tabletiers, tout le monde en voudrait avoir un à sa campagne. Je voudrais que vous lui eussiez entendu raconter l'histoire du <i>porco sacro.</i> Il y a à Naples des moines à qui il est permis de nourrir aux dépens du public un troupeau de cochons, sans compter la communauté.

Ces cochons privilégiés sont appelés, par les saints personnages auxquels ils appartiennent, les <i>cochons sacrés.</i> Ils se promènent respectés dans toutes les rues, ils entrent dans les maisons, on les y reçoit, on leur fait politesse. Si une truie est pressée de mettre bas, on a tout le soin possible d'elle et de ses pourcelets; trop heureux celui qu'elle a honoré de ses couches! Celui qui frapperait un <i>porco sacro</i> ferait un sacrilège. Cependant des soldats peu scrupuleux en tuèrent un; cet assassinat fit grand bruit; la ville et le sénat ordonnèrent les perquisitions les plus sévères. Les malfaiteurs, craignant d'être découverts, achetèrent deux cierges, les placèrent allumés aux deux côtés du <i>porco sacro</i>, sur lequel ils étendirent une grande couverture, mirent un bénitier avec le goupillon à sa tête et un crucifix à ses pieds; et ceux qui faisaient la visite les trouvèrent à genoux et priant autour du mort. Un d'eux présenta le goupillon au commissaire; le commissaire aspersa, se mit à genoux, fit sa prière et demanda qui est-ce qui était mort? On lui répondit: «Un de nos camarades, honnête homme; c'est une perte. Voilà le train des choses du monde; les bons s'en vont et les méchants restent.» Mais je n'ai pas le courage d'achever. Ce n'est pas moi, c'est l'abbé qu'il faudrait entendre. Le fond est misérable en lui-même, mais il prend entre ses mains la couleur la plus forte et la plus gaie, et devient une source inépuisable de bonnes plaisanteries et même quelquefois de morale.

C'est lui qui m'a amené ici Nous y attendons Saurin, qui n'est pas encore venu; cela me fait craindre que Mme Helvétius ne soit fort mal; elle a quitté la campagne pour faire ses couches à Paris, et la voilà non accouchée et attaquée d'une fièvre putride. C'est une femme très-aimable, qui s'est fait un caractère qui l'a affranchie au milieu de ses semblables, toutes esclaves. Saurin m'a consulté sur le plan d'une pièce. Je l'ai renversé d'un bout à l'autre. M. Grimm et Mme d'Épinay disent que ce que j'ai imaginé est de toute beauté, mais que personne n'en peut exécuter un mot. Si ce plan a lieu, vous verrez au quatrième acte une foule de citoyens, condamnés à mort pour avoir trop bien défendu leur ville, briguer l'honneur de la préférence et tirer au sort. Le sort se tirera sur la scène. Imaginez le spectacle et les cris des pères, des mères, des parents, des amis, des enfants, à mesure que le billet fatal sort; imaginez la contenance diverse, forte ou faible, de celui que le sort a condamné; imaginez que celui qui tient le casque d'où les billets sont tirés est le gouverneur de la ville, qu'on en doit tirer six, et qu'après qu'on en a tiré cinq, il se condamne lui-même et dit: Le sixième est le mien, sans qu'on puisse jamais lui faire changer d'avis[63]. Imaginez ce que deviennent sa femme, sa fille, qui sont présentes. Ô Voltaire! vous qui savez à présent l'effet de ces tableaux, vous n'auriez garde de vous refuser à celui-là.

Mais à propos de Grimm, ne serez-vous pas un peu surprise que je vous aie déjà écrit sept à huit pages, sans presque vous en dire un mot?

C'est, mon amie, qu'il arrange si bien ses voyages, qu'il sort de la Chevrette au moment que j'y arrive. En vérité, quand il aurait le dessein de me rendre amoureux de sa maîtresse, il ne s'y prendrait pas autrement. Vous concevez bien que je plaisante: il est trop honnête pour avoir cette vue, et je le suis trop, moi, pour qu'elle lui réussît quand il l'aurait. Et puis, il est si enfoncé dans la négociation et les mémoires, qu'on ne lui voit pas le bout du nez. Il ne lui reste presque pas un instant pour l'amitié; et je ne sais quand l'amour trouve le sien. Nous nous sommes un peu promenés, elle et moi, ce matin. Je lui avais trouvé l'air soucieux hier au soir. Je lui en ai demandé le sujet. «C'était une de ces minuties auxquelles, lui disais-je, vous êtes trop heureux tous les deux d'être sensibles au bout de quatre ans. Vous vous examinez donc de bien près? Vous en êtes donc comme au premier jour? Eh! mes amis, tâchez de n'épouser jamais.»

L'après-dîner, nous nous sommes encore promenés, lui et elle, Mme d'Houdetot et moi J'oubliais de vous dire que j'avais trouvé mon vin blanc fort bon, que j'en avais usé peu sobrement, et que ma voisine était fort gaie. Mme d'Houdetot fait de très-jolis vers; elle m'en a récité quelques-uns qui m'ont fait grand plaisir. Il y a tout plein de simplicité et de délicatesse. Je n'ai osé les lui demander; mais si je puis lui arracher un <i>hymne aux tétons</i> qui pétille de feu, de chaleur, d'images et de volupté, je vous l'enverra[64]. Quoiqu'elle ait eu le courage de me le montrer, je n'ai pas eu celui de le demander.

Le soir nous avons laissé rentrer les femmes, et nous avons fait le tour du parc, Grimm et moi. Il y avait longtemps que nous ne nous étions vus; nous avons été fort aises de nous retrouver. Je l'aime sûrement, et j'en suis, je crois, autant aimé que jamais. Au milieu de ces amusements, des idées tristes m'obsèdent, je ne fais rien, le temps s'enfuit, et je ne vous ai pas. Je viens de recevoir un paquet de Damilaville. Je ne savais ce que c'était, car il était bien gros. J'espérais y trouver un mot de vous. Rien. À la place, les deux Remontrances du parlement d'Aix qui sont très-belles, mais qui ne me dédommagent pas. Je brûle de m'en retourner à Paris. Je ne saurais dissimuler ma joie; et Mme d'Épinay dit que cela n'est pas honnête d'être gai quand on quitte les gens. Il serait donc plus honnête de l'être ni plus ni moins et de paraître triste. N'y a-t-il encore rien d'arrêté sur votre retour? Votre sœur revient-elle avec vous? Si j'avais été bien avisé, j'aurais fait ce voyage de province tant projeté. Je vous aurais du moins vue en passant. Je crains que vous ne trouviez mon caractère un peu changé. On dit que j'ai l'air d'un homme qui va toujours cherchant quelque chose qui lui manque.

Au reste, c'est l'air que je dois avoir. Quand vous étiez ici, votre présence me soutenait. Avais-je du chagrin, j'allais voir mon amie, et je l'oubliais. Pourquoi m'avez-vous abandonné? La mélancolie a trouvé mon âme ouverte, elle y est entrée, et je ne pense pas qu'on puisse l'en déloger tout à fait. Elle ne me déplaît pas trop; et puis qu'importe? Je serai moins gai, ou plus triste, comme il vous plaira, mais je n'en aimerai pas moins. Ma tendresse sera d'une couleur brune qui ne sied pas mal à ce sentiment. Mon amie, tout peut s'altérer au monde; tout, sans vous en excepter; tout, excepté la passion que j'ai pour vous. Quand je vous reverrai, comme je vous embrasserai! comme je me reposerai sur vous! comme je chercherai celle que j'aime! Ah! s'il n'y avait personne qui me contraignît! mais il ne faut pas compter là-dessus. Je ne finirai pas encore cette lettre. Nous partirons de bonne heure. Grimm me descendra à la rue de Fourcy. De là il n'y a qu'un pas sur le quai des Miramionnes. Si j'y trouvais une lettre de vous, je remplirais la demi-page qui me reste et qui ne me resterait pas, car je l'aurais remplie tout en disant que je ne voulais pas en dire plus long, si l'on ne m'invitait pas à descendre. Je vais voir ce qu'on me veut...C'est Saurin qui vient d'arriver. Adieu, ma tendre amie. Ce soir, s'il n'est pas trop tard, nous causerons encore un moment, et puis il faut faire mon sac; je n'aime point à foire attendre après moi.

Nous avons eu deux convives sur lesquels nous ne comptions guère, excellents tous deux, Saurin et le curé de la Chevrette. Vous connaissez Saurin, je ne vous en dis rien. Pour notre pasteur, c'est un des meilleurs esprits qu'il y ait bien loin: il n'y a pas d'homme dont les passions se peignent plus vivement sur son visage; c'est peut-être le seul qui ait le nez expressif; il loue du nez, il blâme du nez, il décide du nez, il prophétise du nez. Grimm dit que celui qui entend le nez du curé a lu un grand traité de morale. La conversation a été fort diverse. Mme d'Houdetot m'a demandé du bout de la table où en était ma bouteille. Je lui ai répondu qu'elle devait le savoir mieux que moi.

On a trouvé que je n'étais pas trop malheureux de boire de bon vin, et d'enivrer ma voisine. Et puis on a parlé nouvelles. On a dit que le roi de Portugal introduisait le jansénisme dans ses États; cela m'a déplu. J'ai dit que, religion pour religion, quand un monarque faisait tant que d'en adopter une, il valait mieux la choisir plaisante et gaie que triste et maussade; que la mélancolie religieuse inclinait au fanatisme et à l'intolérance, et Mme d'Épinay me faisait des yeux; et à la fin, quand j'ai eu tout dit, j'ai compris que je désobligeais Mme d'Esclavelles, sa mère, qui est janséniste jusqu'à la pointe de ses cheveux blancs. On parla tendresse. Le curé, qui n'est déplacé dans aucun sujet, dit que les amants malheureux disaient tous qu'ils en mouraient; mais qu'il était rare d'en rencontrer qui tinssent parole; qu'il en avait cependant vu un: c'était un jeune homme de famille appelé <i>Soulpse.</i> Il s'éprit d'une fille belle et sage, mais sans biens et d'une famille déshonorée. Son père était alors aux galères pour faux seings. Ce jeune homme, qui prévoyait toute l'opposition et toute la raison de l'opposition qu'il rencontrerait dans ses parents, fit ce qu'il put pour se détacher; mais quand il se fut bien assuré de l'inutilité de ses efforts, il osa s'en ouvrir à ses parents, qui allaient s'épuiser en remontrances, lorsque notre amant les arrêta tout court et leur dit: «Je sais tout ce que vous avez à m'opposer, je ne saurais désapprouver des raisons que j'opposerais moi-même à mon fils si j'en avais un. Mais voyez si vous m'aimez mieux mort que mésallié; car il est sûr que si je n'ai pas celle que j'aime, j'en mourrai». On traita ce propos comme il le méritait; l'événement n'y fait rien. Le jeune homme tomba, dépérit de jour en jour, et mourut. Le curé ajouta: C'est un fait dont j'ai été témoin. «Mais, curé, lui dis-je, à la place du père qu'auriez-vous fait?--Monsieur, me répondit le curé, je ne saurais me mettre à cette place; les sentiments d'un père ne se devinent point et ne peuvent se suppléer.--Cela est vrai; mais enfin vous auriez pris un parti d'après ce que vous êtes; dites-nous quel il eut été?--Volontiers. J'aurais appelé mon fils; je lui aurais dit: <i>Soulpse</i> a été votre nom jusqu'à présent; souvenez-vous bien qu'il ne l'est plus. Appelez-vous comme il vous plaira. Voilà votre légitime. Allez vous marier avec celle que vous aimez si loin d'ici que je n'entende plus parler de vous, et que Dieu vous bénisse.--Pour moi, dit Mme d'Esclavelles, qui craignait peut-être que la décision du curé ne fît impression sur son petit-fils, si j'avais été la mère de ce jeune fou, j'aurais fait comme son père, je l'aurais laissé mourir».

Et puis voilà les avis partagés, et un bruit à faire retentir les voûtes du salon, qui a duré longtemps, et qui durerait encore, si le curé n'avait rompu la dispute par une autre histoire que voici. Un jeune curé, mécontent de son état, se sauve en Angleterre, apostasie, se marie selon la loi, et a des enfants de sa femme. Au bout d'un certain temps, il regrette son pays; il revient en France avec sa femme et ses enfants. Au bout encore d'un certain temps, il a du remords; il revient à sa religion, prend du scrupule sur son mariage, et songe à se séparer de sa femme: il s'en ouvre à notre curé, qui trouve le cas fort embarrassant, et qui, n'osant rien prendre sur lui, le renvoie aux casuistes et aux jurisconsultes. Tous décident qu'il ne peut en sûreté de conscience rester avec sa femme. Lorsque leur séparation, à laquelle la femme s'opposait de toute sa force, allait s'entamer par voie de justice, mais un peu contre le gré du curé, l'époux tomba malade et assez dangereusement pour qu'il n'en revînt pas. Il envoie chercher le curé: «Mon ami, lui dit-il, vous connaissez mes intentions; je touche au dernier moment; je veux montrer du moins qu'elles étaient sincères.

Je veux faire amende honorable publique, et recevoir les sacrements, et mourir à l'hôpital; ayez la bonté de m'y faire transporter.--Je m'en garderai bien, lui dit le curé; cette femme est innocente. Elle vous a épousé selon la loi; elle ne connaissait rien des empêchements qui ne lui permettaient pas d'accepter votre main. Et ces entants, quelle part ont-ils à votre faute? Vous êtes le seul coupable, et ce sont eux qui vont être punis! Votre femme sera déshonorée, vos entants seront déclarés naturels; et où est le bien de tout cela? La raison est pour eux; certainement, et jusqu'à ce que la loi ait prononcé, nous ignorons si elle serait contre eux. Attendons, et en attendant, mon ami, demeurez dans le lit de celle que vous appelez votre femme et qui l'est, et où vous avez eu d'elle ces entants qui vous ont appelé leur père et qui sont vos entants». Jamais le curé n'en voulut démordre. Il confessa son homme; le mal empira, il lui administra les derniers sacrements. Il mourut, et la femme et les entants restèrent en possession des titres qu'ils avaient. Nous avons tous approuvé la sagesse du curé. Grimm l'a fait peindre; il prétend en faire quelque jour un personnage de roman. Nous sommes revenus un peu tard; cet homme singulier et ses histoires aussi singulières que lui nous ont défrayés en chemin.

À propos, je ne vous ai pas dit que M. le comte de Bissy[65] avait envoyé au marquis de Ximènes pour moi une tragédie anglaise en un acte, tout à fait dans le goût du <i>Joueur.</i> Elle est intitulée <i>l'Extravagance fatale.</i> Un homme de naissance a été conduit par la dissipation à l'extrême misère. Il ne peut supporter l'idée de l'avilissement où il va tomber, lui, sa femme et ses entants. Il se persuade qu'il vaut mieux qu'il meure. Mais si la mort est meilleure pour lui que la vie, pourquoi la vie vaudrait-elle mieux que la mort pour sa femme et ses enfants? Il vient à bout de se persuader qu'il leur manquerait d'une manière indigne, s'il ne les associait pas à un sort qu'il croit préférable à celui dont il est menacé. Il se défait donc de lui-même, de sa femme et de ses deux enfants. Cette catastrophe est d'une atrocité qui révolte; cependant la dernière scène est d'un pathétique qui déchire. Imaginez que cet homme était sur le point d'être saisi et précipité dans une prison. Sa femme vient à lui, et lui propose de prendre ses enfants entre ses bras et de se sauver avec lui en quelque lieu de sûreté. Toute la dernière scène roule sur la double acception des termes de voyage, d'asile, de demeure paisible, d'éloignement des hommes, de dernier terme des revers et des maux, de repos, qui conviennent à une fuite réelle ou à la mort. La femme les entend toujours de la fuite, et l'époux les lui dit toujours de la mort. L'ignorance de cette femme, qui a reçu le breuvage fatal de son époux et qui l'a donné de sa propre main à ses deux enfants, la tendresse de ses discours, la présence de ses enfants en qui la mort circule, font un effet plus terrible mille fois que le spectacle d'Œdipe qui a les yeux crevés et qui se baisse pour chercher ses enfants. Cependant, si vous avez le père Brumoy, voyez cette scène au cinquième acte de l'<i>Œdipe</i> de Sophocle.

Je viens de recevoir votre numéro 21. Je n'ai point la tête mauvaise.

Quant à mon pied, il est guéri. Nous avons joué; le Baron a oublié son serment, mais comme la fortune a été assez égale, je ne saurais vous dire comment il soutiendrait son caprice. Il faut qu'il y ait une espèce de contre-coup à ma chute; car j'ai eu la tête étonnée pendant les deux premiers jours. Les jours suivants j'ai senti une douleur passagère au côté opposé, et depuis j'éprouve comme des envies de moucher, et la sensation comme de quelque chose d'arrêté au-dessus du nez qui voudrait tomber. Ils m'ont conseillé le sel ammoniac. Mais je bois, je mange, je dors, je n'ai ni chaleur ni fièvre, et tout ira bien.

Ô femme! serez-vous toujours femme par quelque endroit? Jamais la fêlure que nature vous fit ne reprendra-t-elle entièrement? Je n'ai pu m'empêcher de rire de tous les mouvements que vous vous êtes donnés pour un colichet. Je sais bien ce que vous répondrez à cela; mais je sais bien aussi comment on s'en impose. Je le voudrais bien que vous en fessiez de nos causeries, et vous et la chère sœur. À propos de ces Chinois, savez-vous que l'illustration remonte chez eux et ne descend jamais? Ce sont les enfants qui illustrent et anoblissent leurs aïeux, et non pas les aïeux leurs entants. Ma foi, cela est encore bien sage.

Nous sommes plus grands poëtes, plus grands philosophes, plus grands orateurs, plus grands architectes, plus grands astronomes, plus grands géomètres que ces peuples-là; mais ils entendent mieux que nous la science du bon sens et de la vertu; et si par hasard cette science était la première, ils auraient raison de dire qu'ils ont deux yeux, et que nous en avons un, et que le reste de la terre est aveugle.

Oui, je connais vos <i>Intérêts de la France mal entendus.</i> C'est un livre qui a du succès[66]. M. Gaschon m'a fait dîner une fois avec l'auteur. Cet homme connaît assez bien le mal; mais il n'entend rien aux remèdes. Il a des observations assez justes qui marquent un homme instruit, mais sans génie. Il a un monde de choses dont il ne sait rien faire; et le génie sait faire un monde de rien.

Non, non, mon ami vaut mieux que moi; personne ne peut lui être comparé, soit qu'il plaisante, soit qu'il raisonne, soit qu'il conseille, soit qu'il écrive, soit qu'il...(<i>La suite manque.</i>) XLII Le 7 octobre 1760.

Pas un moment de repos, comme vous disiez à la fin d'une de vos lettres; non, pas un moment! J'arrive, je jette en passant mon sac de nuit à ma porte, et je vole sur le quai des Miramionnes; j'y trouve une de vos lettres; j'en achève une que j'ai commencée à la Chevrette.

Je m'en retourne chez moi à minuit. Je trouve ma fille attaquée de la fièvre et d'un grand mal de gorge; je n'ai pas osé m'informer de sa santé. Les questions les plus obligeantes amènent des réponses si dures de la part de la mère, que je ne lui parle jamais sans une extrême nécessité; mais j'ai interrogé l'enfant, qui m'a très-bien répondu; j'ai donné des ordres qui marquent l'attention et l'intérêt. Voilà ce que c'est que de se brûler le sang à crier et à travailler. Je devais partir demain pour le Grandval; voilà un accident qui pourrait bien retarder mon voyage. Nous avons dîné, M. Grimm et moi, sous un des chevaux des Tuileries. Longue promenade avant dîner; dîner d'appétit; longue promenade après dîner; et, dans cet intervalle, de la morale et de l'amour, et de l'amour et de la morale; et le résultat, de se rendre meilleur, de pardonner aux méchants, assez punis par leur méchanceté même; de faire le bonheur de tous et surtout de son ami et de son amie. Je quitte M. de Montamy; je l'ai trouvé avec une grosse dondon, dont je vous dirais volontiers, comme du curé de la Chevrette, qu'on la baiserait pendant deux mois sans la baiser deux fois au même endroit; c'est une amie de Mme Riccoboni; nous en avons causé. Celle-ci vous régalera cet hiver de deux nouveaux romans. Je les verrai sûrement avant qu'on les imprime, et vous aussi, si vous êtes à Paris. Mais dites-moi donc que vous y serez, si vous ne voulez pas que je périsse.

J'avais deviné, comme vous verrez par la précédente, et la possibilité du voyage de Mme de Solignac, et les inquiétudes de Mme Le Gendre, et votre indifférence.

Toutes ces dates ne m'apprennent rien; je voulais savoir s'il n'y avait eu aucune de mes lettres d'égarée. Voici l'histoire de ma chute. J'ai connu chez Le Breton un ex-oratorien, homme d'esprit dont je suis devenu la passion, mais non pas la plus forte ni l'unique.

Cette homme s'appelle M. Destouches; il est secrétaire de la ferme où l'on fabrique le tabac, afin que je pusse connaître et décrire cette manœuvre; j'étais allé avec mon dessinateur le sommer de sa parole. Il était de bonne heure. Il est jeune. Je le trouve engagé de conversation avec une fille; je renvoie mon dessinateur; je m'assieds, et je me mets à causer avec ces fous-là. Le temps se passe; l'heure du dîner vient; nous allions dîner, Destouches et moi, chez Le Breton.

Chemin faisant, nous devions jeter sa demoiselle rue des Prouvaires.

Mais crac; à l'entrée de la rue voilà une des soupentes qui casse, et Destouches qui va donner de la tête contre celle de sa fille, et moi de la tête contre un des côtés du carrosse. Destouches descend par le côté renversé, moi et la demoiselle par l'autre côté, et cela à la vue de la compagnie la plus nombreuse et la moins choisie. Heureusement la demoiselle avait l'air plus honnête que peut-être elle ne l'était; je vous ai dit le reste. J'ai encore de temps en temps des sensations au haut du nez comme de quelque chose qui voudrait tomber par là; mais ce symptôme se dissipera comme les autres. Je vous demande en grâce de prêcher l'indulgence à notre chère sœur. Si, par hasard, nous n'occupions que le milieu entre les êtres les plus parfaits et les êtres les plus imparfaits, en regardant avec mépris ceux que la nature a placés au bas de la grande échelle, n'accorderions-nous pas le même droit à ceux qu'elle a placés au premier échelon, et qui sont autant au-dessus de nous que les objets de notre dédain sont au-dessous? Dans une machine où tout est lié, comme il n'y a rien d'inutile, pas même le gros ventre, le gros appétit et les fréquents besoins de Mme Gillet, s'il y a quelque chose d'indifférent et d'abject, c'est une suite de notre ignorance. Quelquefois je m'amuse à attacher tous ces objets sur une toile et à m'en faire un spectacle. Je ne saurais vous dire combien l'imbécillité, l'impertinence, la sottise, les airs de la coquette, les pirouettes du petit-maître, etc., etc., m'amusent sous ce coup d'œil.

Cette jalousie d'ami à ami, de sœur à sœur, de mère à fille, de fille à mère, me passe; je n'y entends rien. Si je connaissais quelque être au monde qui pût, en m'éclipsant à vos yeux, contribuer infiniment mieux que moi à votre bonheur, quel mérite plus grand me resterait-il à ambitionner, après celui d'être ce qu'il serait, sinon de vous le procurer? S'il n'est pas en moi d'être le mieux qu'il est possible pour vous, faut-il que je me prive de l'avantage de vous présenter ce mieux, si je le connais ailleurs? Voilà des raisons que l'amour n'entend pas; mais je ne conçois pas que l'amitié puisse s'y refuser.

Mlle Clairon joua mal à la première représentation de <i>Tancrède.</i> Ses fanatiques même en conviennent; mais ils disent qu'elle s'est bien corrigée dans les suivantes. Je n'en sais rien. Nous nous aimons tous de toutes nos forces. Il y a bien peu de gens à qui nous ne nous préférions; il n'y a personne au monde avec qui nous voulussions changer de sort. M. Vialet est comme les autres qui laissent un peu moins percer leur impertinence. Vous êtes à peu près contente de mes lettres, surtout des endroits où je vous dis que je vous aime; tant mieux, je ne m'intéresse qu'à ceux-ci; et comment seraient-ils mal? Le modèle d'après lequel je peins est si bien! Tous nos portraits de la Chevrette ont réussi, excepté celui de Mme d'Épinay. M. Grimm prend cet accident comme un autre. Je vous ai dit que nous avions été peints et dessinés; je lui ai demandé une copie des deux dessins, et je les aurai. Les dix lignes où vous me dites qu'il n'y a rien dans vos lettres valent mieux que toutes les miennes; si je vous avais dit les choses que j'y lis, et que j'eusse eu le bonheur de vous les persuader de moi comme je les crois de vous, je n'aurais plus qu'un souhait à faire: c'est que le temps et ma conduite vous entretinssent à jamais dans cette douce opinion. Le bonheur ou te malheur de votre vie est entre mes mains, dites-vous? Ce n'est pas comme cela; le bonheur de votre vie est entre mes mains; le bonheur de la mienne est entre tes vôtres; c'est un dépôt réciproque confié à d'honnêtes gens. Uranie ne veut donc pas croire que je la haïsse; absolument elle ne le veut pas.

J'en ai pourtant bien des raisons, et, quand il n'y aurait que celte de m'humilier souvent aux yeux de la personne que j'aime, c'en serait bien assez pour me faire croire. Pardonnez! qu'avez-vous dit là? Elle n'a pas vu ce mot, j'en suis sûr. Je serais trop fier qu'elle se fut avouée coupable. M. Gaschon a été faire sa cour à Mme de Solignac. M.

de Prisye ira. Que j'y aille aussi! ma foi je n'en ai ni te temps, ni la volonté, ni te courage. Quoi qu'en dise Mme de Solignac, il est sûr que je n'ai jamais eu l'honneur de la voir.

Si cependant la maladie durait, si mon voyage était renvoyé à la semaine prochaine, par exempte, je ne répondrais de rien. Je n'aime point tes occasions de balbutier, et balbutie toujours de timidité la première fois que je vois, et puis tout se réduit alors à des phrases d'usage dont on se paye réciproquement. Je n'ai pas un sou de cette monnaie. Adieu, ma tendre amie. Je ne vous recommande plus votre santé; il y a quelqu'un à présent qui en aura soin pour vous. Il y avait avec ma dernière lettre un papier d'agriculture pour madame votre mère; le lui avez-vous remis? Adieu, encore une fois; mon dévouement et mon respect à madame votre mère. Dites à Mme le Gendre..., dites-lui que vous m'aimez à la folie, et vous verrez que ce petit mensonge la fera pâlir...Et je ne la haïrais pas!...Hélas! non...XLIII Le 8 octobre 1760.

Je pars demain pour aller au Grandval passer le reste de l'automne. Je ne saurais vous dire, chère amie, combien il m'en coûte pour m'arracher d'ici. Si cette force que les philosophes appellent d'inertie est commune à tous tes êtres, j'en ai ma bonne part. Comment vos lettres me parviendront-elles? Comment recevrez-vous tes miennes? Quel circuit! Je me rendais ici les mardi, jeudi, dimanche au soir; je vous lisais et je vous répondais sur-le-champ: cela était assez commode: mais il n'y a pas moyen de rester. J'aurais l'air d'abandonner Mme d'Aine, qui m'a si bien accueilli tes vacances passées. Je ne suis bien avec moi-même que quand je fais ce que je dois. J'irai donc demain, jour de ma fête, où l'on ne m'attend peut-être plus et où l'on médit de moi. Vous savez que j'ai quelque affaire à l'Hôtel des Fermes; j'y ai été appelé ce matin; et par occasion je me suis rendu rue des Vieux-Augustins. J'ai demandé Mlle Boileau; elle venait de partir pour Argenteuil avec M.

Berger. J'ai laissé chez le portier un billet pour elle. On m'a dit que Mme de Solignac était arrivée; je ne l'ai point vue, mais je me suis fait écrire pour monsieur qui était absent. Le portier, à qui j'ai demandé si M. de Villeneuve y était, m'a répondu que oui, et même seul. J'ai été tenté de monter; et puis je me suis dit: Pourquoi monter? et, ne sachant que me répondre, je m'en suis allé. Vous savez apparemment qu'il déloge le 15 de ce mois et qu'il va demeurer rue Sainte-Anne. C'est le portier qui m'a bavardé cela. Vous m'avez fait faire connaissance plus intime que jamais avec M. Damilaville. J'ai soupé plusieurs fois avec lui; c'est un homme de bien. Hier, comme je m'en revenais de chez lui à minuit, par le plus affreux temps du monde, d'abord j'ai vu, rue des Boucheries, des amants qui se disaient des douceurs de fort près, au coin d'une porte, à minuit, le ciel fondant en eau; cela m'a fort édifié! Arrivé à ma porte, Jeanneton appelée, en attendant qu'elle descendît, mon fiacre m'a dit qu'un hôtel qui fait le coin de la rue des Saints-Pères, à côté de chez moi, habité par M. de Bacqueville, était en feu; et le tocsin qui sonnait de tous côtés m'a confirmé qu'il disait vrai. Le feu y était depuis midi; et aujourd'hui, quand j'ai passé sur le quai, il n'était pas encore éteint; une grande aile de l'hôtel a été brûlée. Ce M. de Bacqueville était un fou, car il n'est plus. D'abord, il n'a pas voulu ouvrir ses portes, menaçant le premier qui mettrait le pied dans sa cour de lui brûler la cervelle d'un coup de pistolet. Il a cru qu'il n'y avait plus rien; et, sur les cinq heures, il s'en est allé à l'Opéra. Là, on est venu l'avertir que l'incendie s'était renouvelé, et il a répondu: «Eh bien, ce sera une maison de brûlée; qu'on me laisse en repos.» Après le spectacle, dont il n'a pas perdu un moment, il s'en est allé chez lui; on voulait l'empêcher d'entrer; inutilement; il disait qu'il se souciait fort peu que ses meubles fussent brûlés, qu'il en achèterait d'autres; moins encore que son or ou son argent fussent fondus, qu'on les retrouverait en lingots dans les décombres; mais qu'il fallait qu'il sauvât ses papiers. «Mais, monsieur, vous périrez.--Je ne périrai point; ma maison a des détours qui ne sont connus que de moi et par lesquels je m'échapperai. Si on ne me voit pas revenir, qu'on n'en soit pas inquiet; je serai avec mes papiers dans un de mes caveaux. On a visité les caveaux. On y a bien trouvé les papiers, mais point l'homme. Il se faisait une joie de tromper son fils.» Le coquin, disait-il, me croira brûlé; il en sera au comble de la joie; il attend ma mort, et je me fais un plaisir de lui apparaître au moment où il s'y attendra le moins.» On raconte de cet homme cent folies; on dit qu'il a fait séduire sa femme par un de ses amis qui devait se laisser surprendre en flagrant délit avec elle: ce qui s'est fait. Eh conséquence la pauvre femme a été enfermée. On dit qu'il avait fait pendre un cheval vicieux dans son écurie, pour servir d'exemple aux autres. On dit qu'ayant voulu faire l'essai d'une machine à voler dans l'air qu'il avait inventée, il s'était cassé une cuisse: au demeurant, c'était un vilain avare, très-riche et qui a vécu jusqu'à quatre-vingts ans.

L'indisposition de ma fille est un mal de gorge accompagné d'une fièvre intermittente. Cela va mieux, point de fièvre aujourd'hui; s'il y a fièvre demain, elle sera saignée. Adieu, mon amie, souvenez-vous quand vous serez arrivée, quatre ou cinq jours après, de me donner le baiser que j'aurais reçu; je ne veux pas le perdre. Toujours commémoration de moi à madame votre mère et à madame votre sœur.

Voilà cette lettre, vraie ou supposée, du roi de Prusse au marquis d'Argens qui fait ici tant de bruit. Il est sûr qu'elle est de son style; mais cette preuve suffira-t-elle contre un grand nombre d'autres qui semblent constater la supposition[67]? Si vous faites de la politique, voilà un excellent sujet.

Je ne saurais m'en aller. Si je restais demain jusqu'au soir, j'aurais une lettre de vous. Combien ce voyage me peine! Adieu. Ma première sera datée du Grandval, et peut-être sera-t-elle un peu moins vide que les précédentes, grâce à la compagnie que je vais trouver.

P. S. On reconnaîtra peut-être à l'écriture d'où vient cette lettre du roi de Prusse, et peut-être que le cœur en palpitera.

Il est certain que, sans m'en parler, il est enchanté de trouver de petites occasions de lui faire sa cour.

Il ne sait pas combien elle est fière, haute, difficile, capricieuse, peu sensible, peu passionnée, et tout le mal qu'il se prépare.

J'aimerais autant me prendre d'un sylphe ou d'un ange ou d'une idée honnête.

XLIV Au Grandval, le 13 octobre 1760.