d'vnehaye, emporte les feuilles ou les pailles, qui fe ■' trouuent entrelaciez entrées branches. Ou plutoft comme l’eau mefme emporte vers lehautd’vn alem- bic les petites parties de ces huiles, que lés Alchemi- ftes ont couftume de tirer des plantes lêiches, lorf* que les ayant abbreuees de beaucoup d’eau, ils difti- lent le tout enfemble, & font par ce moyen que le peu d’huile, qu’elles contienent, monte auec la grande ^ quantité' d’eau qui eft parmi. Car eu effeét la plus part de celles cy font toutes les mefmes, qui ont couftume decompofor les cors de ces huiles. Remarque's aulfy que les vapeurs occupent toufiours beaucoup plus d'e- fpace que l’eau, bienqu’elles ne foient faites que des mefines petitesparties. Dont la raifon eft que lorfque ces parties compofent le cors de l’eau, elles ne fc meu- uent qu’afles fort pour fe plier, & s'entrelacer, en fe glif- fant les vnes contre les autres, ainfique vous les voyés reprefentées vers A. Au lieu que lorsqu’elles ont la for- me d’vne vapeur, leur agitation eft li grande, qu’elles tournent en rond fort promptement de tous coftés, & s’eftendent par mefme moyen de toute leur longeur, en telle forte que chafcune a la force de chalfer d’autour defoy toutes celles de fes femblables, qui tendent a entresjfn la petite Iphere qu’elle deforit. Ainfi que vous les voyés reprefentées vers B. Et c'eft en mefme façon que li vous faites tourner afles vifte le piuot LM, au trauers duquel eft palTée la chorde N P, vous verres que cette chorde fe tiendra en l’air toute droite & eftencîue, occupant par ce moyen tout l’efpace compris dans le •Les M et e or es'.
cercle N O P eu celle forte qu'on n yj>ourra mettre aucun autre cors, quelle ne le frappe incontinent auec force, pour l’en chafler: au lieu que fi vous la faites mou- uoir plus lentement, elle s’entortillera de foy raefme au- tour de ce pinot, & ainfi n’occupera plus tant d’elpace.
De plus il faut remarquer que ces vapeurs peuucnt eftre pli^ou moins prelfées ou eftendues, &c plusr ou mpins chaudes ou froides, & plus ou moins tranfparentcs ou ob- feures, & plu s ou moi ns hn raides ou feiches vnefois que Iautre. Carpret miere- V Discour) Second. * mierementlorlque leurs parties, n’eftant plus a fies fort agitées pour fe tenir eftendues en ligne droite, com- mencent a le plier & fe rapprocher les vnes des autres, ainfi qu'elles font reprefentées vers C & vers D; Oubien *■; lors qu’cftant refendes entre des montaignes, ou entre les avions de diuers vens qui eftant oppofés s'empe- (chentlés vns les autres d’agiter l'air, ou au deflous de quelques nues, elles ne fe peuuent pas eftendre en tan c d'efpace que leur agitation le requert, comme vous les pouués voir vers Ej Ou enfin lors qu'employant la plus grande partie de leur agitation a fe mouuoir plufieurs enfemble vers vn mefme cofté, elles ne tournoyent plus fi fort que de couine, ainfi qu’elles fe voyent vers F, ou fortant de l'elp^e E, elles engendrent vn vent qui foufflevers Gjlleft manifefte que les vapeurs quelles • compofent font pluselpeffes ou plus ferrées, que lors qu'il n'arriue aucune de ces trois chofes. Et il eft mani- fefte aufly que fuppofantlavapeurquieft vers E autant agitée, que celle qui eft vers B, elle doit çftre beaucoup plus^haudc, a caufequÊfes parties eftant plus ferrées ont plus de force. En mefine façon que la chaleur d’va fer embrafé' eft bien plus ardente, que celle des charbons bu de la flame. Et c’eft pour cette caufc qu’on lent Ibu- uent en efté'vne chaleur plus forte & plus ëftouffante, lors que l'air eftant calme & comme efgalement prelfé de touscoftes couue vne plui», que lors qu'il eft plus clair & plus ferein. Pour la vapeur qui eft vers C, elle eft plus froide que celle qui eft vers B, nonobftant que lès parties foient tfn peu plus ferrées; d'autant que ie les fup- pôle beaucoup moins agitees. Et au contraire^elle qui . 0 Y eft mm§m m mssêm 170 Les Metîokes.
cil vers D eft plus chaude; d’au^nt que fes parties font fuppofées beaucoup plqs ferrées, & feulement vn^>en moins agitées. Et celle qui eft vers F eft plus froide que celle qui eft vers E, nonobftant que fès parties ne fbient ny moins ferrées, ny Aoins agitées; d'autant qu’elles s'accordent plus a (è mouuoir en mcfme fens, ce qui eft caufe qu'elles ne peuuent tant esbranfler les petites par- ties des autres cors. Ainfi qu'vn vent qui fouffle tou- fiours de mefîne façon, quoy que très fort, n’agitc pas tant les feuilles & les branches d’vne foreft, qu’vn plus foible qui eft moins efgal. Et vous pourres connoiftre par expérience qucceft en cette agitation des petites parties r Discours Second. *7* parties des cors terreftres que confifte la chaleur, fi fout- flantaflfés fort contre vos doigts ioins enlemble, vous pfenés garde que l'haleine quifortirade voftre bouche vous femblera froide au deflhs de voftre main,ou paflant fort vifte &d'efgalc force elle ne caufera gueres d’agita- tion; au lieu que vous la fêntire’s allés chaude dans les en- tredenx de vosdoigs, ôu paflant plus inefgaleroent & lentement elle agitera d'auautage leurs petites parties. Ainfi qu’on la fent aufly toujours chaude, lors qnou fouffle ayant la bouche fort ouuerte; & froide, lors qu on foufSe en l’ayant prefque ferméfe. Ht c'eft pour la mel- meraifon qu’ordinairementles vens impétueux le len* tent froids, & qu’il n*y en a gueres de chauds qui ne lof- ent lents. _ De plus les vapeurs rcprefentees vers B, & vers versF,font tranfparcnres, &ne peuuenteftre difcerndes par la veuëd’auec le relie de l’air, d’autant que le rerau- antfort vifte & de mefmebranlle que la matière fubti» qui les enuironne, elles ne la pcuuent empefcherde re- ceuoirl'aélion des cors lumineux,mais plutoft elles lare- coiuent auec elle. Au lieu que la vapeur qui eft vers C commence a deaenir opaque ou obfcure, a caufe que les parties n'obeiflent plus tant a cette matière fubtile, quelles puiflent eftre meues par elle en toutes façon s.Ec la vapeur qui eft vers D ne peut eftre du tout fi obfcure que celle qui eft vers C, a caufe quelle eft plus chaude. Comme vous voyés qu'en hyuer le froid lait paroiftre rhaleine ou la fueur des cheuaux efehauffes, fous la for- me d’vnegrolfe fumée fort elpailTe & obfcure, au lieu qu en eftdque l’air eft plus chand^el le eft muiûble. Et on I72 Les Meteor.es oe doit pas douter que l’air ne contieue fouuent autant ou plus de vapeurs, îors qu’elles ne s’y voyent aucune* ment, que lors qu'elles s’y voyent. Car cornent fe pour- roit il faire fans miracle, qu'en tems chaud & en plein midy le foleil, donnant fur vn lac ou vn mareft, manquait d’en efleuer beaucoup de vapeurs? vû qu’on remarque mefme que pour lors les eaux fe defleichcnt, & fe dimi- nuée beaucoup d’auantage, qu'elles ne font en tems froid &obfcur. Au refte celles qui font vers Efont plus hu- mides, c’eft a dire plus difpofées afe couuertir en eau & a mouiller ou humeéter les autres cors comme fait l’eau, que celles qui font vers F. Car celles cy tout au contrai- re font fêiches,vû qu’allant fraper auec force les cors hu- mides qu’elles rencontrent, elles en peuuent chafler & emporter auec foy les parties de l’eau qui s'y trouuent, & par ce moyen les deffeicher. Comme aufîy nous efprouuons que les vens impétueux font toujours focs, & qu’il n’y en a point d’humides qui ne foient foibles.Et on peut dire que ces mefmes vapeurs, qui font vers E, font plu^humides que celles qui font vers D,a caufo que leurs parties eftant plus agitées, peuuent mieux s’infi- nuer dans les pores des autres cors pour les rendre humides; mais on peut dire auffy en vn autre fèns qu'elles le font moins, a caufe que la trop grande agitation de leurs parties les empefehe depouuoir prendre fi ayfement la forme de l’eau. • Four ce qui eft des exhalaifons, elles font capables de beaucoup plus de diuerfès qualités que les vapeurs, a caufetju’il peut y auoir plus de différence entre leurs par- ties* Mais il fuffira icy que nous remarquions que les r* plus Discours Second. 17$ plus groffieres ne font quafi autre chofe que de la terre, telle qu’on la peut voir au fonds d'vn vaze après y auoir Jaiflerafleoir de l’eau de neige ou de pluie, ny les plus fubtiles autre chofe cjtie ces efpritsou eaux de vie, qui s’efléuent toufiours les premières des' cors qu’on diftile. Et qu’entre les médiocres, les vues participent de la na- ture des Tels volatiles; & les autres de celle des huiles,ou plutoft des fumées qui en fortent lors qu’on les brufle. Et encore que la plus part de ces exhalaifons ne montent en l’air que méfias auec les vapeurs, elles ne laiflent pas de pouuoir ayfement par après s*en feparer; ou d’elles met- me, ainfi que les huiles fe demeflentde l’eau auec la- quelle on les difti le3 on aydéespar l’agitation des vens qui les rafTemblent en vn ou plufieurs cors, en mefme fa- çon que les vilageoifes en battant leur crème feparent le beurre du petit lait; ou mefme fouuent aufly par cela feul que fetrouuant plus ou moins pelantes, & plus ou moins agitées, elles s’areftent en vne région plus balTe ou plus haute que ne font les vapeurs^ Et d’ordinaire lès huiles s’efleuent moins haut que les eaux de vie, & celles qui ne font que terre encore moins haut que les huiles. Mais il n’y en a point qui s’areftent plus bas que les parties dont fe compofe lé fel commun, & bien qu elles ne foienr pas proprement des exhalaifons ny des vapeurs, a caufe quelles ne s’efleuent iamaisque iufques au defliis delafuperficie de l’eau, toutefois poureeque c’eft par Teuaporation de cette eau qu’elles y vieneüt, & qu’il y a plufieurs chofes en elles fort remarquables qui peuuent eftre commodément icy expliquées, ienaypas enuie de les omettre. * 4| w Y 3 DV 174 LES METEORES.
J' 0 DV SEL cDifcours Troifiefine, A faleure de la mer ne confifte qu'en ces plus grottes parties de fon eau, quei’ay tantoft dit ne pouuoir eftre pliées comme les autres par l'atftion de la matière fubtile,ny mefme agitées las l’entremife des plus petites. Car premièrement fi l'eau rieftoit côpofée de quelques parties ainfi que i’ay tâtoft fuppofc,iI luy fèroit e/galemêt facile ou difficile de fc divifer en toutes façons & en tous fous, en forte quelle n'entreroit pas fi facilement qu’elle fait dans les cors qui ont des pores vn peu larges, comme dans la chaux, & dans le fable; ou bienelle pourroit aufly en quelque façon penetrer en ceux qui les ont plus eftroits, comme dans le verre, & lesmetaus. Puis fi ces parties n’auoient la figure que ie leur ay attribuée, lors qu’ellesfont dans les pores des autres cors, elles n’en pourroient pas fi ayfement eftre chaflees par la feule agitation des vejis ou de la chaleur: ainfi qu'on l’efprou- ue afTés par les huiles, ou autres liqueurs grattes, dont nous auons dit que les parties auoient d’autres figures; car on ne les peut quafi iamais entièrement faire fortir des cors où elles font v ne fois entrées. Enfin poureeque nous ne voyons point de cors en la nature, qui foient fi parfaitement fomblables entre eVx, qu'il ne fetrouue prefque toufiours quelque peu d’inefgalité en leur groC leur, nous nedeuons faire aucune difficulté de penfor que les parties de l'eau ne font point exa&ement toutes efgalcs.
Discours Troisiesme. 17s efgales, & particulièrement que dans la mer, quieftle réceptacle de toutes les eaux, il s’eu trouue de li grofles, qu’elles ne peuuent eftrc pliées comme les autres par la force qui a couuumc de les mouuoir. Et ie yeux tafcher icy de vous monftrer,que cela leul eft fuffifant,pour leur donner toutes les qualités qu'a le fel. Premierement,ce n’eftpasmeçueille quelles ayent va gouft picquant& pénétrant, qui différé beaucoup deceluy de l’eau dou- ce: car ne pouuanteftre pliées par la matière fubtile qui les enuironue, elles doiuent toujours entrer de pointe dans les pores de la langue, &parce moyen y penetrer afles auant pour la piquer • Au lieu que celles qui com- pofent l’eau douce coulant feulement par deflus toutes couchées,a caufc de la facilité qu’elles ont a fe plier,n'en peuuent quafi point du tout eftre gouftées.Et les parties du fel, ayant pénétre" de pointe en me fine façon dans les pores des chairs qu’on veut confêruer,non feulement en oftent l'humidité, mais aufTy font comme autant de pe- tits ballons plantés ça & là entre leurs parties, où de- meurant fermes & fans fe plier, elles les fouftienent, & empefehent que les autres plus pliantes, qui font parmi, ne les defarrengent en les agitant, & ainli ne corrompent le cors qu'elles compofênt. Ce qui fait aufly que ces chairs par fucceffion de teras deuienent plus dures. An lieu que les parties de l'eau douce, en le pliât, & fe glilîat par cy par là dans leurs pores, pourroientayder a les ra- mollir, & a les corrompre. De plus, ce n’eft pas mer- ueille que l’eau falée foit plus pefante que la douce,puif- qu’elle eft compofée de parties, quieftant plus grofles & plus maüiues, peuuent s'arrenger en moindre efpace 1 1 76 Les Metrores.
car c'eft delà que dépend la pefânteur. Maisileft bcfoin deconfiderer, pourquoy ces parties plus maffiucs de- meurent méfiées aucc les autres qui le font moins, au lieu qu’il femble qu'elles deuroient naturellement aller au defïous. Et la raifonen eft, au moins pour celles du fêl commun, qu’elles font efgalement grofles par les deux bouts, & toutes droites; ainfi qu’autant de petits ba- ' ftons: car s'il y en*a jamais eu dans la mer qui fuflent plus grofles par vn bout que par l'autre, ayant eft é par mefme moyen plus pefantes, elles ont eu tout loyfir d’aller au fonds depuis que le monde eft; ou s’il yen a eu de cour- bées, elles ont eu loyfir de rencontrer des cors durs, & Ce joindre a eux, acaufè qu’eftant vne fois entrefes dans leurs pores, elles n’en auront pû fi facilement refbrtir, que celles qui font efgales 3c droites. Mais celles cy, fe tenant couchées de trauers l’vne fur l'autre, donnent- moyen a celles de l’eau douce, qui font en perpétuelle a- gitatioi^ de fe roller 3c s’entortiller autour d'elles, s'y ar- rengeant 3c s'y difpofant en certain ordre; qui fait qu'el- les peuuent continuer a femouuoir plus ayfement, & plus vifte,quc fi elles eftoiêt toutes feules.Car lors qu’el- les font ainfi rollées autour des autres, la force de la ma- tière iubtile qui les agire,n’eft emploiée qu'a faire qu’el- les tournent fort promptement autour de celles quelles embraflent, 3c qu'elles paflent ça & là.de l’yne fur l'au- tre, fans pour celachanger aucun de leurs plis: au lieu qu'eftant feules, comme elles font lors quelles corapo- fent Teau douce, elles s’entrelaçent neceflaircment en telle forte, qu’il eft: befoin qu’vne partie de cette force de la tnatiere fubtile foit employée a les plier, pour les dégager • Discours Troisiesme. 177 dégager les vues des autres; & ainfy elle ne les peut faire mouuoir pour lors fi facilement, ny fi ville. Eftantdonc vray, que ces parties de l’eau douce peuuent mieux fe mouuoir ellant rollées autour de celles du fel, qu'ellant lêuleSjCe n’eft pas merueille qu’elles s’y rollet.lors quel- les en font afles proches, & qu'aprés les tenant embraf- fefes, elles empefchentquerinefgalitddeleurpelànteur . ne les fepare. D’où vient, que le lelfe fond ayfement en l’eau douce, ou feulement ellantexpofe' al’aircntems humide; & neantmoins qu’il ne s’en fond en vne quantité d’eau déterminée, que iufques a vne quantité' détermi- née, a fçauoir autant que les parties pliantes deceteeau peuuent embrafler des fienes en fe rollant autour d’elles. Etfcachant, que les cors, qui font tranfparens, le font d'autant plus qu’ils empefehent moins les mouuemens de la matière fubtile qui cil dans leurs pores, on voit en- core de cecy, que l’eau de la mer doit ellre naturelle- ment plus tra^fparente, & caufer des refradions vn peu plus grandes, que celle des reuieres. Et on voit aulTy, qu’elle ne le doit pas geler fi ayfement, en fçaehant que l’eau ne fe gele que lors que la matière fubtile, qui e 11 en- tre fes parties, n’a pas la force de les agiter. Etmefme on peut encore icy entendre la railbn du fecret pour faire delà glace en elle'; qui eftl'undes plus beaux que fea- clicnt les curieux, encore qu’il ne loit pas des plus rares. Ils mettent du fel méfié auec efgale quantité de neige ou de glace pilée tout autour d’vn vaze plein d'eau dou- ce; & fans autre artifice, a mefure que ce fel Sc cete nei- ge fe fondent enfcinble, l'eau qui ell enfermee dans le vaze, deuient glace. Dont la raifon ell, que la matière •, Z fubtile, J7* LES METEORES, fubtile, qui eftoiï autour des parties de cete eau, citant plus grofliere, ou moins fubtile, & par confequent ayant plus de force que celle qui eftoit autourdes parties de cete neige, va prendre fa place a mefure que les parties de la neige fe rollent autour de celles du felen le fon- dant J car elle trouue plus de facilite aie inouuoir dans les pores de l’eau laide qu’en ceux de l’eau doucej & elle tend inceflàmcntapaflèr d'vncors en l'autre, pour en- trer en ceux où fon mouuement eft le moins empefeh^ au moyen de quoy la matière plus fubtile, qui eftoit dans la neige, entre dans l’eau, pour fucceder a celle qui en fort; & pource qu’elle na point ailes de force pour y entretenir l'agitation de cete eau, cela efteaufe qu'elle legele. Mais l’vne des principales qualités des parties du lèl cft, qu’elles font grandement fixes, c’eft a dire qu'elles ncpeuuenteftre efleuces en vapeur ainly que celles de l’eau douce. Dont la caufo eft, non feule- ment, qu’eftaDt plus grofles, elles font pjus pelantes- maisaufly, qu’eftant longues & droites,elles ne peuuent eftre gueres long tems fufpendues en l’air, foit qu’elles foienten aétion pour monter plus haut, foit pour eu des- cendre, que l'vn de leurs bouts ne feprefente vers en bas, & ainfi quelles ne fe tienent en ligne perpendicu- laire vers la terre, car tant pour monter que pour defeen- dre, il leur eft bien plus ayfé a diuifer l’air eftanten cete fituation, qu'en aucune autre. Ce qui n’arriue point en meline façon aux parties de l’eau douce, a caufe, qu’eftant faciles afe plier, elles ne fe tienent iamais toutes droites, fi ce n*eft qu elles tournent en rond auec viteffe. Au lieu que celles du fel ne fçaurpient iamais gueres tourneren Discours Troxsiesme. 179 cete forte; car fc rencontrant les vues les autres & fe heurtant fans pouuoir fe plier pour s’entreceder, elles fe- raient incontinent contraintes de s’arefter. Mais lors qu'elles fe trouuentfufpendues en l'air, ayant vne pointe en bas, comme i’ay dit, ilefteuident, qu'elles doiucnt defeendre plutoft que monter: acaufe que la force qui les pourrait pouffer vers enhaut, agift beaucoup moins, que fi elles eftoienc couchées de travers; & elle agift moins d’autant jùftement,que la quantité de l’air, qui re- fifte a leur pointe, cft plus petite, que ne ferait celle qui refifteroitÆ leurlongeur,- au lieu, que leur pefanteur, eftant toufiours efgale, agift d'autant plus que cete refi- ftence de l’air eft plus petite. A quoy fi nous adiouftons que l’eau de la mer s'adoucift quand elle trauerfe du fa- ble, a caufe que les parties du fel, faute de fe plier, ne peuuent couler ainfÿ que font les parties de l’eau douce par les petits chemins détournés, qui font autour des grains de ce fable: nous fçaurons que les fontaines, & les riuieres, n’eftant compofées que des eaux qui ontefté efleuees en vapeurs, oubien qui ont paffé au trauers de beaucoup de fable, ne doiucnt point eftre falées. Et auffy que toutes ces eaux douces, rentrant dans la mer, ne la doiuent point rendre plus grande, ny moins faleé; d’autant qu'il en reffort continuellement autant d’au- tres; dont quelques vnes s'efleuenten l’air changées en vapeurs, puis vont retomber en pluie, ou en neige, fur la terre; mais la plus part pénétrant par des conduits fous- terains iufques au deffous des montaignes, d'où la cha- leur, qui eft dans la terre, lesefleuant auffy comme eu vapeur vers leurs fommets, elles y vont remplir les four- Z 2 ces *8 o Les Meteorbs* ces des fontaines, & des riuieres. Et nous fçaurons aufly, que l’eau delà mer doit eftreplus fafoe fous l’equateur que vers les pôles, fi nous confiderons, que le foleil, y ayant beaucoup de force, en fait fortir beaucoup de va- peurs, lefquelles ne retombent point par apres iuftement aux mefmes endroits d’où elles font forties, mais pour l’ordinaire en d’autres plus proches des pôles, ainlÿ que vousentendres mieux cy apres. Au refte, finonqueie n’ay pas enuie de m’arefter a expliquer particulièrement la nature du feu, i’adioufterois encore icy,pourquoy l’ean de la mer eft moins propre aefteindre les embrafomens que celle des riuieres, &pourquoy elle eftincelle la nuit, eftant agitée; car vous verriés, que les parties du fel, eftât fort ayfôes a eforâfler, a caufo qu’elles font comme fufpenduës entre celles de l'eau douce, & ayant beau- coup de force après eftre ainly esbranfiées,a caufe qu’el- les font droites & inflexibles; peuuent non feulement augmenter la flame, lorfqu'on les y iettej mais aufly en caufer d’elles mefme, en s'eflâçeant hors de l’eau où elles