À Puis ce que i'ay dit de la nature des couleurs, ie -^•ne croy pas auoir beaucoup de chofes a adioufter touchant celles qu'on voit dans les nues. Car première* ment pour ce qui eft de leur blànchenr 6c de leur obfcu-, . ritd ou noirceur, elle ne procédé que de ce quelles font plus ou moins exppf&s a la lumière des aftres, ou a l'om- bre, tant d'elles mcfmes, que deleurvoyfines. Et il y a feulement icy deux chofes a remarquer. Dont l'vne eft «jue les fûperficies des cors tranfparens font reflefehir vne partie des rayons qui vienent vers elles, ainfi que i'ay ’ diteydeflus. cequi eft eanfe que la lumière peut mieux penetrer au trauers de trois picques d’eau, qu'elle ne fait autrauers dVnpcu d’efeume, qui n’eft toutefois autre choie que de l’eau, mais en laquelle il y a plufieurs fuper- ficies dont la première faÜàot reflefehir vne partie de cete lumière, & la fécondé vne autre partie* & aiflfi de * fuite, il n’en reftebientoft plus du toutou prefque plus qui paffe outre. Et c*fcft aiofi que ny le verre pilé, ny la neige, ny les nues lorfquclles font vn peu elpaiffes, ne pèuucnteftretranfparentes. L'autre chofc qu'il y aicÿ a remarquer, eft, qu’encore que l'a&ion des cors lumi- neux ne (bit que de poufler en ligne droite la matière fiibnle qui touche nos yeux, toutefois le taouyement ordinaire des petites parties de cete matiere,au moins de celles qui font en l’air autour de nous, eft de rouller. en mefme façon qu'vne baie roulle eftant a terre, encore qu’on ne lait pouffee qu'en ligne droite. Et c# font pro- prement les cors qui Jes font rouller en cete forte qu'on nomme blancs. Comme fontffans doute, tous ceux qui ne manquent d’eftre tranfparens qu'a caufo de la multi- tude de leurs fuperficies. Tels que font Pëfcume,Ie ver- f re pilé, la neige, &lesnnës. En faite dequoy on peut' entendre pourquoÿ le ciel, eftant fort pnr & defehargé de tous nuages, paroift bleu, pourvft qu’on fçaehequé. de lny mefme il ne rend aucune clarté', & qu’il paroiftroit extrêmement noir, s’il ny auoit point du tout d’exÜalai-, fonsny de vapeurs aùdeffus de nous, mais qu’il y ea a toufiours plus ou moins qui font reflefehir quelques rayons vers nos yeux, c'cft a dire qui repouffebt vejs nous les petitesparties de la matière lubtile que lefoleil ou les autres aftresont pouffé' contre elles-- 8t lôrfque ce? vapenrs fontenâffé's grand nombre, la matjere fubrilé eftant repouffée vers nous par les premières* en rencon-, tre d’autres après qui font rouller & tournoyer fes péna- tes parties, auant quelles pararcnehta dbos/ Cfequi fait • «lors Discours Neufiesmi. 27$ dors paroiftre le ciel blauc; Au lieu que fi elle n’en ren- contre allés pour faire ainli tournoyer fes parties, il ne doit paroiftre que bleu, fuiuant cequi a elle tantoft dit de la nature de lacoulcur bleue. Et c’eft la mefme caufe qui fait auflfy que l'eau delà mer, aux endroics où elle eft fort pure & fort profonde, femble eftre bleue, car il ne fe reflefehift de là fuperficie que peu de rayons, & aucun de ceux qui la pénétrent ne reuient. De pjus on peut icy entendrepourquoylouuent, quand le Ibleilfe couche ou le leue, toutlecofte'du ciel vers lequel il eft paroilt rouge: cequi arriue lorfqu’ilny a point tant de nues, ou plutoft de brouillas, entre luy & nous, que fa lumière ne puifle les trauerfer;mais quelle ne les trauerfe pas fi aylè- ment tout contre la terre, qu’vn peu plus hault; ny fi ay- fêmeut vn peu plus hault, que beaucoup plus hault: car il eft euident que cete lumière, fouffrànt refraélion dan» ces brouillas, détermine les parties de la matière fubtile qui latranfmettent, a tournoyer en mefme fens, que fc- roit vnc boule qui viendroit du mefme colle en roullant fur terre, de façon que le tournoyement des plus bafies eft toufiours augmenté par l'aâion de celles qui lôht plus hautes, a caufe quelle eft fuppofeeplu* forte que la leur, & vous fçaués que cela fuffift pour faire paroiftre la couleur rouge, laquelle fe reftefchilTant apre's dans les nues, fe peut eftendre de tous collés dans le ciel. Et il eft a remarquer que cete couleur paroiflànt le matin prelagedes vensou de lapluie, à caule quelle tefinoi- gne, qu'y ayant peu de nues vers l'Orient, le folcil pourra efleuer beaucoup de vapeurs auant le midy, & que les brouillas qui la font paroiftre commencent a monter- Au M m lieu 274 Les MeteoresI lieu que le foir elle tefraoigne le beautems ] a caufe que ny ayant que peu ou point de nues vers le couchant, les vens Orientaux doiuentregner, & les brouillas def- tendent pendant la nuit.
- le ne m'arefte point a parler plus particulièrement des autres couleurs qu’on voit dans les nues, car ie croy que les caufes en font toutes affés comprifes en ceque iay dit. mais il paroift quelquefois certains cercles autour des aftres, dont ie ne dois pas omettre l’explication. Ils font femblables a l’arc-en-ciel en ce qu’ils font ronds,on pref. que rons, & enuironnent toufiours le foleil ou quelque autre aftre: cequi monftre qu’ils font caufés par quelque reflexion ou refradtion dont les angles font a peu près tous efgaux. Comme aufly en ce qu’ils font colorés: ce qui monftrequ’il yade larefra&ion, &de l’ombre qui •limite la lumière qui les produift. Mais ils different en ceque l’arc-en-ciel ne fe voit iamais, que lors qu’il pleut a&uellement au lieu vers lequel on le voit, bienque fou- uentilne pleuue pas au lieu où eft le fpedfcateur 5 Et eux ne fe voyent iamais où il pleut. Ce qui monftre qn’ils ne font pas caufés par la refradtion qui fe fait en des gouttes d’eau ou en de la grefle, mais par celle qui fe fait en ces petites eftoiles de glace tranfparentes, dont il a efte'par- le'cydeffus. Car on ne fçauroit imaginer dans les nues aucune autre caufe qui foit capable d’vn tel effedt. & fi ou ne voit iamais tomber de telles eftoiles que lorfqu’il fait froid, la raifon nous affure qu’il ne laiffe pas de s’en former en toutes faifons-. Mefme a caufe qu'il eft befoin de quelque chaleur, pourfaireqne de blanches qu’elles font au commencement elles deuienent tranfparentes, ainfi Discours Neufiesme. 27J ainfi qu'il eft requis a cet efFe<ft, il eft vray femblable que l'eftéy eft plus propre quel’hyuer. Et encore que la plus part de celles qui tombent, paroiflent a l’œil extrême- ment plates &vnies, il eft certain neanmoins quelles (but toutes quelque peu plus efpaifles au milieu qu'aux extrémités, ainfi qu’il fe voit aufly a l’œil en quelques vnes, & félon quelles le font plus ou moins, elles font pa- roiftre ces cercles plus ou moins grands: car il y en a fans doute de plufieurs grandeurs; & fi ceux qu’on a le plus fouuent obferucs ont eu leur diamètre d'enuiron 47 de- grés, ainfi que quelques vns ont efcrit,ie veux croyre que les parcelles de glace, qui lescaufent de cete grandeur, outlaconuexité qui leur eft la plus ordinaire, & qui eft peuteftre aufly la plus grande qu’elles' ayent couftumc d’acquérir lànsacheuer entièrement de fe fondre. Soit parexempleABClefoleil, D l’œil, EFG plufieurs pe- tites parcelles de glace traufparentes, arrengées cofte a cofte les vnes des autres; ainfi qu’elles font en le for- mant; & dont la conuexité eft telle, que le rayon venant par exemple du point A fur l’extremité de celle qui eft marquée G, &s du point C fur l’extremite’ de celle qui eft marquée F, retourne vers D; & qu’il en vient vers D plufieurs autres de ceux qui trauerfenr les autres parce!- les de glace qui font vers E, mais non point aucun de ceux qui trauerfent celles qui font au delà du cercle GG: Il eft manifefte qu’outre que les rayons A D, C D, & femblables, qui pafleut enligne droite, font paroiftre le foleil de fa grandeur accouftumeé,les autres qui fouffrent refra&ion vers E E.doiuent rendre toute l’aire comprife dans le cercle FF afles brillante, & faire que fa cirçonfe- Ç..V * Mm 2 rencè rence entre les cercles FF, & G G, foit com- me vue couron- ne peinte des couleurs de l'arc- en- ciel: Et mefme que le rouge y doit eftre en dedans vers F * & le bleu en dehors vers G, tout de mefme qu’on a couftume de l’obferuer. Et s’il y a deux on plusieurs rangs de parcelles de glace l’vne fur l’autre j pourvû que cela n’enipefche point que les . rayons du foleil ne les traperfent, ceux de ces rayons qui en trauerferont deux par leurs bords. Ce courbans pref. que deux fois autant que les autres, produiront encore vn autre cercle colord, beaucoup plus grand en circuir, mais moins apparent que le premier; en forte qu’on ver- ra pour lors deux couronnes l'vne dans l'autre, & dont ,1’interieure fera la mieux'peinte. Comme il a aufly cftd quelquefois obferuc'. Outre cela vous voyds bien ^our- quoy ces couronnes n’ont pas couftume de feformer autour *74 Les Meteorbs.
tour des affres quifont fort bas vers l’horizon, car les rayons rencontrent alors trop obliquement les parcelles de glace pour les trauerfer; Et pourquoy leurs couleurs ne font pas fi viues que les fienes. car elles font caufdes par des refraétions beaucoup moindres; Et pourquoy el- les paroifTent plus ordinairement que luy autour de la lune, & mefmefc remarquent aufly quelquefois autour des efloiles, a fçauoir lorfque les parcelles de glace in- terposes n'eftant que fort peu conuexes les rendent fort petites; car d’autant quelles ne dépendent point de tant de réflexions- & refradtions que l’arc-en-ciel, la lu- mière qui les caufc n'a pas befoin d’eftre fi forte. Mais fouuent elles ne paroifTent que blanches, non point tant par faute de lumière, que poureeque la nratiere où elles fe forment n'eft pas entièrement tranfparente.
On en pourroit bief» imaginer encore quelques autres qui fe formaient a l’imitation de l’arc-cn-cicl en des gouttes d’eau,a fçauoir premièrement par deux réfra- ctions fans aucune réflexion; maisalorsiln’y arien qui détermine leur diamètre, & la lumière n’y eft point limi- tée par l’ombre» comme il eft requis pour la production des couleurs. Puis aulTy par deux réfractions 5c trois ou quattre reflexions; mais leur lumière, eftant alors gran- dement fbible, peutaylemcnteûre effacée par celle qui fe reflefehift de la fuperficie des mefmes gouttes, ce qui mo f ait douter fi iainais elles paroifTent, & le calcul mon- ftre queleur diametredeuroit eftre beaucoup plus grand qu’on ne le trouue en celles qu’on a couftume d'ob- feruçr. * Epfin pour cequicft de celles qu’on voit quelquefois Mm 3 autour %7 8 Les METEORES, autour des lampes & des flambeaux la catifè n’en doit point eftre cherçhc'e dans l’air mais feulement dans l'oeil qui les regarde. Et i’en ay vu cet efté dernier vne expé- rience fort manifelle. ce fut en voyafgeant de nuit dans vnnauire, où aprds auoir tenu tout lefoirma tefteap- puide fur vne main, dont ie fermois mon œil droit, pen- dant que ie regardois de l’autre vers le ciel, on apporta vne chandelleau lieu où ieftois: & lors ouurant les deux yeux ievy deux couronnes autout de laflame, dont les couleurs cftoiènt aufly viues, que ie les aye iamais veuës en l’arc-en-ciel. A B eft la plus grande*, quieftoit rouge vers A, & bleue vers B: C O la plus petite, qui eftoit rouge adfly vers C, mais vers D elle eftoit blanche, & s’eftendoit iufques a la flame. Apres cela refermant l’œil droit, i’apperceu que ces couronnes di/paroifloient; & qu aucontraire en l’ouurant, & fermant le gauche, elles continuoient de paroiftre. cequi m’aflura qu’elles ne procedoient que de quelque dilpofition, que mon œil droit auoit acquife pendant que ie l’auois tenu fermd, & qui eftoit caufe, qu’outre que la plus part des rayons de la flame qu’il reçeuoit, la reprefentoient vers O où ils s’afTems’afTem- Discours Neufiesme. 179 s’aflembloient, il y en auoitaufly quelques vns, qui eftoient tellement de'tournés, qu'ils s’eftendoient en tout l'efpace f O, où ils peiguoient la couronne C D; & quelques autres en l'efpace F G, où ils peignoient la cou- ronne A B. le ne détermine point qu'elle eftoit cete difpofition. carplufieurs differentes peuuent caufer le mefmeeffe<ft. Comme s’il y a feulement vne ou deux petites rides en quelquVnc des fuperficies E, M, P, qui a caufe de la figure de l’œil s'y eftendeut en forme d'vn cercle dont le centre foit en la ligne E.O, com- me il y en a fouuent de toutes droites qui fe croyfent en cete ligne E, O» & nous font voir de grans rayons efpars ça &: là autour des flambeaux. Oubien qu’il y ait quelque choie d’opaque entre E, & P; où mefme a coftc' en quelque lieu, pourvû qu’il s y eftende cir- culairement; Ou enfin que les humeurs, ou les peaux de l’œil, ayent en quelque façon change' de tempéra- ment, ou de figure, car il eft fort commun a ceux qui ont mal aux yeux de voir de telles couronnes, & elles ne paroiffent pas femblables a tous. Seulement faut il remarquer que leur partie extérieure, com- me A & C, eft ordinairement rouge, tout au contrai- re de celles qu'on voit autour des aftres. dont la raifon vous fera claire, fi vous confidere's qu’en la pro- duction de leurs couleurs, ceft l’humeur criftaline PNM, qui tient lieu du prifme de criftal dont il a Voycs an» tantoft efté parlé, & le fons de l’œil F G/, qui tient precedent lieu du linge blanc qui eftoit derrière. Mais vous doutercs peuteftre pourquoy puifque l’humeur crifta- line a ce pouuoir, elle ne colore pas en meftue façon tous tous les obiets que nous voyons? lî ce n’cft que vous confidents que les rayons, qui vienent de chafque point de ces obiets vers chafque point du fonds de l’oeil, paf- fantlesvnsparceluy de fes coftés qui eft marqué N, fie ' les autres par celuy qui eft marqué S, ont des avions toutes contraires, fie qui Ce deftruifent les vnes les au- tres; au moins en ce qui regarde la production des couleurs; au lieu qu’icÿ les rayons qui vont vers F G f ne paflent que par N. Et tout cecy le rapporte fi ( bien a ce que i’ay dit de la nature des couleurs, qu’il peut ce me femble beaucoup feruir pour en confirmer la vérité.
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A\N voit encore quelquefois d’autres cercles dans les •^'nuës, qui different de ceux dont iay parlé’, en ce qu'ils ne paroiffent jamais que tous blancs, & qu'au lieu d’auoir quelque aftre en leur centre, ils trauerfent ordi- nairement celuy du foleil ou de la lune, & lêmblent pa- rallèles ou prefque parallèles a l’Horizon. Mais pource- qu*ils ne paroifléne qu’én cés grandes ques toutes rondes dont il a efte' parlé cy deflus, & qu’on voit aulTy quelque- fois plufieursfoleils ou plufieurs lunes dans les mefmes nuës.ilfaut que i’explique enfemble l’vn &l’autre. Soit par exemple A le midy, où eft le foleil accompagné d*vn vent chaud qui tend vers B, &C le feptentrion, d’où il vient vn vent froid qui tend aufly vers B. Et là ie fuppo- fe que -ces deux vens rencontrent ou aflemblent vnc nuë, compofée de parcelles de neige, qui s’eftend fî loin en profondeur & en largeur, qu’ils ne peuuent paffer Fvnau deflus l’autre au défions ou entredeux ainfî qu'ils ont ailleurs de couftume, mais qu’ils font contrains de prendre leur cours tout a l’entour: au moyen dequoy non feulement ils rarondiflent;mais auffy celuy qui vient du midy, eftant chaud, fond quelque peu la neige de fon circuit, laquelle eftant aufly toft regelcë, tant par celuy du Nord qui eft froid, que parla proximité de la neigé N n iutc- V Les Meteorb's* • intérieure qui tTeft pas err- „ core fonduë, peut former comme vn grand anneau de glace toute continue & tranfparente, dont la fu- perficie ne manquera pas d'cftre aflcs polie, a caufe que les vens qui I’arondÆ fent font fort vniformes*. .Et de plus cete glace ne manque pas d’ellre plus- elpaifle du colle DEF, que ie foppofe expofe au vent chaud & au foleil,que (Jel’autre G H I, où la nei- • ge ne s’eft pû fondre fî ay lement. Etendu il faut remarquer qu’en cete conllitu- tion d’air, & fans orage, il ne peut y auoir aflVs de chaleur 'autour de la nue B, pour y former ainfi de la glace, qu’il y en ait aufly affos en la terre qui eft au deflous, pour y exciter desvapeurs qui la fouftienent, en fouîcuant & pouflant vers le ciel tout le cors de la nue qpelle embràk fe. Enfuitedequoyilefteuidentquelaclarté’du foleil,, lequel ie fuppofe eftrc alTés. haut vers le midy, donnant tout autour fur la glace D E F G H I, & de là fe refle- fchiflant fur la blaDcheur.de la neige voyline, doit faire paroiftre cete neige a ceux qui feront au dcffous, en for-, ■v*» 'l’wn grand cercl e tout blanc. Et mefme qu’il fuflift cet etfedfcque lanuë foit ronde, & vn peu plus preflee enfon circuit qu’au milieu, fans que l'anneau de glace .:V • doiue D i rcouxs Der ni er.
<ioiue éftreforme'. Mais lors qu’il l’eft on peut voir,eftant audeflbusversIepomtK,iufquesafixfoleib, qui fem- blenc eftre enchafles dans le cercle blanc ainli qu’autant . dediamansdans vue bague. Afçauoir le premier vers E, par les rayonsqui vicnent diredement du foleil que ie fuppofe vers A: Ees deux fuiuans vers D, & vers F, •par la refradion des rayops qui trauerfent la glace en ces lieux là, où Ion e/paifleur allant en diminuant, ils fe courbent eu dedans de part & d’autre, ainli qu'ils font en traucrfaDt le prifme de criftal dont il atantoft eftc" parle'. Et pour cete caufè ces deux foieils ont leurs bords peins derouge,e»céluy de leurs coftés qui eft vers Ê»où la glace eft le plus elpaiflej & de bleu en l’autre, où elle l’eft moins. JLequatriefme foleil paroift par reflexion an point Hj & les deux derniers aufly par reflexion vers G, & vers I. par où ie fuppofe qu’on peut defowre vn cercle dont le centre lbit au point K, & qui pafle par B le centre de la nûë, en forte que les angles K G B, & K B G on B G A, font efgaux; & tout de mefme K 1 B, & K B I ou B 1 A. Car vousfçauds que la reflexion fe fait touflours par angles efgaux, & que la glace eftant vn cors poli doit reprefenter le foleil en tous les lieux d'où fos rayons fe peuuentreflefohir vers l'œil Mais pburceque les rayons • qui vienent tous droits font touflours plus vifs, que ceux qui vienent par refradion, & ceuxcy encore plus vifs» que ceux qui font reflefchis, le foleil doit paroiftre plus brillant vers E, que vers D ou F, & icy encore plus bril- lant, que vers G ou H ou I, & cestrois, G,H,& I,ne doi- uent auoir aucunes couleurs autour de leurs bors, conf- ine les deux, D, & F, mais feulement eftre blancs. Que z $4.«Les Meteores.
fi les regardai s ne font pas vers K, mais quelque paît plus auancés vers B, en for- te que le cercle dont leurs, yeux fonr le centre, fie qui pafle par B, ne couppe .point la circonférence de la nue, ils ne pourronrvoir les deux foleils G fie J, mais foulementles4 autres- Et fi au contraire ils font fort recules vers H, ou au delà vers C,ils ne pourront voir que les j-, D, E, F, G, fit J; ■ } Et mefmee fiant affê loin ^ au delà, ils ne verront que les trois, D, E,F, qui ne feront plus dans vn cercle blanc, mais comme trauerfés d’vnc barre blanche. Comme aufly, lorfque le foleil eft fi peu efleué fur l’Horizon qu*il ne peut efclairer là partie de la nuë G H T, oubfen lorf- quelle n’cft pas encore formée, il eft euident qu’on ne doit voirque les trois foleils D, E, F.
Aurefteiene vous ayiufquesicy fait confidererquc le plan de cete nuë, fie H y a encore druerfes chofes a y remarquer qui fo verront mieux en fon pourfil. Premie- rement bienque le foleil ne foit pas en la ligne droite qui va d'E vers l’œil K, mais plus haut ou plus bas, il ne doit pas laifler de paroiftre vers là. Principalement fila glace ne s y eftend point tropen hauteur ou profondeur, car alors lafuperficie de cete glace fera fi courbée, qu’en * • < quel- * • < quel- Discours Dernier.
, 2&/ i 3ÿH ik>ï £ quelque lieu qu’il foit. elle pourra quafi toujours reft- uoyer lès rayons vers K. Comme (i elle a en Ion efpai£ feur la figure comprife entre les lignes 1 2 3 6c 4 y Vt il eft euident que non feulementlorfquele loleilfera en la li- gne droite A 2, fes rayons la trauerfànt pourront aller vers l’œil K; mais au 0y lors qu’iUêra beaucoup plus bas, comme en la lignes 1, ou beaucoup plus haut, comme en la ligne T 3,-&ainiÿIefaire toufioursparoiftre.com- mc s’ileftoit vers E. car l'anneau de glace neftant fup-r pofe gueres large, la différence qui eft eutre les lignes 4 K, f K,,& 6 K, n’eft pas confiderable. Et notes qtie cela peut faire paroiftre le foleil après* mefmè qu’il eft couché, & qu’il peut aufly tfecnlerouauancerl’oipbre des Horologcs, & Ienr faire marquer Vne heure toute autre qu’il oe fera. Toutefois file fbleil eft beaucoup plus bas qu'il «e paroift vers E, én foïte qiie fçs rayons No j paflènt paflent aufly en ligne droite par le déflora de la glace, iufques a l’œil K, comme S 7 K, que ie fuppole parallèle a S 1, alors outre les fix foleils précédera on en verra en- core vn fetfiefine au deflous d’eux, & qui ayant Ie.plus de luq^ere, effacera l’ombre qu’ils pourraient caufer dans les Horologes. Tout de mefme s’il'cft fi haut que fès rayons puiflent pafler en ligne droite vers K par le deA fusdelaglacc,commeT 8 Kquieft parallèle a T 3, & quelanuëinterpoféene foit point fi opaque qu’elle les en empefche,on pourra voir vn fèrtieljnc foleil au deflus des fix autres. Que fi la glace 123,4 16 s'eftend plus haut & plus bas comme iufques aux poins 8, & 7, le foleil eftantvers A, on en pourra voir troisl’vn fur l'autre, vers E, afçauoirauxpoins 8, J,&7: Et lors on en pourra aufi. fy voir trois l'vn fur l’antre vers D, 6c trois vers F, en forte qu'il en paroi ftra iufquesa douze, e^chafTés dan$ le cerClt blanc DE F G H I. Et le foleil elhmt un petr plus bas que vers S, ou plus haut que vers T, il en pourra derechefparoiftre.trois vers E, aiçauoir deux «dans le cercle blanc, &vn autre au dçflous, ou an deflus: Et lors il en pourra encore paroi lire deux vers D, & deux vers Ç. Mais ie ne fçache point que iamais on en aittant* oblèru<toutaIafois; nysnefme que lorfqu’on en a vû trois IVn fur l’autre, comme il eft arriuéplufieurs foix; ou enaitremarque'quelquesautresaleurscoftcs. Ou bien quelorfqu-’onen a vû trois cofte a colle, comme il eft aufly arriuépIuficuKfoix,ouen ait remarqué quelques autres au deflus, ou au deflous. Dont, fans doute, la rai- lbn eft que la largeur de la glace, marquée entre les poins 7 & 8, n’a d’ordinaire aucune proportion, auec Ia: ; î ■ grau- ^ ^ * t •, Discours Dkrkirr. z%i m grandeur du circuit de toute la nue: etr forte que l'œil doit eftre fort proche du point E, lorfque cete largeur luy paroift aflcs grande pour y diftinguer trois foleiis l’vn fur l’autre; & au contraire fort cfloignd'.affin que les rayons qqife courbent vers D, & vers F, où fè diminue le plus l’eipaifleur de la glace, puiflènt paruenir iufque aluy..
Et il arriuc rarement que la nuë foit fi entière, qu'on en voye plus de trois en mefme teras. Toutefois on dit qu’en l’an Mi; le roy de Polongne en vit iufque a fix. Et ijn’yaquetroisansque le Mathématicien de Tnbinge obfèrua les quatre defignésicyparles lettres D,E, F, HT. mefme il remarque particulièrement en ce qu'il en & eferit que les deux D & F eftoient rouges, vers celuy du- milieu E, qu’il nomme le vray foleil, & bleus de l'autre-, coite"; & que le quatrième H eftoit fort pale,, & ne pa* c roiflbic* 288 Les Mbteokes.
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