ydeuoitcaufervnflus & reflus, qui fuft femblable en toutes fes circonftances à celuy qui fe remarque dan» nos mers ^ Et outre cela vn certain cours tant de l'eau, que de l’air, du leuant vers le couchant, tel qu'on le re- marque aufl(y entre les Tropiques: Comment les mon- taignes.les mers, les fontaines, &lesriuiercs pouuoient naturellement s’y former; Et les métaux y venir dans les mines-, Et les plantes y croiftre dans les campaignes; Et généralement tous les cors qu'on nomme meflez ou compofez s’y engendrer: Et entre autres choies à caufe qu’aprés les aftrcs ie ne counois rien au monde que le feu qui produife de la lumière ie m’eftudiay a faire entendre bien clairement tout ce qui appartient à fa nature, com- ment il fe fait, comment il fe nourrit, comment il n'a quelquefois que de la chaleur fans lumière, & quelque- fois que de la lumière fans chaleur, comment.il peut in- troduire diuerfes couleurs en diuers cors, & diuerfês au- tresqualitez, comment il en fond quelques vns, &en durcift d’autres, comment il les peutconfumer prefque tous, on conuertirén cendres & en fumée; Et enfin comment de ces cendres par la feule violence de fon a$ion il forme du verre: Car ccte tranfmutation de cen- • dres en verre me fêmblant eftre aufly admirable qu'au» cune autre qui fe face en la nature, ie pris particulière- ment plaifir a la deferire.
Toutefois ie ne voulois pas inférer de toutes cescho- fes, que ce monde ait eftécreéen la façon que ie propo- fois: Car il eft bien plus vrayfemblable que dés le com- mencement Dieu l’a rendu tel qu’il deuoit eftre. Mais il eft certain, & c’eft vne opinion communément rcceuë fi entre 45 Discours.
entre les Théologiens, que T aôion par laquelle mainte- nant il le conferue, eft toute la raefme que celle par la- quelle il l’a créé’: De façon qu’encore qu'il ne Juy auroit point donntf au commencement d’autre forme que celle du Chaos, pourvû qu’ayant eftabli les loix dç la Nature, il luy prêtait Ion concours pour agir ainfi qu’elle a de couftume, onpeutcroyre, (ans faire tort au miracle de la création, que par cela feul toutes les chofes qui font pu- rement materielles auroient pû auec le tetas s'y rendre telles que nous les voyons a prefent: Et leur nature eft bien plus ayféé a conceuoir lorfqu'on les voit naiftre peu a peu en ccte forte, que Iorfqu’on ne lesconfidere que toutesfaites.
De la defeription des cors inanimez & des plantes, ie pafTayacelledes anijnaux, & particulièrement a celle des hommes. Mais poureequeie n’en auois pas encore affez de connoi (Tance pour en parlerdu mefmc ftyle que durefte, c’eftadire, en demonftrant les effets par les caufès, &faifant voir de quelles fèmences, & en quelle fàçonla Nature les doit produire, le me contentay de fùppofêr, que Dieu formait le cors d’vn homme, entiè- rement femblable a Tvn des noftres, tant en la figure ex- térieure de fes membres,* qu’en la conformation inté- rieure de lès organes, fans le corn pofer d’autre matière quede celle que i’auoisdefcrite, & fans mettre en luy au commencement aucune ame raifonnable, ny aucune autre chofe pour y fêruir d’ame végétante ou fenfitiue. Sinon qu’il excitaft en fbn coeur vn de ces feux fans lu-, miere que i’auois défia expliquez, & que iç ncconce- uois point d’autre nature que eduy quiechaufe le foin.
De La Méthode. 47 De La Méthode. 47 ' iorfqu'on Ta renferme auant qu’il fuit fec, ou qui fait bo- uillir les vins nouueaux, iorfqu’on les laide enuer fur la ripe. Cat examinant les fondions, qui pouuoient en fuite de cela eltre en ce cors, i’y trouuois exactement toutes celles, qui peuuenteftre en nous fans que nous y penfions, ny par confequcnt que noltre aine, c'cft à dire, cetc partie diltinCte du cors dont il a cite' dit cy deflus que la nature n elt que de penfer, y contribue, Et qui font toutes les mefmes en quoy on peut dire que les animaux fans raifon nous relcmblent: Sans que iÿ en pûfle pour cela trouuer aucune, de celles qui, eftant dépendantes delapenfée, font les feules qui nous apartienent entant qu’hommes -r Au lieu que ie les y trouuois toutes par après, ayant fuppofe? que Dieu créait vne ame raifonna- ble, & qu’il la ioignrlt a ce cors en certaine façon que ie dc'criuois. •< Mais aifin qu'on puiflê voir en quelle forte i’y traitois cetc matière, ie veux mettre icy l’explication du mou* nement du coeur & des arteres, qui eltant le premier & le plus general qu’on obier ue dans les animaux, on iuge- ra facilement de luy ce qu on doit penler de tous les au. très. Etaffin qu’on ait moinsdedifficulrè a entendre ce- quci’endiray, ie voudrais que ceux qui ne font point verlèz en l’Anatomie priflent la peine, auant que de lire xecy, de faire couper deuant eux le coeur de quelque grand animal qui ait des poumons, car il elt en tous allez fcmblabie a celuy de l'homme - Et qu’ils le fiflent mon- trer les deux chambres ou concauitez qui y (ont, Pre- mièrement celle qui elt dans Ion eolte' droit, a laquelle refpondcnt deux tuyaux fort larges; A fçauoir la veue caue.
$8 Discours.
cauê, qui eft le principal recepracle du fang, & comme *le tronc de l’arbre donc toutes les autres venes du cors font les branches; Et la vene arterieufe, qui a elle' ainfi anal nommée pourceque c’eften effe& vne artere, la- quelle prenant Ton origine du coeur, lèdiuifo, après eu ettrefortie, en plufieurs branches qui le vont refpandre partout dans les poumons. Puis celle qui eft dans Ion cofté gauche, a laquelle relpondcnt eu mefme façon deux tuyaux, qui font» autant ou plus larges que les pre- ccdens; A fçauoir l'artere veneufe, qui a eftéauflyma! nommée àcaulc qu’elle n'eft autre chofe qu’vnevene, laquelle vient des poumons,.où elle eft diuifee en pla- ceurs branches, entrelacées auec celles de la vene arsc- rieufe, & celles de ce conduit qu’on nomme le iifflec par où entre l’air de la refpiration; Et la grande artere, qui fortant du coeur enuoye les branches par tout le cors, 'le voudrais aufly qu'on leur montrait foigneulement les -onze petites peaux, qui comme autant de petites portes ouurent & ferment les quatre ouuertures qui font en ■ces deux concauitez: A fçauoir, trois a l’entrée de la ve- ne caue,oùeHes font tellement difpofées, qu’elles ne peuuent aucunement empefoher que le fang quelle con- tient ne coule dans le coucauite' droite du coeur, & toutefois empefohent exacte ment qn’il n’eu puifle fortir; Trois al’entrée de la vene arterieufe, qui ellant dilpo- fées toutau contraire, permetent bien au lâng, qui clfc -dansceteconcauité, de palTer dans les poumons, mais non pas aceluyquieft dans les poumons d'y retourner; Etainlî deux autres a l’entrée de 1 artere veneufe, qni iailTeot couler le fang des poumons vers la concaukcf gauche De La Méthode. 49 gauche du coeur, mais s'oppofent a Ton retour Et trois a l’entrée de la grande artere, qui luy permetent de foftir du coeur, mais l’empefchent d’y retourner. Etiln'cft point belbin de chercher d’autre railbn du nombre de ces peaux, finon que Touuerture de l’artere veneufe, eftant en ouale a caufe du lieu ou elle fe rencontre, peut eftre commodément fermée auec deux, aulieu que les autres, eftant rondes, le peuuent mieux eftre auec trois. Déplus ic voudrais qu’on leur fift confiderer, que la grande artere & la venc arterieufe font d’vne compofi- tion beaucoup plus dure & plus ferme, que ne font l’ar- tere veneufe & la vene caue; Et que ces deux dernieres s’eflargiflentauant que d'entrer dans le coeur, 8c y font comme deux bourfes, nommées les oreilles du coeur, qui font compofe'es d'vne chair femblable à la ficnejEtqu’ii y a toufiours plus de chaleur dans le coeur, qu’en aucun autre endroit du cors; Et enfin que cetc chaleur eft ca- pable de faire, que s’il entre quelque goutte de fang en fesconcauitez, elle s’enfle prorateinent 5c fe dilate, ainfi que font generalement toutes les liqueurs, lorfqu'on les laifle tomber goutte à goutte eu quelque vaifleau qui eft fort chaud.
Car après cela ie n’aybefoin de dire autre chofe pour expliquer le mouuement du coeur, finon que lorfque lès concauitez ne font pas pleines de fang, il y en coule ne- ceflairement de la vene caue dans la droite, 8c de 1 artere veneufe dans la gauche: D’autantqiic ces deux vai fléaux en font toufiours pleins, ôcque leurs ouuertures, qui re- gardent vers le coeur, ne peuuent alors eftre bouchées. Mais que fitoftqu’il eft entre' ainfi deux gouttes de fang, g vne jp Discours.
vnc en chacune de fcsconcauitez, Ces gouttes, qui ne pcuucnt eftrc que fort grofles, à caufe que les ouuertures paroù elles entrent font fort larges, &lcs vaifleaux d’eù elles vicnent fort pleins do fang, fe raréfient & fe dila- tent,àcaufedc la chaleur qu’elles y trouuent, Au moyeu / de quoy, faifant enfler tout le coeur, elles pouflent & fer- ment les cinq petites portes,. qui font aux entrées des deux vaifleaux d’où elles vienent, empefehant ainfi qu’iL ne defoend e d’auantage de làug dans le coeur; Ht con- tinuant a fe raréfier de plus- en plus, elles pouflent &* ouurent les fix autres petites portes, qui font aux entrées des deux autres vaifleaux par ou clics fortent, faifant en- flerpar ce moyen toutes les branches de la vene arterieu- fe, &dela grande artere, qpafi au mefme in fiant que le coeur. Lequel incontinent apres fe defenfle, comme- font aufly ces artères, à caufe que le fangquiycftentré- s’y refroidi fi, & leurs fix petites portes fe referment, Sc les cinq de la vene cane & de l'arterc ven eu fefe r ouurêt, & donnent paflage a deux autres gouttes de làng, qui* font dcrechefenflcr le coeur & les arteres, tout de met* me que les precedentes. Et poureeque le firng, qui en- treainfi dans le coeur, pafle par ces deux bourfes qu’on, nomme les oreilles, de là vient que leur mouucracnt eft contraire au ficn, & qu’elles fe.defenflent lorfqu’il s eutte*- Aurefteaffin que ceux qui ne connoiflent pas la force- des demonftrat ions Mathématiques, & ne font pas ac- coutumez a diftinguer les vrayes raifons des vrayfembla- bles,ncfehafardentpasde uiercecy fans l’examiner, le lesveuxauertirquecemouucmentque ie vicn dexpli- quer,fuit aufly neceflairement de la feule difpofition des- . orga-.
De La Méthode. yi organes qu’on peut voir a l’œil dans le coeur, & de la chaleu r qu’on y peutfentir aucc les doigts, &delanatu- re du fang qu’on peut connoiftre par expérience, Que fait celuy d’vn horologe, de la force, de la fitua- tion, & de la figure de fes contrepois & de fes roues.
Mais fi en demande comment le fang des venes ne s’efpuife point, en coulant ainfi continuellement dans le?
coeur, & comment les arteres n'en font point trop rem- plics,puifque tout celuy qui pafle par le coeur s'y va ren- dre* le n’ay pas befoin d’y refpondre autre choie, que ce qui a défia efté eferit par vn médecin d'Angleterre au- Cordn. quel il faut donner la louange d’auoir rompu la glace en cét endroit, & d’eftre le premier qui a enseigne, qu’il y a pluficurs petirs pacages aux extreraitez des arteres, par ou le làng qu’elles recoiuent da coeur entre dans les pe- tites branches des venes, d'où il fe va rendre derechef vers le coeur. En forte que Ibn cours n’cft autre choie _■ qu’vne circulation perpétuelle. Ce qu’il prouue fort bien, par l’experience ordinaire des Chirurgiens, qui ayant lie' le bras médiocrement fort, au deflus de l’en- droit où ils ouurentla vene, font que le làng en fort plus 'abondamment, que s'ils ne l’anoient point Hé: Et il arri- ueroit tout fe contraire, s’ilslelioientau delTous entre la main &l'ouuerturei oubien qu’ils le lialTenttresfortau delfus. Carileft manifefte que le lien médiocrement ferré, pouuantempefcher que le làng qui eft défia dans le bras ne retourne vers le coeur par les venes, n’empe- fche pas pour cela qu’il n’y en vicne touiours de nouueau par les arteres: A caufe qu elles font fituées au delTous des venes; Et que leurs peadx -eftant plus dures font, g 2 rnoinç pz Discours.
moins ayféesa preflcr- Et auffy qnc le fang qui vient du coeur tend auec plus de force a pafler par elles vers la main, qu'il ne fait a retourner de là vers le coeur par les venes;Et puifque ce fang fort du bras par l’ouuerture qui eft enl’vnedes venes, il doit ncceflairement y auoir quelques paflagesau deflous du lien, c’efta dire, vers les extremitezdu bras, par où il y puifle venir des arteres. Il prouue aufly fort bien ce qu’il dit du cours du fang, par certaines petites peaux, qui font tellement difpofées en diuers lieux le long des venes, qu'elles ne luy permetent point d’y pafler du milieu du cors vers les extremitez, mais feulement de retourner des extremitez vers le coeurj Et de plus parl’experieneequi monftre,quetout celuy qui eft dans le cors en peut fortir en fort peu de tems par vne feule artere lorfqu’elle eft coupée, encore mefîne qu'elle fuit eftroitement liée fort proche da coeur, & coupée entre luy & le lié. En forte qu’on n'euft aucun fuiet d'imaginer que le fàng qui en fortiroit vint d'ailleurs.
Maisily a plu fleurs autres chofêsqui tefmoignent que lavrayecau/e de ce mouuemcnt du fang eft celle que iay dite* Comme premièrement la différence, qu'oq re-* marque entre celuy qui fort des venes & celuy qui fore des arteres, ne peut procéder que de ce qu’eftant raréfié',. & comme diftüé, en paffant par le coeur, il eft plus fub- til & plus vif & plus chaud incontinent apres en eftre + fotti, c’efta dire, eftant dans les arteres, qu’il n’eft vn peu deuant que d’y entrer, c’eft a dire,eftant dans les ve- nes: Et fi on y prend garde, on trouucra que cete diffé- rence ne paroift bien que vers le coeur, & non point tant aux*.
De La Méthode.
aux lienx qui en font les plus efloignez. Puis la dureté des peaux, dont la vene arterieufe & la grande artere font compofées, monftre aflez, que le fang bat contre elles auec plus de force que contre les venes. Et pour- quoy la concauittf" gauche du coeur & la grande artere, feraient elles plus amples & plus larges, que laconcaui- té droite & la vene arterieufe t Si ce n’eftoit que le fang de l’artere ucneufe, n’ayant efté que dans les poumon», depuis qu’il a paifc par le coeur, eft plus fubtil, &ferare- fie plus fort & plus ayfement, que celuy qui vient immé- diatement de la vene caue. Et qu’eftce que les méde- cins peuuent dcuiner en taftant le pouls, s'ils ne fçauent,, que félon que le fang change de nature, il peut eftrc ra- réfié par la chaleur du coeur plus ou moins fort, & plus ou moins vifte qu’auparauant. Et fi on examine com- • ment cete chaleur fe communique aux antres mem- bres, ne faut il pas auouër que c’eft par le moyen cfif fang, qui paflant par le coeur s’y refchauffe, & fe refpand ’ de là partout le cors: D’où vient que fi on ofte le fang do: quelque partie, on en ofte par mefme moyen la chaleur; Et encore que le coeur fuft aufly ardent qu’vn fer em- brafé, ilnefuffiroitpas pour refchauffer les pieds & les mains tant qu’il fait, s’il n'y enuoyoit continuellement denouueaufàng. Puis aufly on connoift delà, que le vray vfage de la refpiration, eft d’apporter aflez d’air frais dans le poumon, pour faire que le fang, qui y vient- de la concauité droite du coenr, où il a efté raréfié' & comme changéen vapeurs, s'y efpaiflïfle, & conuertifle en fang derechef, auant que de retomber dans la gau- che; fans quoy il ne pourrait eftre propre a lëruir de noug y, riture riture au feu qui y eft. Ce qui fc confirme parce quon void que les animaux qui n'ont point: de poumons, n’ont aufly qu vne feule concauiré dans le coeur j Et que les enfans, qui n’en pêuuent vfer pendant qu'ils fout renfer- mez au ventre de leurs meres, ont vne ouucrture par où il coule du fang de la vene caue en la concauitc' gauche du coeur, Et vn conduit par où il en vient de la vene ar- terieulè en la grande artere, fans pafler par le poumon- ’ Puisla co&ion comment fe ferait elle en l’eftomac? fi le coeur n’y enuoyoit de la chaleur par les arteres, & auec cela quelques vnes des plus coulantes parties du fang qui aydeut a difloudre les viandes qu ’on y a mifes. E t l’aâion qui conuertiû le lue de ces viandes en fang/n’eft elle pas ayfee a connoiitre, fi on confidere qu’il fe diftile, en paflant & repaflant par le coeur, peuteftre plus de cent ou deux centfois en chafque iour. Et qu’at on be/ôin d’autre chofe pour expliquer la nutrition, & la produ- dtion des diuerlès humeurs qui font dans le cors, linon de dire que la force, dofit le fang en fe raréfiant paflè du coeur vers Iesextremitez des arteres, fait que quelques vnes de lès parties s’areftent entre celles des membres ou elles fe trouuent, &c y prenent la place de quelques autres quelles enchalTenti Et que félon la fituation, ou la figure, ou lapetitelTe des pores quelles rencontrent les vnes fc vont rendre en certains lieux plutoft que les autres; En mefine Jtàçon que chafcunpeutauoirvûdi- uers cribles, qui eftantdiuerfemênt percez feruent a fe- parer diuers grains les vns des autres. Et enfin ce qu'il y a de plus remarquable en toutcecy, c’ell la génération .des elprits animaux, qui font comme vn vent tresfiibtil.
De La Méthode. ^ ou plutoft comme vneflame très pure St très viue, qui montant continuellement en grande abondance du coeur dans le cerueau, le va rendre dç là par les nerfs dans les mufcles, & donne le mouuement a tous les membres: Sans qu’il faille imaginer d’autre caufe, qui face que les parties dufaug, qui eftant les plus agitées St les plus pénétrantes font les plus propres a compofer ces efprits, fo vont rendre plutoft vers le cerueau qûe vers ailleurs; Sinon que les arteres, qui les y portent, font cel- les qui vienent du coeur le plus en ligne droite de tou- tes; Et qiîe félon les réglés des Mechaniques; qui font les mefmes que celles de la nature, lorfque plufieurs cho- fes tendent enfcmble a fo mouuoir vers vn mefmecoftd où il n’y a pas aflez de place pour toutes, ainlï que les parties du fang qui fortent de la concauité' gauche du coeur tendent vers le cerueau, les plus foibies & moins agitées en’doiuent eftre détournées par les plus fortes, qui par ce moyen s’y vont rendre foules» I’auois explique allez particulièrement toutes ces chofosdans le traite'que i’auois eu cy deuant deffein de publier. Et en fuite i’y auoismonftré, quelle doit eftre la fabrique des nerfs & des mufcles du cors humain, pour faire que les efprits animaux, eftant dedans, ayent la for- ce de mouuoir fo s membres: Ainfi qu’on voit que les te- lles, vn peu après eftre coupcës, feremuent encore, & mordent la terre, nonobftant qu’elles ne foient plus aui- mées; Quels changemens fo doiuent faire dans le cer- ueau pour caufer la veille, & le fommeil St les fonges. Comment la lumière, les fons, les odeurs, les goûts, la chaleur, & toutes les autres quahtez des obiets exté- rieurs • ' % 4 v ■ Dis co ors rieurs y pciiucnt imprimer diuerfes idées, par l'entre- niife des fens-, Comment la faim, la foif, & les autres pallions inferieures, ypcuuentaufTy enuoyerlesleur; Ce cjui doityeftrepris pour le fens commun, où ces idëes font receuësj pour la mémoire qui les conferuc; & pour la fantaifie, qui les peut diuerfemenr changer, en com- poferdenouue!lcs,& parmefme moyen, diftribuant les efpris animaux dans les mufcles, faire mouuoir les mem- bres de ce cors, en autant de diuerfes fa çon s, & autant a propos des obiets qui fe prefentent à fes fens, & des paC- fions intérieures qui font en luy, que les noftres fepuit fent mouuoirfans que la volontd les conduite. Ce qui ne fcrablera nullement effrange, à ceux qui fçaehant com- bien de diuers automates, ou machines mouuantes, l’in- duftrie des hommes peut faire, fans y employer que fort peu de pièces, à comparaifon de la grande multitude des os, des mufcles, des nerfs, des artères, desvenes, & de toutes les autres parties, qui font dans le cors de chafque animal, Confidereront ce cors comme vne machinc,qui ayant efté faite des mains de Dieu, eft incomparable- ment mieux ordonnée, & a en foy des mouuemens plus admirables, qu’aucune de celles quipeuuent eftreinuen- tees par les hommes. Et ie m'eftois icy particulièrement arcft<f à faire voir, que s’il y auoit de telles machines, qui euflent les organes & la figure extérieure d’vn linge, ou de quelque autre animal fans raiion nous n aurions aucun ' moyen pour reconnoiftre, quelles ne feroient pas en tout de mefme nature que ces animaux: Au lieu que s’il y en auoit qui eofleut la refèrablauce de nos cors, & imi- taflent autant nos actions que moralem ent il ferait pof- De La Méthode. j7 fible, nous aurions toujours deux moyens très certains,* pour reconnoiftre qu’elles ne feraient point pour cela de vrais hommes. Dont le premier eft que iamais elles ne pourraient vfer- de paroles, ny d’autres fignes en les com- polânt, comme nous faifons pour déclarer autf autres nos penfe'cs. Car ou peut bien conccuoir, qu’vne machi* ne (bit tellement faite qu’elle profère des paroles, Si mc£* me quelle en proféré quelques vnes à-propos des aérions corporelles qui cauferont quelque changement en fçs <#ganes: Comme fi on la touche en quelque endroit, qu’elle demande ce qu’on luy veut dire } fi en vn autre, qu’elle crie qu’on luy fait qui x & choies fèmblables!; Mais non pas qu’elle les arrange diuerfement, pour reft pondre au fens-de tout ce qui lè dira en fa prefcnce, ainlt que les hommes les plus hebetez peuuent faire. Et le fé- cond eft, que bienqu'elles fifièntplufieurs chofes, aufly bien,oupeuteftre mieux, qu’autun de nous, elles man- queraient infalliblement en quelques autres, par Iek quelles on dccouuriroit quelles n'agiroient pas par con- noi fiance, mais feulement parla difpofition de leurs or- ganes: Car au lieu que la raifon cft vn infiniment vni- uerfel, qui peut feruir en toutes fortes de rencontres, ces organes ont befoin de quelque particulière difpofition pour chafque adrion particuIiere;d’où vient qu'il cft mo- ralement impoffible, qu'il y enaitaflTézde diuersen vne mfchine, pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie, de mefrae façon quenoftre raifon nous fait agir. Or par ces deux mefmcs moyens, on peut auflTy connoi- itre ladifrerençe, qui eft entreles hommes & les belles. Çarç’eft vne chofe bien remarquable » qu'il ny a point ^ d’hom- Discours.
xi’homraes fi hebetez & fi ftupides, fins en excepter mefme les incenfez, qu'ils ne fbient capables d’arrenger enfemblediuerfes paroles, &d'en compofervndifcours par lequel ils facent entendre leurs penfées ► Et qu’au contraire, ilnya point d'autre animal, tant parfait & tât heureufemêt ne'qu'il puiffe eftre, qui face le fembla^ ble. Cequin’arriuepasde ce qu'ils ont faute d'organes* caron voit que les pies & les perroquets peuuent profé- rer des paroles ainfi que nous, & toutefois ne peuuent parler ainfi que nous, c'eft a dire, en tefmoignant qu^ s ' penfènt ce qu'ils difènt: Au lieu que les hommes, qui* eftans nezTours & mucts,font priuezdes organes qui fer- uent aux autres pour parler;autant ou plus que les bettes* ont couftumed’inuenter d’eux mefmes quelque s figues, par lefquels ils fe font entendre a ceux qui eftans ordinal* rement auec eux ont loyfir d’apprendre leur langue. Et cecy ne tefmoigne pa& feulement que les bettes ont moins de raifon que les hommes, mais qu’elles n’en ont point du tout: Car on yoit qu’il n’en fiut que fort peu pour fçauoir parler, & d’autant qu’on remarque de l’in- - efgalité entre les animaux d’vne mefme efpcce, aufly bien qu’entre les hommes, & que les v ns font plus ayfèz a drefler que les autres, iln’eftpas croyable qu’vn finge -