ou vn perroquet, qui feroit des plus parfaits de fon efpe-- ce, n’e'galaftencela vn enfant des plus ftupides, ou du • moins vn enfant qui auroitle ccrueau troublé, fi lAi* ame n’eftoit d’vne nature du tout differente de la noftre. Et on ne doit pas confondre les paroles, auec les raouue- mês naturels,qui tefmoignêt les paffions,.& peuuêteftrc imitez par des machines aufly bien que par les animaux: nY De La Méthode- 59 nypenfer, comme quelques Anciem,quc les beftes par- lent, bienque nous n’entendions pas leur langage: car s’ileftoit vray, puifqu’clles ont plufieurs organes qui le rapportent aux noftres, elles pourraient auflybîénfe faije entendre a nous, qii’a leurs femblables. C’cft aufïy vne chofe fort remarquable, que bien qu'il y ait plufieurs animaux qui tefmoignent plus d'induftrie que nous en quelques vnes de leurs aâions, on voit toutefois que les mefmes n‘en tefmoignent point du tout en beaucoup d’autres: De façon que ce qu’ils font mieux que nous, ne prouue pas qu’ils ont de l'efprit, car a ce conte ils en au- raient plus qu'aucun de nous, 6c feraient mieux en toute autre chofe- Mais plutoft qu'ils n’en ont point, 6c que c’cft la Nature qui agift en eux félon la difpofition de leurs organes: Ainfi qu’on voit qu’vn horologc,qui n’eft cotnpofè que de roues & de reflors, peut conter les heu- res, & mefùrer le teins, plus iuftement que nous auec toute noftre prudence.
I’auois dcfcrit après cela l ame raifonnable, 6c fait voir qu’elle ne peut aucunement eftre tirce de la puiflance de de la matière, ainfi que les autres chofes dont i'auois parlé, mais qu elle doit expreffemcnt eftre creée; Et comment il ne fuffit pas, quelle foit logée dans le cors humain ainfi qu’vn pilote en fon nauire, finon peuteftre pour mouuoirfes^membresj Mais qu’il eft befoin quelle (bit iointe, 6c vnic plus eftroitcment auec luy,pour auoir outre cela des fentimens, & des appétits femblables aux noftres, & ainfi compofer vn vray homme. Au refte ic mefuisicy vnpeu eftendufurle fuietde l’ame, à caufê qu’il eft des plus importans: Car après l’erreur de ceux if* h 2 qui Sixi- ©fme partie.
i:• Discours.
qui nient Dieu, laquelle ie penfe auoir cy deflus aflez ré- futée, il n'y en a point qui efloigneplutoft les efprits foi- bles du droit chemin de la vertu, que d'imaginer que lamé des belles Toit de mefme nature que la noilre, & que par confequent nous n’auonsrien à craindre, ny à efperer, après cete vie, non plus que les moufches &Ies fourmis: Au lieu que lorfqu'on fçail combien elles diffe- rent, on comprent beaucoup mieux les raifons,qui prou- uent que la noftre ell d'vne nature entièrement indé- pendante du cors, & par confequent quelle neft point fuiette à mourir auec luy: puis d’autant qu’on ne voit point d’autres caulès qui la deftruifent, on eft naturelle- ment porte'àiuger de là qu'elle ell immortelle.
Or il y a maintenant trois ans que i’ellois paruenuala fin du taire qui contient toutes ces choies, & que ie commencois à le reuoir affin de le mettreentre les mains d’vn imprimeur, Lorfque i’apprisque des perfonnes à qui ie deferej & dont l authorité ne peut gueres moins fur mes avions, que ma propre raifon.fur mes penfées, auoient defapprouué vne opinion de Phyfique publiée Vnpeuauparauant par quelque autre, de laquelle ie ne veux pas dire que ie fulTe, mais bien que ie n’y auoisrieo remarque^auantleur cenlure,que ie puffe imaginer ellre prejudiciable ny ala religion ny a l’cftat, uy par conlê- quentquim coilempcfchè de l’eferire, fi la raifon me l’euft pcrfuadeè; Et que cela me fit craindre qu'il ne s’en trouuaft tout de mefme quelqu Vne entre les mienes, en laquelle ie me fufle me'pris: nonobllant le grand foin que Uay toufiours eu, de n’en point receuoir de nouuelles en macreance,.donc icn'euffe.de$demonff rations très ccr- ► L U taines- ► L U taines- De La Méthode. » taines.&dc n’en point efcrire,qui puflcnt tourner an def- auantage de perfonne. Ce qui a efteTuffi fant pour m’ob- liger a changer la refolution que i'auois eue de les pu- blier. Car encore que les raifons, pour lefquelles ie I’auois prifeauparauant, fuflent très fort^ mon incli- nation, qui m’a toufiours fait haïr le mefticr de faire des liures, m’en fit incontinent trouuer aflez d’autres pour m'en cxcufer. Et ces raifons de part & d'autre font tel- les, que non feulement i’ay icy quelque intereft de les dire, mais peuteftre aufly que le public en a de les fça- noir.
le n’ayiamaisfait beaucoup d'eftat des choies qui ve^ . noient de mon efprit, & pendant que ie n’ay receuilly d’autres fruits de la méthode dont ie me fers, finon qne ie me fuis fotisfait touchant quelques difÇculrez qui ap- partienent aux fciences fpeculatiues,oubien quei’aytaf- ché de régler mes meurs par les raifons qu'elle m’enfei- gnoit, ien’ay point creu cftre oblige' d’en rien eferire. Car pour ce qui touche les meurs, chacun abonde fi fort <enfonfens, qu'il fepowrroit trouuer autant de-reforma- teurs que de teftes, s'il eftoit permis à d'autresqu’à ceux que Dieu a eftabhs pour fouuerains fer fes peuples, ou- bien aufquels il a donne' aflez de grâce & de zelc pour eftre prqphetes, d’entreprendre d’y rien changer; Et bienque mes Ipcculatious me pleuflent fort, i’ay creu "que les autres en auoient aufly, quileur plaifoient peut- eftre d’auantage. Mais fitoft que i’ay eu -acquis quel- ' ques notions generales touchant la Phyfique, & que commençant a les efprouuer en diuerfes difficultez. par- ticulières, i’ay remarqué iufques où elles peuuent con* . h 5 j du ire,, % 6t • Discours duire, ôc combien elles different des principes dont cm s’eft ferui iufques apreftnt, I’ay creu que ie ne pouuois les tenir cachées, fans pecher grandement contre la loy jqui nous oblige à procurer autant qu'il eft en nous le bien generale tous les hommes: Car elles m’ont fait voir qu’il eirpoffible de paruenir a des connoiflances qui foieut fort vtiles a la vie; Ht qu'au lieu de cete Philo- ibphiefpcculatiuequ’onenfeignedans les efcholes,'On en peut trouuer vne pratique, par laquèlle connoiflant la force & les aérions du feu, de l’eau, de l’air, des aftres, des deux, & de tous les autres cors qui nous enuiron- nent, aufly diftindement que nous connoiflons les di- uers métiers de nos artifâns,nous Ie$ pourrions employer en mefme façon a tous les vfages aufquels ils font pro- pres, Scainfinops rendre comme maiftres & pofîèfleurs de la Nature. Ce qui n’eft pas feulement a defirer pour Pinuention d’vne infinité d’artifices, qui feroient qu’on . iouiroit fans aucune peine des fruits de la terre, & de tou- tes les commoditez qui s’y trouuent: Mais principale- ment aufly pour la conferuation dte la famé, laquelle eft iàns doute le premier bien, & le fondement de tous les . autres biens de cete vie: Car mefme l'efprit dépend fi fort du tempérament, & de la dilpofition des organes du cors, que s’il eft poffible de trouuer quelque moyen, qui rende communément les hommes plusfages, &plus ha- biles qu'ils n’ont eftéiufqnes icy, ic croy que e’eft dans' la Medecine qu'on doit le chercher. Il eft vray que cel- le qui eft maintenant en vfàge contient peu de chofes dont l vtilité foi t fi remarquable: Mais fans que i’aye au- cun defTein de la mefprifer, le m’affure qu’il n’y a per- •: fonne.
De La Méthode. 6 $ Tonne, mefrae de ceux qui en font profeflîon, qni n’auo- uë que tout ce qu’on y fçait n’eft prefque rien, à compa- raifon de ce qui relie à y fçauoir; Et qu'on fe pourroit exemterd’vne infinité dè maladies, tant du cors que de refprit, & mefme aufly pe^ptre del’affoibliflcmentde lavieillefle, fi on auoit aflez de connoiflance de leurs caufes, &dc tous les remcdes.dont la Nature nous a pourueus. Or ayant deflein d'employer toute ma vie a la recherche d’vne fcience fi neceflaire, & ayant ren- contre' vn chemin qui me femble tel qu’on doit infalli-- blemeut la trouuer en le fuiuant, fi ce n’eft qu’on en foit empefché.ouparlabrieuetéde la vie, ou par le defaut des expériences, le iugeois qu’il n'y auoit point de meil- leur remede contre ces deux empefehemens, que de * communiquer fidellement au public tout le peu que i’aurois trouué', & de conuierles bons elprits à talcher de * palier plus outre, en contribuant, chafcun félon fon in- clination & fon pouuoir, aux expériences qu’il faudroit faire, & communiquant aufly au public toutes les chofes > qu'ils apprendraient, aflfin que les derniers commen- - çeant où les precedcns auraient acheue', & âinfi ioignanc les vies & les trauaux de plufieurs, nous allaffions tous erifemble beaucoupplus loin, que chafcun en particulier •* nefçauroit faire.
Mefme ie remarquois touchant le se xperiences, qu’el- les font d'au tant plus neceflaires, qu'on eft plus auanccf: en connoiflance. Car pour Iç commencement, il vaut mieux ne fe féru ir que decelfos qui fe prefootent d'elles mefines a nos feus, & que nous ne ^aurions ignorer pourvûque nous y facions tant foit.pcu de réflexion, quea ea i 6 4 Discours d'en chercher de plus rares & eftudices: Dont la raifon eft que ces plusjares trompent fouuent, lorfqu’on ne {çait pas encore les caufes desplus communesi & que les circonftanees dont elles dépendent font quafi toufiours fi particulières, & fi petit^Mu il cft très malayfé de les: remarquer. Mais l’ordre que i'ay tenu en cecy a elle tek Premièrement i’ay tafche'de trouucr en general les prin- cipes ou premières caufes de tout ce qui eft ou qui peut eftre dans le monde, fans rien confiderer pour cet efteéfc que Dieu feul qui l’a crée?, ny les tirer d'ailleurs que de certaines femencesde veritezqui font naturellement en nos ames. Apres cela i'ay examiné quels eftoient les premiers & plus ordinaires effets qu on pouuoit déduire decescaufes; Etilmefcmble que par là i’ay trouué des deux, des aftres,vne terre, & me fine fur la terre de l'eau, de l'air, du feu, des minéraux, & quelques autres telles choies, qui font les plus communes de toutes, & les plus fimples, & par confequent les plus ayfées a connoiftre, Puislorfquc i’ay voulu defeendre a celles qui eftoient plus particulières, il s’en cft tant prefenté a moy de di- uerfès,que ic n’ay pas creu qu’il fuft poffiblc a l’efprit hu. main de diftinguer les formes ou efpecçs de cors qui font furla terre, d’vne infinité" d'autres qui pourroienpy eftre fi c euft efté le vouloir de Dieu de les y mettre } Ny par confequent de les rapporter a noft re vfage, fi ce n’cft qu'on vienc au deuant des caufes par les cffecs, & qu’on feforuedeplufieurs expériences particulières. En fuite dequoy repaffant mon cfpric fur tous les obiets qui s’eftoient iamais prefenteza mes fens, i'ofe bien dire quç • je n'y ay remarqué aucune chofe que ie nepeuffe affeat com- De La Méthode. 6f commodément expliquer par les principes que i’auois trouuez: Mais il faut auflfy que i’auouë, que la puiflànce de la Nature eflrfi ample, & fi vafte, & que ces principes font fi Amples & fi generaux, que iene rematque quafi plus aucun effeét particulier, que d’abôrd ie ne con- noifle qu’il peut en eftre'deduit en plufieurs diuerfes fa- çons j. Et que ma plus grande difficulté' eft d’ordinaire de trouuer en laquelle de ces façons il en dépend, Car à cela ie ne fçay point d’autre expédient que de chercher derechef quelques expériences, qui foient telles, que leureuenementne foitpasle mefrne fic’eft en l’vne de ‘ces façons qù’on doit l’expliquer, que fi c’eft en l’autre. Au refte i’en fuis maintenant là, que ie voy ce me fem- bleafTez bieudequelbiaizonfe doit prendre à faire la plus part de celles qui peuuent feruir a cet effedfc: Mais ie voy auflÿ qu’elles font telles & eh fi grand nombre, que ny mes mains, ny mon reuenu, bienque i’en eufle mille fois plus que ie n’en ay, ne fçauroient fuffire pour toutes: En forte que félon quei’auray déformais la com- moditéd’en faire, plus ou moins, i’auancêray aufly plus ou moins en la connoiflance de la Nature. Ce que ie me prometois de faire cbnnôiftrc par le traité que i’auois eferit, & d'y monftrer fi clairement l vtilitc que le public en peut receuoir, que i'obligerois tous ceux qui défirent en general le bien des hommes, c’eftàdire, tous ceux quïfonteneffe& vertueux, & non point par faux fem- blant, ny foulement par opinion, tant a me communi- quer celles qu'ils ont défia faites, qu’a m’ayderen lare- ' cherche de celTes qui reftent a faire.
Mais i’ay eu depuis ce tems là d’autres raifons qui ^ ♦ i.m’ont 66 » Discours.
m'ont fait changer d’opinion, & penfer que ie deuois véritablement continuer d’eferire toutes les chofes que ieiugeroisde quelque importance, à mefùre que i’en découurirois la vérité, &y apporter le mefme foin que ü ieles vbulois faireîmprimer: Tant a ffind’auoir d'au- tant plus d’occafion de les bien examiner; Comme fous doute on regarde toufiours de plus près a ce qu’on croie deuoircftreveuparplufieurs, qu’a ce qu'on ne fait que pour foymcfme. Et fouuent les chofes, qui m’ont fom- blé'vrayes lorfquei'ay commencé à les conceuoir,m’ont paru faufles Iorfque ie les ay voulu mettre fur le papier* Qu’affin de ne perdre aucune occafion de profiter au pu- blic fii’en fuis capable, & que fi mos eferits valent quel- que chofe, ceux qui les auront après ma mortcnpuiff fentvfer, ainfi qu’il fera le plus à propos. Mais que ienc deuoisaucunemcnt confcntir qu’ils fuflfent publiez pen- dant ma vie, affin que ny les oppofitions & controuerfos aufqucllesilsforoicnt pcûteftre fuiets, ny mefme la répu- tation telle quelle qu’ils me pourroient acquérir, ne me donnaient aucune occafion de perdre le tems que i*ay defTeifl d’employer a m’inftruire. Car bienque il foie vrayque chafquehommeeftoblige'de procurer autant qu’il cft en luy le bien des autres, & que c'eft proprementnê valoirrien que de n’eftre vtile aperfonnc;Tou- tefoisileft vrayaufTyque noYfoins fe dokient eftendre plus loin que le tems prefenr, & qu'il eft bon d’omettre les chofes qui apporteroièut peuteftre quelque profit à ceux qui viucnt, Iorfque c’eft à deffein d'en faire d’autres qui en apportent d’auantage à nos neueux. Comme en effeét ieveux bien qu’on fçache, que le peu que iay ? •, • ippris.
♦ De La Méthode. 6y appris iufques icy. n’eft prefque rien, à comparaifon de cequei’ignore’, &que ie-ne defclpere pas de pouuQir apprendre: Car c’eftquafi leraefrae 3c ceux qui détou- rnent peu apen la vérité dans les fçiences, que de ceux •qui commenceant a deuenir riches ont moins de pei- ne a faire de grandes acquittions, qu’ils n’ont eu aupa- rauanc eftant plus pauures a en Élire de beaucoup moin- dres. Oubienonpeut les comparer aux chefs d’armée, dont les forces ont couftume de croiûre a proportion de leurs victoires, ^ qui ont befbin de plus de conduite pour fe maintenir apre's la perte d ’vne bataille, qu'ils n'gnt apresrauoirgaignee a prendre des villes & des provin- ces. *Ca?c’eft véritablement donner des batailles, que de tafehera vaincre toutes les diflScultez & les erreurs, qui nous çmpefehent deparuenira laconnoiflancede la veritéj &c'eft en perdre vnc, que de receuoir 'quelque faufle opinion, touchant y ne matjprc vn peu generale St importante: Il faut apres beaucoup.plus d adreflepourfe remettre au mefme eftat qu'on cftoit auparauant, qu’il ne faut a faire de grans progrès, Iorfqu’on a défia des prin- cipes qui font aflurez.’ Pour.moy fi i’ay cy deuant trouué quelques veritez dans les fçiences ( & i'efpere qqe les chofêsqui font contenues en ce volume feront iugerque i’cnaytrouué'quelques vnes) ic puis dire que ce ne font que des fuites & des depeudaneçs de cinq ou fix princi- pales difficultezquei ay furraontées,& qqeic conte pout autant de batailles où i’ay eu l'heur de mon coite': Mefc n\eicnecraindray pas de dire que ie penfc nianoir plus befoin d’en gaigner que deux ou trois autres ferublables, pour venir entièrement a.bout.dc mes djelfeins; Et que i x mon - Discours*..
mon aagen’eft point fi auancé, que félon le cours ordi- naire cfela Nature, ie ne puifleencoreauoirafiez de Ioy- fir pour cet effedt. Mais ie croy eftre d'autant plus ob- ligé à ménager le tems qui me refte, que i'ay plus d’efpe- rance de lcpouuoir bien employer Et i'aurois fans dou- teplufieursoccafions de le perdre, fiiepubliois lesfon- demens de ma Phyfique. Car encore qu’ils fbient pres- que tous fi cuidens qu'il ne faut que les entendre pour les croire, & qu’il n'y en ait aucun dont ie ne penfè pouuoir donner des demonft rations j toutefois a caufè qu'il cft impoffiblc qu’ils (oient accordans auec routes les diucr- fès/opinions des autres hommes, ie preuoy que ie fe- rais fouuent diuerti par les oppofitions qu’iK feraient naiftre. * On peut dire que ces oppofitions feraient vtilcs, tant affindemcfaircconnoiftrcmes fautes, qu affin que û iauois quclquexhofe de bon, les autres en eu fient par ce moyen plus d'intelligence, &, comme plufieurs pcuucnt plus voir qu'vn homme feul, que commenceant des maintenant asenferuir, ils m'aydaflent auflyde leurs ioûcntions. Mais encore qûeie me reconnoiffe extrême- ment fuiet à faillir, fie que ie ne me fie quafi iamais aux premières penfëes qui me vienent, toutefois lexpericn- ccque i'ay dès obie&ions quon me peut faire m em- pefche d'en cfperer aucun profit: Car i’ay défia fouuent efprouué les iugemens, tant de ceux que i'ay tenus pour mes amis, que de quelques autres a qui iepen fois eftre indiffèrent, fie mefme auffy de quelques vus dont ie fça- uois que la malignité' fie l enuietafcheroitaflcz a-décou- urir cequel affection cacher oit a mes amis; Mais il eft rare-» De La Méthode. 69 rarement arriuéqu'on m'ayt obieéte'quelque clïofè que ien’eulTe point du toutpreueuë, fi ce n’eft quelle fuit • fort éloignée de mon fuiet: En forte que ien'ay quafi ia- mais rencontre aucun Cenfeur de mes opinions, qui ne . me femblad on moins rigoureux, ou moins équitable quemoymefme. Et ie n!ay iamais remarqué non plus, que par le moyen des difputes qui fe pratiquent dans les Efcholes,on ait de'couuert arienne vérité qu’on ignorait auparauant. Car pendant que chafcuntafche de vain- 1 cre, on s’exerce bien plus a faire valoir la vrayfemblance, qu’a peferles raifons de part 81 d'autre: Et ceux qui ont cité long tems bons auocats, ne font pas pour cela par après meilleurs iuges.
Pourl’vtilitéque les antres receucroient de la com- - municationde mes penfées, elle nepourroit aufly eftre fort grande, d’autantque ie ne les ay point encore con- duites fi loin, qu’il ne foit befoin d’y aioufter beaucoup dechofes, aùant que de les appliquer a l’vfage. Et iç penlè ponuoir dire lâns vanité, que s’il y a quèlqu’vn qui en foit capable,cedorite(tte plutoft moy «qu'aucun au- tre: Noivpas qu’il ne puifle y auoir au monde plufieurs ‘efprits incomparablement meilleurs que le mien; mais poureequ’on ne fçauroit fi bien concenoir vne choie, &* la rendre fiene, lorfqu’on l’apprent de quelque autre,, quelorfqu’onliinuentefoymefme. Cequieftfi verita- ‘bleen cete matière, que bienque i’aye Ibuuent expliqué quelques vnes de mes opinions a des perlbnncs de très ' bon efprir, & qui pendant que ie lenrparlois fcmbloient les entendre fort diftinétement, toutefois lors qu'ils les ont redites, i’ay remarqué qu’ils les ont changées prefii y. que / tf 7P D]l S C O U R S.
que toufiours en telle forte que ie ne les pounois plus • auouër pour mienes. A Poccafion de quoy ie fuis bieu ayfe de priericy nos neueux, de ne croire iamais que les choies qu'on leur diraviencntdemoy, lorfquéie nè.Ies dUray point inoymefmc diuulguces: Et ic ne m’eftonoe. aucunement des extrauagances qu’on attribue a tousccs anciens Philofophes dont nous n’auons point les eferits, ny ne iuge pas pour cela qufe leurs pen&es ayent efte fort deraifonuables, veu qu’ils eftoieut des meilleurs cfprits de leurs temsi Mais feulement qu’on nous les a mal rap- portées. Comme on voit aulTy que prefqut iamais il ri*eft arriué'qu’aucun de leurs fedateurs les ait furpaflez: Etiem’aflureque les plus paffionnez, de- ceux qui fui- uent maintenant Ariftbte/fecroyroienthureux, s’ils auoient autant de connoiflance de la Nature qu’il en a eu, encore mefme que Cfffuft a condition qu'ils n'en au- toient iamais dauantage. Ils font comme le lierre, qui ne tend point a monter plus haut que les arbres qui le fou-. tieneût, & mcfme fouuent qui redefeend après qu’il cft paruenu iufques a leur faille *: Car il me femble aufly .que ceux la redefoendent, ccft a dire, fe rendent en quelque façon moins Içauans que s’ils s abftenoient *d’eftudicr,lefquels non contcns de fçauoir tout ce qui eft intelligiblement expliqué dans leur Autbeur; veulent ■outrécelay trouuer la folution de plulfeurs difficultcz. dont il ne dit rien,-•& aufquelles.il n’a peuteftre iamais* penfe'. Toutefois leur façon de philofopher efl fort com- mode, pour ceux qui n’ont que des efprits fort médio- cres: car l obfcuritc des diftîndions, & des principes