SigPhi · Descartes

Discours de la methode (avec La Dioptrique, Les Meteores, La Geometrie)

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1 8 La D i optai qjje adtement en ligne droite vers B & vers A, non obftant qu'elles ne fo puiflent mouuoir li exactement vers la en ligne droite, à caufe des grapes de raifins qui font entredeux: & ainfy penfànt que ce n'eft pas tant le mouuement, comme l'action des cors lumineus qu’il faut prendre pour leur lumière, vous deués iuger que les rayons de cette lumière ne font autre chofe, que les li- gnes, fuiuant lelquelles tend cette action. En forte qu’il ÿ a vne infinité de tels rayons qui vienent de tous les poins des cors lumineus, vers tous les poins de ceus qu’ils illuminent, ainfy que vous pouués imaginer vne infinité' de lignes droites ‘, fuiuant Iefquelles les allions qui vien- ent detouslespoinsdelafuperficiedu vin CJJ E, ten- dent vers A, & vne infinité' d’autres, fuiuant lesquelles, les avions qui vienent de ces mefmes poins, tendent aufly vers B. fans que les unesempefchent les autres.

Au refte ces rayons doiuent bien eftre ainfy toufiours imaginés exactement drois, lorsqu'ils ne paftent que par vn foui cors tranlparent, qui eft^>ar tout efgalà foy- mefme: mais lors qu'ils rencontrent quelques autres cors, ils font fujets à eftre détournés par eux, ou amor- tis, en mefme façon que l'eft le mouuement d’vne balle, ou d’vne pierre iettée dans l’air, par ceux qu'ellerencon- - tre. Car il eft bien ayfè à croire que l’adlion ou inclina- tion à fo mouuoir, que i'ay dit deuoir eftre prifepour la lumière, doit fuiure en cecy les mefmes loys que le mouuement. Et afin que i’explique cette troifielme comparaifon tout au long, confidere’s que les corps, qui peuuent ainfy eftre rencontrés par vne balle qui pafle dans l’air, font ou mous,ou durs, ou liquides; & que s'ils * '■ U • - 4ont font mous, ils arreftct & amortiflent tout à fait Ion mou- uement: comme lors quelle donne%contre des toiles, ou du fable, ou de la boue* au lieu que s’ils font durs, ils la renuoyent d’vn autre coite' làns l’arrefter; & ce eu plufieurs diuerfes façons: Car ou leur fuperficie eft tou- te ofgale & vnie, ou rabotteufe & inegalej & derechef eftant efgale, elle eft ou platte, ou courbée: Se eftant in- égalé, ou fon inégalité' ne conlifte, qu’en ce qu'elle eft compofëe de plufieurs parties diuerfement courbées, dont chacune eft en foy alfés vnie j ou bien elle confiftc outre cela, en ce qu’elle a plufieurs diuers angles ou poin- tes, ou des parties plus dures l’vne que l'autre, ou qui fc meuuent, & ce auec des variétés qui peuuent eftre imaginées en mille fortes. Et il faut remarquer que la baie, outre fon mouuement fimple & ordinaire, qui la porte d’vn lieu en l’autre, en peut encores auoir vn deuxiefme, qui la fait tourner autour de fon centre, & quelavitefTcde ceftuy cy peut auoir plufieurs diuer- fes proportions auec celle de l'autre.Or quand plufieurs baies venant d’vn mefine cofte', rencontrent vn cors, dont la fuperficie eft toute vnie & efgale, elles fe refle- fchiffent efgalement, & en mefme ordre, en forte que fi cette fuperficie eft toute plate, elles gardent entre elles la mefme diftance, apres l’auoir rencontrée, qu elles auoyent auparauant. & fi elle eft courbée en dedans, ou en dehors, elles s’approchent, ou s’efloig- nêt en mefme ordre les vnes des autres, plus ou moins,à raifon de celle courbure. Comme vous voyés icy les ba- ies AB C, qui, apres avoir rencontre' les fuperficies des cors D E F, fe reflelchillènt vers G H I. Et fi ces baies B rencon- 10 La Dioptriqjie rencontrent vne fuperficie inefgale, comme L,ou M, elles le reflefchiflent versdiuers colles, chafcune félon la fituatiô de l'endroit de celle fuperficie qu’elle touche. Et elles ne changent rien que cela en la façon de leur mouuement, lors que foninefgahté ne confiite qu'en ce quefes parties font courbées diuerlèment. Mais elle peut aulfy confifter en plufieurs autres chofes & faire parce moyen que fi ces baies n’ont eu auparauant qu'vn fimple mouuement droit, elles en perdent vne partie,& en acquerent au lieu vn circulaire, qui peut auoir diuerfe proportion auec ce qu’elles retienent du droit,felon que la fuperficie du cors quelles rencontrent peut eftredi- uerfement dilpofee. Ce que ceux qui iouenta la paume elprouuent alTcs, lors que leur baie rencontre de faux quareaux, ou bien qu’ils la touchent en biaifant de leur raquette, ce qu'ils nôment, ce mefemblccoupperou fri- fer. En fin confidcre's que fi vne baie qui fc meut rencon- tre obliquement la fuperficie d’vn cors liquide,par le- quel elle pui fie paffer plus ou moins facilcmcnt,que par celuyd’ou elle fort, elle fc détourne & change Ion cours IX Discours Premier, en y entrant: corne par exemple, fi citant en l’air au point A on la pouffe- vers B, elle va bien en ligne droite de- puis A iufqucs à B, fîcen’cft qucfâpe- fanteur ou quclqu’ autre caufe parti- culière l’cncmpef- che, mais cftant au point B ou ic fup- pofe qu’elle rencontre lafuperficie de l’eau CBEellefc decourne& prend Ton cours vers I, allât dcrechefen ligne droite depuis B iufqucsa T,ainfy qu’il eftayfcà vérifier par l’cxpcricnce. Or ilfautpenfcrenmcfuic façou, qu’il y a des cors qui cftant rencontres par les rayons de la lumière les amortiffent, & leur oftent toute leur force, a fçauoir ceux qu’on nôme noirs.les quels n’ont point d’autre cou- leur que Ici tenebres. Et qu’il y en a d’autres qui les font reflefehir, les vns au mcfmc ordre qu’ils les reçoiuent; a fçauoir ceux qui ayant leur fupcrficie toute polie peuucnt feruirde miroirs tant plats que courbés, & les autres con- fufement vers plufieurs coftes. Et que derechef entre ceux cy les vns font reflefehir ces rayons fans aporter au- cun autre changemêt en leur a<ftion;a fçauoir ceux qu’on nomme blancs: & les autres y aportent auec cela vn changement femblable a celuy que reçoit le mouue- ment d’une balle quand on lafrizej a fçauoir ceux qui font rouges, ou iannes,ou bleus, ou de quelq; autre tel- le couleur. Car ie penfe pouuoir déterminer en quoy B z con- 12 La Dioptrique confifte la Nature de chacune de ces couleurs, & le fai- re voir par expérience; mais cela palTe les bornes de monfuiet. Et il me fuffit icy de vous auertir, que les rayons, qui tombent fur les cors qui font coloras, & non polis, fe reflcfchiflent ordinairement de tous coftds, en- cores mefme qu’ils ne vienent que d’vn feul coite'. Com- me encore que ceux qui tombent fur la fuperficie du cors blanc A B, ne vienent c, que du flambeau C, ils ne laiffent pas de fe reflefchirtelle- B ment de tous colles, qu’en quelque lieu qu’on pôle l’œil, comme par exemple vers D, il s’en trouue toufiours plulieurs venans de chafque endroit de celle fuperficie A B,qui tendent vers luy. Et melmefil’onfuppofe ce cors fort délie comme vn papier ou vne toile,en forte que le iour palTe au trauers,encores que l’œil foit d’autre coite' que le flambeau, comme vcrsE, ilnelairrapasde fe reflefehir vers luy quelques rayons de chacune des parties de ce cors. En fin con- fideres que les rayons le détournent aulTy, enmcfinc fa- çon qu’il a elte'ditd’vne baie, quand ils rencontrent ob- liquement la fuperficie d’vn cors tranlparant, par lequel ils pénétrent plus ou moins facilement, que par celuy- <Toù ils vienent, & cette façon de le de'coumcrs’apelleen eux Refradbon.

DE DE Discours Second.

JJ DE LA REFRACTION *D ifcours Second.

T*\* A u t a n T que nous aurons befoin cy apres de fça- -*~>'uoir exa&emcnt la quantite'de cette rcfra&ion, &c qu'elle peut afles commodément eftre entendue par la com parai fon, dont ie viens de me feruir, ie croy qu’il eft a propos, que ie tafehe icy tout d’vn train de l’expliquer, & que ie parle premièrement de la reflexion, afin d’en rendre l’intelligence d’autant plusayfée. Penfons donc, qu'vnc baie cftant pouflced’A vers B, rencontre au point B, la fuperficie de la terre CBE, qui l’empefehant de pafler outre, eft caufe qu’elle fe dé- tourné; & voyons vers quelcofté.Mais afin de ne nous embarafler point en desnouuelles difficultés, fuppofons que la terre eft par- faitement platte & dure, & que la balle va toufiours d’efgale vitefle, tant en defeendant, qu’en remontant, fans nous enquérir en aucune façon de la puiflance, qui continue de la mouuoir, apres qu’elle n’eft plus tou- chée de la raquette, nyconfiderer aucuneffe&defa pe- fanteur, ny de fa grofleur, ny de fa figure. Car il n’eft pas icy queftion d'y regarder de fi près, & il n’y a aucune B 3 de i4 La Dioptrioue de ces choies qui ait lieu eu l’adliou de la lumière a la quelle cecy le doit rapporter. Seulement faut il remar- quer, que la puiffance, telle qu’elle foit, qui fait côtinuer le mouuemêt de celle balle, ell differente de celle, qui la détermine a fe mouuoir plulloft vers vn coltc',que vers vn autre, ainfy qu ’il ell tre's ayfe" a cognoillre de ce que c’ell la force dont elle a efte' poulfce par la raquette, de qui dépend fou mouuement, & que celle mefme force l'auroit pu faire mouuoir vers tout autre colle', aulïy fa- cilement que vers B,au lieu que c’eft la fituation de celle raquette qui la détermine a tendre vers B, & qui auroit pû l’y déterminer en mefme façon, encores qu’vne autre force l’auroit meue. Ce qui monllre défia qu’il n’elt pas impoffible que celte balle foit de'tournee parla ren- contre de la terre, Sounly que la détermination quelle auoita tendre vers 13 foit changée, fans qu’il y ait rien pour cela de change' en la force de Ion mouuement, puis que ce font deux choies diverlçs: & par confequent qu’on ne doit pas imaginer qu’il foit neceflaire quelle s’arelle quelque moment au point B auant que de re- tourner vers F, ainly que font plufieursde nos Philolb- phesjcarfifon mouuement elloit vue foix interrompu par cet arrelt, il ne fetrouueroit aucune caufe,qui lefift par apre's recommencer. De plus il faut remarquer, que la détermination a le mouuoir vers quelque colle', peut aufly bien que le mouuement, & generalement que tou- te autre forte de quantité ellre diuifee en toutes les par- ties, defquelles on peut imaginer quelle ellcompof<le. & qu’on peut ayfement imaginer que celle de la balle qui le meut d’ A vers B ell compofife de.deux autres, dont Discours Second. 17 dont l’vne la fait delcendre de la ligne A F. vers la ligne CE, & l'autre en mefme temps la fait aller de la gau- che A C, vers la droite F E, en for- te que ces deux iointes enfemble la conduifent iuf- ques à B fuiuant la ligne droite A ^ B. Et en fuite il eft ayfe à enten- dre, que la rencontre de la terre ne peut empefeher que l'vnedeces deux déterminations, & non point l’autre en aucune façon. Car elle doit bien empefeher celle qui faifoit defeendre la balle d’A F vers C E,à caufe qu elle occupe tout l’efpace qui eft audeflous de CE, mais pourquoy empefeheroit elle l’autre, qui la faifoit auan- cer vers la main droite, vil qu’elle ne luy eft aucune- ment oppofee en ce fens-la? Pour trouuer donc mfte- ment vers quel cofte' cefte balle doit retourner, deferi- uons vn cercle ducentre B, qui pafle par le point A, & difons quen autant de temps qu elle aura mis à fe mou- uoir depuis A iufques à B.elle doitinfalliblement retour- ner depuis B iufquesàquelq;poiatdela circonférence de ce cercle.d’autât que tous les points qui font aulTy di- ftans de ceft uy cy B,qu*en eft A,fe trouuent en celle cir- conference,& que nous fuppofons le mouuemët de celle balle eftre toujours efgalemêt ville. Puis à fin de fçauoir prdeifement au quel de tous les points de cefte circonférence elle doit retourner, tirons trois lignes droites AC, i< La Dioptrique A C,H B.&F E perpendiculaires fur C E,&en telle for- te, qu’il n’y ait ni plus ni moins de diftancc entre A C, & H B, qu’entre H B, & F E: & difons, qu’en autant de temps, que la baie a mis à s’auancer vers le colle' droft, depuis A, l’vndes poinsdelaligne A C,iufques à B l’vn de ceux de la ligne H B, elle doit aufly s’auancer depuis la ligne H B, iufques à quelque point de la ligne F E. car tous les poins de celle ligne F E.font autant elloignds de H B en ce fens là,l’vn comme l’autre, & autant que ceux de la ligne AC, & elle ell aufly autant de*termince à s’auancer vers ce cofte/' là, qu’elle a elle auparauant. Or ell il, qu’elle ne peut arriuer en mefme tems en quelque point de la ligne F E, & enfemble à quelque point de la circonférence du cercle A F D, fi ce n’eft au point D, ou au point F>d’autant qu’il n’y a que ces deux, où elles s’en- trecoupent l’vne l’autre j fi bien que la terre l’empefchant de palTer vers D, il faut conclure quelle doit aller infal- liblementvers F. Etainfivous voye's facilement, com- ment le fait la reflexion, àfçauoirlèlon vn angle tou- fiours efgal à celuy qu’on nomme l’angle cfincidëce. Co- rne fi vn rayon, venant du point A, tombe au poiut B fur la fuperficie du miroir plat C B E, il fe reflefchift vers F.

en forte que l’angle de la réflexion FBE, n’eltneplus ne moins grand que celuy de l’incidence ABC.

Venons maintenant à la Refradlion. Et premièrement fuppolbnsqu’vnebalepoufleed’A vers B, rencontre au point B,nô plus la fuperficie de la terre, mais vne toile C B E, quiioit fi foible & deliée que celle baie ait la force de la rompre & de pafler tout au trauers,cn perdant feu- lement line partie de la vitefle, àfçauoir, par.exemple,la moitié'.

• Discours Second. J7 moitié/ Or cela pofé, à fiu de fçauoir quel chemin elle doit fuiure,confiderons derechef, que fou mouuemcnt ^ différé emieremcc ■ de là determina- «BÎiyv. tion à Te mouuoir * pluftoft vers vu co- Nv i fté <3ue vers vn hjI ymia autre, d’oû il fuît , née fcparéinent.

^ Etconfideronsauffy que des deux parties, dont on peut imaginer que celte détermination eft compofée, il n’y a que celle qui faifoit tendre la baie de haut pn bas, qui puiffe eftre châ- gée en quelque façon par la rencontre de la toilej & que pour celle qui la faifoit tendre vers la main droite, elle doit toulîours demeurer la mefme qu’elle a elle', à caule que cette toile ne luy eft ancimemctoppofée en çeléns^ là. Puis ayant defcrit du centre fi le cercle A F D, & tiré à angles droits fur CBE les trois lignes droites’A C, H B, F E,en telle forte qu’il y ait deui fois autant de di- ftance entre FE & H B, q n’entre H B & AC, nous verrons que celle baie doit tendre vers le point I. Car puis quelle perd.la moitié de là viteffe, en trauerlànt la toile CBE, elle doit employer deux foi s autant de tems à pafler au deffous, depuis B, iufques à quelque- pointée la circonférence du cercle A F D, quelle a fait au delfiis à venir depuis A,iulques à B: Et puis qu’elle ne perd rien du tout delà détermination qu’elle auoit à s’auan- F • B E » * C cer * « j8 LÂDioptriqjie cer vers le cofté droit, en deux fois autant de temps, qu’elle en a mis à pafler depuis la ligne AC,iufques à H B, elle doit faire deux fois autant de chemin v.ers ce . mefme cofté, Et par confequenc arriuer h quelque point ’ de la ligne droite FE, au mefme inftant quelle arriue auflî à quelque poiut de la circonférence du cercle À F D. Ce qui feroitimpoffible, fi elle n'alloit vers I, d'au- tant que c’eft le leul point au deffous de la toile CB E,où. le cercle A F D, & laligne droite F E, s'entrecoupent.

Penfous maintenant que la baie qui vient d'A, vers D, rencontre au point B, non plus vne toile, mais de l’eau, dont la fii- perficie CBE luy oftc iuftement la moitiede fa vitef- fe ainfi que faifoit cette toile. Et le refte pofë comme deuant, ie dis que ceftet>ale doit paf- fer de B en ligne droite non vers D, mais vers I. Car premieremenr il eft certain, que la fuperficie de l'eau la doit détourner vers lit en mefine façon que la toile, vû qu'elle luy ofte tout autant de là force, & qu’elle luy eft oppofëe en mefme fens. Puis pour le refte du cors de l’eau qui remplift tdùc l'efpace qui eft depuis B iufques à I, encores qu’il luy refifte plus ou moins que ne faifoit Pair que nous y fuppofions auparauant, ce n'eft pas à dire pour cela qu’il doiue plus ou moins la détourner; car il ie peut ouurir pour . t » pour luy faire paflfage tout auffi facilement vers vn codé - que vers vn autre, au moins fi on fuppofe toufiours, comme nous faifons, quenylapefanteurou Iegerete'de** celte baie, nyfagroffeur, ny fa figura, ny aucune autre telle caufc eftïangere ne change fon cours. Et on peut icy remarquer, qu'elle eft d’autant plus detournee par la fu-' perficie de l'eau ou de la toile, qu'elle la rencontre plus obliquement, en forte que fi elle la rencontre à angles droits, comme lors quelle eft poufTée d* H, vers B, elle doitpafier outre en ligne droite vers G fans aucunement fe détourner. Mais fi elle eft poufTéé fuiuant vne ligne, comme A B, qui foitfi fort inclinée fur la fuperficie de l'eau ou de là toile CBE, que la ligne FE cftant tirée, comme tantoft, ne. coupe point le cercle A D, cetc baie ne doit aucunement fapene- , mais reiaillir de fa fuperficie B, vers l’air L,tout de mefnie que fi elle y auoit reu- contr d’de la terre. Ce qu’on a quelque fois experimëtéauec regret,lors que fàifant tirer pour plaifir des pièces d’ Artillerie vers le fous d’vne riuiere, on a blcfle ceux quieftoyent de 1 autre codé fur le riuagc.

Mais faifons encore icy vne autre fuppofirion, &pen- fonsquela baie ayant efté premièrement pôufféed’A, vers B, eft pouffée derechef eftant au pqjnr B, par la ra- quette CBE, qui augmente la force de fon mouue- meut, par exemple, d'vu tiers, en forte qu’elle puifle * C 2 faire.

• 20 ' La Dio PT RI QUE • faire par après autauc de cheminen deux momens, quel- le en faiioiceo trois auparauaoc. Ce qui fera le mefme •. effeéfc, que fi eble rencontroit au point B vn cors de telle nature,qu'el- le pallàft au tra- ners de fa fuperfi- cie CBE, d'vn tiers plus. facile- ment que par lair. Et il fuit manifè- ftement de ce qui a efté défia demonftré', que fi Ion deferit le cercle AD comme deuant,& les lignes A C, H B, F E* en telle forte qu’il y ait d'vn tiers moins de diftance entre FE & H B, qu’entre H B & A C, le point I,ou la ligne droite F E,& la circulaire AD, s’en- trecoupent, defignera le lieu vers lequel celle baie eftantau point B, le doit détourner.

* Ôr on peut prendre aulfi le reuers de cette conclufion &dire que puis qucla baie qui vient d'A en ligne droi- te iulques à B.fedetourne eftant au point B, & prend Ion cours de là vers I, cela fignifie que la force ou facilité, dont elle entre dans le cors CBE I,cft à celîe.donc elle fortduçors A CBE, comme la diftance qui eft entre A C.& H B, à celle qui eft entre H B & Fl, c'cftà dire comme la ligne CB eft à B E.

En fin d’autaqt que ï’aéfcion de la lumière fuit encecy les inefmes loix que le mouuemeut de cette baie, il faut dire que lors que fes rayons paftent obliquement . j - -, *. d’vn V Discours Second.. ' a* d’vn cors tranfparant dans vn autre, qui les reçoit plus ou moifis facilement que le premier, ils s’y détournent 'entelleforte,qu’ilsfetrouuenttoufiours moins inclinés fur la.fuperficie de ces cors, du cofté où eft çeluy qui les reçoit le plus ayfement, quedu cofté où eft l’autre; ce iuftement à proportion de ce qu’il les reçoit plus ay- fement que ne lait l’autre. Seulement faut-il prendre garde que cette inclination fe doit mcfurer par la quan- tité des lignes droites, comme CB ou AH, & E B ou IG, &femblables, comparées les vnes aux autres j non parcelle des angles, tels que font A B H, ou G B I» ny beaucoup moinsparcelledesfemblablesaP B I, qu’on nomme les angles de Refjaétion. Car la railbn ou pro- portion qui eft entre ces angles, varie à toutes les diuer- fes inclinations des rayonsj au lieu que celle qui eft entre les lignes AH & I G ou femblables, demeure la mef- me en toutes les refraétions qui font eau fées par les mel- mes çors. Comme par exemple, s’il palfe vu rayon dans ' l’air d’A,vers B, qui rencontrant au point B la fuperfiçje *i du verre C B R, fe dé- tourne vers I dans ce verre -, & qu’il en viene vn autre de K •vers B, qui fe détourné vcrsLj&vn autre de P vers R, qui fe dé- tourné uers S; il doit y auoir mefme proportion entre les C 3 lignes 22 ' «La DiOPTRÏQUE 1 G, mais non pas la mefme entré les angles KBM & LB N, ou P RQ & S RT, qu’entre ABH &IBG.

Si bien qne vous voyés maintenant en quelle forte’ fe doiuent mefurer les refradlionS; & encores que pourde- terminer leur quantiié;entant qu’elle dépend de la Na- ture particulière des cors où elles (e font, il fbit befoin d'en venir a l’experience, on ne laide pas de le pouuoir. faire a des certainement & ayfemeut, depuis qu’elles font ainfi toutes réduites fous vne mefme mefure rcar il fuffit de les examiner en vn feul rayon pour cognoiftre toutes celles qui le font en vne mefme fuperficie; & on- peut euiter toute erreur, fi on les examine outre cela en quelques autres. Comme fi nous voulons fçauoir la quan- tité' de celles qui fe font en la fuperficie C B R,qui fepare l’air A K P, du verre LIS; nous n'auons qu'à 1 îe/prouuer en celle du rayon A B I, en cherchant la proportion qui eft entre les lignes AH & IG. Puis fi nous craignons d’auoirfàil- li en celle experien- • ce, il faut encores l’e/proùuer en quel- ques autres rayons, comme K B L, ou.P RS, & trouuant mefme propor- tion de KM aL N, & de P QJi ST, que, d’ A H à IG, nous n'aurôs plus aucune occafiô de douter de la vérité*.

• _ Mais Discours Second. 2$ Mais peuteftre vous eftonnerés vous en faifant ces expériences, de trouuer que les* rayons de la lumière s’inclinent plus dans l'air, que dans l'eau, fur les fuperfi- cies où fe fait leur refra&ion j & encores plus dans l’eau que dans le verre /tout au contraire d’vne baie qui s’in- cline davantage dans l'eau qqe dans l’air, & ne peut au - cunementpafler dans Je verre. Car parexemple,lî c'eft vne baie, qui eftant poufle'e dans l’air d’A,vers B, ren- contre au point B la fuperficie de l’eau C B E, elle fe dé- tournera de B vers V; & fi c’eft vn ra- yon, il ira tout au contraire de B, vers I. Ce que vous cef- fe rés toutesfois de trouuer eftrange, fi vous vous fouuenes de la nature que ray attribue^ a la lumiere,quand i’ay dit qu’elle n'eftoit autre choie, qu’vn certain mouuement ou vue àâion receuë en vne matière tres-fubtile, qui remplift les pores des autres cors; & que vous confide- deriës, que comme vnë baie perd d’avantage de lôn agi- tation, en donnant contre vn cors mou, que contre vn qui eft durj & qu’elle roule ipoiné ayfement fur vn tapis, que fur vne table toute nuë. ainfil’aâion decefte ma- tière fubtile, peut beaucoup plus eftre empelchée par les parties de l’air, qui eftant comme molles & mal-ioiu- tes, ne luy font pas beaucoup de refiftance, que par celles de l’eau, qui luy en font d’auantage -r & encores plus par celles de l’eau, que par celles du verre, ou du criftaL . -. En En forte que d’autant que les petites parties d’vn cors tranfparânt font plus dures & plus fermes, d’autant laif- fent elles pafler la lumière plus ayfoment, car cette lu; miere n’en doit pas chafler aucunes hors de leur places, ainfi qu'vne baie en doit chafler de celles de l’eau, pour trouuer paflage parmy elles. ' ' '. - Aurefte, Içachant ainfi lacaufe des refra&ions qui • fe font dans l’eau, &dans le verre, & communément en tous les autres cors tranfparans qui font autour de nous, on peut remarquer qu’elles y doiuenteftre toutes femblableS, quand les rayons fortent de ces cors, & Voycsia quand ils y entrent. Comme file rayon qui vient d’A, l alpage Cn vers B, fe détourné de B, vers I, en paifant de l’air dans le * verre, celuv qui reviendra d’ I, vers B, doit auifi fe dé- tourner de Envers A. Toutesfois il fo peut bien trouuer d'autres cors, principalementdans le ciel, où les refrar étions procédant d’autres caufos, ne font pas ainfi réci- proques. Et il fe peut aufly trouuer certains cas, auf- quels les rayons fo doiuent courber, éneores qu’ils ne paflent que par vn foui cors tranfparant. ainfi que (e courbe fouuent le mouuement d'vne baie, pource qu'elle' eft détournée vers vn coflfo par fo pefonteur, & ver? vn autre par l’aétiqn dont on l’a pouflde; ou pour di- verfes autres raifons. Car en.fin i’dfo dire que les trois coraparaifons, dont ie viens de me foruir, font fi pro- pres, que toutes les particularités qui s’y peuuent re- marquer, fe raportent à quelques autres qui fo trouuent > toutes fomblables ep la lumière: mâisien’ay tafehe' que -