SigPhi · Descartes

Le Monde (Traite de la Lumiere), avec Les Passions de l'Ame et La Geometrie

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'Nouvelle Edition enrichie de Figures cH Taille-Douce.

Augmentée d’un Difcours fur le Mouvement local, & fur la Fièvre, fuivant les Principes du même Auteur.

A PARIS, Par la Compagnie des Lil M DCC. XXV R a LETTRE PREMIERE A MONSIEUR DESCARTES-: J' avais -été bien aife de vous voir a Tarit Cet Eté dernier 3 pource que je penfois que vous y étiez, venu a dejfein de vous y ar- rêter, & qu'y ayant plus de commodité qu'en aucun autre lieu pour faire les expériences, dont vous ave7^ témoigné avoir befoin,'afitt d’achever les Traitez, que vous avez, promis au Public j vous ne manqueriez, pas de te- nir votre promejfe, & que nous les verrions bientôt imprimez. Mais vous m'avez entiè- rement ôté cette joye, lorfque vous êtes re- tourné en Hollande: & je ne puis m'abfie - tnr ici de vous dire, que je fuis encore fâché « ONSIEUR; 1 Lettre première.

contre vous, de ce que vous n'avez, pas voulu avant votre départ me laijfer voir le Traité des Pajjions, qu'on tr'a dit que vous avez, compofé i outre que faifant reflexion fur les paroles que j'ai Inès en une Préfacé qui fut jointe il y a deux ans a la verfion pran - poife de vos Principes, oit après avoir parlé fuccinttement des parties de la Philo fophie, qui doivent être trouvées, avant qu'on puijfe Recueillir fes principaux fruits t & avoir dit, q'üe Vous ne vous défiez pas tant de vos forces, que vous n’ofaffiez entreprendre de les expliquer toutes, û vous aviez la commodité de faire les expériences qui font requifes, pour appuyer ôc juftifier vos rai- fonnemens \ Vous ajoutez., qu’il faudroità cela de grandes dépenfes, aufquclles un particulier comme vous ne fçauroit fuffirc, 's’il n’étoit aidé par le Public j mais que ne voyant pas que vous deviez attendre cette aide s vous penfez vous devoir con- tenter d’étudier d’ores-en-avant pour vo- tre inftru&ion particulière -, Sc que la po- fterité vous exeufera, Ci vous manquez à travailler déformais pour elle: Je crains que ce ne foit maintenant tout de bon que vous voulez envier au Public le refte de vos inventions, & que nous n'aurons jamais plus rien de vous, fi nous vous laijfons fuivre votre inclination: Ce qui efi caufe que je me fuis propofé de vous- tourmenter un peu à Monficur Defcartes, Yar cette Lettre, & de me venger de ce que vous rdave z refufé votre Traité des Paf- fions, en vous reprochant librement la négli- gence j & les autres défauts, que je juge em- pêcher que vous ne fa fiez, valoir votre ta- lent y autant que vous pouvez., & que' vo- tre devoir vous y oblige. En effet, je ne puis croire que ce foit autre chofe que votre né- gligence & le peu de foin que vous avez eletre utile au refie des hommes 3 qui fait que vous ne continuez pas votre P hy fi que. Car encore que je comprenne fort bien qu'il efi impoffible que vous C acheviez, fi vous n'avez plufîeurs expériences, & que ces expériences doivent être faites aux frais die Public j à caufe que l'utilité lui en revien- dra, & que les biens d'un particulier n'y peuvent fuffire: Je ne crois pas toutefois que ce foit cela qui vous arrête pou^ce que vous ne pourriez manquer d obtenir de ceux qui difpofent des biens du Public, tout ce que vous fçauriez fouhaiter pour ce fujet i fi vous daignez leur faire enten- dre la chofe comme elle efi, & comme vous la pourriez facilement reprefenter t fi vous « n avez la volonté. Mais vous avez tou- jours vécu dune façon fi contraire a cela, qu'on a fujet de fie perfuader que vous ns voudrief pas même recevoir aucune aide d'autrui, encore qu'on vous l'ofiriroit; & néanmoins vous prétendez que la pofierito Aij • i^tSSE r. ~1 4 Lettre première.

vousexcufera, de ce que vous ne vouWifplus travailler pour elle, fur ce que vous fup- pofez que cette aide vous y eft necejfaire, & que vous ne la pouvez obtenir. Ce qui me donne fujet de penfer, non feulement que vous êtes trop négligent: mais peut-être aujji que vous n'avez pas ajfez de courage pour efperer de parachever ce que ceux qui ont là vos écrits attendent de vous i & que néanmoins vous êtes ajfez vain pour vou- loir perfuader à ceux qui viendront après nous j que vous n'y ave\ point manqué par votre faute: mais poitrce qu'on n'a pas re- connu votre vertu comme on devoit, & qu'on a refu/é de vous affijler en vos dejfeins. En quoi je vois que votre ambition trouve fon tonipje j à caufe que ceux qui verront vos icrns a l'avenir jugeront parce que vous avef publié il y a plus de douje ans que vous aviez trouvé dès ce tems-ld, tout ce quia jufques à pré f en t été vu de vous, & que ce qui vous rejle d inventer touchant la Phyfque, eft moins difficile que ce que vous en avez déjà expliqué i en forte que vous auriefpà depuis nous donner tout ce qu'on peut attendre du raifonnement hu- main pour la Médecine, & les autres ufa- ges de la vie J fi vous aviez eu la commo- dité de faire les expériences requifes d cet art i & mime que vous n'avcTJpas fans doute laiffè djçn trouver une grande partie; maie J qu'une jufie indignation contre l'ingratitude des hommes, vous a empêché de leur faire part de vos inventions, si in fi vous pen fez. que déformais en vouu-epofant, vous pour- rez acquérir autant de réputation que fi t vous travailliez beaucoup, & même peut- être un peu davantage, a caufe qu ordi- nairement le bien qu'on poffede, efi moins eflimé que celui qu'on defire, ou bien qu'on regrette. Mais je vous veux oter le moyen d’ acquérir atnft de la réputation fans la monter y & bien que je ne doute pas que vous ne fçachiefce qu'il faudrait que vous eufftez fait fi vous aviefgjoulu être aidé par le pu- blic, je le veux néanmoins ici écrire; & même je ferai imprimer cette Lettre 3 afin que vous ne pui (fief prétendre de l'ignorer s & que fi vous manque Z ci-après d nous fatisfaire, vous ne puifiieZplus vous excii- fcr fur le fiécle. S çacheZ donc que ce ne fi pas affez. pour obtenir quelque chofe du Pu- blic, que d'en avoir touché un mot en paf- fant j en la Préfacé d un Livre 3 fans dire expreffément que vous la defire z. & l' atten- dez, nt expl‘qaer les rai fions qui peuvent prouver non feulement que vous la meritcZ î ■mais auffi qu'on a très -grand intérêt de vous C accorder 3 & qu'on en doit attendre beaucoup de profit. On efi accoutumé de voir que tous ceux qui s'imaginent qu'ils va- lent quelque chofe 3en font tant de bruit A iij le Lettre première.

té3 demandent avec tant cC importunité, ce qu'ils prétendent 3 & promettent tant au - delà de ce qu'ils peuvent 3 que lorfque quel- quelqu'un ne parle de foi qu'avec mode (lie, & qu'il ne requiert Mn de perfonne ni ne ■promet rien avec affurar.ee, quelque preuve qu'il donne d'ailleurs de ce qu'il peut 3 on n'y fait pas de réflexion 3 & on ne penfe aucunement a lui.

Vous direz, peut-être que votre humeur ne vous porte pas à rien demander, ni a par- ler avant ageufement de vous même, pource que l'un femble être une marque de bajfejfe, & F autre d'orgueil. Mais je pretens que cette humeur fe doit corriger, & qu'elle vient d erreur & de foibleffe 3 plutôt que d'une honnête pudeur & tnodeflie. Car pour ce qui efi des demandes, il n'y a que celles qu’on fait pour fon propre bsfoin, a ceux de qui on n'a aucun droit de rien exiger, def- quelles on ait fujet d'avoir quelque honte. Et tant s'en faut qu'on en doive avoir de celles qui tendent a P utilité & au profit de ceux a qui on les fait: qu'au contraire on en peut tirer de la gloire, principalement lorfqu'on leur a déjà donné des chofes qui valent plus que celles quon veut obtenir d'eux. Et pour ce qui eft de parler avan- tagenfement de foi-même il ejl vrai que if e fl un orgueil très -Kiflicule & très-blâma- ble j lorfqu'on dit de foi des c hofes qui font.

à Monfieur Defcartcs.' J fauffes; & même que c eft une vanité mépri - fable, encore qu'on n'en dife que de vraies, lorfqu'on le fait par orientation, & fans qu'il en revienne aucun bien à perfonne. Mais lorfque ces chofcs font telles qu'il im- porte aux autres de les fp avoir y il eft cer- tain qu'on ne les peut taire que par une hu- milité vicieufe, qui eft une efpece de lâ- cheté & de foiblefe * Or il importe beau- coup au public d'être averti de ce que vous avez, trouvé dans les fciences, afin que ju- geant par-la de ce que vous y pouvez, encore trouver, il foit incité a contribuer tout ce qu'il peut pour vous y aider, comme un tra- vail qui a pour but le bien general de tous les hommes. Et les chofes que vous avez, déjà données, à fp avoir les vérités importantes que vous avez, expliquées dans vos Ecrits, valent incomparablement davantage que tout ce que vous fpattrief demander pour ce- fujet..

V ms pouvez, dire auffi que vos Oeuvres parlent ajfez., fans qu'il foit befoin que vous y ajoutiez, tes promejfes & les vante- ries, Lefquelles étant ordinaires aux Charla- tans qui veulent tromper, femblent ne pou- voir etre bienrfcantes à un homme d honneur qui cherche feulement la vérité. Mais ce qui fait que les Charlatans font blâmables, n' eft pas que les chofes qu'ils difent deux-mêmes font grandes & bannes s c eft feulement r A iiijj r S Lettre première qu'elles fontfaujfes, & qu'ils ne les peuvent prouver: au lieu que celles que je prêtons que vous devez, dire de vous, font fi vraies, OT fi évidemment prouvées par vos Ecrits, que toutes les règles de la bien-féance vous permettent de les ajf 'tirer, & celles de la cha- rité vous y obligent } à caufe qu'il importe aux autres de les fçavoir. Car encore que vos Ecrits parlent ajfcz.au regard de ceux qui les examinent avec foin, & qui font capables de les entendre: toutefois cela ne fitfflt pas pour le deffein que je veux que vous ayez., a caufe quun chacun ne les peut pas lire 3 & que ceux qui manient les af- faires publiques n'en peuvent gueres avoir le loifir. Il arrive peut-être bien que quel- qu'un de ceux qui les ont lus en parle; mais quoiqu'on leur en puijfe dire, le peu de bruit qu'ils f pavent que vous faites, & la trop grande modefiie que vous avez, toujours ob - fervée en parlant de vous, ne permet pas qu'ils y faff tnt beaucoup de réflexion. Me- me a caufe qu'on ufe fouvent auprès d'eux de tous les termes les plus avantageux qu'on puijfe imaginer 3 pour louer des perfonnes qui ne font que fort médiocres, ils n'ont pas fujet de prendre les louanges immenfes, qui vous font données par ceux qui vous connoijfent, pour des vérités bien exaltes. a4:t lieu que lorfque,quelqu' un parlede foi-mime, & qu'il dit des chofes tris-extraordinaires 4 s r à Monfieur DefcarteS. $ tn l'icoute avec plus cC attention; principa- lement lorfque c'efiun homme de bonne naif- fance & qu'on fçait n'être point d'humeur ni de condition a vouloir faire le Charlatan. Et pour ce qu'il fe rendrait ridicule s'il ufctt d'hyperboles en telle occajion, fes paroles font prifes en leur vrai fens, & ceux qui ne les veulent pas croire font au moins in- vitez. par leur curioftè, ou par leur jalou - fe y a examiner fi elles font vraies. Ce fi pourquoi étant très -certain 3 & le Public ayant grand interet de ff avoir qu'il n'y a jamais eu au monde que vous feul ( au moins dont nous ayons les Efcrits J qui ait décou- vert les vrais principes } & reconnu tes pre- mières caufes de tout ce qui efi produit en la nature; & qu'ayant déjà rendu raifon par principes, de toutes les chofes qui pa- roi (fent & s' ob fervent le plus communément dans le monde, il vous faut feulement avoir des obfervations plus particulières pour trou- ver en même façon les raifon s de tout ce qui peut être utile aux hommes en cette vie, & ainfi mus donner une très -parfaite con- voi fiance de la nature de tous les minéraux, des vertus de toutes les plantes, des proprié- tés des animaux, & généralement de tout ce qui peut fervir pour la Aiedecine & les autres sîrts. Et enfin que ces obfervations particulières ne pouvant être toutes faites gn peu de tems 3 fan s grande dépenfe, ton* U4 io Lettre première.

Peuples de la terre y devroient à l'envi con - tribuer, comme a la chofe du monde la plus importante, & a laquelle ils ont tous égal interet. Cela étant, dis -je, très - certain, & pouvant ajfez. être prouvé par les Ecrits que vous avez, déjà fait imprimer, vous devriez, dire fi haut, le publier avec tant de foin, & le mettre fi expreffement dans tous les titres de vos Livres, qu'il ne pût d oref lavant y avoir perfon ne qui l'ignorât ^ Jlinfi vous feriez, au moins d’abord naître F envie a plu fleur s d examiner ce qui en efi; & d'autant qu'ils s'en enquerreroient da- vantage, & liraient vos Ecrits avec plus de foin, d'autant connoitroient-ils plus clai- rement que vous ne vous feriez, point vante à faux.

Et il y a principalement trois points que je voudrois que vous fijfiet bien concevoir- à tout le monde. Le premier efi qu il y a une infinité de chofes a trouver en la Phy - fique, qui peuvent être extrêmement utiles d la vie; le fécond, qu'on a arand fujet d attendre de vous l'invention de ces chofes, & le troiféme que vous en pourrez, d au- tant plus trouver, que vous aurez, plus de commodités pour faire quantité dexperien- ces. Jl efid propos qu'on fait averti du pre- mier point, d caufe que la plupart des hom- mes ne penfent pas qu'on puifi e rien trouver dans les fctences, qui vaille mieux qu: et: à Monfîeur Defcarres. ff qui a été trouvé par les Anciens 3 & même que plu fleurs ne conçoivent point ce que c'efl que la Phyfque, ni a quoi elle peut fervir. Or il efl aifé de prouver que le trop grand refpeél quon porte a P Antiquité, efl uns cireur qui préjudicie extrêmement a P a- vanccment des Sciences. Car on voit que les- Peuples fauvages de ly Amérique 3 & aujji plufeurs autres qui habitent des lieux moins éloignés, ont beaucoup moins de commodités pour la vie que nous n'en avons 3 & toute- fois qu'ils font d'une origine aujft ancienne que la notre 3 en forte qu'ils ont autant de raifort que nous de dire 3 qu'ils fe conten- tent de la fagejfe de leurs Peres, & qu'ils ne croyent point que perfonne leur puijfe rien enfeigner de meilleur que ce qui a été ffù & pratiqué de toute antiquité parmi eux. Et cette opinion efl fi préjudiciable t que pendant qu'on ne la quitte point 3 il efl certain qu'on ne peut aqtterir aucune nouvelle capacité. Auffi voit-on par expérience 3 que les Peuples en l’efprit desquels elle efl le plus enracinée, font ceux qui font demeurés les plus ignorans & les plus rudes. Et pource qu'elle efl encore ajfef frequente parrr.i nous, cela peut fervir de raijon pour prouver, qu'il s'en faut beaucoup que nous ne fça- chions tout ce que nous fommes capables de f savoir. Ce qui peut aujji fort clairement être prouvé par plufeurs inventions très- - Tw,i~y *■> • * *2 Lettre première utiles -, comme font l'u fige de la BoUjfole l V Art d'imprimer, les Lunettes d'approche, & Jemblables, qui n'ont été trouvées qu'aux derniers Jîecles, bien qu’elles femblent main- tenant affe\ faciles a ceux qui les f pavent.

Ad ai s il n'y a rien en quoi le befoin que nous avons d'acquérir de nouvelles connoif- fances, paroiffe mieux qu'en ce qui regarde la Médecine. Car bien qu'on ne doute point que Dieu n'ait pourvu cette terre de tâutes Les chofes qui font neceffaires aux hommes, pour s'y conferver en parfaite famé jufques a. une extrême vieillcjfe: & bien qu'il n’y ait rien un monde fi defirable que la con - noijfance de ces chofes, en forte qu'elle a été autrefois la principale étude des Rois & des Sages; toutefois l'expcrience montre qu'on e ft encore fi éloigné de V avoir toute, que fouvent on e fi arrêté au lit par de petits maux, & que tous les joins fçavans Méde- cins ne peuvent connottre, & qu’ils ne font qu'aigrir par leurs renie de s, lorfqu'ils- en- ■ ■ treprenent do les chaffer. En quoi le deffaut de leur Art, C -T le befoin qu'on a de le perfectionner, font fi évident, que pour ceux qui ne conçoivent pas ce que c'efi que la < Phyfique, il fuffit de leur dire qu'elle efi la i Science qui doit enfeignsr a connoître fi parfaitement la nature de l'homme } & de toutes les chofes qui lui peuvent fervir d’a- limens ou de rems de s, qu'il lui fait ai fi DigitizeU by Googfll à Monlîeur Defcartes. 15 de 't'exempter par fon moyen de toutes for- tes de maladies. Car fans parler de fes au- tres 11 f âge s j celui- la feul efl affef impor- tant > pour obliger les plus infenfibles a fa - vorifer les deffeims d'un homme, qui a déjà prouvé par les chofes qu'il a inventées qu'on a grand fujet d'attendre de lui tout ce qui refle encore a trouver en cette Science;.

Mais il efl principalement befoin que le monde fçache que vous avez, prouvé cela de vous. Et à cet effet H efl neceffaire que * vous fajflefun peu de violence a votre hu- meur j & que vous chaffief cette trop grande wiodeftie, qui vous a empêché jufques ici 3 de dire de vous & des autres tout ce que vous êtes obligé de dire. Je ne veux point pour cela vous commettre avec les JDoftes de ce flecle: la plupart de ceux aufquels on donne ce nom, d fç avoir tous ceux qui cultivent ce qu'on appelle communément les belles lettres & tous les J urifconfultes, n'ont aucun intérêt d ce que je pretens que vous deveT^ dire. Les Théologiens auffi & les Mé- decins n'y en ont point, fi ce n'eften tant que Phylofophes. Car la Théologie ne dépend au- cunement de la P hy fi que, ni même la Mé- decine, en la façon qu'elle efl aujourd’hui pratiquée par les plus doEles & les plus prudens en cet art; ils fe contentent de fui- <vre les maximes ou les réglés qu’une longue jgxperience a enfeignée t & ils ne méprifent pas tant la vie des hommes, que d'appuyeï leurs jugement, desquels [auvent elle dépend > fur les raifonnemens incertains de la Phy- lofophie de ï Ecole-. Il ne rejle que les Phy- lofophes, entre lefquels tous ceux qui ont de l'efprit font déjà pour vous, & feront tres-aifes de voir que vous produifief la vé- rité j en telle forte que la malignité des Pc - dans ne la puijfe opprimer. De façon que ce ne foit que les feuls Pedans, qui fepuijfent effenfer de ce que vous aurez, a dire; & pour ce qu'ils font la rifée & le mépris de tous les plus honnêtes gens, vous ne devez, pas fort vous foncier de leur plaire. Outre que votre réputation vous les a déjà rendus autant ennemis qu'ils fçauroient être; & au lieu que votre modejhe efi caufe que main- tenant quelques-uns d'eux ne craignent pas de vous attaquer 3 je m'ajfurc que fi vous vous faifie ^ autant valoir que vous pou- vef, & que vous devez, ils fe verroient fi bas au dcjfous de vous, qu'il n'y en aurait aucun qui n'eùt honte de l'entreprendre. Je ne vois donc point qu'il y ait rien qui vous doive empêcher de publier hardiment, tout ce que vous jugeref pouvoir fiervir a vorri dejfein & rien ne me fe>mble y être plus uti- le, que ce que vous ave\ ^ déjà mis en une Lettre addreffée au R. Pere Dinet, laquelle vous fit es imprimer il y a fept ans ^pendant qu'il était Provincial des Jefuitesde France.