SigPhi · Descartes

Le Monde (Traite de la Lumiere), avec Les Passions de l'Ame et La Geometrie

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Et cette expérience fuffit pour montrer combien ces mouvemens circulaires font niiez &c familiers à la Nature; mais j’en veux maintenant apporter une autre, pour montrer qu'il ne le fait jamais aucun mouvement qui ne foit circulaire. Lorf- que le vin qui eft dans un tonneau ne coule point par l’ouverture qui eft au bas, à caule que le delltts eft tout fermé, c’eft parler improprement, que de dirc,ainfi que l’on fait d’ordinaire, que celafe fait, crainte du vuide. On fçait bien que ce vin n’a point d’elprit pour craindre quelque choie; Sc quand il en auroit, je ne içai pour quelle occafion il pourroit appréhen- der ce vuide, qui n’.eft en effet qu’une chi<* merc. Mais il faut dire plutôt: qu’il ne peutfortirdece tonneau, à caufe que le dehors eft tout auftî plein qu’il peut-être, & que la partie de l’air dont il occuperoic la place s’il defeendoit, n’en peut trouver d’autre où fe mettre en tout le rcfte de i’U*- .nivers, fi on ne fait une ouverture au* .deffus du tonneau, par laquelle eet air puiffe remonter eirculaircment en fa pla- ce.

Au relie, je ne veux pas affurer pour cela qu’il n’y a point du tout de vuide eh .fa Nature j j’aurois peur que mon Dis- cours ne devint trop long fi j’entreprenois d’expliquer ce qui en eft > &C lesexpçrfonT - Ctt - Ctt ou Traité’ delà Lümihrï. 2^ ces dont j’ai parlé ne font point fuffifan- tes pour le prouver, quoi qu’elles le foient allés, pour perfuader que les efpaccs où nous ne Tentons rien font remplis de la mê- me matière, &c contiennent autant pour le moins de cette matière, que ceux qui font occupez par les corps que nous Ten- tons. En forte que lorfqu’un vafe, par exemple, eft plein d’or ou de plomb, il ne contient pas pour cela plus de matière, que lorfque nous penions qu il Toit vuide: ce qui peut fembler bien étrange à plusieurs, dont la raifon ne s’étend pas plus loin que les doigts, Sc qui penfent qu’il n’y ait rien au Monde que ce qu’ils touchent. Mais quand vous aurez un peu conflderé ce qui fait que nous fentons un corps, ou que nous le fentons pas, je m’affure que vous ne trouverez en cela rien d’incroyable; Car vous connoîtrez évidemment,que tant s’en faut que toutes les chofes qui (ont au- -tour de nous puilTent être fenties, qu’au contraire ee font celles qui y font les plus ordinairement qui le peuvent être le moins, & que celles qui y font toû jours ne le peu- vent être jamais.

La chaleur de notre cœur eft bien gran- de, mais nous ne la fentons pas, à caufe qu’elle cft ordinaire. La pefanteur de notre cops n’eft pas petire, mais elleme nous in- commode point. Nous ne fentons pas même z 5 8 Le Monde de Renb’ Descartes celle de nos habits, parce que nous fommes accoutumez à les porter. Et la raifon de ce- cy eft aflez claire: Car il eft certain que nous fçaurions fentir aucun corps, s’il n’eft caufc de quelque changement dans les orga- nes de nos fensi c’eft à dirp, s’il ne remue en quelque façon les petites parties de la ma- tière dont ces organes font compofez. Ce 2euvent bien faire les objets qui ne fe ntent pas toujours, pourvu feulement qu’ils ayent allez de force •, Car s’ils y cor- rompent quelque chofc pendant qu’ils agif- fent, cela fe peut reparer après par la na- ture lors qu'ils n’agiflent plus. Mais pour ceux qui nous touchent continuellement, s’ils ont jamais eu la puilTance de produire quelque changement en nos fens, &c de re- muer quelques parties de leur matière, ils ont dû à fojee de les remuer, les feparer entièrement des autres dès le commence- ment de noftrc vie, &c ainft ils n’y peu- vent avoir laifléque celles qui reûftcnttout à fait à leur aètion, & par le moyen def- quclles ils ne peuvent en aucune façon être ientis. D'où vous voyez que ce n’eft pas merveille qu’il y ait plulieurs efpaces au- tour de nous où nous ne Tentons aucun corps, encore qu’il n’en contiennent pas moins que ceux où nous en Tentons le plus.

Mais il ne faut pas penler pour cela, que cet air groffier que nous attirons dans nos eu Traite’ De la L tr m i e r e. i ^ poulmons en rcfpirant, qui fc convertir en vent quand il cft agité, qui nous fcmble dur quand il eft enfermé dans un balon, 8c qui n’cft compofé que d’exhalaiions 8c de fumées, foit auflî folidc que l’eau ny que la terre. Il faut fuivre en ceci l'op- pinion commune des Philofophes, lcfquels a (Turent tous qu’il cft plus rare. Et cccy Te connoît facilement par expérience: car les parties d’une goutte d’eau étant fepa- rées l’une de l’autre par l’agitation de la chaleur, peuvent compofer beaucoup plus de cet air, que Tefpice où étoit l’eau n’en fçauroit contenir. D’où il fuit infaillible- ment qu’il y a grande quantité de petits intervales entre les parties dont il eft com- pofé •, car il n’y a pas moyen de concevoir autrement un corps rare. Mais parce que ces intervalles ne peuvent eftre vuides,ainfi que j’ai dit cy-defl’us, je conclus de tout cecy qu’il y a necefl ai rement quelques au- tres corps, un ou pluficurs, mêlez parmi cet air, lcfquels rempliflent auflî juftemenc qu’il eft poflïble les petits intervales qu’il laifle entre fes parties. Il ne refte plus main- tenant qu’à confiderer quels peuvent être ees autres corps -, 8c après cela j’efpere qu’il ne fera pas mal-aifé de comprendre qu’elle peut être la nature de la Lumière.

Le Monde de R ene’ Descartes,' CHAPITRE V.

JD« nombre des Elemens & de leur qualité z..

LEs Philofophes aflurent qu’il y a au defius des nuées un certain air beau- coup plus fubtii que le nôtre, & qui n’eft pas compofé des vapeurs de la Terre com- me luy, mais qui fait un Elément à part. Ils difent auffi qu’au defl’us de cet air il y a encore un autre corps beaucoup plus fubtii, qu’ils appellent l’Elément du feu. Ils ajou- tent de plus, que ces deux Elemens font mêlez avec l’eau, & la terre en la com- pofition de tous les corps inferieurs. Si bien que je ne ferai que fuivre leur opi- nion, fi je dis que cet air plus fubtii & cet Elément du feu remplirent les intervales qui font entre les parties de l’air greffier que nous refpirons *, en forte que ces corps entre-laflez 1 un dans l’autre, compolent une ma fie qui eft auffi folide qu’aucun corps le fçauroit être.

Mais afin que je puiflfe mieux vous faire entendre ma penfée fur ce fujet, & que vous ne penfiez pas que je veuille vous obli- ger à croire tout ce que les Philofophes nous difent des Elemens, il faut que je vous les décrive à ma mode.

. Digiti^ed by Google.

/ Je conçois le premier, qa’on peur nom- mer l’Element de Feu » comme une liqueur la plus fubtile & la plus pénétrante qui foie au monde. Et enfuite de ce qui a été dit cy-delTus touchant la nature des corps li- quides, je m’imagine que Tes parties font beaucoup plus petites, & fe remuent beau- coup plus vite, qu’aucunes de Celles des autres corps. Ou plûtoft, afin de n’eftrc pas contraint d’admettre aucun vuide en la na- ture, je ne luy attribue point de parties qui ayent aucune grofleur ny figure dé- terminée -, mais je me perfuade que l’im- petuofité de Ton mouvement efi: (uffifante pour faire qu’il foitdivifé entoures façons & en tous iens par la rencontre des autres corps Sc que fes parties changent de figure à tous momens pour s’accommoder à celle des lieux où elles entrent ( y. part. 3. des P ri ne. slrt. j a. pag. 176. & fui v. ) En forte qu'il n’y a jamais depaffage fi étroit ny d’angle fi petit, entre les parties de autres corps, où celles de cet Elément ne penetrept fans aucune difficulté, & qu’elles ne remplif- fent exa&ement.

Pour le fécond, qu’on peut prendre pour l’element de l’Air, je le conçois bien aulfi comme une liqueur très - fubtile en le com- parant avec le troifiéme •, mais pour le com- parer avec le premier, U efl befoin d’attri- buer quelque gvofièur ôc quelque figure à 4 z6i Le Monde de Rene’ Descartes, chacune de Tes parties, Sc de les imaginer à peu prés toutes rondes &£ jointes enfem- ble, ainfi que des grains de fable & de pouflîerc. Enforte qu’elles ne fe peuvent fi bien agencer: ny tellement prefïer l’une contre l’autre, qu’il ne demeure toujours aurour d’elles pluficurs petits intervales, dans lefquels il eft bien plus aifé au pre- mier Elément de fe glifler, que non pas à elles de changer de figure tout exprès pour les remplir ( V. part.3. des Principes art.

5 z. pag. ij6. & fuiv. ) Et ainfi je me per- fuade que ce fécond Elément ne peut être fi pur en aucun endroit du monde, qu’il n’y ait toujours avec lui quelque peu de de la matière du premier.

Après ces deux Elemens je n’en re- Îois plus qu’un troifiéme, à fçavoir ce- uy de la Terre, duquel je juge que les parties font d’autant plus grolTes & fe remuent d’autant moins vite à compa- raifon de celles du fécond, que font celles- cy àcomparaifon de celles ctu premier. Et mefme je croy que c’eft aflez de le conce- voir comme une ou plufieursgrofles maffcs, dont les parties n’ont que fort peu ou point du tout de mouvement qui leur fafle chan- ger de fituat ion à l’égard l’une de l’autre. Que fi vous trouvez eftrange que pour • expliquer ces Elemens, je ne me ferve point des qualitez qu’on nomme Chaleur 3 F roi* \ \ ou Traite’ de la Lumière, afij deur. Humidité, &c Séchercfl’e, ainlî que font les Philolophes, je vous diray que ces qualitez me femblent avoir elles- melmes bcfoin d’explication j & que fi je ne me trompe, non feulement ces quatre qualitez, mais aufiî toutes les autres, 8c melme tou- tes les formes des corps inanimez, peuvent eftre expliquées, fans qu’il foit befoin de fuppofer pour cét effet aucune autre chofc en leur matière, que le mouvement, la gro fleur, la figure, & l’arrangement de les parties. En fuite de quoy je vous pour- ray facilement faire entendre pourquoy je ne reçois point d’autres Elcmens que les ' trois que j’ay décrits; Car la différence qui doit eftre entre-eux 8c les autres corps que les Philofophes appellent mixtes, ou mêlez 5c compofez, confifte, en ce que les for- mes de ces corps mêlez contiennent toujours en foy quelques qualitez qui fe contrarient Sc qui le nuifent, ou du moins qui ne ten- dent point à la confervation l’une de l’au- tre *, Au lieu que les formes des Elemens doivent eftre fimples, & n’avoir aucunes qualitez qui ne s’accordent enfemble fi par- faitement, que chacune tende à la confer- vation de toutes les autres.

Or je ne fçaurois trouver aucunes for- mes au monde qui foient telles, excepté les trois (^ue j’ay décrites. Car celle que j’ay at- tribuée au premier Elément, confiûc, en z<f4 Le Monde de Rene’ Descartes/ ce que fes parties fe remuent fi extrême- ment vifte, 8c font fi petites, qu’il n’y a point d'autres corps capables de les arrefter; 8c qu’outre cela elles ne requièrent aucune grofleur, ny figure, ny fituation determt* nées. Celle du lécond, confifte, en ce que fes parties ont un mouvement & une grof- feur fi médiocre, que s’il fe trouve plusieurs caufcs au Monde qui pu i fient augmenter leur mouvement 8c diminuer leur grofleur, il s’en trouve juftement autant d’autres qui peuvent faire tout le contraire y En forte qu’elles demeurent toujours comme en ba- lance en cette même médiocrité. Et celle du troifiéme confifte, en ce que fes parties font fi grofles, ou tellement jointes enfem- bles,qu’elles ont la force de refifter toujours aux mouvemens des autres corps.

Examinez tant qu’il vous plaira toutes les formes que les divers mouvemens, les diverfes figures & grofleurs, 8c le different arrangement des parties de la matière peu- vent donner aux corps mêlez, & jem’aflu- re que vous n’en trouverez aucune, qui n’ait en foy des qualités qui tendent à faire qu’elle fe change, & en fe changeant qu’el- le fe reduife à quelqu’une de celles des Ele- mens.

Comme par exemple, la flâme, dont la forme demande d’avoir des parties qui fe Remuent trcs-vîte, & qui avec cela ayent quelque r1 Digitiied by ouTraite’ delà Lumière, itf.j. quelque groflçur, ainfi qu’il a elle dit cy- deflus, ne peut pas eftre long-temps fans fe corrompre: Car, ou la groflçur de les f>arties leur donnant la force d’agir contre es autres corps fera caufe de la diminution de leur mouvement, ou la violence de leur agitation les faifant rompre en fç heurtant contre les corps qu’elles rencontrent, fera caufe de la perte de leur groflçur $ 8c ainfî elles pourront peu à peu te réduire à la fpt- me du troifiémc Elément, ou à celle du fé- cond, 8c mefme aufli quelques-unes à celle du premier. Et par là vous pouvez connoi- ftre la différence qui eft entre cette flâme, ou le feu commun qui eft: parmy nous, 8c l’Element du Feu que j'ay décrit. Et vous devez lçavoir aufli que les Elemcns de l’Air 8c de la Terre, c’cft-à-dirc le fécond 8C troifiéme Elément, ne font point fembla- bles non plus à cét air groflïer que nous ref- pirons, ny à cette Terre fur laquelle nous marchons; mais que généralement tous les corps qui parodient autour de nous, font mêlez ou compofcz, 8c fujets à corruption; Et toutesfois il ne faut pas pour cela pen- fer que les Elemcns n’ayent aucuns lieux dans le monde qui leur foient particulière- ment deftinez, 8c où ils puiflent perpétuel- lement fc conferver en leur piyreté naturelle. Mais au contraire, puifque chaque partie» de la matière tend toujours àfe réduire $ z66 Le Monde de Rene4 Descartes. quelques-unes de leurs formes, & qu’y eftant une fois réduite elle ne tend jamais à la quitter; quand bien même Dieu n'auroit crée au commencement que des corps mê- lez, neanmoins depuis le temps que le mon- de eft, tous ces corps auroient eu le loifir de quitter leurs formes, & de prendre celles des Elemens. De forte que maintenant il y a'grande apparence, que tous les corps qui font allez grands pour eftre comptez entre les plus notables parties de l’Univers, n’ont chacun la forme que de l’un des Elemens toute fimple; 6c qu'il ne peut y avoir de corps mêlez ailleurs que fur les fupcrficies de ces grands porps; Mais là il faut de neceC-, fîtéq u'ily en ail. Car les Elemens eftant de nature fort contraire, il ne fe peutiaireque dêuxd’entr'cux s’entretouchent, fans qu’ils ^giflent contre les fuperficies l’jun de l’au- cre, & donnent ainfi à la matière qui y eft, Jès diyerfes formes de ces corps mêlez.

A propos dequoy, fi nous confiderons généralement tous les corps dont l’Univers ,eft compole, nous n'en trouverons que de trois fortes qui puifient eftre appeliez grands, Sc comptez entre fes principales parties, c’eft à fçavoir le Soleil 6c les Etoi- les fixes pour la première, lys Cieux pour la fécondé,, Schc Terre avec les Planètes & les Çomctes pour la trdifiéme. ( V. p#rt.

1 ïf Principes an. jr. pag, 178. ) C’çft pour* ou Traite* de laLuwierb. ï$f' quoy nous avons grande ratfon dte; penfec'- - Sue le Soleil & les Etoilles fixes n’ontpoine J 'autre forme que celle du premier Elément toute pure; les Cieux celle du fecond;& la Terre, avec les Planètes ÔC les Cometes, celle du troisième*, Je joints les Planètes & les Cometes avec la Terre ( V. part. 3. des Principes; art. 30. pag. 134. & audejfns art. 1 pag. 141.* pag. 1 7 8. art. 51. de la 3. partie des princi- pes. ) Car voyant qu’elles refiftent comme elle à la Lumière, & qu’elles font réfléchir fes rayons, jen’y trouve point de differett- ce. Je jointtfâuflt le Soleil avec les Etoiles fixes, & leur attribue une nature toute con- traire a celle de la Terre. Car la feule a&ion de leur lumière me fait a fier connoift re que leurs corps font d'une matière fort fubtilçi & fort agitée.

Pour les Cieux, d’autant qu’ils ne peu» vent eftre apperceus par nos lens', je penlc avoir raifon de leur attribuer une nature moyenne, entre celle des corps lumineux dont nous Tentons l’a&ion, & celle des * corps durs & pefans dont nous Tentons la tefiftance. ^sin^r -Enfiti nous n'appercevons pointde corps > mêler en aucune autre lieu que futTafuper-: fièie delà Terre 3 6c fi nous confidercfns q&e^ tout l’efpace qui les contient, fçavoir touf cciuy qui eû depuis les nuées les plus haut Zij i<?$, Le Monde de R-ene’ Descartes., tes, jufques au* fofl'es les plus profondes que l'avarice des ihomrae^ ait jamais creu-, lees pour -en tirer les métaux, eft extrême- ment petit à comparailon de la Terre fk des irqmenlesérendues du Ciel, nous pourrons facilement nous imaginer que ces corps mê- le^ ne font tous en femblç que comme une écorce qui eft engendrée au -deflus de la Terre j par l’agitation & le mélangé de là matière du Ciel qui l’environne.

Et ainlï nous aurons occasion de penfer que ce n’eft pas feulement dans l’Air que nous refpirons, mais auflî dans tous les au- tres corps composez, jufques aux pierres les plus dures.- Sc aux métaux les plus pefans, qti’il y a des parties de l’Elément de l’Air raclées avec celles de, la Terre, & par con- fciq uent aulft dçs parties de l’Element dii feu, parce qu’il s’en trouve toujours dans les poresde celuy de l’Air,;: Mais il faut remarquer, qu’encore qu’il y -ait des parties de ces trois EUmens mélées l’une avec l’autre en to.ü'6 ces corps >11 r»’y a toutefois à proprement parler, que celles qui à caulp de leur grolfeut pu de la diffi- culté qu’elles ont*à le mouvoir peuvent eftre, reportées au çroüïéme > qm compofent ous ceux que iiohs voyons autour do nou$ *: Car -les -parties de deux autres Elçtticns fort? ftv fübtiles-, qu’elles nç peuvent eftre;ap--, paceuçs par no^ fpns. «Et l’on peut fe rep.retized by Google ou le Traite’ de la Lumtêr^. ity fentcr rous ces corps ainfi que des éponges, dans- lefquelles encore qu’il y ait quantité' de pores, ou petits trous., qui font; toujours pleins d’air ou d’ean, ou de quelqu’autte' Femblable liqueur, on ne juge pas toutefois que ces liqueurs entrent en la composition del’éponge# p->;. ’ Il me refte icy encore beaucoup d’autres chofes à expliquer, & je ferois même bien aife d’y ajouter quelques raifons pour ren- dre mes opinions plus vray-femblablcs: - Mais afin que la longueur de ce difeouts- ; vous Toit moins, ermuyeufe, j’en veux enve- lopper une partie dans l’invention d’une fa- ble, au travers de laquelle j’efpcre que fa vérité nelaiflcrapas deparoiftre fuffifam- ment,&: qu’elle ne fera pas moins agréable -T à voir > que fi: je l’expofois toute nu«L CHAPITRE VU • •. * i. ~,; • , • r J ’ Defcrhtton d’un nouveau Monde; & des qualités de la matière dont ilejlcotnpofi.

•‘.T) Emettez donc pourvu» pende- temps:à - A voft-re penfée de for tir hors dé Ce MoA- ' de, pour en venir voir un aurretout nou- veau, que je feray naiftre en: Ta prefen’Ce dans les efpaces imaginaires. Les Philofo- phes-nous-efifent que ces efpaces font infinis; • 'Z iij.

—T- *270 Le Monde de Rêne’ Descartes, & ils doivent bien en eftre crus, puifque ce font eux-mefmes qui les ont faits. Mais afin que cette infinité ne nous empefehe & ne nous embarafle point, ne tâchons pas d’al- lerjufques au bout } Entrons-y feulement fi avant, que nous publions perdre de veuë toutes les créatures que Dieu fift il y a cinq ou fix mille ans; Et après nous eftre arre- ftez là en quelque lieu déterminé, fuppo- fons que Dieu crée de nouveau tout autour de nous tant de matière, que de quelque coftéquenoftre imagination fepuifte eften- dre, elle n’y ^pperçoive plus aucun lieu qui foit vuide.

Bien que la mer ne foit pas infinie, ceux - qui font au milieu fur quelque vabTeau, peuvent eftendreleur veuece femble àl’in- nny -, & toutesfoisil y a encore de l’eau au delà de ce qu’ils voyent j Ainfi encore que 'noftre imagination femblè fe pouvoir eften- dre à l’infiny,.& que cette nouvelle matière ne foit pas fuppofee eftre infinie, nous pou- vons bien toutesfois fuppofer, qu’elle rem- plit des efpaces beaucoup plus grands que tous ceux que nous aurons imaginé. Et mef- ;ipe, afin qu’il n’y ait rien en tout cecy où vous publiez trouver à redire, ne permet- tons pas à noftre imagination des’eftendre fi loin qu’elle pourroit j mais retenons-la toute à deflein dans un efpace déterminé, -.. qui ne foit pas plus grand, par exemple, oû Traite’ de 1à Lumière. 17* que la diftancc qui eft depuis la Terre juf- ques aux: principales étoiles du Firmament Et fuppolons que la matière que Üieu aura Créée s'eftend bien loin au delà de tous cq- ftez, jufques aune diftance indéfinie. Car il y a bien plus d’apparence, & nous avons bien mieux le pouvoir,. de preferire des bornes àl’a&ionde noftrepenfée, que non pas aux œuvres deDieu. ( V~ oyez. fart. J. des principes art. 1. i. & 3- p*g. *34- & fHtv- ) Or puifque nous prenons la liberté de feindre cette matière à noftre fantaifie,.ap- tribuons luy, s’il vous plaift, une nature en laquelle il n’y ait rien du tout que cha- cun ne puifie connoiftre aufll parfaitement qu’il eft pofllble. Et pour cét effet, fuppo- fons exprefiemenr qu’elle n’a point la for- me de la Terre, ny du Feu, ny de l’Air, ny aucune autre plus particulière, comme du bois, d’une pierre, ou d’un métal non plus que les qualitez d’eltrc chaude ou froi- de, lèche ou humide, legere ou pelante, ou d’avoir quelque goût, ou odeur, ou fon, ou couleur, ou lumière, ou autre l'embla- ble, en la nature de laquelle on puifie dire qu’il y ait quelque choie qui ne loit pas c^i- -demment connu de tout le monde. ( Jr.part, 1. des principes art. 4. pag. 6 8. & art. ii. pajr. 75.)

Èt ne penlons pas aulfi d’aurte collé qu’el- le foit cette matière première des Çhiiofo- Z iiij Le Monde de Rene’ Descartes, phcs, qu'on a fi bien dépouillée de routes îcs formes & qualitez, qu’il n’y eft rien de- meuré de reftc qui puill’e eftre clairement "entendu: Mais cOncevons-la comme un Vray corps parfaitement folide, qui rem- plit egalement toutes les longueurs, lar- geurs, & profondeurs de ce grand efpace au milieu duquel nous avons arrefté noftre pcnfée ( Vnyèsart. 19. part. 1. principes pag.

51 3. & 84. ) en forte que chacune de fes par- ties occupe toujours une partie de cet cipa- " ce tellement proportionnée à fa grandeur, ' Qu’elle n’en içauroit remplir une plus gran- e, ni fe relTerrer en une moindre, ny fouf- J frit que pendant qu’elle y demeure, quel- qu’autre y rtouve place.

~ Ajoutons à cela que cette matière peut « dftre divifée en toutes les parties & félon toutes les figures que nous pouvons imagi- ner; ( V. art. impart, z. principes pag. 8£.

' & 87. ) &c que chacune de lès parties eft capable de recevoir en foy tous les mouve- » mens que nous pouvons auflî concevoir. Et fuppofons de plus queDieu la divife vérita- blement en plufieurs telles parties, ( F. art.

' 46. part. 3. principes. p. 170. ) les unes plus grolfes, les autres plus petites j les unes d’une figure, les aurres d’une autre, telles qu’il nous plaira de les feindre; non pas qu’il les fepare pour cela l’une de l’autre en "forte qu’il y ait quelque vuidc entre deux 3 ou Traits’ de la Lumière. '273 mais penfons que toute la diftinétion.qu’il y met, confiftedans la diverfité des moii- vemens qu’il leur donne * faifant que dés le premier inftant qu’elles font créées, les unes commencent à le mouvoir d’un cofté, les autres d’un autre; les unes plus vîte, les autres plus lentement (ou même fi vous voulez point du tout ) & qu’elles conti- nuent par après leur mouvement fuivant lesloix ordinaires delà Nature. Car Dieu à fimervcilleufementeftabli ces.Loix, qu’en- cure que nous fuppofions qu’il ne crée rien de plus que ce que j’ay dit: & même qu’il ne mette en ce cy aucun ordre ny propor- tion, mais qu’il en compofe un cahos le p^s confus Sc le plus embrouillé que les Poètes puiflent décrire, ( V. art. 47. part. prin- cipes pag.vji. & 172. * Difcoursde Ume- thodeTom. t.pag. 54.*) elles font fuffifan- tes pour faire que les parties de ce cahos Ce démêlent d’eUes-mêmes, & fe difpolent en fi bon ordre, qu’elles auront la forme d’un Monde très- parfait, & dans lequel on pourra voir non feulement de la Lumiè- re» mais aullî routes les autres choies, tant Seneralcs que particulières, qui paroiflent ans ce vray monde.

' Mais avant que j’explique cecy plus au long, arreftez-vous encoreun peu à confi- derer ce cahos, & remarquez qu’il ne con- tient aucune chofe qui ne vous ioit fi par tal- 174 Le Monde, de Rene‘ Descarris; renient connue, que vous ne fçauriezpas même feindre de l’ignorer. Car pour les qualités que j’y ay mifes, fi vous y avez pris garde, je les ay feulement fuppofées Telles que vous les pouviez imaginer. Ét pour la matière dont je l’ay compofé, il n’y a rien de plus fimple, ny de plus facile à connoître dans les créatures inanimées -, Et fon idée eft tellement comprife en toutes celles que noftre imagination peut former, qu’il faut neceflairement que vous la con- ceviez, ou que vous n’imaginiez jamais au- cune choie.

Tontesfois parce que les Philolophes font fi fubtils, qu’ils fçavent trouver des diffi- cultés dans les chofes qui femblent extrê- mement claires aux autres hommes y 8c que Je fouvenir de leur matière première, qu’ils fçayent eftre a fiez mal-ailee à concevoir, lespourroit divertir de la connoiffance de Celle dont je parle, il faut que je leur dilcr en cét endroit, que lijene me trompe, rou- te la difficulté qu’ils éprouvent en la leur, ne vient que de ce qu’ils la veulent diftin- guer delà propre quantité, & de fon éten- due extérieure, c’eft-à-dire de la propriété qu’elle a d’occuper de l’efpace. ( V. an. 8. & 9. Jerprmïip.part. 2. pag. 73 & 74. ) En quoy toutesfois je veux bien qu’ils croycnt avoir raifon, car je n’ay pas deflein de m’arreûer à les contredire: Mais ils ne ou Traite* de la Lumière. doivent pas auffi trouver eftrange, fi je ' fuppofe que la quantité de la matière que « j’ay décrite ne différé non plus de fa fub- ftance, que le nombre fait des chofes nom- brées j & fî je conçois fon étendue, ou la propriété qu’elle a d’occuper de l’efpace, non point comme un accident, mais comme fa vraye forme & fon effence: car ils ne fçauroient nier qu’elle ne foit tres-facile à concevoir en cette forte. Et mon defTein n’cft pas d’expliquer comme eux les chofes Îiui font en effet dans le vray monde ÿ mais eulement d’en feindre un à plaifîf, dans le- quel il n’y ait rien que les plus groffiers Ef- prits ne foient capables de concevoir, & qui puiffe toutefois être crée tout de mê- me que je l’auray feint.

Si j’y mettois la moindre chofe qui fut obfcure, il fe pourroit faire que parmy cet- te obfcurité il y auroit quelque répugnance cachée dont je ne me ferois pas apperceu, & ainfi que fans y penfer jefuppoferois une chofe impofïïble; au lieu que pouvant di- ■ llin&ement imaginer tout ce que j’y mets, il eft certain qu’encore qu’il n’y eût rien . de tel dans l’ancien monde, Dieu le peut t toutesfois créer dans un nouveau: Car il eft certain qu’il peut créer toutes les chofes que nous pouvons imaginer.

? Le Monde de Rene* Descàktes, •. /'. j •. - • i •. A CHAPITRE VIL r Des loix de la Nature do ce ttouveauf <• MAis jc ne veux pas différer plus loffs- tcmps à vous dire par quel moyen la Nature feule pourra démêler la confulîoir du Cahos dont j’ay parlé, & quelles fane les Loix que Dieu luy aimpofées^ ■ ■* Sçachez donc premièrement y que par 1& Nature je n’entens point iry quelque Déef-- fe, ou quelque autre forte de puillance ima- ginaire; Mais que jtr me fers de ce mot,, pour lignifier la Matière mefme } entant que jc l*confidere avec toutes les qualités que je luy ay attribuées,,c«nprifes toutes enfcmbleJ.&: fous cettecencfition que Dieu continu» de la confcrver en la mefme façonr qu’il l’a creée: Car de cela feul qu’il conti- nue ainfi de k confetver, il fuir de necelS- . té-qa’il doit y avoir pluiieurs cftangemens i. entes parties, leftjuels ne pouvant cerne femble eftre.proprcment attribuez à l'action . de Dieu y parce qu’elle ne change- point, je les attribuëà la Nature;,ôc les réglés, foi- vant lefquelles fe font ces chajngemensyje’ les nomme les Loix de la Nature...Pour mieux entendre cecy, fouvenezv