{>ar la rencontre l’une de l’autre, ayent pris a forme du premier ou du fécond Elément, il ne laifie pas neantmoins de s’en eftre en- core trouve de deux fortes, qui ont dû re- tenir la forme du troifiéme? Sçavoir celles dont les figures ont efté fi étendues <k fi empefehantes, que lors qu’elles fe font rencv Traite* dc ia L u mie ri. 299 contrées l’une l’autre, il leur a efté plus aifé de Te joindre plufieurs enfemble, 8c par ce moyen de devenir grofles, que de fe rom- pre 8c s’amoindrir } Et celles qui ayant efté dés le commencement les plus grofles 8c les plus maflives de toutes, ont bien pû rompre 8c froifler les autres en les heurtant, mais non pas réciproquement en eftre bri- iées 8c froifées.
Or Toit que vous vous imaginiez que ces deux fortes de parties ayent efté d’abord fort agitées, ou même fort peu, ou point du tout, il eft certain que par après, elles ont dû fe mouvoir de même branle que la Matière du Ciel qui les contenoit: Car fl d’abord elles fé font mues plus vite que cet' fe Matière, n’ayant pû manquer delà pouf- fer en la rencontrant en leur chemin, elles ont dû en peu de temps luy transférer une partie de leur agitation *, Et fi au contraire elles n’ont eu en elles-mêmes aucune incli* nation à fe mouvoir, neantmoins eftant en* vironnées de toutes parts de cette matière du Ciel, elles ont dû neceffairement fuivre fon cours; Ainfi que nous voyons tous les jours que les batteaux, 8c les autres divers corps qui fl otent dans l’eau, aufli bien les {dus grands 8c les plusmaffifs que ceux qui e font moins, fuivent le cours de l’eau dans laquelle ils font, quand il n’y a rien d’ail- leurs qui les en empêche. ( V. art. 61. Par.
3 oo Le Monde de Rene’ Descartes, 2. Principes pag. 128.* Part. 3. princip. art.
149- ) Et remarquez qu’entre les divers corps qui dotent ainfi dans l’eau, ceux qui font af- fez durs Sc allez malfifs, comme font ordi- nairement les batteaux, principalement les plus grands Si les plus chargez, ont tou- jours beaucoup plus de force qu’elle à con- tinuer leur mouvement, encore même que ce foit d’elle feule qu’ils l’ayent receuc > Et qu’au contraire ceux qui lont fort légers, tels que peuvent cftre ces amas d’écume blanche qu’on voit doter le long des rivages en temps de tempefte,en ont moins. En for- te que fi vous vousimaginez deux Rivières qui le joignent en quelque endroit l’une à l’autre, Si qui fe feparent derechef un peu après, avant que leurs eaux, qu’il faut lup- poferfort calmes & d’une force ad'ez égale, mais avec cela fort rapides, ayent le loidr de fe mêler, les Batteaux ou autres corps ad'ez madifs Si pefans qui feront emportez par le cours de l’une, pourront facilement padèr en l’autre? au lieu que les plus légers s’en éloigneront, & feront rejettez par la force de cette eau vers les lieux où elle ed: le moins rapide.
Par exemple, fi ces deux Rivjercs font ABF, & C DG,[r. fig. III.] qui venant de deux cotez differens, fe rencontrent .vers E t puis de là fe détournent, A B vers Digitizad by C ou Trait h’ de la Lumière. 301 F, & CD vers G; Il eft certain que le ba- teau H, fuivant le cours de la Riviere A B, doit palTer par E, vers G, & réciproque- ment le bateau I vers F, fi ce n’eft qu’ils fe rencontrent tous deux au paflage en même temps, auquel cas le plus grand ôc le plus fort brifera l’autre: Et qu’au contraire l’écume „ les feuilles d’arbres 8c les plumes, les fétus & autres tels corps fort légers, qui peuvent floter vers A, doi- vent être pouflez par le cours de l’eau qui les contient, non pas vers E & vers G, mais vers B -, où il faup penfer que l’eau eft moins forte & moins rapide que vers E, puisqu'el- le y prend fbn cours luivant une ligne qui eft moins approchante de la droite.
Et déplus, il faut confiderer que non feulement ces corps légers, mais aufli que d’autres plus pefans & plus malfifs, fe peu- vent joindre en ferencontrant, & que tour- noyant alors avec l’eau qui les entraîne, ils peuvent plufieurs enfemble compofer de groftes boules, telles que vous.voyez K, & L, dont les unes comme L, vont vers E, 8c les autres comme K, vont vers B, félon que chacune eft plus ou moins Solide, 8c compofée de parties plus ou moins groftes 8c maftives.
A l’exemple dequoy il eft aifé de com- prcndre,qu’en quelque endroit que fe foient trouvées au corqmenceqjent les parties de $02 Le Monde de Renb’ Descartes, la Matière qui ne pouvoient prendre la for- me du fécond Elément ny du premier, tou- tes les plus grofles & plus mamves d’entr’el- les, ont du en peu de temps prendre leur cours vers la circonférence extérieure des Cieux qui les contenoient, 8c palier apres continuellement des uns de ces Cieux dans les autres, fans s’arrefter jamais beaucoup de temps de fuite dans le même Ciel: Et qu’au contraire toutes les moins malïives ont dû eftre poullées, chacunes vers le cen- tre du Ciel qui les contenoit, par le cours de la matière de ce Ciel. Et que vû les figu- res que je leur ay attribuées, elles ont dû en fe rencontrant l’une l’autre, fe joindre plufieurs enfemble, 8c compofer de grofles boules, qui tournoyant dans les Cieux, y ont un mouvement temperé de tous ceux que pourroient avoir leurs parties eftant fe- parées; en forte que les unes fe vont rendre vers les circonférences de ces Cieux, 8c les autres vers leurs centres.
Et fçaehez que ce font celles qui fe vont ainfi ranger vers le centre de quelque Ciel, que nous devons prendre icy pour les Pla- nettes, ( V. art. 140. part. 3. Princip. paç. 292. )&: celles qui paient au travers de di- vers Cieux, que nous devons prendre pour des Cometes.
Or premièrement touchant ces Cometes, ( V'. an. 127. pag. 16-J. princip. p. 3.) U ou Traite’ de la Lumière, joj faut remarquer qu’il y en doit avoir peu en ce nouveau Monde, à comparaifon du nom- bre desCieux: Car quand bien mefme il y en auroit eu beaucoup au commencement * elles auraient dû par fucceflîon de temps, en partant au travers de divers Cieux, fe heurter 8c fe brifer prefque toutes les unes les autres, ainfi que j’ay dit que font deux bateaux quand ils fe rencontrent j en forte qu’il n’y pourrait maintenant refter que les plus grades.
Il faut auflî remarquer que lors qu’elles partent ainfi d’un Ciel dans un autre, elles pouffent toujours devant foy quelque peu de la matière de celuy d’où elles fortent, - ( Ibid art. 1 27.; 8c en demeurent quelque temps enveloppées, jufqu’à ce qu’elles foient entrées aflez avant dans les limites de l’autre Ciel j où eftant, elles s’en dégagent enfin comme tout d’un coup, 8c fans y em- ployer peut-eftre plus de temps que fait le Soleil à fe lever le matin fur noftre horifon: En forte qu’elles fe meuvent beaucoup plus lentement lors qu’elles tendent ainfi àfortir de quelque Ciel, qu’elles ne font un peu apres y eftre entrées.
Comme vous voyez icy que la Comete qui prend fon cours fuivant fa ligne C D Q_ R, 2..] eftant déjà entrée aflez avant dans les limites du Ciel F G, lorsqu’elle eft au point C? demeure neanmoins encore eu- $04 Le Monde de Rene’ Descartes, yeloppée de la matière du Ciel F I, d’où elle vient, & n’en peut eftre entièrement délivrée, avant qu’elle foit environ le point D. Mais fi-toft qu’elle y eft parvenue, elle commence à Cuivre le cours du Ciel F G, ôc ainfi à fe mouvoir beaucoup plus vite qu’elle ne faifoit auparavant. Puis conti- nuant Ton cours de là vers R, Ton rùouvc- ment doit Ce retarder derechef peu à peu, à mejfure qu’elle approche du point Q_ *, tant à caule de la refiftance du Ciel F G H, dans les limites duquel elle commence à entrer, qu’à caufequ’y ayantmoinsde diftance en- tre S & D, qu’entre S &, toute la matière du Ciel qui eft entre S & D, où la di- ftance eft moindre, s’y meut plus vite-, ( V. Lettre 13. Tome troisième p ag. 24a. & 249. ) ainfi que nous voyons que les riviè- res coulent toujours plus promptement aux lieux où leur lit eft plus eftroit reflerré, qu’en ceux où il eft plus large Sc eftendu.
Déplus, il faut remarquer que cette Co- mète ne doit paroiftre à ceux qui habitent vers le centre du Ciel F G, (T. Pan. 3. des Princip. art. 1 3 2. Pag. 275. ) que pendant le temps qu’elle employé à pafler depuis D jufques à Q_, ainfi que vous entendrez tan- toft plus clairement, lors que je vous auray dit ce que e’eft que la Lumière; Et par mê- me moyen vous connoîtrez que fon mou- vement leur doit paroître beaucoup plus vî.
ou Traite’ de la Lumière. 305 te, (y.ibid. an. 129. pag. 270.) 8c fou corps beaucoup plus grand, 8C fa lumière beaucoup plus claire, au commencement du temps qu’ils la voyent, que vers la fin.
Et outre cela, fi vous confidcrez un peu curieufementen quelle forte la lumierequi peut venir d’elle le doit répandre 8c diilri- buer de tous cotez dans le Ciel, vous pour- rez bien auflfi entendre, qu’étant fort grof- fe, comme nous la devons fuppofer, il peut paroître certains rayons autour d’elle, qui s’y étendent quelquesfois en forme de che- velure de tous cotez, ( Ibid. an. 133. pag. 279.) 8c quelquesfois fe ramaflent en forme de queue d’un feul côté, félon les divers en- droits où fe trouvent les yeux qui la regar- dent: En forte qu’il ne manque à cette Co* mete pas une de toutes les particularitez qui ont étéobfervées jufques ici en celles qu’on a vcucj dans le vray monde, du moins de celles qui doivent eftre tenues pour vérita- bles. [ Ibid. art. 138.pag. 290.) Car fi quel- ques Hiftoricns, pour faire un prodige qui menace le croiiant des Turcs, nous racon- tent qu’en l’an 1450. la Lune a été éclipfée par uneComete qui paifoit au deflous, ou chofe femblablc; Et fi les Aftronomes cal- culant mal la quantité des refradtions des Cieux, laquelle ils ignorent, 8c la vitctTe du mouvement des Cometes, qui eft incer- taine, ( y. Lettre 13.T me 3. pag. 240. } 3 o<f Le Monde de Rene’ DescArtes; leur attribuent allez de Parallaxe pour être placées auprès des Planètes, ou même au deftous,où quelques-uns les veulent tirer comme par force, nous ne fommes pas ob-, ligez de les croire.
CHAPITRE X.
'2)es Planètes en general *, & en particulier de la Terre } & de la Lune.
IL y a tout de même touchant les Planè- tes plufieurs chofes à remarquer; dont la première eft, qu’encore qu’elles tendent routes vers les centres des Cieux qui les con- tiennent, cen’eft pas à dire pour cela qu’el- les puiflent jamais parvenir jufques au de- dans de ces centres: car comme j’ay déjà dit . cy-devant, c’eft le Soleil & les autres Eftoil- - les fixes qui les occupent. Majs afin que je vous fafl’e entendre diftin&ement en quels endroits elles doivent s’arrêter, voyez par exemple celle qui eft marquée h, \V. fig. z.]
' ■ que je fuppofe luivre le cours de la matière du Ciel qui eft vers le cercle K j & confi- derez que fi cette Planete avoit tant ioit peu plus de force à continuer Ton mouvement en ligne droite que n’ont les parties du fé- cond Elément qui l’environnent, au lieu de fuivre toujours ce cercle K 3 elle droit vers * Ibid, pag. 292. art. 140.) & ainfi elle s'é- loignèrent plus qu’elle n’eft du centre S. Puis dautant que les parties du fécond Elé- ment qui l’environneroient vers Y, Te meu- vent plus vîte, Sc même font un peu plus petites, Ou du moins ne font point plus grofles que celles qui font vers K, elles lui donneroient encore plus de force pour paf- fer outre vers F j en forte qu’elle iroit juf- ques à la circonférence de ce Ciel, fans fe pouvoir arrêter en aucune place qui foit eru tre-deux; puis de là elle paUeroit facilement - dans un autre Ciel 5 [ F. art. 1 27. pag. i6-j. princ. part.?,.]& ainfi au lieu d’être une Pla- nète, elle deviendroit une Comete.
D’où vous voyez qu’il ne fe peut arrêter aucun Aftre en tout ce vafte elpace qui eft depuis le cercle K, jufques à la circonfé- rence du Ciel F G G F, par où les Comètes prennent leur course [ F. art. 41. pag. 164. part, 3. princ. ] & outre cela qu’il faut de necefliteque les Planètes n’ayent point plus de force à continuer leur mouvement en ligne droite, que les parties du fécond Elé- ment qui font vers K, lors qu’elles fe meu- vent de même branle avec elles, & que tous -les dorps qui en ont plus font des CometeS.
Penfons donc maintenant que cette Pla- nète h a moins de force que les parties du fécond Elément qui l’environnent; En forte . C c i j .308 Le Monde de Rene’ Descartes que celles qui la fuivent, & qui font pla- cées un peu pfus bas qu’elle, puiiïcnt la dé- tourner, &c faire qu’au lieu de fuivre le cer- cle K, clic defcende vers la Planete mar- quée if, oû étant, il fe peut faire qu’elle fe trouvera juftemcnt aufli forte que lcspar- ^ tics du fécond Elément qui pour lors l’environneront: Dont la raifon eft, que ces parties du fécond Elément étant plus agitées que celles qui font vers K,[r. ibid. art.
8 i.pag. 2-11.* 84. prf£.2i4.+ 85. pag.116. ^ * 140. pag. 192. ] elles l’agiteront aulli da- vantage, & qu’étant avec cela plus petites, elles ne lui pourront pas tant refifter; au- quel cas elle demeurera juftemcnt balancée au milieu d’elles, & y prendra fon cours en meme fens qu’elles font autour du Soleil, lans s’éloigner de lui plus ou moins unefois que l’autre, qu’autant qu’elles pourront .aulîis'en éloigner.
Mais li cette Planete étant vers T£, a en- V core moins de force à continuer fon mouvement en ligne droite, que la matière du • Ciel qu'elle y trouvera, elle fera poufléc par elle encore plus bas, vers la Planete marquée o*. & ainft de fuite, jufques à ce qu’enhn elle fe trouve environnée d’une ma- tière qui n’ait ny plus ny moins de force qu’elle.
Et ainfi vous voyez qu’il peut y avoir diverfes Planètes, les limes plus Sc les autres 1 • Digitifed by Google ou Traite’ de la Lumière. 30$ moins éloignées du Soleil, telles que font ici h. If. o*. T. 9. $•, dont les plus baffes & moins mafflves peuvent atteindre jufques a fà fuperficie, mais dont les plus hautes ne paflent jamais au delà du cercle K; qui bien que très-grand à comparaifon de chaque Planete en particulier, eft neanmoins ff ex- trêmement petit à comparaifon de tout le Ciel F G G F, que comme j’ai déjà dit ci-de- vant, [ Au commencement du Chap. S.* art. 40. part. 3. desprincip. pag. 1 <> 3. * ibid. art. 8 5. pag. 2 1 6. ] il peut être confideré comme fon centre.
Que fi je ne vous ay pas encore aflez fait entendre la caufe qui peut faire que les par- ties du Ciel qui font au delà du cercle K, étant incomparablement plus petites que les Planètes, ne laifl’ent pas d’avoir plus de force qu’elles à continuer leur mouvement en ligne droite, conffderez que cette force ne dépend pas. feulement de la quantité de la matière qui eff: en chaque corps, [ V. an. 43. part, 2. des principes pag. 108. * ibid. part. 3. art. 120. 1 21. (ÿ* 122. pag. 257. & fuiv. ] mais aufli de l’étendue de fa fuper- ficie. Car encore que lors que deux corps fe meuvent également vîte, il foit vrai de -dire que fi l’un contient deux fois autant de matière que l’autre, il a auffi deux fois au- tant d’agitation, ce n’eft pas à dire pour ce- la qu’il ait deux fois autant de force à con* * jio Le Monde de Rene’ Descartes; tinuer de fe mouvoir en ligne droite; mais il en aura juftement deux fois autant, li avec cela la fuperficie eft juftement deux fois aulfi étendue, à caufe qu’il rencontre- ra toujours deux fois autant d’autres corps qui lui feront refiftance -, &c il en aura beau- coup moins, fi fa fuperficie eft étendue beaucoup plus de deux fois.
Or vous fçavez que les parties du Ciel font à peu prés toutes rondes, & ainfi qu’el- les ont celle de toutes les figures qui com- Î>rend le plus de matière fous une moindre iiperficie: [ V. art. 124. 125. & 1 16. part.
3. des prïncip.pag. t6i.& fniv. ] Et qu’au contraire les Planètes étant compofées de petites parties qui ont des figures fort irre- guheres & étendues, ont beaucoup de fu- perficie à raifon de la quantité de leur ma- tière; en forte qu’elles peuvent en avoir plus que la plupart de ces parties du Ciçl; & toutesfois aulfi en avoir moins que quel- ques-unes des plus petites, & qui font les plus proches des centres: Car il faut fça- voir qu’entre deux boules toutes malfives, telles que font ces parties du Ciel, la plus petite a toujours plus de fuperficie à raifon de fa quantité, que la plus grolï'e.
Et l’on peut aifément confirmer tout ceci par l'experience. Car poull'ant une grofl'e boule compofée de pluneurs branches d’ar- bres confulément jointes & entaflées l’une v - A J ou Traite’ de la Lumière. 311 fur l’autre, ainfi qu'il faut imaginer que font les parties de la matière dont les Pla- nètes font compofées > il eft certain qu’elle ne pourra pas continuer fi loin fon mouve- ment, quand bien même elle feroit poulïêe Î>ar une force entièrement proportionnée à a grofieur, comme feroit une autre boule beaucoup plus petite & compoféedu même bois, mais qui feroit toute maffive 5 II eft certain aufli tout au contraire qu’on pour-» roit faire une autre boule du même bois &C toute maffive, mais qui feroit fi extrême- ment petite, qu’elle auroit beaucoup moins de force à continuer fon mouvement que la première; Enfin il eft certain que cette pre- mière peut avoir plus ou moins de force à continuer fon mouvement, félon que les branches qui la compofent font plus ou moins groftes & preflees.
D’où vous voyez eomment diverfes Pla- nètes peuvent être fufpenduës au dedans du cercle K, [P~. art. 147. pag. 298. part. 3. princip. ] à diverfes diftances du Soleil j & comment ce ne font pas Amplement celles qui paroiftent àl’extericur les plusgrofles, mais celles qui en leur intérieur font les plus folides ôc les plus maffives, qui en doivent être les plus éloignées.
Il faut remarquer après cela, que com- me nous expérimentons que les batteaux qui fuivent le cours d’une riviere, ne fe qu Le Monde de Rene’ Descartes; meuvent jamais fi vîtc que l’eau qui les en- traîne, ny même les plus grands d’entr’- eux fi vîre que les moindres *, ainfi encore que les Piànetes fuivent le cours de la ma- tière du Ciel fans refiftancc, &fe meuvent de mefme branle avec elle, ce n’eft pas à dire pour cela qu’elles fe meuvent jamais du tout fi vîte: Et même l’inégalité de leur mouvement doit avoir quelque raport à celle qui fe trouve entre la grofleur de leur malfe & la petiteffe des parties du Ciel qui les environnent. Dont la raifon eft, que gé- néralement parlant, plus un corps eft gros, [ V. art. 8 8. ibid. part. 3. pag. 121.] plus il lui eft facile de communiquer une partie de fon mouvement aux autres corps, & plus il eft difficile aux autres de lui communiquer quelque chofe du leur: Car encore que plu- sieurs petits corps, en s’accordant tous en- femble pour agir contre un plus gros, puif- fent avoir autant de force que lui, toutes- fois ils ne le peuvent jamais faire mouvoir fi vîte en tous fens comme ils fe meuvent } [y. ibid. art. 114- & *25. pag. 161. & Jitiv. ] à caufe que s’ils s’accordent en quel- ques-uns de leurs mouvemens, lefquels ils lui communiquent, ils different infaillible- ment en d’autres en même temps, lefquels ils ne lui peuvent communiquer.
Or il luit de ceci deux chofes, qui me fcmblent fort confidcrables j La première '■ eft j \.
ou traite’ de la Lumière. 31$ eft, que la matière du Ciel ne doit pas feu- lement faire tourner les Planètes autour dix Soleil, mais aufli autour de leur propre cen- tre [ excepté lors qu’il y a quelque caufe particulière qui les en empefche J 8c enfuite qu’elle doit compofer de petits Cieux au- tour d’elles, qui fe meuvent en même fens que le plus grand. Et la fécondé eft, que s’il fc rencontre deux Planètes inégales en grofleur, [V'. part. 3. des princip. art. 14?. pag. 300. * Lettre 69. de Mr. Defcartet T orne x.pag. $66. ) maisdifpofées à prendre leur cours dans le Ciel à une même diftan- ce du Soleil, en forte que l’une foit jufte- ment d’autant plus maifive, que l’autre fera plus grofle, la plus petite de ces deux aianc un mouvement plus vîte que la plus grofle, devra fe joindre au petit Ciel qui fera autour de cette plus grofle, 8c tournoyer conti- nuellement avec lui.
Car puifque les parties du Ciel qui fonC par exemple vers A, ( V. fig. I V. ) Te meu- vent plus vite que la Plancte marquée T. qu’elles pouflent vers Z, il eft: évident qu’elles doivent être détournées par elle, 8c contraintes de prendre leur cours vers B; Je dis vers B, plutôt que vers D: Car aianc inclination à continuer leur mouvement en . ligne droite, [ V. art. 149. comme c y de ff us. J elles doivent plutôt aller vers le dehors du cercle A C Z N qu’elles décrivent, que vers Dd Ît 1 4 Le Monde de R ene’ Descartes e centre S.Qrpalfantainfi d’A versB,elles obligent la Planete T de tourner avec elles autour de fon centre y & réciproquement cette Planete en tournant ainfî, leur donne occasion de prendre leur cours de B vers C, puis vers D, & vers A; & ainfi de former un Ciel particulier autour d’elle, avec le- quel elle doit toujours après continuer à fe mouvoir de la partie qu’on nomme l’Occi- dent, vers celle qu’on nomme l’Orient, non feulement autour du Soleil, maisaufli autour de fon propre centre.
Déplus, (cachant que la Planete mar- quée^ eft difpofée à prendre fon cours fui- vaxit le cercle N ACZ, auffi bien que celle qui eftmarquée T, & qu’elle doit le mou- voir plus vite, à caufp qu’elleeft plus peti- te, il eft ai fê à entendre, qu’en quelque en- droit du Ciel qu’elle puilfe s’être trouvée au commencement, elle a dû en peu de temps s’aller rendre contre la fuperneie ex- térieure du petit Ciel A BC D, & que s’y çtant une fois jointe, elle doit toujours après fuivre fon cours autour de T, avec les parties du fécond Elément qui font vers çette fuperfîcie.
Car puifque nous fuppofons qu’elle au- foit iuftement autant de force que la matiè- re de ce Ciel a tourner fuivant le cercle N AC Z, fi l’autre Planete n’y étoit point, il fgut pènfer qu’elle en a quelque peu plus à ov Traite’ de la Lumtere. 31? tourner fuivant le cercle A B C D, à caufe qu’il eft plus petit, & par confequent qu’el- le s’éloigne toujours le plus qu’il eft poflïble du centre T *ainfi qu'une pierre étant agi- tée dans une fronde tend toûiours à s’éloig- ner du centre du cercle qu’elle décrit. [ P» art. ).part. 2. princip.p. 105. ] Ettoutes- fois cette Planete étant vers A, n’ira pas pour cela s’écarter vers L, d’autant qu’elle entreroit en un endroit du Ciel dont la ma- tière auroit la force de la repoufler vers le cercle N A C Z; & tout de même étant vers C, elle n’ira pas defeendre vers K, dautant qu’elle s’y trouveroit environnée d’une ma- tière, qui lui donneroit la force de remon- ter vers ce même cercle N A C Z -, Elle n’ira Sas non plus de B vers Z, ni beaucoup moins e D vers N, dautant qu’elle n’y pourroic aller 11 facilement ni fi vite que vers C &C vers A * fi bien qu’elle doit demeurer com- me attachée à la luperficiedu petit Ciel A B CD, & tourner continuellement avec elle autour de T;ce qui empefehe qu’il ne fe for- me un autre petit Ciel autour d’elle, qui la faffe tourner derechef autour de fon centre.
Jen’adjoute point ici comment il fe peut rencontrer un plus grand nombre de Planè- tes jointes enfemble, ôc qui prennent leufc cours l’une autour de l’autre, comme celles que les nouveaux Aftronomcs ont oblér- vées autour de Jupiter & de Saturne, car ' Ddij 3 \6 Le Monde de Rene’ Descartes; je n’ai pas entrepris de dire tout; 8c je n’ai parlé en particulier de ces deux, qu’afin de vous reprefenter la Terre que nous habi- tons, par celle qui eft marquée T, 8c la Lu- ne qui tourne autour d’elle, par celle qui çft marquée (£.
CHAPITRE XL De la P e fumeur.
MAis je déliré maintenant que vous confidetiez quelle eft la pefanteur de cette Terre, c’cft-à-dire la force qui unie toutes fes parties, Sc qui fait qu’eues ten- dent toutes vers fon centre, chacunes plus ou moins félon qu’elles font plus ou moins groftes& folides; laquelle n’eft autre, 8c ne confifte qu'en ce que les parties du petit Ciel qui l’environne, tournant beaucoup plus vite que les liennes autour de fon cen- tre, tendent auffi avec plus de force à s’en éloigner, & par confequent les y repouf- fent. { y? art, 22. & 23. 4. part, princip. pag. 3 1 g. & fuiv. * Lettre 25. Tome $.pag. 4 jo. * Ibid. Lettre 28. pag. 460. * Ibid, let- tre $t.pag. 477. & 483. * Lettre 7. Tome 4- pag. 6%. & 69. ] Enquoy li vous trouvez quelque difficulté fur ce que j’ai tantôt dit que les corps les plus malilfs U les plus fo-.
oü Traite’ de la LumieRe. 3*7* lides, tels que j’ai fuppofé ceux des Comè- tes, s’alloient rendre vers les circonféren- ces desCieux, &c qu’il n’y avoit que ceux qui l’étoient moins qui fuflent repouflez vers leurs centres \ comme s’il devoir fuivre delà, que ce fuflent feulement les parties de la T erre les moins folides qui pûflent être pouflees vers fon centre, & que les autres dûflent s’en éloigner remarquez que lors que j’ai dit que les corps les plus folides &C les plus maflifs tendoient à s’éloigner du centre de quelque Ciel, j’ai fuppofé qu’ils fe mouvoient déjà auparavant de même branle que la matière de ce Ciel. Car il cft certain que s’ils n’ont point encore com- mencé à fe mouvoir, ou s’ils fe meuvent, pourveu que ce foit moins vite qu’il n’eft rele centre autour duquel elle tourne: [ V. part. 3. princip. art. \ \<).& 1 zc- pag. 256". & fuiv. J Et même il cft certain que aautant qu’ils feront plus gros & plus folides, ils y feront pouflez avec plus de force & de vi- tcfl'e. Et toutesfoiscela n’empefche*pas que s’ils le font afléz pour compofer des Comè- tes, ils ne s’aillent rendre peu après vers les circonférences extérieures des Cieux ï [ ibid. art. 1 16. p. *64. & fuiv.] Dau- tant que l’agitation qu’ils auront acquifeen defeendant vers quelqu’un de leurs centres.
fuivre le cours de cette matière, : d’abord être chafles par elle vers D d ii j « 3 il Le Monde x>e Rene’ Dbscartes, leur donnera infailliblement la force de pafler outre, & de remonter vers fa cir- conférence.
' Mais afin que vous entendiez ceci plus clairement, confiderez la Terre E F GH, [. V. fig. V. ] avec l’eau i. z. 3. 4, & l’air 5. 6. j. 8. qui comme jevous dirai ci-aprés, ne font compofez que de quelques-unes des moins folides de fes parties, & font une mê- me mafl’e avec elle. Puis confiderez aufli la matière du Ciel, qui remplit non feulement tout l’cfpace qui eft entre les cercles A. B. C. D. & 5. 6. 7. 8. mais encore tous les pe- tits intervalles qui font au deflous entre les parties de l’Air, de l’Eau, & de la Terre. Et penfez que ce Ciel & cette Terre tour- nant enfemble autour du centre T, toutes leurs parties tendent à s’en éloigner, mais beaucoup plus fort celles du Ciel que celles delà Terre, a caufe-.qu’elles font beaucoup