SigPhi · Descartes

Les Passions de l'Ame

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desja desja trouvé une infinité de chofes très - utiles, àfçavoir prejque tout cequiefi connu en l'Ajlronomie, en la Chirurgie, (fi en tous les arts Mech uniques; dans lefquels s' il y a quelque chofe de plus que ce qui appartient à cette feience, il ri eft pas tiré d aucune autre, mais feulement de certaines obfervations dont onnecon - noifi point les vrayes caufes. Ce qu on né fiauroit confiderer avec attention, fans ejlre contraint d avouer que,c efi par la. Mathématique feule qu on peut parve- nir à la connoijfance de la vraye Vhyfi- que. Et d autant qu'on ne doute point que vous ri excelliez, en celle-là, il ri y a. rien qu on ne doive attendre de vous enceüe-cy. Toutefois il refie encore un peu de fcrupuk,en ce quon voit que tous ceux qui ont acquis quelque réputation par la Mathématique, ne font pas pour cela capables de rien trouver en la Vhy- fique j (fi mejme que quelques uns deux comprenent moins les chofes que vous en avez ef rites, que plufieurs qui ri ont ja- mais cy devant appris aucune feience. Mais on peut refondre à cela, que bien que que que fans doute ce fient ceux, qui ont tejprit le plus propre à concevoir les vérités de la Mathématique, qui en- tendent le plus facilement vojlre Thyfi- que j à caufi que tous les raifonnemens de celle-cy font tirez, de l'autre; Jl?i ar- rive pas tousjours que ces mejmes ayent la réputation d'ejlre les plus favans en Mathématique: à caufe que pour ac- quérir cette réputation, il eft befoin d'efudier les livres de ceux qui ont des- ja efcrit de cette fcience, ce que la plus - part ne font pas j fouvent ceux qui les ejludient, tafihant d' obtenir par travail ce que la force de leur efrit ne leur peut donner, fatiguent trop leur imagination, & me/me la blejjent, & acquerent avec cela plufieurs préjugés: ce qui les empefchebien plus de conce- voir les vérités que vous efcrivez,, que de paffer pour grands Mathématiciens; à caufe quil y a fi peu de perfonnes qui s' appliquent à cette fcience, que fouvent il n'y a qu'eux en tout un pays: & encore que quelquefois il y en ait d! autres, ils ne laijjent pas de faire beaucoup de bruit, d'au - d'au - d'autant que le peu quils fcavent leur a confié beaucoup de peine. Au rejle il nefi pas malayfé de concevoir les veri- tés quun autre à trouvées; il fhffit a ce- la d'avoir lefprit dégagé de toutes fortes de faux préjugés fi d'y vouloir appli- quer ajfiz fin attention. il nefi pas aujft fort difficile d'en rencontrer quel- ques unes détachées des autres, ainfe qu'ont fait autrefois Thaïes, Vythagore* Archimede, fi en noflre fiée le Gilbert, Kepler, Galilée, Harvejus, (fi quelques autres. En fin on peut fans beaucoup de peine imaginer un corps de Philofephie, moins monfirueux, fi appuie fur des conjectures plus vrayfemblables que nefi celuy qu'on tire des eferits d'Arifiote: et quiaefléfait aujft par quelques uns en cefiecle. Mais d'en former un qui ne contiene que des verriez, prouvées par des demonflrations aujji claires fi aujft certaines que celles des Mathématiques > c eft chofe fi difficile, fi fi rare, que de-* puis plus de cinquante ficelés, que le monde a desja duré, il ne s éfi trouvé qne vous fini qui avez fait voir par vos ^.. *** eferits, V V efcrits, que vota en pouviez, venir à bout. Mais comme lors qu un Architefte apofe tous les fondemens, Relevé les principales murailles de quelque grand baftimcnt, on ne doute point quil ne puijfe conduire fin deffein jujques a la, fin, a caufe quon voit qu'il a desja fait ce qui efioit le plus difficile: Ainfi ceux qui ont leu avec attention le livre de vos Principes, confider ans comment vous y avez pofé les fondemens de toute la Philofophie naturelle „ & combien font grandes les fuites de veritez que vous en avez déduites, ne peuvent douter que, la Méthode dont vous ufèz ne foit [ùffi - fante, pour faire que vous acheviez de trouver tout ce qui peut eflre trouvé en laPhyfique: à caufe que les chofis que vous avez desja expliquées, à fi avoir la nature de Vaymant, du feu, de l air, de Veau, de la terre, & de tout ce qui pa - roift dans les deux, ne fimblent point eflre moins difficiles que celles qui peu- vent encore eflre defirées.

Toutefois il faut icy adjoufler, que tant expert qu un Architefte foit enfin art, T T àvt, il ejl impojfible qu'il achevé le ba- Jliment quila commencé, fi les maté- riaux qui doivent y eftre employez luy manquent. Et en mefme façon que tant parfaite que puijjè eftre voftre Méthode, elle ne peut faire que vous pourfiiiviez en l explication des caufes naturelles, fi vous ri avez point les expériences qui fontrequifes pour déterminer leurs ef- fets. Ce qui eft le dernier des trois points que je croy devoir eflre principalement expliquez, à caufe que lapluspart des hommes ne conçoit pas combien ces ex- périences font necej] aires, ny quelle de - penfi y eft requife. Ceux qui fans fer tir de leur cabinet, ny jetter les yeux ailleurs que fur leurs livres, entreprenent de difeourir de la nature, peuvent bierr dire en quelle façon ils aur oient voulu' creer le monde, fi Dieu leur en avoit donné la charge & le pouvoir, ceft a dire ils peuvent deferire des Chimères, qui ont autant de rapport avec la foi - blejfe de leur efprit, que l admirable beauté de cet Vnivers avec la puiffance infinie de fin autheur; mais à moins que *** que *** que d'avoir un eflrit vrayement divin t ils ne peuvent ainfi former d'eux mef mes une idée des chofes, qui J dit fembla- ble a celle que Dieu a eue pour Us creer. Et quoy que voflre Méthode promette tout ce qui peut ejlre ejperé de l'ejprit humain, touchant la recherche de la vér ité dans les faences, elU ne promet pas neantmoins d'enfeigner a deviner; mais feuUment à déduire de certaines chofes données toutes les vérités qui peu - vent en efre déduites: & ces chofis données en la Phyfique ne peuvent ejlre que des expériences. Mefme a caufe que ces expériences font de deux fortes; Us unes faciles, ér qui ne dépendent que de la reflexion qu on fait fur les chofes qui fe prefentent au fens d'elles mefmes; les autres plus rares & difficiles, aux- quelles on ne parvient point fans quelque eflude & quelque defpenfe: on peut re- marquer que voua avez de sj a mis dans vos eferits tout ce qui fembU pouvoir ejlre déduit des expériences faciles 3 & me fine aujfl de celles des plus rares que vous avez pu apprendre des livres. Car outre outre outre que vous y Avez expliqué la natu- re de toutes les qualités qui meuvent les fins, dr de tous les cor fs qui font les plus communs fur cette terre, comme du feu, de l'air 3 de l'eau & de quelques autres, vous y avez aujft rendu raifon de tout ce quia efié obfervé jufques à prefint dans les deux, de toutes les propriétés de l ay m an t,& de plufieurs observations de laChymie. De façon qu on n a point de raifon d'attendre rien davantage de vous, touchant la Phyfique, jufques à ce que vous ayez davantage d' expérien- ces 3 defquelles vous puijfez rechercher les caufes. Et je ne m'e (tonne pas que vous n'entrepreniez point de faire ces expériences à vos dejpens. Car je fçay que la recherche des moindres chofes coufie beaucoup; & fans mettre en conte les Alchemifes, ny tous les autres cher- cheurs de fecrets, qui ont coufume de fi ruiner a ce me fier,fay ouy dire que la feule pierre d'aymant a fait defpendre plus de cinquante mil efcus à Gilbert, quoy quil fufl homme de tres-bon e/prit, comme il a monfiré en ce qu'il a efé le *** 3 pre - *** 3 pre - premier qui a découvert les principales propriétés de cette pierre. l'ayvu aujjt /Iriftauratio magna & le Novus Atlas du Chancelier Bacon, qui me femble ejlre, de tous ceux qui ont efcrit avant vous, celuy qui a eu les meilleures pcnfeeS) touchant la Méthode qu'on doit tenir pour conduire la Fhyfique à fa per- fection j mais tout le revenu de deux ou trois Roy s, des plus puijfans de la terre, ne faffiroit pas pour mettre en execu- tion toutes les chofes qu'il requert a cet effèÛ. Et bien que je ne penfè point que vous ayez befiin de tant de for- tes d' expériences qu'il en imagine, à caufe que vous pouvez fuppléer a plu- fieurs, tant par voftre adreffe, que par la connoijfance des vérités que vous avez desja trouvées; T mtefois confide - rantque le nombre des corps particu- liers qui vous rc fient encore a examiner ef presque infini, £>uil n'y en a aucun qui n'ait ajjez de diverfes propriétés, & dont on ne puijfe faire afjez grand nom- bre dejpreuves, pour y employer tout le loifir & tout le travail de plufieurs hommes \ J%ue fùivant les réglés de vo- fire Méthode il ejl befoin que votes ex a - miniez en mefinc temps toutes les chofes qui ont entre elles quelque affinité, affitt de remarquer mieux leurs différences, & de faire des denombremens qui votes ajjurent, £>ue votes pouvez ainfi uti- lement vous fervir en un me [me temps de plus de diverfes expériences, que le travail d'un très-grand nombre d'hom- mes addroits rien fç aurait fournir, Et en fin que vous ne fi auriez avoir ces hommes addroits qu'à force d'argent, à caufe que fi quelques uns s’y vouloient gratuitement employer, ils ne s' ajjùjetti- r oient pas ajfez à Jitivre vos ordres, & ne feroient que vous donner occafion de perdre du temps: Confiderant disje tou- tes ces chofes, je comprens ayfement que vous ne pouvez achever dignement le deffein que vous avez commence dans vos Principes, c'efi à dire, expliquer en particulier tous les minéraux, les plan- tes, les animaux, & C homme, en U mefme façon que vous y avez dcsja ex- pliqué tous les elemens de la terre, & *** 4 tout tout ce qui s obferve dans les deux, fi ce ne fi que le public fourniffe les frais qui font requis à cet effecl, & que d’au- tant quils vous feront plus libéralement fournis, d’autant pourrez, vous mieux executer vofire deffein.

Or a caufe que ces me fine s chofis peu - vent auffy fort ayfement efire comprifes par un chajcun, & font toutes fi vrayes quelles ne peuvent efire mifis en doute y je maffure que fi vous les reprefentiez en telle forte, qu'elles vinffent à la con- noiffance de ceux, a qui Dieu ayant don- né le pouvoir de commander aux peu- ples de la terre, a auffi donné la charge dr le foin de faire tous leurs efforts pour avancer le bien du public, il n'y auroit aucun dieux qui ne voulufi contribuer à un defjein fi manifefiement utile a tout le monde. Et bien que nofire France, qui efi vofire Vat rie frit un Efiat fi puifjant qùil femble que vous pourriez~obtenir d'elle feule tout ce qui efi requis a cet effeél, toutefois a caufè que les autres na- tions ny ont pas moins d'inter efi quelle, je mafjiire que plu peur s fer oient affezgenereufes pour rte luy pas coder en cet office, & qu'il ri y en auroit aucune qui fufi fi barbare que de ne vouloir point y avoir part.'

Mais fi touHe que j'ay efcriticyne fuffit f as, pour faire que vous changiez, d'humeur, je vous frie au moins de m'obliger tant, que de rri envoyer vofire traité des Pajfions, & de trouver bon que j'y adjoufie une f reface avec laquelle il foit imfrimé. le tafcheraydelafairç en telle Jorte, qu'il ri y aura rien que vous fuiffiez des approuver, & qui ne foit fi conforme au fentiment de tous ceux qui ont de f ejprit & de la vertu, quil n'y en aura aucun qui apres f avoir leué, ne participe au zele que j'ay pour l' accroijjè- ment des fiiences, & pour efire, (fc.

Pc Paris, le ^Novembre, 1648.

#** 5 A la. lettre precedents.

Mo N S I E V R, Parmi les injures & les reproches que je trouve en la grande lettre que vous avez pris la peine de m’eferire, j’y remar- que tant de chofcs à mon avantage, que (I vous la faifîcz imprimer, ainlique vous déclarez vouloir faire, j’aurois peur qu’on ne s'imaginait qu’il y a plus d’intelligence entre nous qu’il n’y en a, & que je vous ay prié d’y mettre plufieurs chofès que la bienfeance ne permettoit pas que je fifle moy mefme fçavoir au public. C’eft pourquoy je ne m’arrefteray pas icy à y refpondre de point en point: je vous di- ray feulement deux raifons qui me fem- blent vous devoir empefeher de la pu- blier. La première eft^ que je n’ay aucune opinion que le deflein que je juge que vous avez eu en l’eTcrivant puiffe reiiilir. La fécondé, que je ne fuis nullement de l’humeur que vous imaginez, que je n’ay aucune indignation, ny aucun degouft, qui m’ofte le defir de faire tout ce qui fera en mon pouvoir pour rendre fèrvice au public, auquel je m’eftime tres-obligé,dc ce que les eferits que j’ay dcsja publiez ont ont ont eftc favorablement receùs de plu- fieurs.Et que je ne vous ay cy-devant re- fufé ce que j’avois eferit des Pallions, qu’affin de n’eftre point obligé de le faire voir à quelques autres qui n’en euftent pas fait leur profit. Car d'autant que je ne l’avois compofé que pour eftre leu par une Princcfle, dont l'efprit eft telle- ment au deftus du commun, quelle con- çoit fane aucune peine ce qui fcmblc eftre le plus difficile à nos do&eurs, je ne m'eftois arrefté à y expliquer que ce que je pcnfbis eftre nouveau. Et affin que vous ne doutiez pas de mon dire, je vous promets de revoir cet eferit des Paffions, & d'y adjoufter ce que je jugeray eftre nc- ceflàirc pour le rendre plus intelligi- ble, & qu'apres cela je vous l’envoyeray pour en faire ce qu’il, vous plaira. Car ^efuis, &c.

LETuatfi . ' LETTRE SECONDE A Monfieur DES CARTES.

Mo»...,. ■ il y a fi bng temps que vous m'avez fait attendre vofire traite' des Pajftons x que je commence à ne le plus ejperer, à* à m imaginer que vous ne me C aviez promis que pour mempefiher de publier la lettre que je vous avois cy-devant eferite. Cary ay fujet de croire que vous feriez fafihè, qu on vous ofiafi lexeufi que vous prenez pour ne point achever vofire Phyfique: & mon defjein efioit de vous lofier par cette lettre: d autant que les rai fins que j'y avois déduites font telles, qu'il ne me fèmble pas quelles puififint efireleues d'aucune perfionne, qui ait tant foit peu l'honneur & la ver- tu en recommandation, quelles ne l'in- citent à defirer comme moy x que vous obteniez du public ce qui efi requis pour les expériences que vous dites vous efere necejjaires: & fejperois quelle tombe- rait ayfement entre les mains de quel- ques uns qui aur oient le pouvoir de ren- dre ce defir efficace, feit à caufe quils ont de [accès auprès de ceux qui dijpo - fent des biens du public, feit à caufe quils en dijpofent eux me/mes. Ainfi je me promettois de faire en forte que vous auriez malgré vous de C exercice. Car je feay que vous avez tant de cœur, que vous ne voudriez pas manquer ' de rendre avec ufure ce qui vous fer oit don- né en cette façon > & que cela vous fe- roit entièrement quiter la négligence, dont je ne puis à prefent mabjlenir de vous accufer, bien que je fois, (fec.

Mo NSIEVR,..v le fuis fort innocent de l’artifice, dont vous voulez cfoyre que j’ay ufc,pour em- pefeher que. la grande lettre que vous m’aviez eferite l’an paflfé ne foit publiée, le n’ayeu aucun befoin d’en ufer. Car outre que je ne croy nullement quelle puft produire l’effcâ: que vous préten- dez, je ne fuis pas fi enclin à l’oyfivetc, que la crainte du travail auquel je ferois oblige pour examinerplufieurs expérien- ces, fi j’avois receu dupublic la commo- dité de les faire, puiflfc prévaloir au de-, fir que j’ay de m’inftruire, & de mettre par eferit quelque choie qui foit utile aux autres hommes. le ne puis pas fi bien m’exculèr de la négligence dont vous me blafinez. Car j’avoiie que j’ay efté plus longtemps à revoir le petit traité que je vous envoyé, que je n’avois efté cy-dc- vantàlc compofer, &que neantmoins je n’y ay adjoufté que peu de chofcs, & n’ay rien changé au difeours, lequel cft fi fimple & fi bref, qu’il feraconnoiftre que mon deffein n'a pas efté d'expliquer les Pallions en Orateur, ny mefinc en Philofophc moral, mais feulement en Phy- sicien. Ainfi je prevoy que ce traité n'au- ra pas meilleure fortune que mes autres eferits; & bien que fon titre convie peut eftre davantage de perfonnes à le lire, il n’y aura neantmoins que ceux qui pren- dront la peine de l’examiner avec loin, aufquels il puifïe fatisfaire.Telqu’ileft, je le mets entre vos mains, &c.

*. «. % • > > PREMIERE PARTIE, DES PASSIONS' EN GENERAL: ' t Ht par occafion de toute la nature de l’homme.

A R T i c t e I.

J^ue ce qui ejl PaJJion au regard et un fojet > ejl toujours Aftion à quelque autre egard.

w ••'*-**• % H n’y a rien en quoy pa- roi/Te mieux combien les fciences que nous a- vous des anciens font defedueu fes, qu’en ce qu’ils ont crerit des Pallions. Car bien que A ce 2 Des Passions ce Toit une matière dont la con- noiffance a toufioursefté fort re- cherchée -, & qu’elle ne fertible pas eftre des plus difficiles, à caufe que chacun les Tentant en foy-mefme, on n’a point befoin d’emprunter d’ailleurs aucune obfervatiôri pour en découvrir la nature: toutesfois ce que lés Anciens en ontenfeigné eft ii peu de chofe, & pour la plus part lï peu croyable, que je ne puis avoir aucune efperance d’appro- cher de la vérité, qu’ên m’çloi- gnant des chemins qu’ils ont fui- vis. C’eft pourquoy jé feray oblige d’eferire icy en mefmc façon, que fi je traitois d’une matière que ja- mais perfonne avant moy n euft touchée. Et pour commencer, je confidere que tout ce qui fe fait, ou qui arrive de nouveau, eft gé- néralement appellé par les Philo- sophes une Paillon au regard du fujet auquel il arrive, & une Aétion au regard de celüy qui fait qu’il ar- ' rive.

Première Partie. 3 rivé. En forte que bien que l’agent & le patient foient fouvcnt fort dif- ferens,fA&ion & la Paflion ne laif- fent pas d’eftre tousjours une mef- me chofe, qui a ces deux noms, à raifon des deux divers fujéts aux- quels on la peut raporter.

Article IL Sue four connoifhre les PaJJions de P a- me y il faut dijUngaer fis fbncîiom d’avec celles du corps.

■p Vis aufll je coniîdere que nous ne remarquons point qu’il y ait aucun fujetqui agifle plus im- médiatement contre noftre ame, que le corps auquel elle eft jointe j &: que par confequent nous de- vons penfer que ce qui eft en elle une Paflion, eft communément en luy une A&ion; en forte qu’il ny a point de meilleur chemin pour venir à la connoifl'ance de nos Paflions; que d’examiner la dif- A z fcren-r Q) ;4 » 'Des Passions ferencc qui eft entre l’ame & le corps, affin de connoiftre auquel des deux on doit attribuer chacu- ne des fondions qui font en nous.

Article III.

Quelle règle on doit fiiivre four.'

A Quoy on ne trouvera pas gran- de difficulté, ft on prend gar- de que tout ce que nous expéri- mentons eftrc en nous, & que nous voyons aufty pouvoir eftrc en des corps tout à fait inanimés, ne doit eltre attribué qu’à noftre corps; Et au contraire que tout ce qui eft en nous, &: que nous ne concevons en aucune façon pou- voir appartenir à un corps, doit cftre attribué à noftre ame.

Sue U chaleur & le mouvement des .. membres procèdent du corps, & lespenfées de l'âme.

A Infy àcaufequenousne con- cevonspointquc le corps pen- fe en aucune façon,nous avons rai- fon de croire que toutes les fortes de penfées qui font en nousappar- tienent à l’ame; Et à caufe que nous ne doutons point qu’il n’y ait des corps inanimez,qui fe peuvent mouvoir en autant ou plus de di- verfes façons que les nollres,& qui ont autant ou plus de chaleur ( ce que l’experience fait voir en la fla- me, qui feule a beaucoup plus de chaleur &c de mouvemens qu’au- cun de nos membres) nous devons croire que toute la chaleur, & tous les mouvemens qui font en nous, en tant qu’ils ne dépendent point ' A 5 de g Des P.a ssions de la penfée, n’appartienent qu’au corps.

Article V.

Vue ceft erreur de croire que t ame donne te mouvement & la chaleur au corps.

A V moyen de quoy nous évite- rons une erreur tres-confide- rable, & en laquelle plufieurs font tombez, en forte que j’eftime qu’el- le eft la première caufe qui a em- pefché qu’on n’ait pu bien expli- quer jufques icy les Pallions, & les autres chofes qui appartienent à l’aipe. Elle confifte en ce que voy- ant que tous les corps morts font privez de chaleur, fk. en fuite de mouvement, on s’eft imaginé que c’eftoit l’abfence de l’ame qui fai- foit ceflet ces mouvemens & cette chaleur; Et ainfy on a creu fans rai- fpn,que noftre chaleur naturelle &: tous les mouvemens de nos corps dé- Première Partie. 7 dépendent de Taine: Au lieu qu’on devoit penfer au contraire, que l’a- rpe ne s’abfente lors qu’on meurt, qu’à caufc que cefte chaleur cefte, - & que lçs organçs qui fervent à mouvoir le corps fe corrompent.

Article VI.

J^lle différence il y a entre un corps ' vivant & un corps mort.

n donc que nous évitions cefte erreur, confiderons que la mort n’arrive jamais par la faute de l’ame, mais feulement parce que quelcune des principales parties du corps fe corrompt; & jugeons que le corps d’un homme vivant diftere autant de celuy d’un hom- me mort, que fait une montre, ou autre automate (c’eft à dire, autre machine qui fe meut de loy-mef- me ) lors qu’elle eft montée, qu’elle a en foy le principe corpo- rel des mouvemens pour lefquels A 4 ' elle $ Des Passions . » elle eft inftituée, avec tout ce qui eft requis pour fop a&ion,& la mef- me montre, ou autre machine, lors quelle eft rompue & que le principe de Ton mouvement ceftc Article VII.

' Brève explication des parties dtk • corps, & de quelques unes de fis fondions.

Our rendre cela plus intelligible, j’expliqueray icy en peu de mots toute la façon dont lamachi-' ne denoftre corps eft compofée. Il n’y a perfonne qui ne fçache déjà qu’il y a en nous un cœur, un cerveau, un eftomae, des mulcles, ’ des nerfs, des arteres, des venes, & chofes femblablcs. On fçait auf- iî que les viandes qu’on mange de- feendent dans l’eftomac & dans les boyaux, d’où leur fuc, coulant 1 dans le foye, & dans toutes le* ved’agir.

d’agir.

Première' Partie.* > nés, fe mefle avec le fang qu*ellcs .contienent, & parce moyen en augmente la quantité. Ceux qui ont tant foit peu ouy parler de la Medecine/çavent outre cela com- ment le cœur eft compofé,& com- ment tout le fang des venespeut facilement couler delavene cave’ enfon collé droit, &delà palier’ dans le poumon, par le vaifTeau qu’on nomme la vene arterieule, puis retourner du poumon dans le collé gauche du cœur, par le vai£ feau nommé l’artere veneufè, & en lin palier de là dans la grande * artere, dont les branches fe re- fpandènt par tout le corps.Mefmc tous ceux que l’authorité des An- ciens n’a point entièrement aveu- glez, & qui ont voulu ouvrir les yeux pour examiner l’opinion d’Herveus touchant la circulation du fang,ne doutent point que tou- tes les venes & les arteres du corps, ne foient comme des rui!Teaux,par A } ou A } ou io Pes Passions qu le fang coule fans celle fort promptement, en prenant fon cours de la cavité droite du cçeur par la vene arterieufe, dont les branches font efparfes en tout le poumon* fie jointes à celles de l’ar- tere veneufe, par laquelle ilpafle du poumon dans le cafté gauche du cçeur j puis de là il va dans la grande artere, dont les branches çfparfes par tout lé rçftç du corps font jointes aux branches de la ve- ne cave > qui portent derechef le mcfme fang en la cavité droite du cosur: En lorte que fes deux çavir tez font comme des efclufçs, par chacune defquelles pafle tout le làng, à çhafque tour qu’il fait dans le corps. De plus on fçait que tous lesmouvemens des membres dé- pendent des mufcles; Et que ces mufeks font oppofez les uns aux autres en telle lortç, que lors que l’un d’eux s’accourcit, il tire vers foy la partie du corps à laquelle il ±. eft Première Partie, ii * eft attaché, ce qui fait allonger au mefme temps le mufcle qui luy eft oppgfc: Puis s’il arrive en un autre temps que ce dernier s’accourcifle, il fait que le premier fe rallonge,8c il retire vers loy la partie à laquelle ils font attachez. En fin on fçaic que tous ces mouvemens des rau- fcles, comme aufti tous les fen$,dé- pcndent des nerfs, qui font com*. me de petits filets, ou comme de petits tuyaux qui vienent tous du cerveau, & contienent, ainfy que luy, un certain air ou vent tres- fubtil, qu’on nomme les efpçits animaux.

Article VIII.

J^uel eft le principe de toutes ces fondions.

Ais on ne fçait pas commu- A nement, en quelle façon ces efprits animaux & ces nerfs con- tribuent aux mouvemens & aux m j fens 3 jfcns, nyqucl eft le Principe COr-\ porel qui les fait agir; c’eft pour-; quoy, encore quej’enaye déjà tou-' ch é quelque chofeen d’autres e- ferits, je ne lairray pas de dire icy fuccin&ement, que pendant que nous vivons il y a une chaleur con- tinuelle en noftre cœur, qui eftune' cfpece de feu que le fangdes ve-; » nés y entretient, & que cefeu eft le principe corporel de tous les mou- vemens de nos membres.

'Article IX.

i Comment fi fuit le mouvement du cœur.

C On premier effet eft qu’il dila- ^ te 'le fang dont les çavitez du cœur font remplies: ce qui eft cau- le que ce fang ayant befoin d’occu- per un plus grand lieu, pâlie avec i'mpetuofité de la cavité droite dans la vene arterieufe, & de la* gauche dans la grande artere. Puis r. cette Première Partie. 13 xette dilatation ceffant,il entre iiv continant de nouveau fang de la vene cave en la cavité droite du cœur, & de l’artere veneufè en la gauche, car il y a de petites peaux aux entrées de ces quatre vaifleaux tellement difpofées, qu’elles font que le fang ne peut entrer dans le ;cœur que par les deux derniers, ; nyen fortirque par les deux aü^ ;tres. Le nouveau fang entré dans " Je cœur, y eft incontinant apres raréfié en mefme façon que le pre- • cedent. Et c’eften cela feul que confifte le pouls ou battement du cœur & des arteres -, en forte que ce battement fe reïtere autant de fois qu’il entre de nouveau fang dans le cœur. C’eftaufTy cela feul qui donne au fang fon mouve- ment, & fait qu’il coule fans celle ,tres-vifte en toutes les arteres & les •venesi Au moyen dequoy il por- te la chaleur, qu’il acquiert dans le cœur, à toutes les autres_par: tics S' î4 Des Passions tics du corps; & il leur fert de nourriture..

Article X.

Comment les écrits animaux fintfro duits dans le cerveau.

Xyf Ais ce qu’il y a icy de plus con- * fiderable, c’éft que toutes les plus vives & plus fiibtiles parties du fang, que la chaleur a raréfié dans le cœur, entrent fans cefle en grande quantité dans les cavitez du cerveau. Et la raifôn qui fait qu’el- les y vont pluftôft qu’en aucun au* tre lieu, eft que tout le fartgqüi fort du cœur par là grande artere, prend fon cours en ligne droite vers ce lieu là, & qüe n’y pouvant pas tout entrer, à caufê qu’il n’y a que des partages fort eftroits,celles de fes parties qui lont les plus agi-, tées & les plus fubtiles y partent feules, pendant que le rcfte fe re- lband en tous lés autres endroits du du PfcEMlÈkè pARTlfe. IJ du corps. Or ces parties du fang tres-fubtiles compofentles efprits animaux. Et elles n’ont befoin à cet effeét de recevoir aucun autre changement dans le cerveau, fi- nôn qu’elles y font fèpàrées des au- tres parties dufang moins fufetiles. Car ce que je nommé icy des é- fprits, ne font que dès corps, & ils n’ont point d’autre propriété, flnon que ce font des corps tres^ petits, & qui fe meuvent trés-vifte, ainfi que les parties de la flamequi fort d’un flambeau: En forte qu’ils ne s’areftent en aucun lieu; & qu’à mefure qu’il en entre quelques uns dans les cavi’tez du cerveau, il eh fort auiïi quelques autres par les pores qui font en fa fubftahce, lef- quels pores léscondüifent dans lès nerfs, & de là dans lés mufcles, au moyen de quoy ils meuvent lt •corps en toutes les divetfès façons qu’il peut eltre meut * A R i6 Des Pas s ions ' r Article XI.

Comment fe font les mouvemens des mufcles.

Ar la feule caufe de tous les mouvemens des membres eft> que quelques mufcles s’acourcif- fent, & que leurs oppofez s’alon- gent, ainfi qu’il a déjà efté dit. Et la feule caufe qui fait qu’un mufcle s’acourcit pluftoft que fon oppofé, eft qu’il vient tant foit peu plus d’efprits du cerveau vers luy que vers l’autre. Non pas que les e- fprits qui vienent immédiatement du cerveau fufîifent feuls pour mouvoir ces mufcles, mais ils dé- terminent les autres efprits > qui font défia dans ces deux mufcles, à fortir tous fort promptement de l’un d’eux,&pafier dans l’autre: au moyen de quoy celuy d’ou ils for- tent devient plus long &: plus la- fche -, & celuy dans lequel ils eii- A trenc Première Partie. 17 trent, eftant promptement enflé par eux,s’accourcit,& tire le mem- bre auquel il eft attaché. Ce qui eft facile à concevoir 3 pourvû que 1 on fçache qu’il n’y a que fort peu d efprits animaux qui vienent con- tinuellement du cerveau vers cha- que mufcle j mais qu’il y en a tous- jours quantité d’autres enfermez dans le mefrae mufcle,qui s’y meu- vent tres-vifte, quelquefois en tournoyant feulement dans le lieu où ils font, à fçavoir lors qu’ils ne trouvent point de paflages ouverts pour en jfortir, & quelquefois eii coulant dans le mufcle oppofe. d autant qu’il y a de petites ouver- tures en chacun de ces mufcles,par où ces efprits peuvent couler de l’un dans l’autre, & qui font telle- ment dilpofées, que lors que les e- fprits qui vienent du cerveau vers 1 un d eux, ont tant (bit peu plus de force que ceux qui vont vers l’autre, ils ouvrent toutes les ern B crées i8 DesPass ions trécs par où les efprits de l’autre mufcle peuvent pafler en çettuy- cy, & ferment en mefme temps toutes celles par où les efprits de cettuycy peuvent palier en. 1 autre:, au moyen de quoy tous les efprits contenus auparavant en ces deux mufcles,s’a{Temblent en l’un d’eux fort promptement, & ainli l’en- flent l’accourciflcnt, pendant que l’autre s’allonge & fe relafche.

Article XII.

Comment les objets de dehors agijfent contre les organes des fins,