SigPhi · Emile Durkheim

Les Règles de la méthode sociologique (1895)

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ADMINISTRATION DE LA PREUVE 16^ de la famille, du mariage, de la propriété, etc., il fau- drait connaître quelles en sont les origines, quels sont les éléments simples dont ces institutions sont composées et, sur ces points, l'histoire comparée des grandes sociétés européennes ne saurait nous^ apporter de grandes lumières. Il faut remonter plus- haut. ^ Par conséquent, pour rendre compte d'une institu- tion sociale, appartenant à une espèce déterminée, on comparera les formes différentes qu'elle présente, non seulement chez les peuples de cette espèce^ mais dans toutes les espèces antérieures. S'agit-il, par exemple, de l'organisation domestique? On con- stituera d'abord le type le plus rudimentaire qui ait jamais existé, pour suivre ensuite pas à pas la manière dont il s'est progressivement compliqué. Cette mé- thode, que l'on pourrait appeler génétique, donnerait d'un seul coup l'analyse et la synthèse du phénomène. Car, d'une part, elle nous montrerait à l'état dissocié les éléments qui le composent, par cela seul qu'elle nous les ferait voir se surajoutant successivement les uns aux autres et, en même temps, grâce à ce large champ de comparaison, elle serait beaucoup mieux en état de déterminer les conditions dont dépendent leur formation et leur association. Par conséquent, on ne peut expliquer un fait social de quelque complexité qu'à condition d'en suivre le développement intégral à travers toutes les espèces sociales. La I sociologie comparée n'est pas une branche particulière A^de la sociologie; c'est la sociologie même, en tant qu'elle cesse d'être purement descriptive et aspire à rendre compte des faits.

' Au cours de ces comparaisons étendues, se 10 170 LA MÉTUODE SOCIOLOGIQUE commet souvent une erreur qui en fausse les résul^ tats. Parfois, pour juger du sens dans lequel se développent les événements sociaux, il est arrivé qu'on a simplement comparé ce qui se passe au déclin de chaque espèce avec ce qui se produit au début de l'espèce suivante. En procédant ainsi, on a cru pouvoir dire, par exemple, que l'affaiblissement des croyances religieuses et de tout traditionalisme ne pouvait jamais être qu'un phénomène passager de la vie des peuples, parce qu'il n'apparaît que pendant la dernière période de leur existence pour cesser dès qu'une évolution nouvelle recommence. Mais, avec une telle méthode, on est exposé à prendre pour la marche régulière et nécessaire du progrès ce qui est l'effet d'une tout autre cause. En effet, l'état où se trouve une société jeune n'est pas le simple prolongement de l'état où étaient parvenues, à la fm de leur carrière, les sociétés qu'elle remplace, mais provient en partie de cette jeunesse même qui empêche les produits des.'expériences faites par les peuples antérieurs d'être tous immédiatement assimi- lables et utilisables. C'est ainsi que l'enfant reçoit de ses parents des facultés et des prédispositions qui n'entrent en jeu que tardivement dans sa vie. Il est donc possible, pour reprendre le même exemple, que ce retour du traditionaUsme que l'on observe au début de chaque histoire soit dû non à ce fait qu'un recul du même phénomène ne peut jamais être que transitoire, mais aux conditions spéciales où se trouve placée toute société qui commence. La comparaison ne peut être démonstrative que sil'on élimine ce fac- teur de l'âge qui la trouble; pour y arriver, il suffira de considérer les sociétés que Von compare à la rnéme > ADMINISTRATION DE LA PREUVE 17i période de leur développement. Ainsi, pour savoir dans quel sens évolue un phénomène social, on comparera ce qu'il est pendant la jeunesse de chaque espèce avec ce qu'il devient pendant la jeunesse de l'espèce suivante, et suivant que, de l'une de ces étapes à l'autre, il présentera plus, moins ou autant d'intensité, on dira qu'il progresse, recule ou se maintient.

GONGLUSIOiN En résumé, les caractères distinctifs de cette mé- thode sont les suivants.

D'abord, elle est indépendante de toute philosophie. Parce que la sociologie est née des grandes doctrines philosophiques, elle a gardé l'habitude de s'appuyer sur quelque système dont elle se trouve ainsi soli- daire. C'est ainsi qu'elle a été successivement positi- viste, évolutionniste, spiritualiste, alors qu'elle doit se contenter d'être la sociologie tout court. Même nous hésiterions à la qualifier de naturaliste à moins qu'on ne veuille seulement indiquer par là qu'elle considère les faits sociaux comme explicables natu- rellement, et, dans ce cas, fépithète est assez inutile, puisqu'elle signifie simplemiCnt que le sociologue fait "œuvre de science et n'est pas un mystique. Mais nous repoussons le mot, si on lui donne un sens doctrinal sur l'essence des choses sociales, si, par -exemple, on entend dire qu'elles sont réductibles aux autres forces cosmiques. La sociologie n'a pas à prendre de parti entre les grandes hypothèses qui CONCLUSION 173 CONCLUSION 173 divisent les métaphysiciens. Elle n'a pas plus à affirmer la liberté que le déterminisme. Tout ce qu'elle demande qu'on lui accorde, c'est que le prin- cipe de causalité s'applique aux phénomènes sociaux. Encore ce principe est-il posé par elle, non comme une nécessité rationnelle, mais seulement comme un postulat empirique, produit d'une induction légitime. Puisque la loi de causalité a été vérifiée dans les autres règnes de la nature, que, progressivement, elle a étendu son empire du monde physico-chimique au monde biologique, de celui-ci au monde psycho- logique, on est en droit d'admettre qu'elle est égale- ment vraie du monde social; et il est possible d'ajouter aujourd'hui que les recherches entreprises sur la base de ce postulat tendent à le confirmer. Mais la question de savoir si la nature du lien causal exclut toute contingence n'est pas tranchée pour cela.

Au reste, la philosophie elle-même a tout intérêt à cette émancipation de la sociologie. Car, tant que le sociologue n'a pas suffisamment dépouillé le phi- losophe, il ne considère les choses sociales que par leur côté le plus général, celui par où elles ressem- blent le plus aux autres choses de l'univers. Or, si la sociologie ainsi conçue peut servir à illustrer de faits curieux une philosophie, elle ne saurait l'enrichir de vues nouvelles, puisqu'elle ne signale rien de nouveau dans l'objet qu'elle étudie. Mais en réalité, si les faits fondamentaux des autres règnes se retrouvent dans le règne social, c'est sous des formes spéciales qui en font mieux comprendre la nature parce qu'elles en sont l'expression la plus haute. Seulement, pour les apercevoir sous cet aspect, il 174 LA MÉTHODE SOCIOLOGIQUE faut sortir des généralités et entrer dans le détail des faits. C'est ainsi que la sociologie, à mesure l qu'elle se spécialisera, fournira des matériaux plusj' originaux à la réflexion philosophique. Déjà ce qui^ précède a pu faire entrevoir comment des notion sv essentielles, telles que celles d'espèce, d'organe, de fonction, de santé et de maladie, d© cause et de fin s'y présentent sous des jours tout nouveaux. D'ail- leurs, n'est-ce pas la sociologie qui est destinée à mettre dans tout son relief une idée qui pourrait bien être la base non pas seulement d'une psycho- logie, mais de toute une philosophie, l'idée d'asso- ciation?

Vis-à-vis des doctrines pratiques, notre méthode permet et commande la môme indépendance. La sociologie ainsi entendue ne sera ni individualiste, ni communiste, ni sociaUste, au sens qu'on donne vul- gairement à ces mots. Par principe, elle ignorera ces théories auxquelles elle ne saurait reconnaître de valeur scientifique, puisqu'elles tendent directement, non à exprimer les faits, mais à les réformer. Du moins, si elle s'y intéresse, c'est dans la mesure où elle y voit des faits sociaux qui peuvent l'aider à comprendre la réalité sociale en manifestant les besoins qui travaillent la société. Ce n'est pas, toute- fois, qu'elle doive se désintéresser des questions pratiques. On a pu voir, au contraire, que notre préoc- cupation constante était de l'orienter de manière à ce qu'elle puisse aboutir pratiquement. Elle rencon- tre nécessairement ces problèmes au terme de ses recherches. Mais, par cela même qu'ils ne se pré- sentent à elle qu'à ce moment, que, par suite, ils se dégagent des faits et non des passions, on peut prévoir J CONCLUSION i7S J CONCLUSION i7S qu'ils doivent se poser pour le sociologue dans de tout autres termes que pour la foule, et que les solutions, d'ailleurs partielles, qu'il y peut apporter ne sauraient coïncider exactement avec aucune de celles auxquelles s'arrêtent les partis. Mais le rôle de la sociologie à ce point de vue doit justement consister à nous affranchir de tous les partis, non pas tant en opposant une doctrine aux doctrines, qu'en faisant contracter aux esprits, en face de ces questions, une attitude spéciale que la science peut seule donner par le contact direct des choses. Seul3, en effet, elle peut apprendre à traiter avec respect, mais sans fétichisme, ies institutions his- toriques quelles qu'elles soient, en nous faisant sentir ce qu'elles ont, à la fois, de nécessaire et de provisoire, leur force de résistance et leur infinie variabilité.

En second lieu, notre méthode est objective. Elle est dominée tout entière par cette idée que les faits sociaux sont des choses et doivent être traités comme telles. Sans doute, ce principe se retrouve, sous une forme un peu différente, à la base des doctrines de Comte et de M. Spencer. Mais ces grands penseurs en ont donné la formule théorique, plus qu'ils ne l'ont mise en pratique. Pour qu'elle ne restât pas lettre morte, il ne suffisait pas de la promulguer; il fallait en faire la base de toute une discipline qui prît le savant au moment même où il aborde l'objet de ses recherches et qui raccompagnât pas à pas dans toutes ses démarches. C'est à instituer cette discipline que nous nous sommes attaché. Nous avons montré comment le sociologue devait écarter les notions anticipées qu'il avait des faits pour se mettre en MB LA MÉTHODE SOCIOLOGIQUE face des faits eux-mêmes; comment il devait les atteindre par leurs caractères les plus objectifs; comment il devait leur demander à eux-mêmes le moyen de les classer en sains et en morbides: comment, enfin, il devait s'inspirer du même principe dans les explications qu'il tentait comme dans la ma- nière dont il prouvait ces explications. Car une fois qu'on a le sentiment qu'on se trouve en présence de choses, on ne songe même plus à les expliquer par des calculs utilitaires ni par des raisonnements d'au- cune sorte. On comprend trop bien l'écart qu'il y a entre de telles causes et de tels effets. Une chose est une force qui ne peut être engendrée que par une autre force. On cherche donc, pour rendre compte des faits sociaux, des énergies capables de les pro- duire. Non seulement les explications sont autres, mais elles sont autrement démontrées, ou plutôt c'est alors seulement qu'on éprouve le besoin de les démontrer. Si les phénomènes sociologiques ne sont que des systèmes d'idées objectivées, les expliquer, c'est les repenser dans leur ordre logique et cette explication est à elle-même sa propre preuve; tout au plus peut-il y avoir lieu de la confirmer par quelques exemples. Au contraire, il n'y a que des expériences méthodiques qui puissent arracher leur secret à des choses.

Mais si nous considérons les faits sociaux comme des choses, c'est comme des choses sociales. C'est le troisième trait caractéristique de notre méthode d'être exclusivement sociologique. Il a souvent paru que ces phénomènes, à cause de leur extrême com- plexité, ou bien étaient réfractaires à la science, ou bien n'y pouvaient entrer que réduits à leurs condi- CONCLUSION y 7 CONCLUSION y 7 tiens élémentaires, soit psychiques, soit organiques, c'est-à-dire dépouillés de leur nature propre. Nous avons, au contraire, entrepris d'établir qu'il était possible de les traiter scientifiquement sans rien leur enlever de leurs caractères spécifiques. Même nous avons refusé de ramener cette immatérialité sui generis qui les caractérise à celle, déjà complexe pourtant, des phénomènes psychologiques; à plus forte raison nous sommes-nous interdit de la résor- ber, à la suite de l'école italienne, dans les propriétés générales de la matière organisée ^ Nous avons fait voir qu'un fait social ne peut être expliqué que par un autre fait social, et, en même temps, nous avons montré comment cette sorte d'explication est possible en signalant dans le milieu social interne le moteur principal de l'évolution collective. Là sociologie n'est donc l'annexe d'aucune autre science; elle est elle- même une science distincte et autonome, et le senti- ment de ce qu'a de spécial la réalité sociale est même tellement nécessaire au sociologue que, seule, une culture spécialement sociologique peut le préparer à l'intelligence des faits sociaux.

Nous estimons que ce progrès est le plus impor- tant de ceux qui restent à faire à la sociologie. Sans loute, quand une science est en train de naître, on est bien obligé, pour la faire, de se référer aux seuls modèles qui existent, c'est-à-dire aux sciences déjà formées. Il y a là un trésor d'expériences toutes faites qu'il serait insensé de ne pas mettre à profit. Cepen- dant, une science ne peut se regarder comme défini- 1. On est donc mal venu à qualifier notre méthode de maté- rialiste.

1^ 13^ LA METHODE SOCIOLOGIQUE tivement constituée que quand elle est parvenue à se faire une personnalité indépendante. Car elle n'a de raison d'être que si elle a pour matière un ordre do faits que n'étudient pas les autres sciences. Or il est impossible que les mêmes notions puissent convenir identiquement à des choses de nature différente.

Tels nous paraissent être les principes de la méthode sociologique.

Cet ensemble de règles paraîtra peut-être inutile- ment compliqué, si on le compare aux procédés qui sont couramment mis en usage. Tout cet appa- reil de précautions peut sembler bien laborieux pour une science qui, jusqu'ici, ne réclamait guère, de ceux qui s'y consacraient, qu'une culture générale et philosophique; et il est, en effet, certain que la mise en pratique d'une telle méthode ne saurait avoir pour effet de vulgariser la curiosité des choses sociolo- giques. Quand, comme condition d'initiation préalable, on demande aux gens de se défaire des concepts qu'ils ont l'habitude d'appliquer h un ordre de choses, pour repenser celles-ci à nouveaux frais, on ne peut s'at- tendre à recruter une nombreuse clientèle. Mais ce n'est pas le but où nous tendons. Nous croyons, au contraire, que le moment est venu pour la sociologie de renoncer aux succès mondains, pour ainsi parler, et de prendre le caractère ésotérique qui convient à toute science. Elle gagnera ainsi en dignité et en autorité ce qu'elle perdra peut-être en popularité. Car tant qu'elle reste mêlée aux luttes des partis, tant qu'elle se contente d'élaborer, avec plus de logique que le vulgaire, les idées communes et que, par suite, elle ne suppose aucune compétence spéciale.

CONCLUSION ^ CONCLUSION ^ elle n'est pas en droit de parler assez haut pour faire taire les passions et les préjugés. Assurément, le temps est encore loin où elle pourra jouer ce rôle efficacement; pourtant, c'est à la mettre en état de le remplir un jour qu'il nous faut, dès maintenant, travailler.

riN TABLE DES MATIÈRES Préface de la première édition ▼ Préface de la deuxième édition ix État rudimeotaire de la méthodologie dans les sciences sociales. Objet de l'ouvrage.

qu'est-ce qu'un fait social?

Le fait social ne peut se définir par sa généralité à l'intérieur de la société. Caractères distinctifs du fait social:!<> son extériorité par rapport aux consciences individuelles; 2" l'action coercitive qu'il exerce ou est susceptible d'exercer sur ces mêmes consciences. Application de cette définition aux pratiques consliLuées et aux courants sociaux. Vérifi- cation de cette définition.

Autre manière de caractériser le fait social: l'état d'indépen- dance où il se trouve par rapport à ses manifestatioais indi- viduellesi Application de celte caractéristique aux pratiques constituées et aux courants sociaux. Le fait socia! se géné- ralise parce qu'il est social, loin qu'il soit social parce qu'il est général. Comment cette seconde définition rentre dans la première.

Comment les faits de morphologie sociale rentrent dans cette même définition. Formule générale du fait social.

RÈGLES RELATIVES A l'OBSERVATION DES FAITS SOCIAUX Règle fondamentale: Traiter les faits sociaux comme des choses.

— Phase idéo!o;^ique que traversent toutes les sciences et au coars de laquelle elles élaborent des notions vulgaires et DURKUEIM. i 1 182 TABLE DES MATIERES pratiques, au lieu de décrire et d'expliquer des choses. Pourquoi cette phase devait se prolonger en sociologie plus encore que dans les autres sciences. Faits empruntés à la sociologie de Comte, à celle de M. Spencer, à l'état actuel de la morale et de l'économie politique et montrant que ce stade n'a pas encore été dépassé.

Raisons de le dépasser: 1° Les faits sociaux doivent être traités comme des choses parce qu'ils sont les data immé- diats de la science, tandis que les idées, dont ils sont censés être le développement, ne sont pas directement données. 2° Ils ont tous les caractères de la chose.

Analogies de cette réforme avec celle qui a récemment trans- formé la psychologie. Raisons d'espérer, dans l'avenir, un progrès rapide de la sociologie.

IL — Corollaires immédiats de la règle précédente: 1° Écarter de la science toutes les prénotions. Du point de vue mystique qui s'oppose à l'application de cette règle.

2" Manière de constituer l'objet positif de la recherch,e: grouper les faits d'après leurs caractères extérieurs com- muns. Rapports du concept ainsi formé avec le concept vulgaire. Exemples des erreurs auxquelles on s'expose en négligeant cette règle ou en l'appliquant mal: M. Spencer Bl sa théorie sur l'évolution du mariage; M. Garofalo et sa définition du crime; l'erreur commune qui refuse une morale aux sociétés inférieures. Que l'extériorité des caractères qui entrent dans ces définitions initiales ne constitue pas un obstacle aux explications scientifiques.

3" Ces caractères extérieurs doivent en outre être les plus objectifs qu'il est possible. Moyen pour y arriver: appré- hender les faits sociaux par le côté où ils se présentent isolés de leurs manifestations individuelles.

RÈGLES RELATIVES A LA DISTINCTION DU NORMAL ET DU PATHOLOGIQUE Utilité théorique et pratique de cette distinction. Il faut qu'elle soit scientifiquement possible pour que la science puisse servir à la direction de la conduite.

I. — Examen des critères couramment employés: la douleur n'est pas le signe distinctif de la maladie, car elle fait partie de l'état de santé; ni la diminution des chances de survie, car elle est produite parfois par des faits normaux (vieillesse, parturition, etc.), et elle ne résulte pas nécessairement it de li^i TABLE DES MATIÈRES 183 maladie; de plus, ce critère est le plus souvent inapp/icable, surtout en sociologie.

La maladie distinguée de l'état de santé comme l'anormal du normal. Le type moyen ou spécifique. Nécessité de tenir compte de l'âge pour déterminer si le fait est normal ou non.

Comment cette définition du pathologique coïncide en général avec le concept courant de la maladie: l'anormal est l'acci- dentel; pourquoi l'anormal, en général, constitue l'être en état d'intériorité.

H. — Utilité qu'il y a à vérifier les résultats de la méthode précédente en cherchant les causes de la normalité du fait, c'est-à-dire de sa généralité. Nécessité qu'il y a de procéder à celte vérification quand il s'agit de faits se rapportant à des sociétés qui n'ont pas achevé leur histoire. Pourquoi ce second critère ne peut être employé qu'à titre complémen- taire et en second lieu.

Énoncé des règles.

IlL — Application de ces règles à quelques cas, notamment à la question du crime. Pourquoi l'existence d'une criminalité est un phénomène normal. Exemples des erreurs dans les- quelles on tombe quand on ne suit pas ces règles. La science même devient impossible.

RÈGLES RELATIVES A LA CONSTITUTION DES TYPES SOCIAUX La distinction du normal et de l'anormal implique la consti- tution d'espèces sociales. Utilité de ce concept d'espèce, intermédiaire entre la notion du genus homo et celle de sociétés particulières.

\. — Le moyen de les constituer n'est pas de procéder par monographies. Impossibilité d'aboutir par cette voie. Inutilité ■de la classification qui serait ainsi construite. Principe de la méthode à appliquer: distinguer les sociétés d'après leur degré de composition.

II. — Définition de la société simple: la horde. Exemples de quelques-unes des manières dont la société simple se com- pose avec elle-même et ses composés entre eux.

A rintérieur des espèces ainsi constituées, distinguer des variétés, suivant que les segments composants sont coales- cents ou non.

Énoncé de la règle.

ni. — Comment ce qui précède démontre qu'il y a des espèces sociales. DifTérences dans la nature de l'espèce en biologia et en sociologie.

184 TABLE DES MATIÈRES RÈGLES RELATIVES A l'EXPLICATION DES FAITS SOCIAUX I — Caractère finaliste des explications en usage. L'utilité d'un fait n'en explique pas l'existence. Dualité des deux questions, établie par les faits de survivance, par l'indépen- dance de l'organe et de la fonction et la diversité de ser- vices que peut rendre successivement une même institution. Nécessité de la recherche des causes efficientes des faits sociaux. Importance prépondérante de ces causes en socio- logie, démontrée par la généralité des pratiques sociales, même les plus minutieuses.

La cause efficiente doit donc être déterminée indépendamment de la fonction. Pourquoi la première recherche doit précéder la seconde. Utilité de cette dernière.

II. — Caractère psychologique de la méthode d'explication généralement suivie. Celte méthode méconnaît la nature du fait social qui est irréductible aux faits purement psychiques en vertu de sa définition. Les faits sociaux ne peuvent être expliqués que par des faits sociaux.

Comment il se fait qu'il en soit ainsi, quoique la société n'ait pour matière que des consciences individuelles. Importance du fait de l'association qui donne naissance à un être nouveau et à un ordre nouveau de réalités. Solution de continuité entre la sociologie et la psychologie analogue à celle qui sépare la biologie des sciences physico-chimiques.

Si cette proposition s'applique au fait de la formation de la société.

Rapport positif des faits psychiques et des faits sociaux. Les premiers sont la matière indéterminée que le facteur social transforme: exemples. Si les sociologues leur ont attribué un rôle plus direct dans la genèse de la vie sociale, c'est qu'ils ont pris pour des faits purement psychiques des états de conscience qui ne sont que des phénomènes sociaux transformés.

Autres preuves à l'appui de la même proposition: 1° Indé- pendance des faits sociaux par rapport au facteur ethnique, lequel est d'ordre organico-psychique; 2» l'évolution sociale n'est pas explicable par des causes purement psychiques.

Énoncé des règles à ce sujet. C'est parce que ces règles sont méconnues que les explications sociologiques ont un carac- tère trop général qui les discrédite. Nécessité d'une culture proprement sociologique.

II. — Importance primaire des faits de morphologie sociale TABLE DES MATIERES 185 dans les explications sociologiques: le milieu interne est rorigine de tout processus social de quelque importance. Rôle particulièrement prépondérant de l'élément humain de ce milieu. Le problème sociologique consiste donc surtout à trouver les propriétés de ce milieu qui ont le plus d'action sur les phénomènes sociaux. Deujf sortes de caractères répondent en particulier à cette condition; le volume de la société et la densité dynamique mesurée par le degré de coalescence des segments. Les milieux internes secondaires; leur rapport avec le milieu général et le détail de la vie collective.

Importance de cette notion du milieu social. Si on la rejette, la sociologie ne peut plus établir de rapports de causalité, mais seulement des rapports de succession, ne comportant pas la prévision scientifique: exemples empruntés à Comte, à M. Spencer. — Importance de cette même notion pour expliquer comment la valeur utile des pratiques sociales peut varier sans dépendre d'arrangements arbitraires. Rapport de cette question avec celle des types sociaux.

(^ae la vie sociale ainsi conçue dépend de causes internes.

ill. — Caractère général de cette conception sociologique. Pour Hobbes, le lien entre le psychique et le social est syn- thétique et artificiel; pour M. Spencer et les économistes, il est naturel, mais analytique; pour nous, il est naturel et synthé- tique. Comment ces deux caractères sont conciliables. Con- séquences générales qui eH résultent.

RÈGLES RELATIVES A l' ADMINISTRATION DE LA PREUVE I. — La méthode comparative ou expérimentation indirecte est la méthode de la preuve en sociologie. Inutilité de la méthode appelée historique par Comte. Réponse aux objec- tions de Mill relativement à l'application de la méthode com- parative à la sociologie. Importance du principe: à un même effet correspond toujours une même cause.

II. — Pourquoi, des divers procédés de la méthode compara- tive, c'est la méthode des variations concomitantes qui est l'instrument par excellence de la recherche en sociologie; sa supériorité: 1* en tant qu'elle atteint le lien causal par le dedans; 2" en tant qu'elle permet l'emploi de documents plus choisis et mieux critiqués. Que la sociologie, pour être réduite à un seul procédé, ne se trouve pas vis-à-vis des autre» sciences dans un état d'infériorité à cause de la 186 TABLE DES MATIERES richesse des variations dont dispose le sociologue. Mais nécessité de ne comparer que des séries continues etétendues de variations, et non des variations isolées.

III. — Différentes manières de composer ces séries. Cas où les termes en peuvent être empruntés à une seule société. Cas où il faiit les emprunter à des sociétés différentes, mais de même espèce, Cas oii il faut comparer des espèces diffé- rentes. Pourquoi ce cas est le plus général. La sociologie comparée est la sociologie même.

Précautions à prendre pour éviter certaines erreurs au cours de ces comparaisons.

Caractères généraux de cette méthode: i" Son indépendance vis-à-vis de toute philosophie (indépen- dance qui est utile à la philosophie elle-même) et vis-à-vis des doctrines pratiques. Rapports de la sociologie avec ces doctrines. Comment elle permet de dominer les partis.

2" Son objectivité. Les faits sociaux considérés comme des choses. Comment ce principe domine toute la méthode.

S" Son caractère sociologique: les faits sociaux expliqués tout en gardant lejir spécificité; la sociologie comme science auto- nome. Quçr^la conquête de cette autonomie est le progrès le plus important qui reste à faire à la sociologie.

Autorité plus grande de la sociologie ainsi pratique.

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