pire. David aussi me plaisait davantage, et la vue de madame Au brit, en rendant présente à ma peûsée l'histoire de ses^duffteinçes, dont elle ine contait sans cesse de rioùiea;Ux détails, ra- nimait en moi l'effroi que me causait la pers- pective de l'isolement* D?aiiléûr$j j'avais la santé àffaiMie pàr de longues souffrances, le moral abaétii pjair la derméré perte cjue je venais de fairë, par suite dé laquelle je m'attendais à de nouveaux malheurs dans nia famille. La réu- nion de toutes ces circonstances, trop forte pour moi, me faisait sentir un besoin impé- rieux d'affeetioii et de repos* Par moments, j'étais prête à me jeter au çoii de Ghabrié, à lui ^ypuer tout ce ij^ der aida et^proteetitta^ me sentant incapable dp résister plps «longtemps* Mais la crainte de lui causer du chagrin venait m'arréter; 3a coïï- dui^e envers moi, pendant tout le voyagé, ses cinq mois d amour et de eoijiplaisaneé m'inspi? raient tant 4 e r #°PI%i?s^flf '"i< ^W: icrnla^ai^ pftf le ^urage ^ie lui foire de |a F ^giiie^ Je ne sais çe qui serait arrité et si j'aur^ eu la fot?ce d'ob^it ^^p n devoir, saîis J^çù^r^ee pro^in d^iellequi me fit prendre une détermination, M, David venait tous les soirs chez moi: ma chambre était le point de" réunion de ces mes- sieurs. Leurs affaires n'offraient pas une bril- lante perspective; ils avaient trouvé la place encombrée; ils ne faisaient pas de rentrées, et l'échéance de leiirs fé^i^ë^lëtf - itki^iëtWft'^*^^ riblement. M. David entra, un soir; avëc ûii air tout satisfait. — Chère demoiselle, me dit-il \ j'ai une bonne nouvelle à vous apprendre: nous voilà sans inquiétude pouf nos époques de paie- ment; nous venons de recevoir dès lettres de M. Roux, de Bordeaux, par lesquelles il ftbùs annonce qu'il se porte dàùtiôii pôiir notis V et se charge de payer toutes nos obligations à mesure quelles viendront à échoir. Il di t qu il regarde €habrié comme membre dé sât famille y comme étant déjà son fils...Vous sà^è&> àjdîita -fil.- Da- vid, qu'avant notre départ de Bordeaux il avait été question de marier Chàbrië aveè mademoi- selle Roux t le mariage né plut pas à nôtre ami, parce qu41 trouvait cette demoiselle beâftctiup trop jeune; quoi qu'il en arrive, cette circôns- tahce est bien heureuse pour nous: notre opé- ration est bonne; mais les rentrées, plus tardi ves que nous ûe le pensions, rêtt^fent^rëndlie iiiau^ vaisë, sâfiis Fobligëân^ de 'Mv: âoM;'^^^V^ttâitiè facjliter les moyens d'attërtdréi I ^ Ge que me dit ML David me fit apercevoir, pour Chabrié, un avenir que, jusqu'alors, je n'avais pas vu. Ce mariage avec mademoiselle Roux lui convenait parfai te men t; il aimait la famille de M. Roux autant que la sienne? la plus grande intimité régnait entre eux; tous deux, nés dans la même ville > élevés ensemble, avaient navigué longtemps à bord du même bâtiment. Chabrié avait dix-huit ans de plus que mademoiselle Roux?^ si la jeune fille l'ài- mait, qujmportait cette différence d'âge? Je ne sais si - ma seconde vue mé servit dans cette oe- . casion; mais je vis nettement que Chabrié pour- rait trouver, dans cette union avec la fille de son ami, le bonheur et le repos dont il avait tant besoin; aussi, dès cet instant,' jë résolus d'employer ^ tous mes efforts à 1Y décidér. Je me réjouis, avec M. David, de la généreuse confiance de M. Roux qui les tirait d'embarras; et quand Chabrié vînt > nous en causâmes lon- guement. ^: - 1 ' "ri&-ï o?( i- v- h. n.f> ';?i;Hi:nio \ Le lendemain^ j'annonçai \t M. C l)abi i é que; voyanfrmés intérâts^eompr^^ je ne pouvais attendre plus lcmgteitoip#s^ Aé-i part, et m'étais déterminée à partir ^ droite ligne pour Airéquipa. t m 'mlmm** Chabrié fut tellement surpris de cette déter^ mination subite, qu'il ne put eu çgoMeitttes pa- roles: il me les fit $*Êpétçr plusieurs fois. Je ça\j$$umn chagrin Jtooitttnt qùeanos intérêts communs J^igçaifatS If mé supplia temps de la réflexion^ Je pe^ brié a;^,^ moment wima>^ dans; ^ pour peu qu'elle soit clashs dteses ên connaître la vie inlîiii^J^ ^f^w^^ii^ Chabrié fut tellement surpris de eettej déter- mination subite, qu'il ne put en croi^ <ne§ pa- roles: il me les fit f épéter plu^euï* fbisv Je calpai mm dmfg^ que nos qu'ttét^^ PPÎHV^^^ br|i a^^c^ fortes jdépgêp 4$ u^û^ Je inei jutais calme $ ^mM^^M irkmç^ dp ^o/; la fe^j^ tYOî£ 3ÉMlÉÉ^^ . A0Taflchie,«ntieremflnt de toute prépceupaljop pour peu, qu'elle soit impprtaBtte^ il Xs^^0m% ën connaître la vie iniitaf^ nomme Quebradas (gorges des montagnes qui ceignent la viile)| elle est habitée par les Indiens* Le caractère des Chiliens m'a paru froid, leurs manières dures et hautaines; les femmes ont de la roîdeur, parlent peu, affichent un grand luxe de toiletté, mais leur mise est sans goût. Dans le peu que j'ai causé avec elles > je n'ai pas? été émerveillée de leur amabilité, et, sous ce rapport, elles me semblent inférieures aux Péruviennes. On les dit d'excellentes femmes de ménage, laborieuses et sédentaires; ce qui semblerait le prouver, c'est que tous les Euro-r péeîis qui arrivent au Chili s'y marient, ce qu'ils font moins au Péroii.
le départ était fixé au dimanche i ev septembre 1833, à raidi. >; b wi^Éié leVâi^ ^ôùr^lày de très grand ma f tin, lil^àilt pàsde domestique pour m 'aider affaire %êi4Slriles et autres préparatifs de voyage J'eus plusieurs lettres à écrire: toutes ces occupations firent, pour quelques instants, trêve aux cha- grins dont mon ame était oppressée. Au milieu de tous mes apprêts de départ j'eus beaucoup de visites: je dus aux embarras du moment l'appa- rence calme avec laquelle je les reçus. Ces per- sonnes venaient me faire leurs ^dieux, les unes par affection, le plus grand nombre par curio- sité. Le pauvre Chabrié ne pouvait rester en place; il allait et venait alternativement de la chambre au balcon, craignant que ces visiteurs împortuns ne s'aperçussèht dë ion émotion \ t de grosses larmes roulaient dans ses yeux; sa voix était altérée; il n'osait dire une parolç; sa douleur m'accablait.
leur m'accablait.
Nous étant aperçus que le Léonidas s'apprêtait à lever l'ancre, je congédiai toutes mes visites. Je ne connaissais ces gens -là que depuis peu de temps; mais nous étions en pays étranger, les uns étaient vênus 4^ ^ très étaient! mes compatriotes 1$ \ parlaient ma langue, et mon cdeur «^-^lïAÎfc-àfleSfîTfiWf^^r loigner. ■? •.. y y^fw^n* v ":• "nVm&mfP, Je restai quelque^ inâtapts seule ave£ Gbafe|*iév — Oh! dit-ril, Klora y ^mmmq^ivm Wf mez, que vous serex à moi, que ji jvpugj r^çri'ai bientôt; car, si vous ne le faites, je n'aurai pas la farce de vous voir partir; ±- Cher ami, ai^je besoin de vous jurer que je vous aime? ma conduite ne vous le prouve- t-elle pas? Quant à l'union que nous projetons, Dieu seul sait l'avenir qui noUà est rfëserfcétwï.- I y— Mais votre volonté, Flora! répétez-moi que, dès ce mmûent f je peu* vous regarder coiiiuie ma femme. Oh! répétez-le. î h J* aurais bien voulu éviter de lui renoitveler une promesse que je savais bien ne pouvoir te- nir; mais sa douleur m'eflraya* Je craignis qu'il né pût la maîtriser, et, pressée par «on esipres* sion déchirante,. par la crainte que David du toute iautj^e pei^dnne entrant ^ne le trouvât tout en pleurs y je promis que je serais sa femme et que je resterais en Amérique à partager sabdnne ou «a mauvaise fortune. Le malheureux, ivre de joie^ était trop vivementr#mi pour s? aperce~ voir de là profonde douleur qui m'acc^biaît. il ne sentit pas dans ses étreintes qu'il ne pressait qu^m^cadafeeîincapable de lui rendre la moin* dre caresse. Il me quitta, ne se sentant pas la fcœe^defe ï je partis ^àvec M^Bàvid pom me rendre à bbrd^iJe û& tms adieux à i madame Aubrit et saluai la foule de Français que je rencontrai sur mon chemin avec un sang-froid qui m'étonnait moi-même, et qui provenait de l'état d'étourdissement dans lequel je me trouvais.
Nous étions dans le canot: je gardais le si- lence et n'étais attentive qji'à maintenir au de- dans de moi la douleur qui me dévorait > quand M. David me dit: ^ Mademoiselle Fbra> ||ous allons passer devant \z Mexicain. Ne voulez-vous pas dire adieu à ce pauvre 3Iexicain qm Mms ne reverrëz peut-être plus? — Ces paroles firent sûr moi un effet inconcevable. Il me prit un tremblement subit auquel je fus incapable de résister; mes dents claquaient. M. David & en apercevant, je lui dis que j'avais froid > je craignis un instant de ne pouvoir plus soutenir ma tête. iyï-Kr -î^w-/ ir, <rw&-& ^\m^ , M Briet, Fernando 4 Cesario tous étaient sur le pont pour me saluer et me di re adieu m je ne pouvais prononcer une parole: -f- Pourquoi donc nous quittez^(iip> mademoiselle iJtea?
nie cria Mv eBriek 4 amQ ^^ l ^^ a? t les autres* quel courage 11 f^ut quelle mî \Mom répétaient le mp t adieu! il rçfceia tissait daits fnoi* cœur déchiré. Je le leur rendis en agitant ipoM mouchoir. Je baissais la tête, me: cachais dans mon voile et en murmurant adieu! adieu! j'in- voquais la mort.
* N^ous montâmes à bord du Léonidas, où nous troûvâmeè une foule itamense d'Anglais' et d'A- tnéricains qui venaientSLÇcbn^^ amis. M. David, après m'avoir fortement recomman- dée au capitaine, me conduisit à mai cabane avec lé stuàrd K 9 - qu'il engagea à mé servir avec zèle: tous dëi$&§è finirent à-m'aideft à ran^- ger mes effets et à di'spèser ma cabane. Ensuite M. David ymofi^^ me dépeignit la matîiêft^ d'être de» ^i^pgërs àv^ vi vre, afin que je me tinlsse en garde contre des hommes envers lesq^l» iïn<ë femme doit être plus que réservée si ^ yvavaitl daenç flaHch^lïS plnaiieurs Anglais {ou Américains assis ^nl|^ï^^>tg.^ ir ^ butant dû grog; Jé^ideyins le point de mire de tous ces étrangers •: ils eau^^ et je voyais Leurs ricanements, kur^ regards effrontés] me faisaient soulever ^ j'étais réwfe^u^ immondes? qui méçonriaissaient les égards 1 Le sluard est, à bord des Bâtiments anglais, le domesïique qui sert a la chambre, | ' T!h\ >: '-\;: ' ''| ri: •"; dus à une femme et à la première des lois socia- les ) la décence. Cfe spectacle, qui donnait tant de Vérité àu* coftseils de M/Bâvid, m'attristait profondément- J*éptOiàvais déjà toutes les hor- reurs de l'isolement; M* David, s'en aperçut, il Efforça de raffermir mm courage, dè raMmèr ma eônfiàncéenmbi^mêtae, fct l'ancre étant levée, il me dit adieu. Je l'accompagnai sur le pont, et, après l'avoir vu s*ëmbarquer dmi son canot, jë m'assis snr l'arrière du bâtiment, où je restai jusqu'à ce qu'on vînt m'en afraëhein Ce ijui se passait en moi me Serait difficile à dàtf trfc Môh cœur était à gôtiflë par lé dhagriti, mes *e*rib*es û fatigué^ tout était tellement donfbs dans ma pauvre tête affaiblie, et môi si dëbîië, que lefc bruits dftèrs, les objets? dispara^- tes dtfnt j'étais envirènnée me donnaient le plus étrange càucbeïnar, irMisâieat pour inoi leptes bicarré chaos. Il y arait, ce jour-là, unê grande fête ën ^ilïe à lîoéepsbii ëpm revue de la garde national* ^udMUrj*^ je voyais toilt le moûde bien paré fj âs&istaisi, donnant le bras peu je vis Valparaisô' s'éWigner f* les ^aisseaèx ^e la rade ne paraissaient plus que des jouets d'en- fants, tant ils étaient devenus petits. Le bruit du port, les aboiements dès chiens, le chant du coq, rien n arrivait plus à mon oreille. Oh! mon Dieu! encore une fois je perdais terre: alors une dou- leur violente s'etiipara de tnoli cogur; je repris ihes sens, mais ce fut pour maudire ma des*- tinée. Ce que j'avais souffert depuis mon en- fance, tna position âctiïélle> tout s'offrit simula tanément à mes yeux. Ces souvenirs étaient û pleins de Irçe, que je ressentais ensemble les peines passées lés chagrins présents/Mon désespoir me faisait concevoir les plus funestes pensées. J'étais pënghiéé sur la rampe du na- mtç; dèpuis> qiïelqiies infants, je regardais fixement la maison du consul anglais, qui est située au sommet de h pltjê toute montagne de ^alpâraîsoy et qui, par degrés, se perdait à l'horizon. Mes yeux, fatigués, retombèrent sur l'èaii^y ^épt^fâvais un désir étrange, une vive jouissance même à l'idée de m'y plonger et d'engloutir àvec •mm 9 dans il'imm^ la mer, im efaàgrins ^quel* j# tràiiiais à ma suite. Je ne sais ce «jui n^ait ai^é^ dé ce désir qui, à châqîie;^ force, si le capkai ne et un dtet£nr> ^âxquiels je n'agis pas àï$oi& parlée b'éfâléftt venus m^^ ter nia place pour &m cctiduirëMen bas; dans la chambre. Je youlus résister; mais le mal de mer, qui s'était emparé de toutes mes forces, paralysa ma volonté. On me mena dans ma ca- bane; je m'y couchai,. et, par bonheur, le mal de mer fut si fort, que bientôt il ne me resta plus une seule idée.: Je passai une nuit affreiise. A l'approche du matin, mes souffrances se calmèrent un peu: je m'endormis est ne me réveillai que vers deux heures de l'après-midi. Le capitaine et le doc- teur m'importunèrent alor^ de leurs pressantes sollicitations pour m'engager à prendre quelque me débarrasser de leurs prières; réitérées, à man- ger un peu de soupe, j'y ajoutai une tasse de café à l'eau; je me trouvai effectivement -mieux après ce léger repas. Je me levâi et mon- tai sur le pont. Mon premier mouvement fut de tourner lés - yeux dans là dirfcetio» de Val- paràiso. Mais, hélas! il n'y avait plus rien..., rien que 1^ ciel et l'eau. Je me sentis oppressée, et un soupi r s'échappa de ma poi trine. Je jh'assis sur le bauC destiné aux passagers; ^n ét^t de faiblesse me: dispensât 4e ppte; V M. ^y 4<#»t nullement disposée, je me mis à observer attentir- vement mes nouveaux eomp^gnpns de voyage, r Le capitaine était un de ces Américains du nord, dont l'esprit est circonscrit daiis^ la pro- fession qu'ils ont embrassée. Lourd, matériel > la bonté résultait, chez lui, du tempérament plutôt que de l'éducation. Je lui avais été par- ticulièrement recommandée; àValparaiso, par les com^nataires de M. Chabrié: il avait pour moi le plus grand respect et toutes les com- plaisances et attentions que son imagination pouvait lui suggérer. Nous devînmes de stiite bons amis, autant que nous pouvions le devenir en pariant des langues différentes, lui, l'an- glais seulement, et: moi, le français et l'espà- : gnoi, qu'il ne comprenait; ■I&jhp Il y avait trois passagers américains, outre le docteur. Un d? ëux était un homme assez coift- mun, et ne parlait ni le français ni l'espagnol: puisun^ joli physique, d? une humeur sombre et tnÉàln- çoliipev il était atteint du spleen: On lui fai- sait fàire un voyage aussi long Uniquement dans l'espoir de le i guérir; mais c'est en vain qu'il avait passé bous toutes les latÉudes du gkb#; ii languissait toujours', nullfe â^éto se manifestait danst ^on état: il semblait aspri- r^àiine^ venUdànài ce -iîiondfe que poiir mieux apprécier celui auqitel il était destiné. Il me fut impossible de parlèr beaucoup avec lui; il ne comprenait que quelques mots d'espagnol et nullement le français. ' Le troisième Américain mérite unes meniftion spéciale: âgé de yihgfc^iatre à vingt^six Mis, d'une petite taitte, bien Mt, L^ud^^Wtëù* ses; mouvements ^ ^r^ement 4>loiii) la peau tachetée de rousseurs, les traits lins et réguliers, ma is manquant 4e «ette expression mâle qufon aiipe à voir dans un homme > il parlait assez pas- sablement l'espagnol^ enteudaitcm peu ièfran- xjais> quoHjuHl ne Je paiûât pas> r0t®éaifc r ch#e rare parmi les Amérteain|^ tout l'extérieur i^n hf^nm^ société. C'était un, fai^ qni, delorp^^^^ Jl^ir^^ tation m *ien < Toutefois, sa manière tMêfere £empression exacte- H emphxyai^ la ni^ln^ àJ s$s écritures commerciales j après le dteer, il lisait, jpijajt de la flûte m du f&geoiet $ puis chantait- C'était le beau idéal, le parfait nwdéje <du transatlantique gen^mmj mais on sentait eh lui ^ébmme tém qe laisser -aller qui donne tant de charme aux ^gtiops intimes, La règle dominait l'homme dans tous 1m détails de ift vie. Doué de tact et de discernement, il était trop en garde de lui*même plan de conduite dans lequel tout paraissait avoir éfié prévu, En un mot / J 'inspiration JaESpipir- tanéité ne se manifestaient dans rien de ce «pj'il proportion de la peine que nous avons eue à les acquérir, je serais assez disposée à croire que ce fashionabte américain avait une haute idée de lui-même. Né à Ifei^ïork > il se nommait Pierre ¥andeFwoort4 Par tous les avantages extérieurs qu'il s'était donnés, il devait avoir obtenu des succès de salon j mais quelle distance immense il f ù. entre l'homme que l? àrfc social a ainsi modelé et celui que % Brmiâème a destiné à primer dans une partie quelconque; à ^i^n^iutaent comme artiste, comme savent ou comme écri*- 4Mêl } enfin à marcher en avant de ses semblables:? celui-là domine la régie en tout, et ne la subit en rien. ■ ^ k^-^i ■ -; ^éhimi VL^r ^1D&$ le pfemièr moment que; j'examinai M. Vanderwoort, je vis que j'étais en même temps l'objet de soa ôbservatioîiïtf mais je ne pouvais deviner quel effet je produisais sur lui: sa physionomie peu expressive ne laissait pas trahi rsa pensée.
J'arrive au docteur, M; Victor de Gasteiiac. Pour lâ première fbte de ma vie, peut-être, je rencontrais en lui un homme que je ne pîouvais réussir h classer. Ce docteur me dit avoir trente- trois ans: jeluien aurais donné vingt aussi bien que quarante. Il était français; et, s'il ne me l'eût dit f je n'aurais pu distinguer à quelle na- tion il appartenait. Parlant français sans aupun accent de localité, on ne pouvait discerner dans quelle p^vince dé Ixânce il^tàit rié^ et son ton, ses manières, ses habitudes, éon costume, sa èénvca^ttfon nUndiquàiént paisxcplus^ im pays qu'un autre, ^trahissaient aMeune préfession. iJe m'aperçus que le docteur m'examinait aussi une curiosité mêlée de surprise^ Je ne sa- vais > dans moment f à quoi l'attribuer; pltis tard, je vis que l'attention du publiç 4e ^Valpafait naître au docteur IMîiïie dm «e ^njpîl^ Je fus malade les deux premiers jours ^jmids ensuite je me*<roif«rô^ physiques revinrent, et, avec elles,, mes forces mo~ raies. Jf approuvais ma conduite; je me sentais les courage d'y persister et de lutter contre les obstacles auxquels je m'attendais. Le ço^entef ment de moi- même nier rendit toute nia gaîté.
Çfous hoiis liâmes ^d^tpffit^ moi: je me mis à parier de Parte, d^lger, de mille choses a veo |. itttan entraînement dont moi-même j'étais ^tonnéeJ Nou&^rasions £ s^ tous les sujets, mam parîicuHèremeut g^r ^yi^^t^gwMljflW ramenait tçfujours^ ^iÉe q qu'il $e connaissait pîiàqiîejpas^etto ville* âya^e j|â$# depuis:, sa sortie du -oollége, dansr les colonies espagnoles. Le fashionable américain s'efïi^ç§|fj dé éompi^ndre foe qvà 8$$iitîrto^il)4$i^^ saifr le sens de quelques phrases, et devinait sdutenti le surplas^ Il œe laissa Mên pénétrer lypiniôtf^ Castellac; j'en eus plus de liberté pour m*&- gâyer > avec lui aux dépens déil^^ap^É^ teur, qui prêtait ^ un peu à rire dans une foule flt^ Castellac, après être resté six ^$|^| Mexique, où il avait amassé uue très jolie fbp~ tune, vint à Paris en 1829. Il confia tout son aident à MM. Vassal et C% pensant que la m maison de banque de ces messieurs était une de celles qui lui offraient le plus de garanties. La révolution de 1 830 arriva j ces messieurs firent faillite? èt le docteur perdit feû un setil jour^ te fruit dé six années de travail. Il fut d'abord inconsolable, resta un an à Paris, y mangea ses dernières ressources en cherchant à s*y tirer d'affaire et à recueillir quelques débris de sa fortune perdue; puis ettfirt^ pre- nant son parti; il se résigna à retoiirner ei* Amérique pour tenter d'y gagner de nouvelles richesses; Cette fois, il avait donné la préfié^ tmm au Fércm et m difîgeâdt sur Ift ville dè Le doutent* était très bavard et surtout très curieux: au fond, excellent homme, quoique égoïste èt méfiant, parce qu'il connaissait 1$ monde > et, comme M* David, en avait été vie* ^ une traversée très heureuse * te huitième jour, à neuf heures du soir, nous Je- tâmes l'ancre dans la baie d'Islay ( e^ çt^ I&eg Jottè Mie;' H0tre arrivée v je ne pus guère ¥^#ii^i6^ïÉW##âW A» moment où nous en * approchâmes* il tombait une petite pluie comme îin liroaillài^ ) elle nous dérobait la vue dtt pour? nous re- morquer^ je ne sais comment hm$ serions en^ très. Nous fûmes bien contrariés de ne pouvoir juger de l'aspect de la contrée. Le docteur et moi éprouvions une vive impatience de la voir: agités par cette curiosité, nous veillâmes fort avant dans la nuit: nous faisions des conjec- tures sur la nature d'un pays que nous étions dans l'anxiété de connaître, tout en causant de nos projets respectifs. Le docteur se leva avant le jour, tant le désir de voir le tourmentait. Il revint dans la chambre; je ne dormais pas et le voyais à travers mes persiennes; le pauvre homme me parut entièrement démoralisé: il pleurait; cela m'en disait assez sur le pays. Peu de moments après, le docteur, n'y tenant plus, s'approcha de ma porte et me dit: — Ma payse, dormez- vous?...— Non, lui dis-je.
Ah! si vous saviez, mademoiselle, dans quel horrible désert nous sommes! c'est affreux! Pas un arbre, x pas de verdtïreÇ tien que du sahte miv et &ride et quelques cabànfeS en fe^^ bou. Mon Dieu! mon Dieu! que vais-je deve- — Doieteur^ il faut en prendre sbii parti: le vin est tfré, il famW bme. Vos pleurs^ ^ regrets, vos malédictions ne sauraient y faire pousser des arbres et de la verdure. D'ailleurs, vous venez ici pour chercher de l'or et non des lieux champêtres, je pense* Je me levai; et, pendant que je m'habillais, mon imagination m'exagéra tellement l'horreur du pays, que, lorsque je montai sur le pont, je fus moins affectée à cette vue d'aridité et de misère. Toute la côte du Pérou est extrêmement aride: Islay et ses environs ne présentent qu'une perspective de désolation. Néanmoins le port prospère d'une manière surprenante. Lorsqu'on l'établit dans ce lieu, il ne s'y trouvait, m'a as- suré don Justo, le directeur de la poste, que trois huttes et un grand hangar où l'on mit la douane; après six années d-existénce, Islay ren- fermait, alors, au moins 4,000 à 1,200 habi- tants. La plupart des maisons, construites en bambou, ne sont pas carrelées; maïs il y en a aussi de très jolies bâties en bois, ayant d'élé- gantes croisées, et dont le sol est planchéié. La maison du consul anglais, qu'on finissait lorsque je retournai à Islay, est charmante. La douane est une très grande construction en bois; l'église est assez bien, et ses proportions sont eh rapport avec l'importance de la localité. Le Mrt d'ïslay, mieux situé que celui d'Arica^ m ïf^ sorbe toutes les alïïtires. S'il continue à prospérer comme ii Ta fait depuis six ans> il pourra, dans dix années de plus, avoir quatre à cinq naille habitants; mais la stérilité du territoire sera longtemps un obstacle à un plus grand accrois- sement i entièrement privé d'eau, il est sans arbre ni végétation d'aucune espèce. L'époque des puits artésiens n'est point encore venue pour m pays; il est trop arriéré ^>our qu'ot* songe. Islay n'a, pour s'abreuver, qu'une petite source; elle tarit souvent en été; alors les ha- bitants sont contraints d^abandonnçr leurs de- meures. Le soi est formé d'un stable noifc et pierreux, qui serait indubitablement très fertile si Ton pouvait faire usage des irrigations* Vers les six heure» du matin ^ kn capitaine de port vint à bord faire l'inspection, comme cela se pratique partout à l'arrivée des bâti- ments. Les passe-ports furent demandés; et> lorëqifoni hit le mien, il s'éleva, paWii les ydmm:. au trois hommes de la douane, un cri d'étonner ment. Ces hommes njé ^ipl&i^ parente de dora^^ affirmative fit nfiitre ^ntre ^u^ tim versât ion à voix basse; ils parais^ieiitf délibérer s'ils devaient; ni'^te to les ordres dé leurs chefs. Le résultat de cette délibérât ion fut qu'on me traiterait avec toutes les marques de déférence èt de distinction affec- tées aux personnages éminents de la république. Lé capitaine de port vint respectueusement me dirë qu'il était ancien serviteur de mon oncle, à la générosité duquel il devait sa place, don Pio la lui ayant donnée pendant sa préfecture d'Àré- quipa- Il Se mit entièrement à ma disposition; il iD^apprit que mon oncle ne se trouvait pas à Aréquipa; que, depuis un mois, il était/ avec toute sa famille, à Camana, dans uné grande suçrerie, située sur le bord de la mer, & qua- mute lieues d'Islay, et autant d'Àréquipau Je profitai des offres du capitaine de port pour le prier de me précéder à ïslay, en y portant les lettres de recommandation que j'avais potu* l'administrateur de la douane, don Justo de Medina, directeur de la poste, et l'homme d'af- fairesdemoa oncle* A <^zèheures, après avoir déjeûné et nous être habillés, nous quittâmes le i^oi^«^ avec tous nos bagages. i di|sl$y n'a pas encore de môle> et, pour abor- d^, cela est au mouis aussi dlfficite qu'à la Pj^aya. Je fus reçue, à mon entrée dans cette première bourgade du Pérou, avec tous les hoûneurs dus aux titres et ^emplois de mori oncle Pio. L'administrateur de la douane, êoé Bâ*- siliô de la Fuènte, m'offrit sa maison; doncJusto de Médina, directeur de la poste, rae pressa de même d r accepter la sienne - je donnai la préfé- rence à ce dernier, me sentant plus de sympathie pour lui.:-iswi. i wHm/,^ Nous traversâmes toutule village; il consiste en une grande rue non alignée, où le S: roches de la mer et toutes les inégalités du terrain sub- sistent encore, et où 1?qù enfonce dans le s sable jusqu'à mi-jambes. Je fmj là, bien plus; encore qu'à VVialparaiso, le point de mire de toûs jijly étais un événement. Don Justo m installa dans la plus belle pièce de sa maison t sa femme et sa fille Vempreissèrent de mkffrir tput ee qu'elles jugèrent devoir n^ teur Çastellaa sç ^H^mpoïmaît à ma suite; et, pour le récompenser de tous les soins qu^il m'a- vait donnés pendant le voyage, j en fis réelle- ment mon docteur* afin de l'admettre, à ce titre, à jouir des avantages dei la généreuse hos^ pitalité avec laquelle la nièce de don Pio de Tristan était aeeùçUlie; JLe docte» eut aussi une chambre dans la maison de don Jùlto ^ët y dès lors, il ne me quito plusil î 'rmmr^ 11 est toécessairey |>our l'intelligence du lec- teur^ que je le mette au courant des relations qui existaient entre >i»on oncle et moi et que je l'instruise également de la position de mon oncle relativement aux habitants du pays.
On a vu, dans mon avant-propos, que le mariage de ma mère n'avait pas été régularisé en France, et que, par suite de ce défaut de forme, j'étais considérée comme enfant naturel. Jusqu'à l'âge de quinze ans, j'avais ignoré cette absurde distinction sodale et ses monstrueuses conséquences y j'adorais 1# mémoi re de mon père> j'èspérafe toujours dans là protection de mon oncle Pio, dont ma mère, en me le faisant ai- mer, m'entretenait continue^^^, quoiqu'elle ne le connût que par sa correspondance avec dance, monument' extraordinaire où l'amour fraternel se reproduit sous toutes les torme3. ;Jl^is quinze^ f&0 <juë je^ désirais mèrfe me naissance. Ma fierté en fut tellement blessée qw^ dans le premier moment d'indignation, je re- niais mon oncle Pio et toute ma famille. En 1829; âprés une longue c^vëi*satf6h Péi^ atec M. Chabrié, j*éerivis à mon cmdé la JéïtfFe éui- vante où moi-même, comme me Fa dit le pré- sident de la cour d'Aréquipa, et pour me servir de son expression, je me coupai la tête en » A Monsieur Pio de Tristan.
«Monsieur, b « C'est la fille de votre frère, de ce Mariano ëhèrï vous, qui prend la liberté de vous écrire. Je me plais â croirç que vous ignore»? mon existence et que de jj.us 4^ vingt lettres quç ma, mère vous a écrites;, pendant dix ans, aucune ne vous est parvenue. Sans un der- nier malheur qui m'a réduite au comble de Finfortuné, jamais je ne me serais adressée à vous. J -ai trouvé une occasion sure pour vous faire parvenir cette lettre, et j'ai l'espoir que vous n'y ssrf z pas ^s^^^^ y§^ms mon extrait de baptême; s'il vous restait quelques doutes, le célèbre Bolivar, l'ami intime des auteurs de mes jours, pourra lès éclaircir; il m'a vu élever par mon père, dont il fréquentait habituellement la maison. Vous pourriez voir aussi son ami, connu par nous sous lè nom de |b r linson, ainsi que M. Bompland, que vous ave? du con- naître avant, qu'il ne. fut; prisonnier. s au Paraguay. / Je pourrais vous citer d'autres personnes; mais cènes^-ci suffisent. Je vais, avec laconisme, vous exposer les faits. f^lvï^:.-':; ^ï;,.• r px iUxu « Pour se dérober awJt^ mère passa en Espagne avec une daine de ses parentes. Ces dames allèrent s'établir à Bilbao; mon père se lia avec elles, et de cette liaison naquit bientôt entre lui et ma nière un amour irrésistible qui les rendit nécessaires l'un à l'autre. Ces dames rentrèrent en France en 1802; mon père ne tarda pas à les y suivre. Comme militaire, votre frère avait besoin de la permission du roi pour se marier: ne voulant pas la demander (je respecte trop la mémoire de mon père pour chercher à devinér quels purent être ses motifs), il proposa à nia mère de s'unir à elle seulement par un ma^age religieux (mariage qui n'a aucune valeur en France)> Ma mère, qui sentait que désormais elle ne pourrait vivre sans lui, consentit a cette proposition. La bénédiction nuptiale leur fut don- née par un respectable ecclésiastique, M. fioncelin, qui connaissait ma mère depuis son enfance, hes époux vindéputé m% Cortès, et qui avait connu ma mère soit en Espagne ou en France, comme l'épousèlégi&ne de $W Mariano de Tristan, lui envoya un acte notarié et signé de plus de dix personnes qui, toutes * M^mwX Xwmr connue sous |e même tM;iie,. ^ ^ « Tous savez qu'alors mon père n'avaii; pour iou^e fortune que la rente de &,ooo francs, que son oncle, Far*- chevêqne de Grenade, lui avait laissée à titre d'alaé de la famille des /Fiastam..11 reçut aussi ^quelques sommes que vous lui envoyâtes; mais les plus mnsidéraHes ont. été perdues: 20,000 francs lurent pris par les Anglais, et 10,000 sautèrent avec le vaisseau la Minerve. Néan- moins, grâce à l'économie de ma mère.9 ihonpèrè me- nait une vie fort Jcrnusn^ mois avantsl* mort, il acheta une maison à Vaugirard, près Paris. Lorsqu'il mourut, l'ambassadeur, M. le prince de Masserano, s'empara de tous ses papiers* Vous avez du les recevoir par l'intermédiaire de l'ambassadeur d'Espagne, et avec eux le contrat d'acquisition de ladite maison.. r ': « Mon père avait payé en partie cette propriété; si on l'avait laissée à ma mère, cela l'aurait aidée à nous éle- ver, mon frère et moi; mais, dix mois après: la mort de mon père, le domaine s'en empara comme bien appar- tenant à un Espagnol, à cause de la guerre qui existait alors entre les deux pays. Depuis, elle a été vendue et le domaine a entre les mains l'excédant des 10,000 francs qui restait dû sur le prix d'acquisition 2 toutefois nia mère paya 554 francs de droit de mutation au nom des héritiers^ dont elle n'a jamais été remboursée: t t - ^ - « Vous devez sentir, Monsieur, combien ma pauvre mère a eu à souffrir, restant sans fortune, et chargée de deux enfants: mon frère a vécu dix années* Eh bien î malgré 1= état de détressé où elle se trouvait, elle n'a pas voulu que la mémoire de celui qui avait été l'objet de ses plus tendres affections restât entachée. A cause de la guerre, mon père ne recevait rien depuis vingt mois et, par conséquent, était très gêné; à la sollicitation de ma mère, ma grand'mèré prêta à mon père 2,800 francs, sans lui demander de reconnaissance de cette somme, ce qui fit qu'àsa T mort elle se trouva sans titre. Ma mère en a payé exactement les intérêts à ma grand'mèré, qui en avait besoin pour vivre; à la mort de ceHe^cr^elle retn^ boursa le tiers de la somme à sa sœur et l'autre tiers à son frère. • • ••'/} îîl-..*3 0jmv. cooa>t « Je ne désire pas, monsieur, que l'aperçu des mal- heurs dont je TOu^ai-bieaTaiblement!eÀiqi|i^é' les traits vous en fasse découvrit les détails!...Votre âme, senste ble au souvenir d'un frère qui vous aimait xfrmw&ism fils, souffrirait trop en mesurant la distance qui existe entre mon sort et celui qu'aurait dû avoir là fille de Mariano..., de ce frère qui, frappé comme d'un coup de foudre par une mort subite.et prématurée (une apo- plexie foudroyante), n'a pu dire que ces mots: « Ma fille..., Pio vous reste.;. » Malheureuse enfant!...