Dans ces divers climats, la durée du jour diffère de celle de la nuit; ce qui a pour cause la déclinaison du soleil quand il s'éloigne du cercle équinoxial, joint à l'élévation du pôle septentrional au-dessus de l'horizon; cela produit une variation dans l'arc diurne et dans l'arc nocturne. À l'extrémité du premier climat, la nuit la plus longue a lieu quand le soleil entre dans le signe du Capricorne, et le jour le plus long arrive quand cet astre se trouve dans le commencement du Cancer. Suivant Ptolémée, cette longueur du jour ou de la nuit est de douze heures et demie. A l'extrémité du second climat, elle est de treize heures pour le jour et pour la nuit les plus longs. A la lin du troisième climat, elle est de treize heures et demie; à la fin du quatrième, de quatorze heures; à la fin du cinquième, il y a une aug- mentation d'une demi-heure; à la fin du sixième, elle est de quinze heures; à la lin du septième, elle est de quinze heures et demie. Pour avoir le jour le plus court ou la nuit la plus courte, on prend ce qui reste, après la défalcation de ces nombres, sur la somme de 1 Ces chiffres n'appartiennent pas à Ptolémée et ne s'accordent pas avec ceux (TAboulféda. (Voy. la traduction de sa Géographie, t. II, p. 10 et suiv.)
3 Lisez et <jfcï^j}.
4 Pour UJI, lisez <jjf.
5 Tous ces calculs sont faux.
110 PROLÉGOMÈNES vingt-quatre heures, qui représentent la durée d un jour et de la nuit qui l'accompagne. Cet espace de temps est égal au temps d'une révolution complète du ciel. La différence qui existe entre les cli- mats, relativement à la plus longue durée du jour et de la nuit, est, pour chacun, d'une demi-heure. Cette différence va en augmentant depuis le commencement de chaque climat, du côté du midi, jus- qu'à son extrémité, du côté du nord, et elle est répartie sur les di- verses fractions de cette distance. * Suivant Ishac Ibn el-Hacen el-Khazehi, la partie habitable du globe située au delà de l'cquateur se termine à la latitude de seize 1 degrés vingt-cinq minutes. La plus longue durée du jour et de la nuit y est de treize 2 heures. La latitude qui limite le premier climat (septentrional) et la longueur des jours et des nuits sont les mêmes que celles du climat situé de l'autre côté de l'équateur. La latitude extrême du second climat est de vingt-quatre degrés, et la durée du jour le plus long ou de la nuit la plus longue est de treize heures et demie. Le troisième climat s'arrête à trente degrés de latitude; son jour le plus long est de quatorze heures." Le quatrième se termine au trente-sixième 3 degré, et son jour le plus long est de quatorze heures et demie. Le cinquième ne dépasse pas le quarante et unième degré, et son jour le plus long est de quinze heures; le sixième s'ar- rête au quarante-cinquième degré; son jour le plus long est de quinze 4 heures et demie; enfin le septième s'étend jusqu'à la latitude de quarante-huit degrés et demi, et son jour le plus long est de seize heures. Au delà du septième climat, l'extrémité du pays habitable se P< 9 3 - trouve dans la latitude de soixante-trois degrés, et les heures de son jour le plus long sont au nombre de vingt.
Un autre maître dans cette science dit que la région (habitable) au delà de l'équateur se termine à seize degrés vingt-sept minutes de lati- tude. Le premier climat (septentrional) s'arrête à vingt degrés quinze 1 Pour lisez sylc.
5 Remplacez encore jàs- par ©yifc.
3 Pour lisez c*-*- * Pour ykft, lisez oj^c, et faites en- core la môme correction à la page sui- vante, lignes 3 et à- D'IBN KHALDOUN.
minutes; le second, à vingt-sept degrés treize minutes; le troisième, à trente-trois degrés vingt minutes; le quatrième, à trente-huit de- grés et demi; le cinquième, à quarante-trois degrés; le sixième, à quarante-sept degrés cinquante-trois minutes ou, suivant d'autres, à quarante-six degrés cinquante minutes; le septième, à cinquante et un degrés cinquante-trois minutes. Au delà du septième climat, la région habitée s'étend jusqu'au soixante et dix-septième degré/ Selon Abou-Djâfer el-Khazeni 1, un des plus grands maîtres dans cette science, le premier climat s'étend. en largeur depuis le premier degré jusqu'à la lalitude de vingt degrés treize minutes; le second va jusqu'à vingt-sept degrés treize minutes; le troisième à trente-trois degrés trente-neuf minutes; le quatrième, à trente-huit degrés vingt- trois minutés; le cinquième, à quaranle-deux degrés cinquante-huit minutes; le sixième, à quarante-sept degrés deux minutes; le sep- tième, à cinquante degrés quarante-cinq minutes.
Voilà ce que j'ai pu recueillir touchant les opinions diverses 1 Abou-Djâfcr el-Klrazeni, appelé aussi El-Khazen, était d'origine persane. Il se distingua comme arithméticien, ingénieur, mathématicien et astronome. Parmi les ouvrages qu'il composa, on cite un traité d'algèbre, un autre sur certains instruments astronomiques, V"*^ iuo~aj}\ *AA^JI,des tables astronomiques intitulées ^Li-â—tî 0 y un traité sur des problèmes numériques, et un autre sur l'application des sections coniques à la so- lution du problème posé par Archimède dans la quatrième proposition du second livre de son traité de la sphère et du cylin- dre. ( Voyez Y Algèbre d'Omar Àlkhayyami, traduite par M. Wœpcke, pages 2 et 3.) On connaît de lui un ouvrage très-remar- quable, intitulé Mizan el-Hikma (Balance philosophique), dans lequel il décrit une balance hydrostatique qu'il avait inventée pour déterminer la gravité spécifique de toutes les substances. Il nous apprend qu'il composa le Mizan en l'an 5i5 (1121 de J. C), afin d'en faire hommage au sultan seîdjoukide Sendjar Ibn Malek-Chah Ibn Àlp-Arslan. M. le chevalier Khanikoff, consul général de Russie à Tebrîz, en Perse, vient de faire publier, dans le sixième volume du Journal of the American Oriental Society, une analyse et de nom- breux extraits du Mizan d'El-Khazen. Il ne faut pas confondre El-Khazen avec Al- hazen, auteur d'un traité d'optique dont la traduction fut publiée à Baie en 1 672, 1 vol. in-fol. Celui-ci se nommait El-Hacen Ibn el-Mohassen Ibn el-Heithem, ou, d'a- près le système de transcription suivi par le traducteur, 'Alhazen, filins Alhayzen (lis. Alhayzem). L'auteur du Tabecat eU Hokema nous apprend qu'il écrivit un de ses' ouvrages en Tan 432 (io4o-io4i de J. C).
112 PROLÉGOMÈNES énoncées par les savants au sujet des latitudes, des heures et des milles que Ton doit attribuer â chaque climat. Dieu a créé toutes choses, et leur a assigné leur destination. [Coran, sour. xxv, vers. 2.)
Les géographes de profession divisent chacun des sept climats, dans sa longueur, en dix parties égales, qui se suivent de l'ouest à Test. Ils énumèrenttout ce que renferme chacune de ces sections, les pays, les villes, les montagnes, les fleuves et les distances qui les séparent. Nous exposerons ici d'une manière abrégée les matières qu'ils ont traitées, et nous ferons mention des pays, des fleuves et des mers les plus remarquables qui se trouvent dans chaque section de climat. Nous prendrons en cela pour modèle l'ouvrage intitulé Nozhet el-Mochtac, qu'Idrîci, le Hammoudicn et descendant d'Ali (le gendre de Mohammed 1 ), composa pour Roger; fils de Roger, et roi des Francs de la Sicile. Il résidait alors en Sicile, à la cour de ce prince, s'y étant rendu après que ses aïeux eurent perdu le gouverne- ment de Malaga. Son livre fut écrit vers le milieu du vi e siècle 2. Cet écrivain avait réuni pour, le roi un grand nombre d'ouvrages, tels que ceux de Masoudi, dlbn Khordadbeh 3, d'El-Haucali \ d'El-Adheri 5, d'Ishàc l'astronome 6, de Ptolémée et autres. Nous allons commencer par le premier climat et nous irons de suite jusqu'au dernier.
LE PREMIER CLIMAT. Ce climat a, du côté de l'occident, les îles Éternelles (Fortunées) 7, 1 Le géographe Idrîci descendait des Idrîcides de la famille de Hammoud, qui régnèrent en Espagne après les Omeïades.
' Idrîci termina son travail dans le mois de choual 548, ce qui correspond au commencement de janvier 1 1 54 de J. G.
* AbouhCacern Obeïd-AHab Ibn Khor-* dadbeh, mort en 3oo (912 de J. G.). (Voy. la traduction de la Géographie d'Aboul- féda, introduction, p. lvîi.)
4 Abou'l-Cacem Mohammed Ibn Hau- cal, appelé aussi El-Haucali, célèbre géographe, mourut postérieurement à Tannée 366 (976 de J. C.). (Voy. la traduction de la Géographie d'Aboulféda, par M. Rei- naud, introduction, p. lxxxu et suiv.)
5 Jusqu'à présent on n'a aucun ren* seignement sur ce géographe. Son ou- vrage est cilé par Idrîci et Gazouîni.
6. C'est probablement l'Ishac Ibn el- Hacen el-Khazeni dont il est question ci- devant, page 107. (Voy. la Géographie d 'Id- rîci, traduction française, 1. 1, p. xix.} 7 Ibn Khaldoun s'accorde avec les géo- D'IBN KHALOOUN.
adoptées par Ptolémée comme point de départ d'où il compte les longitudes. Elles sont placées dans la mer Environnante, en de- hors de la terre-ferme qui fait partie de ce climat, et forment un groupe d'îles très-nombreuses, dont les plus grandes et les mieux connues sont au nombre de trois. On dit qu'elles sont habitées. Sui- vant ce que nous avons appris, quelques vaisseaux des Francs, ayant abordé ces îles vers le milieu de ce siècle 1, attaquèrent les habitants; les Francs enlevèrent du butin et emmenèrent des prisonniers, qu'ils vendirent en partie sur les côtes du Maghreb el-Àcsa (le Maroc). Les captifs passèrent au service du sultan, et, lorsqu'ils eurent appris la langue arabe, ils donnèrent des renseignements sur leur île. Les ha- bitants, disaient-ils, labourent la terre avec des cornes poxir l'ense- mencer, le fer étant inconnu chez eux; ils se nourrissent d'orge; leurs troupeaux se composent de chèvres; ils combattent avec des pierres, qu'ils lancent derrière eux; leur seule pratique de dévotion consiste à se prosterner devant le soleil au moment de son lever. Ils ne con- naissent aucune religion, et jamais des missionnaires ne leur ont ap- porté une doctrine quelconque.
C'est par hasard seulement qu'on arrive aux îles Eternelles, car on ne s'y rend jamais exprès. En effet, les vaisseaux qui naviguent sur la mer ne peuvent marcher qu'à l'aide des vents, et les marins ont besoin de connaître les points d'où chaque vent souffle et de savoir en quel pays on peut arriver lorsqu'on suit directement le cours de ce vent. Si le vent est variable, et si l'on sait où l'on doit arriver en suivant la ligne droite, on oriente les voiles selon chaque courant d'air, leur donnant l'inclinaison nécessaire pour faire marcher graphes Eî-Bekri et Ibn Saîd, en écrivant , au lieu de oloJli^j^, orthographe d'Aboulféda et d'autres géo- graphes arabes. Le premier nom, traduit à la lettre, signifie «les îles les femmes immortelles,» ce qui n'offre aucun sens; le second peut se rendre par t les îles des femmes immortelles. » Pour dire « les îles Prolégomènes.
éternelles, » il faudrait employer la forme 1 Le milieu du vin 8 siècle de l'hégire correspond à l'an i35o de J. C. Deux cents ans auparavant, Idrîci avait appris qu'un navire parti deLisbonne s'était avancé dans l'Atlantique jusqu'à une de ces îles. (Voy. la Géographie d'idrki, t. II, p. 26 et suiv.)
i5 114 PROLÉGOMÈNES le navire. Tout cela se fait d'après des règles bien connues des ma- rins et des navigateurs, versés dans Fart de voyager sur mer. Toutes les localités situées sur les deux bords de la mer Romaine (la Médi- terranée) se trouvent dessinées sur une feuille (de carton ou de par- chemin) d'après leurs formes véritables et la suite régulière des posi- tions qu'elles occupent sur le bord de la mer. Les points d'où soufflent les vents et les différentes directions qu'ils suivent sont indiqués de même sur cette feuille; on nomme cela El-konbas l. C'est là le guide auquel les navigateurs se fient dans leurs voyages. Or un pareil se- cours n'existe pas en ce qui -concerne la mer Environnante; aussi les marins n'osent pas s'engager dans cet océan, attendu que, s'ils per- daient de vue les rivages, ils ne sauraient guère comment se diri- P. 95. ger vers le point qu'ils viennent de quitter. D'ailleurs l'atmosphère de cette mer, jusqu'à la surface des eaux, est remplie de vapeurs épaisses qui empêchent les navires de continuer leur route, et qui, par suite de l'éloignement, ne peuvent être atteintes ni dissipées par les rayons solaires que réfléchit la surface terrestre. Par conséquent, il est difficile de se diriger vers ces îles, ou d'obtenir des renseigne- ments sur ce qui les concerne.
La première section de ce climat renferme l'embouchure du Nil des nègres qui, ainsi que l'avons indiqué, prend sa source dans la montagne d'El-Comr, et se dirige vers la mer Environnante, où il verse ses eaux auprès de l'île d'Aoulîl 2. Sur les bords de ce fleuve sont les villes de Silla 3, de Tekrour et de Ghana, qui toutes, aujour- d'hui, sont réunies sous la domination des gens de Melli 4, peuple * de race nègre. Les marchands du Maghreb el-Aksa font régulière- ment le voyage de ce pays. Immédiatement au nord de cette région 1 L'auteur paraît avoir confondu la chure du Sénégal, fleuve que les géo- rose des vents avec le compas de 111er ou graphes arabes ont toujours confondu boussole. avec le Niger, ou Nil des nègres.
f La péninsule d'Aoulîl, appelée main- 3 Silla est sur le Niger en amont de Tentenant Arguin, est située vers ai* lat. N. boktou, et à sept degrés sud de cette ville, près du cap Blanc. Elle est à environ cent 4 Pays situé à cent cinquante ou deux quatre-vingts lieues au nord de l'embou- cents lieues sud-ouest de Tenboklou..
D IBN KHALDOUN.
est la contrée des Lemtouna et de tous les autres peuples qui ont la figure voilée 1; c'est là une vaste étendue de déserts, où ces tribus se livrent à la vie nomade. Au, sud de ce Nil existe un peuple noir que Ton désigne par le nom de Lemlem*. Ce sont des païens qui portent des stigmates sur leurs visages et sur leurs tempes. Les habitants de Ghana et de Tekrour font des incursions dans le territoire de ce peuple pour faire des prisonniers. Les marchands auxquels ils ven- dent leurs captifs les conduisent dans le Maghreb; pays dont la plu part des esclaves appartiennent à cette race nègre. Au delà du pays des Lemlem, dans la direction du sud, on rëneontre une population peu considérable; les hommes qui la composent ressemblent plutôt à des animaux sauvages qu'à des êtres raisonnables. Ils habitent les ma- récages boisés et les cavernes; leur nourriture consiste en herbes et en graines qui n'ont subi aucune préparation; quelquefois même ils se dévorent les uns les autres: aussi ne méritent-ils pas d'être comptés parmi les hommes. Les fruits secs que l'on consomme dans le pays des noirs viennent tous des bourgades 3 qui se trouvent dans le désert du Maghreb; celles, par exemple, du Touat, de Tîgou- rarîn 4, et de Ouergla 5. - i On dit qu'il y avait à Ghana un empire dont les souverains ap- partenaient à la famille d'Ali (gendre de Mohammed) et formaient la dynastie des enfants de Saleh. Selon Idrîci 6, Saleh était fils d'Abd- 1 Les Touaregs et tous les autres peu- ples berbers qui habitent le grand désert portent encore aujourd'hui un voile noir sur la figure et ne le quittent jamais. EU Bekri en parle dans sa Description de V Afrique, p. du tirage à part de la traduction française, et les voyageurs mo- dernes donnent de nombreux détails sur celle habitude.
1 Voy. le Negroland de Cooley, p. 1 14, et le Voyage du docteur Barth.
3 En arabe cosour, ou, selon la pronon- ciation vulgaire, ksour. Ce sont des villages ceints de murs et entourés de plantations de palmiers; ils se trouvent dans la partie du grand désert qui avoisine la frontière méridionale de l'Algérie.
* Tigourarîn est le pluriel berber de Tigourart, diminutif de Gourara. Cette bourgade est située dans la partie nord- est de l'oasis de Touat.
6 L'auteur a écrit Ouerglan. Ce mot est le.pluriel berber de Ouergla, nom que Ton prononce aussi Ourgla.
PROLEGOMENES Allah, fils de Haeen, fils (FEl-Hacen (fils d'Ali); mais on ne connaît au- cun prince de ce nom dans la lignée d'Abd-Allah, fils de Hacen. Au reste, cette dynastie n'existe plus aujourd'hui, et Ghana appartient au sultan de Melli 1.
A l'orient de cette contrée, et dans la troisième section du premier climat, est la ville de Gogo 2, située sur un fleuve qui prend sa source dans une des montagnes de ce pays, et qui coule vers l'occident, où il se perd dans les sables de la seconde section de ce climat 5. Le roi de Gogo était d'abord un souverain indépendant; ensuite ses Etats tombèrent au pouvoir du sultan de Melli, qui les incorpora dans son royaume; maintenant ils sont dépeuplés par suite des guerres qui affligèrent ce pays, et dont nous parlerons dans la partie de l'histoire des Berbers qui renferme la notice du royaume de Melli 4. Au sud de la contrée de Gogo se trouve celle des Kanem^ peuple appartenant à la race nègre. Ensuite vient le pays de Ouangara 6, situé sur la rive septentrionale du Nil. A l'orient de Ouangera et de Kanem sont le pays des Zagaoua 7 et celui de Tadjoua 8, qui touche à la Nubie, dans là quatrième section de ce climat. La Nubie est traversée par le Nil d'Egypte, qui prend sa source près de l'équateur, et coule vers le nord 9 jusqu'à la mer Romaine. Ce fleuve sort de la montagne d'El-Comr, située à seize degrés au delà de l'équateur. On n'est pas d'accord sur la vraie prononciation de ce nom. Les uns disent El-Camar et sup- posent que la montagne a reçu ce nom, qui signifie la lune, parce 1 Voy. ma traduction de YHistoire des Berbers d'ibn Khaldoun, t. Il, p. 110 et suiv s Voy. les diverses prononciations de ce nom dans le Voyage du docteur Barth, volume IV, page 280 dè l'édition an- glaise.
s Cette indication, tirée de la Géogra- phie d'Idrîci est tout à fait fausse. (Voy. le Negroland de Gooley, p. 1 1 5.) Gogo est situé sur le Niger.
* Voy. V Histoire des Berbers, t. H, p. 111 et suiv.
* Les Kanem demeurent au nord du lac Tsad, qui est à 1 5° E. de Gogo.
6 Probablement TOuadaï.
7 Les habitants du Darfour.
* La bonne leçon est *y>b>*, ainsi que Ta démontré M. Reinaud, dans sa traduc- tion de la Géographie d'Aboulféda, t. H, ,* Pour JUJI. lisez JUJf.
D7BN KHALDOUN. 117 qu'elle était d'une blancheur éclatante. Dans le Mochterek (homonymes géographiques) de Yacout 1, ce nom est écrit El-Comr; ce qui rappelle un peuple de l'Inde?, lbn Saîd 3 a èmployé cette dernière orthogra- phe. Le Çomr donne naissance à dix sources, dont cinq se déchar- gent dans un lac et cinq dans un autre. Une distance de six milles sépare les deux bassins 4. Trois rivières sortent de chaque lac, et vont se réunir toutes dans un seul marais, qui, vers sa partie inférieure et septentrionale, est coupé par une montagne transversale; aussi les eaux se'divisent-elles en deux branches, dont l'occidentale coule vers l'ouest, jusqu'au pays des Nègres, et va se décharger dans la mer. Environnante. La branche orientale se dirige vers le nord, et tra- verse l'Abyssinie, la Nubie et les pays intermédiaires. Arrivée à la basse Egypte, elle se divise en plusieurs branches, dont trois se jet- tent dans la mer Romaine, l'une près d'Alexandrie, l'autre à Rechîd (Rosette) et l'autre à Dimyat (Damiette). Une quatrième branche se décharge dans un lac salé avant d'atteindre la mer.
An milieu de ce premier climat, sur les bords du Nil, sont les conlrées de Nubie, d'Abyssinie et la portion du pays des Oasis qui s'étend jusqu'à Asouan. Dongola, la capitale de la Nubie, est située sur la rive gauche de ce fleuve. Plus bas se trouve Aloua 5, puis Bi- lac, puis la montagne des Djenadel (les Cataractes), située à la dis- tance de six journées au nord de Bilac 6. < C'est une montagne dont le côté qui regarde l'Egypte se dresse abruptement, tandis que celui 1 Yacout lbn Abd Allah el-Hamaoui, * p our L^o, lisez L$àaj.
célèbre géographe» mourut en 627 (1229- > Qn trouve une note sur Aloua dans i23o de J. C). M. Reinaud a donné une ] a traduction de la Géographie d'Aboul bonne notice de cet auteur dans sa tra- f^da, par M. Reinaud, l. II, p. 23o.
duction de la Géographie d'Abou'lféda, « p our journées J^lys il faut sans introduction, p. cxxix et suiv. Joute lire milles JL»f, car Bilac est lan- 8 Les Comor habitaient l'extrémité mé- c i en ne Philé. lbn Khaldonn s'est laissé ridionale de l'Inde. Le cap Comorin porte tromper par Idrîci, qui a confondu Bilac encore leur nom. avec Boulac, village situé dans 1 oasis <TE1- 8 Àli lbn Saîd, géographe et historien, Kharegeh, à environ 120 milles géograilt ses études à Séville et mourut à Tunis, phiques au N. 0. des cataractes, 118 PROLÉGOMÈNES qui est tourné vers la Nubie est en pente douce. Le Nil pénètre au travers de cette montagne et se précipite dans un profond ravin par une chute effrayante. Les barques des noirs ne pouvant pas le tra- verser, on les décharge et Ton transporte les marchandises par terre, à dos (de chameaux), jusqu'à Asouan, capitale du Saîd. On transporte de même, jusqu'au-dessus des Cataractes, les chargements des bateaux appartenant au Saîd. Entre les Cataractes et Asouan, la distance est de douze journées de marche. Les Oasis sont placées à l'occident de cette région, sur l'autre rive du Nil: elles sont aujourd'hui désertes, mais elles renferment les traces d'une ancienne civilisation. Au milieu de ce climat, dans la cinquième section; est située l'Abyssinie. Elle est traversée par une rivière 1 qui vient de l'autre côté de l'équateur et qui, après avoir passé derrière Macdachou, ville située au sud de la mer Indienne, se rend dans la Nubie, où elle se décharge dans le Nil, qui descend vers le Caire. Bien des gens se sont trompés aù sujet de cette rivière, et ont cru qu'elle était la partie (supérieure) du Nil d'El-Comr. Ptolémée, qui en a fait mention dans son Traité de géographie, déclare qu'elle n'a rien de commun avec le Nil.
La mer de l'Inde, qui commence du côté de la Chine, se termine au milieu de la cinquième section de ce climat,- dont elle couvre ainsi une grande partie. Le peu de population qui s'y rencontre habite, soit les îles de cette mer, qui sont, dit-on, au nombre de mille, soit sur les côtes méridionales, qui forment, du côté du sud, la limite du monde habitable 2, soit enfin sur ses côtes septentrionales. De celles-ci, le premier climat ne renferme que l'extrémité de la Chine, vers l'o- rient, et le pays du Yémen, placé dans la sixième section du climat, entre les deux mers qui, se détachant de la mer Indienne, se diri- gent vers le nord; nous voulons dire la mer de Colzom et celle de Fars. Entre ces deux golfes s'étend la péninsule des Arabes, qui comprend le 1 Le Nil Bleu.
* Les géographes arabes et les géogra- phes grecs, à l'exception de Strabon, pen- saient que la côte orientale de l'Afrique se dirigeait vers Test, à partir du cap Garde- fui, et qu'elle se prolongeait jusqu'à l'O- céan, vis-à-vis de la Chine.
D'IBN KHALDOUN. 119 Yémen, le canton de Chiher, situé vers le côté oriental et baigné par la mer Indienne, la province de Hidjaz, celle de Yemama et les contrées voisines. Nous parlerons encore de ces lieux en traitant du second climat et des climats suivants. * Sur le rivage occidental de cette mer, on rencontre le pays de Zalâ 1, qui fait partie des frontières de l'Abyssinie, et les déserts où les Bedja mènent une vie errante. Ces déserts sont au nord de l'Abys- sinie, entre la montagne d'El-Alaki 2, dans le Saîd supérieur, et la mer de Colzom, qui dérive de la mer Indienne et se dirige vers l'Egypte. Dans cette mer, au-dessous de Zalâ, du côté du nord, on rencontre le détroit de Bab el-Mandeb. Auprès de ces parages, la mer se rétrécit par suite de l'obstacle que lui oppose la montagne d'Ei-Mandëb, la- quelle s'élève au milieu de la mer de l'Inde, et s'étend sur la côte occidentale du Yémen, du midi au nord, sur une longueur de douze milles. La mer se rétrécit ainsi au point de n'avoir qu'une largeur d'en- viron trois milles. Ce détroit porte le nom de Bab el-Mandeb. C'est par là que passent les vaisseaux qui se rendent du Yémen à Suez, port voisin du Caire. Au-dessous (au nord) de Bab el-Mandeb, on trouve l'île de Souaken et celle de Dehlak. Vis-à-vis, du côté de l'ouest, sont les déserts que parcourent les Bedja, peuple de race noire. Sur le ri- vage oriental s'étend le Tehama du Yémen, où se trouve aussi la ville de Hali Ibn Yacoub 3. Au sud du territoire de Zalâ, sur le' ri- vage occidental de cette mer, s'étendent les villages de Berbera, qui se succèdent l'un à l'autre et qui, en suivant la côte méridionale de la mer, forment une courbe qui se prolonge jusqu'à la fin de la sixième section du climat. Dans leur voisinage, du côté de l'orient, se trouve le pays des Zendj; ensuite vient la ville de Macdachou, située P. 100. sur la mer Indienne, du côté du midi. Cette ville regorge d'habitants; son état de civilisation est celui de la vie nomade, et l'on y voit beau- coup de marchands. Plus à l'est, se trouve le pays de Sofala, qui borde 1 Ibn Khaldoun écrit jHj, à la place traduction de M, Reinaud, t. Il, p. 166. de Zeïla, nom qui est mieux connu. 3 Ville située près de la mer, entre le 1 Voyez la Géographie d'Aboulféda, Yémen et le Hidjaz.
120 PROLÉGOMÈNES la rive méridionale de cette mer, dans la septième section du même climat. Ensuite, â l'orient de Sofala, sur le même rivage méridional, on rencontre le pays de Ouac-Ouac, qui s'étend, sans interruption, jusqu'à la fin de la dixième section du climat, à l'endroit où la mer Indienne sort de la mer Environnante.
Les îles de la mer Indienne sont très-nombreuses. La plus grande est celle de Serendîb (Ceylan), qui a une forme arrondie et renferme une montagne célèbre, la plus haute, dit-on, qui soit au monde. Cette île est placée vis-à-vis de Sofala l. Ensuite vient l'île de Comar 2, qui a une forme allongée et qui commence vis-à-vis de Sofala, en se diri- geant vers l'est, avec une forte inclinaison vers le nord. Elle s'appro- che, de cette manière, jusqu'aux côtes supérieures 3 de la Chine. Au sud, elle a les îles de Ouac-Ouac; à l'est, celles de Sîla 4. D'autres îles, en très-grand nombre, se trouvent dans cette mer et produisent des parfums, des aromates 5, et même, dit-on, de l'or et des éme- raudes. Ses habitants sont, presque tous, des idolâtres; ils obéissent à des rois dont le nombre est très-grand dans cette région. Sous le rapport de la civilisation, ces îles offrent des singularités que les géo- graphes nous ont fait connaître. Sur le bord septentrional de cette mer, dans la sixième section du premier climat, s'étend la contrée du Yémen. Du côté de la mer de Colzom on trouve la ville de Zebîd, celle d'El-Mehdjem, le Tehama du Yémen, puis la ville de Sâda, résidence des imams zeïdiens °. Ce dernier endroit est assez loin 1 Cette fausse orientation est une con- séquence de la théorie indiquée dans la 5 Abou'lféda place cette île auprès du Zanguebar. Idrîci et son copiste Ibn Khal- doun la reculent beaucoup plus à l'est. C'est probablement une des grandes îles de l'archipel indien.
5 J'ai déjà fait observer que, dans la partie géographique de cet ouvrage, l'au- teur emploie le terme supérieur pour méri- dional et inférieur pour septentrional.
4 De même que les îles Fortunées sont situées à l'extrémité occidentale de ce cli- mat, les îles de Sîla, dit Abou'lféda, sont situées à l'extrémité orientale. M. Rcinaud eroit que ce sont les îles du Japon. (Voy. son édition de la Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans l'Inde et à la Chine, t. II, p. clxix du discours préliminaire.)
6 Pour lisez «S^VI, pluriel de * Sous le règne d'El-Mamoun l'Abba- D'IBN KHALDOUN.
de la mer Occidentale et de la mer Orientale; ensuite se trouve la ville cTAden, au nord de laquelle est la. ville de Sanâ. Plus loin, vers l'orient, est la région des Ahcaf et de Dhafar, puis la contrée de Ha- dramaout et le canton d'Es-Chiher, placé entre la mer Méridionale et la mer de Fars. Cette partie de la sixième section renferme ce que la mer a laissé à découvert dans la région centrale de ce climat. Dans la neuvième section se trouve encore une petite portion de terre res- tée à découvert, et, dans la dixième, une portion bien plus considé- rable. C'est là que sont les rivages supérieurs (méridionaux) de la Chine. On y voit, entre autres villes 'célèbres, celle de Khankou 1, vis-à-vis de laquelle, vers l'orient, sont les îles Es-Sîla, dont il a été fait mention. Ici se termine la description du premier climat.
LE SECOND CLIMAT.
Ce climat confine au côté septentrional du premier climat. Vis-à- vis son extrémité occidentale, dans la mer Environnante, sont deux îles qui font partie des îles Fortunées, dont il a été parlé plus haut. Dans 2 la partie supérieure (méridionale) de la première et de la deuxième section de ce climat se trouve le pays de Camnouriya 3. Plus cide, eut lieu la révolte d'Ibn es-Seraïa, qui voulut mettre sur le trône du khalifat un descendant d'Ali, nommé Mohammed Ibn Ibrahim el-Tabâtaba. Cette tentative lui coûta la vie. El-Cacem er-Ressi, frère de Mohammed, s'enfuit dans l'Inde, où il mourut en l'an 2^5 (869-860 de J. C). Son fils El-Hoceïn passa dans le Yémen et s'établit dans Sada, forteresse bâtie sur une montagne du même nom et située à l'est de Sanaa. Son fils Yahya s'y fit reconnaître comme chef spirituel et temporel de la secte des Zeïdiya et prit le titre d'El-Hadi. Ceci cul lieu en l'an a88. Ses enfants régnèrent après lui dans cette localité et firent sou- vent la guerre aux gouverneurs du Yémen. Dans le vi*siècle de l'hégire, ils se laissèrent enlever leur forteresse; mais ils continué- Prolégomènes. 1 rent à maintenir leur indépendance el leurs prétentions à l'imamat, jusqu'à l'époque où Ibn Khaldoun écrivait. Dans une autre partie de son histoire, il donne une notice de cette famille. (Voy. ms. de la Bibl. imp. suppl. arabe, n° 7^2*, t. IV, feuillet 5o; pour la doctrine des Zeïdiya, voy. Y Histoire des Berbers, t. Il, p. 499.)
1 Le texte imprimé et les manuscrits portent dans la Géographie d'1- drîci, ce nom est écrit jiuL^, Khancou, la vraie leçon est y^L^> Khanfou. (Voy. sur cette ville la Relation des voyageurs arabes, etc. édition donnée par M. Reinaud, discours préliminaire, p. cix el suiv.} 5 Selon M. Cooley, dans son Negroland, le nom de Camnouriya s'appliquait à cette PROLÉGOMÈNES loin, du côlé de l'orient, sont les parties supérieures (méridionales) du territoire de Ghana, puis le pays où les Zaghaoua, peuples nègres, vivent en nomades. Dans la partie inférieure (septentrionale) des mêmes sections 1 règne le désert deNîcer 2, qui s'étend, sans interrup- tion, d'occident en orient, et qui renferme de vastes solitudes, tra- versées par les marchands qui font le commerce entre le Maghreb et le pays des Noirs. C'est dans cette région que les peuples voilés, ap- partenant à la grande famille des Sanhadja, se livrent à la vie nomade. Ils forment un grand nombre de tribus, dont les principales sont les Guédala, les Lemtouna, les Messoufa, les Lamta et les Outrîga 3. Sur la même ligne que ces déserts, du côté de l'orient, est le Fezzan, puis les pays que parcourent les Azgar 4, tribus berbères, et qui s'é- tendent jusqu'à la limite orientale de la partie supérieure (méridio- nale) de la troisième section du climat.
Plus loin, dans la troisième section, est la contrée des Koouar 5, peuple appartenant à la race nègre; ensuite vient une portion du pays habité par lesTadjoua. Dans la partie inférieure, c'est-à-dire sep- tentrionale 6, de cette troisième section, se trouve comprise une lisière de la région occupée par les Oueddan, Directement à l'orient de cette localité est le territoire de Senteriya 7, autrement nommé les Oasis intérieures*.
partie du grand désert qui a pour limite, du côté de l'occident, l'océan Atlantique, depuis le cap Blanc jusqu'au cap Bojador. 1 Pour l^t, lisez I^Ua.
* A la place de o^o, les manuscrits portent Dans les manuscrits de la géographie d'Idrîci, on lit Tîcer; , Nîcer; et ^LuJ, Necîr. Abou'ifeda écrit j-uu, mot qui peut se prononcer Yecer, Yoser ou îsser. Le désert qu'on désignait par ce nom était situé au nord de Tenbok- tou, sur la route du Maroc.
* Variantes: ^y^» Oulrîla; Ounzîga; A?^' Oafzffa. (Voy. YHisloire des Berbers, t. II, p. 64, io4-) . 4 Les Berbers Azgar forment une branche de la grande Iribn des* Touaregs. Ils se tiennent aux environs deGhal, à l'ouest du Fezzan.
5 Les pays des Koouar est occupé main- tenant par les Tibbou.
6 Cette indication se trouve dans le texte de l'auteur.
7 Senteriya, nommée aussi l'oasis de Sîoueh, était autrefois célèbre par son temple, dédié à Jupiter Aramon, * L'auteur confond ici deux localités tout à fait distinctes. (Voy. la Description de l'Afrique d'El-Belcri, p. 3g du tirage à part de ma traduction.)
D'IBN KHALDOUN. 123 La partie méridionale de la quatrième section embrasse le reste du pays des Tadjoua. Le milieu de cette même section est occupé par le Saîd, contrée située sur les deux rives du Nil. Ce fleuve, sorti. du premier climat, où il prend sa source, se dirige vers la mer, et, entré dans cette section, il coule entre deux chaînes de montagnes, savoir: sur le bord occidental, la montagne des Oasis, et sur le bord orien- tal, le mont Mocattam. Dans sa partie supérieure, il passe auprès d'Esné et d'Erment, en traversant les territoires de ces villes, et il poursuit sa course jusqu'à Osîout et à Cous 1, puis à Soul 2. Dans cet endroit, il forme deux bras: celui de droite se termine dans cette section de climat, auprès d'El-Lahoun, et celui de gauche auprès de Delas 3. Entre ces deux bras sont comprises les parties supérieures de l'Egypte.