SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

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« Comprends bien ce que je t'écris dans cette lettre; relis-la sou- vent, et prends-la pour règle de ta conduite. Dans toutes tes entre- prises, invoque l'aide de Dieu, et résigne-toi à sa volonté; car il est toujours disposé à soutenir le bien et ceux qui le pratiquent. Dans toutes les actions, aie pour but principal de plaire à Dieu, de main- tenir sa religion, d'exalter ceux qui la professent, de leur assurer une bonne position, de traiter avec justice tous tes subordonnés, soit musulmans, soit tributaires, et d'accroître leur bien être. Je prie Dieu de l'aider, de te guider et de l'avoir en sa sainte garde. Salut. » Les historiens rapportent que cet écrit, étant devenu public, excita l'admiration générale, et que El-Mamoun s'écria, après en avoir en-, tendu la lecture: « Abou 'Taïyeb (il désignait Taher par ce surnom), Abou 'Taïyeb n'y a rien omis de ce qui concerne le monde, la reli- gion, la direction des affaires, la prévoyance qu'on doit avoir, l'art p. 142. administratif, le bien du royaume et celui des sujets. Il enseigne à faire respecter l'autorité du souverain, à se montrer obéissant aux khalifes et à consolider leur empire. Dans ces conseils tout se trouve; rien n'est omis. « Il fit alors expédier des copies de cette lettre à tous ses gouverneurs de province, afin qu'elle leur servît de guide et de • règle. C'est le meilleur traité sur cette matière que j'aie jamais ren- contré, et Dieu inspire ceux de ses serviteurs qu'il veut.

158 PROLÉGOMÈNES Sur le Faleinide (qui doit paraître vers la fin du monde). — Diverses opinions qu'on professe à son sujet. — La vérité sur celte matière mise au jour.

De tout temps, les musulmans ont entretenu l'opinion que, vers la consommation des siècles, doit nécessairement paraître un homme de la famille du Prophète, afin de soutenir la religion et de faire triompher la justice. Emmenant à sa suite les vrais croyants, il se rendra maître des royaumes musulmans et s'intitulera El-l\hhdi (le dirigé)'. Alors viendra Ed-Deddjal (l'Antéchrist), et auront lieu les événements qui doivent signaler l'approche de la dernière heure (du monde), événements indiqués dans les recueils de traditions authentiques. Après la venue du Deddjal, Jésus descendra (du ciel) et le tuera, ou bien (selon une autre opinion) il descendra avec le (Mehdi) pour aider à tuer le Deddjal, et, en faisant sa prière, il ■ aura le Mehdi pour imam (chef de la prière). A ce sujet, les mu- sulmans citent l'autorité de certaines traditions reproduites ^ par les imams (ou docteurs en cette matière), mais dont l'authenticité a été contestée. On essaye de corroborer ces traditions au moyen de cer- . tains renseignements (qu'on a recueillis ailleurs). Les soufis des der- niers temps ont un système particulier en ce qui regarde le Fatemide, et une manière à eux de démontrer (qu'il viendra); quelquefois aussi ils appuient leurs arguments sur les révélations extatiques qui servent de base à leur doctrine.

Nous allons citer les traditions qu'on a recueillies à ce sujet; nous p. 143. indiquerons les objections qu'on y a faites, et nous ferons connaître sur quelle autorité on s'appuie pour nier leur authenticité. Ensuite • nous rapporterons la doctrine des soufis, et leurs opinions sur ce ' Voyez ce que j'ai dit, au sujet de ce sous le mot fy^)- La quatrième forme chapitre, dans l'introduction de la pie- du verbe a la même signification. Il se mière partie, p. CXI. dit aussi de traditions qu'on a recueil- ' Le verbe srj^. à la seconde forme, lies et publiées pour la première fois, signifie extraire et se dit des traditions On peut rendre ce mot par reproduire, extraites d'un livre. (Voy. Haddji Khalifa publier.

D'IBN KHALDOUN. 159 point. De cette manière nous espérons mettre le lecteur à même de reconnaître la vérité.

Nous disons donc que plusieurs imams ont publié des traditions relatives au Mehdi, et que, dans le nombre, se trouvaient Termidi', AbouDawoud^ El-Bezzar^, Ibn Madja", El-Hakem^Tabe^ani^ et Abou Yala el-Mauceli^ Ils font remonter ces traditions jusqu'aux Compa- gnons du Prophète, tels que Ali, Ibn Abbas, Ibn Omar, Talha, Ibn Masoud, Abou Horeïra, Anes, Abou Saïd el-Khodri, 0mm Habîba, 0mm Selma, Thauban, Corra Ibn Aîas, Ali 'i-Hilali et Abd-AUali Ibn el-Hareth ibn Djozi. La validité des îsnaJs* joints à ces traditions a été contestée par quelques docteurs, ainsi que nous l'indiquerons. Les personnes qui s'occupent de l'étude des traditions savent, du reste, ' Abou DawoudSoieïman, auteur d'un des premiers recueils de traditions, mou- rut à Basra l'an 276 (889 de J. C.)

' Abou Bekr Ahmed Ibn Haroun el- Bezzar, auteur d'un grand mosned, ou re- cueil de traditions authentiques, était un natif de Basra. Il mourut à Ramla, l'an 292 (904-905 de J. C). Un autre docteur, le célèbre lecteur Khalef, portait aussi le surnom d'El-Bezzar. (Voy. la 1" partie, p. 69, note 2, et p. à-]-], note.)

* Mohammed Ibn Yezîdibn Madja, au- teur d'un des six Sahîlis ou grands recueils de traditions authenliquos, était originaire deCazouîn. Il mourut l'an 278 de l'hégire (887 de J. C.), à l'âge de près de cent ans.

" Abou '1-Cacem Soleïman et-Taberani, natif de Tiberias, composa un Modjem, ou dictionnaire alphabétique de tradition- nistcs, dont il publia trois rédactions, une grande, une petite et une moyenne. 11 mourut à Ispalian, l'an 36o (971 de J. C).

' Abou Yala Ahmed et-Temîmi el-Mauceli, natif de Mosul, publia un Mosned, ou collection de traditions authentiques. Il mourut l'an 807 (919-920 de J. C).

' Les recueils de traditions nous font connaître les opinions de Mohammed sur divers points du dogme, du droit et de l'his- toire; elles nous apprennent aussi la ma- nière dont il se conduisait dansles pratiques ordinaires de la vie. Les docteurs musul- mans y attachèrent la plus grande impor- tance et s'en servirent pour développer et compléter les doctrines exposées dans le Coran. Parmi ces recueils, il y en a six qui jouissent d'une très-haute autorité et qu'on désigne par le litre de Sahili (au- Ihenlique). Ils eurent pour auteurs El- Bokhari,Moslem, Termidi, Abou Dawoud, Neçaï et Ibn Madja. Les renseignements qu'ils renferment proviennent des Com- pagnons de Mohammed. La personne qui enseignait une de ces traditions à une autre avait toujours soin de lui faire savoir par quelle voie ce renseignement était parvenu jusqu'à lui; aussi il se forma graduellement en tête de chaque tradition une espèce d'introduction renfermant les 160 PROLÉGOMÈNES 160 PROLÉGOMÈNES que Yimprobation précède la justification^, et que, si l'on découvre qu'un des hommes nommés dans ïisnad d'une tradition a été taxé de négligence, ou de mauvaise mémoire, ou d'inexactitude, ou de fai- blesse (comme autorité), ou de manque de jugement, cela affecte l'authenticité de la tradition et nuit à sa valeur.

Si l'on nous objecte que des imputations défavorables ont atteint également certains hommes cités comme autorités dans les deux Sahihs, nous répondrons que les docteurs en traditions reconnaissent unanimement l'exactitude de ce qu'El-Bokhari ^ et Moslem ' ont rap- porté dans ces recueils, et que le peuple musulman a toujours été d'accord pour accepter ces ouvrages et pour régler sa conduite sur les indications qu'ils renferment. Or l'accord général est ce qu'il y a de plus efficace pour le maintien et la défense (d'un principe). Sous ce point de vue, aucun autre ouvrage ne peut être mis en ligne avec les deux Sahîlis, et cependant nous savons, d'après ce qu'on a rap- porté \ que les isnads de ces deux recueils ont donné lieu à des observations critiques de la part des docteurs versés dans la science des traditions. Uh- Abou Bekr Ibn Abi Kheïthema ^ a traité ce sujet à fond, si nous devons en juger d'après (les passages) que Soheïli'* rapporte sur noms des individus qui se l'élaient succes- sivement transmise. Cette introduction s'appelle isnad (appui) et fait une partie intégrante de la tradition. C'est en étudiant l'histoire des personnages nommés dans les isnads et en faisant des reclierclies sur leurs caractères, que les docteurs parve- naient à apprécier le degré de confiance qu'on pouvait accorder à chacun d'eux et à distinguer les traditions bien appuyées, les traditions saines et authentiques, de celles que certains tradilionnistes avaient forgées. Ce travail critique s'appelait jus- tification et improbalion.

' Voy. première partie, p. 18, note.

' Ibid. Introduction, p. xxi, note 5.

' Abou Bekr Ahmed Ibn Abi Kheïthema, auteur d'une histoire des traditionnisles et Iraditionniste lui-même, mourut l'an 279 (SgadeJ. C). ' ' Abou '1-Caceni Abd er-Rahman el- Khathàmi [^jjtXèi) es-Soheïli, natif de Ma- laga, en Espagne, mourut à Maroc l'an 58i (ii85 de.1. C). Ce célèbre docteur composa plusieurs ouvrages dont on trou- vera les titres dans Ibn Kballikan et dans Haddji Khalifa.

D'IBN KHALDOUN.

161 l'autorité de ce docteur, dans la compilation qui renferme toutes les traditions relatives au Mehdi. Il dit: Une de ces traditions^ est re- marquable par le caractère imique de son isnad. Abou Bekr el-lskaf* l'a donnée dans son ouvrage intitulé Fewaïd el-Akhbar (renseignements utiles), en disant que Malek Ibn Anes' la tenait de Mohammed Ibn el-Monkeder*, qui l'avait reçue de Djaber^ La voici: « Le Pro- phète de Dieu a dit: Quiconque est incrédule à l'égard du Mehdi est un infidèle; cjuiconque est incrédule à l'égard du Deddjal est un infidèle. » Autant que je me le rappelle, il a dit la même chose au sujet du lever du soleil, qui doit se faire du côté de l'occident. La singularité de tout cela saute aux yeux". Dieu sait si la voie par laquelle on fait remonter cette tradition jusqu'à Malek est bonne ou mauvaise; mais une chose certaine, c'est que, aiq^rès des docteurs, El-Iskaf est ' La longup notice qui suit, et qui va jusqu'au paragraphe sur les Soufis, ren- ferme non-seulement d s passages tirés de l'ouvrage d'Ibn Abi Kheïthema, mais aussi des observations ajoutées par So- heïli. Je pense même qu'Ibn Rlialdoun y a intercalé plusieurs remarques. Les pas- sages empruntés au premier de ces écri- vains peuvent quelquefois se reconnaître, Sohcïli ayant eu la précaution de les termi- ner par le mot t/iXJÎ « fil). «Les copistes ont malheureusement négligé de reproduire toutes ces indications, et noire auteur lui- même n'a pas eu soin de nous avertir quand il y ajoute quelque chose de son propre fonds. Le texte, étant dans cet état, rend presque impossible toute lentative qu'on voudrait faire pour distinguer ce qui appartient à chacun des trois auteurs. Pour exécuter celte lâche, il faudrait pos- séder l'ouvrage de Sohcïli et celui d'Ibn Abi Klioïîhema.

" Je ne trouve aucun renseignement sur Abou Bekr el-Iskaf. Son ouvrage, le Fewaïd Piolé"onièues. — II.

el-Akhbar, est demeuré inconnu à Haddji Khalifa, l'auteur du grand Dictionnaire bibliographique.

^ L'imam Malek Ibn Anes, fondateur d'une des quatre écoles orthodoxes de jurisprudence musulmane, enseignait le droit et les traditions à Médine. Il mourut dans cette ville l'an 17g (795 de J. C. ). C'est par erreur que, dans la 1" partie, page Sa, j'ai placé la mort de Malek en l'an i"]"].

* Abou Bekr Mohammed Ibn ei-Mon- keder, membre de la tribu des Coreîch, se distingua pai' sa connaissance du texte coranique et des traditions. Parmi ses dis- ciples, il compta l'imam Malek, Chôba, Thauri, etc. Il mourut l'an i3i (748-749 deJ.C).

^ Djaber Ibn Abd Allah, un des Com- pagnons de Mohammed, a transmis un grand nombre de Iradilions. Il mourut à Médine, l'an 78 (692-69.3 de J. C).

' C'est-à-dire, on ne connaît pas d'autre isnad composé de la même manière.

162 PROLEGOMENES suspect (comme autorité) et à la réputation d'un inventeur (de tra- ditions)'.

Termidi et Abou Dawoud ont reproduit (au sujet du Mehdi) une tradition qu'ils font remonter jusqu'à Ibn Masoud^. Ils déclarent la tenir d'Acem Ibn Abi 'n-Nedjoud^ l'un des sept lecteurs'^, qui disait l'avoir reçue de Zirr Ibn Hobeïch ^, auquel elle aurait été communiquée par Abd-Allah Ibn Masoud. «J'ai entendu, dit celui-ci, le Prophète prononcer ces paroles: Quand même le monde n'aurait qu'an jour à exister'^, certes, Dieu prolongerait ce jour jusqu'à ce qu'y ressuscitât un homme à moi, ou an membre de ma famille, dont le nom sera le même que le mien, et dont le père portera te même nom que mon père. » Voilà le texte d'Abou Dawoud, qui le donne sans y ajouter d'observation. Or il a dit, dans sa célèbre épître^: « Ce qu' (Abou Dawoud) a inséré dans son livre, sans y ajouter aucune observation, est (à ses yeux) irré- prochable. I' Termidi rapporte la même tradition sous cette forme: Le monde ne s'en ira pas jusqu'à ce qu'un homme de ma famille règne sur ' Je lis f-^)- ' Je lis f-^)- ' Abd Allah Ibn Masoud, célèbre tradi- liunnisle el un des Compagnons de Moliaui- raed, mourut à Koufa l'an 32 de l'hégire (652-3 de J. C).

' Abou Bekr Acem Ibn Abi 'n-Nedjoud, alTranchi de!a tribu de Djedîma, était très-versé dans la connaissance du texte coranique. Il moiirul à Koufa, l'an 127 (744-745 de J.C).

' Dans le premier siècle de l'islamisme, le texte du Coran s'écrivait sans points- voyelles et sans points diacritiques. Pour le lire correctement, il fallait l'avoir appris par cœur et bien connaître les diverses le- çons reçues dans les écoles de Basra, de Koufa et autres lieux. On distinguait par le titre de lecteurs ceux qui possédaient ce talent. Les sept principaux lecteurs sont El-Kisaï, Acem, Abou Anir, Yacoub, Nafê, Hamza et Ibn Kethîr. On trouvera, vers la lin de ce volume, un chapitre sur les leçons coraniques.

^ Dans le texte arabe, supprimez le mot 3t. — Zirr Ibn Hobeïch reçut des tradi- tions d'Omar, d'Olhman, d'Ali, d'Ibn Ma- soud et de plusieurs autres Compagnons de Mohammed. Il mourut l'an 82 (701 de J. C), à l'âge de cent vingt ans.

' Je n'essaye pas de rendre les mots Jli istXJU, qui se trouvent dans lous les ma- nuscrits. Ils peuvent signifier insaper addi- dil, ou bien dixil Zaïda. Un traditionniste assez célèbre portait ce nom. Dans l'édition de Boulac ces deux mots si erabarrassanis ne se trouvent pas.

' Je no sois s'il s'agit ici d'Ibn Abi Klieï- thema ou de Solieïli. Peut-être est-ce do celui-ci, qui, en effet, composa une épîlre assez célèbre, dans laquelle il traite de l'An- téchrist et du Mehdi. En ce cas, la phrase est d'Ibn Khaldoun.

DIBN KHALDOUN.

163 les Arabes; son nom sera le même que le mien. Il la donne aussi avec cette variante: Jusqu'à ce qu'un homme de ma famille administre. H ajoute: « Ce sont là deux traditions bonnes et authentiques. » Une autre fois il la rapporte sur l'autorité d'Acem, lequel la faisait remonter p. jusqu'à AbouHoreïra^ sans la porter plus haut. Selon le Hakeni, la même tradition a été enseignée par (Sofyan) Thauri^, Chôba^ Zaïda*, et d'autres imams du peuple musulman, lesquels la tenaient d'Acem. Il ajoute: « Toutes les traditions qu'Acem fait remontera Zirr, et de celui-ci à Abd-Allah (Ibn Masoud) immédiatement, sont saines^. C'est ce que j'ai constaté par des preuves tirées de ce que nous con- naissons de la vie d'Acem, qui était réellement un des grands imamS du peuple musulman^. » Ahmed Ibn HanbeP a dit cependant, au sujet d'Acem: « C'était un homme de bien, lecteur assidu du Coran, ver- tueux et digne de foi, mais El-Aamech^ avait une meilleure mémoire que lui. » Chôha lui préférait El-Aamech, comme étant untradition- niste plus exact ^, et El-Eïdjli ^^ hésitait à admettre les traditions ' Abd cr-Raliman Ibn Sakiir ed-Dausi, surnommé Abon Uoreîra « l'homme au pe- tit chai, » était un aveugle que Mohammed avait pris sous sa protection. Il emlMassa l'islamisme 1 an y (628-629 de J. C), et mourut àMédineen Sy (676-677 de J C). On lient de lui un très-grand nombre de traditions.

' Sofyan Ibn Saîd Thauri, personnage aussi célèbre par la.sainteté de sa vie que par sa connaissance des traditions, mourut à Basra, l'an 161 (777-778 de J. C).

' Abou Bi.stam Chôba Ibn el-Haddjadj, client de la tribu d'Azd, se distingua par sa piété, sa douceur, son savoir tt sa pro- fonde connaissance des traditions. Il mou- riil l'an 160 (776 de J. C).

' Abou 's-Salt Zaïda Ibn Codaraa, mem- bre de' la tribu de ïhakîf et natif de Koufa, tenait un haut rang parmi les tradilionnis- le» 11 mourut l'an 161 (777-778 de J.G.).

^ Je donnerai, dans les notes du der- nier chapilre de cetle partie, l'explication des termes lechniques saine, faible, pas- sable, etc. qui s'emploient dans la science des tradilions.

'' Ici on trouve dans le texte le mot (^XJI, c'est-.i-dire, lin de l'extrait.

' Ahmed Ibn Hanbel, fondateur d'une des quatre écoles lie jurisprudence ortho- doxes, mourut à Baghdad l'an a4i (855 de J. C). Il s était illustré par son savoir et par sa piété.

* Soleïman Ibn Mihran el-Aamech, imam et Iraditionniste, mourut l'an i48 (765 de J. C).

' Littéral « pour la constatation des tradilions. » '" Le Iraditionniste Ahmed Ibn Abd Al- lah el-EïdjIi, originaire de Koufa, alla se lixer à Tripoli de Barbarie. Sa mort eut lieu l'an q6i (874-875 de J. C).

i/,5.

164 PROLEGOMENES qu'Acern disait tenir de Zirr et d'Abou Ouaïl S laissant ainsi voir qu'il regardait comme faible la valeur des traditions qu'Acern avait don- nées d'après ces deux personnages. « Acem, dit Moliammed Ibn Saad^, était digne de foi; bien qu'il fît souvent des erreurs en rapportant des traditions. » Selon Yacoub Ibn Sofyan', il y avait de l'incorrection dans ce qu'il rapportait. Abd er-Rahman, fils d'Abou Hatem*, s'ex- prime ainsi: « Je fis observer à mon père qu'Abou Zerâa^ avait déclaré qu'Acern était digne de foi; mais il me répondit: « Ce n'esl pas là son « caractère®. » Ibn Oleïya^ disait en parlant de lui: « Tous les Acems ont la mémoire mauvaise. » — « Pour moi, dit Abou Hatem*, je le regarde comme véridique, et j'accepte ses traditions comme saines; mais, avec cela, il n'était pas le hafedh (qu'il nous fallait). » En-Ne- çaï' a varié d'avis au sujet d'Acem. Selon Ibn Hirach '", il y avait à ' Abou Ouaïl Cliakîk Ibn Seluia, iia(if de Koufa, recueillit plusieurs tradilions de la bouche des principaux Compagnons de Mohammed. Il mourut l'an 79 (698-699 de J. C).

* Mohammed Ibn Saad, surnommé le kateb, ou secrétaire, lYEl-Oualcedi, et au- teur de plusieurs ouvrages sur les traditions et les tradilionnistes, mourut à Baghdad l'an aSo de l'hégire (8/i4-8/i5 de. J, C).

' Le traditionnisie Abou Yourof Ya- coub Ibn Sofyan el-Farsi mourut l'an a88 {901 de J. C).

* Voyei ci-après, page lyS, note 6.

' Deux tradilionnistes presque contem- porains portèrent le surnom d'Abou Zeràa. L'un, nommé Obeïd Allah Ibn Abd el-Ke- rînier-Razi, enseigna des traditions à Mos- lem, Termidi, Neçaï et Ibn Madja, et mou- rut à Reï, l'an aU (8;'8-859 de J. C). L'autre, nommé Abd er-Rahman Ibn Amr ed-Dimichki, natifde Damas, rapporta des traditions sur l'autorité d'Ahmed Ibn Han- bel, et mourut en ayS (889-890 de J. C).

Rouh Ibn Zinbàa, l'un des disciples des Compagnons de Mohamme 1, portait aussi le surnom d'Abou Zerâa. Il mourut l'an 83 (70a de J. C).

' L'imam Ismaïl Ibn Ibrahim, sur- nommé Ibn Oleïya, Iraditionniste et législe d'une grande autorité, mourut à Baghdad vers l'an igS (808-809 de.1. C).

' Abou Hiitrm Mohammed Ibnldrîser- Razi, un des plus grands tradilionnistes de son siècle, mourut à Reï l'an a75 (888 889 de J. C). Abou Dawoud, Neçaï, Ibn Madja el plusieurs autres docteurs d'un haut mérite, ont donné des Iraditions sur son aulorité.

' Ahmed Ibn Choaib Ibn Alien-Neraï, auteur d'un des six grands recueils de tra- ditions, passa une grande partie de sa vie au Caire. Il mourut à la Mecque l'an 3o3 (916 de J. C).

'° 11 faut peut-être lire Ibn Khirach, surnom d'un Iraditionniste qui mourut l'an a83 (896897 deJ. C).

D'IBN KHALDOUN. 165 reprendre dans ce qu'Aceni rapportait. Abou Djâfer el-Akîli^ dé^ clare qu'une mauvaise mémoire était tout ce qu Acem possédait. « Dans ce qu'il savait par cœur,dit Darakotni-, il y avait à reprendre. » Yahya Ibn el-Caltan' disait: « Je n'ai jamais rencontré une personne nommée Acem qui n'eût pas une mauvaise mémoire. » Il racontait aussi qu'il avait entendu Chôba dire ces paroles: « Acem Ibn Abi 'n-Ne- djoud nous récita des traditions, mais en moi-même j'eus de la mé- fiance*. » Dehebi^ disait de lui: «D'un talent solide comme lecteur coranique, il ne l'est pas tout à fait comme traditionniste; bien que P. l'iti. véridique, il est sujet à se méprendre. Ses traditions sont passables. » Si l'on objecte à tout cela que les deu\ cheïkhs (El-Bokhari et Mos- lem) ont cité des traditions fournies par lui, nous répondrons qu'ils ne les donnent pas uniquement sur son autorité, mais sur celle d'un autre traditionniste jointe à la sienne.

Abou Dawoud a publié sur le même sujet une tradition qui re- monte de Fitr Ibn Khalifa", — ce dernier nom doit s'écrire avec un f, — à El-Cacem Ibn Abi Bezza*, de lui à Abou Tofaïl", et de ' Abou Djâfer Moliaoïmed Ibn Atnr el- ^ L'imam Cliems ed-Dîti Mohammed Akîli (ou el-Ocaïli), auteur du Kitab el- Ibn Ahmed ed-Deliebi, auteur des /dnnaZef Doa/2, ouvrage qui, à en juger par son litre, de l'islamisme, AuMîzan el-Eïtidal« balance traitait de Iraditiounistcs dont l'autorité de l'équité,» et de plusieurs autres ouétail faible, composa aussi plusieurs autres vrages, est regardé comme le dernier traités. Il mourut l'an 822 (gS^deJ. C). membre de la longue série des grands ' Le célèbre hafedh Ali Ibn Omar ed- Iraditionnistes, dont il fut, du reste, un Darakotni, natif de Baghdad, était profon- des plus savants. Il mourut à Damas, dément versé dans les traditions et dans en 7/18 f i3/i8 deJ.C). Dans son A/izan, il les sciences coraniques. Il mourut en 385 entreprit d'estimei- à sa juste valeur l'aulo- (996 de J. C). ritédcs principaux tradilionnistes. Ses An- L'imam Yahya Ibn Saîd Ibn e!-Cal- /jafe sont riches en articles nécrologiques, tan, natif de Basra, se distingua par sa ° Fitr Ibn Klialîfa paraît avoir vécu au piété et par l'étendue du ses connaissances commencement du ni' siècle de l'hégire, dans les traditions. Sa mort eu lieu eu 198 ' Dans l'écriture arabe, cette lettre se (8i3 de J. C). L'imam Ibn Adi, dont le confond très-souvent avec le k guttural, nom se rencontre plus loin, portait aussi ' Variantes: Bcrra, Morra. Ce person- ' Littéral. « il y avait dans mon âme co ' Amer Ibn Ouathela Abou 't-Tofaïl, un qu'il y avait. • des Compagnons de Mohammed et parti- 166 PROLEGOMENES celui-ci à Ali, qui déclara avoir entendu dire au Prophète (son beau- père): Quand même le temps n'aurait plus qu'un jour à exister, Dieu suscitera an homme de ma famille qui remplira la [terre) de justice autant qu'elle est remplie d'iniquité. Bien qu'Ahmed (Ibn Hanbel) et Yahya Jbn el Cattan et Ibn Maîn\ et Neçaï, et d'autres docteurs aient déclaré Fitr digne de confiance, El-Eïdjli a dit de lui: «Ses traditions sont passables, mais il y a chez lui un peu de chîïsme; » et Ibn Main a dit une fois: « Il est digne de confiance et chîïte. » — « Nous passions tou- jours auprès de Fitr sans nous arrêter, dit Ahmed Ibn Abd Allah Ibn Younos^; il était repoussé (de tout le monde) et nous n'écrivions jamais sous sa dictée, » Il disait une autre fois: « Je passais auprès de lui sans m'arrèter, et je le laissais là comme un chien. » — « Ce qu'il rapporte ne doit pas servir de preuve, » dit Darakotni. — « Je cessai de rapporter des traditions sur son autorité, dit Abou Bekr Ibn Aïyach^ parce qu'il appartenait à une mauvaise secte.» — «Il s'est fourvoyé; il est indigne de confiance, » dit El-Djouzdjani *.

La tradition suivante a été reproduite par Abou Dawoud en la fai- sant remonter à Ali par la filière suivante: de Haroun Ibn el-Moghîra, à Amr Ibn Abi Caïs, de celui-ci à Choaïb Ibn Khaled, et de Choaïb à Abou Ishac es-Sabîaï''. Celui-ci rapporta qu'il avait entendu dire à Ali, qui regardait alors son fils El-Hacen: «Mon fils qui est là est san dévoué d'Ali, mourut l'an loode l'hé- gire (718-719 rie J. C.).

' Ai)Ou Zekeriya Yaliya Ibn Maîii, client de la tribu de Ghalafaii ( t originaire de Baghd.id, compte parmi k's tradilionnisles les plus illustres. Il mourut à Médine, l'an 233 (847-8/i8 de J. C).

' Abou Abd Allah Ahmed Ibn Abd Al- lah Ibn Younos, membre de la tribu de Te- mîm cl natif de Koufa, est regardé comme untradilionnistede la plus grande autorité. Il mourut à Koufa, l'an 237 (842 deJ.C), à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans.

' Abou Bekr Ibn Aïyach el-Acedi, trn- ' Abou Siileïnian Mouça Ibn Soleïmaii el-Djouzdjanl, nalif de la ville de Djouz- djan, dans le Khoraçnn, tenait un rang distingué parmi les docteurs du rite liané- fite. Il monrut l'an 211 de Ihégire (826- 837 de J. C). Un de ses élèves, nommé Abou Bettr Ahmed Ibn Ishac el-Djouzdjani, se distingua aussi par ses connaissances on jurisprudence.

' Abou Ishac Amr Ibn Abd Allah es- Sabîaï, traditionniste et natif de Koufa, mourut l'an 136 [jh5--]lili de J. C ).

D'IBN KHALDOUN. 167 un seïyid (chef), ainsi que le Prophète l'a intitulé, et de ses reins sortira un homme qui portera le nom de votre Prophète, et qui lui ressemblera par le caractère, mais non pas par la figure. » Ensuite Ali mentionna qu'il remplirait la terre de justice. l'. i'»?.

Haroun déclare qu'il tenait la tradition suivante d'Amr Ibn Abi Caïs, qui la tenait de Motarref Ibn Tarif, qui la tenait d'Abou '1-Ha- cen, qui la tenait de Hilal Ibn Amr, qui avait dit: «J'entendis Ali déclarer que le Prophète avait dit: « Vn homme viendra de l'autre côté du fleuve [l'Oxus); il s'appellera El-Hareth, et son avant-garde sera sous les ordres d'un nommé Mansour. // aplanira — variante — j7 raffermira [la terre) pour le service de la famille de Mohammed, ainsi que la tribu des Coreich a été raffermie pour le service du Prophète de Dieu. Tous tes musul- mans doivent l'aider — variante — lui obéir. A celte tradition Abou Dawoud n'ajoute aucune remarque^. Dans un autre endroit, le même (docteur) dit de Haroun qu'il était chîïle. Soleïmani^ a dit de lui: « On a des doutes à son sujet. » Selon Abou Dawoud, Amr Ibn Abi Caïs était sans reproche, mais il y avait des erreurs dans ses tradi- tions. « Il était véridique *, dit Dehebi, mais il tombait dans des mé- prises, et, quant à Abou Ishac cs-Sebîaï, bien qu'on ait cité des tra- ditions sur son autorité dans les deux Sahîh, on sait d'une manière positive que, dans les derniers temps de sa vie, il avait l'esprit dé- rangé, et que, pour ce qui regarde les paroles transmises par lui comme provenant d'Ali, l'indication de la filière par laquelle elles passèrent est incomplète. Il en est de môme de la tradition rapportée par Abou Dawoud, d'après Haroun Ibn el-Moghîra. » Quant à la filière de la seconde tradition, nous dirons qu'Abou 'l-Ilacen et Hilal Ibn Amr sont des personnages inconnus; on ne sait rien d'Abou '1-Hacen, si ce n'est que Motarref Ibn Tarif l'a cité comme une de ses autorités ^.