SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

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neige\ » Ce fut Yezîd Ibn Abi Zîad qui rapporta cette parole, laquelle est généralement connue des traditionnistes sous le nom de la tra- dition des drapeaux. Selon Chôba, Yezîd était un remonteur, c'est- à-dire qu'il Taisait remonter jusqu'au Prophète plusieurs traditions dont on ignorait la filiation. « Yezîd fut un des grands imams de la secte chîïte, » dit Mohammed Ibn Fodeïl^. Selon Ahmed Ibn Hanbel, il n'était pas un hafedh, et dans une autre occasion il dit de lui: « Les traditions qu'il a rapportées ne méritent pas ce nom. » — « Son au- torité est faible, » dit Yahya Ibn Maîn. — « Ses traditions peuvent être reçues, dit El-Eïdjli, et dans le dernier temps de sa vie il les en- seignait. )) — « On peut bien' mettre ses traditions par écrit, dit Abou Zeràa; mais on ne doit jamais les citer comme preuves authenti- ques. " — « Son autorité n'est nullement forte, » dit Abou Hatem. — « J'ai entendu déclarer, dit El-Djouzdjani, que ses traditions étaient d'une valeur très-faible. » — « Je ne connais personne qui les ait rejetées*, dit Abou Dawoud, et (cependant) je préférerais tout autre ( traditionniste ) à lui.» — «11 est un des chîïtes qui habitent Koufa, dit Ibn Adi, et l'on met par écrit ses traditions, bien que son autorité soit très-faible. » — Moslem a donné une tradition d'après Yezîd, mais il l'a appuyée par l'autorité d'un autre traditionniste. En somme, la majorité des docteurs s'accorde à traiter Yezîd comme un traditionniste de peu d'autorité, et les plus distingués d'entre eux ont infirmé la tradition des drapeaux, celle qui est rapportée d'après Ibrahim, qui l'aurait reçue d'Alcama, qui l'aurait apprise d'Abd Allah. « Elle ne vaut rien, » dit Ouekiâ Ibn ' Le texte arabe offre encore ici le mot (jfCij]. — Celte tradition a été évidemment forgée par les Chîïles, vers l'époque où le khalife Abbacide El-Mamoun avait l'in- tention de désigner pour son successeur le nommé Ali er-Rida, xiu descendant de Mohammed. On sait que les Abbacides partirent du khoraçan, province située à l'est de rirac, quand ils entreprirent de Prolégomènes. — ii.

renverser la dynastie des Oniéiades et que leurs drapeaux étaient de couleur noire.

'' Le Iradiiionniste Mohammed Ibn Fo- deïl ed-Dobbi, natif de Koufa, mourut l'an 195 (Sio-bii de J. C).

23 178 PROLÉGOMÈNES el-Djerrah', et Ahmed Ibn Hanbel l'a jugée de la même manière. Abou Codama^ a dit: « J'ai entendu Abou Osama^ s'exprimer en ces termes au sujet de la tradition des drapeaux, rapportée par Yezîd, sur l'autorité d'Ibrahîm: « Quand même Yezid me déclarerait, par un serment cinquante fois répété (qu'il tenait cette tradition d'Ibra- hîm), je ne le croirais pas. Reconnaît-on, dans cette tradition, la doctrine d'Ibrahîm.»* ou celle d'Alcama.»* ou celle d'Abd Allah.^ » El- i>. i55, Akili l'a insérée dans la liste de celles dont il regarde l'autorité comme faible, et Dehebi a déclaré nettement qu'elle n'est pas authentique.

Ibn Madja a reproduit une tradition qu'on fait remonter à Ali, et que Yacîn el-Eïdjli a rapportée d'après Ibrahim, qui l'aurait reçue de* Mohammed Ibn el-Hanefiya, qui l'aurait tenue de son grand-père'* par l'entremise de son père Ali. Yacîn raconte que le Prophète avait dit**: Le Mehdi sera un de nous autres qui sommes membres de la mai- ■ son [prophétique); Dieu le sanctifiera dans une nuit. Bien qu'lbn Maîn ait dit au sujet de Yacîn qu'il n'y avait rien à reprendre en lui, El- Bokhari a dit, du même personnage, que son autorité était sujette à discussion; or cette expression, dans la terminologie d'El-Bokhari, est équivalente à extrêmement faible. Ibn Adi a cité cette tradition de Yacîn el-Eïdjli, dans son Kamel, et Dehebi l'a insérée dans son Afizan; mais il la signale pour la repousser. «On la connaît, dit (Dehebi), sous le nom de tradition de Yacîn. » Taberani a reproduit, dans son Modjem moyen, une tradition que l'on fait remonter à Ali, qui aurait dit qu'il avait adressé au Pro- phète la question suivante: «0 Prophète de Dieu! le Mehdi sera- t-il des nôtres ou bien d'une autre famille? » et que le Prophète lui jurisconsulte et Iradllionniste, naquit à * Pour ^, lisez ^^.

Koufa, étudia sous Abou Hanîfa, et mou- '' Le traditionniste veut dire de Mobamrut à Feid, entre Koufa et la Mecque, en med; mais Ibn el-Haiieûya, fils d'Ali, ' Abou Codaina Obeid Allab Ibn Saîd med. Ainsi le nom de grand-père signifie ' Abou OsamaHammad, natif de Koufa; ' Après Jls, insérez JU'.

ê D'IBN KHALDOUN. 179 aurait répondu: Certainement il sera des nôtres. C^est par nous que Diea doit achever son ouvrage, de même qu'il l'a commencé par nous. C'est par nous que les hommes seront délivrés du polythéisme; c'est par notre moyen que Diea établira la concorde parmi eux, après qu'ils auront été en hostilité ouverte, de même que, par notre moyen, il a établi la concorde parmi eux après qu'ils ont été en hostilité [par suite) de [leur] polythéisme. Ali lui dit alors: « Seront -ils vrais croyants ou infidèles?" et le Prophète ré- pondit: L'an sera dans la tentation et l'autre sera infidèle. Le nom d'Abd Allah Ibn Lahîah^ se trouve dans Yisnad de cette tradition; mais l'au- torité de ce docteur est faible, et son caractère (comme radoteur) est bien connu. Amr Ibn Djaber el-Hadrami y est nommé aussi; mais son autorité est encore plus faible que celle d'Ibn Lahîah. Ahmed Ibn Hanbel a dit: « Il (Amr) a rapporté, sur l'autorité de (son père) Djaber, des choses inadmissibles. J'ai même appris qu'il avait l'ha- bitude de mentir. » — «Il n'est pas digne de foi, » dit Neçai, qui ajoute ensuite: « Quant à Ibn Labiah, c'était un vieux radoteur, dont l'intelligence était faible. Il disait qu'Ali était porté sur les nuages, et, quand il venait s'asseoir avec nous, il fixait ses yeux sur un nuage, et disait: « Voilà Ali qui vient de passer, porté sur ce nuage. » Taberani a reproduit la tradition suivante comme provenant d'Ali, p. iSii. qui aurait raconté que le Prophète avait dit: Vers la fin des temps, il y aura de l'anarchie dans laquelle les hommes se trouveront pris ainsi que l'or est emjagé dans sa gangue. Ne dites pas de mal des gens de lu Syrie; mais blâmez-en les méchants, car il y aura, parmi les [gens de la Syrie), des Abdal ^. Bientôt le ciel enverra contre les gens de la Syrie un torrent qui les dispersera à un tel point que des renards n'auraient qu'à les atta- quer pour les vaincre. Alors sortira un membre de ma famille ayant avec lui trois drapeaux. On dit qu'ils seront [au nombre) de quinze mille aa plus, et de douze mille au moins, et leur cri de guerre sera: Tue! tue^l ' Le cadi Abd Allah Ibn Laliîali, juris- consullc, tradilionnisle, et natif du Caire, mourut l'an 17^ (790-791 de J. C).

' Dans les manuscrits et dans l'édilion de Boulac, le mot c>-»î est répété deux fois seulement, ce qui est plus conforme au génie de la langue.

a3.

Ï80 PROLÉGOMÈNES Ils rencontreront sept drapeaux, soas chacun desquels sera un homme qui recherchera l'empire. Puis Dieu les tuera tous, et rendra aux musulmans la concorde, le bien-élre, leur territoire et leur {liberté de) jugement. Le nom d'Abd Allah Ibn Lahîah se trouve dans Yisnad de cette tradition; mais son autorité est très-faible et son caractère est bien connu. Le Hakem, qui l'a rapportée dans son Mosiedrek, a déclaré que Yisnad en était sain; mais les deux docteurs (El-Bokhari et Moslcm) ne l'ont pas accueillie. Dans la forme sous laquelle le Hakem la présente on trouve cette variante: Ensuite le Hachemide paraîtra, et Dieu ramènera les hommes à la concorde, etc. ce qui ne se rencontre pas dans la leçon d'Ibn Lahîah. Uisnad de cette dernière forme est saine, ainsi que (le Hakem) l'a dit.

Le Hakem a reproduit dans son Mostedrek une tradition rapportée par Abou 't-Tofaïl, et remq^ntant à Ali, Abou 't-Tofaïl la donnait sur l'autorité de Mohammed Ibn el-Hanefiya, qui (lui avait) dit: «Nous étions chez Ali, quand un homme l'interrogea au sujet du Mehdi, et il répondit: Holà! Puis il ferma (plusieurs doigts de) la main, de manière à indiquer le nombre de sept, et il dit alors: Voilà! Il pa- raîtra vers la fin du temps et à une époque où tout homme qui invoquera le nom de Dieu sera tué. Dieu rassemblera autour de lui un peuple aussi nombreux que les Jlocons ' ( de vapeur ) dont se composent les nuages; iSy. Dieu mettra leurs cœurs d'accord. Ils ne s'attristeront pour personne; ils ne se réjouiront pas à cause de celai qui entrera dans leur bande. Leur nombre sera celui des musulmans qui combattirent à Bedr^; les premiers ne précéderont pas, et les derniers ne seront pas à la suite. Leur nombre sera celai des compagnons de Talout [Saûl) qui passèrent la rivière avec lai^. Selon Abou 't-Tofaïl, Ibn el-Hanefîya lui dit aloi'S: «Es- tu pour (le Mehdi)? » et il répondit: « Oui. » Alors Ibn el-Hanefîya ' Selon une noie marginale de l'édition riens, le nombre des musulmans qui comde Boulac, le mot p.^, pluriel de *£LS, battirent à Bedr était de mille, est de la seconde déclinaison, comme ' Nous lisons dans le Coran (sour. ii, *Iy>l, pluriel de ^y^. S'il élait de la pre- vers. 25o) que Talout défendit à ses solmière déclinaison, il aurait fallu lire le j. dats de se désaltérer dans une certaine Lisez éXc Ji AJ'txc. Selon les h'isto- rivière, et qu'à l'exception d'un petit D'IBN RHALDOUN. 181 lui dit: « Il sortira d'entre ces deux montagnes. » — « Assurément, dit Abou 't-Tofaïl, je ne m'en éloignerai jamais jusqu'au jour de ma mort. » Et il mourut là, c'est-à-dire à la Mecque. Selon le Hakem, cette tradition est saine, si on la juge d'après les règles suivies par El-Bokhari et Moslem; mais, à notre avis, elle n'est authentique que d'après les règles de Moslem seulement; car, dans Yisnad, se trou- vent les noms d'Ammar ed-Dehebi et de Younos Ibn Abi Ishac\ per- sonnages sur l'autorité desquels El-Bokhari n'a jamais donné des tra- ditions. Dans le même isnadse trouve aussi le nom d'Anir Ibn Moham- med el-Ancazi^, personnage dont El-Bokhari ne cite jamais le témoi- gnage comme définitif, à moins de pouvoir l'appuyer par celui d'un autre traditionniste. Ajoutez à cela qu'Ammar était chîïte. Si Ahmed (Ibn Hanbel), Ibn Maîn, Abou Hatein, Neçaï et autres docteurs ont déclaré qu'Ammar était une autorité sûre, il n'en est pas moins vrai qu'Ali Ibn el-Medîni^ m'a rapporté, d'aprèç Sofyan, que Bichr* Ibn Merouan lui coupa les jarrets. « Et pourquoi? » lui disais-je ^. — « Parce qu'il était chîïte, » répondit- il.

Ibn Madja a rcpi'oduit une tradition qui remonte à Anes Ibn Malek* et qui avait passé d'Anes à Abd Allah (Ibn Masoud), puis de celui-ci nombre tous les autres burent à leur gré. Selon le commentateur El-Bcïdhaoui, le nombre de ceux qui obéirent à cet ordre était de trois cent treize, ou bien de trois mille, selon une autre tradition, ou bien encore de mille. Moliammed a évidem- ment attribué à Talout (Saul) ce qui était arrivé àGédéon dans son expédition contre les Madianiles. Selon la Bible (.luyes, VII, 6), le nombre de ceux qui avaient pris de l'eau avec la langue était de trois cents.

' Amr Ibn Mohammed el-Ancazi, natif de Roufa, mourut l'an 199 (8it\S\b de J. C).

' Le hafedh et traditionniste Ali Ibn Abd Allab, surnommé Ibn el-Medînl, surpassa, dans la critique des traditions, tous le.s docteurs de son temps. Il mourut l'an 334 (8A8-849 de J. C).

' Pour s->w-j, lisez v-^. Bicbr, fils de Merouan Ibn elHakem, quatrième souve- rain omeïade de l'Orient, mourut l'an 7/I (693-69^ de J. C), après avoir gouverné les provinces de Basra et de l'Irak.

' Ces observations critiques appartien- nent évidemment à Ibn Abi Kheïthema (voy. ci-devant, p. 160); il avait fort bien pu rencontrer Ibn el-Medîni.

° Anes Ibn Malek, l'un des Compagnons de Mohammed et traditionniste très-cé- lèbre, mourut l'an 98 (71 1-713 de J. C).

182 PROLÉGOMÈNES à IshacS puis d'Ishac à Eïkrima Ibn Ammar^, puis d'Eïkrima à Ali Ibn Zîad el-Yemami, puis de celui-ci à Djâfer, puis de Djâfer à Saad Ibn Abd el-Hamîd, de qui (Ibn Madja) l'avait reçue. La voici dans les paroles d'Anes: « J'entendis le Prophète dire: Nous autres enfants d'Abd el-Moitaleb, c'est-à-dire, moi, Hamza, Ali, Djâfer, El-Hacen, El- Hoccïn et El-Mehdi, serons les seigneurs des gens du paradis. » Moslem a bien rapporté quelque chose d'après Eïkrima Ibn Ammar, mais il ne p. i58. l'a fait qu'en le regardant comme une autorité secondaire. Quelques docteurs l'ont déclaré faible (comme autorité), mais d'autres l'ont proclamé digne de confiance. « C'est un tricheur, dit Abou Hatem er-Razi, et l'on ne doit accepter de lui (aucune tradition), tant qu'il n'aura pas déclaré positivement qu'il l'a apprise par audition. » Quant à Ali Ibn Zîad, Dehebi dit de lui dans son Mizan: « On ne sait qui il est, 1) puis il ajoute: « Son véritable nom était Abd Allah Ibn Zîad. » Quant à Saad Ibn Abd el-Hamîd, son autorité a été décla- rée bonne par Yacoub*Ibn Cheïba^, et Yahya Ibn Maîn a dit de lui: « On ne peut rien lui reprocher. » Mais Thauri a glosé sur son carac- tère, parce que, dit-on, il l'avait vu se tromper en prononçant des décisions sur des questions de droit. « Il est un de ceux dont les er- reurs sont grossières, dit Ibn Habban, et il ne peut pas servir d'au- torité. » Ahmed Ibn Hanbel a dit: « Sâad Ibn Abd el-Hamîd prétend avoir entendu expliquer les livres de Malek en la présence de l'au- teur*, mais personne ne veut croire à cette déclaration. Il est ici, à Bagdad, sans avoir jamais fait le pèlerinage; comment donc les aura-t-il pu entendre expliquer (puisque Malek professait à Médine).!* » Selon Dehebi, il était un de ceux auxquels les paroles des critiques n'ont porté aucune atteinte.

' Ishac Ibn Abd Allah, élait natif de Mé- mosned, ou collection de traditions authendine et disciple des Compagnons de Mo- tiques, demeurait à Baglidad. 11 mourut deJ. C). ' Le mot j»y^, dans la terminologie " Eïkrima Ibn Ammar el-Yemami mou- de l'école, signifie lire un écrit à un prorut l'an 169 (775-776 de J. G.). fesseur, afin de profiter de ses observa- ' Yacoublbn Cheïba, auteur d'un grand lions.

D'IBN KHALDOUN. 183 Le Hakem a reproduit, clans son Mosiedrek, une tradition que l'on fait remonter jusqu'à Modjahed\ et de lui à Ibn Abbas^, sans la suivre plus loin. Voici ce que raconte Modjahed: " Abd Allah Ibn Abbas m'a dit: « Si je n'avais pas entendu déclarer que tu étais pour ainsi dire un membre de la famille (de Mohammed), je ne te com- muniquerais pas la parole du Prophète que je vais te raconter. » — Je lui dis: «Certes, (chez moi) elle sera (cachée) sous un voile; je ne la raconterai qu'à ceux que tu voudras. >> Il dit: « (La voici: ) Parmi nous autres gens de la maison {propitétique) il j aura quatre per- sonnages (remarquables): Es-Sajfah sera des noires, ElMondher sera des nôtres, El-Mansour sera des nôtres, et El-Melidi sera des nôtres. Je lui dis: « Explique-moi qui sont ces quatre. » Il répondit: ■■< Quant à Es- Saffah, il sera dans le cas de tuer ses partisans et de pardonner à ses ennemis; quant à El-Mondher, il donnera (aux autres) beaucoup d'argent, sans s'enorgueillir à cause de cela, et il ne gardera pour lui-même qu'une faible portion de ce qui lui appartient de droit; quant à El Mansour, la victoire qu'il remportera sur ses ennemis (lui) procurera la moitié de ce que le Prophète avait obtenu: les ennemis (du Prophète), jusqu'à la distance de deux mois de chemin, ont eu P. iSg. peur de lui; ceux d'El-Mansour, jusqu'à la distance d'un mois, le craindront; quant au Mehdi, il est celui qui remphra la terre de jus- tice autant qu'elle a été remplie d'iniquité; (sous lui) les animaux sauvages vivront en paix avec le bétail, et la terre rejettera (de son sein) les morceaux de son foie ^. « Je lui demandai ce que cela était, et il répondit: « Des morceaux d'or et d'argent grands comme des co- lonnes. » Selon le Hakem, Yisnad de cette tradition est sain, mais El-Bokhari ne l'a pas reproduite, ni Moslem non plus. Elle fut ra- contée par Ismaïl, fils d'Ibrahîm et petit-fils de iMohadjer, qui l'avait apprise de son père. Or Ismaïl est faible (comme autorité) et, bien ' Modjahed Ibn Djobeïré(ail très-savant ' C'est-à-dire, ce qu'elle possède de plu» dans i'exégèse coranique. Il mourut au précieux. (Pour la signification de celte ex- commencement du u" siècle de l'hégire. pression, voyez la Chrcslomattiie arabe de ' Cousin de Mohammed, M. de Sacy, a' édit. t. I, p. la.)

184 PROLEGOMENES que Moslein ait reproduit (des traditions) d'après Ibrahim, la plupart des docteurs s'accordent à déclarer que celui-ci était aussi (d'une autorité) faible.

Ibn Madja a reproduit la tradition suivante d'après Thauban': « Le Prophète a dit: Auprès de votre trésor trois personnes, tous fils de kha- lifes, se combattront, mais aucune d'elles ne l'obtiendra'^. Ensuite les dra- peaux noirs se lèveront du côté de l'Orient, et l'on vous tuera comme jamais peuple n'a été tué. Puis il mentionna quelque chose dont je ne nie souviens plus; ensuite il ajouta: Et, lorsque vous le verre'z, prêtez-lui le serment de fidélité, quand même vous devriez ramper sur la neige, car il est le Mehdi, le vicaire de Dieu. « Les individus dojit les noms se trouvent dans Visnad de cette tradition font partie de ceux dont l'autorité est citée dans le Sahih; mais on y voit le nom d'Abou Colaba el-Djermi', personnage que Debebi et autres docteurs regardent comme un tri- cheur; on y remarque aussi le nom de Sofyan Thauri, dont les tri- cheries sont bien connues; cliacim d'eux donnait des isnaJi incomplets'', sans jamais déclarer nettement qu'il les avait appris par la voie de l'audition. Donc cette tradition ne saurait être admise. On y voit encore le nom d'Abd er-Rezzac Ibn Hemniam^, personnage dont l'at- tachement à la doctrine chîïte était notoire. Il devint aveugle vers la fin de sa vie, et eut l'esprit dérangé. «II rapporta des traditions au sujet des excellentes qualités (du Prophète), dit Ibn Adi, mais aucun de ses renseignements ne s'accorde avec ceux des autres tradition- nistes. On l'a regardé comme un partisan de la doctrine chîïte. » Ibn Madja a reproduit la tradition suivante comme provenant d'Abd Allah Ibn el-Hareth Ibn Djoz ez-Zobeïdi ^. Il l'avait apprise ' Thauban, affranclii de Mohammed, * Le texle arabe porle ^jjtXc. (Voy. pour mourut l'an 54 (674 de.). C). la signitication de ce mol, p. 169, note 7.)

' Amoinsque le mol yi^T" ne soit ici du ^ Abder-RezzacIbnHemmam, tradition- genre féminin, je lirais, avec l'édition de nisle d'un grand savoir, mourut l'an 21 1 Boulac, vv-oJ, à la place de y^«jj'. (826-827 de J. C).

'' Le tradilionniste Abou Colaba Abd '^ Abd Allah Ibn el-Harelh ez-Zobeîdi Allah El-Djermi mourut vers l'an loA assista à la conquête de l'Egypte par le» D'IBN KHALDOUN. 185 d'Ibn-Lahîah, qui la tenait d'Abou Zerâa Amr Ibn Djaber el-Fladrami, i qui l'avait reçue d'Abd-Allah Ibn el-Hareth. Celui-ci rapporte que le Prophète de Dieu avait dit: Des hommes sortiront de l'Orient et apla- niront pour le Mehdi, c'est-à-dire lui aplaniront le chemin de la sou- veraineté. Selon Taberani, cette tradition n'a pour garant qu'lbn Lahîali, et nous avons déjà dit, à propos de la tradition d'Ali, que Taberani a reproduite dans son Modjem moyen, qu'lbn Lahîab était faible (comme autorité) et que son maître Amr Ibn Djaber était en- core plus faible que lui.

La tradition suivante a été reproduite par El-Bezzar, dans son Mos- ned\ et par Taberani, dans son Modjem moyen; nous la donnons telle ({ue Taberani l'a exprimée: « Abou Horeïra raconte que le Prophète avait dit: Le Mchdi sera parmi mon peuple; le moins de temps qu'il y restera sera de sept [arts), ou bien de hait, ou bien de neuf. Pendant cette période, mon peuple jouira d'un bien-être qu'il n'avait jamais encore éprouvé; le ciel leur donnera des averses abondantes; la terre ne [leur] refusera aucune de ses plantes, et l'argent sera comme la poussière qu'on foule aux pieds. Un homme se lèvera et dira: 0 Mehdi! donne-m'en, et celui-ci répondra: Prends. » Selon Taberani et El-Bezzar, c'est par un seul individu, Mohammed Ibn Merouan el-Eïdjli, que cette tradi- tion a été rapportée. El-Bezzar ajoute; « On ne sait si quelqu'un l'a suivi en cela. » Abou Dawoud a déclaré ce Iraditionniste digne de foi; Ibn Habban est du même avis ^, puisqu'il a mis son nom dans la liste de ceux dont la parole mérite confiance, et Yahya Ibn Maîn a dit de lui, « C'est un homme saint, » et une autre fois: « Il n'y a rien à lui reprocher. » Malgré ces témoignages, on n'est pas d'accord au sujet du caractère d'Ibn Merouan: « Je ne suis pas de l'avis (d'ibn Maîn),» dit Abou Zeiâa. — «J'ai vu Mohannned Ibn Merouan el Akîli', dit Abd Allah, fils d'Ahmed Ibn Hanbel; il rapportait des tra- ditions en ma présence, mais je m'abstenais à dessein de les mettre ' MosneJ.recueilde traditions appuyées ' Plus haut, ce surnom est écrit Elpar des isnads. (Voy. ci-devant, page 169.) EidjH. L'édition de Boulac offre cette dcr- * Avant l<^, insérez Lo_)l. nière leçon.

186 PROLÉGOMÈNES par écrit, bien que plusieurs de mes compagnons écrivissent sous sa dictée. » D'après cela, il paraîtrait que ie fds d'Ahmed Ibn Hanbel regardait l'autorité de ce traditionniste comme faible.

Abou Yala el-Mauceli a reproduit, dans son Mosned, la tradition suivante: Abou Horeïra s'exprime en ces termes: « Mon ami Abou . '1-Cacem^ m'adressa la parole et dit: La [dernière) heure {du monde) n'arrivera pas avant c/u'il sorte contre eux un homme de ma famille. Il les battra jusqu'à ce qu'ils reviennent à la vérité. Je lui dis: Combien de temps régnera-t-il? Il répondit: Cinq et deux. Je lui demandai ce que c'était que cinq et deux; il me répondit: Je ne sais pas. » Bien que le nom de Bechîr Ibn Nehîk se trouve dans Visnad de cette tradition, et qu'Abou Hatem ait dit, « On ne peut le citer comme autorité, » les deux clieïkhs (El-Bokhariet Moslem) l'ont donnée. On a donc regardé Beschîr comme digne de confiance, et Ton n'a tenu aucun compte de la parole d'Abou Hatem. Dans le même isnad on voit le nom de Merdja Ibn Redja el-Yechkori, personnage sur la véracité duquel on n'est pas d'accord. Selon Abou Zerâa, il est digne de foi; selon Yahya Ibn Main, il est faible (comme autorité), et Abou Dawoud est aussi de cet avis^ mais il dit ailleurs que c'était un homme saint. El-Bokhari a inséré dans son Sahîh une seule tradition sur l'autorité de Merdja.

Abou Bekr el-Bezzar a reproduit la tradition suivante dans son Mosned, et Taberani l'a insérée dans ses deux Modjems, le grand et le moyen, sur fautorité de Corra Ibn Ayas ^: « Le Prophète a dit: Certes, la terre se remplira d'oppression et d'iniquité, et, quand elle en sera remplie, Dieu enverra un homme d'entre les miens, ayant le même nom que moi, et dont le père aura le même nom que mon père. Il la rem- plira de justice et d'équité autant qu'elle fat remplie d'oppression et d'ini- ' Mohammed, fondateur de l'Isla- ^ Après (_>;^»^ tJ'**. insérez ^1 JUj misnie, portail le surnom d'Abou '1-Ca- <_>!y->^ iy^.

cem. Il avait pris sous sa proleclion Abou ' Corra Ibn Ayas el-Mozeni élail un Horeïra, qui élail aveugle, et le traitait avec des Compagnons de Mohammed; il se une grande familiarité. II lui permellail fixa à Damas. On tient de lui plusieurs même de l'appeler par son surnom, chose traditions. L'année de sa mort m'est inqui ne se fait jamais qu'entre des amis. connue.

D'IBN KHALDOUN. 187 (juilé; le ciel ne refusera pas ses plaies et la terre ne refusera aucune de ses plantes. Il restera parmi vous sept, ou huit, ou neuf, c'est-à-dire ans. » Dans Yisnad de cette tradition se trouve le nom de Dawoud Ibn el- Mohabber Ibn Cahrem^ qui la donne comme provenant de son père. Or l'autorité de l'un et de l'avitre est extrêmement laible. -