SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

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Les Almohades, au moment de fonder leur empire, n'étaient pas assez avancés en civilisation pour rechercher des titres ni pour éta- blir des charges désignées par des noms spéciaux. Chez eux, cela ne se fit que plus tard. Le seul office qu'ils instituèrent fut celui de vizir. Ils avaient commencé par en donner le titre au secrétaire que le sultan s'était adjoint pour l'expédition de ses affaires privées. Tels furent Ibn Atia et Abd es-Selam el-Koumi*. Le vizir avait, de plus, le con- trôle de la comptabilité et des affaires de finances. Plus lard, le titre de vizir ne se donna qu'à des membres de la famille royale, tels qu'Ibn Djamê^. A cette époque, le nom de hadjeb n'était pas connu des Almohades.

Dans les premiers temps des Hafsides de I'Ifrîkiya, le ministre qui aidait le sultan par ses lumières et par ses conseils, et qui gouvernait l'empire tenait le rang le plus élevé dans l'Etat et portait le titre de cheikh des Almohades^. Il nommait à tous les emplois, il destituait, il commandait les armées et présidait aux opérations militaires. Un autre fonctionnaire, appelé le saheb el-achghul (l'homme d'affaires), diri- ' \oy. Histoire des Berbers, l. Il, p. \^5, ' Les Hafsides professaient la même 196. doctrine religieuse que les Almohades et ^ Voy. Histoire desBerbers.t. II, p. 226, appartenaient à la même race qu'eux. 227 et suiv.

D'IBN KHALDOUN. 15 geait Ja comptabilité et le diwan (ou bureau des finances). Il admi- nistrait, d'une manière absolue, les revenus de l'Etat et les dépenses de toute nature; il obligeait les percepteurs à rendre leurs comptes régulièrement; il pouvait confisquer leurs biens (au profit du trésor) et leur infliger des châtiments corporels en cas de négligence de leur part. Pour remplir ces fonctions, on devait être almohade. Chez les Hafsides, la place de secrétaire d'Etat^ se donnait à quiconque savait bien rédiger une dépêche, pourvu qu'il fût d'une discrétion éprouvée. Cela se faisait parce que l'écriture n'était pas un art que P. Ton cultivât chez les Almohades, et que la correspondance ne se faisait pas en leur langue (le berber). La condition d'être né Al- mohade n'était donc pas exigée.

Le sultan (hafsido), voyant le grand accroissement de son empire et le nombre de gens qui recevaient une solde et formaient sa mai- son, dut prendre un cahreman'^ pour organiser et diriger fadminis- tration du palais. Cet officier avait dans ses attributions les rations, les traitements et fhabillement; il pourvoyait aux dépenses des cui- sines, des écuries, etc. il tenait au complet les magasins (de vivres et d'armes), et, quand il avait besoin de fournitures, il payait en man- dats remboursables par les receveurs de contributions. On donnait à ce fonctionnaire le titre de hadjeb. Quand il avait une belle écri-- ture, on le chargeait de tracer le parafe impérial sur les documents émanant du sultan; s'il n'écrivait pas bien, on confiait cette tâche à un autre. Cet état de choses se maintint pendant quelque temps. Le sultan était d'abord son propre hadjeb; ensuite il y eut un hadjeb en titre, celui dont nous parlons, et qui sert d'intermédiaire entre le souve- rain et les personnes de toute condition, fonctionnaires publics ou autres. Dans les derniers temps de la dynastie, on ajouta aux fonc- tions du hadjeb l'administration du bureau de la guerre et la conduite des opérations mihtaires; puis on le choisit pour conseiller privé (du sultan); aussi cette charge devint-elle la plus importante de ' Liltéral «la plume. » — ' Ce mol, emprunté aux Persans, signifie ici intendant.

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toutes et la plus considérable par l'étendue de ses attributions. En- suite arriva l'époque où les ministres tinrent le sultan en tutelle et gouvernèrent en son nom. Cela eut lieu après la mort du douzième souverain de la dynastie '; mais Abou '1-Abbas^, le petit-fils de celui-ci, fit disparaître toute trace de ces usurpations en supprimant la charge de hadjeb, qui avait servi d'échelle à l'ambition des ministres. Dès lors il dirigea lui-même toutes les affaires do l'empire sans vouloir se faire aider par qui que ce fût. Tel est encore l'état des choses (chez les Hafsides) jusqu'à ce jour.

On ne trouve pas la moindre trace d'un hadjeb parmi les officiers du plus grand des empires zenatiens, celui des Mérinides '. L'admi- nistration de la guerre et le commandement de l'armée appartenaient au vizir; les fonctions de la comptabilité et de la correspondance se donnaient à la personne la plus capable de les remplir et que l'on choisissait dans une des familles que la maison royale avait tirées du néant. La comptabilité et la correspondance se trouvaient tantôt réunies entre les mains d'un seul individu, tantôt elles formaient des emplois distincts. L'officier qui gardait la porte du souverain pour empêcher le public d'y pénétrer s'appelait le mizouar. Il était, en réalité, le prévôt des djandar'', employés qui se tenaient à la porte du sultan pour exécuter ses ordres, infliger les punitions qu'il pres- crivait, être les instruments de sa vengeance et garder les personnes détenues dans les prisons d'Etat. Leur prévôt avait dans ses attri- butions la garde de la porte du sultan; il faisait aussi observer l'éti- ' Le sultan Abou Yahya Abou Bekr; il mourulen 7/17 (i3/16 de J. C). Pour l'his- loirc de son règne, coiisultez ['Histoire des Berbers, t. II et III.

' L'autre empire zenalien était celui des Béni Abd el-Ouad, qui régnaient à Tlemcen. (Voy. Histoire des Berbers. t. III; on y trouvera une histoire très-détaillée de cette dynastie: l'iiisloire des Mérinides remplit presque tout le quatrième volume.) ' Ce mol est persan et signifie porte-ar- mure, écuyer. En Egypte, sous les Mam- louks.les rf/an(iar remplissaient les mêmes fonctions que leurs confrères du Maghreb; ils étaient huissiers de la porte, valets de pied et bourreaux. (Voy. la Chrestomathie arabe de M. de Sacy, 2' édition, tome II, D'IBN KHALDOUN.. 17 qiiette usitée aux audiences données (par le sultan) dans la maison du commun^. Cette charge était, pour ainsi dire^, un vizirat (ministère) en petit.

Quant à l'autre dynastie zenatienne, celle des Béni Abd el-Ouad, on n'y trouve pas la moindre trace de ces emplois. 11 n'y avait pas même de charges spéciales, tant la civilisation rude et imparfaite de la vie nomade prédominait chez ce peuple. Quelquefois ils em- ployaient le titre de hadjeb pour désigner l'intendant de la maison du souverain, ainsi que cela se pratiquait dans l'empire hafside. En certaines occasions ils augmentèrent les attributions de cet employé en lui donnant la comptabilité et le droit de parafer les pièces ofB- cielles [sidjillat), ainsi que cela se pratiquait chez les Hafsides '. Ils, affectèrent d'imiter ce peuple parce que*, dans les premiers temps de leur empire, ils reconnaissaient la souveraineté de la dynastie hafside, dont ils avaient embrassé la cause.

En Espagne, celui qui, de nos jours, est chargé de la comptabilité privée du souverain et des finances s'appelle le ouckil^. Le vizir y exerce les fonctions ordinaires de son office; mais il se voit chargé quel- quefois de la correspondance. Le sultan appose lui-même le parafe sur toutes les pièces officielles; car l'emploi d'écrivain du parafe, tel qu'il se trouve dans les autres empires, n'existe pas dans ce pays.

En Egypte, sous la dynastie turque'^, le titre de hadjeb se donne à un officier [hakem] pris dans la race qui a le pouvoir, c'est-à-dire, les Turcs: c'est lui qui, dans la ville, fait exécuter les jugements prononcés dans des contestations entre particuliers. Les hadjeb chez les Turcs sont en grand nombre. Cet office est subordonné à celui du naïb, dont P.

lin arabe «..-«LaJI ^\i. Les khalifes ici le terme sidjillat, qui signifie aussi déabbacides aussi avaient deux salles de ré- pêches et registres.

ception, l'une pour les grands et l'autre " Pour l./, lisez U.

pour le peuple. (Voir ci-après, p. 1 1 5.) ^ Oiiekîl ou oiikîl signifie mandataire.

^ PourylO, lisez l^liCi. " Pour ce paragraphe, j'ai adopté la "' Voy. ci-devant, p. i5. La compa- traduction donnée par M. de Sacy dans sa raison du texte arabe des deux passages Chrestomathie arabe, l. Il, p. 169; mais j'y fait voir en quel sens l'auteur a employé ai fait quelques changements.

rS. PROLÉGOMÈNES l'autorité s'étend sur les membres de la race dominante et sur le com- mun des sujets, sans aucune exception.

I^e naïb a quelquefois le droit de nommer à de certains offices et d'en destituer; il accorde ou confirme les pensions de peu de valeur, et ses ordres \ ainsi que ses ordonnances, sont exécutés comme ceux du souverain. 11 est, pour ainsi dire, le lieutenant général du sultan, tandis que les hadjeb ne remplacent le prince que pour l'exercice de la justice entre les différentes classes du peuple et entre les militaires, quand ces contestations sont portées devant eux, et pour forcer les réfractaires à se soumettre aux jugements prononcés contre eux. Leur rang est donc au-dessous de celui du naïb.

Quant au vizir, sous la dynastie turque, il est chargé de la rentrée des impôts de tous genres, soit kharaxJj (contribution foncière), soit meks (douanes et octrois), soit capitation. Avec cet argent il subvient atix dépenses du gouvernement et paye les traitements lixes. Il nomme et destitue les employés commis à la perception des impôts, et les a tous sous ses ordres, quels que soient leurs grades. L'usage est que ce vizir soit pris parmi les Coptes qui dirigent les bureaux de la comptabilité et de la perception, parce que, de temps immé- morial, ils ont été spécialement chargés de cette administration en Egypte. Quelquefois pourtant, quand les circonstances l'exigent, le sultan nomme à cet office une personne de la race dominante, un Turc de haut rang ''' ou un fds de Turc.

' A la place de ojy"!, le manuscrit C et huissiers. Ce n'est pas là le sens propie de l'édition de Boulac portent o»/»LI, leçon ce mot, tel qu'il est emplojé par les Arabes qui me semble préférable. de l'Occident. Dans les écrits d'Ibn Khal- * M. deSacy a hésité sur la signification doun, le terme t:»^^».^ se rencontre trèsdu mol c^'ïUwj. Il le rendit d'abord par souvent et signifie toujours les personnages les gens du, commun, puis il ajouta: «Je haut placés, les grands de l'empire. Il dit pense que ce mot est opposé ici à celui de ( p. 3 1, 1. 1 4 du t. 11 des Prolégomènes): ^/« iVoi! lies militaires. »(Voy. C/ires(omaMie, iJ.oJf (^ifU»s Ob'! «un des plus grands t. H, p. 169.) Dans le troisième volume personnages de l'Etat,» et, un peu plus du même ouvrage, p. 100, il se fonde loin (même page, 1. 17); Jl L^-aAj J qIT sur une glose d'El-Rharezmi pour lui al- (^^-^^ vj-T»<>-*-j-If cis-^La.^ «personne ne Iribuer la.signification de valets de pied ou pouvait remplir cette charge, excepté un DIBN KHALDOUN. 19 Bureau des finances et des contributions.

La charge d'administrateur des finances est une de celles dont un gouvernement royal ne saurait se passer. Ce fonctionnaire dirige les divers services financiers et veille aux intérêts du gouvernement P. 16. en ce qui concerne les recettes et les dépenses; il tient la liste no- minative des soldats dont se compose l'armée; il fixe la quantité de leurs rations et leur remet la paye aux époques' où elle devient due. Dans toutes ces opérations, il se guide d'après certains tableaux dressés par les chefs de ces services et par les intendants du domaine privé ^.

Ces tableaux se trouvent dans un livre renfermant tous les dé- tails du service des recettes et dépenses, et contenant beaucoup de calculs que personne ne sait exécuter, excepté les employés les plus habiles de cette administration. Ce livre s'appelle le Divan (registre). On donne aussi ce nom au lieu où les agents (du trésor) et les per- cepteurs tiennent leurs séances. Voici comment on explique l'origine de ce mot: Chosroès (le roi de Perse), ayant vu un jour les com- mis du divan qui faisaient des calculs de tête et qui semblaient, chacun, se parler à soi-même, s'écria, en langue persane, divané! c'est-à-dire, « ils sont fous. » Depuis lors le nom de divané se donna au lieu où ces écrivains se tenaient, et, comme il devint d'un emploi très- fréquent, on supprinrja la lettre finale pour alléger la prononciation. Ensuite ce terme lut employé pour désigner le livre qui traitait des services financiers et qui en renfermait les tableaux avec des modèles de calcul. Selon d'autres, divan signifie démon en persan: les conunis des principaux Almohades, un de leurs de Moder, par sa noblesse, par sa bragrands. » Citons encore l'auteur du die- vonre et par ses talents lilléraires. » (Mationnaire biographique intitulé ElHillet nuscril de la Société asiatique, fol. lia, es-ÉS'iy«r«, qui dit, en parlant d'un individu I. 3.)

nommé Amei- Ilm Amr: cJ■^L>^ |j-« yk' ' Lemol tj^l-jl, pluriel de yÇI, n'est l^.ilj iitS^j wys jj«Jjjû(lj wÂ-« Jj (/y»9 pas indiqué dans nos dictionnaires. «Hélait un des premiers de la Iribu de * LiUéral.«lesca/irem«/isdeladynaslic. » Coreïcl) en Espagne, et même de la tribu (Voy. ci-devani, p. i5.)

3.

aO - PROLÉGOMÈNES de radininistralion, disent-ils, furent ainsi nommés à cause de leur promptitude à débrouiller les affaires les plus obscures et à rappro- cher (les indications) éparses et dispersées. Plus tard le mot divan ser- vit à désigner le lieu où ces employés tenaient leurs séances; puis il s'appliqua, par analogie, à la réunion des écrivains qui dressaient les dépêches et à l'endroit près de l'entrée du palais où ils se tenaient assis. Nous reviendrons là-dessus plus tard.

Dans l'administration des finances, il y a un inspeclevu' général qui surveille la marche de toutes les parties du service. Chaque branche du service a de plus son inspecteur particulier, de même que, dans certains empires, il y a un inspecteur de l'armée, un ins- P. 17. pecteur des apanages militaires, un inspecteur de la comptabilité et de la solde, etc. Au reste, cela dépend des usages de chaque royaume et des décisions prises par les chefs de l'Etat.

L'administration financière s'introduisit dans tous les empires aussi- tôt que les vainqueurs, ayant assuré leurs conquêtes, eurent commencé à veiller sur la marche du gouvernement, et à prendre des mesures pour l'établissement du bon ordre. Le premier qui l'introduisit dans l'empire musulman fut (le khalife) Omar, et cela, dit-on, pour la raison qu'Abou Horeïra' avait apporté de Bahreïn une somme d'ar- gent tellement forte que l'on ne savait pas comment s'y prendre pour en faire le partage (aux musulmans). Cela fit souhaiter un moyen de tenir compte de ces sommes, d'enregistrer les payements de solde et de sauvegarder les droits (de l'Etat). Khaled Ibn el-Ouelid ^ recom- manda l'établissement d'un divan, tel qu'il l'-avait vu fonctionner chez les princes de la Syrie, et Omar agréa ce conseil. Selon une autre tra- dition, les choses ne se passèrent pas ainsi: ce fut El-Hormozan ^ qui, voyant Omar expédier un corps de troupes sans en avoir dressé la liste nominative [divan], lui dit: « Si un soldat disparaît, comment s'aperce vra-t- on de son absence? Pour tout soldat qui s'absente, il y ' Un des Compagnons du Prophète. ^ Général persan qui avait été fait pri- ' Célèbre général dont on trouvera l'his- sonnier par les musulmans peu de temps toiredansl'EsîaideM.Caussin de Perceval. après la bataille deCadeciva.

D'IBN KHALDOUN. 21 a autant de lacunes ^ (dans la troupe). Il n'y a que les commis écri- vains qui pourront y mettre ordre. Etablissez-donc un divan. » Omar demanda ce que ce mot désignait, et, quand il en eut compris la si- gnification, il donna l'ordre à Akîl, fils d'Abou Taleb, à Makhrema, fils de Naufel, et à Djobeïr Ibn Motâem, d'en organiser un. Ces trois hommes, qui étaient du petit nombre des Coreïcbides sachant écrire, dressèrent le divan (la liste) de toutes les troupes musulmanes, par ordre de familles et de tribus. Ils commencèrent par les parents du Prophète, ensuite ils passèrent aux parents de ceux-ci, et ainsi de suite. Telle fut l'origine du divan de l'armée. Ez-Zohri ^ rapporte, sur l'autorité de Saîd Ibn el-Moseïyeb ^, que cela eut lieu dans le mois de moharrem de l'an 20 (décembre-janvier 64o-64i de Jésus- Christ).

Quant au bureau [divan) de la contribution foncière et des im- pôts, il resta, après la promulgation de l'islamisme, tel qu'il était au- paravant. Dans les bureaux de l'Irâc, on employait la langue persane, p. 18. et dans celui de la Syrie, la langue grecque [roumiya); les écrivains étaient des sujets tributaires, appartenant à l'une ou à l'autre de ces nations. Lors de l'avènement d'Abd el-Melek Ibn Merouan, le kha- lifat était devenu un empire, et le peuple avait renoncé aux usages grossiers de la vie nomade pour s'entourer de tout l'éclat de la civili- sation, qui se développe dans la vie sédentaire; les Arabes, sortis de leur étal d'ignorance primitive, s'étaient exercés dans l'art de l'écri- ture, de sorte que, parmi eux et parmi leurs affranchis, il se trouva de bons calligraphes et des calculateurs habiles. Pour cette raison, le khalife Abd el-Melek donna à Soleïman Ibn Saad, gouverneur de la province du Jourdain, l'ordre de faire traduire du grec en arabe le cadastre [divan)' de la Syrie. Cette tâche fut terminée dans l'espace Si notre auteur a rapporté ces paroles cipaux jurisconsultes du i" siècle de l'islaexactemenl, le mot J>-^[ doit être le inisnie, appartenait à la tribu de Coreïch.

pj-éléril de la quatrième forme du verbe Ilétaitnatif de Médine, vilieoù il mourut, Voyez la 1" partie, p. i 5, note. Comme traditionniste, il jouissait d'une Saîd Ibn el-Moseïyeb, un des prin- haute autorité.

sa PROLÉGOMÈNES (l'un an. Serhoun, secrétaire d'Abd el-Melek, dit alors aux écrivains grecs: « Cherchez votre vie au moyen de quelque autre art, car Dieu vient de vous enlever celui-ci. » Dans le bureau [divan] de l'Irâc le même changement eut lieu, El-Haddjadj ayant confié cette opération à son secrétaire Saieh Ibn Abd er-Rahman, qui écrivait non-seulement l'arabe, mais le per- san. Saleh avait appris son art de Zadan Ferroukh, ancien secrétaire d'El-Haddjadj, et, quand Zadan fut tué dans la guerre avec Abd er- Rahman Ibn el-Achâth, il lui succéda dans le secrétariat. Ce fut alors qu'EI-Haddjadj lui donna l'ordre de traduire du persan en arabe le cadastre [divan] de l'Irâc. Ce changement se fit au grand méconten- tement des écrivains persans. Abd el-Hamîd Ibn Yahya ' avait l'ha- bitude de dire: ffOh! le brave homme que Saleh! quel service il a rendu aux écrivains arabes! » Sous les Abhacides, le divan fut rangé parmi les institutions sou- mises à la surveillance (du vizir); aussi les Barmekides, les fils de Sehel Ibn Noubakht et les autres vizirs de cette dynastie le comp- taient au nombre de leurs attributions.

Quant aux règlements qui concernent le divan et qui sont fondés sur la loi divine, savoir: ceux qui se rapportent (à la solde) de l'ar- 19. mée, aux recettes et dépenses du trésor public, à la distinction qu'il faut faire entre les pays soumis par capitulation ou de vive force, à la personne qui peut légalement nommer le directeur de ce divan, aux qualités requises dans le directeur et dans les commis, et aux principes qu'il faut observer dans l'établissement des comptes, tout cela est en dehors de notre sujet, et fait partie des matières que les livres intitulés El-Akkam es-Soltuniya doivent traiter-, et, en effet, cela se trouve rapporté dans ces ouvrages. Quant à nous, nous exa- ' L'alVranchi Abou Glialeb Abd el-Ha- desOméiades de l'Orient, fullué )'an i3a mîd, kuleb Irès-célèbre à cause de l'été- (730 de J. C). On trouvera dans le Dicgance de son style, était natif de Syrie. Il tionnaire biographique d'Ibn Kliallikan, fut attaché au service de Merouan Ibn Mo- I. II, p. 178 de ma traduction, un article hammed el-Djâdi en qualité de secrétaire Irès-inléressant sur ce kateb.

et mourut avec lui. Ce khalife, le dernier ' Voyez ci-devant, p 4.

D IBN KHALDOUN. 23 minerons cette matière sous le point de vue d'une simple institution conforme à la nature de la royauté.

Le divan tient une grande place dans l'organisation d'un gouver- nement royal, ou, pour mieux dire, il est une des trois colonnes sur lesquelles ce gouvernement s'appuie. En effet, un royaume ne saurait se maintenir sans armée, sans argent et sans moyens de cor- respondre avec ceux qui se trouvent au loin. Le souverain a donc besoin de personnes capables de l'aider dans la direction des affaires d'épée, de plume et d'argent. Le chef du divan prend, pour cette raison, une grande part à l'administration du royaume. Tel lut le cas dans l'empire des Oméiades espagnols et dans les Etals de leurs suc- cesseurs, les Molouk et-lawaïf. Sous les Almohades, le chef du divan devait appartenir à la race dominante. 11 dirigeait avec une autorité absolue la perception de l'impôt, il réunissait les recettes dans une caisse centrale, et les faisait inscrire dans un registre; il revoyait les états de ses chefs de service et de ses percepteurs, et les rendait exécutoires à des époques déterminées et pour des sommes dont le montant était spécifié. On le désignait par le titre de saheh elachghal. Quelquefois, dans les localités éloignées (de la capitale), les chefs de service étaient pris en dehors de la classe des Almohades, pourvu qu'ils fussent capables de bien remplir l'emploi.

Quand les Hafsides eurent établi leur domination en Ifrîkiya et que la grande émigration des musulmans espagnols ' eut jeté dans ce pays une foule de familles distinguées, il se trouva, parmi ces réfu- giés, plusieurs individus qui avaient rempli en Espagne les fonctions d'administrateur des finances. Tels furent les Béni Said, seigneurs d'El-Calâ (château fort), des environs de Grenade 2, et appelés ordinai- Ferdinand III, roi de Castille, s'em- savanU les plu» illustres de l'Espagne pas- para de Séville l'an 646 de l'iiégire (i248 sèrenl dans le Maghreb el en Ifrîkiya. La deJ.C). Pendant cette campagne, il avait plupart d'entre eux se rendirent à Tunis enlevé aux musulmans un grand nombre pour se mettre sous la protection du gou- de forteresses et porté la dévastation dans verncment hafside. (Voy. Hist. des Berh. toute celte partie du pays. Au.«si les chefs I. Il, p. 822, 382.) des principales familles musulmanes el les ' Le célèbre géographe Ibn Saîd ap- 24 prolegomb:nes 24 prolegomb:nes rement les Béni Abi 'l-HoceïnK Le gouvernement africain, lem' ayant trouvé de grands talents administratifs, les plaça dans les mêmes em- plois financiers qu'ils avaient remplis en Espagne. Ils exercèrent ces P. 20. charges alternativement avec des fonctionnaires almohades. Plus tard, l'administration des finances échappa à ceux-ci pour tomber entre les mains des employés de la comptabilité et de la correspondance.

L'office de hadjeb ayant ensuite acquis ime grande importance, la personne qui le remplissait eut la direction absolue de toutes les af- faires de l'empire. Depuis lors l'administration des finances a perdu de sa considération, et son chef, devenu un subordonné du hadjeb, se trouve placé au niveau des percepteurs ordinaires et dépouillé de l'in- fluence qu'il avait exercée autrefois dans le gouvernement de l'empire.

Sous la dynastie des Mérinides la comptabifité de l'impôt foncier^ et celle de la solde militaire se trouvent réunies entre les mains d'un seul administrateur. Tous les comptes publics passent par ses bureaux pour être soumis à son examen et recevoir son approbation; mais ses décisions doivent être contrôlées par le sultan ou par le vizir. Sa signature est nécessaire pour la validité des comptes fournis par les payeurs militaires et par les percepteurs de l'impôt foncier.

Telles sont les bases sur lesquelles on a établi les charges et les emplois administratifs dans un Etat gouverné par un sultan. Les per- sonnes qui remplissent de tels offices tiennent un rang très -élevé, car chacune d'elles a la direction générale (de son administration) et l'honneur de s'entretenir directement avec le souverain.

Sous l'empire des Turcs (Mamiouks), l'administration des finances forme plusieurs services distincts. L'officier appelé nadher el-djeïch (inspecteur militaire) est chargé du bureau de la solde; celui que l'on désigne par le titre de vizir administre le revenu public, et, en parlc-nait à cette famille. Selon M. de ' Pour l'histoire des Béni Abi '1-Hoceïn Gayangos, leur château, qui s'appelait on peut consulter l'Histoire des Berbers, aussi Calât Yahsob, se nomme aujour- t. II, p. 869 et suiv. d'hui Alcala la Real. (Voy. sa traduction * Pour ^y^, lisez p-î^^- sa qualité de directeur général des contributions, il lient le premier rang parmi les administrateurs des finances. Le gouvernement turc a partagé la direction générale des finances en plusieurs services, parce que l'empire, ayant pris une grande étendue, fournissait des revenus et des contributions dans une telle abondance qu'un seul homme, quelque capable qu'il fût, n'aurait jamais eu la force de sou- tenir le poids d'une si vaste administration. Le personnage appelé le vizir a la direction générale (de tous ces services); mais il n'en est pas moins le lieutenant d'un des affranchis du sultan, d'un homme ayant une grande influence politique, et tenant un haut rang parmi les chefs militaires. Dans tous ses actes, le vizir doit seconder les vues de son P. 21 supérieur, et s'appliquer avec le plus grand zèle à lui obéir. Ce per- sonnage, qui a le titre d'oslad ed-dar (intendant du palais), est tou- jours un des plus puissants émirs de l'armée.

Au-dessous de la charge exercée par le vizir, il y en a plusieurs avitres, tant de finance que de comptabilité, qui ont été instituées pour des administrations spéciales. Tel est, par exemple, le imdher el-kliass (l'intendant du domaine privé), qui s'occupe des affaires concernant le trésor privé, telles que les apanages du sultan et la part qui lui revient du produit de l'impôt foncier et des contributions, part qui est en dehors de celle qui appartient à la communauté musulmane '. Il agit sous la direction de Yostad cddar. Si le vizir appartient lui-même à l'armée, il ne dépend pas de Yostad ed-dar. L'intendant du domaine est placé aussi sous les ordres du khazen-dar (trésorier), mamlouk chargé du trésor privé, et appelé ainsi parce qu'il est obligé, par la nature de son office, de s'occuper particulièrement des revenus privés du sultan.

Ces indications^ suffiront pour faire connaître le caractère de cette charge, telle quelle existe dans l'empire des Turcs de l'Orient; nous avons déjà indique les attributions qui la distinguent dans les royaumes de l'Occident.

' Les mois oJàjJ ijof sonl de trop. Us ' Pour ^•»<-o, lisez (j^o, avec les manese trouvent ni dans les manuscrits C et nuscrits C et D, et l'édition de Boulac. D, ni dans l'édition de Boulac.