SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

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bien connus. Ce fut lui qui, réduisit en sys- tème toutes ces connaissances éparsps et montra aux hommes la grande utilité de la science des traditions. On remarque, parmi les livres composés par les docteurs des lemp.« rapprochés de nous, celui d'Amr Ibn esSalàli, auteur qui florissait dnns la pre- mière moitié du vu' siècle. Moliii ed-Dîn en Newaouïvint après lui e( suivit la même voie. C'est une science vraiement noble par son but, car elle enseigne les moyens qu'il faut employer afm de conserver les traditions provenant de l'auteur de notre loi. 11 — Ces anciennes rédactions sontbien inférieures aux autres et ne méritaient pas d'être reproduites.

' Abd Ibn tiamid mourut en 2^9 (863-86/lde J. C).

' Abou Yala Ahmed el-Mauciii mourut en 3o7 (919-920 de J. C).

°.le lis «jJ^-f: à la place de "!ji>-=ç..

D'IBN KHALDOUN. 473 On a renoncé aujourd'hui à la pratique d'exhumer et de publier P. 4oi des traditions, ainsi qu'à celle de corriger les (erreurs et oublis des) anciens (compilateurs). L'habitude de lire les œuvres de ces grands maîtres nous a bien démontré qu'ils étaient assez nombreux, assez rapprochés les uns des autres par les époques où ils vivaient, et assez consciencieux pour ne rien négliger des traditions de la Sonna et pour ne rien laisser à ramasser par les docteurs venus après eux. Supposer le contraire ne nous est guère permis. Le travail auquel on s'occupe de nos jours consiste à corriger le texte écrit des grands re- cueils fondamentaux et à en déterminer les vraies leçons, en se fai- sant réciter ces textes par des personnes qui les savent par cœur et en prouvant que cette récitation traditionnelle remonte jusqu'au temps des premiers rapporteurs. (On vise) à établir la fdiation (de ces textes écrits) par des isnads qui soient solides depuis leur point de départ jusqu'à leur dernier terme. Ce travail critique ne s'est fait que pour le texte des cinq recueils fondamentaux et pour un très- petit nombre d'autres ouvrages.

Le Sahili d'El-Bokhari tient le premier rang parmi ces recueils, mais il est difficile à entendre, et ceux qui tâchent de découvrir les tendances de sa rédaction se trouvent (pour ainsi dire) devant une porte fermée. Pour bien le comprendre, il faut connaître les diverses voies de chaque tradition, les noms des individus qui se les sont suc- cessivement transmises, savoir s'ils étaient du Hidjaz, ou de la Syrie, ou de rirac, connaître les circonstances de leur vie et les diffé- rences d'opinion qui ont eu lieu à l'égard de leur caractère. Il faut aussi avoir étudié la science du droit, afin de s'apercevoir du sens réel de chaque titre de chapitre. L'auteur inscrivait le titre d'abord, puis il y insérait une tradition avec un isnad ou voie; ensuite il écri- vait un autre titre sous lequel il plaçait cette même tradition, pour la raison que son contenu avait un certain rapport avec ce titre. Il procéda ainsi de chapitre en chapitre, et alla jusqu'à reproduire plu- sieurs fois une même tradition dans divers chapitres, en se guidant d'après les indications différentes qu'elle pouvait fournir.

Prolégomènes. — ii. 60 4fê PROLÉGOMÈNES p. 4o2. [On voit', à l'inspection de ces titres, qu'un certain rapport doit exister entre eux et les traditions qui les accompagnent; mais, dans^ un assez grand nombre de cas, ce rapport est difficile à saisir, et cela a donné lieu à de longues disquisitions. Aussi, pour citer un exemple de ces difficultés, nous indiquerons le chapitre intitulé Kitab el-ften (chapitre sur les calamités), où se trouve un sous-cha- pitre portant le titre de L Abyssin aax petites jambes (Dhou '1-Soueï- cateïn) détraira ^ la Caaba, et olFrant ensuite ce passage: « Dieu très-haut a dit: Et lorsque nous éfablimes la maison sainte pour être la retraite et l'asile des hommes.» (Sour. ii, vers. 119.) L'auteur n'y ajoute plus rien, de sorte qu'on n'aperçoit pas le rapport qui peut exister entre le titre et le contenu du chapitre. Quelques docteurs ont tâché de lever la difficulté en disant qu'El-Bokhari avait écrit d'abord les titres de chapitre dans son brouillon et distribué ensuite les traditions dans les chapitres au fur et à mesure qu'il se les rap- pelait. « Mais il mourut, disent-ils, avant d'avoir rempli tous les cha- pitres, et l'œuvre fut ensuite lue et enseignée dans cet état. » J'ai entendu expliquer la difficulté d'une autre manière par les anciens élèves d'Ibn Bekkar, cadi de Grenade, qui trouva le martyre sur le champ de bataille, l'an 7/ii ( i3/io de J. C), en combattant les chré- tiens à Tarifa *, et qui possédait une connaissance parfaite du Sahih d'EI-Bokhari. Selon lui, l'auteur avait adopté ce titre de chapitre dans le but de faire comprendre le sens du verset du Coran, en indi- quant que l'immunité de la maison sainte n'était pas prédestinée (pour toujours), mais /) rescn/e (par une loi révocable), et de montrer que la difficulté provenait de ce qu'on avait expliqué le mot établîmes par ' Ce paragraphe ne se trouve que dans l'an i34o, par les armées d'Abou '1-Hadle ms. A et la traduction turque. djadj, sultan de l'Andalousie, et d'Abou ' Je lis <J à la place de «•'. 'IHacen, roi des Mérinides. Alphonse XI, ' Pour i_xJyC, li'icz CJ^ avec le tra- roi de Léon et de Caslille, secondé par Alducteur turc et les manuscrits du Sahîh. phonselV, roi de Portugal, se porta au se- * La forteresse de Tarifa, enlevée aux cours de la place et mit les musulmans en Mérinides, l'an 1273, par S:<nclie IV, pleine déroute. Algeciras tomba bientôt roi de Léon et de Caslille, fut assiégée, après au pouvoir des chrétiens.

D'IBN KHALDOUN. 475 prédestinâmes. En supposant que ce mot ait le sens de prescrivîmes, on ne sera pas embarrassé d'admettre que la maison sainte sera détruite par l'homme aux petites jambes. J'ai entendu cette explication de la bouche de notre professeur Abou '1-Berekal el-Belfîki ', qui la te- nait directement du cadi dont il fut un des principaux disciples.]

Celui qui entreprend d'expliquer le livre (d'El-Bokhari) et qui n'en* aplanit pas toutes les difficultés de cette nature ne remplit pas les devoirs d'un commentateur et peut être mis sur le même rang qu'lbn BattaP, Ibn el-Mohelleb, Ibn et -Tin', et leurs pareils. J'ai entendu dire à plusieurs de mes professeurs que la lâche d'expliquer l'ouvrage P. io3. d'El-Bokhari est une obligation que la religion impose à la commu- nauté musulmane. Par ces paroles ils donnaient à entendre qu'aucun savant [uléma) de la communauté n'avait rempli ce devoir d'une ma- nière satisfaisante *.

Passons au Sahîli de Moslem. Les savants de l'Occident l'ont étudié avec une application extrême et s'accordent à lui donner la préférence sur celui d'El-Bokhari. " On lui a accordé cette préférence, dit Ibn es-Salàh, par la raison que l'auteur en a écarté toutes les traditions non saines quEl-Bokhari avait admises dans le sien, malgré les con- ditions de critique qu'il s'était imposées, ainsi que la plupart des indications inexactes qu'il avait mises en tête de ses chapitres. » L'imam El-Mazeri^, jurisconsulte de l'école de Malek, composa, sur le Sahili de Moslem, un commentaire qu'il intitula El-Molem bi-fewaïd Moslem (l'indicateur des renseignements utiles de Moslem), et qui renferme ' Abou '1-Berekat Mohammed Ibn Mo- bii doit aussi un commenlaire très-étendu bammed el-Befîki, grand cadi de Grenade sur le Sahih d'El-Bokbari. Selon Haddji et un des professeurs du célèbre vizir es- Kbabfa, il mourut l'an l^l^g de l'bégirc pagnol Lisan ed-Dîn, se distingua comme (io57-io58dc.1. C). littérateur et comme poète. 11 mourut ' Dans l'index de l'édition de Maccari ' Le hafedh Ahou '1-Hacen Ali Ibn Kba- teur est écrit Ibn el-Beïn Abou Abd Allah lef Ibn Baltal, natif de Badajoz et doc- Mohammed. Il était originaire de Badateur du rite chafeïte, est l'auteur d'un joz.

traité sur les traditions, auquel il donna ' Pour o-a.^, lisez <->-=?,.

le titre d'El-Eîlmam (le préservatif). On ' Voyez la i" partie, p. 3().

60.

476 ' PROLÉGOMÈNES des sources abondantes de connaissances relatives aux traditions, ainsi que de solides renseignements sur des questions de droit. Le cadi Eïyad\ qui vécut plus tard, compléta ce livre et lui donna le titre d'Ikmal el-Molem (le complément de l'indicateur), et Mohii ed-Dîn en-Newaouï^, qui vint après eux, suppléa à ce qui manquait aux •deux ouvrages en y ajoutant un ample commentaire.

Les [trois] autres recueils de traditions sont ceux que les légistes consultent le plus souvent et aux textes desquels les livres de droit Iburnissent le plus d'éclaircissements. Mais, comme ces renseigne- ments ne s'appliquaient pas aux questions qui se rattachent à la science des traditions proprement dite, on a composé des traités pour réparer cette omission, et l'on y a inséré tout ce qui était néces- saire en fait de notions se rapportant à la science des traditions. Ils renferment aussi le sens des traditions et les isnads qui accompagnent celles dont les indications servent de règles de conduite et qui for- ment la Sonna.

De nos jours, les traditions se trouvent rangées en plusieurs classes, dont une renferme les saines, et les auiresles passables, ies faibles, les P. àoi. défectueuses, etc. Ce furent les docteurs en traditions et les critiques les plus exacts qui établirent cette classification et la firent connaître, et (puisqu'ils ont épuisé la matière,) la voie n'est plus ouverte pour procéder à la vérification des traditions dont l'authenticité n'a pas été déjà déterminée.

Les grands maîtres dans cette partie savaient si bien les traditions, ainsi que les voies et les isnads auxquels elles sont jointes, que, s'ils en entendaient réciter une à laquelle on aurait accolé une autre voie ou un autre isnad que le sien, ils se seraient tout de suite aperçus ' Abou 'l-Fadl Eïyad Ibn Mouça Ibn d'un grand mérite; son traité dans lequel Kïyad, natif de Ceuta et premier tradition- il parle du caractère d.e Mohammed et de niste de son époque, fui nommé cadi de ses faits el dits, jouit encore d'une haute ct mourut dans la ville de Maroc l'an bhà Chcfa hi-tarîj hocouc el-Mosla/ci. (i 1^9 de J. C). 11 laissa plusieurs ouvrages ' Voyez la i" partie, 4>. 3o 2.

D'IBN KHALDOUN. kll du changement. C'est ce qui arriva à l'imam El-Bokhari lorsqu'il vint à Baghdad: les traditionnistes qu'il allait voir essayèrent de l'éprouver en lui demandant son opinion au sujet de certaines tradi- tions dont ils avaient changé les isnads, et il leur répondit: « Je ne connais pas celles-là, mais un tel m'a communiqué des traditions ainsi conçues, » et il les répétait toutes dans leur forme véritable, en réunissant chaque texte à Xisnad qui lui appartenait. Ces docteurs convinrent alors qu'El-Bokhari était un des grands maîtres dans cette science.

Entre les grands imams qui travaillèrent consciencieusement à résoudre des questions légales et à former des jugements sur des points de droit, il existait une différence remarquable en ce qui regarde le nombre des traditions qu'ils ont fournies: les uns en possédaient ime provision très-grande, et les autres n'en avaient qu'une petite. On dit que le nombre des traditions enseignées par Abou-Hanîfa montait à environ dix-sept [ou à cinquante selon un autre rapport]. Le nombre de traditions saines possédées par Malek, et qu'il consigna dans le Mowatta, est d'environ trois cents. Ahmed Ibn Hanbel inséra trente ' mille des siennes dans son mosned. Chacun d'eux en a donné autant qu'il en avait pu recueillir par un travail zélé et consciencieux.

Quelques hommes pervers et animés par l'esprit de parti sont allés jusqu'à^ dire que plusieurs de ces docteurs n'avaient appris qu'un petit nombre de traditions et que ce fut pour cette raison qu'ils en rapportèrent si peu. Il n'est pas permis d'entretenir une telle croyance à l'égard de personnages aussi illustres; car, puisque la loi dérive du Coran et de la Sonna, celui qui ne sait qu'un petit nombre de traditions est soumis au devoir d'en recueillir davantage et de les enseigner avec tout le zèle et toute l'apphcation possibles, f. io5. (Il doit les apprendre) s'il veut connaître les véritables bases de la loi religieuse et faire remonter les maximes de la jiuisprudence niu- ' Variantes: quarante, cinquante. adoptons cette leçon, il faut remplacer ' Les mss. C et D et l'édition de Bou- JjJLi par J^j. lac portent yl ijl à la place de ji. Si nous 478 PROLÉGOMÈNES sulmane jusqu'à celui qui a promulgué l'islamisme et qui nous l'a communiqué de la part de Dieu. S'ils ont rapporté peu de traditions, c'est parce qu'ils redoutaient les attaques que l'on pourrait diriger contre ces renseignements et les défauts qui poun-aient se rencontrer' dans leurs voies, et surtout parce que la généralité des hommes est plutôt portée à blâmer qu'à approuver. Chacun de ces imams se vit donc obligé, en conscience, de laisser de côté toutes les traditions, voies et isnads dans lesquels des imperfections se présentaient et, comme ils possédaient beaucoup de traditions dont les voies étaient quelquefois faibles, ils n'en rapportèrent qu'un petit nombre. Les docteurs du Hidjaz en ont donné au public plus que ceux de l'Irac, parce que Médine (la ville qu'ils habitaient) était devenue le siège de l'émigration (depuis que Mohammed s'était enfui de la Mecque), et qu'elle formait l'asile où ses compagnons s'étaient réfugies. Ceux d'entre les Compagnons qui (dans la suite) passèrent en Irac étaient trop occupés à combattre les infidèles pour enseigner les traditions. Celles qu'Abou Hanîfa a rapportées sont peu nombreuses, parce qu'avant d'en avoir reconnu l'exactitude et d'avoir constaté la probité des personnes qui les avaient rapportées, il exigeait rigoureusement que toutes les conditions d'authenticité fussent parfaitement rem- plies. Il se montra très- difficile, et, [comme toute tradition paraît faible si on la soumet à une critique trop sévère, il] n'en rapporta que très-peu^. Bien que les traditions provenant de lui soient peu nombreuses, il est loin d'être vrai que ce docteur ait renoncé, de propos délibéré, à en rapporter. Loin de lui une pareille imputation! Ce qui prouve qu'il était un des plus grands docteurs en traditions et des plus consciencieux, c'est la grande autorité dont son système de droit jouit chez les musulmans, et la confiance qu'ils mettent en l'auteur et dans ses opinions, soit qu'il approuve, soit qu'il rejette. Les autres traditionnistes, c'e.st-à-dire la grande majorité (des indi- Pour wijij', je lis,f»)*J avec l'édi- "^-'5; t-^' l)""* i^^^-^' Igçoh offerte par tioii de Boulac. les manuscrits C et D.

' Je remplace le second (_jjt.aj;^li par vidus qui s'occupaient de celte hranche de science) se montraient beaucoup moins exigeants sur ces conditions et rapportaient un grand nombre de traditions, tout en y allant de la meilleure foi. Après la mortd'Abou Hanîfa, ses disciples se relâchèrent beaucoup de la rigueur de ces conditions et publièrent des traditions en quantité. C'est ce que fit Et-Tahaoui ', dont le mosned forme un gros ouvrage, qui est cependant loin d'égaler en mérite les deux Sahîhs (celui d'El-Bokhari et celui de Moslem). El-Bokhari et Moslem observèrent, dans la com- position de leurs recueils, les conditions universellement acceptées par les grands docteurs, ainsi qu'ils le déclarent eux-mêmes, tandis P. 4oti. qu'Et-Tahaoul en admettait qui n'étaient pas généralement reconnues. Ainsi, par exemple, il appuyait ses traditions sur l'autorité d'indivi- dus dont on ignorait le caractère et les antécédents. Cela suffit^ pour assurer la préférence au Sahîh d'El-Bokhari et à celui de Moslem, et même aux autres recueils de Sonna généralement reçus; car les con- ditions qu'Et-Tahaoui exigeait pour l'authenticité de ses traditions étaient beaucoup moins rigoureuses que celles dont les compilateurs de ces ouvrages avaient regardé l'observation comme nécessaire. Aussi dit-on, au sujet des deux Sahîhs, qu'on doit les accepter hardiment, parce que tout le monde avoue que leur contenu est authentique et remplit toutes les conditions universellement admises. Cela étant ainsi, on ne doit rien penser de mal à l'égard des docteurs (qui n'ont rapporté qu'un petit nombre de traditions); il faut toujours avoir d'eux l'opinion la plus favorable et chercher de bonnes raisons pour les justifier.

[On compte', au nombre des sciences qui se rattachent aux tra- ditions, l'application des règles do critique dont nous avons parlé aux principaux recueils, afin de montrer pourquoi on a rangé plu- sieurs traditions sous certains titres et dans certains chapitres, plutôt '.\bou Djafer Ahmed et-Tahaoui, doc- * Pour IjJi. lisez Ij^-a-U.

leur du rile chaféite, remplit à Baglidad ' Ce paragraphe manque dans i'édiles fonctions de professeur et mourut lion de Boulac cl dans les manuscrits C 480 PROLÉGOMÈNES D'IBN KHALDOUN.

que de les placer ailleurs. C'est ce que firent le hafedh^ Abou Omar Ibn Abd er-Berr^, Abou Mohammed Ibn Hazm^, le cadi Eïyad, Mohii ed-Dîn en-Newaouï, Ibn el-Altar*, qui vint après ces deux der- niers, et plusieurs autres docteurs tant de l'Occident que de l'Orient. Bien que leurs traités renferment d'autres matières, comme des questions qui se rapportent à la signification des textes rapportés par eux, aux termes qui s'y emploient et à leur construction grammati- cale, on doit convenir que leurs observations sur les isnads offrent uue foule de bons renseignements au sujet des traditions, et que leurs ouvrages renferment plus de matières et sont plus abondants que les autres traités. De toutes les sciences qui se rattachent aux traditions, il n'y a que celles dont nous avons parlé qui se cultivent encore parmi les docteurs étabhs dans les grandes villes.] Dieu nous dirige vers la vérité; c'est par son aide seulement que nous pouvons y parvenir.

' Voyez la i" partie, p. Sy. * Cheref ed-Dîn Abou'l-Abbas Ahmed ' Voyez la i" partie, Introduction, Ibn Mohammed, surnommé Ibn el-Atlar p. VIII. (le iils du parfumeur), mourut l'an 79^ NOTE SUR QUELQUES TERMES TECHNIQUES EMPLOYÉS DANS LA SCIENCE DES TRADITIONS.

Une tradition [hadith ou hadîts ev^^*»-) est un récit renfermant une sen- tence ou une déclaration [coul J^) énoncée par l'auteur de la loi musul- mane, ou bien l'indication d'un acte (fiai Jo«j) par lequel il avait attiré l'attention de ses disciples, les Compagnons. Quelques traditions constatent aussi le silence gardé par le législateur [tacrirjjjXi] au sujet de certains cas qui s'étaient présentés; ce silence équivalait à une approbation formelle. Les Compagnons transmirent ces renseignements à leurs disciples, les Tabès; ceux-ci les communiquèrent à une nouvelle génération, qui les transmit à une autre, et ainsi de suite, tant que dura l'enseignement de vive voix. Celui qui avait appris une tradition était tenu à l'enseigner sans rien y changer ni ajouter, et il devait de plus indiquer les noms des per- sonnes par la filière desquelles cette tradition lui était parvenue. Aussi toute tradition doit-elle commencer par cette formule: J'entendis dire à Ze'id (par exemple), d'après Omar, d'après Ahmed etc. que le Prophète de Dieu avait dit. Cela s'appelle ïisnad (àU.wl), ou appui, servant à soutenir le metn (^jjc_«), ou texte de la tradition. Un texte dépourvu d'un appui de cette na- ture n'est d'aucune valeur, puisqu'on ne saurait en reconnaître l'authenti- cilé qu'à l'examen de son isnad. Pour qu'un isnad soit regardé comme bon, il faut que les personnes dont les noms s'y trouvent mentionnés se soient distinguées par leur probité (a]!j^* adala], leur piété [is^ tacoua) et leur bonne mémoire (ia+« dhabt). Il faut aussi que la série des rapporteurs re- Prolëgomènes. — ii. 6i 482 PROLÉGOMÈNES monte sans interruption jusqu'à Mohammed, et qu'elle n'offre aucun ana- chronisme. L'authenticité de quelques milliers de traditions est bien cons- tatée, selon les docteurs musulmans; mais, de l'avis des mêmes critiques, toutes les autres traditions, au nombre de plusieurs centaines de mille, offrent des défauts qui nuisent à leur authenticité, ou bien elles ne rem- plissent pas entièrement les conditions requises pour les rendre acceptables. Les docteurs qui s'occupèrent à distinguer les bonnes traditions des mau- vaises eurent besoin de termes techniques pour marquer la valeur précise de chaque tradition, désigner les divers caractères des isnads et indiquer les nombreux genres d'imperfection que ces séries de noms propres pour- raient offrir. Dans l'impossibiHté d'inventer de nouveaux mots, ce que la langue arabe ne permet pas, ils empruntèrent au langage usuel un assez grand nombre de termes dont ils modifièrent la signification. Ibn Khaldoun ayant employé plusieurs de ces mots dans cette seconde partie, je les ai rendus par des équivalents, en me réservant la faculté de les expliquer tous dans une note. Voici la liste de ces noms, traduits en français et disposés en ordre alphabétique: Abrogé (^»w^ mensoukh). Un lexle annulé par un autre texte énoncé postérieurement. Abrogeant (pLi nasikk). Un texte dont le contenu est en contradiction avec celui d'un aulre texte déjà énoncé; il sert à l'annuler. Acceptable ( Jj^'» macboul). Une tradition remplissant toutes les conditions requise.s. Admis ((_J5j.».« maroaf). Une tradition yaii/e qui a pour la confirmer une autre tradition faible. Admissible. Voyez Acceptable. Altéré ((_>!ss-« mosahhaf). Un isnai dans lequel un ou plusieurs noms propres sont mal orlliographiés. — Un texte dans lequel un mot ou un nom esl mal orthographié. Arrêté (tir'j^ ^^oacoaf). Un isnad qui remonte jusqu'à un des Compagnons, sansaller jusqu'au Prophète. Bien appuyé (<>x>.^ mosned). Une tradition dont Visnad remonte jusqu'au Prophète. — Un recueil de traditions avec leurs isnads. Bon à apprendre par cœur (^y^ inakfoudh). Celle de deux traditions désapprouvées qui l'emporte en valeur sur l'autre. CoZieeti/ (<JU?-| idjmuli). Tradition se rapportant à plusieurs choses. Connu. Voyez Admis. Consécutif [fJ^ molabià). Une tradition qui correspond.'i une aulrc, soit pour le sens, .soit pour les expressions: mais elle ne reçoit pas cette désignation à moins que les deux traditions ne proviennent du même Compagnon. Continu ( J-aJ^.» mollecel). Une tradition dont Xisnnd n'offre pas de lacune.

DIBN KHALDOUN. 483 Coupé (s^JaJLA mactoaâ). Un isnad donl on ne peut établir la continuité par aucun moyen.

Défectueux ( J-^*^ moallel). Se dit d'un isnad ou d'un texte renfermant un défaut caché, provenant d'une erreur du rapporteur.

Déffuisé (juJowt modellès). Un isnad dans lequel le rapporteur ne l'ail pas mention de la personne dont il avait appris la tradition, et déclare l'avoir tenue directement d'un autre individu, de celui qui, en réalité, avait enseigné la tradition à cette personne. ■ — Une autre espèce à'isnad déguisé est celui dans lequel le dernier rap- porteur supprime le nom d'un de ses garants, ou remplace ce nom pur le surnom de cet individu. Cette supercherie se pratiquait quand la persorme dont on sup- primait ou déguisait le nom était suspecte de mensonge on de mauvaise mé- moire.

Dérangé (<_jvia-^-« modtarib). Une tradition dans laquelle il y a un mot déplacé, ou bien une tradition dans laquelle un ou plusieurs mots ont été ajoutés ou supprimés. — Un (snrttZ joint à un texte qui ne lui appartient pas. — Un isnad dans lequel im des noms propres est donné incorrectement. — Un texte abrégé.

Désapprouvé ( v^^ monker). Une tradition provenant d'un rapporteur de faible autorité, et en contradiction avec une autre tradition fournie par un rapporteur dont l'au- torité ejt encore plus faible. C'est l'opposé de la tradition admise.

Disséminé partout ( jj L;^» motewater). Une tradition dont les rapporteurs sont si nombreux qu'il est impossible de supposer qu'ils se soient concertés pour publier un men- songe.

Douteux (JiC^ mochkel). Une tradition dont l'authenticité n'est pas bien établie.

Elevé (s-jis.» merjbuâ). Le récit, fait par un Compagnon, d'une parole ou d'un acte émané du Prophète, et dont ce Compagnon a été l'auditeur ou le témom.

Enchaîné ( Ju^L».» mose/se/). Une tradition qui remonte d'un rapporteur à un autre, sans interruption, jusqu'au Prophète.

Exceptionnel (jUi chadd). Une tradition provenant d'un rapporteur de bonne autorité et en contradiction avec une autre tradition fournie par d'autres rapporteurs dignes de foi.

Extraordinaire (o^yi gharib). Une tradition authentique qui ne provient que d'un seul individu d'entre les Compagnons.

Faible (j_^A«..i. dhalj). Une tradition qui ne remplit pas toutes les conditions requises.

Filière. Voyez Voie.

Hommes des traditions (c>r!0^ J^y ridjal el-hadtth). Tous les rapporteurs dont les noms sont cités dans les isnads.

Homonyme [f_^y> moulalef). Se dit d'un isnad dans lequel le nom d'un des rapporteurs s'écrit comme celui d'un autre rapporteur, mais se prononce différemment.

Interpolé (^^lM modredj). Une tradition dans laquelle se trouve une observation ou glose insérée par un des premiers rapporteurs, soit Compagnon, soit Tabê, et cela dans le but d'éclaircir une expression ou de fixer le sens d'un mot.

Interrompu [%hji'jj» moncateà). Un isnad duquel un ou plusieurs noms ont disparu.

6i.

484, PROLÉGOMÈNES Notoire [y^.^J^ mech'hoar). Une tradition authentique provenant simultanément de plus de deux individus d'entre les Compagnons. Passable {^^y^ hacen). Une tradition offrant un léger défaut auquel on peut remédier à l'aide d'autres renseignements. Précieux (y/yt^ âztz). Une tradition authentique qui provient simultanément de deux individus d'entre les Compagnons. Rapporteur {(Jj'y raoui). Celui qui a rapporté une tradition. Rare. Voyez Extraordinaire. Récusable. Voyez Désapprouvé. Réfractaire ( J.-àj«^ modhal). Un isnad duquel un ou plusieurs noms ont disparu. — Un isnad qui offre une lacune de deux noms propres qui devaient se suivre directe- ment. Rejetable (-^i-^y merdoud). Une tradition provenant d'un rapporteur dont l'autorité est faible, et qui contredit une autre tradition fournie par des rapporteurs dignes de foi. Relâché {j~^y» morcel). Un texte sans isnad. — Un texte dont l'isnad est incomplet par la fin, ayant perdu un ou plusieurs noms propres qui devaient.s'y trouver. — Un isnad dans lequel le nom du Tabê (ou second rapporteur) a été omis. Renversé (cj JjL» macloub). Une tradition généralement reconnue comme étant provenue d'un certain rapporteur, mais attribuée (dans l'isnad) à un autre. Répandu ( yx^vix...^ moslafidh). Une tradition notoire. Voyez ce mot.

Sain [■^^ sahih). Une tradition sans défaut et remplissant toutes les conditions d'authen- ticité est appelé saine, à moins qu'elle ne se trouve en contradiction avec une autre tradition provenant d'un rapporteur digne de foi. r.u «.,^«.«^3. n-ji,, Singulier. Voyez Exceptionnel. Sonna (manière d'agir). Par ce terme, on désigne toutes les pratiques habituelles de Moliammed, ses gestes, actes et paroles. On l'emploie aussi pour désigner tout le corps de traditions qui se rapportent à lui. Supposé [s.yiyt maojj(i/ioua). Une tradition fausse. Suspendu (^«.U^ moallac). Un isnad dont le commencement est défectueux, puisque le nom du premier rapporteur, c'est-à-dire du Compagnon, y manque. Synonyme ((_^i^ mokktelef). Ce terme sert à désigner deux traditions qui semblent se contredire, mais qui peuvent se concilier. Témoin (oJfcLi chahid). Une tradition émanant d'un des Compagnons et correspondant, pour le sens ou pour les expressions, avec une autre tradition émanant d'un autre Compagnon. Transmis (J Jù» mencoul). Un récit qu'on a reçu par la voie de la tradition. Unanimement reçue [aAc ^y^X^ motlafac aleih). Une tradition reçue également par El- Bokhàri et par Moslem. Unique [i3 jerd). Une tradition extraordinaire. Voyez ce mot. Vague ( Aa^ mobhem). Une tradition provenant d'un rapporteur dont on ne connaît que le nom.

D'IBN KHALDOUN. 485 Voie ((jJ)-*' lartc). Série des rapporteurs par la filière desquels un texte a élé transmis.

Un autre terme dont je ne trouve pas l'équivalent est iy>-*Ju> moânân. On désigne par ce mot un isnad qui commence parla préposition an [^jc], qui signifie d'après, ou sar l'autorité de. Exemple: «D'après [an] Zeîd, d'après [an] Omar, d'après [An] Ahmed. » Cette formule est imparfaite pui.sque tout bon isnad doit commencer par les mots: J'entendis dire à Zeïd, ou renunciavit mihi Zeidas. Une tradition moânân est bonne si Visnad n'offre aucune inarque de supercherie, et s'il y a pos- sibilité que le dernier rapporteur ait rencontré celui d'après lequel il a donné le renseignement.

SOMMAIRE ANALYTIQUE DES