SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume III

Page 2 of 51

' Ce passage, bien que très-obscur, tloil .'ignifier, il me semble, que les docteurs de cette école avaient pour principe de toujours rattacher directement à un texte du Coran ou de la Sonna tous leurs juge- ments ou décisions, quand même ils s'é- taient laissé guider par un raisonnement analogique, raisonnement dont ils sup- primaient toute mention dans l'énoncé. (Voyez, du reste, l'ouvrage de Chehres- lani, p. li- du texte arabe, et vol. I, p. ilfi de la traduction allemande de Haarbrùcker. ) ' Abou Soleïman Dawoud Ibn Ali, natif de Koufa et fondateur de l'école des Dha- heriles, professa ses doctrines à Bagdad, oùplusdequatre cents personnes suivaient assidûment ses leçons. II mourut dans celte ville l'an 270 (884 de J. C).

* Les doctrines professées par les Kha- redjites (dissidents, non-conformistes) sont maintenant assez bien connues. L'ouvrage de Chehrestani sur les sectes religieuses et les écoles philosophiques renferme un exposé de leurs dogmes; l'Histoire des mu- sulmans d'Espagne, par M. Dozy, nous fait bien connaître le caractère de la secte. (Voy. 1. 1, p. lia et suiv. de cet ouvrage.)

D'IBN KHALDOUN. 5 D'IBN KHALDOUN. 5 opinions, excepté dans quelques lieux où ces sectaires se tiennent encore '.

Quant aux livres des Chiites, ils n'existent que dans les contrées habitées par ces sectaires et dans certains pays de l'Occident, de l'Orient et du Yémen, où ils avaient autrefois fondé des royaumes''^. Il en est de même des livres composés par les Kharedjiles. Les parti- sans de ces deux sectes avaient cependant écrit, sur la jurisprudence, de nombreux traités renfermant des opinions bien singulières.

A l'époque où nous vivons, la doctrine des Dhaheritcs a disparu du monde avec ceux qui l'enseignaient; elle a succombé sous la ré- probation de la grande communauté orthodoxe, et l'on n'en trouve plus rien, excepté dans quelques livres reliés'. p.

il arrive assez souvent que des gens désœuvrés s'attachent au sys- tème des Dhaherites et s'appliquent à lire leurs ouvrages, dans le but d'apprendre la jurisprudence adoptée par cette secte et le sys- tème de doctrine qu'on y professait; mais ils font là un travail sans profit*, travail qui les conduit à heurter les opinions généralement reçues et à s'aeltirr i'animadversion publique. Quelquefois même les amateurs de cette doctrine se voient traités comme des innova- teurs dangereux, parce qu'ils ont essayé de puiser la science dans des livres sans en avoir la clef, c'est-à-dire le secours de précepteurs (au- toi'isés). C'est ce qui arriva pour Ibn Hazm * en Espagne, bien qu'il tînt le premier rang parmi les Iradilionnistes: il embrassa le sys- tème des Dhaherites et, en ayant acquis une connaissance profonde ' L'auteur savait que de son temps il y avait des Kharedjites dans la Mauritanie. Ils se tenaient dans le pays des Beni-Mo- zab, au midi de la province d'Alger, sur la frontière du désert, et dans le Djerîd tunisien {Biledulgerid), ainsi que dans l'île de Djerba. Encore de nos jours, les habi- tants de ces lieux professent les doctrines ' du kharedjisme.

' Ces royaumes étaient celui des Falemides en Ifrikiya et en Egypte, celui des Alides dans le Taberistan, et celui des Zcî- dites dans le Yémen.

' Je lis iioJUjJf, avec le manuscrit D, l'édition de Boulac et la traduction turque. — Les livres qu'on étudiait dans les écoles étaient toujoursen cahiers détachés;quand on ne s'en servait plus, on les faisait relier.

* Je lis Ujç; avec l'édition de Boulac.

' Voy. la i" partie, introduction, p. vu.

6 PROLEGOMENES par un travail, selon lui, parfaitement consciencieux, et par l'étude des doctrines professées par les chefs de cette secte, il s'écarta des opiniotis enseignées par Dawoud, celui qui en fut le fondateur, et se mit (de plus) en opposition avec la grande majorité des docteurs musulmans. Le public en fut si mécontent qu'il déversa le mépris et la désapprobation sur le système qu'Ibn Hazni avait préconisé, et laissa tomber ses écrits dans un oubli complet. On alla jusqu'au point d'en prohiber la vente dans les bazars, et quelquefois même on les déchira.

Aussi les seules écoles qui restèrent furent celle des docteurs de l'irac, gens de l'opinion, et celle des docteurs du Hidjaz, gens de la tra- dition. L'imam des docteurs de i'Irac, le fondateur de leur école, fut Abou Hanîfa e«-Noman Ibn Thabet ^ Il tient comme légiste une place hors ligne, s'il faut s'en rapporter aux déclarations de ses disciples^, et surtout de Malek et de Chafèï.

Les gens du Hidjaz eurent pour chef Malek Ibn Anes el-Asbehi ', grand imam de Médine. Pendant que les autres docteurs cherchaient leurs maximes de droit dans les sources universellement approuvées, Malek puisait de plus dans une autre dont personne que lui ne s'était servi, je veux dire dans la coutume de Médine. (II y puisa), parce qu'il croyait que les docteurs de cette ville avaient dû suivre de toute nécessité la pratique et les usages de leurs prédécesseurs, P. 5. toutes les fois qu'ils énonçaient des opinions au sujet de ce que l'on doit faire ou ne pas faire, et que ceux-ci avaient appris ces usages des musulmans qui, ayant été témoins oculaires des actes du Prophète, en avaient pris connaissance et gardé le souvenir. Cette source d'in- dications touchant des points de droit fut pour Malek une des bases de son système, bien que plusieurs docteurs prétendissent qu'on pou- vait la ramener à une autre, celle du consentement général des mu- ' Abou Hanîfa en-Noman Ibn Thabet, (767-768 de J. C.), et fut enterré à Bagligrand jurisconsulte de Koufa et fondateur ' dod.

d'une des quatre écoles de jurisprudence ' Littéral, «aux gens de son pelage. • D'IBN KIIALDOUN. 7 sulmans. Il n'admit pas celle opinion et fit observer à ses contradic- teurs que, par le terme consentement général, on n'indique pas l'accord des Médinois seulement, mais celui de tous les musulmans.

(A cette occasion) nous ferons observer que ce consentement général est l'unanimité d'opinion au sujet des matières religieuses, unani- mité résultant d'un examen consciencieux. Or Malek ne considéra pas la pratique des Médinois comme rentrant dans cette catégorie; pour lui, celait l'acte nécessaire et inévitable d'une génération qui imitait d'une manière invariable ' la conduite de celle qui l'avait précédée, et ainsi de suite jusqu'au temps de notre saint législateur. Il est vrai que Malek a traité de la pratique des Médinois dans le cha- pitre consacré au consentement général, pensant que c'était le lieu le plus convenable d'en parler, puisqu'il y avait une idée commune à ces deux choses, savoir, l'accord d'opinion. Observons toutefois que, dans le consentement général des nmsulmans, l'accord d'opinion provenait d'un examen consciencieux des preuves, tandis que, chez les Médi- nois, il résultait de leur conduite à l'égard de ce qu'il fallait faire ou ne pas faire, conduite fondée sur fobscrvance des exemples offerts par la génération précédente. Malek aurait cependant mieux fait d'insérer ses observations sur la pratique des Médinois dans le chapitre intitulé: De la manière d'agir et de décider particulière au Prophète, et de son silence (tacrîr), ou parmi les preuves sur la force des- quelles les docteurs ne sont pas tous d'accord, telles, par exemple, que les lois des peuples qui nous ont précédés, la pratique d'un seul d'entre les Compagnons ^ et Vistishab ^.

' Le manuscrite porlet)S«-i et letlilion de Boulac (jyu. Je lis (jyû.

' Quelques docteurs pensaient que, dans le silence de la loi, on pourrait dé- cider certaines questions de droit civil d'a- près les indications de la loi juive ou de la loi cbrétiennc. D'autres croyaient que la pratique d'un seul Compagnon avait force de loi.

^ Le terme istisliab s'emploie, en droit musulman, pour désigner un jugement fondé sur l'opinion que l'état actuel d'une chose est semblable à son état passé. Ainsi, pour en citer un exemple: Un homme, dans le désert, veut faire sa prière et, ne trouvant pas d'eau pour se purifier, il se sert de sable, ainsi que la loi l'y autorise. Il commence sa prière et, avant de i'ache» 8 PROLÉGOMÈNES Après Malek Ibn Anes parut Mohammed Ibn Idrîs el-Motleiebi es- Chafêi '. Cet imam passa dans l'Irac après (la mort de) Malek, et, s'y P. 6. étant rencontré avec les disciples d'Abou-Hanîfa, il s'instruisit auprès d'eux, combina le système des docteurs du Hidjaz avec celui des doc- teurs de l'Irac, et fonda une école particulière qui repoussa im grand nombre des opinions professées dans l'école de Malek.

Ahmed Ibn Hanbel ^, traditionniste de la plus haute autorité, vint après eux. Ses disciples, bien qu'ils eussent acquis des connaissances très-étendues dans la science des traditions, allèrent étudier sous les élèves d'Abou Hanîfa, puis ils formèrent une école à part.

On s'attacha alors, dans les grandes villes, à l'une ou à l'autre de ces quatre écoles, et les partisans des autres systèmes de jurispru- dence finirent par disparaître du monde. Depuis cette époque, la porte de la controverse et les nombreuses voies de la discussion sont restées fermées; ce qui tient à la réduction en système de toutes les diverses connaissances, aux obstacles qui empêchent de parve- nir au rang de modjtehed^, et à la crainte de puiser des renseigne- ver, il s'aperçoit qu'il y a de l'eau dans son passé comme copropriélaire. — Le mot voisinage. Doit-il recommencer sa prière /«(i'sAafc signifie, à la lettre, aîsocier le pré- en se servant d'eau pour l'ablution? Les sent au passé. Un jugement basé sur l'j'sds- uns disent oui et les autres non. Selon /in& laisse les choses comme elles étaient, ceux-ci, la partie de la prière déjà faite ' Voy. la 2' partie, p. 189.

étant valide, ce qui restait à faire le serait ' Voy. la 1" partie, p. 36.

de même. Citons un autre exemple: II y ' Dans les premiers temps de l'islaa deux copropriétaires d'un immeuble; misme, plusieurs docteurs se distingué- l'un vend sa partie de l'immeuble à un rent par les résultais importants auxquels tiers et l'autre réclame le droit de se subs- ils étaient parvenus par l'emploi de leur tituer à l'acheteur, en sa qualité de copro- propre jugement et par les elTorls cons- priélaire. L'autre propriétaire lui répond, ciencieux qu'ils avaient faits pour résoudre «Vous n'en êles pas propriétaire, mais des questions de droit. On leur donna le locataire, • et il le somme de produire ses titre d'imams modjlehed [qui s'efforcent), titres de propriété. Si le réclamant ne et l'on désigna cette pratique par le terme les trouve pas, sa déclaration doit-elle idjtikad. 11 n'est maintenant plus permis être admise? Selon certains docteurs, il de se poser comme modjlehed: « La porte faut supposer que le droit de propriété de riW//i/i«<i, disent les légistes, est fermée existait pour cet homme, et assimiler son à jamais. « En Perse, le chef de la doctrine état actuel, comme détenteur, à son état chiite porte le litre de Modjlehed.

D'IBN KHALDOUN. 9!

inents auprès d'hommes incapables ou de personnes dont la piété et le jugement ne sont pas assez grands pour inspirer de la con- fiance. Reconnaissant l'impossibilité d'aller plus loin, on se borna à conseiller au peuple d'embrasser les doctrines qui avaient été ensei- gnées par l'un ou par l'autre (des fondateurs de ces quatre écoles), et professées par leurs partisans. On défendit de passer d'une de ces écoles à une autre, vu qu'en tenant une pareille conduite on se jouait de choses très-graves. Il ne resta donc plus (aux professeurs) qu'à transmettre à leurs disciples les doctrines de ces imams. Les étudiants s'attachèrent aux opinions d'un imam, après avoir vérifié les prin- cipes (de sa doctrine) et s'être assurés que ces principes lui étaient parvenus oralement et par une tradition non interrompue. Il n'y a donc plus d'autres sources à consulter maintenant,.«i l'on s'applique à l'étude de la loi; il n'est plus permis de travailler (comme autrefois) avec un zèle consciencieux à débrouiller de sa propre autorité des questions de droit. Cette pratique [idjtiliad) est maintenant condamnée et tombée en désuétude; aussi les musulmans (orthodoxes) de nos jours se sont-ils tous attachés à l'une ou à l'autre de ces quatre écoles.

Les sectateurs d'Ahmed Ibn Hanbel étaient peu nombreux et se trouvaient, pour la plupart, en Syrie et dans ce coin de l'Irac qui ren- ferme Bagbdad et les lieux environnants. Les élèves de cette école se distinguèrent de ceux des autres écoles par le soin qu'ils mettaient à garder les prescriptions de la Sonna, à rapporter exactement les tra- ditions ['et par leur habitude de chercher, autant que possible, dans ces deux sources la solution des questions légales, plutôt que d'avoir P. 7. recours à l'analogie. Comme ils étaient très-nombreux à Bagbdad, ils se firent remarquer par la violence de leur zèle et par leurs fréquents démêlés avec les Chiites qui habitaient les environs de cette ville*. Ces rixes continuèrent à entretenir le désordre dans Bagbdad jusqu'à ' Ce passage, mis entre deux paren- Albîr, qu'il y eut, presque tous les ans, des thèses, ne se trouve pas dans l'édition de combats entre les Hanbelites de Bagbdad Boulac ni dans les manuscrits C et D. et les Chiites, qui habitaient le faubourg ' On voit, par les Annales d'Ibn el- de Karkb.

10 PROLÉGOMÈNES ce que les Tartars s'en fussent emparés. Depuis cette époque, elles ne se reproduisent plus, et la plupart des Hanbelites se trouvent maintenant en Syrie.]

La doctrine d'Abou Hanîfa a, de nos jours, pour partisans les habitants de l'Irac, les musulmans de l'Inde, ceux de la Chine, de la Transoxiane et des contrées qui composent la Perse'. Cela tient à ce que cette doctrine avait été généralement adoptée dans l'Irac et à Baghdad, siège de l'islamisme, et qu'elle comptait parmi ses secta- teurs tous les partisans des khalifes abbassides. Les docteurs de cette école composèrent un grand nombre d'ouvrages, eurent de fréquentes discussions avec les Chafèites et employèrent, dans leurs controverses, des modes d'argumentation très-efficaces. Leurs écrits, maintenant fort répandus, renferment de belles connaissances et des vues d'une grande originalité. La doctrine d'Abou Hanîfa n'a pas beaucoup de partisans dans le Maghreb, où elle avait été introduite par le cadi Ibn cl-Arebi- et par Abou '1-Ouelid el-Badji^, lors de leurs voyages dans ce pays.

La doctrine de Chafèi eut beaucoup plus de partisans en Egypte que dans les autres pays, bien qu'elle se fût répandue dans l'Irac, le Khoraçan et la Transoxiane. On voyait dans toutes les grandes villes les docteurs de cette école partager avec ceux du rite hanelite le privi- lège d'enseigner et de donner des opinions sur des questions de droit.

11 y eut entre les deux partis de fréquentes réunions, dans lesquelles ils soutenaient leurs doctrines respectives, ce qui donna naissance à plusieurs volumes de controverse remplis d'arguments de toute espèce. La chute (du khalifat) de l'Orient et la ruine de ses provinces mit lin ' Le lexle porte: « et toutes les contrées ' Voy. la i" partie, p. A'iîdes Adjem. t Le mol Adjeni indique ordi- ' Abou 'i-Ouelîd Soleïman Ibn Khalel nairement le» Per.ies, mais je crois qu'à elBadji (originaire de Bcja, en Espagne) l'époque de notre auteur les doctrines fut un de» grands docteurs de l'Espagne chutes avaient déjà remplacé, en Perse, musulmane. Il naquit à Badajoz, l'an 4o3 être de» contrées situées entre l'Oxus et AIraéria, l'an 4?^ (1081 de J. C). la Perse qu'Ibn Khaldoun a voulu parler.

D'IBN RHALDOUN. M à CCS débats. Quand i'imam Mohammed Ibn Idris cs-CI»afèi alla s'é- tablir dans Misr (le Vieux-Caire), chez les fils d'Abd el-Hakem', il y donna des leçons à plusieurs élèves. Parmi ses disciples dans cette ville on remarqua El-Bouîti^ et El-Mozeni*; mais il y avait aussi un nombre considérable de Malekiles dont les uns appartenaient à la famille d'Abd el-Hakeui. Les autres étaient Achheb*, Ibn el-Caccm* P. 8. et Ibn el-Maouwaz', auxquels se joignirent ensuite El-Hareth Ibn ' Abou Mohammed Abd Allah Ibn AIhI el-Hakcin, iialifd'EgypIc, fui un des dis- ciples les plus distingués de l'imam Ma- lek. Il mourut au vieux Caire, l'an s 1 4 de l'hégire (819 de J. C). Il eut deux Tds, Abou Abd Allah Mohammed et Abd er- Balminn. Le premier fut un disciple de Chaféi. Le second étudia les traditions et l'histoire, et composa un ouvrage sur les conquêtes faites par les premiers musul- mans. Ce traité n'a pas une grande valeur.

' Abou Yncoub Youçof Ibn Yahya el- Bouîti fut un drs disciplesles plus éminents de limaro Ls-Ch»fèt et lui succéda dans la.direction de l'école. A l'époque où le khalife abbasside El-Mamoun voulait faire adopter comme dogme la création du Co- ran (c'est-i-dire que le Coran n'élail pas la parole incréée de Dieu), EI-Bouîti fut arraché de sa chaire, chargé de fers et conduit à Baghdad, où l'on essaya de lui faire accepter cette nouvelle doctrine. Sur son refus, il fut maltraité et enfermé dans une prison, où il resta jusqu'à sa mort. On as.sure que les fers qu'on lui avait nn's aux pieds, et dont on ne le débarrassa plus, pesaient quarante livres, et qu'il portail dt!s menottes attachées par des chaînes à un bandeau de fer qui lui ceignait le cou. Il mourut l'an a3i de l'hégire (845-8/46 deJ.C.j.foui'd' signifie originaire de Bouil, ville de la haute Egypte.

^ Abou Ishac Ibrahim el-Mozeni, disci- ple de l'imam es-Chafêi et natif d'Egypte, se distingua par son érudition et parl'ans- lérilé de sa vie. Devenu chef des chaféites d'Egypte, il travailla avec ardeur à ré- pandre les doctrines de son maîlre et com- posa un grand nombre d'ouvrages. Son abrégé {mokhiacer) de la doctrine chaféile n toujours joui d'une haute réputation. I! mourut au Vieux-Caire l'an 364 (878 de J. C.), à l'âge de quatre-vingt-neuf ans.

* Abou Amr Ach'heb Ibn Abd el-Aiiz el-Caïci, natif d'Egypte et l'un des disciples de l'imam Malek, mourut au Vieux-Caire, l'an 3o4 (8ao de J. C.j.

' Abou Abd Allah Abd er-Bahman Ibn el-Cacem el-Otali, docteur de l'école fondée par Malek, sous qui il avait étudié la jurisprudence, est l'auteur du célèbre digeste de la doctrine malekile intitulé: E^Modaoawena. Il mourut au Vieux-Caire l'an 191 (806 de J. C). Le Modaoaxrena fut ensuite remanié par Sohnoun. (Voy. ci-après, p. 16, note 4-) • Abou Abd.\llah Mohammed Ibn Ibra- iiîm, surnommé Ibn el-Maouwaz, fut un des plus savants imams de l'école maickite et en devint le président. Il laissa plusieurs ouvrages qui traitaient de la jurisprudence et dont un a été nommé après lui El- Maouwazija. Il mourut en l'année a8i (894895 de J.C).

12 PROLÉGOMÈNES 12 PROLÉGOMÈNES Meskîn^ avec ses fils[, puis le cadl Abou Ishac Ibn Chabân- et ses disciples].

Plus tard, le système de jurisprudence suivi par les gens de la Sonna [et du consentement général] disparut de l'Egypte devant l'éta- blissement de la dynastie des Rafedites (Fatemides), et fut remplacé par celui qui était spécial aux gens de la maison (les Alides).[Les secta- teurs des autres systèmes s'y trouvèrent réduits à un si petit nombre, qu'à peine en resta-t-il un seul. Vers la fin du iv" siècle, le cadi Abd el-Ouehhab', se trouvant obligé, comme on le sait*, de quitter Baghdad afin de gagner sa vie, passa en Egypte, où il fut accueilli avec une grande distinction par le khalife fatemide. Le gouvernement égyp- tien, en lui témoignant tous les égards dus à son talent et en l'ac- cueillant avec tant d'empressement, voulut faire ressortir la conduite méprisable du gouvernement abbasside, qui n'avait pas su apprécier le mérite d'un si grand docteur. La jurisprudence de Malek ne se maintint que Irès-faiblement dans le pays jusqu'à ce que la dy- nastie des Obeïdites -Rafedites fût renversée par Salâb ed-Dîn [Sa- ladin), fils d'Aiyoub, et que la jurisprudence des gens de la maison fût abolie. Celle qui eut pour base le consentement général y reparut de nouveau]; les doctrines enseignées par Cbafèi et ses disciples, les gens de l'Irac, refleurirent encore mieux qu'auparavant [et l'ouvrage d'Er-Rafêi '" se répandit dans ce pays et dans la Syrie]. La pbalange de ' Abou Amr el-Harelh Ibn Meskla, cadi du Vieux-Caire et docteur de l'école de Mnlek, fut au nombre ries légistes que le khalife El-Mamoun fil emprisonner sur leur refus de reconnaitre la création du Coran. Sa mort eut lieu l'an aSo de l'hé- gire (864 de J. C).

' Abou Ishac Mohammed Ibn el-Cacem Ibn Chabân, savant tradilionnislc et mufti, devint chef de l'école malekile en Egypte. 11 est l'auteur de plusieurs ouvrages. Sa mort eut lieu dans le mois de djomadn premier 355 (avril-mai 966 de J. C).

' Le cadi Abou Mohammed Abd el- Ouehhab Ibn Ali, nalif^dc Baghdad, était très-ver.sé dons la juri.sprudence malekile, et composa plusieurs ouvrages sur le» doc- trines de celle école. Forcé par la misère de quitter sa ville nalnle, il alla se fixer en Efiyple.où il fui accueilli avec un grand empressement par le gouvernement et par le peuple. Il mourut au Vieux-Caire, l'an Im (io3i de J. C).

D'IBN KHALDOUN.

13 docteurs chaféites qui se forma alors en Syrie sous le patronage du gouvernement aiyoubile renfermait deux hommes hautement distin- gués, Mohi cd-Dîn en-Newaouï' et Eïzz ed-Din Ibn Abd es-Selam'''. Ensuite parurent en Egypte Ibn er-Refàa* et Teki cd-Dîn Dakîk el- Aïd", puis Teki ed-Dîn es-Sobki^ et une suite de docteurs, dont le dernier, Ciradj cd-Dîn el-Bolkîni *, est maintenant'' cheïkii el-islam (chef docteur de l'islamisme) de l'Egypte. 11 est non-seulement le chef des Chaféites dans ce pays, mais le premier savant (u/cmd) de l'époque. Le système de Malek est suivi spécialement par les habitants de Fadl el-Cazouini er-Rafêi, imam de l'école charèite, fut le plus savant jurisconsulte du Khoraçan.II composa un grand nombre d'ouvrages, dont la plupart ovaient pour su- jet les doctrines cliafôiles. Je suppose que le traité dont il est question dons le pas- sage d'Ibn Khaldoun est celui quia pour litre: Er-Raadajl 'IJbrouê 's-Chafiiyu « la prairie où l'on Iraile des articles de droit qu'on a déduits des principes fondamen- taux de la doctrine cliaféitc. » Il mourut vers la fm de l'an fiaS (i2a6 de J. C).

' Voy. la i" partie, p. Sga, noie a.

* Eïîz ed-Dîn Abou MobammedAbdel- AzÎ7. Ibn Abd es-Selam es-Selemi, natif de Damas, alla s'établir en Egypte. On le re- garda comme le jurisconsulte le plus sa- vant de l'époque. 11 composa plusieurs ou- vrages et mourut au Vieux-Caire, l'an 66o (laGa de J. C). — Dans le texte arabe, il faut insérer l ■&..;[ après ^viLJl.

' L'imam Nedjm ed-Din Abou '1-Abbas Ahmed Ibn Mohammed Ibn er-Refàa, le plus savant légiste de son temps, composa plusieurs ouvrages sur la science qu'il cul- tivait; l'un formait vingt volumes et s'in- titula ElKlfaîa « la suffisance; » l'autre i en soixante volumes, portait le titre d'£/- Matleb • le répertoire. » Il laissa aussi un traité sur les poids et mesures. Sa mort eut lieu au Vieux-Caire, l'an 710 (i3 iode J. C).

* Teki ed-Dîn Abou '1 Feth Mobamméci Ibn Ali Ibn Ouclib el-Cocheiri, surnommé Ibn Uakik el-Aîd, étudia le droit sous Ibn Abd es-Selam. Il remplit les fonctions de grand cadi chafèite en Egypte, et mourut l'an 70a (i3oa de J. C). — Dak(k cl-Aîd • la farine de la fête • était le sobriquet de son grand-père, mais les biographes ne disent pas pourquoi il fut ainsi nommé.

' Teki ed-Din Abou 'I Hacen Ali Ibn Abd el-Kali cs-Sol)ki, natif de Sobk, village dans la province égyptienne nommée El- Menoafiya, étudia le droit sous Ibn er-Re- fâa et composa plusieurs "ouvrages. Cet il- lustre jurisconsulte mourut en Égvptel'an 766 (i355de J. C).

* Ciradj ed-Dîn Abou-Hafs Omar el- Bolkîni, cheikh el-islam et chef des Cha- féites de l'Egypte, fut regardé comme le plus savant jurisconsulte de son temps. Il était profondément versé dans toutes les sciences philosophiques. Né dans un vil- lage d'Egypte appelé Dolkîn, \\ mourut au Caire vers l'an 8o5 de l'hégire (i4o3 deJ. C).

' Insérez le mot ajJI après ^ 14 PROLEGOMENES p. 9. la Mauritanie et de l'Espagne; il y en a bien peu qui se soient atta- chés à l'un des autres systèmes, bien qu'il se trouve des sectateurs de Malek dans d'autres pays. (Le système malekite règne dans ces deux contrées) parce que les étudiants maghrébins et espagnols, qui voyageaient pour s'instruire, se rendaient ordinairement dans le Hi- djaz, sans aller plus loin. A cette époque, la science (du droit) avait pour siège la ville de Médine (capitale du Hidjaz), et de là elle s'était propagée dans l'Irac, province qui ne se trouvait pas sur le chemin de ces voyageurs. Us se bornèrent donc à étudier sous les docteurs et professeurs de Médine, ville où Malek était alors l'imam de la science, où ses maîtres avaient tenu ce haut rang avant lui et où ses disciples devaient le remplacer après sa mort. Aussi les Maviritaniens et les Espagnols se rallièrent-ils au système de Malek à l'exclusion des autres, dont ils n'avaient jamais eu connaissance. Habitués, d'ail- leurs, à la rudesse de la vie nomade, ils ne pensèrent nullement à s'appi'oprier la civilisation plus avancée que la vie sédentaire avait développée chez les habitants de l'Irac. Ils eurent bien moins de penchant pour ceux-ci que pour les habitants' du Hidjaz, avec lesquels ils avaient plus de ressemblance sous le point de vue de la civilisation, qui était celle de la vie nomade. C'est pour celte raison que la jurisprudence malekite est toujours restée florissante chez eux et n'a jamais subi les corrections et modilicatioos que l'influence de la civilisation sédentaire a fait éprouver aux autres systèmes.

Comme la doctrine de chaque imam forma, pour ceux qui la sui- vaient, l'objet d'une science spéciale et qu'il ne leur fut plus permis de résoudre des questions nouvelles par l'emploi consciencieux de leur propre jugement [idjtihad) ou par le raisonnement, ils se virent obli- gés à chercher, dans chaque cas douteux, des points de similitude ou de diflérence qui leur permissent de le rattacher (à une question déjà résolue) ou de l'en distinguer tout à fait. Dans ce travail on de- vait commencer par s'appuyer sur les principes que le fondateur du D'IBN KHALDOUN.

15 système avait établis', et, pour l'eflectuer, il fallait avoir acquis d'une manière solide, la faculté de bien opérer cette espèce d'assimi- lation et de distinction, en suivant, autant que possible, les doctrines de son imam. Jusqu'à nos jours, on désigne cette faculté par le terme science de jurisprudence.