les croyants qu’ils sont eux-mémes persécutés par les fanatiques. Ou est l’homme paisible et doux qui trouve bon qu’on ne pense pas comme lui? Cet homme ne se trouvera siirement jamais parmi les dévots, et il en est encore a trouver chez les philosophes.Je voudrais donc qu’on eut dans chaque etat un code moral ou une espece de profession de foi civile qui contint positivement les maximes sociales que chacun serait tenu d’admettre et négativement les maximes in- tolérantes qu’on serait tenu de rejeter non comme impies, mais comme séditieuses. Ainsi toute religion qui pourrait slaccorder avec i le code serait admise, toute religion qui ne s’y accorderait pas serait proscrite et chacun serait libre de n’en avoir point d’autre que le l code meme. Cet ouvrage fait avec soin, serait, ce me semble, le livre le plus utile qui put jamais étre composé et peut-étre le seul nécessaire { l � APPENDICE III. 3zg aux hommes. Voila Monsieur, un suiet pour vous; ie souhaiterais passionnément que vous voulussiez entreprendre cet ouvrage et l’em- bellir de votre poésie afin que chacun pouvant 1’apprendre aisément il portat dés l’enfance dans tous les cceurs ces sentiments de douceur et d’humanité qui brillent dans vos écrits et qui manquent a tout le monde dans la pratique...1.E·1"1·n1; A 1+.1. v1;RNzs(14juillet 1758). J’ai recu Pexemplaire de M. Duvillard, je vous prie de l’en remercier. Il a eu tort d’imprimer cet article (l’Economie politique) sans m’en rien dire; il a laissé des fautes que j’aurais otées et il n’a pas fait des additions et corrections que je lui aurais données. J’ai sous presse un petit écrit sur 1’article Geneve de M. d’Alembert...conrzssrons (1759). Le produit de la Lettre d d’Alembert et de la Nouvelle Héloise avait un peu remonté mes finances qui s’étaient fort épuisées A 1’Her- mitage. Je me voyais environ mille écus devant moi. L’EmiIe, auquel je m’étais mis tout de bon quand j’eus achevé l’H6loise,était fort avancé et son produit devait au moins doubler cette somme. Je for- mai le projet de placer ce fonds de maniére a me faire une petite rente viagere qui put, avec ma copie, me faire subsister sans plus écrire. J’avais encore deux ouvrages sur le chantier. Le premier était mes Institutions politiques. J ’examinai l’état de ce livre et je trouvai qu’il demandait encore plusieurs années de travail. Je n’eus pas le courage de le poursuivre et d’attendre qu’il fut achevé pour exécuter ma résolution. Ainsi renoncant a cet ouvrage, ie résolus d’en tirer ce qui pouvait se détacher, puis de bruler tout le reste, et poussant ce travail avec zéle, sans interrompre celui de l’IiImile, ie mis, en moins de deux années, la derniere main au Comrat social. 1.1·:·r·rn1z A M. mz BASTIDE (1o juin 176o). _ Quand vous ferez imprimer la Paix perpétuelle, vous voudrez bien ne pas oublier de m’envoyer les épreuves. Il y a une note ou je dis que dans vingt ans, les Anglais auront perdu leur liberté; ie crois qu’il faut mettre le reste de leur liberté, car il y en a d’assez sots pour croire qu’ils l’ont encore. 1.z·r·1·n1·:.4 m. Mourxrou (1761). Je dois vous dire que je fais imprimer en Hollande un petit ou- vrage qui a pour titre Du Contrat social ou Principes du droit poli- { � 33o DU CONTRAT SOCIAL. tique, lequel est extrait d’un plus grand ouvrage intitulé Institutions pclitiques, entrepris il y a dix ans et abandonné en quittant la plume, entreprise qui d’ailleurs était certainement au·dessus de mes forces. Ce petit ouvrage n’est pas encore connu du public ni meme de mes amis; vous étes le premier a qui j’en parle. Comme je revois aussi les épreuves, jugez si je suis occupé et si j’en ai assez dans l’état ou je suis. CONFESSIONS (1761). En attendant (la conclusicn du traité de l’E'mile), je mis la der- niére main au Contra: social et l’envoyai a Rey, iixant le prix de ce manuscrit a tooo francs qu’il me donna. Je ne dois peut-étre pas omettre un petit fait qui regarde ledit manuscrit. Je le remis bienv cacheté a Duvoisin, ministre du pays de Vaud et chapelain de l’h6tel de Hollande, qui me venait voir quelquefois et qui se chargea de l’envoyer a Rey avec lequel il était en liaison. Ce manuscrit, écrit en menu caractére, était fort petit et ne remplissait pas sa poche. Ce- pendant, en passant la barriére, son paquet tomba, je ne sais com- ment, entre les mains des commis qui l’ouvrirent, Pexaminérent et le lui rendirent ensuite quand il 1’eut réclamé au nom de l’ambassa- deur, ce qui le mit a portée de le lire lui-méme, comme il me marqua naivement l'avoir fait avec forces éloges de 1’ouvrage et pas un mot de critique ni de censure, se réservant sans doute d’étre le vengeur du christianisme lorsque l’ouvrage aurait paru. Il recacheta le manuscrit et l’envoya A Rey. Tel fut, en substance, le narré qu’il me fit dans la lettre ou il me rendit compte de cette aifaire, et c’est tout ce que j’en ai su. conrsssrous (t76t) Le Contra! social s’imprimait assez rapidement; il n’en était pas de méme de l’li'mile dont i’attendais la publication pour exécuter la retraite que je méditais. 1.t·:·r·rnr:.4 nrzv (g aout t761). Mon traité de droit politique est au net et en état de paraitre. Si cet ouvrage vous convient et que vous vous engagiez a le faire exécuter diligemment et avec soin, vous pouvez le faire retirer au prix convenu, car, étant copié sur du plus fort papier deHollande, le volume est trop gros pour étre envoyé par la poste, et je ne veux pas m’en dessaisir sans argent. Comme il est divisé par livres et chapitres, il faudra prendre un format in-8 et surtout de beau papier, car i’ai a cceur la belle exécution de cet ouvrage, le dernier qui sortira de mes mains. Comme ce livre est cité dans le Traitéde l’Education, il convient qu’il paraisse auparavant, et je n’ai que le temps qu’il faut pour cela.
� APPENDICE III. 331 LETTRE A nav (2 septembre 1761). A l’égard de mon T raité du Droit politique, je me contente qu’il soit publié en mars 1762, pourvu qu’au moins une fois en votre vie vous me teniez parole; A l’égard du manuscrit, il est tout prét et vous le ferez retirer quand il vous plaira; rien ne presse. LETTRE A nav (14 octobre 1761). J’aimerais mieux que vous fissiez retirer le manuscrit chez moi. J’ai de la répugnance A aventurer ainsi un manuscrit plus ample et _ plus correct que le brouillon qui m’en reste et que je ne pourrais plus rétablir tel qu’il est s’il venait A s’égarer. 1.11·r·rn1: A 1u:v (Montmorency, 7 novembre 1761). Bonjour, monsieur. Je vous recommande tout de nouveau mon dernier ouvrage. Quoi qu’il ne soit pas de nature A se répandre aussi promptement qu’un roman, i’espére qu’il ne s’usera pas de méme et que ce sera un livre pour tous les temps, s’il n’est pas rebuté par le public. Le format de la lettre A M. d’Alembert et méme un caractére un peu plus gros y pourraient étre convenables. Je m’en rapporte IA- dessus A votre choix. mais surtout de beau papier. 1.1·:·r·r1u»; A nav (Montmorency, 2Q novembre 1761). J’approuve que vous m’adressiez directement les épreuves par la poste; c’est la voie la plus prompte et la plus sure. 1.1:·r·rn1: A nav (23 décembre 1761). Je crains que mon mal empiré ne me mette hors d’état de corriger les épreuves de l’ouvrage qui est entre vos mains. En ce cas, il faudrait consulter sur les lieux un homme de lettres qui ait de l’intelli· gence, de la probité, de l’atte¤tion et de la bienveillance pour l’au- teur, et vous tacheriez de m’envoyer les bonnes feuilles par quelque voie moins dispendieuse que la poste afin que, s’il fallait absolument quelques cartons ou errata, on le fit A temps avant que le livre fut publié. Donnez vos soins, je vous supplie, A la correction de cet ouvrage, car je crois qu’il en vaut la peine. Faites aussi attention qu’on n’aille pas mettre politique au lieu de politie partout ou j’ai écrit ce dernier mot, mais qu’on suive partout le manuscrit A la lettre jusque dans les fautes. Vous le trouvez petit pour un volume; cepen- dant il est copié sur un brouillon que vous avez jugé devoir en faire un, et méme le chapitre sur la religion y a été ajouté depuis.
� l l 332 DU CONTRAT SOCIAL. i J’ai vu quelques feuilles du Traité de l’Education, mais il va trés lentement; si le votre pouvait paraitre auparavant, vous feriez, a mon avis, un coup de partie, car il est A craindre, si les deux ouvrages paraissent ensemble, que le petit ne soit étouifé par le grand. LETTRE A ROUSTAN (23 décembre 1761). Ce n’est pas qu’il n’y ait chez Rey un Traité du Contra! social, duquel je n’ai encore parlé a personne et qui ne paraitra peut·étre .qu’aprés l’E'ducation, mais il lui est antérieur d’un grand nombre “ d’années. 1.1¤:·r·r1u¤; A nav (Montmorency, 27 décembre 1761). Je crois que vous prenez un excellent parti en vous hétant d’im- primer, aiin que cet ouvrage paraisse avant le Traité sur l’E`ducation. LETTRE A asv (30 décembre 1761). J’approuve fort vos changements, mais je trouve le format trop large pour sa longueur. C’est un petit mal, et je pense bien qu’il n’y a plus de reméde. 1.1s:·r·rnE A nav (6 janvier 1762). Addition a insérer dans le chapitre intitulé: De la monarchie, entre l’alinéa qui commence par ces mots; u Nous avons trouvé par les rapports généraux » et l’alinéa suivant, qui commence par ceux-ci: << Pour qu’un Etat monarchique », moyennant laquelle addition il faut au premier de ces deux alinéas s’arréter au mot substituts et retrancher les deux ou trois lignes qui suivent jusqu’au mot forma, éludée inclusivement, puis interpoler l’a1inéa qui suit. Mettez si vous voulez la vignette du Discours sur Vlnégalite'. Mais il y a la une grosse joufiue de Liberté qui a l’air bien ignoble. Est·ce que le graveur ne pourrait pas la retoucher et lui donner un peu plus de dignité? 1.z·1··r1z1=: A new (g janvier 1762). Dans le chapitre intitulé: Des sufmges, 1’alinéa qui commence par ces mots: << Je réponds que la question » doit étre couché de la maniere suivante et la note ci-dessous y doit étre ajoutée. 1.1;·r·rn1; A asv (Montmorency, le 13 janvier 1762). Je recois a l’instant, mon cher Rey, votre lettre du 7, par laquelle j’apprends avec effroi le parti que vous prenez de ne plus m’envoyer � APPENDICE Ill. 333 d’épreuves. Je vous avoue que cette résolution me fait trembler. O mon ouvrage! mon cher ouvrage! que va-t-il devenir, A moins que vous n’ayez choisi pour le revoir le plus honnéte, le plus patient et le plus intelligent des hommes? Sur des matieres si graves on n’a jamais assez tout pesé, et je sens bien que le dernier coup d’oeil que j’aurais jeté sur cet écrit y était absolument nécessaire. Mon cher Rey, soyez de la derniere attention, je vous conjure, et si malgré cela il nous faut des cartons, comme je n’en doute point, préparez- vous du moins A les faire de bonne grAce et meme A faire couper le feuillet cartonné, de peur qu’on ne néglige d’y substituer le carton. Je vous avoue que je suis dans les plus grandes alarmes sur votre résolution, sans pourtant vous en savoir mauvais gré, car je sens com- bien d’embarras, de lenteurs et de frais cela peut épargner. Si je suis trompé en bien sur l’exactitude, je vous ·en saurai gre toute ma vie. Vous me dites de vous envoyer mes additions, mais comment faire?J’en trouve plusieurs sur mon brouillon, mais je ne me souviens plus de celles que je vous ai envoyées et je ne sais plus comment indiquer les autres sur votre manuscrit. Les épreuves me rendaient plus confiant, bien sur, s’il y avait quelque quiproquo, de l’y corriger. N’ayant plus cette ressource, je n’ose plus rien vous envoyer et l’ou— vrage restera défectueux A bien des égards. Ne manquez pas du moins de m’envoyer régulierement les bonnes feuilles, aiin que s’il s’y trouve des fautes essentielles, nous soyons A temps de les corriger, par des cartons ou par des errata. Je vous embrasse. 1.-.1. ROUSSEAU. S’il vous vient quelque doute important, écrivez moi et suspendez le tirage de cette feuille·lA jusqu’A ma réponse. Lzrrnz A nzv (23 janvier 1762). Voici mon cher Rey, les épreuves F et G, que j’ai recues hier au soir avec votre lettre du 18. J ’ai regu aussi la bonne feuille, et j’attends B comme vous le marquez. Je n’aime pas les réglets en fleurons dont vous avez séparé le texte des notes. L’ceil les confond avec des lignes d’écriture: un réglet tout uni vaudrait mieux. 1.1=;·r·rn1¤; A asv (17 février 1762). Vous ne m’avez point envoyé l’épreuve de votre vignette, que vous m’aviez promise. Je dois vous prévenir que si vous avez mis ma devise comme vous aviez fait autrefois, il la faut absolument oter, � 334 DU CONTRAT SOCIAL. parce qu’i1 y a déia une épigraphe et qu’il n’en faut pas deux; ma devise ne doit étre qu’a la téte de mon recueil général (1). 1.1-:·r·rn1; A new (17 février 1762). I Voici votre épreuve M, dans laquelle ·ie suis bien faché de n’avoir pas le temps de transcrire plus nettement Ia note qui répond a la page 1go..I’espére pourtant qu’avec beaucoup d’atteution l’on pourra parvenir a la déchiffrer exactement. Faites tirer une scconde épreuve a cause de cette note, et faites-la, ie vous prie, examiner avec soin par un homme de lettres, a cause des deux passages latins. Je vous avoue que je suis un peu inquiet a cause que vous avez laissé I passer une faute dans celle de Calvin. J’ai ajouté une autre note page 187; mais comme il y a place pour 1’une et pour l’au1re, elles I n’exposeront a aucun remaniement. Ainsi, si cette feuille n’est pas aussi correcte que les autres, ce sera la faute de l’imprimeur et la I votre. Adieu, je continuerai de revoir les épreuves qui me viendront...p I 1.1z·1··rn1=: A nav (28 février 1762). J ’ai bien du chagrin que la feuille M, celle précisément que ie vous avais le plus recommandée a cause de la note, soit précisément celle ) qui a le moins été revue. Je 1’attends avec impatience pour juger des cartons dont elle peut avoir besoin. ) Je trouve votre titre trop confus. Il faudrait que l’oei1 y distinguat trois parties, bien séparées par des blancs: 1° le titre de Pouvrage; 2° le nom et le titre de l’auteur; 3° Pépigraphe, et que cette épigraphe ne se confondit point dans la vignette. Arrangez cela, ie vous prie, du mieux que vous pourrez. I Faites attention dans la table a ce que j’ai marqué sur les titres des livres, qui doivent étre autrement disposés que les titres des cha- I pitres. On a coté les chapitres sur les pages du manuscrit pour ce qui n’était pas encore imprimé. J'ai changé ces numéros sur 1’i1np1·imé I dans les bonnes feuilles qui me sont parvenues jusqu’ici, mais je n’ai pu aller jusqu’au bout. Veillez exactement, je vous prie, a ces chan- ) gements, car rien n’est plus désagréable au lecteur que de trouver de faux renvois dans les tables; vous ne pourrez, pour cette raison, ) tirer la feuille de titre que quand tout l’ouvrage sera composé. 1.1=:·1··rn1: A nav (11 mars 1762). Voici, mon cher Rey, les dernieres épreuves ou j’ai retranché la ) derniére note devenue inutile depuis que le sort de nos malheureux l (1) La devise dont Rousseau parle est, comme on sait: Vitam impendcre vero. · � J. APPENDICE III. 335 est décidé et sur laquelle on vous aurait peut-étre fait de plus grandes difiicultés pour 1’introduction que sur le reste de 1’ouvrage. A cette note j’en ai substitué une autre qui la vaut bien et qui va mieux A la racine du mal. Je vous prie instamment d’avoir la plus grande attention A la correction de cette note et de la page qui s’y rapporte, tant a cause de l’importance de la matiére que parce que les fautes a la lin d’un ouvrage se remarquent encore plus que partout ailleurs...Nous voici enfin au bout de notre entreprise. Je suppose que, l’ou— vrage imprimé, vous allez prendre vos derniers arrangements pour vos envois, et je ne vois pas d’inconvénients que vous l’annonciez, si vous voulez, dans les gazettes, ce que ie n’exige pourtant ni ne con- seille; j’y consens seulement si cela vous convient...Je vous demande la galanterie que tous mes exemplaires soient cousus, car c’est un embarras et un retard considérable pour les gens qui ne sont pas du métier, et surtout pour moi qui ne suis pas a Paris, de faire brocher tout cela. 1.1·:·r·r1zm A nav (14 mars 1762}. Je vous prie, mon cher Rey, si vous étes encore a temps, de sup- primer la derniére note sur les mariages. Et, méme f8ll?1I—il un carton pour cela, je voudrais a tout prix que cette note fut supprimée pour votre avantage comme pour le mien. 1.r:·r·rnz A asv (x8 mars r762). Du reste, ie persiste au retranchement de la note que j’avais mise a la fin et de celle que j’y avais ensuite substituée, mais je serais bien aise d’avoir les épreuves ou étaient les deux notes qui pourront trouver leur place autre part. 1.1=;·r·rn¤ A nav (25 mars 1762). Puisque vous voulez n’annoncer le Contra! social que lorsqu’il sera a Paris, il ne sera peut-étre pas nécessaire d’envoyer un exem- plaire a M. de Malesherbes, si longtemps a l’avance, de peur qu’étant vu par d’autres, ils n’y forment plus de difficultés qu’il n’en ferait lui-méme. Il sufiit que vous combiniez si bien les choses, qu’il ait ce livre avant toute autre personne et quinze jours avant le public...Puisque vous m’avez fait faire une nouvelle vignette, vous m’obli- geriez de m’en envoyer une épreuve a part pour la mettre dans mon portefeuille. Il y a bien des difficultés a ce que vous me proposez dans votre lettre du I7 au sujet de l’événement auquel ma premiere note supprimée avait rapport. La plus insurmontable est mon état qui ne me permet plus aucune espéce de travail assidu. Une autre . l � 336 DU CONTRAT SOCIAL. est que je n’ai point les pieces et instructions nécessaires pour parler pertinemment sur ce suiet. Cependant, je vous avoue que la matiére est si belle et si tentante pour le zéle de l’humanité, que si i’avais le moindre espoir de rassembler les papiers nécessaires, je réverais quelquefois A elle, et mon intention, en pareil cas, ne serait pas de m’en tenir A un simple narré. 1.1=:·r·rn1-: A REY (4 avril 1762). Vous faites votre envoi par mer...I1 n’arrivera jamais avant que le Traité de l’Education paraisse, du moins en partie, A moins que l’on ne se trompe, ce que je ne puis présumer. Et si ces deux ouvrages paraissent ensemble A cause de la matiére ingrate et propre A peu de lecteurs du Contra! social, il sera infailliblement étouifé par l’autre. Voyez done si aprés avoir tant lanterné, vous ne feriez pas micux A présent de renvoyer la publication jusqu’A l’hiver. 1.1¤:·r·r1u=; A new (23 avril 1762). J’ai aussi regu par le paquet de M. le maréchal de Luxembourg avec votre lettre du 15 les deux feuilles de votre édition in·12. Quoique le papier ne soit pas beau et que le caractére des notes soit vilain, ie la trouve au surplus jolie et commode, et si vous pouvez m’envoyer le reste pour compléter un exemplaire cela me serait plus convenable A porter dans la poche que l’in-octavo et vous me feriez plaisir. J ’ai vu l’exemplaire de M. de Luxembourg: le papier est tres beau; i’espére que celui de M. de Malesherbes sera de méme, et je crois qu’A tout risque vous devez l’envoyer sur-le—champ si vous ne l’avez déia fait...J usqu’ici il n’est pas plus question A Paris de cet ouvrage que s’il u’existait pas. Je vous assure que je suis pour vous et vu la matiere dans de grandes alarmes sur le succes; ce n’est pas ici un Q roman que tout le monde puisse lire, et je tremble que vous n’ayez trop hasardé d’en faire deux éditions. » 1.1-:·r·r1u: A Mou1.·roU (25 avril 1762). · Le Contra: social est imprimé. Voici la distribution de douze, exemplaires que je vous prie de faire...Un A la bibliothéque, etc. 1.1-:1··rn1·: A nav (Montmorency, 29 mai 1762). Il est décidé, mon cher Rey, que mon traité du Contrat social ne l saurait étre admis ni toléré en France, et les ordres les plus sévéres sont donnés pour en empécher l’entrée. Nous devons vous et moi l nous soumettre at cette décision, que nous n’étions pas obligés de l � APPENDICE III. 337 prévoir d‘avance, rien ne nous obligeant, nous républicains, A étre instruits exactement des maximes du gouvernement royal, mais rien ne nous dispensant aussi de nous y conformer dans le ressort de l’Etat, sitot qu’elles nous sont notifiées. Mais il ne s’ensuit‘pas de lA que vous deviez 6ter mon nom d’un livre que ie m’honore d’avoir fait, qui ne contient rien que de tres convenable aux sentiments d’un honnéte homme et d’un bon citoyen, rien que je veuille désavouer, rien que je ne sois prét A soutenir devant tel tribunal compétent que ce puisse étre. Je sais, quant A ma personne, A ma conduite, A mes discours, l’obéissance et le respect que ie dois au gouvernement et aux lois du pays dans lequel je vis, et ie serais bien faché qu’A cet égard aucun Francais fut mieux dans son devoir que j’y suis. Mais quant A mes principes de doctrine, A moi républicain, publiés dans une république, il n’y a en France ni magistrat, ni tribunal, ni parlement, ni ministre, ni le Roy lui—méme qui soit méme en droit de m’interroger1A-dessus et de m’en demander aucun compte. Si l’on trouve mon livre mauvais pour le pays, on peut en défendre l’entrée; si on trouve que j’ai tort, on peut me réfuter, ` voilA tout. Que votre amitié ne vous inspire donc aucune alarme pour ma personnel On connait et on respecte trop ici le droit des gens pour le violer d’une maniere odieuse envers un pauvre malade dont le paisible séjour en France n’est peut·étre pas moins honorable au gouvernement qu’A lui. Au surplus, en quel lieu du monde est-on a couvert de l’injustice des hommes? Mon unique soin a toujours été et sera toujours de faire en sorte que personne au monde ne puisse me faire du mal justement Le reste passe mes forces et ie ne m’en inquiete pas. Je demeurerai donc. Un livre ou l’on n’examine les gouvernements que par leurs prin- cipes et par les conséquences nécessaires de ces principes ne peut avoir nul trait A aucun gouvernement particulier qui ne soit appli- cable A tous les autres gouvernements de cette espéce, et rien de ce que j’ai dit des gouvernements monarchiques ne peut étre vrai en France qu’il ne soit vrai de méme en toute autre monarchie. Je n’ai donc ni passé ni pu passer les bornes d’une discussion purement philosophique et politique, et ce serait avoir d’étranges idées que de prétendre nous 6ter A nous autres républicains le droit d’examiner et discuter les fondements et les défauts du gouvernement monarchique en général, tandis que les écrivains royaux remplissent tous les jours leurs livres de tant d’indécences et de bétises contre le gouvernement républicain. Les Etats républicains étant aussi souverains que les Rois, on ne doit pas moins de respect aux uns qu’aux autres. Rede- mandez donc vos balles, et on vous les renverra surement. · Vous savez avec quelles restrictions et conditions j’ai toujours traité avec vous par rapport A la France; cependant je ne refuserai az I � 338 DU CONTRAT SOCIAL. iamais d’entrer en compensation de vos pertes a cet égard, et je ne veux point d’autre arbitre que vous·meme de la part que fen dois supporter...LETTRE A asv (23 aoilt 1762). Je suis affligé du renvoi des balles du Contra! social.· il cut été horrible qu’on les edt gardées, mais je sens bien que vous perdrez beaucoup a ce renvoi. Quand vous aurez quelque occasion de faire quelque envoi a Geneve ou en Suisse, faites—m0i le plaisir d’y joindre une douzaine de mes exemplaires, surtout ceux en beau papier; faites des autres ce qn’il vous plaira. LETTRE A 111-:v (8 octobre 1762). Je suis vraiment peiné de tous les désagréments, faux frais et contrefagons qui peuvent vous rendre onéreux le Contrat social; je voudrais bien que vous y trouvassiez votre compte. Cet ouvrage fait assez de bruit, ce me semble, pour que, meme avec ces editions contrefaites, les votres ne restent pas a votre charge. Je le désire de tout mon ccxzur. courzsstons (1762) Le Contrat social parut un mois ou deux avant l’Emile. Rey, dont j’avais toujours exigé qu’il n’introduirait jamais furtivement en France aucun de mes livres, s’adressa au magistrat pour obtenir la permis- sion de faire entrer celui-ci par Rouen ou il fit par mer son envoi. Rey n’eut aucune réponse, ses ballots resterent a Rouen plusieurs mois au bout desquels on les lui renvoya aprés avoir tenté de les con- fisquer, mais il fit tant de brtit qu’on les lui rendit. Des curieux en tirérent d’Amsterdam quelques exemplaires qui circulérent avec peu de bruit(1).Mauléon, qui en avait oui parler et qui meme en avait vu quelque chose, m’en parla d’un ton mystérieux qui me surprit et qui m’enfit inquiété méme, si, certain d’étre en regle a tous égards et de (i) Din¤no1·,Lettre sur le commerce de la librairie, ecrite en 1767, publiee en x86;. - La police a mis en oeuvre routes ses machines, route sa prudence, roure son aurorite pour étonifer le dcspotisme oriental de feu Boulsnger et nous priver de la Lettre de Jean-Jacques ti l’arcl:ev6que de Paris. Je ne connais pas une seconde edition du Man- dement de Parchevéque, mais ie connais cinq ou six editions de l’un et l'autre ouvrage et la province nous les envoie pour trente sous. Le Contrat social, imprime et réimprime, s’est distribué pour un petit écu sous le vestibule du palais meme du souverain. Correspondance littéraire de {Primm (iuillet t762). — On dit que Ie Coatrat so- cial est de la meme trempe (que l`EMil€), obscur et embarrassé dans ses principes, sou- vent petit et plat, souvent hardi,eleve et admirable. On a pris des mesures si iustes A la poste que ceux qui l’ont fait venir par cette voie en ont été pour leurs frais et leurs peines; a moins d‘aller le chercher en Hollande et de le faire entrer dans sa poche, il n’est pas trop possible de l'avoir ici. Dans six mois, il sera etalé dans toutes les bouti- ques,:1 c6té du livre de l’E:prit et de celui de l’Education. - — � APPENDICE III. 33g n’avoir nul reproche a me faire, je ne m’étais tranquillisé par ma grande maxime. Je ne doutais pas méme que M. de Choiseul, déia tres disposé pour moi et sensible a l’éloge que mon estime pour lui m’en avait fait faire dans cet ouvrage, ne me soutint en cette occasion contre la malveillance de M¤=¤° de Pompadour. J ’avais assurément lieu de compter alors, autant que jamais, sur les bontés de M. de Luxem- bourg et sur son appui dans le besoin...r.1·:·r·r¤us: AU uanours nz M1nAam».U(Trye, 26 juillet 1767)...Il me semble que l’évidence ne peut jamais étre dans les lois naturelles et politiques qu’en les considérant par abstraction. Dans un gouvernement particulier, que tant d’éléments divers composent, cette évidence disparait nécessairement. Car la science du gouvernement n’est qu’une science de combinaisons, d’applications et d’exceptions, selon les temps, les lieux, les circonstances. J amais le public ne péut voir avec évidence les_rapports et le ieu de tout cela...Mais supposons toute cette théorie des lois naturelles touiours par- faitement évidente, méme dans ses applications, et d’une clarté qui se proportionne a tous les yeux, comment des philosophes qui connais- sent le genre humain peuvent·ils donner a cette évidence tant d`autorité sur les actions des hommes? Comme s’ils ignoraient que chacun se conduit tres rarement par ses lumieres et tres fréquemment par ses passions...» Voici dans mes vieilles idées le grand probleme en politique que je compare a celui de la quadrature du cercle en géométrie et e celui des longitudes en astronomie: Trouver une forme de g0uverne· ment qui mette la loi au-dessus de l’homme. ` Si cette forme est trouvable, cherchons-la et tachons de l’établir. Vous prétendez, monsieur, trouver cette loi dominante dans l’évi- dence des autres. Vous prouvez trop, car cette évidence a du étre dans tous les gouvernements ou ne sera jamais dans aucun. Si malheureusement cette forme n’est pas trouvable, et j’avoue ingé- nument que jecrois qu’elle ne l’est pas, mon avis est qu’il faut passer a l’autre extrémité et mettre tout d’un coup l’homme autant au-dessus de laloi qu’il peut 1’étre et par consequent établirle despotisme arbi- traire et le plus arbitraire qu’il est possible; je voudrais que le despote put étre Dieu. En un mot, je ne vois point de milieu supportable entre la plus austere démocratie et le Hobbisme le plus parfait, car le conflit des hommes et des lois qui met dans l’Etat une guerre intestine conti- nuelle est le pire de tous les états politiques. Mais les Caligula, les Néron, les Tibere...Mon Dieu, je me roule par terre et je gémis d’étre homme.
Je n’ai pas entendu ce que vous avez dit des lois dans votre livre et ce qu’en dit l’auteur nouveau dans le sien. Je trouve qu’il traite I � 340 DU CONTRAT SOCIAL.
un peu légèrement des diverses formes du gouvernement, bien légèrement surtout des suffrages. Ce qu’il a dit des vices du despotisme électif est très vrai. Ces vices sont terribles. Ceux du despotisme héréditaire, qu’il n’a pas dit, le sont encore plus.
Voici un second problème qui depuis longtemps m’a roulé dans l’esprit: Trouver dans le despotisme arbitraire une forme de succession qui ne soit ni élective ni héréditaire ou plutôt qui soit à la fois l’une et l’autre et par laquelle on s’assure, autant qu’il est possible, de n’avoir ni des Tibère ni des Néron.
Si jamais j`ai le malheur de m’occuper derechef de cette folle idée, je vous reprocherai toute ma vie de m’avoir ôté de mon ratelier. J’espère que cela n’arrivera pas; mais, monsieur, quoi qu’il arrive, ne me parlez plus de votre despotisme légal. Je ne saurais le goûter ni même l’entendre, et je ne vois là que deux mots contradictoires qui réunis ne signifient rien pour moi… IV DISCOURS SUR IJORIGINE ET LES FONDEMENTS DE UINEGALITE PARMI LES HOMMES Extraits Non in dcpravatis., sed in his qum bene secundum naturam se habent, consideran- - dum est quid sit naturale. Auusrorz, Politic., lib. 11. A LA uévunnrous on cmuévn Magnifiques, tres honorés et souverains seigneurs, _ Convaincu qu’il n’appartient qu’au citoyen vertueux de rendre A sa patrie des honneurs qu’elle puisse avouer, il y a trente ans que je travaille A mériter de vous offrir un hommage public; et cette heureuse occasion suppléant en partie A ce que mes efforts n’ont pu faire, j’ai cru qu’il me serait permis de consulter ici le zéle qui m’a— nime plus que le droit qui devrait m’autoriser. Ayant eu le bonheur de naitre parmi vous, comment pourrais-je méditer sur l’égalité que la nature a mise entre les homnies, et sur 1’inégalité qu’ils ont insti- tuée, sans penser A la profonde sagesse avec laquelle l’une et l’autre, heureusement combinées dans cet Etat, concourent, de la maniere la plus approchante de la loi naturelle et la plus favorable A la so-.
ciété, au maintien de l’ordre public, et au bonheur des particuliers? En recherchant les meilleures maximes que le bon sens puisse dicter sur la constitution d’un gouvernement, j’ai été- trappé de les voir toutes en exécution dans le votre, que méme sans étre né dans vos murs j’aurais cru ne pouvoir me dispenser d’oHrir ce tableau de la société humaine A celui de tous les peuples qui me parait en posséder les plus grands avantages, et en avoir le mieux prévenu les abus. Si j’avais eu A choisir le lieu de ma naissance, j’aurais choisi une société d’une grandeur bornée par l’étendue des facultés humaines, c’est-A-dire par la possibilité d’étre bien gouvernée, et ou chacun A s I