I.
A. Il sera, je crois, avantageux d'inaugurer cette étude par l'examen de tranches minces, transparentes, pratiquées transversalement sur des tronçons de moelle convenable- ment durcis dans une solution d'acide chromique, et colo- rées par le carmin. Le carmin est ici un réactif précieux. Grâce à lui, certains éléments qui ont la propriété de se colorer sous son influence d'une teinte plus ou moins vive sont par là mis en relief, alors que les autres conservent leur aspect ordinaire. Ainsi les cellules ganglionnaires, leur noyau, leur nucléole et aussi les prolongements de ces cellules se colorent fortement sous l'influence de ce réac- tif. La gangue conjonctive se colore également dans tous (l) On sait que les premières études sur la gangue conjonctive de la moelle épinière remontent à 1810 et sont dues à Keuffel; mais ce que l'on sait moins, c'est que Cruveilhier, dans son article Apoplexie, du Diction- naire de médecine et de chirurgie pratiques, publié en 1820, a mentionné « le tissu cellulaire séreux extrêmement délié qui unit et sépare les fibres » cérébrales et qui forme une trame excessivement ténue.» (Loc. «ï.,p.209.)
NOTIONS D'HISTOLOGIE NORMALE. 197 les points de son étendue, à la vérité d'une manière bien moins prononcée; et, pour ce qui a trait aux tubes ner- veux, seul le cylindre d'axe prend la couleur du carmin, tandis que l'enveloppe de myéline résiste complètement à son action.
Tous les détails que ce mode préparatoire met en relief vous pourrez les suivre sur la planche d'après Deiters (1), que je vous présente:; vous les retrouverez ensuite facile- ment sur les très-belles coupes que je vais faire passer sous vos yeux et que je dois à l'obligeance de notre confrère M. Lockhart-Clarke; il conviendra d'examiner ces pièces d'abord à l'aide d'un faible grossissement.
Sur les préparations comme sur la planche, les parties qui appartiennent à la substance blanche de la moelle vous paraissent sans doute, au premier abord, presque entière- ment composées de petits corps régulièrement arrondis, sortes de disques placés côte à côte et à peu près de même diamètre. Ce sont les tronçons cylindriques trop minces, résultant de la section des tubes nerveux, lesquels tubes sont là, dans cette partie de la moelle, disposés pour la plupart suivant le grand axe de l'organe, et, comme sont les pris- mes d'une chaussée basaltique, parallèlement les uns aux autres. Au centre des disques qui, dans le reste de leur éten- due, sont constitués par la myéline non colorée, d'aspect bril- lant, translucide, figure comme un point, ou mieux, comme un petit globule, le cylindre d'axe coloré en rouge.
Un examen un peu plus attentif fait constater bientôt que les disques en question ne sont pas exactement contigus, et qu'ils sont, au contraire, plus ou moins nettement séparés les uns des autres, par une substance d'apparence homo- gène, que le carmin colore légèrement et qui semble com- bler, à la manière d'un ciment, tous les vides que les élé- ments nerveux laissent entre eux. Cette substance n'est (l) 0. Deiters. — Untersuch. nier Gehern uni Riïckemnarck. Braunshe- wieg. Planche III, fig. 12.
198 DE LA NÉVROGLIE.
autre que la gangue conjonctive, comme nous l'appelions tout à l'heure, ou autrement dit, la névroglie (Virchow), le rêticulum (Kolliker). En étudiant son mode de répartition et d'agencement sur les diverses parties de la coupe, tous reconnaîtrez aisément qu'elle entre pour une part très-im- portante dans la masse de l'organe. Remarquez en premier lieu qu'elle forme, à la partie périphérique de la coupe, un anneau, ou mieux, une zone, d'une certaine épaisseur et où les tubes nerveux font absolument défaut. Cette zone est recouverte à l'extérieur et enveloppée, pour ainsi dire par la pie-mère, avec laquelle elle ne contracte que de faibles adhérences; elle est d'ailleurs parfaitement distincte, quant à sa structure, de cette dernière membrane, qui est compo- sée de tissu conjonctif fibrillaire, et, par conséquent, tout autrement que la névroglie. Elle a été décrite avec soin par Bidderet parFrommann, qui la désignent sous le nom de couche corticale du rêticulum (Rindenschicht); nous ver- rons plus tard qu'elle présente parfois, au point de vue pa- thologique, un intérêt incontestable (1).
Du bord interne de cette zone ou couche corticale, on voit naître et se détacher, de distance en distance, des cloisons qui se dirigent vers le centre de la moelle, qu'ils partagent en compartiments triangulaires à peu près égaux, dont la base est à la périphérie et dont le sommet se perd dans la substance grise. Ces cloisons donnent elles-mêmes naissance, chemin faisant, à des tractus secondaires, puis tertiaires, qui se subdivisent aussi à leur tour. Leurs ramifi- cations s'enchevêtrent, se croisent et s'anastomosent de ma- nière à produire un réseau à mailles d'inégale dimension. De ces mailles, les plus larges réunissent, sous forme de faisceaux, huit, dix tubes nerveux, ou même un plus grand nombre, tandis que les plus étroites n'en renferment, le plus souvent, qu'un seul. La disposition réticulée dont il (l) C. Frommann. — Untersuch. Hier die Normale und patholog. Anatom. des Rûekenmarlies. Iéna. 1864.
DE LA NÉVROGLIE. 199 s'agit devient surtout évidente dans les points de la prépa- ration, où, par suite de la distribution des tubes nerveux, le squelette conjonetif persiste seul.
Plus encore peut-être que dans la substance blanche, la névrogliejoue, dans la substance grise, un rôle important; il est, en effet, des régions de celle-ci quelle constitue d'une manière presque exclusive; tels sont, par exemple, les bords du canal central, le cordon de l'épendyme. Elle est prédominante aussi dans cette partie des cornes postérieu- res connue sous le nom de substance gélatineuse de Ro- lande; dans la commissure postérieure qui, en consé- quence, prend dans sa presque totalité, une teinte rosée sur les préparations traitées par le carmin, tandis que la commissure antérieure, au contraire, en raison des nom- breux tubes nerveux à direction transversale qu'elle con- tient, est beaucoup moins affectée par le réactif. Dans la substance grise, d'ailleurs, de même que dans la substance blanche, la névroglie présente la structure réticulée; seu- lement, dans le premier cas, les intrications beaucoup plus multipliées des trabécules forment des mailles notablement plus serrées et font voir l'apparence d'un tissu spongieux. Dans ces deux conditions, du reste, elle sert de support aux vaisseaux sanguins.
B. Il convient actuellement de rechercher, à l'aide de grossissements plus puissants, quelle est la constitution his- tologique de cette gangue conjonctive dont nous ne con- naissons encore que les apparences les plus extérieures. S'agit-il là du tissu conjonetif ordinaire (tissu lamîneux fibrillaire)? Non, assurément; tout le monde s'entend sur ce point. Mais en dehors de cette notion purement négative, presque tout reste litigieux dans l'histoire histologique de la névroglie. Toutefois, une opinion tend ici à prévaloir, et cette opinion, si j'en juge d'après des impressions fon- dées sur des observations personnelles, se rapprocherait beaucoup de la réalité. D'après cette manière de voir, la 200 DE LA NÉVROGLIE.
névroglie serait faite, comme le stroma des glandes lym- phatiques, par exemple, suivant le type du tissu conjonctif simple réticulé (Kôlliker); c'est-à-dire qu'elle serait es- sentiellement composée de cellules étoilées, en général pau- vres en protoplasma, portant des prolongements grêles, plusieurs fois ramifiés, et dont les branches communiquent les unes avec les autres, de manière à relier en un seul système les diverses cellules et à les rendre pour ainsi dire solidaires. [Kôlliker (1), Max. Schultze, Frommann (2).] Dans cette forme de tissu connectif, il n'existe que fort peu de substance amorphe dans les mailles du réticulum, et la substance intermédiaire fibrillaire, qui est l'un des carac- tères fondamentaux du tissu lamineux, fait ici complète- ment défaut.
Voyons maintenant ce que l'observation directe permet de reconnaître sur des coupes minces de la moelle, durcies par l'acide chromique et colorées par le carmin. Comme dans le cas du stroma des glandes lymphatiques que nous prenions, il y a un instant pour exemple, il importe ici de distinguer en premier lieu des cellules et en second lieu un réseau de trabécules fibroïdes qui relient ces cellules entre elles. Il s'agira d'abord de ce que l'on voit dans la substance blanche.
Les points du réticulum où plusieurs trabécules se ren- contrent, forment çà et là des renflements ou nœuds plus ou moins épais, situés à peu près à égale distance les uns des autres. Or, chacun de ces nœuds, ceux surtout qui se font remarquer par leur grande dimension, présentent vers leur partie centrale un corps figuré, arrondi ou légèrement ovalaire, plus vivement coloré par le carmin que ne le sont les parties avoisinantes. Ces corps sont des noyaux à contour net, finement grenus, dépourvus de nucléoles et mesurant en moyenne de 0 m. 004 à 0 m. 007. Ils se mon- (2) Loc. cit.
DE LA NÉVROGLIE. 201 trent solubles dans l'acide acétique qui les fait se contrac- ter dans tous les sens et diminue leur diamètre quelquefois de moitié; on les connaît sous le nom de myélocites (Cli. Robin) (1) ou de noyaux de la névroglie (Virchow) (2). Une mince couche de protoplasma, sans apparence cellu- laire distincte, entoure le plus souvent ces noyaux (myé- locytes, variété noyau) qui, d'autres fois, au contraire, sont renfermés dans une véritable cellule arrondie ou étoi- lée (myélocites, variété cellule), et munis de prolonge- ments plus ou moins nombreux (de 3 à 10, d'après From- mann), plus ou moins allongés (3). Les prolongements pa- raissent faire corps avec les trabécules du réticulum qui les continuent, pour ainsi dire, sans ligne de démarcation appréciable; dans le cas où la forme cellulaire n'est pas distincte, les noyaux, nus ou recouverts seulement d'une mince couche de protoplasma, apparaissent comme des centres d'où naissent les trabécules du réticulum et d'où elles irradient pour se porter dans diverses direc- tions.
Les trabécules doivent être étudiées à leur tour et consi- dérées indépendamment des connexions qu'elles peuvent avoir soit avec les noyaux, soit avec les cellules qui occu- pent les nœuds du réticulum; leur texture varie quelque peu selon que l'on examine des coupes transversales ou des coupes longitudinales. Dans le premier cas, elles simulent de minces cloisons homogènes, brillantes, d'aspect fibroïde. En s'anastomosant, elles forment des mailles dont les plus étroites sont assez larges encore pour contenir un tube nerveux. S'agit-il de coupes longitudinales? On voit les trabécules se ramifier presque à l'infini et produire un ré- (3) Voir sur ce sujet: Hayem et Magnan. — Journal de la physiologie, etc., n° 1, 1876. — Hayem. — Etudes sur les diverses formes d'encéphalite, 202 DE LA NEVROGLIE.
seau à mailles beaucoup plus fines. Ce réseau est d'ailleurs disposé sous forme de cloisons qui séparent les uns des au- tres les tubes nerveux et les entourent à la manière d'une gaîne. Les vides qui existent çà et là, entre les gaines et les tubes nerveux, semblent comblés par une petite quantité d'une matière amorphe, finement grenue. Nulle part on ne rencontre, dans l'état normal, au milieu de ces trabécules, les minces fibrilles qui font partie intégrante du tissu lamineux.
Dans la substance grise, la névroglie est faite sur le môme plan général; seulement, les mailles du réseau fi- broïde, surtout dans les points où les éléments nerveux manquent, y sont plus serrées que dans la substance blan- che et de là résulte l'aspect spongieux que nous avons déjà mentionné. Ajoutons que les cellules écoilées se montrent plus nombreuses que partout ailleurs dans certaines ré- gions de la substance grise et qu'elles sont parfois tellement développées qu'il devient fort difficile de les distinguer des cellules nerveuses; mais nous aurons l'occasion d'insister sur ce dernier point.
Un réseau fibroïde dense, à mailles étroites, des cellules nombreuses se retrouvent aussi dans les parties des fais- ceaux blancs où n'existent pas de tubes nerveux, dans la couche corticale (Rindenschicht), par exemple et dans les grandes cloisons qui y prennent leur origine.
Si l'on s'en rapporte à la description qui précède, la né- vroglie mérite incontestablement d'être rattachée au type du tissu conjonctif réticulé, dont nous rappelions tout à l'heure les caractères essentiels.
Mais cette description a été tracée principalement, — vous ne l'avez pas oublié, d'après des observations faites sur des fragments de moelle qui ont subi, pendant un temps plus ou moins long, l'action de l'acide chromique. Or, les résultats obtenus à l'aide de ce mode de préparation sont- ils à l'abri de la critique? Telle n'est pas l'opinion de quel- ques auteurs, parmi lesquels il faut citer, au premier rang, DE LA NÉVROGLIE. 203 des maîtres tels que Henle et Ch. Robin (1). Suivant eux, le réticulum fibroïde, décrit plus haut, n'aurait pas d'exis- tence réelle; ce serait un produit de l'art. A l'état frais, avant l'intervention des réactifs, les espaces intermédiaires aux tubes nerveux seraient remplis, non par des trabécules solides formant par leur agencement les mailles d'un réseau, mais tout simplement par une matière amorphe, molle, grisâtre, finement grenue, au sein de laquelle les myélo- cytes seraient comme suspendus.
Cette matière ayant la propriété de se durcir, sans perdre de son volume, sous l'influence de l'alcool et de divers acides, de l'acide chromique en particulier, c'est à cette cir- constance qu'elle devrait de se présenter, sur les prépara- tions traitées par ce dernier agent, sous la forme d'un appa- reil réticulé. A ces objections ont été opposés des arguments, ou pour mieux dire des faits, dont quelques-uns ont, croyons-nous, une valeur à peu près absolue. On reconnaît qu'il existe à l'état normal, interposée aux éléments nerveux, — à la vérité en faible proportion, — delà matière amor- phe possédant les caractères qui viennent d'être indiqués (Kolliker); on reconnaît également que, sur les pièces fraî- ches, le réticulum est moins nettement dessiné que sur les pièces durcies par les acides. Mais, il n'en est pas moins vrai que, même à l'état frais, les coupes fines de la substance blanche de la moelle, placées dans le sérum iodé et dilacé- rées sous le microscope, laissent voir nettement sur leurs bords les tractus fibroïdes du tissu conjonctif (Kolliker, Frommann, Schultze). Ce résultat, facile à obtenir dans les conditions normales, s'accuse encore mieux dans certaines circonstances pathologiques où les dispositions normales se montrent exagérées, sans être encore foncièrement modifiées (Virchow.)
C'est ce qui a lieu, entre autres, ainsi que nous le dirons, dans la myélite interstitielle subaiguë, et dans la sclérose (l) Dict. encyclopédique, loc, cit.
204 DE LA NEVROGLIE.
proprement dite, lorsque l'altération n'a pas encore dépassé les premières phases de son évolution.
De tout cela on a conclu, — et nous croyons la conclu- sion légitime, — que, dans l'espèce, l'acide chromique n'a pas d'autre effet que de mettre mieux en relief la texture réticulée de la gangue conjonctive de la moelle épinière. Cette disposition préexiste; elle ne se produit pas de toutes pièces sous l'action du réactif.
Pour en finir avec les remarques que j'ai cru devoir vous présenter relativement à l'histologie normale du centre nerveux spinal, je n'ai plus qu'un mot à ajouter touchant une particularité anatomique qu'offrent les plus petits vais- seaux, principalement les capillaires artériels, dans l'épais- seur de cet organe. Ils possèdent, comme les artérioles intra-encéphaliques, cette tunique surnuméraire que l'on désigne communément sous le nom de gaine lymphatique ou encore de gaine de Robin. Un espace libre, rempli par un liquide transparent, où flottent quelques éléments figu- rés, sépare, vous le savez, cette gaîne de la tunique adven- tice. Vous reconnaîtrez bientôt l'intérêt qui s'attache à cette disposition anatomique lorsqu'il s'agira d'interpréter cer- taines lésions (1).
(l) Depuis le moment où cette leçon a été faite, de nombreux travaux ont été publiés sur la structure de la névroglie. (Voir à ce sujet une revue cri- tique de Gombault: Archives de physiologie, 1873, p. 458). — Dans un impor- tant travail, M. Ranvier, dont les travaux ont tant contribué à la connais- sance du tissu conjonctif, a montré que les cellules, décrites par Golgi et Boll, ne sont probablement que des artifices de préparation. Le tissu conjonctif des centres nerveux ne s'éloigne guère de la structure de celui des autres ré- gions. (Ranvier. — Sur les éléments conjonctif s de la moelle épinière. In Comptes-rendus de V Académie des sciences, décembre 1873). La névroglie se compose de petits faisceaux conjonctifs de 0mm 001 à 0mm 002 de diamètre. « Ils ne s'amastomosent pas entre eux, dit M. Ranvier, mais en quelques points, ils s'entrecroisent au nombre de 4, 5, 6, 7, 8 et même plus. Au ni- veau de cet entrecroisement, il y a souvent un noyau rond ou ovalaire, muni de petits nucléoles, aplati et entouré d'une zone granuleuse. Avec un bon objectif à immersion, donnant un grossissement de 600 à 800 diamètres, il est facile d'apprécier tous ces détails et de reconnaître dans la zone gra- nuleuse une lame de protoplasma qui, avec le noyau, constitue une petite HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE. 205 II.
Après ces préliminaires, il nous devient facile, Messieurs, d'aborder l'étude des altérations histologiques de la moelle dans la sclérose en plaques. La description de ces altéra- tions que nous allons vous présenter sera fondée surtout sur les résultats des investigations auxquelles nous nous sommes livrés depuis longtemps, M. Vulpian et moi. Nous aurons en outre plusieurs fois l'occasion de mettre à profit, après contrôle, les recherches faites antérieurement, ou depuis lors, sur le même sujet, par Yalentiner (1), Rind- fleisch (2), Zenker (3), et surtout par Frommann (4) qui, à propos de l'examen d'un petit fragment de moelle, a écrit un gros livre accompagné de planches remarquables et riches en documents précieux.
Nous décrirons en premier lieu ce que l'on peut observer: 1° sur des coupes transversales; 2° sur des coupes longitudi- nales, provenant de fragments de moelle durcie par l'acide chromique; nous décrirons ensuite, d'après l'examen de cellule plate de tissu conjonctif. Au-dessous et au-dessus de cette cellule, les petits faisceaux se poursuivent. Il ne me paraît pas douteux, ajoute M. Ranvier, que cet ensemble ait été pris pour une cellule ramifiée; mais c'est là une erreur qui, j'en suis sûr, sera abandonnée de tous ceux qui sui- vront exactement la même méthode. » Sur d'autres points des mêmes pré- parations, on peut observer des cellules plates isolées ou bien des entrecroi- sements sans cellules, dispositions qui ne laissent aucun doute sur l'inter- prétation des faits précédents. On s'étonnera moins des nombreuses opinions contradictoires émises sur la névroglie, si on se rappelle les nombreuses discussions qu'a soulevé la structure du tissu conjonctif des organes péri- phériques, structure qui n'a été mise en lumière que par des recherches récentes (Note de la 2e édition).
(3) Zenker. — Zeisch. der Ration, mediz., 1863. Bd. XXIII 3. Reih.,p. 226.
(4) Frommann. — 2 theil. Iena, 1867. — Voir aussi: Rokitanskv; Sit- zungsber. — R. M. Klasse, t. XIII, 1851, p. 136; — Charcot: Soc. de biologie, 1868 j Bouchard: Soc. anat., 1868; — Hayem: Etudes, etc., loc.
206 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE.
pièces fraîches, quelques particularités non reconnaissantes sur les coupes durcies. Dans les deux cas, la coloration des parties produites à l'aide de la solution ammoniacale de carmin sera, comme pour les recherches relatives à l'état normal, un auxiliaire d'une grande utilité, et qu'il sera bon de mettre en œuvre.
A. Lorsque l'on examine à l'œil nu un tronçon de moelle portant une plaque de sclérose, il semble que les parties malades se séparent des parties saines d'une manière heurtée, sans transition, par une ligne de démarcation nettement tranchée. Or, c'est là une illusion. L'étude micros- copique, en effet, permet de constater, même à de faibles grossissements, que les parties saines, en apparence, qui confinent au noyau scléreux, présentent, dans un rayon d'une certaine étendue, des traces d'altération déjà fort évidentes. Si l'on franchit la limite apparente du tissu sain, les lésions se montrent pkis accentuées et elles se pronon- cent progressivement, de plus en plus, à mesure que l'on approche de la région centrale de la plaque, région où elles acquièrent leur plus haut degré de développement. En pro- cédant ainsi des parties périphériques vers les parties cen- trales, on est conduit à reconnaître l'existence de plusieurs zones concentriques, répondant aux phases principales de l'altération (1).
a. Dans la zone périphérique, on observe ce qui suit: les trabécules du réticulum se sont notablement épaissies; quelquefois, elles ont acquis un diamètre double de ce qu'il est dans l'état normal. En même temps, les noyaux qui occupent les nœuds du réticulum sont devenus plus volu- mineux; parfois ils se sont multipliés, et l'on en peut comp- ter deux, trois, rarement plus, dans chaque nœud (2); la (1) Charcot. — Société de Biologie, 1868.
(2) Parfois quelques-uns de ces noyaux présentent vers leur partie moyenne un étranglement qui semble indiquer un commencement de scission.
HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE. 207 forme cellulaire se montre là plus distincte par suite de l'épaississement des trabécules; les tubes nerveux paraissent plus distants les uns des autres; en réalité, ils ont surtout diminué de volume, et cette sorte d'atrophie s'est laite aux dépens du cylindre de myéline, car le cylindre d'axe a con- servé son diamètre normal ou même il s'est hypertrophié. La matière amorphe, qui recouvre de toutes parts les fibres du rédculum, parait plus abondante que dans l'état sain (1).
h. Les tubes nerveux, dans la deuxième zone, que l'on pourrait appeler zone de transition, sont devenus encore plus grêles. Beaucoup d'entre eux semblent avoir disparu; en réalité, ils se sont seulement dépouillés de leur cylindre de myéline et ne sont plus représentés que par le cylindre d'axe qui, à la vérité, a parfois acquis des dimensions rela- tivement colossales (2). Quant aux trabécules duréticulum, elles offrent des altérations non moins remarquables. En effet; elles ont plus de transparence, leurs contours sont moins accusés; enfin, en certains endroits — et c'est là un fait vraiment fondamental — elles sont remplacées par des faisceaux de longues et minces fibrilles, fort analogues à celles qui caractérisent le tissu conjonctif ordinaire (tissu lamineux). Ces fibrilles sont disposées parallèlement au grand axe des tubes nerveux: c'est pourquoi on n'en aper- çoit guère, sur les coupes transversales, que les extrémités qui, par leur réunion, figurent un pointillé très-fin. Elles tendent, nous l'avons dit, à se substituer aux fibres ou tra- bécules du réticulum; mais, en outre, elles envahissent les mailles qui contiennent les tubes nerveux, à mesure que ceux-ci s'amoindrissent en se dépouillant de leur myéline, et, en conséquence, l'aspect réticulé ou alvéolaire si dis- (1) Froramann, 2 theil, pi. II, fîg. 1 etj)assùu.
208 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE.
tinct que présente à l'état normal la gangue conjonctive tend à s'effacer de plus en plus (1).
c. C'est — vous le savez — dans la région centrale de la plaque scléreuse que l'on observe les altérations les plus prononcées. Ici, toute trace de réticulum fibroïde a disparu; on ne rencontre plus ni trabécules ni formes cellulaires dis- tinctes; les noyaux sont moins nombreux, moins volumi- neux qu'ils ne l'étaient dans les zones périphériques; ils se sont rétrécis dans tous les sens, paraissent comme ratatinés et ne prennent plus sous l'influence du carmin une colora- tion aussi foncée (2); on les retrouve, çà et là, formant par- fois de petits groupes dans les intervalles que laissent entre eux les faisceaux de fibrilles. Celles-ci, d'ailleurs, ont tout envahi; elles comblent maintenant les espaces alvéolaires d'où la myéline a totalement disparu. Néanmoins les cylin- dres d'axe, derniers vestiges des tubes nerveux, persistent encore en certain nombre, entremêlés aux fibrilles; mais ils n'ont plus, en général, ce volume relativement énorme qu'ils avaient quelquefois dans les premières phases de l'altération; la plupart même se sont amoindris à tel point qu'ils ressemblent, à s'y méprendre, aux filaments fibril- laires de formation nouvelle dont nous apprendrons cepen- dant tout à l'heure à les distinguer.
f Tel est, Messieurs, le dernier terme du processus mor- bide, dans la forme de sclérose qui nous occupe; et cette persistance, pour ainsi dire indéfinie, d'un certain nombre de cylindres axiles au milieu des parties qui ont subi, au plus haut degré, la métamorphose fibrillaire, est, — remar- quez-le bien, — un caractère qui paraît appartenir en pro- pre à la sclérose en plaques; elle ne s'observe certainement pas, du moins au même degré, dans les autres variétés de (1) Frommann, 2 theil., loc, cit., pi. IV, fîg. 1, 2, 3.
(2) Frommann, Charcot.
HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE. 209 l'induration grise, soit qu'il s'agisse de la sclérose spinale descendante, consécutive aux lésions du cerveau, ou de celle qui, occupant primitivement les cordons postérieurs, Fig. 9. — Elle représente une préparation fraîche, provenant du centie d'une plaque scléreuse, colorée parle carmin et traitée par dilacération. Au centre, vaisseau ca- pillaire portant plusieurs noyaux. A droite et à gauche, cylindres d'axe, les uns vo- lumineux, les autres d'un très -petit diamètre, tous dépouillés de leur myéline. Le vaisseau capillaire et les cylindres d'axe étaient fortement colorés par le carmin. Les cylindres d'axe ont des bords parfaitement lisses, ne présentant aucune rami- fication. Dans l'intervalle des cylindres d'axe, minces fibrilles de formation récente, à peu près parallèles les unes aux autres dans la partie droite de la préparation, formant à gauche et au centre, une sorie de réseau résultant, soit de l'enchevêtre- ment, soit de l'anastomose des fibrilles. Celles-ci se distinguent des cylindres d'axe: 1° par leur diamètre qui est beaucoup moindre; 2° par les ramifications qu'elles of- frent dans leur trajet; 3° parce qu'elles ne se colorent pas par le carmin. — Çà et là, noyaux disséminés. Quelques-uns paraissant en connexion avec les fibrilles con- jonctives; d'autres ayant pris une forme irrégulière, due à l'action de la solution ammoniacale du carmin.
est considérée à juste titre comme le substratwn anato- mique de l'ataxie locomotrice progressive.
B. Les résultats de l'examen des coupes longitudinales confirment, dans leur ensemble, les données qui viennent de vous être exposées; je puis donc vous épargner de plus 210 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE.