Dans les attaques mixtes, alors même queleur retour est très-fréquent, jamais —, c'est là un fait reconnu par des auteurs, jamais dis-je, l'obnubilation de l'intelligence et la démence ne sont l'aboutissant des attaques, contrairement à ce qui aurait lieu, d'une manière presque fatale, s'il s'a- gissait réellement de l'épilepsie. Je ne crois pouvoir mieux faire que de vous rappeler à ce propos le cas de la malade Ler..., qui, depuis près de 40 ans, est sujette à l'hystérie épileptiforme la plus violente. Cette femme est, sans doute, bizarre, singulière dans ses allures, mais son intelligence est demeurée ce qu'elle était à l'origine. Les renseigne- ments que nous avons pris ne peuvent laisser subsister aucun doute à cet égard (2). En somme, dans les cas de ce genre, et telle est aussi l'opinion de M. Briquet, le pro- nostic n'est pas autre que celui de l'hystérie intense. De - Nous avons déjà parlé de celte malade, p. 341 376 ÉTAT DE MAL ÉPILEPTIQUE I TEMPÉRATURE.
cette considération découle une conséquence d'ordre pratique qui est bien de nature à fixer votre attention.
11 est enfin un dernier caractère sur lequel je vous de- mande la permission d'insister, parce qu'il n'a pas, à ma connaissance, été relevé jusqu'ici et que, selon moi, il est décisif. Il s'agit d'un caractère fourni par l'exploration thermométrique: je saisis, non sans empressement, l'oc- casion qui se présente de vous montrer, par un nouvel exemple, le parti qu'on peut tirer de ce mode d'exploration dans la clinique des maladies du système nerveux.
Ce n'est pas, Messieurs, que, sous le rapport des modifi- cations imprimées à la température centrale, les convul- sions toniques épileptiformes des hystériques diffèrent en quoi que ce soit des convulsions de l'attaque épileptique. L'attaque hystérique tonique, pour peu qu'elle ait quelque intensité, élève la température d'un degré, voire même d'un degré et quelques dixièmes (38° — 38°, 5), tout comme le fait l'attaque d'épilepsie vraie. C'est là un résultat dont nous avons eu nombre de fois, dans ce service, l'occasion de contrôler l'exactitude (1).
Mais si, en ce qui concerne le caractère thermique, l'ac- cès d'hystérie épileptiforme et l'accès d'épilepsie vraie se confondent, il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'ac- cès qui s'agrègent et s'enchevêtrent de manière à consti- tuer ce que, pour l'épilepsie, on appelle les séries ou r 'état de mal.
Il y a d'ailleurs, dans cet état de mal des épileptiques, à distinguer ce qu'on nomme les petites séries, composées de 2 à 6 accès, et les grandes séries, où l'on compte jusqu'à 20, 30 accès ou même plus dans les vingt-quatre heures. C'est à ces dernières que je m'adresserai exclusivement, parce que le phénomène sur lequel je veux insister se montre alors dans son type de complet développement. En (l) Bourneville. — Etudes cliniques et thermométriques sur les maladies du système nerveux, p. 247.
ETAT DE MAL EPILEPTIQUE: TEMPERATURE.
pareil cas, Messieurs, c'est-à-dire, lorsque les accès de l'é- pilepsie vraie se répètent en grand nombre, dans un court espace de temps, la température centrale s'élève d'une ma- nière très-remarquable; et très-certainement cette éléva- tion thermique ne peut pas être rattachée exclusivement à la répétition non plus qu'à l'intensité des contractions mus- Fiff. 25. — Température prise un peu après le lie accès. Du 1" jour (soir) au -2« jour (matin), 31 accès. + Température après une rémission de 4 heures. A partir de là, les accès s'éloignent et cessent le 3e jour. La ligne ponctuée répond au pouls.
culaires toniques, car les convulsions peuvent cesser com- plètement pendant plusieurs jours et la température néan- moins se maintenir, pendant ce temps-là, à un taux très- élevé. Nous pouvons reconnaître et suivre ces particula- -378 ÉTAT DE MAL HYSTÉRO-ÉPILEPTIQUE.
rites sur le tableau que je mets sous vos yeux, et qui nous montre les modifications qu'a présentées la température centrale chez la nommée Chevall.., pendant le cours de Y état de mal épileptique qu'elle vient de subir tout récem- ment (Fig. 23).
Il ne faut pas ignorer que cette élévation de la tempéra- ture est, dans la grande majorité des cas, môme après toute cessation des convulsions, un indice du plus fâcheux au- gure; elle s'accompagne d'ailleurs le plus souvent d'un état général qui, par lui-même déjà, donne beaucoup à penser; ainsi, tantôt il existe un délire plus ou moins accusé, — que M. Delasiauve rapporte à la congestion mêningitique, — tantôt au contraire à un coma plus ou moins profo.nd,— congestion apoplecti forme des auteurs; — dans les deux cas il y a prostration des forces, sécheresse de la langue, tendance à la formation rapide d'eschares au sacrum; quelquefois enfin, production d'une hémiplégie transitoire, dont la raison n'a pas encore été révélée par l'autopsie. Cependant, et c'est là une donnée fort importante à con- signer, cette élévation de la température, alors même qu'elle dépasse 41°, et qu'elle s'accompagne des symptômes graves qui viennent d'être énumérés, n'est pas un signe an- nonçant nécessairement une terminaison fatale. Vous voyez par l'observation même de Chevall...qu'on peut guérir, encore, au milieu de toutes ces fâcheuses circons- tances. L'élévation de la température au-dessus de 41° n'est donc pas nécessairement terminale, en pareil cas; et il y a par conséquent 'quelque chose à rabattre des assertions émises à cet égard par M. Wunderlich d'abord, et après lui par M. Erb (1).
(l) L'observation de la nommée Chevall...est consignée tout au long, jus- qu'à la date du 26 mars 1872, dans nos Huodes cliniques et thermom. sur les maladies du système nerveux. (Obs. XXXIII, p. 285.) Depuis cette époque, Chev...Edmée a été prise de nouveaux accidents qui ont eu une issue fatale. Nous pensons d'autant plus utile de les relater ici que, outre qu'ils com- ÉTAT DE MAL HYSTÉRO-KPILEPTIQUE. 370 Je vous rappellerai, on passant, que cette élévation ra- pide de la température n'appartient pas en propre, tant s'en faut, à l'état de mal épileptique; on l'observe encore, par exemple, dans les attaques dites congestives, apoplecti- formes ou épileptiibrmes de la paralysie générale progresplètent l'observation ancienne, ils apportent une nouvelle preuve à l'appui des opinions émises par M. Charcot dans la présente leçon.
1873. — § février. — Depuis une semaine environ Gh...est agacée, irritable; parfois même elle devient violente au point qu'on est obligé de l'attacher (excitation maniaque).
10 fév. La nuit dernière l'agitation a encore augmenté: Ch...a empêché, par ses cris, les autres malades de dormir. Elle s'est calmée cependant à par- tir de 3 heures du matin. On a compté trois accès durant la nuit. De 1 heure de l'après-midi à 3 heures, les accès se sont multipliés. A 3 heures: P. 104; 11 fév. Hier, de 1 heure à 9 heures du soir, on a compté î3 accès; depuis lors, jusqu'au matin à 7 heures, 70 accès. De 7 heures à 11 heures, moment où cette note a été prise, 35 accès. Voici la description des accès: Cinq ou six secondes avant leur arrivée, les pupilles, surtout la droite, se dilatent largement. Quelquefois, à ce phénomène, s'ajoutent de petites plain- tes, des grincements de dents et, par exception, un léger cri. Alors commence l'accès: les globes oculaires sont animés de convulsions très-accusées (nys- tagmus), la face pâlit et se dévie à gauche; le regard, d'abord fixe et dirigé en avant, se porte à gauche. Le bras correspondant se soulève, puis se roidit en même temps que le bras droit qui, lui, reste appuyé sur le lit. La roideur tétanique gagne ensuite les membres inférieurs. Au bout de quel- ques secondes, on observe une demi-occlusion des paupières gauches qui sont animées, ainsi que les muscles de la même moitié de la face, de convulsions rapides.
10 à 15 secondes plus tard, la face et les yeux se retournent vers la droite; le tronc s'incline dans le même sens; les paupières gauches s'entrouvrent et demeurent à peu près immobiles; mais, en revanche, les convulsions s'em- parent des paupières droites et des muscles de la moitié droite de la face. La bouche, primitivement tirée à gauche, est tirée à droite. Les convulsions clo- niques, apparues durant cette phase et qui avaient d'abord envahi les mem- bres du côté gauche, prédominent maintenant à droite.
Enfin, l'accès se termine par du ronflement, une lividité faciale aussi pro- noncée que possible, de l'écume à la bouche. A la fin de l'accès, les pupilles reprennent leurs dimensions normales.
Pendant les rémissions, la malade est dans la résolution complète. Sou- levés, les membres retombent inertes. Le pincement énergique produit un léger soulèvement du bras gauche, mais rien à droite. Le chatouillement de la plante des pieds suscite des mouvements réflexes plus intenses à gauche qu'à droite. Tandis quil n'y a pas d'injection de l'œil droit, à gauche, il existe une hypérémie considérable de la moitié inférieure du globe oculaire et une vascularisation moindre de la paupière inférieure. Les narines sent 380 ÉTAT DE MAL HYSTÉRO-ÉPILEPTIQUE.
sive, ainsi que l'a, le premier, montré M. "Westphal, qui, d'ailleurs, a donné du fait une interprétation peu con- forme à la réalité (1). On l'observe aussi dans les attaques pulvérulentes. Le tube digestif n'offre rien de particulier: il y a eu hier une garde-robe après lavement. Ch...urine sous elle. Plaque érythémateuse sur la fesse droite. Sueurs abondantes, plus prononcées par instants. A 11 heures: P. 120; R. 49, bruyante; T. R. 40^8. A midi: P. 130; R. 60.
6 heures, soir. — Depuis 11 heures du matin, on a inscrit 76 accès, dont 12 depuis 4 heures 1/2. R. 60; T. R. 41°,3. Sueurs copieuses sur tout le corps, sans différence entre les deux moitiés. Toute la partie gauche du corps (face, tronc, etc.) est manifestement plus chaude que la partie droite.
Les paupières sont à demi-ouvertes; les yeux sont portés en haut; les pupilles sont modérément dilatées (la droite l'est toujours davantage.) Avant chaque accès, la dilatation des pupilles s'accroît d'une manière remarquable. Le nystagmus semble apparaître presque en même temps. Ni vomissements, ni selles, ni urines. Môme état de la fesse droite. Coma. Respiration sterto- reuse.
8 heures. P...;R. 70; T. R. 41°, 2, Quatorze accès. A partir de cet instant la malade n'a plus eu d'accès. Elle est morte à 3 heures du matin. La tem- pérature vaginale, prise par une autre personne, était à 41°,2. A 11 heures du matin — le 11 février, c'est-à-dire huit heures après la mort, T. R. 40". ( — Le cadavre est resté dans le lit). Les pupilles sont moyennement dilatées et au même degré. Nombreuses vergetures sur le ventre, le dos, les fesses et les cuisses.
Autopsie le 18 février. Les os, la dure-mère et ses sinus n'ont rien d'a- normal. La quantité du liquide céphalo-rachidien n'est pas augmentée. — Suffusion sanguine sur la face convexe des hémisphères, surtout à droite. — Artères de la base saines. — *■ Encéphale, 1,360 gr. La pie-mère est très- légèrement injectée à la base du cerveau; cette injection est un peu plus ac- cusée au niveau du lobe sphénoïdal. Des deux côlés, la pie-mère se détache facilement et le cerveau est humide au même degré.
Hémisphère droit. Il pèse 5 gr. de plus que le gauche. Sur certaines circonvolutions, principalement celles qui avoisinent la scissure de Sylvius, existent une coloration hortensia, quelques petites éraillures et, sur quelques- unes, un pointillé très-fin. La circonvolution de la corne d^Ammon présente une induration très-évidente. Cette induration, qui remonte en dedans le long de ladite circonvolution, prédomine à son extrémité. Hémisphère gauche. La circonvolution de la corne d'Ammon offre une induration bien moins marquée et circonscrite à son extrémité. Cervelet, isthme, rien à noter.
Moelle. La substance grise, à l'œil nu, paraît un peu déformée.
Thorax. Congestion assez forte de la moitié inférieure des poumons. De plus, il y a un foyer d'hépatisation rouge, récent, dans le lobe inférieur. — Cœur, estomac, rate, sains; pas d'ecchymoses. — Foie, non hypérémié. — Reins: anémie de la substance corticale; pyramides distinctes. — Messie, rien. — Utérus assez gros; corps jaune récent sur l'un des ovaires; petits kystes sur l'autre. (B).
(l) Westphal, loc. cit.
TEMPÉRATURE. 381 fort analogues aux précédentes qui peuvent survenir dans le cours de la sclérose en plaques (1), et, enfin, dans les atta- ques, avec ou sans convulsions, qui s'observent dans les cas de foyer cérébral ancien (hémorrhagie ou ramollissement) ou de tumeur cérébrale, quelle qu'en soit la nature. Cette élévation thermique contraste d'une façon remarquable avec l'abaissement initial qui existe à peu près toujours, au moment de la formation du foyer hémorrhagique cérébral et c'est là, ainsi que je l'ai démontré, un caractère qui peut être utilisé pour le diagnostic.
Mais il est temps d'en revenir à l'hystérie épileptiforme dont cette digression nous a quelque peu éloignés. Tout comme dans l'épilepsie vraie, les accès composés s'obser- vent dans l'hystéro-épilepsie. Landouzy parle d'une hysté- rique qui avait eu jusqu'à 100 accès par jour. Vétat de mal hystéro-épilepiique peut d'ailleurs se prolonger pen- dant un laps de temps considérable. Georgetcite l'observa- tion d'une femme chez laquelle les accès se sont montrés à peu près continus pendant une durée de quarante-cinqjours, Chez notre malade Co..., dont les crises ont un cachet épileptiforme, si prédominant et si fortement accentué, Y état de mal a persisté pendant plus de deux mois, et, par moments, les accidents ont été portés au plus haut de- gré d'intensité. Ainsi, le 22 janvier, entre autres, les con- vulsions épileptiformes se sont succédé sans interruption depuis neuf heures du matin jusqu'à huit heures du soir: de huit à neuf heures, il y a eu un temps de repos, puis les attaques ont repris comme de plus belle, sans le moindre retour a la lucidité, et ont persisté à peu près pendant le même espace de temps. On peut, d'une manière approxi- mative, évaluer sans exagération le chiffre des attaques épileptiformes qu'elle a éprouvées à cette époque, dans l'es- pace d'un jour, à 150 ou 200 environ.
(1) Voyez la Leçon VIII. p. 248.
HTSTERO-EPILEPSIE: CAS GRAVES.
La persistance d'un tel état, sans que la mort s'en soit suivie, ne montre-t-elle pas déjà qu'un abîme sépare l'épilep- sie vraie de l'hystéro-épilepsie? — « Si ce n'était pas là de l'hystérie, » disaient en parlant de Go...les surveillantes du service, témoins de ses accès et habituées à ce genre de malades, « si c'était del'épilepsie véritable, il y a longtemps que cette femme aurait succombé. » Cette remarque est parfaitement judicieuse, parfaitement fondée.
Eh bien, Messieurs, et voici le point sur lequel je veux surtout insister, jamais pendant cette longue période convulsive la température rectale hq s'est, chez Go..., sen- siblement modifiée; elle a été en moyenne de 37°,8; elle ne s'est élevée jusqu'à 38°, 5 que d'une façon tout à fait ex- ceptionnelle et transitoire (Fig. 26). —Je dois ajouter que jamais, pendant ce temps, l'état général ne nous a inspiré la moindre inquiétude, malgré l'alimentation insuffisante et l'énorme dépense de force musculaire qui a dû se faire. La situation mentale, d'un autre côté, n'était pas, tant s'en faut, aussi profondément modifiée que cela eût eu lieu nécessai- rement, s'Use fût agi de la vraie épilepsie: à aucune époque, il n'y a eu d'évacuations involontaires d'urines ou de matiè- res fécales; dans les courts répits que ses attaques lui laissaient, la malade se levait pour satisfaire à ses besoins.
Dans ces intervalles aussi, d'ailleurs très-courts, la nature hystérique du mal, surtout dans les premières semaines, reparaissait dans tout son jour. Une fleur dans les cheveux, des frisures bizarres, un vieux morceau de miroir, placé sur la planchette du lit, témoignaient suffisamment des oc- cultations favorites de cette femme dans les temps de répit, Mais je veux surtout signaler à votre attention le carac- tère thermique que l'observation nous a fait reconnaître. Il résulterait en somme de tout ce qui précède, que si dans Y état de mal épileptique, à grandes séries, la température s'élève très-rapidement à un haut degré, en même temps que la situation devient des plus graves, au contraire, dans Yétat de mal hystéro^épilepligïçe à longue série, la tempé- rature ne dépasse guère le chiffre normal, et d'ailleurs l'é- tat général concomitant n'est pas. de nature à inspirer de l'inquiétude. Il n'est pas nécessaire d'insister longuement, je pense, pour mettre en relief un contraste aussi frappant.
Je ne voudrais pas, toutefois, Messieurs, que vous pris- siez absolument au pied de la lettre le dernier terme de la proposition que je viens d'émettre; sans doute il répond à la réalité, pour la très-grande majorité des cas, mais il y a le chapitre des exceptions. Il n'est pas, en effet, sans exem- ple que l'hystérie se soit, pendant la phase convulsive, ter- minée par la mort. A la vérité, ce sont presque toujours des attaques d'un genre particulier, des attaques dysjméiques, qui amènent ce triste résultat (1); mais, je le répète, les attaques convulsives elles-mêmes peuvent y conduire. Je puis, à titre d'exemple, vous rappeler un fait de ce genre publié par M. Wunderlich (2). Il s'agit d'un cas d'hystéro- (1) Briquet, loc. cit., p. 383 et 538.
(2) Voici lu traduction, par M. E. Teinturier, de l'observation de Wun- derlich, à laquelle M. Charcot fait allusion.
Observation. — Huit semaines de convulsions hyste'ri formes à marche apyrétique et sans danger apparent. — Revirement fâcheux et subit, sans aug- mentation d'intensité' des convulsions. — Mort au bout de quelques heures avec iine température de 43° C. — Autopsie. — Anne Vogel, 19 ans, servante, épilepsie comparable à beaucoup d'égards à celui dont je viens de vous entretenir. Pendant plus de huit semaines, la malade en question éprouva des attaques épileptiformes, en nombre d'ailleurs assez restreint, et qui ne s'accompa- gnaient pas d'augmentation notable de la température; sans cause connue, sans l'intervention d'accidents nouveaux, deux jours avant la mort, la scène changea tout à coup: la malade tomba dans le collapsus, et dans un court espace de temps la température s'éleva jusqu'à 43°.
menstruée deux fois dans les derniers 14 jours, avant de tomber malade, d'ailleurs bien portante, fut prise, pour la première fois, le 13 août 1855, soi- disant après une vive réprimande, de convulsions qui se répétèrent le 17 au soir et le 18 au matin et remplirent presque sans interruption la nuit du 18 au 19. Entrée le 19, à midi, elle présenta à minuit, dans le bras gauche, où l'on avait constaté de la paralysie, mais pas d'insensibilité, des soubresauts modérés; puis elle éprouva un sentiment d'angoisse, poussa un léger cri, et éprouva des convulsions d'abord dans la moitié gauche de la face, puis dans la droite aussi; la bouche était ouverte, les paupières alternativement ou- vertes et fermées, le globe de l'œil fortement tourné en haut. Puis survin- rent dans les extrémités inférieures et le bassin de violentes et rapides con- vulsions cloniques projetant ces parties en avant, en arrière et de côté. La face devint cyanosée et l'écume sortit de la bouche. Au bout d'une mi- nute, respiration profonde et supérieure; relâchement des membres et de la face. Ensuite sommeil paisible en apparence; enfin bâillement, ouverture des yeux et retour de la conscience après 6 minutes.
La malade est en bon état, sa langue est peu chargée; la température est à 38°, 12, le pouls à 140 (après l'accès), rien d'anormal. Elle dit seulement ne pouvoir remuer le bras gauche, et demande qu'on ne la touche pas, parce que, autrement, ella aurait des convulsions. Cependant elle serre fortement de la main gauche.
Dans la nuit du 19 au 20, 6 accès et dans ia journée du 20, 7. Pas d'albu- mine dans l'urine; fort sédiment urique. Langue chargée. Température, matin et soir, 38°, 12; pouls 132; R. 24-32. Dans la nuit du 20 au 21, 7 accès; 13 jusqu'au matin du 22. Température 37°, 76; selles normales; léger trouble albumineux de l'urine.
Les jours suivants de 8 à 16 accès par jour. Etat supportable d'ailleurs; pas d'élévation notable de la température (le plus souvent normale, jamais au-dessus de 38°,12, sauf un soir à 38°;75); pouls ordinairement au-dessus de 112; langue chargé3. Le 16, éruption miliaire, confluente, en vésicules, au bout des doigts. Urine chargée de phosphate, sans albumine. Dans les accès, tantôt elle perd connaissance, tantôt elle ne la perd pas; crie quel- quefois beaucoup. La sensibilité persiste dans le bras et la jambe gauches.
7 septembre. — Les accès deviennent plus fréquents, durent plusieurs HYSTÉRIE GRAVE. 385 Cet exemple suffira, Messieurs, pour vous montrer qu'en présence d'un cas d'état de mal hystéro-épileptique, de quelque intensité, malgré toutes les chances d'une issue fa- vorable, il ne serait pas prudent de s'abandonner à une sécurité complète, absolue.
jours sans interruption; pendant les accès, elle parle souvent et crie. Eva- cuations fréquentes d'urines et de matières dans le lit. Amélioration, puis état stationnaire jusqu'au 2 octobre au soir, où la malade offre un accès de collapsus marqué. Dans la nuit du 3, pas d'accès particuliers. Au matin, agitation des bras, strabisme divergent. La tête penche en avant et à gauche, connaissance conservée, légère cyanose. A partir de 10 heures, impossibilité d'avaler; à midi, trismus; à 1 heure 3/4, fortes convulsions respectant la tête; pouls extrêmement fréquent; température 41°, 87; forte cyanose, écume à la bouche, râle trachéal. Mort à 2 heures 1/4; température 43°. Un quartd'heure après, température 42°, 75.
Autopsie. — Corps en bon état; larges taches cadavériques aux endroits déclives; pas de rigidité musculaire. Le crâne et ses viscères gorgés de sang; circonvolutions postérieures un peu aplaties; substance cérébrale un peu dure. Léger épaississement trouble de la pie-mire de la base. Cavités cérébrales de capacité à peu près normales, à parois de consistance ordinaire. Pont et moelle injectés de sang rouge grisâtre, sale. — Poumons injectés et œdématiés. — Cœur normal; foie graisseux çà et là, exsangue; bile claire et brun fonce; — Rate petite, molle, brun pâle, exsangue. — 'Estomac di- laté, d'ailleurs normal, comme les intestins. — Reins fortement gorgés de sang; concrétion du volume de la moitié d'un pois dans un calice du rein gauche. — Utérus normal. — Kystes nombreux de la grosseur d'un pois dans les ovaires. (Wunderlich. — Arch. der Heilhmde,t. V, p. 210.)
APPENDICE I.
Observation de paralysie agitante.
(Voir lu Planche VIII, qui représente l'attitude caractéristique des malades atteints de paralysie agitante).
Antécédents. — Cause probable de la paralysie agitante. — Début: faiblesse qui envahit successivement les membres. — Tremblement de la tète, puis des membres. Etat de la malade en 1874: Attitude générale: — Tremblement; — Marche; propulsion et rétropulsion; — Température, pouls, etc. Modifications survenues dans la maladie du mois de juillet 1874 au mois de juillet 1877.
Gavr...Anne-Marie, 62 ans, marchande des quatre saisons, admise à la Salpétrière le 31 décembre 1872, est entrée dans le service de M. Chargot, salle Saint- Alexandre, n° 3, le 12 novembre 1873.
Antécédents. — Son père, charpentier, est mort d'un accident lorsqu'elle n'avait que 12 ans. Sa mère, qui a succombé à 74 ans, était nerveuse, s'emportait facilement, mais n'avait pas de tremblement ni de paralysie. Sa sœur unique est morte d'une pleurésie à 40 ans. — Aucun des membres de sa famille qu'elle a connus n'aurait été atteint d'affections nerveuses et en particulier de tremblement.
Gavr...est venue à Paris à 4 ans. Son enfance et sa jeunesse se sont passées sans incident notable. Elle a été réglée régu- lièrement à partir de 14 ans. Mariée à 28 ans, elle a eu cinq enfants. Ses grossesses et ses couches, en général, ont été bonnes. De ses cinq enfants, l'aîné est mort, âgé de 35 ans, pendant la Commune; — le 2° et le 3e, deux garçons, sont bien portants; — le 4° enfant est une fille, âgée de 28 ans, qui est sujette à des attaques nerveuses, d'ailleurs assez éloignées; — le 5e enfant est mort durant l'accouchement.
Notre malade assure n'avoir jamais eu de maladie sérieuse, 390 APPENDICE.
entre autres ni rhumatisme, ni chorée. Bien qu'elle ait été marchande des quatre saisons pendant 4 3 ans, elle n'aurait point fait d'excès de boisson. Elle a toujours habité des loge- ments salubres, exposés au soleil. Elle était heureuse en mé- nage et n'a jamais souffert de privations.
Début de la maladie. — C'est en 1 868 qu'a débuté sa ma- ladie. Voici dans quelles circonstances: son troisième fils, qu'elle affectionnait plus spécialement, est venu lui ap- prendre subitement qu'il venait de signer un engagement comme soldat. Cette nouvelle l'a vivement affligée; elle a pleuré beaucoup et, dès les jours suivants, elle s'est aperçue qu'elle avait de la faiblesse dans le bras droit. Bientôt la fai- blesse a gagné le bras gauche, le membre inférieur droit, puis le gauche simultanément; elle avait, pendant la nuit, dans les jambes, des crampes qui la faisaient crier. Elle aurait eu en- suite de la faiblesse dans les « reins. » A son arrivée à la Sal- pétrière (décembre 1872), elle était moins affaiblie qu'au- jourd'hui (8 juillet 1874). Le tremblement aurait envahi les membres dans les premiers mois de 1873 et aurait frappé d'abord le membre supérieur droit. Enfin, elle a remarqué, à peu près à la même époque, qu'elle avait de la rétro pulsion: un jour, ayant fait un faux pas, elle a été entraînée en arrière malgré elle.
Etat actuel (8 juillet 1874).— L'attitude générale delà malade, dans la station verticale, est celle qu'a décrite M. Charcot dans la leçon V (p. 169) et que représente si fidèlement la Planche VIII, dessinée par M. P. Richer. Le tronc et la tète sont inclinés en avant; le cou est tendu et on dirait que la tête est fixée sur une tige rigide. Les traits de la physionomie sont absolument immobiles, les plis du front sont à peine accusés; les pau- pières sont médiocrement ouvertes, la malade peut toutefois les relever et les abaisser sans difficulté. Les yeux, peu ex- pressifs, sont dirigés en avant; pour regarder latéralement, la malade est obligée de tourner tout le corps. Quelquefois les lèvres sont accolées l'une contre l'autre, mais, le plus sou- vent, la bouche est entre-ouverte, la lèvre inférieure, tom- bante, laissant apercevoir l'arcade dentaire correspondante; parfois, la salive s'écoule involontairement de la bouche. Les lèvres et la langue ne tremblent pas. La déglutition serait presque toujours laborieuse.
Les bras sont légèrement écartés du tronc; les avant-bras, demi-fléchis, sont disposés de telle sorte que les mains re PARALYSIE AGITANTE. 39* posent sur la région ombilicale et que les coudes sont un peu éloignés du tronc. Le pouce, légèrement infléchi, s'appuie d'habitude sur l'index; les autres doigts sont un peu fléchis et ramassés les uns contre les autres. La disposition des mains est la même des deux côtés.
Les jambes sont rapprochées sans que, toutefois, les genoux se touchent. Si les jambes sont écartées, l'équilibre est incer- tain. Que les yeux soient ouverts ou fermés, la malade se tient de la même façon.
Elle s'asseoit lourdement, tout d'un coup. Elle ne peut se lever que si on l'aide, encore est-on obligé de déployer une certaine force. Elle se met à marcher après hésitation, s'avance d'abord à petits pas, puis la marche se précipite, il y a pro- pulsion. « Parfois, dit Gavr..., je suis poussée très-loin, jus- qu'à ce que je rencontre un mur, sans cela je tombe. » La rétropulsion est aussi évidente; pour la constater, il suffit, comme le fait M. Charcot, de tirer légèrement la malade par sa jupe. Aussitôt, elle marche à reculons et avec une vitesse telle qu'elle ne tarderait pas à tomber si on ne la surveillait. Pour se retourner, la malade hésite encore plus que pour se mettre en marche.
Le tremblement est à peine accusé, surtout au repos. La tète tremble un peu plus, par moments, que les mains. Lors- que celles-ci sont d'aplomb, elles restent généralement immo- biles. La malade peut fléchir la tète plus qu'elle ne l'est d'or- dinaire, mais il lui est impossible de l'étendre complètement parce que « la colonne vertébrale est roide. »