GÉNÉRATEUR. 33 reux de celte puissance (et certes, elle en a beaucoup de ce genre), examinent la question sous ce point de vue, comme je les en prie avec amour, je ne doute pas que toutes ces objections tirées de l'antiquité ne disparais- sent à leurs yeux comme un léger brouillard.
Quant aux abus, je ne dois point m'en occuper ici. Je dirai seulement, puisque ce sujet se rencontre sous ma plume, qu'il y a bien à rabattre des déclamations que le der- nier siècle nous a fait lire sur ce grand sujet. Un temps viendra où les papes, contre les- quels on s'est le plus récrié, tels que Gré- goire VII, par exemple, seront regardés, dans tous les pays, comme les amis, les tu- teurs, les sauveurs du genre humain, comme les véritables génies constituants de l'Europe.
Personne n'en doutera dès que les savants français seront chrétiens, et dès que les sa- vants anglais seront catholiques, ce qui doit bien cependant arriver une fois.
XXIV. Mais par quelle parole pénétrante pourrions-nous dans ce moment nous faire entendre d'un siècle infatué de l'écriture et brouillé avec la parole, au point de croire que les hommes peuvent créer des conslitu- 34 PRINCIPE tions, des langues et même des souverai- netés; d'un siècle pour qui toutes les réalités sont des mensonges, et tous les mensonges des réalités; qui ne voit pas même ce qui se passe sous ses yeux; qui se repaît de livres, et va demander d'équivoques leçons à Thucydide ou à Tite-Live, tout en fermant les yeux à la vérité qui rayonne dans les gazettes du temps?
Si les vœux d'un simple mortel étaient di- gnes d'obtenir de la Providence un de ces décrets mémorables qui forment les grandes époques de l'histoire, je lui demanderais d'in- spirer à quelque nation puissante qui l'aurait grièvement offensé, l'orgueilleuse pensée de se constituer elle-même politiquement, en commençant par les bases» Que si, malgré mon indignité, l'antique familiarité d'un pa- triarche m'était permise, je dirais: « Accorde- cc lui tout! Donne-lui l'esprit, le savoir, la e< richesse, la valeur, surtout une confiance « démesurée en elle-même, et ce génie à la ec fois souple et entreprenant, que rien n'em- « barrasse et que rien n'intimide. Eteins son « gouvernement antique; ôte-lui la mémoire; « tue ses affections; répands de plus la ter- «* reur autour d'elle; aveugle ou glace ses GÉNÉRATEUR. 35 GÉNÉRATEUR. 35 ce ennemis; ordonne à la victoire de veiller « à la fois sur toutes ses frontières, en sorte ce que nul de ses voisins ne puisse se mêler « de ses affaires, ni la troubler dans ses ce opérations. Que cette nation soit illustre ce dans les sciences, riche en philosophie, ce ivre de pouvoir humain, libre de tout ce préjugé, de tout lien, de toute influence ce supérieure: donne-lui tout ce qu'elle dé- ce sirera, de peur qu'elle ne puisse dire un ce jour: Ceci m'a manqué ou cela m" a gênée; ce qu'elle agisse enfin librement avec cette ce immensité de moyens, afin qu'elle de- ce vienne, sous ton inexorable protection, ce une leçon éternelle pour le genre humain. » XXV. On ne peut, sans doute, attendre une réunion de circonstances qui serait un miracle au pied de la lettre; mais des évé- nements du même ordre, quoique moins re- marquables, se montrent ça et là dans l'his- toire, même dans l'histoire de nos jours; et bien qu'ils n'aient point, pour l'exemple, cette force idéale que je désirais tout-à- l'heure, ils ne renferment pas moins de grandes instructions.
Nous avons été témoins, il y a moins de vingt-cinq ans, d'un effort solennel fait pour à 6 PRINCIPE régénérer une grande nation mortellement malade. C'était le premier essai du grand œuvre, et la pré/ace, s'il est permis de s'ex- primer ainsi, de l'épouvantable livre qu'on nous a fait lire depuis. Toutes les précautions furent prises. Les sages du pays crurent même devoir consulter la divinité moderne dans son sanctuaire étranger. On écrivit à Delphes, et deux pontifes fameux répondi- rent solennellement (1). Les oracles qu'ils prononcèrent dans cette occasion ne furent point, comme autrefois des feuilles légères, jouets des vents; ils sont reliés:...Quidque hœc Sapientia \possit, gunc patuit C'est une justice, au reste, de l'avouer % dans ce que la nation ne devait qu'à son pro- pre bon sens, il y avait des choses qu'on peut encore admirer aujourd'hui. Toutes les convenances se réunissaient, sans doute, sur la tête sage et auguste appelée à saisir les rênes du gouvernement: les principaux intéressés dans le maintien des anciennes lois, faisaient volontairement un superbe sacrifice au pu- blic; et, pour fortifier l'autorité suprême, ils (i) Rousseau et Mably, GÉSÉEATEUR. 37 se prêtaient à changer une épithète de la souveraineté. — Hélas! toute la sagesse hu- maine fut en défaut, et tout finit par la mort.
XXVI. On dira: Mais nous connais- sons les causes qui firent manquer l 'entre- prise. Comment donc? veut-on que Dieu en- voie des anges sous formes humaines, chargés de déchirer une constitution? Il faudra bien toujours que les choses secondes soient employées: celle-ci ou celle-là, qu'im- porte? Tous les instruments sont bons dans les mains du grand ouvrier; mais tel est l'aveuglement des hommes, que, si demain quelques entrepreneurs de constitutions vien- nent encore organiser un peuple, et le con- stituer avec un peu de liqueur noire, la foule se hâtera encore de croire au miracle an- noncé. On dira de nouveau: Rien n'y magi- que; tout est prévu, tout est écrit; tandis que, précisément parce que tout serait prévu, ^/ discuté et écrit, il serait démontré que la constitution est nulle, et ne présente à Tœil qu'une apparence éphémère.
XXVII. Je crois avoir lu quelque part qu'il y a bien peu de souverainetés en état de justifier la légitimité de leur origine. Admet- V 58 TRlNCirE tons la justesse de l'assertion, iî n'en résul- tera pas la moindre tache st l^s successeurs d'un chef dont les actes pourraient souffrir quelques objections: le nuage qui enveloppe- rait plus ou moins l'origine de son autorité ne serait qu'un inconvénient, suite nécessaire d'une loi du monde moral. S'il en était au- trement, il s'ensuivrait que le souverain ne pourrait régner légitimement qu'en vertu d'une délibération de tout le peuple, c'est- à-dire par la grâce du peuple; ce qui n'ar- rivera jamais, car il n'y a rien de si vrai que ce qui a été dit par l'auteur des Considérations sur la France (1): Que le peuple acceptera toujours ses maîtres et ne les choisira jamais. 11 faut toujours que l'origine de la souverai- neté se montre hors de la sphère du pouvoir humain, de manière que les hommes mêmes qui paraissent s'en mêler directement ne soient néanmoins que des circonstances. Quant à la légitimité, si dans son principe elle a pu sembler ambiguë, Dieu s'explique par son premier ministre au département de ce monde, le temps, 11 est bien vrai néanmoins que cer- tains présages contemporains trompent peu GÉNÉRATEUR. 39 GÉNÉRATEUR. 39 lorsqu'on est à même de les observer; mais les détails, sur ce point, appartiendraient à un autre ouvrage.
XXVIII. Tout nous ramène donc à la rè- gle générale: L'homme ne peut faire une constitution, et nulle constitution légitime^ ne saurait être écrite. Jamais on n'a écrit, jamais on n'écrira à priori le recueil des lois fondamentales qui doivent constituer une so- ciété civile ou religieuse. Seulement, lorsque la société se trouve déjà constituée, sans qu'on puisse dire comment, il est possible de faire déclarer ou expliquer par écrit certains articles particuliers; mais presque toujours ces déclarations sont reflet ou la cause de très grands maux, et toujours elles coûtent aux peuples plus qu'elles ne valent.
XXIX. A cette règle générale que nulle constitution ne peut être écrite, ni faite à priori, on ne connaît qu'une seule exception; c'est la législation de Moïse. Elle seule fut, pour ainsi dire, jetée comme une statue, et écrite jusque dans les moindres détails par un homme prodigieux qui dit FIAT! sans que jamais son œuvre ait eu besoin depuis d'être, ni par lui ni par d'au très, corrigée f suppléée ou modifiée. Elle seule a pu braver 40 PRINCIPE 40 PRINCIPE Le temps, parce qu'elle ne lui devait rien et n'en attendait rien; elle seule a vécu quinze cents ans; et même après que dix-huit siècles nouveaux ont passé sur elle, depuis le grand ana thème qui la frappa au jour mar- qué, nous la voyons, vivante, pour ainsi dire, dune seconde vie, resserrer encore, par je ne sais quel lien mystérieux qui n'a point de nom humain, les différentes familles d'un peuple qui demeure dispersé sans être désuni: de manière que, semblable à l'attraction et par le même pouvoir, elle agit à distance, et fait un tout d'une foule de parties qui ne se touchent point. Aussi cette législation sort évidemment, pour toute conscience intelli- gente, du cercle tracé autour du pouvoir humain; et cette magnifique exception à une loi générale qui n'a cédé qu'une fois et n'a cédé qu'à son auteur, démontre seule la mission divine du grand législateur des Hé- breux, bien mieux que le livre entier de ce prélat anglais qui, avec la plus forte tête et une érudition immense, a néanmoins eu le malheur d'appuyer une grande vérité sur le plus triste paralogisme.
XXX. Mais puisque toute constitution est divine dans son principe, il s'ensuit que GÉNÉRATEUR. 41 l'homme ne peut rie*: dans ce genre à moins qu'il ne s'appuie sur Dieu, dont il devient alors l'instrument (1). Or, c'est une vérité à laquelle le genre humain en corps n*a cessé de rendre le plus éclatant témoignage. Ou- vrons l'histoire) qui est la politique expéri- mentale, nous y verrons constamment le berceau des nations environné de prêtres r et la Divinité toujours appelée au secours de la faiblesse humaine (2). La fable, bien (i) On peut même généraliser l'assertion et prononcer sans exception: Que nulle institution quelconque ne peut durer, si elle n'est fondée sur la religion.
(2) Platon, dans un morceau admirable et tout-à-fait mosaïque, parle d'un temps primitif où Dieu avait c&n fié rétablissement et le régime des empires, non à des hommes, mais à des génies; puis il ajoute, en parlant de la difficulté de créer des constitutions dura- bles: C est la vérité même que si Dieu n'a pas présidé à rétablissement d'une cité, et qu'elle?ïait eu qu'un commencement humain, elle ne peut échapper aux plus grandsmaux.il faut donc tâcher, par tous les moyens imaginables, d'imiter le régime primitif j et nous confiant en ce qu'il y a d'immortel dans l'homme, nous devons fonder les maùons, ainsi que les états, en consacrant comme les lois les volon les de r intelligence (suprême). Que si un état (quelle que soit sa forme) est fondé sur le vice, et gouverne par des gens qui foulent aux pieds la justice, il ne lui reste aucun moyen de salut. (Plat, de Leg., t. VIII, • 42 PRINCIPE • 42 PRINCIPE plus vraie que l'histoire ancienne, pour des yeux préparés, vient encore renfoncer la dé- monstration. C'est toujours un oracle qui fonde les cités; c'est toujours un oracle qui annonce la protection divine et les succès du héros fondateur. Les Rois surtout, chefs des empires naissants, sont constamment dési- gnés et presque marqués par le ciel de quel- que manière extraordinaire (1). Combien d'hommes légers ont ri de la sainte ampoule, sans songer que la sainte ampoule est un hiéroglyphe, et qu'il ne s'agit que de savoir (1) On a fait grand usage dans la controverse de la fa- meuse règle de Richard de Saint- Victor: Quod sempert quod ubique, quod omnibus. Mais cette règle est géné- rale et peut, je crois, être exprimée ainsi: Toute croyance constamment universelle est vraie: et toutes les fois qu'en séparant d'une croyance quel- conque certains articles particuliers aux différentes nations, il reste quelque chose de commun à toutes, ce reste est une vérité.
* (2) Toute religion, par la nature même des choses, pousse une mythologie qui lui ressemble. Celle de la religion chrétienne est, par cette raison, toujours chaste, toujours utile, et souvent sublime, sans que (par un pri- vilège particulier) il soit jamais possible de la confondre avec la religion même. De manière que nul mythe chré- tien ne peut nuire, et que souvent il mérite toute l'at- tention de l'observateur.
GÉNÉRATEUR. 43 GÉNÉRATEUR. 43 XXXI. Le sacre des Rois tient à la même racine. Jamais il n'y eut de cérémonie, ou, pour mieux dire, de profession de foi plus significative et plus respectable. Toujours le doigt du pontife a touché le front de la ^ souveraineté naissante. Les nombreux écri- vains qui n'ont vu dans ces rites augustes que des vues ambitieuses, et même l'accord exprès de la superstition et de la tyrannie, ont parlé contre la vérité, presque tous même contre leur conscience. Ce sujet mériterait d'être examiné. Quelquefois les souverains ont cherché le sacre, et quelquefois le sacre a cherché les souverains. On en a vu d'autres rejeter le sacre comme un signe de dépen- dance. Nous connaissons assez de faits pour être en état de juger assez sainement; mais il faudrait distinguer soigneusement les hom- mes, les temps, les nations et les cultes. Ici, c'est assez d'insister sur l'opinion géné- rale et éternelle qui appelle la puissance di- vine à l'établissement des empires.
XXXII. Les nations les plus fameuses de l'antiquité, les plus graves surtout et les plus sages, telles que les Egyptiens, les Etrusques, les Lacédémoniens et les Romains, avaient pré- cisément les constitutions les plus religieuses; 44 PRINCIPE 44 PRINCIPE et la durée des empires a toujours été pro- portionnée au degré d'influence que le prin- cipe religieux avait acquis dans la constitu- tion politique: Les villes et les nations les plus adonnées au culte divin ont toujours été les plus durables et les plus sages, comme les siècles les plus religieux ont toujours été les plus distingués par le génie (1). I XXXIII. Jamais les nations n'ont été civi- lisées que par la religion. Aucun autre ins- trument connu n'a de prise sur l'homme sauvage. Sans recourir à l'antiquité, qui est très décisive sur ce point, nous en voyons une preuve sensible en Amérique. Depuis trois siècles nous sommes là avec nos lois, nos arts, nos sciences, notre civilisation, notre commerce et notre luxe: qu'avons-nous gagné sur l'état sauvage? Rien. Nous détrui- sons ces malheureux avec le fer et l'eau~de- vie; nous les repoussons insensiblement dans l'intérieur des déserts, jusqu'à ce qu'enfin ils disparaissent entièrement, victimes de nos vices autant que de notre cruelle supériorité. XXXIV. Quelque philosophe a-t-il jamais imaginé de quitter sa patrie et ses plaisirs (I) Xénophon, Mrmor. Socr.!, 4, IG.
GÉSÉRATECB. 4J pour s'en aller dans les forêts de l'Améri- que à la chasse des Sauvages, les dégoûter de tous les vices de la barbarie et leur don- ner une morale (1)? Ils ont bien fait mieux j ils ont composé de beaux livres pour prou- ver que le Sauvage était l'homme naturel, et que nous ne pouvions souhaiter rien de plus heureux que de lui ressembler. Con- dorcet a dit que les missionnaires n'ont porté en Asie et en Amérique que de honteuses superstitions (2). Rousseau a dit, avec un redoublement de folie véritablement incon- cevable, que les missionnaires ne lui parais- saient guère plus sages que les conqué- rants (3). Enfin, leur coryphée a eu le front (mais qu! avait-il à perdre? ) de jeter le ridi- cule le plus grossier sur ces pacifiques con- quérants que l'antiquité aurait divinisés (4).
(1) Condorcet nous a promis, à la vérité, que les phi- losophes se chargeraient incessamment de la civilisation et du bonheur des nations barbares. [Esquisse d'un Ta~ bleau historique des progrès de V esprit humain; in-8', pag. 335.) Nous attendrons qu'ils veuillent bien commencer.
(2) Esquisse, etc. (Ibid. pag. 335.) (3} Lettre à l'archevêque de Paris.
(4) Eh! mes aînis, que ne restiez-vous dans votre Patrie? Vous n'y auriez pas trouvé plus de diables, 46 PRINCIPE XXXV. Ce sont eux cependant, ce sont les missionnaires qui ont opéré cette mer- veille si fort au-dessus des forces et même de la volonté humaine. Eux seuls ont parcouru d'une extrémité à l'autre le vaste continent de rAmérique pour y créer des hommes. Eux seuls ont fait ce que la politique n'avait pas seulement osé imaginer. Mais rien dans ce genre n'égale les missions du Paraguay: c'est là où Ton a vu d'une manière plus mar- quée l'autorité et la puissance exclusive de la religion pour la civilisation des hommes. On a vanté ce prodige, mais pas assez: l'es- prit du XVIII siècle et un autre esprit, son complice, ont eu la force d'étouffer, en partie, la voix de la justice et même celle de l'ad- miration. Un jour peut-être (car on peut es- pérer que ces grands et nobles travaux seront mais vous y auriez trouvé tout autant de sottises. Voltaire, Essai sur les mœurs et l'esprit, etc. Introd. De la Magie. ) Cherchez ailleurs plus de déraison, plus d'indécence, plus de mauvais goût même, vous n'y réussirez pas. C'est cependant ce livre, dont bien peu de chapitres sont exempts de traits semblables; c'est ce colifichet fastueux, que de modernes enthousiastes n'ont pas craint d'appeler un monument do V esprit humain. 6ans doute, comme la chapelle de Versailles et les ta- bleaux de Boucher.
GÉNÉRATEUR. 47 repris), au sein d'une ville opulente assise sur ur>e antique savane, le père de ces mission- naires aura une statue. On pourra lire sur le piédestal: dont les envoyés ont parcouru la terre pour arracher les hommes à la misère, à r abrutissement et à la férocité, en leur enseignant Tagriculture, en leur donnant des lois, en leur apprenant à connaître et à servir Dieu, KO* PAR LÀ FOBCE DES AMIES, dont ils n'eurent jamais besoin, mais par la douce persuasion, les chants moraux^ ET LA PUISSANCE DES HTMUS» en sorte qu'on les crut des Anges (f).
(1) Osiris régnant en Egypte, retira incontinent les Egyptiens de la vie indigente, toufreteuse et sau- vage, tn leur enseignant à semer et à planter; en leur établissant des loix, en leur monstrant à ho- norer et à révérer les Dieux: et depuis, allant par tout te monde, il l'apprivoisa aussi sans y employer aucunement la force des armes, mais attirant et ga- gnant la plus part des peuples par douce persuasion et remontrances couchées en chanson et en toute sorte de musique (nnOoi xxi is-/u ^ûlf^ -kxtt^ *%>. usûïtzr,-) dont les Grecs eurent opinion que c'était le même que Bacchus. (Plutarque, cTlsis et d Osiris, trad. d'Amyot, édit. de Vascosan, tom. III, pag. 987, in-8*. Edit, Henr.
On a trouvé naguère dans une île du fleuve Pe- nobsrot, une peuplade sauvage qui chantait enrjre 43 PRINCIPE XXXVI. Or, quand on songe que cet ordre législateur, qui régnait au Paraguay par l'ascendant unique des vertus et des ta- lents, sans jamais s'écarter de la plus humble soumission envers l'autorité légitime même la plus égarée; que cet ordre, dis-je, venait en même temps affronter dans nos prisons, un grand nombre de cantiques pieux et instructifs en indien sur la musique de V Eglise, avec une préci- sion qu'on trouverait à peine dans les chœurs les mieux composés; l'un des plus beaux airs de V église de Boston vient de ces Indiens (qui l'avaient appris de leurs maîtres il y a plus de quarante ans), sans que dès- lors ces malheureux Indiens aient joui d'aucune es- pèce d'instruction. (Merc. de France, 5 juillet 1806, Le père Salvaterra (beau nom de missionnaire! ) jus- tement nommé Y Apôtre de la Californie, abordait les Sauvages les plus intraitables dont jamais on ait eu con- naissance, sans autre arme qu'un luth dont il jouait su- périeurement. Il se mettait à chanter: In voi credo, o Dio mio! etc. Hommes et femmes l'entouraient et l'é- coutaient en silence. Muratori dit, en parlant de cet homme admirable: Pare favola quella ctOrfeo; ma chi sa che non sia succeduto in simil caso? Les mis- sionnaires seuls ont compris et démontré la vérité de cette fable. On voit même qa'ils avaient découvert l'es- pèce de musique digne de s'associer à ces grandes créa- tions, a Envoyez-nous, écrivaient-ils à leurs amis d'Eu- « rope, envoyez-nous les airs des grands maîtres d'Italie, « per essere armoniosissimi, senza tanti imbrogli « di violini obbligati, etc. » (Muratori, Christianesime felice, etc. Venesia, 1752, in-8#, cbap. XII, p. 284.)
GÉNÉRATEUR. 49 GÉNÉRATEUR. 49 dans nos hôpitaux, dans nos lazarets, tout ce que la misère, la maladie et le désespoir ont de plus hideux et de plus repoussant; que ces mêmes hommes qui couraient, au premier appel, se coucher sur la paille à côté de l'indigence, n'avaient pas l'air étran- ger dans les cercles les plus polis; qu'ils al- laient sur les échafauds dire les dernières pa- roles aux victimes de la justice humaine, et que de ces théâtres d'horreur ils s'élançaient dans les chaires pour y tonner devant les rois (1); qu'ils tenaient le, pinceau à la Chine, le télescope dans nos observatoires, la lyre d'Orphée au milieu des sauvages, et qu'ils avaient élevé tout le siècle de Louis XIV; lorsqu'on songe enfin qu'une détestable coali- tion de ministres pervers, de magistrats en délire et d'ignobles sectaires, a pu, de nos jours, détruire cette merveilleuse institution et s'en applaudir, on croit voir ce fou qui mettait glorieusement le pied sur une montre, en lui disant: Je? empêcherai bien de faire du bruit. — Mais, qu'est-ce donc que je dis? un fou n'est pas coupable.
(1) Loquebar de testimcinis tuis in conspectu ré- gion: et 710H confundebar. Ps. cxvm, 46. C'est l'in- scription mise sous le portrait de Bourdaloue, et que plusieurs de ses collègue» ont méritée.
3 50 PRINCIPE XXXVII. J'ai dû insister principalement sur la formation des empires comme sur l'objet le plus important; mais toutes les in- stitutions humaines sont soumises à la même règle, et toutes sont nulles ou dangereuses si elles ne reposent pas sur la base de toute existence. Ce principe étant incontestable, que penser d'une génération qui a tout mis en l'air, et jusqu'aux bases mêmes de l'édi- fice social, en rendant l'éducation purement scientifique? Il était impossible de se tromper d'une manière plus terrible; car tout système d'éducation qui ne repose pas sur la religion, tombera en un clin d'œil, ou ne versera que des poisons dans l'Etat, la religion étant, comme l'a dit excellemment Bacon, Varo- mate qui empêche la science de se cor- rompre.
XXXVIII. Souvent on a demandé: Pour- quoi une école de théologie dans toutes les universités? La réponse est aisée: Oest afin que les universités subsistent, et que rensei- gnement ne se corrompe pas. Primitivement elles ne furent que des écoles théologiques où les autres facultés vinrent se réunir comme des sujettes autour d'une reine. L'édifice de l'instruction publique, posé sur cette base, GÉNÉRATEUR. 51 avait duré jusqu'à nos jours. Ceux qui l'ont renversé chez eux s'en repentiront longtemps inutilement. Pour brûler une ville, il ne faut qu'un enfant ou un insensé; pour la rebâtir, il faut des architectes, des maté- riaux, des ouvriers, des millions, et surtout du temps.
XXXIX. Ceux qui se sont contentés de corrompre les institutions antiques, en con- servant les formes extérieures, ont peut-être fait autant de mal au genre humain. Déjà lïnfluence des universités modernes sur les mœurs et l'esprit national dans une partie considérable du continent de l'Europe, est parfaitement connue (1). Les universités (1) Je ne me permettrai point de publier des notions qui me sont particulières, quelque précieuses qu'elles puissent être d'ailleurs; mais je crois qu'il est loisible à chacun de réimprimer ce qui est imprimé; et de faire parler un Allemand sur l'Allemagne. Ainsi s'exprime, sur les universités de son pays, un homme que personne n'accusera d'être infatué d'idées antiques.
« Toutes nos universités d'Allemagne, même les meii- « leures,ont besoin de grandes réformes sur le cha- « pitre des mœurs Les meilleures même sont un « gouffre où se perdent sans ressource l'innocence, la « santé et le bonheur futur d'une foule de jeunes gens, « et d'où sortent des êtres ruinés de corps et d'àme, plus « à charge qu'utiles à la société, etc Puissent ces « pages être un préservatif pour les jeunes gens! Puis- 52 PRINCIPE d'Angleterre ont conservé, sous ce rapport, plus de réputation que les autres; peut-être parce que les Anglais savent mieux se taire ou se louer à propos; peut-être aussi que l'es- prit public, qui a une force extraordinaire dans ce pays, a su y défendre mieux qu'ail- leurs ces vénérables écoles, de Tanathème général. Cependant il faut qu'elles succom- bent, et déjà le mauvais cœur de Gibbon <*ous a valu d'étranges confidences sur ce point (1). Enfin, pour ne pas sortir des géné- ralités, si l'on n'en vient pas aux anciennes maximes, si l'éducation n'est pas rendue aux prêtres, et si la science n'est pas mise partout « sent-ils lire sur la porte de nos universités l'inscription « suivante: Jeune homme, c'est ici que beaucoup de « tes pareils perdirent le bonheur avec Vinnocence\ » (M. Campe, Recueil des voyages pour l'instruction de la jeunesse, in-!2, tom. II, pag. 129. ) (1) Voyez ses Mémoires, où, après nous avoir fait de fort belles révélations sur les universités de son pays, il nous dit en particulier de celle d'Oxford: Elle peut bien me renoncer pour fils d'aussi bon cœur que je la renonce pour mère. Je ne doute pas que cette tendre mère, sensible, comme elle le devait, à une telle décla- ration, ne lui ait décerné une épitaphe magnifique: LlBENS MERITO.
Le cbevalier William Jones, dans sa lettre à M. Anque- til, donne dans un excès contraire; mais cet excès lui tait honneur.
Gi.Nj-HATEUR. 53 à la seconde place, les maux qui nous atten- dent sont incalculables: nous serons abrutis par la science, et c'est le dernier degré de l'abrutissement.
XL. Non-seulement la création n'appar- tient point à l'homme, mais il ne parait pas que notre puissance, non assistée, s'étende jusqu'à changer en mieux les institutions éta- blies. S'il y a quelque chose d'évident pour l'homme, c'est l'existence de deux forces opposées qui se combattent sans relâche dans l'univers. Il n'y a rien de bon que le mal ne souille et n'altère; il n'y a rien de mal que le bien ne comprime et n'attaque, en pous- sant sans cesse tout ce qui existe vers un état plus parfait (1). Ces deux forces sont (1) Un Grec aurait dit: Ojsoî l«»frlwrii. On pourrait dire, vers la restitution en entier: expression que la philosophie peut fort bien emprunter à la jurisprudence, et qui jouira, sous cette nouvelle acception, d'une mer- veilleuse justesse. Quanta l'opposition et au balancement des deux forces, il suffit d'ouvrir les yeux. Le bien est contraire au mat, et la vie à la mort...Considérez toutes les œuvres du Très-Haut, vous les trouverez ainsi deux à deux et opposées tune à Vautre. Eccles. xxxui. 15.
Pour le dire en passant: c'est de là que natt la règle du beau idéal. Rien dans la nature n'étant ce qu'il doit être, le véritable artiste, celui qui peut dire: Est Df.ls i* V 54 PRINCIPE présentes partout. On les voit également dans la végétation des plantes, dans la généra- tion des animaux, dans la formation des lan- gues, dans celle des empires (deux choses inséparables), etc. Le pouvoir humain ne s'étend peut-être qu'à ôter ou à combattre le mal pour en dégager le bien et lui rendre le pouvoir de germer suivant sa nature. Le -célèbre Zanolti a dit: // est difficile de chan- ger les choses en mieux (1). Cette pensée cache un très grand sens sous l'apparence d'une extrême simplicité. Elle s'accorde par- faitement avec une autre pensée à' Or i gène, qui vaut seule un beau livre. Rien, dit-il, ne peut changer en mieux parmi les hommes, \ INDIVISEMENT (2). Tous les hommes ont le sentiment de cette vérité, mais sans être en état de s'en rendre compte. De là cette nobis, a le pouvoir mystérieux de discerner les traits les moins altérés, et de les assembler pour en former des touts qui n'existent que dans son entendement.
(1) Difficile est mutare in melius. Zanotti cité dans le Transunto délia R. Accademia di Torino. 1788-89.
(2) Aôïei: ou, si l'on veut exprimer cette pensée d'une manière plus laconique, et dégagée de toute licence grammaticale, sans Dieu, rien de mieux. Orig. adv. Cels. I. 26 éd. Ruaei. Paris, 1733. In-fol., tom. L p. MS< GÉNÉRATEUR. OD aversion machinale de tous les bons esprits pour les innovations. Le mot de réforme, en lui-même et avant tout examen, sera tou- jours suspect à la sagesse, et l'expérience de tous les siècles justifie cette sorte d'instinct. On sait trop quel a été le fruit des plus belles spéculations dans ce genre (1).