402 DU PAPE.
XVIII. « 0 sainte Église romaine! » s'écriait jadis le grand évêque de Meaux, devant les hommes (jui l'entendirent sans l'écouter; « ô sainte Eglise de « Rome î si je t'oublie, puissé-je m'oublier moi- ce même! que ma langue se sèche et demeure immo- « bile dans ma bouche! » (( 0 sainte Église romaine! » s'écriait à son tour Fénelon, dans ce mémorable mandement où il se recommandait au respect de tous les siècles, en sous- crivant humblement à la condamnation de son livre; <( ô sainte Église de Rome! si je t'oublie, puissé-je « m'oublier moi-même! que ma langue se sèche et « demeure imm.obile dans ma bouche! » Les mêmes expressions tirées de l'Écriture sainte se présentaient à ces deux génies supérieurs, pour exprimer leur foi et leur soumission à la grande Église. C'est à nous, heureux enfants de cette Église, mère de toutes les autres, qu'il appartient aujourd'hui de répéter les paroles de ces deux hommes fameux, et de professer hautement une croyance que les plus grands malheurs ont dû nous rendre encore plus chère.
Oui pourrait aujourd'hui n'être pas ravi du spec- tacle superbe que la Providence donne aux hommes et de tout ce qu'elle promet encore à l'oeil d'un véri- table observateur?
0 sainte Église de Rome! tant que la parole me sera conservée, je l'emploierai pour te célébrer. Je te salue, mère immortelle de la science et de la sain- teté! SALVE, MAGNA PARENS! C'cst toi qui répaudis la lumière jusqu'aux extrémités de la terre, partout où les aveugles souverainetés n'arrêtèrent pas ton influence, et souvent même en dépit d'elles. C'est toi qui fis cesser les sacrifices humains, les coutumes barbares ou infâmes, les préjugés funestes, la nuit de l'ignorance; et partout où les envoyés ne purent pénétrer, il manque quelque chose à la civilisation. Les grands hommes t'appartiennent: Magna virum!
CONCLUSION. 40\ 1 es doctrines purifient la science de ce venin d'or- gueil et a'nidépendance qui la rend toujours dange- reuse et souvent funeste. Les Pontifes seront bientôt universellement proclamés agents suprêmes de la civilisation, créateurs de la monarchie et de l'unité européenne, conservateurs de la science et des arts, fondateurs, protecteurs nés de la liberté civile, des- tructeurs de Fesclavage, ennemis du despotisme, infatigables soutiens de la souveraineté, bienfaiteurs du genre humain. Si quelquefois ils ont prouvé qu'ils étaient des hommes: si ouid illis humanitus acci- DERiT, ces moments furent courts; un vaisseau qui fend les eaux laisse moins de traces de son passage, et nul trône de l'univers ne porta jamais autant de sao'esse, de science et de \ertu. Au milieu de tous les bouleversements imaginables, Dieu a constamment veillé sur toi, ô ville éternelle! Tout ce qui pouvait l'anéantir s'est réuni contre toi, et tu es debout; et comme tu fus jadis le centre de l'erreur, tu es depuis dix-huit siècles le centre de la vérité. La puissance romaine a^'ait fait de toi la citadelle du paganisme qui semblait invincible dans la capitale du monde connu. Toutes les erreurs de l'univers convergeaient vers toi, et le premier de tes empereurs, les rassemblant en un seul point resplendissant, les consacra toutes dans le Panthéon. Le temple de tous les dieux s'éleva dans tes murs, et seul de tous ces grands mo- numents, il subsiste dans toute son intégrité. Toute la puissance des empereurs chrétiens, tout le zèle, tout l'enthousiasme, et, si l'on veut même, tout le res- sentiment des chrétiens, se déchaînèrent contre les temples. Théodose ayant donné le signal, tous ces magnifiques édifices disparurent. En vain les plus sublimes beautés de l'architecture semblaient de- mander grâce pour ces étonnantes constructions; en \ain leur solidité lassait les bras des destructeurs; pour détruire les temples d'Apamée et d'Alexandrie, il fallut appeler les moyens que la guerre employait dans les sièges. Mais rien ne put résister à la pros- cription générale. Le Panthéon seul fut préservé. Un grand ennemi de la foi, en rapportant ces faits, dé- clare qu7/ ignore par quel concours de circonstances heureuses le PantJiéon [ut conservé jusqu'au moment où, dans les premières années du vu® siècle, un Sou- verain Pontii'e le consacra a tous les saints (1). Ah î sans doute il Vignorait; mais nous, comment pour- rions-nous l'ignorer? La capitale du paganisme était destinée à devenir celle du christianisme; et le tem- ple qui, dans cette capitale, concentrait toutes les forces de Fidolàlrie, devait réunir toutes les lumières de la foi. Tous les salnts à la place de tous les DIEUX! quel sujet intarissable de profondes médita- tions philosophiques et religieuses: C'est dans le Panthéon que le paganisme est rectifié et ramené au sjstème primitif dont il n'était qu'une corruption visi- ble. Le nom de dieu, sans doute, est exclusif et incom- municable; cependant il y a plusieurs dieux dans le ciel et sur la terre (2). Il y a des intelligences, des natures meilleures, des hommes divinisés. Les dieux du christianisme sont les saints. Autour de Dieu se rassemblent tous les dieux, pour le servir à la place et dans l'ordre qui leur sont assignés.
0 spectacle merveilleux, digne de celui qui nous l'a préparé, et fait seulement pour ceux qui savent le contempler!
Pierre, avec ses clefs expressives, éclipse celles du vieux Janus (3). Il est le premier partout, fous les saints n'entrent qu'à sa suite. Le dieu de l'iniquité (4), Piutus, cède la place au plus grand des thauma- 1. Gibbon, Histoire de la décadence, efc, t. VII, ch. xxvm, noie 34, in-8, 2. Saint Paul aux Corinth., I, viii, 5, 6. — Aux Tliessalon., II, ii, 4.
3. Praesideo foribus cœlestis janitor aulse.
Et, clavem ostendens: Hœc, ait, arma gero.
4. Matnmona iaiquitatis, CONCLUSION. 405 CONCLUSION. 405 lurges, à Thumble François, dont l'ascendant inouï créa la pauvreté volontaire, pour faire équilibre aux crimes de la richesse. Le miraculeux Xavier chasse devant lui le fabuleux conquérant de l'Inde. Pour se faire suivre par des millions d'hommes, il n'appela point à son aide l'ivresse et la licence; il ne s'entoura point de bacchantes impures: il ne montra qu'une croix: il ne prêcha c|ue la vertu, la pénitence, le martyre des sens. Jean de Dieu, Jean de AIatha, Vin- (FXT DE Paul (que toute langue, que tout âge les bé- nissent!) reçoivent l'encens qui fumait en l'honneur de l'homicide Mars, de la vindicative Juxon. La Vierge immaculée, la plux excellente de toutes les créatures dans l'ordre de la grâce et de la sainteté (1), discernée entre tous les saints, comme le soleil entre tous les astres (2); la première de la nature humaine qui prononça le nom de salut (3); celle qui connut dans ce monde la lélicité des anges, et les ravisse- ments du ciel sur la route du tombeau (4); celle dont l'Eternel bénit les entrailles en souillant son Esprit en elle, et lui donnant un Fils qui est le miracle de Vunivers (5); celle à qui fut donné d'enfanter son Créateur (6); c{ui ne voit que Dieu au-dessus d'elle (7), et que tous les siècles proclameront heu- Gratia plena Dominus tecum. (Luc, I, 28.)
2. Saint François de Sales, Traité de Vamour de Dieu, III, 8.
3. Le même. Lettres, liv. VIII, ép. xvii. — Et exaltavit spiritus meus in Deo salutari meo.
4 Die Wonne der Engel erlebl, die Entziickung der Himmel auf dem wege zum grabe.( Klopstoci<, der Messias, XII.)
5. Alcoran, ch. xxi, 91, Des Prophètes.
6. Tu se" colci che l'umana natura Nobilitasti si, che'l suo fatlore Non si sdegnô di farsi tua faltura.
(Dante, Paradiso, XXXIIl et seq.)
Du liast Einen ewigen solin (ihn scliuf kein Schaepfer) gebohren, (KIopstock, fer Afessias, XI, 36.)
7. Cunctis cae'itibus celsior una. Solo facta minor Virgo Tonanti.
(Hymne de l'Église de f'aris. Assojnpdon.)
reuse (1); la di\ inc Marie monte sur l'aulel de Vénus PANDÉMiouE. Je vois le Christ entrer dans le Pan- iJiéoii, suivi de ses évangélistes, de ses apôtres, de ses docteurs, de ses martyrs, de ses confesseurs, comme un roi îriomphateur entre, suivi des grands de son empire, dans la capitale de son ennemi vaincu et détruit. A son aspect, tous ces dieux hommes dis- paraissent devant riloMME-DiEu. Il sanctifie le Pan- théon par sa présence, et l'inonde de sa majesté. C'en est fait: toutes les vertus ont pris la place de tous les \iGes. L'erreur aux cent têtes a fui devant l'indivi- sible Vérité: Dieu règne dans le Panthéon, comme il règne dans le ciel au milieu de tous les saints.
Quinze siècles avaient passé sur la ville sainte, lorsque le génie chrétien, jusqu'à la fin vainqueur du paganisme, osa porter le Panthéon, dans les airs (2). pour n'en faire que la couronne de son temple fa- meux, le centre de l'unité catholique, le chef-d'œuvre de l'art humain, et la plus belle demeure terrestre de celui qui a bien voulu demeurer avec nous, plein d'amour et de vérité (2).
1. Ecce enim ex hoc heatam mf>. dicent omnes generationes. (Luc,.)
2. Allusion au fameux mot de Michel-Ange; Je le mettrai en l'air, 3. Et habitavit in nobis...plénum gratise et veritatis. (Joan., I, l-i FIN TABLE Pages.
Préface 1 Discours Préliminairij; 7 LIVRE PREMIER Du Pape dans son rapport avec l'Eglise catholique.
II. Des Conciles 30 III. Définition et autorité des Conciles.•.. 32 IV. Analogies tirées du pouvoir teoaporel 39 V, Digression sur ce qu'on appelle la jeunesse des nations 44 VI. Suprématie du Souveroia Pontife reconnue dans tous les temps. — Ténioignages catholiques des VII. Témoignages particuliers de l'Église gallicane...58 VIII. Témoignage janséniste, texte de Pascal, et Réflexions sur le poids de certaines autorités. 60 IX. Témoignages protestants 63 X. Témoignages de l'Église russe, et, par elle, témoi- gnages de l'Église grecque dissidente 68 XI. Sur quelques textes de Bossuet 79 XII. Du Concile de Constance 87 XIII. Des Canons en général, et de Tappcl à leur auto- XIV. Examen d'une ditliculté particulière qu'on élève contre les décisions des Papes 96 XV. Infaillibilité de fait 101 XVI. Réponse à quelques objections 121 XVII. De l'infaillibilité dans le système philosophique. 126 XVIII. Nul danger dans les suites de la suprématie reconnue 127 XIX. Continuation du même sujft. — Éclaircissements ultérieurs sur l'infaillibilité 132 XX. Dernière explication sur la discipline, et digres- sion sur la langue latine 136 4U» TABLE.
LIVRE DEUXIÈME Du Pape dans son rapport avec les Souverainetés temporelles.
Pages.
Chap. I. Quelques Mots sur la souveraineté 142 IL Inconvénients de la souveraineté 144 IlL Idées antiques sur le grand problème 14î> IV. Autres considérations sur le même sujet 15^ V. Caractère distinctif du pouvoir exercé par les Papes 156 YI. Pouvoir temporel des Papes. — Guerres qu'ils ont soutenues comme princes temporels IGO VII. Objets que se proposèrent les anciens Papes dans leurs contestations avec les Souverains 177 Art. 1er. — Sainteté des mariages 178 Art. II. — Maintien des lois ecclésiastiques et des mœurs sacerdotales 1 86 Art. III. — Liberté de l'Italie 193 VIII. Sur la nature du pouvoir exercé par les Papes.. 201 IX. Justification de ce pouvoir 204 X. Exercice de la suprématie pontificale sur les sou- verains temporels 21'* XL Application hypothétique des principes précé- XIÎ. Sur les prétendues guerres produites par le choc des deux puissances 227 Xlil. Continuation du même sujet, — Réflexions sur ces guerres 240 XIV. De la Bulle d'Alexandre VI Inter cœlera 24S XV. De la Bulle In cœna Domini 247 XVI. Digression sur la juridiction ecclésiastique 251 LIVRE TROISIEME Du Pape dans son rapport avec la civilisation et le bonheur des peuples.
Chap. I. Missions 254 II. Liberté civile des hommes 267 III. Institution du sacerdoce. — Célibat des prêtres. 275 § IL Dignité du sacerdoce. 285 IV. Institution de la monarchie européenne 305.
TABLE. 409 Pages. Chap. V. Vie commune des princes. — Alliance secrète de la Religion et de la Souveraineté.312 VI. Observations particulières de la Russie 318 VII. Autres considérations particulières sur l'empire d'Orient 322 Résumé et conclusion de es livre 3Î7 LIVRE QUATRIÈME Du Pape dans son rapport avec les Églises noynmées schismatiques.
Chap. I. Que toute Église schismatique est protestante. — Affinité des deux systèmes. — Témoignage de II. Sur la prétendue invariabilité du dogme ctiez les Églises séparées dans le xii^ siècle 338 m. Autres considérations tirées de la position des Églises. — Remarques particulières sur les sectes d'Angleterre et de Russie 339 IV. Sur le nom de photiennes^ appliqué aux Églises schismatiques 342 \'. Impossibilité de donner aux Églises séparées un nom commua qui exprime l'unité. — Principe de toute la discussion et prédilection de l'au- VI. Faux raisonnements des Églises séparées, et réflexions sur les préjugés religieux et natio- VU. De la Grèce et de son caractère. — Arts, sciences et puissance militaire 357 VIII. Continuation du même sujet. — Caractère moral des Grecs. — Haine contre les Occidentaux...3G4 IX. Sur un trait particulier du caractère grec. — Esprit de division 367 tage prétendu des Églises, tiré de l'antériorité chronologique 370 XL Que faut-il attendre des Grecs? — Conclusion de ce livre 375 CONCLUSÏON 381 FIN DE LA TABL!Î.
G128-02. — CoRBEiL. Imprimerie Éd. Crété.
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