SigPhi · Leibniz

Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal

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148 Essais sur. la Bonté' de DiEuj culte: eu li Dieu n'eft point obligé de reodre m&n aax tnéchans de leur mécban^té, illcmblê qu'il iê doit à iôi-inâme Ec à ceux qui l'bonoreat» Se qui l'ùment, la jufUiîcation de Caa procédé î régard de la permifiion du vice &du crime. Mais Dieu y a déjà facisfjic autant qu'il en eft befoin iti- bas: tx. en nous donnant h lumière dciaRaifon, il nous a fourni de quoi fatisfaire à toutes les dif- ficultés, J'efperc de l'avoir montré dans ce Dif- cours, Se d'avoir éclairci la chofe dans la partie précédente de ces EJ^is, prefque autant qu'il & peut &ire par des ratfons generaks. Après ceki la permilTion du péché étant jufUGée, les autres mailx qui en fimc une fuite, ne reçoirent plus aucune difficulté. Se nous femmes en droit de nous bor- ner ici au mal de coulpc, pour rendre raifon du inal de peine, comme fait la làinte Ecriture, 8c comme font prefque tous les Pères de l'Egliic, & ks Prédicateurs. Et afin que l'on ne dilê pas que «eh a'eft bon, que per la predica, il fufîitde confi- dcrer qu'après les folutionsque nous avons données, rien ne doit paroîtrc plus jufte ni plut exaâ que cette méthode. Car Dieu ayant trouvé déjà par- mi les chofcs poflîbles, avant fes Décrets aiiuels, l'iromnte abufant de fa liberté. Se le procurant ion nalbcuri n'a pu fe difpenlèr de radmettrcàï'cxiC- tence. parce que le meilleur plangetieralledeman- idoit! de forte qu'on n'aura plus belbin dedireavec M. Julien, qu'il tiutdogmatilèrcommeS.Augal^ tin, Ec prêcncT comme Pela^.

166. Cette méthode de dériver le mal de peine du mal de coulpc qui ne fauroit être blSmée, ièrt fur tout pour rendre raifon du plus grand mal phyiîflue, qui eft la damnation. Ernelt Sonerur, autrefois Profcflèur en Phiioibphie à Altorf, (Uuï- verfité établie dans le païs de la République de Nu- remberg) qui paflbit pour un excellent Ariftoteli- cien, mais qui a été recoaaucn&aSocinien caché: ET LA Liberte'dï: l'Homme, m. Par' ijy avoie fait un petit Difcours intitulé, Démenjlmtim tmire l'éternité des feines. Elle étoit fondée lûr ce principe aOèz rclûttu, qu'il n'y a point de prs- poicioa eatn une petnc infinie Se une coulpe finie. On me la comtouniqua, imprimée (ce fembloit) en Hollande] & je repondis qu'il y avoit unecon- fidcratïon à laire, qui etoit échappée à feu Mon- fieur Sonerus: c'étoit qu'il fuffifoit de dire que la durée de la coulpe cauioit la durée de k peinei que Icï damnez demeurant méchans, ils ne pou- voient être tirés de' leur mîferei £c qu'aînfion n'a- Toit point betôin pour judifier la continuation de leurs ibiiSrances, de fuppolër que le péché ell de- venu d'une- valeur inlïnie, pari objet infini oficnfê ypi eft Dieu > tbefe que je n'avois pai aflèz exami- née pour en prononcer. Je làï- que l'opinion commune des Scholaftiques après le Maltredcs Sen- tences I eft que dans l'autre vie il n'y a ni mérite -ni démerîtei mais je ne crois pa; qu'elle puidè paA ièr pour un article de foi, lorsqu'on la prend à la rigueur. Monfieur Fechtius, Théologien célè- bre a [l-allock, l'a tort bien réfutée dans Ion Livre de l'dtat des damnes. Ël!e eà trés-fauHè, dit il, (§. f9i) Dieu ne fauroit changer fa nature, lajufti- cc lui-eft eiTentielle, la mort a fermé la porte de la grâce. Se non pas celle de la jultice. - x6j. J'ai remarqué que plulicurs hiBiles Théo- logiens ont rendu railbn de la durée des peines des damnés- comme je viens de làire. Jean Gerhard Théologien cel^re de la Conftllion d'Auibourg (ia Lotis itu^. loco di tnftrno § 60.) allègue en- ti'autres ar^mens, que les damnés ont toujours tine mauvailè volonté, & manquent de la grâce Îiti lapournut rendre bonne, ^bacharîas Uriinm 'tiéolc^licn de- Hcidciberg, ajant iôrmé cette «tielUon, (dans 6» Traite iii pourquollepé^ ché mérite une peine éternelle,'- apvès avoir allégué: laraifi» vulgùte, que l'ofièoJe eu infini,, allègue O 3. auIQ.

.Ti^o Essais stm tA Bonté' de DrEU,.

auffi cette fccondc raifon, ^nàil non cejfjtiie peeratr von fonjl ctjfiwe fxna. Et je Dre^^tiius Ji;fiiiic, dit duns Çoa Livre imituié Nicaas, ou l'iucon- thitnce TTÏomfhst, [lïv. i. ch. 1 1. §. 9 ) Ncc mi- rum dumantos ftmper tarqueri, cttitij.ui éU/phi- mant, Jîcquujijimper ptccant, femjitr erga plec— tmttir. 11 rapporte & approuve la mâmerairoa dans Ibn Ouvrage de l'Eternité, [liv. 1. ch. ij.jea di£u)t: Sunt qui dicant, nec dijfliect refponfum:. fieienui in loàs ir^ernh fim^er peccar.t, iccï/ fim~ fer puniuntur. Et il donne a coanuître par-là que-, ce fèntimeat cA allez ordinaire aux Doâcurs de 3'Egiife Romaine. Il cft vrai qu'il allègue encore une raifon plus iubtile, prilê dti Pape Grégoire le Grand, (lib.4. Dial. c. 4.f.)que les damnes font pu- nis éternellement) parceque Dieu a prévu par une. efpece de fcience moyenne qu'ils auroienc tou- jours péché, s'ils avoient toujours vécu fui la terre- Mats c'en une hypothefe où il yaiuen à dûe. Fecht allègue encore pblïcurtmçbres Théologiens Frotellans pour le fentiment de M,.Gerlurd, quoi- qu'il en rapporte auOi qui font d'une autre opi- nion, a<S8. M.BiylemêmeeD divers endroits m'a four- iri des palTages de deux habiles Théologiens de loti, parti, qui le rapportent aflez à ce que je viens de: dire. M. Jurieu dans Ibn Livre de l'Unité de i'E- glilè, oppofë à celui que M.. Nicole avoit ^it vu le mËme fujet, juge(p.37p.) queUfUùfonttous dit, qiiuntCrinitat qui ne peut cejfer d'être crïmi- kMt, M ftlU «u£i etjfer d'être miferaél». Monjîeuir '^quelot, dans ibn Livre de la Conformité de ^ Foi & de la Railbn (p. i»o.) croit, que lesdamnéi dm/tat fitèjifltr iterniUemmt -, privés de lagkiredet i^mhturiux, é" V*' privation pourrait biert Strt l'origine é" de toutes leurs peines, par ht r^ximu que ck tnalheureufei Créatures feront fur- imn tràan 4» Aurmt friviti d'm imhehr éttKi ETLA Liberté' DE l'Homme. II[.Par.içi ntl. On fais queli cuifans regrets, quelli peine l'tTi- vie cttufe à ceux qui fe -vayent privés d'un bien, d'un Amneur emJtderiUle t[u'on leur m/oit offert, é'qit'ils »nt rejttté, fur tout lorsqu'ils en voient d'iittrei qui m fiât revéfut. Ce tour eft un peudifita-fcntde .Celui de M. lurîen. mais iU conviennent tous deux dans ce ièntimsnt > que les damnés fttat eux-mé- aaes la caufè de la conànuatkm de leurs tourmens. - L'Origenifte de M.le Clerc ne s'enéloignepas en- tteremcnti lorsqa'S dit dans la Bibliothèque Choi- -fie, (Tom.j.p.Mi.) DiiHqfÙatrivu que l'homme ■tombèroit, niUdMimepMfOureela, mais feulement fareeque pouvant fe relever, Une fe relevé fiu, c'efi- ■à dire, qu'il conferve librement fesmauvaifei haéiiu- -4es jufqu'à U fin de U vie. S'il poufTc ce laifonne- rnent au delà de h vie, il attribuera h continua- tion des peines dos méciiaus à k continuation de leur coulpc.- ■ tequ'il ei^eigne que ladamnation n'eJtfasfiin^Umeitt findée fur u feehé, mais fur l'impeniience veUn- ■tiàrti mais eette impenitence volontaire n'eft-elle pas une continuation du péché? Je no vaudreis' fourtant pas dire fimplemcnt, que c'eft pirceque- homme pouvant fe relever, r.e fc relevé pas, & j'ajouterois que c'efl parccque l'iiomme ne s'aide pas du fecours de la grâce pour fe relever. Mais après cette vie, quoiqu'on fuppofe que ce fe- . cours ceflc, il y a toujours dans l'homme qui pc- che, lors même qu'il elt damné, une liberté qvi> le rend coupable I Senne puiiTance, mais éloigneCi .de & relever, quoiqu'elle ne vienoe jamais à l'ac-'. te. Et rien n'empêche qu'on ne puiflè dire que- ce degré de liberté, exemt de la necelBcë, mais- son exemt de \a' ccrdtïide-, refte dans les dam^ nésauffi-bien que dans les bienheureux.- Outre^c les damoésu-ont gmat belbin <tiu ftcoursârat pp' G* lya EsîAis SUR LA Bonté' de DrEr",' a bcfoîn dîns cette vie, car ils ne lavent qac trop ce qu'il faut croire ici.

170. L'illuiVre Prélît de l'Egiife Anglicane, quÉ a publié depuis peu un Livre de l'Origine du mal. fur lequel M. Bayle a fait des remarques dans le fbcond Tome de là tiéponlè aux Quellions d'un Provincial, parle fort ingenieufement des peines des damnés. Ottreprelènte le icntimcnt dcccPré^- kt (après l'Auteur des Nouvelles de la République . desLettres, Juin [703.) comme s'il &iibit </» <^f»- nii tout nutanl de foui ^uifemiront vivement Uuri mifires, mail ^ui s'applaudiront pourtant dt Itur tonduite, ^ qui aimeront mit»x être, ètrece qu'ils font, que de ne point être du tout. Us aimeront lew état, tout mullteureux qu'il ftra, comme les gtnt tn tolère, lei amoureux, les ambitieux, les en-vieux fe flaifent dans les cèofes mér/tts qui ne feu qu'accroître leur miftre. On ajoute, que les impies auront tello- Vtent accoutumé leur ef prit aux faux juge mens, qu'ils en feront plut déformais d'autres, p'jjfi'ir perpe- tutUtment d'une erreur dans une autre, ils ne pour- ront s'empêcher de defirer perpetuelieTnent des (jÉw/ém dont ils ne pourront jouir, & dont laprivatioa lesjet' tera dans des defefpoirs inconcevablei, frnj qui CtX- ferience les puifft jamais rendre plus fagtsputrl'avt- nir, parceque pur leur prepre faute ils aitront entière- ment corrompu leur entendement, ^ l'auront rend» incapable de juger faintment d'aucune chefe.

171. Les Anciens ont déjà couju que le Diable demeure éloigné de Dieu volontairement au mi- lieu de les tourmens, £c qu'il ne voudroit point lë racheter par une foumilTion. lis ont feint qu'un Anachoreie étant en vifion tira parole de Dieu, ^'il recevroit en grâce le Prince des mauvais An- ecS) VDtiloit rcconnoitre Ta tàute, Hiaisquele -fikble rebuta ce médiateur d'une étrange manière.

Au tnoioE les Théologiens conviennent ordinai- Kmcat que Ict Diables les. damnésibaïf&iat Dieu IT LA Liberté' de l'Homme, m. Fa^: i^y & le blalph^ent, & un tel état ne peut manqucE d'Être iïÙTi de la continuation lie la nùièie.- Oa peut lire fut cela la £want Tiatté de M. Fecttius Se l'état des damnés.

171. 11 y a eu des tcms qu'on a crut^u'iU'étoit pas impoflible qu'un damné fût délivré. Le con- te qu'on a fait du Pape Grégoire le Grand eft con- nu, comme li par fës prières il avoït tiré de l'enfer, l'ame de l'Empereur Trajan, dont la bonté écoit fi célèbre, qu'on fouhaitolt aux nouveaux Empe- reurs de furpaffer Augufte en bonheur & Trajan- eu bonté. C'eft ce qui attira au dernier lapitlcdii &int Pape: Dieu défera- à lès prières > (dïc-on). mais il lui< défcndic d'en faire de femblables i Tavenir. Selon cette &ble, les prières de faint. Grégoire avoicnt la force des remèdes d'Efcula- pc, qui fit revenir Hippolyte des enfers i & s'il avoit continué de faire de telles prières, Dieu s'en Icroit courroucé comme Jupiter chez Vir- gile:- At Fit/er mnifotm aliqurn înSgnatus ah'umhrU Mortalem inftrnit ad lumin» furgert viU-, Ipfe repertorem Meduiné. talh (3" 'îW" Fulmine ShdhigtiMm Stygias tietrufit ad unilitt.- Godefciilc Moine du neuvième (îéclc-, quiabrouil- Je eofèmble les Théologiens defoiuems. Se même ceuxdendtre, vouloit que les re p ro u v es de voient prier Dieu de rendre leurs peint-s plus fupportable.'-.. mais on n'a jamais droit de fe croire reprouvé, tant qu'on vit. Le pafTagç de lu Mejfe des morijcH plus raiibnnable, il demande ladiminution des pei- nes des damnez; & fuivant l'hj-pothefe que nouï venons d'cspofer, il fâudroit leur fouhaiter melio- ttm mentem, Origene s'étani fervi du palfage du Pfeaume LXXVII. verf. 10. Dieu n'oubliera pas d^avoir nitié^ 8ï ne fupprimera pas toutes &s mitî4- Essais sur la Bonté* de Dieu,' ièricordcs dans facblere; S.Auguftîn rép<md (En- chirid. c. I i3,Ji|u'il fepeut quclespeincsdes dam- nés durent ércrnellement, & qu'elles foient pour- tant mitigées. Si Je Texte alloit à cela, la dimi* iliidon iroic i l'infini quant à la durée i & néan- moins elleattroic un mw^buv/^r^, quant à h gran- deur de la diminution i conimc il y a des figus afymptores dans Ta Géométrie, < leur infini< gueur infinie ne fait qu'un efpacc fini. Si la Para— Soie du mauvais Riche reprefentoir l'ctàt d'un ve. ritable damne, les hypothefes qui les font li fous 8c fi mcchans n'auroient point de lien. Mais laclia— TÎlé qu'elle lui attribue pour lès frères, ne^roit- Soint convenir à ce d^é de méchancecé qu'on» onne aux- damnés. S.Gr^oirele Grand IX. Mor.. 39. croit ^u'il avoîtpeurqueleurdamnationn'au^- mentâtla lienne: mais cette crainte n'ëdpasafl». conforme au naturel d'un méchant achevé. Bon- aventure, fur le Maître des Sentences, dit que le.- mauvais riclie auroit fouhiité devoir damner tout Is monde, maïs puisque cela ne dévoie point arriver, il fouhaitoit plutôt le lalut de Ces fiercst. que celui des autres. 11 n'y a pas trop de folidité- oans cette réponfe. j^u contraire, la million du: Lazare qu'il fouhaitoit, auroit fervi à ûuver beau- coup de monde: 6c celui qui Ce plaît tant à la dam- nation d'autvui, qu'il fouliaire cclicde tout l't mon-- Ae, fimhaitera peut-être celle des uns, pi us que r celle des autresi mais abfolument pariant. il n'au-- ra point de penchant à faire fauvcr quelqu'un.. Quoiqu'il en toit, ii faut avouer que tout'ce dé- tail eft problématique, Hicu nous ayant rcvelé; ce qu'il fiiut pour craindre le plus grand des mal» heurs, & non pas ce qu'il faut pour l'entcudre.

273. Or puisqu'il eft permis déformais Je recou- rir à l'abus du libre arbitre, Si -À la. uiauvailcvolon-- té, pour rendre raiibn des autres maux, depuis^' que h pcrmïûîon Diyiae de <xi abus cfl juâîfiéa; ■ d'une manière afièz évidente, le fjrftâme ordi-^- naire des Théologiens fe trouve juflilîé en même tems. Et c'eft à prcfent que nous pouvons cher- cher iXirement l'origiue du mal dans la liberté des Créatures. La première méchanceté nous eft con- nue, c'cfl celle du Diable Se de lès Anges: le Dia- ble pèche dès le commencement, iSc ie Fiis de Dieu c& apparu atîn de défaire les oeuvres du Dia- ble. i,jeanlll.8. Le Diable ell le père de la mé> chanceté, meurtrier des le commencement, & n'a point pcrlcveré dans la vérité. Jean VIII. 44, Et pour cela, Dieu n'a point épargné les Anges qui ont pèche, maïs les ayant abimés avec des chaî- nes d'oblcurité, il les a livrés pour être vefervés pour le jugement: i.Pierr. n.4. II a refer vé iôus î'obicuritc en dés liens étemeh, (c'eft-à-dire dura- bles] jufqu'au jugement du grand jour, les Anges qui n'ont point gardé leur origine (ou leur dignité) mais ont quitté leur propre demeure, jud. V. 6. d'où il ed aifé de remarquer, qu'une de ces deux Lettres doit avoir été vue par l'Auteur de l'autre.

174. Il femble que l'Auteur de l'Apocalypiè à voulu écllircir ce que les autres Ecrivains Canoni- ques avoient taiffé dans I'obicuritc: il nous fait la narration d'une bataille qui & donna dans le Cïd. Michael 8c les Anges combattoicnt contre le Dra- S on, & le Dragon combattoitluiBc les Anges. Mais s ne furent pas les plus forts, 8c leur piace ne fut plus trouvée dans le Ciel. Et le grand Dragon, le Serpent ancien, appelle Diable &. Satan, qui Ic- duit tout le monde, fut jette en terre, & fes An- ges furent jeités avec lui, Apac. XII.7, 8, 9, Car uoiqu'on mette cette narration après la fuite e la femme dans le dcfert, 8c qu'on ait voulu in:>- diquer parla quelque révolution favorable à l'Egli- fè; il parait que le dcfTein de l'Auteur a été de mar- quer en même tems Scl'anciennechutcdu premier cnDemi', 8c~iiiie-duitenouvelle dluacnncmi nou- G 6- yevi.

t^S Essais stm, la Bowte* de D'iEtTr" ' veau. Le mcnfongc ou la méchinceté vient dece qui efl propre au Diable, sx réir lil'ar, de la vo- lonté, parccqu'il étoit écrit dans le Livre des vc- ricés éternelles, qui contient encore les coflibles- avant tout décret de Dieu, que cette Crearute fe- tourneroit librement au mal, li elle ctoit créée, li- en efl de. même d'Eve & d'Adacn i ils ont péché Ûbremcnt, quoique le Diable les ait fcduits. Dieu, livre les méchans à un Ssm reprou?c, Rom. I- aS. en les abandonnant à eux-mêmes ■ & en leoi: refiifànt une grâce qu'il ne leur doit pas, Se même: ^ qu'il doit leur refufcr.

■ i7f' 11 cft dit dans l'Ecriture-, que Dieu endur- cit, Exod.IV.ii. 8e VII. î. Ef.LXIlLiy. qncK Dîeuenvoyeunerpritdc menfonge, i.Reg. XXIL- aj. une efficace d'erreur pour croire au menfon- ge, i.Thcd'. n, 1 1. qu'iladequle Prophète, Eiech_ XIV.. ç. qu'il a commandé à Semei de maudire^ a, Sam. XVI. lo. que les enlànsd'Eii ne voulurent eint écouter la voix de leur Perci parcequc Dieu- vouloir fairemourir, i.Sam.lI.ij-. qucDieuà 6té.fon.bien i Job,. quoique cela ait été tait parla malice des brigands. Job l.iu qu'iia fulcité PhtK l^ioa, pour montrer en lui.&pai&ncei Exod.IX— lis. Rom.IX. 17. qa'ilcftcomnieun potieiqai&it: on vaiflèau àdeyionncur, Rom.IX. ii. qu'ilcachc h vérité aux fages 8c aux entendus, Mattn.XI.if. qu'il parle par limilitudes, afin que ceux qui font; dehors en voyant n'apperçoiveni point, & en en- tendant ne comprennent point, par ccqu 'autre- ment ils iè pourroient convertir, ik leuis péchés, leur pourroient être pardonnés. Marc IV. n. Luc- VIII. 10. que Jefus a étélivrépar leconftildéfinî^ & par la, providence de Dieu, A&. IL i^. que Eonce.PiUte & Herode, avec les Gentils &icpcu- tle d'Ifiaël, ont fait ce que la maîn Sileconfeilde- Sieu avoient auparavant déterminé, Ait, IV. 17; aS..qu'il v^it lie t'.£teiadi ^ les ennemis ent- Digitiz^bvGlfeale Digitiz^bvGlfeale ÊT laLiberte' de l'Homme. HT. Par! 15 7 âurcilToîent leur cœur, pour fortir en bataille con- tre Ifrael, aSa qu'il les dctruiHt Jânc qu'il leur fie aucune grâce, Jof. XL ao. que l'EteincL aycrfô au milieu d'Egfpte un cTprit it vertige, Se l'aiâic errer dans toutes fcs œuvres, cotnme un homme yvre, Ëf.XIX. i+. que Roboam n'écouta point la- parole du peuple, parceque cela etoit aînfi con- duitparl'Ecemel, i.RoisXlI. ij-. qu'il ciiangea les cœurs lies Egyptiens de fortequ'ils eurent ibn peu- ple en haine. Pf.CV.ij-. Mais toutes ces expief- lions & autres feinblablcs, infinuent feulement que les choies que Dieu a faites fervent d'occafion à l'ignorance, à l'erreur, à la malice & aux mau- vailèsaûiDtis, &y concribuenti Dieu le prévoyant bien, Si ayant deficin de s'en fèrvir pour ics nns^ Îiuisque des raifons fuperiéures delà parfaite fagei^ è l'ont déterminé à permettre ces maux, Ecmëi- me i y concourir. Sidam finetre boauiStri malti Bt/i Omni fait» fUiAtadt maU f effet factrt oent, pour parler avec Saint Augullin. Maisc'cft ce que noua avons expliqué plus amplement dans la Seconde Fariie.

ijj. Dieu a fait l'hommeà Jôo image, Gen. 1. ao. if l'a fait droit. Ecclef VII. Mais aulTi i! ]'a feit libre, l'homme en a mal ufé, il cil tombé, mais il refte toujours une certaine liberté après la chute. Moife dit de la part dcDieu: Jcprcnsau- jourd'hui à témoins les Cieux & la Terre con- tre vous., que j'ai mis devant toi la vie & lamorC, la benediâion. & la maicdiûion i clioi lis donc la vie, Deut. XXX. ijjl Ainfi a dit l'Eternel, je mets devant veus le cbemia de la vie Se le chemin èc la mort. Jet. XXI. 8. Il a'Iaiflct'lmmmedanS' la puiflànce de ton eonfèi!, lui donnant &s ordon- nances Se Ces commandcmens; lî tu. veux. ta rrderas les commandcmens, (ou îIf regarderont.), a mis devant toi le fi^u Se l'eau pour étendre ta jaainoù tu voudras, Sirac. XV, 14. ij[,-iiî.'L'hom- G 7 mfc 158 Essais sur la Bonté' DEjDiEu; nie tombe, & non régénéré, cil fous la domina^- tion da pcchë Jk. de Satan, parcequ'il s'y plait, ilce. C'ell ainii que îc frauc-arbitrc û le iatî as-- birre font une même chofe.

178. Que nul ne dilc, je fuis tenté de Dieu,', mais ciiacun eft tenté, quand il eft attirée amor- cé par fa propre coBcupjfcence, Jac.I. i+. Et Sa* tan y contribue, il aveugle ics entendemcns desin- credules, 1, Cor. IV. 4, Mais l'homme s'ell lîvré- 3U Démon par la convoitife: le plailîr qu'il trou- ve au mal, eft l'Iiameçon auquel il fe laiffe pren- dre. Platon l'a déjà dit, & Ciccron le icpete. Pla~ to vntuptateni dicebat efcam maiorum. L,a Grâce y oppo& un plaifir plus grand, comme S, Auguftin ]îa remarqué. Tout ^itifir eft un Icntiment.dç- quelqae perfeâion: l'on umt un objet, à mefure-; qu'on ea Sot les perfeâions; rien ne furpafC: Icf perfeâîons divines, d'où il lïiît que. la charité 8c Kmour de Dieu doancnt le plus grandplaiilr qui fê. puilTe concevoir, a mefure qu'on eft pénétré de ces fentimens, qui ne font pas ordinaires aux hom- mes, parcequ'ifs font occupés & remplis des ob— je» qui fe rapportent à leurs palTions.

*79. Or commenotrecorruptionn'eftpointab-- folumcnt inviocible, & comme nous ne péchons' point nccellàirement, iors même que nous Jom— mes fbus l'efclavage du péché; il làut dire de mê- me que nous ne femmes pas aides invincible- ment; & quelque efficace que ibit la Grâce Divi-- ne, il y a lieu de direqu'oay peutreûfter.. Mata- lersqu'elle & trouvera viâoneu& en effet, ïleii, certain 8c inâîUible par arance qu'ôn-cedera à les:- attraits, firit qu'elle ait fi force d'elle mêiûc, foie: qu'elle trouve moyen de triompher par la congrui— te des circonihnces. Ainli il faut toujours dilHn-- guer entre l'infaillible Se le neceOàire. ifloi Ltfy.iUme'.dc ccujt qui s'appellent Difci-- pîes de S. Auguflîn, ne s'en éloigne pas entière- ment, pourvu qu'on écarte ccrtaineschoresodteu- &B, foit dans les expreflîons. iuitdans les dogmes mêmes. Dans ht txfrijfîons, je trouve tjue c'tft -piincipalcmeiit l'ufage des termes, comme neuf- jhire'vH contingent, pefflbU et» itnpojjîole, qui donne, quelquefois pri&, à qui cauicbiendubruit. C'cft pourquoi, comme M, Lofclier le jeune l'a fort oicD remarque dans une lavante Dillertation lïu-k*^ ^oxffmes du Décret ab&Ui, Luther a Ibuhaït»- dans Ion LivreduScrf Arbitre, de trouver tin mot plus convenable à ce qu'il vouloit exprimer, que celui de meefftté. Généralement parlant, il paroit 'plus raifonnable plus convenabiC de dire que l'o- DéilTjnce aux préceptes de Dieu efl toujours ^cjji- ikt même aux non-regeneres; que h Grâce eft- tadjoars refijiiile, même dans les plus lâints; 8c que la liberté c&. exempte, non feulement de lacm> truinte, mais encore de la necejfté, quoiqu'elle' V ne fait ^mais iàns la ccr^tmde'mhi'ùAAe, ou^siai déltrmioatiiin inclinante..

i8i. Cependant il y a de l'autre câté un ièn*- âans lequel il ièroit permis de direen certaines rcn> •ootres que U ftnvnr de bien Rire manque ibu* Tdnt, même aux juftcs; que les péchas ftnt Ibu- 'vent meejfairei, même dans les régénérés; qu'it oft i^f^fié^e quelquefois qu'on ne pèche pas; que la Gra',-c crt irrijlpbk; (|ue la iiberre n'eft point exempte de lj mcejjîti. Mais ces expreffions font moins exades moins revenantes dans lescircon- Hances où nous nous trouvons aujourd'hui; & ab- folument parlant, elles font plus fujettcs auxabusi & d'ailleurs- elles tiennent quelque choie du po-- pulaire, où les termes lônt employés avec beau- coup dektitude.. 11 ]ç a pourtant-de» circenftait" ces qui In rendent recevablcs, - Se même utiles ■ 6c. H & trouve que des AiUeurs Êints 8c orthodoxest. & sfàmt. les &unt«S' Ëcrituica iè. ftat foris dem tSo Essais. SUR la Boute' de Dieit^ phralès de l'un Se de l'autre côté, ûas qu-'il y air une véritable oppolition, non- plus qu'enireS, Jac- ques Se S. Paul, &. fans qu'il y ait de l'errour dé- part Se d'autre, à caufe de l'ambiguïté des tcr^ mes. Et l'on s'eft tellement accoutumé à ces di- vcrfès manières de parler, que fouvent on a de la- p;ine à dire précifement quel icns cftie plus naïu- leli 8c même le plus en ufage, (quis fetifus magiy tuUHralh, cbvius, intentus) le même Auteur aj'ant Je di&rentes vues en difFerens endroits. Scies mê- mes manières de parier étant plus ou moins re- ^es ou Kcevablcs avant ou- après ia décilion de 'quelque eiand homme ■ ou de ^clqjie autorité. ' qu'on reQ)câe- £c qu'on fuit. Ce qui i^ît qu'oai peut bien autori&r ou bannir dans f'occatîon > 8c en certains tems, certaines expreffions; mais cela> ne fait rien au iens ni à la foi, li l'on n!ajoute des explications fulîifàntes des termes.

281. Il ne l^ut donc que bien entendre ks dis^ tintions, comme celle que nous avons preflee bien- iôuvcnt entre le neccflàire 8c le certain, & entrela neceflité mctaphylîque 8c la necelTité morale. Et il en cil de mâmedelapoflîbilitéScdel'impoUîbilk t^t puisque l'événement dent i'appoië eApoirible*. cft contingent, comme celui dont l'oppole eft im- Boffible. eA necelTaiTC. On diflingueaufCavecrai- .un entreunponvoirprocltain, 8c un pouvoiréloi* goéi 8c /ùivant ces di&rens Iens, ondit taatdt qu'ui~ • ne choie lè peut, 8c tantôt qu'elle ne peutpai;: L'on peut dire dansunceifaîn lèns qu'il eft necehâi- re que les bienheureux ne pèchent pas; que les Dia- bles & les damnéspechent; que Dieu même choifide ]'e meilleur; que I humnie fuivc le parti qui après tout le frappe le plus. Mais cette neceffiré n'eH point oppofée à la contingence j ce n'eft pas celle qu'on, appelle logique, géométrique ou metaphylique, dont l'oppole- implique con tradition. Moniicur- Kicoles'eaièrviqjiel^e part d'une comparaison.

f ET LA Liberte'de l'HoMME-IH Par. i 6i qui n'eft point mauvaiiè. L'on compte pour im- pofTible qu'un Magiftrat fage Ec grave, qui n'a pai perdu lelens, £ifle publiquement uncgrande extra- vagance, comme fcroit par exemple de eourirles riicstouc nuJ pour faire lire. Il encftdemêmeea quelque fii^oii des bienheureux, ils fiînt encore moins capables de pécher, 6; ia neçefl'ité qui le leur dé- fend eft de la marne eipece. Enfin je trouve enco- re que la velontéeA un terme auflîoluivoquc que le pouvoir & b neccflîté. Car j'ai déjà remarqué que ceux qui fe fervent de cet axiome, qu'on ne man- que point de iaire ce qu'on veut quand on le peut,. & qui en infèrent que Dieu ne veut donc point le fîJutdetous, entendent une Wen/^i/wmiîirei 8c ce n'eft que dans ce fcns qu'on peut foutenir cette propolition, que le fage ncveut jamais ce qu'il!àit être du nombre des chofes qui n'arriveront point. ■Au lieu qu'on peut dire, en prenant la volonté daris unfens plusgeneral êcplusconformeàrui'age, que k volonté du Sage eft ineHnéê antecedemment i tout bien, quoiqu'il dictnti enfin de ^re co qui eft le plus convenable. Ainll on auroit ^and toit de retulèr à Dieu cette inclination ferieufb & forte de fiuver tous les hommcsque ta faintc Ecriture lui attribue, & même de luiattribucr une averlion pri- mitive qui l'éloigné d'abord du £lut de pluiîeurs, «dium anncedaneum; il faut plûtût Soutenir que le Sage tend à tout bien entant que bien, à proportion de fes connoifiàiîces & de les forces, mais qu'il Bc produit que le meilleur fajfable. Ceux qui ad- mettent cela, 8c ne laillênt pas de reiùferàDieuIï Tolooté antécédente de fàuver tous les hommes, ne manquent que par l'abus du terme, pourvu qu'ih reconnoiflent d'ailleurs que Dieu donne il tous des- afTiAances fuffilàntes pour pouvoir être im<iés^^ s'ilf ont la volonté de s'en icrvir.

183. Dans Iti dtgm' mêmes des Dilciples de Saint' Aogùftin, je ne ^urois go&tct ladamnatioa d«3- rized by Google itfa Essais suvc la Rinte' de Dikit^- des enfàns non régénérés, ni généralement ccllo" qui ne vient que du lèu! pèche originel. Je ne uurois croire non plus que Dieu damne ceux qui manquent de lumières neceflàires. On peut croi- ic avec plufieurs Tlicologicns, que les hommes vcgoivent plus de fécours, que nous ne Jâvons,. . quand ce rie lèroit qu'à l'article de la mort, llnep»- lott point neceUàire non plus que tous ceux qui- iont ûuvéa i le &|ent toujours par une grâce ef- ficace par clle-mime, indépendarr) mène des cis- conftances. Je ne trouve pas aulVi qu'il ibit nécef- iàire de dire que toutes les vertu? des Payens li- toicntiaullès. nique tourcsli-'urE avions âùicut des pcchési quoiqu'il ibit vr;:Li que ce qui ne vient pas .de la foi, ou de la droiture de l'ame devant Dieu, tft infeâé du pechc, au moins vi;tuellement. En- fin je tiens que Dieu ne iàuroit agir comme au hi- 2ard par un décret;d'iblu, ou par une volonté in- dépendante de motifs raifonnables. £t je luisper- £iadé qu'il eft toujours mià'dans ta dîfpcniàtion de ics grâces par des railonsoùentrela natuiedcsob- jets, autrement il n'agiioit point fui^t la Ëigcllè: nais j 'accorde cependant que ces raifons ne font pas* attacEéts necel^irement auX bonnes ou aux moins iDauvaiâS qualités naturelles des hommes, comme û Dieu ne donnoit jamais Tes grâces, que fuivant ces bonnes qualités; quoique je tienne, -comme je me fuis deja expliqué ci-dcfliis. qu'elles entrent en conlidL-ration comme toutes les autres cïrconitances; riennepouvantftrenegligédanslcsvùesde la fuprême làgeilè.