SigPhi · Leibniz

Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal

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le coiicojrs Ipccial ck- Dieu, n*a pas laiffé d'être poiir uns c'::i..ii-,<; picdiitciminitioni Scîlacruque Dieu vDiij:t l'.uns i ont lie; l'amc, 8t de ce quil'eu- viroiint; la lailbn de 11-; d jti.'rmiiiations.

331. Les anciens Stoiciijns ont éici pcup^èsea ïn£nie teins pour la détciiriination, 8c contre la neceflitc j quoiqu'on leur ai: imputé qu'ils rea- doient tout ncceilàirc. Ciccrondit dans Ibn Livre dt-Fnte, que Dcmocrite; Heraclite, Ëmpedodes» Ariftote ^ oqt cru que le dcRÎD emportoit une ne^ ceffité i que d'autres s'y font oppolés, i] entend peut-fitre Epicure Si les Acadcmicietis) &qtjeChry- fippc a cherché un milieu. Je crois que Ciccron Je trompe à i'^'i^ai d d'i^viftote, qui a tort bien re- connu la co:i[in;,i:!i;c & la iitcrtc, & eiî allé iiiâ- me trop loin, cii liilâm (par iuadvL-itar.ee, com- me je crois) que k's propoiition; Jur Itî C(jr,:in!'cns futurs ii'iivcicLic poiiU de veiité dcierniince; en quoi il a ctc abandonné avec raiibn par la plupart: des ScholaîliquL's, Ck-anthe même, le maître de Chrylippe, quoiqu'il fut peur h vérité dcter* minée des éventn^ens futurs, en nioit la neceffité:- Si les Scholaftiques li bien perlîiadésdc ccttedeter-' luination des futurs contingens, (comme l'étoïent lar exemple les Feres de Coïmbte Auteurs d'as Cours célèbre de Phîlofophie) avoicnt vu la liaifon des chofès, telle qtc le fyilême de l'Harmonie générale la fait connokrc, il'; 4:uroicrit jugé qu'on ne lâuroir admettre la eertuudc préalable, ou la détcrminaticn de la futurîtion, faijs admettre une prédérermination de la chofc dans ièscaulês& dans îcs raiibns.

331. Ciccron a tâché de nous cxpliquer.Ie milieu de Chrylippc, mais Jufte Lïpfc a remaraué dans £1 Philolôpbic Stoïcienne, que le paffigc m Cke- ron étoit tronqué, '& qu'AuIu-Gelle nous a coo-' lèrvé tout le railbnnement du Pbilo&phe Stoïcien^ {UoSt. Mt. Lib, 6, c. i.) Icroici en iiaesé: he ï a dcftia 1^6 Essais sur la Bonté' de Dieu, dcftin eli la connexion inévitable Se écérnelie de tous les évcnemens: on y oppofc qu'il s'enl'uit que les aâes de la volonté Icroicnt nécelTaices, 6c <^ue les criminels étant forcés au ma!, ne doivent point être punis. Chryfippe répond, que le mal vient de ta première conftitutiou des ames qui fait une partie de la fuite hrale j que cdles qui ibot - bien nices oaturellemeiit, réfilteuc mieux aux iœ- ÎircITions des cau&s externes; mais que celles dont es défauts naturels n'avoient pas été corrigés par la difciplioc, fe laifToient pervertir. Puis ildiilin- gue, ("luivant Ciceron) cotre les caufes principales &: les caufes acceflbiresi & Je fert de la comparai- fon d'un cylindre, dont la volubilité Ec la viceifc ou la facilité dans le mouvement vient principale- -ment de là figure, au lieu qu'il fcroit retardé s'il étoit raboteux. Cependant il a bcfbin d'êtrepouC- fé> comme t'ame a bcfoin d'être Jblltcitée par les objets des Sens, 2c reçoit cette impreflion klonla conllicutioD où elle Jê trouve.

j jî. Ciceron juge que Chryfippe s'embaraflc d'u- ne teUe manière, que bon gré malgré il confirme la neceflîté du delhn. M. Bayle eft a peu près du même fèntiment, (Diflîonn. artic. Chrylîppe let. H.) Il dit que ce Philofoplie ne fe tire point du bourbier, puisque le cyiinJre eltuni ou raboteux, félon que l'ouvrier l'a fait ■, & qu'ainii Uicu, la pro- vidence, le dellin, feront les caufes du mal d'une manière qui le rendra nccellâirc. Julie Lipfe ré- pond, que félon les Stoïciens le mal venoit de la matière; défi (à mon avis) comme s'il avoir dit que la pierre fur laquelle l'ouvrier a travaillé étoit quelquefois trop grofOere & trop inégale pour don- ner un bon cylindre. M, Bayle cite contre Chry- lîppe les Fragmens d'Onomaûs fie de Diogentanus, qu'Eu&be nous a conlèrvés dans la Préparation E- vangelique (lib. 6. c. j. 8.) 8c fur tout il fut fond fur u réfauttoa de Plutarque dans fou Livre coucontre les Stoïciens, rapportée articl. Paulicicns 1er. G. Mais cette réfutation ti'eft pas grand' cbe- Ce. Piutarquc prétend qu'il vaudroit mieux Ater la puiHànce à Dieu, que de lui laificr permettre les maux; £c il ne veut point admettre que le mal puille fcrvir à un plus grand bien. Au lieu que nous avons déjà tait voir que Dieu ne kilTe pas d'ê- tre tout puillànE, quoiqu'il ne puiflc point fiirc mieux que de produire le meilleur, lequel con- tient la pcrmidion du mal; 6c nous avons mon- tré plus d'une fois que ce qui cft un ineonvcnient dans une partie prile à part, peut lerrir à la per- fcÛian du tout.

334. ChryOppe en avoït déjà remarqué quel- que cho&, non feulement dans fon 4. Livre de la Providence chez Aulu-Gelle (iib.d.c. 1.) où il pré- tend que!e mal fert à faire connoîtrc le bico,(rai« fon qui n'eft pas fuffifante ici) mais encore mieux, quand il fe fert de la comparailbn d'une pièce de tneatre, dans fon fécond Livre de la Nature, [com- me Pluiarque le rapporte lui même) difiint qu il y a quelquefois des endroits dans une C^omedic, J[ui ne valent rien par eux-mêmes, & qiu ne lail- ent cas de donner de la grâce à tout le Poème- Il appelle ces endroits des Epigrammcs ou inlcriptions. plous ne connoiilbus pas aflëz la nature de l'ancien- ne Comédie, pour bien entendre cc pallage de Chrylïppe; mais puisque f lutarque demeure d'ac- cord du fiit, il y a lieu de croire que cette com- parai ion n'étoit pas mauvailè. Plutarque répond- premièrement. que le Monde n'ell pas comme une pièce de récréation j mais c'eft msl répondre; la comparaifon confiflc feulement dans ce point, qu'une mauvailè partie peut rendre le tout meil- leur. 11 répond en deuxième lieu, que ce mau- vais endroit n'eft qu'une petite partie de la Comé- die, au lieu que la vie humaine tburmille de maur. Cette réponle ne vaut rien non plus: cai il dcyoit I 3 coniijAfffjia.

■198 Essais sur t.a Bonté' de Dieu,- conlîdcrer que ce que nous connoiilôas cft auflî' une très-pecice partie de l'Univers.

J3J|. Mais revenons au cylimlre de ChrylîppQ: il a rai/bn de dire que le vice vienc di; la conltitu- tion ongiiîaire de qui;i:;in.'s efpii;s 1 on lui objedtc t]uc Dieu les a Formas, cv il ne pu^vcir icp.iqucr que par l'impeiltaioii de la K.i-.iiir,.-, qui per- nicttoit pas à Dieu de miL'ux tai-c. Ccne replii^uc ne vaut rien, car la niaricre eu eilc-iiK'me eft ia- diiîerente pour toutes les forints, Se 13ieu l'a fuite. Le mal vient p'.uiot des Formes mêmes, mais abflraites, c'cfl-à dire des idces que Ditu n'a point produit par un acie de fa volonté, non plus que les romljres Se les figures, & non plus (eu un mot) que toutes les eflènces pofiibles, qu'on doit tenir pour éternelles tx. nccenàires; car elles k trouvent dans la région idéale des poffibles, c*eftr à-dire dans l'entendement divin. Dieu n'ell donc point Auteur des eiTences entaut qu'elles ne font que des pofl'ibiiites; mai? il n'y a ù-:n d'aitucl à quoi il n'ait dicern;; & donné i; Ec il a permis le mal, parcequ'ii clt cnvL-.opp^ djns le meilleur plan qui ic trouve dans l:i n.;j,!on des pof- iàblcs, que la fagcfle fuprcnie ne [ojvoit man- quer de cnoiJir. C'eft cette notion qui ûiisfait en même tems à la ftgelTe, à la puillance, & à la bonté de Dieu, 8c ne laiHe pas de donner lieu à l'entrée du mal. Dieu donne de la per&âion aux créatures autant que l'Univers en peut recevoà*. On poufTe ic cylindre, mais ce qu'il a de raboteux dans Jà figure donne des bornes à la proratitude de fon mouvement. Cette comparaifon de Chry- fippe n'ell pas tort dilîerente de la nôtre qui étoit priië d'un batceau chargé, que le courant de la ri- vière fait aller, mais d'autant plus lentement que; la charge cft plus grande. Ces comparaifons ten- dent au même but, 6c cela fait voir que li nous ctîgns aflèz. informés des lëntimcns des ancien» etla Liberté' de l'Homme. KI-Par. 199 ' Phtlofopbes, cous y trouverions plus de lailbn qu'on ne croit.

3 jd. M, Baylc loue lui-même le padàge deChiT^ fippc (Artic. Chryfippe, let. T.) qu'Aulu-Gclle rapporte au même endroit, où ce Phibrophe prc- tenii que le mal eft venu p/tJ" eonromitance. Cela s'eclaircit aufli par notre fyilèiiie; car rous avons montré que le mal que Dieu a pti mis, n'ëioir pas un objet de ia volonté, comme fin ou comme moyen, mais fcuL'menc comme coiidition, puis- qu'il dcvoit être enveloppé dans le meilleur. Ce- pendant il faut avouer que le cylindre de c:iirylip» pe ne iâtisi^t poiot à l'objcition de la necellité. 11 ralloir ajouter premièrement. que c'eft par le choix libre de Dieu que quelques-uns des polliblcs exillenti fie fecondcment, que les créatures railon- nables agiflènt librement auiii, iliivanc leur nature originelle qui fc trouvoit déjà dans les idues éter- nellesi 8t enfin que le motit du bien incline h.vo- loiité, fans 'a rcceiliter.

337. L'avantàge de la liberté qui eft dans la créature 1 eft fans doute éminemment en Dieiii mais cela fe doit entendre auiant qu'il eft vérita- blement un avantage. 8c autant qu'il ne préfuppo- Ss point une imperfeâïon.Carde pouvoir ic trom- per 8c s'égarer» eft un defàvantage; Ëc d'avoir un empire fur les patfjons eft un avantage à la vérité, .mais qui préfùppole une imperfection, favoïr ia paflton même dont Dieu eft incapable. Scot a eu Faiiôn de dire que fi Dieu n'etoit point libre £c exempt de la ncceflitc, nucune créature ne!e lèroit: mais Dieu cil incapible d'une irul^ermine eutjuoi- que ce foit: ii ne ijuroi: ignorer, ii ne làuroit dou- ter, il ne fauroir fufpendre fon jugement; là vo- lonté eft toûjours atrêtéc, Êi elle ne ie fiuroit être que par le meilleur. Dieu ne fauroit jamais avoir une volonté particulière primitive, e'elt-iU .dire iodépcndantc dos loîx ou des volontés generar.

aoo Essais sur la BottTt' de Dieu, les, clic lèroit dérailôanable. Il ne iàuroii ie dé- terminer iiir Adam, iur Pierre, fur Judasj fur au- cun individu, i^ns qu'il y ait une raifon de cette déterminanon; & cette raifon mdue necefiàire- mcnt à cjudquc cnonciarion gcneralc: le Sage agit toujours par pi-incipes, il agit toujours par règle», Oc jamais par exceptions, cjut lors que les rcgics con- courent entre elius par des teiidcuccs contraires, où la plus forte l'emporte; autrement ou elles s'em- pêcheront mutuellement, ou il en refultera quel- que croiiièmc parti; Se dans tous ces cas une règle iêrt d'exception à l'autre} iàns qu'il y ak ja.- Riiis U'exctftious ùriginales,3Ufiès de celui qui agît toiijours régulière ment.

jjS.S'ily a des gens qui croient que l'EleÛioa & la Réprobation lè iônt du côté de Dieu pai un pouvoir ablblu deipotîque, non feulement &ns au- cune raifon qui paroifle. mais véritablement fans aucune railon, même cachée; ils fouticnncut un lèntiment qui détruit également la nature liesclia- lès, & les pcrfeitions divines. Un rcl Jecret ahfo- lumeni abfolu (pour parler ainil) leroit fans doute infupportable: mais Luther &. Calvin en ont été bien éloignés: le premier cfpcre que la vie future nous fera comprendre les juilcs railôos du choix tic l^ieu, le fécond protcftc cxprcITemcnt, que ces railÔDS font juftes &; làintes, quoiqu'elles nous Ibient inconnues. Nous avons déjà ciic pour cela le Traité de Calvin de la Prédeftinacîon, dont voi- ci les propres paroles: D«« avant la chute d'Adam ttvoit déÛtré et qu'il avcic h faire, ^ ce pour îles eaufts qui nom fmt cachéei — // rejle donc qu'il ait tu dt jujîescaufet four réprouver une partie des hom- mes, mais k nous INCONNUES.

îîp. Cette vérité, que tout ce que Dieu fait c(l raifonnable, 8c ne &uroit être mieux ^it, fîappe ■d'abord tout homnie de bon icns, Se extorque, wm ainiî dire > Soa apprd»tioa. Et cependant c'cft Digilized by Coogle BTLA Liberté' DE l'Homme. III. Par. aa» c'ell une Êtalité aux Philofc^Kes les plus ibbttts, d'al.'er choquer quelquefois uns y penlèr dans le progrès Se dans la chaleur des difputes, les' premiers principes du bon ièns, enveloppés Tous des termes qui les font méconnoître. Nous avons tu ci-def- lus, comme i'eïcellent M. Bayle, avec coûte Jâ pénétration, n'a pas laifTé de combaître ce princi- pe (jue nous venons de marquer, 8c qui e(l une fuite certaine de k perfeûion Tuprême de Dieu: il a cia défendre par-là la caufe de Dieu, & l'exempt erd'une neceOîté imaginaire, en lui laifTant la liberté dechoi- fir entre plulieuiE biens le moindre. On a déjaparlé de Monlïeur Diroys Ec d'aubes, qui ont donné auOî dans cette éciange opinion qui n'eft que trop £mYK. Ceux qui la Joutiemient ne icmatquqit pas quec'elt vouloir conlèrrer ou plû^t donner à Dku une faulîê liberté, qui eft la liberté d'agir déraï- fonnablcment. C'ett rendre les Ouvrages fujets i h corrélation. Gc nous mettre dans l'impoffibilité de dire ou même d'efperer qu'on puifle dire quel- que chofè de raitonnable fur la permilTion du mai.

340. Ce travers a fait beaucoup de tort aux rai- Jônncmcns de M. Bayle, Se lui a ôté le moycr de làrtir de bien des embarras. Cela paroit encore par rapport aux loix du règne de la Nature: il les croit arbitraires & indifférentes, 8c il objeâe que Dieu eût pQ mieux parvenir à Iba but.dans le r^e de la Grâce, s'il ne fèfûtpoiiU attaché à ces loix, 6^ St f&t dî^enfé plus louvent de les lûivrc, ou même s'il en avoit &it d'autres. Il le croyoît fur tout à l'égard de la loi de l'union de l'ameBc du corps. Car il eft perfuadé avec les Cartelîens mo- dernes, que les idées des qualités fenlîbles que Dieu donne ( lèlon eux ) à l'amc à l'occaHon des mou- vemens du corps, n'ont rien qui rcpreicnte ces mouvemensi ou qui leur reflèmolej de Ibite qu'il étoit purement arbitraire que Dieu nous donnât ^ idées de U.cbaleui > du &oid, de k lumière, Jigitized by Coogle saz Essais sim la Bomte*' de DiEtr,'.

autres que nous t\pcrimeiirons, ou qu'il nous cm tioiinùt d: tout-:'..: lies à celte Tii,-iiii; occalion. J'ai été etonii:; bii^n (inivent qce lic ii hjl3iii;s gi-nsaienc été capables de goûter dts kiitiincns li peu Philo- fophes, Se li coiitiiîres aux nia.\iiiies tonJamcnra- les de ia Rairoa, Car rien ne marque mieux l'im— perfeflion d'une Philolophie cjuc li neccllitc où la Philofophe fe trouve d'avoutr qu'il fepalTe quelque chofe fuivanr fou fyllcmc, dont il n'y a aucune-- railbn, & cela vaut bien h déciinaifon des Atomes d'Epicure, Soit que Dieu ou qtie la Nature opère, l'opcrarion aura toujours fcs railôns. Dans les opé- rations de la Nature, ces rriilbns dépendront ou: des veritez necedaires, ou d';s loiji que Dieu 3' trouvé les plus railunnables; & dans les operations- . de Dicui elles dépendront du choix de la luprêmff' Railbn qui le fait agir.

341. Moniteur Régis, cclebre Cârtelîëa, omit &ntenu dans £i Metaphyflqu'e (part. z. li7. i.c. 29.]' que les fëculccs que Dieu a. données à Fbommc • loat les plus excellentes >. àoai il ait ^ capable^, fuivant l'ordre gênerai de la nature j à ne eortfidt- rer (dit-il) rjm Ta puiganee M Dieti, h nature dé- l'homme en elles-mêmes, il ejl irei-f^ciie de concevoir ?ue Dieu 4 pu rendre l'homme plus parfait: mais fr 'on veut eanjîderer l'homme, non en lui-même, ftptrémciit du reûe des créxtHris, tnnis comme un membre de VUni~jers, une partie qui efi foum'iff aux loix generalet des moiivemc/ij, en fcr.% obligé df recoiinoilre que l'homme efi au£i parfait qu'il l'a ptf être. Il ajoute que tieus.ne concevcns f^s que Dm* 4(V tu emplt^er aucun autre moyen plus propre o«e la- douleur four confervir notre corps. Monfieur Rcgis- a raifon en gênerai', de dire que Dieu ne fauroir mieux taire qu'As ftit. lar rapport au tour. Et quoiqu'il y ait apparcinmonf en quelques endroits, de rUhifers des.animaux laîfonnaKcs plus pariiiits: ^tX)SoïDXa.c{ l'on pcur.dircrtiur Dieu a cu-rài= ÈTtA tlBERTE'DE L'HoMME.IÎI. PaR. lOJ" Ion de créer toute forte d'efpccesi les unes pluspar- feites que les autres. Il n'eft peut-être point iiii- poffible qu'il y ait quelque part une efpecc d aiii- maujc fort reflcmblans i l'homme qui foicnt plus mr^its que nous. Jl fe peut même que le Genre humain parvienne avec le tcms à une plus grande perfection que celle que nous pouvons nous ima- giner prelèntement. Aînlî les loix du motivemeiit n'empêchent point que l'faomme ne Ibit plus par- ■fak; mais U place que Dieu a affignée 'à l'homme dans l'eipace & dans-le tems, borne les per&£lions «ju'il a pu recevoir.

541. Je doute auifi avec M. Bayle, que la dou- leur Ibit rcccfTairc pour avertir les hommes du péril. Mais cet Auteur le poullè trop loin, (R.ép. au Provinc. ch. 77. Tom.i.p, 104.) il Jcmble croi- fc qu'un fcntimcnt de plaifir pouvoit aveir le mô- me effet, & que pour empêcher un cn&nt de s'apJ prOcher trop près du feu, Dien pouvoit lui donner des Ûtécsdc p\aiËx à mefiirc de Ion clownemeat, Ost expédient ne paroit pas bien pittic^Ie i l'é- gard de tous les maux, fi ce n'eft par miracle: il eft plus dans l'ordre que ce qui cauièroir un mal, s'il étoit trop proche, caufe quelque préfcniimer.t du mal, lorsqu'il l'eft un peu moins. Cependant j'avoue que ce préfentiment pourra être quelque cnolè de moins que la douleur, & ordinairement il en eft ainfi. De Jbrtc qu'il paroit en effet que la douleur n'eft pointneceiVaîrc pour faire évitei: le péril preftnt; clic a coutume de f.rvir pliitôt de châtiment de ce qu'on s'eft engagé effcàivcment dans le mat, £c d'admonition de n'y pas retom- ber une antre fois. Il a auflî beaucoup de maux " dolorifiques, qu'il ne dépend pas.de nous d'éviter, Ec comme une foluilon de la continuité de notre corps eft une fuite de beaucoup d'accidens, cpA flous peuvent arriver, il étoit naturel que cette ifn- {!»fi:âiQiDdU<ofp&fiit t-eprefèotée par quelque Icn.

904. Essais sur la Bokte' Dibtt» - dment d'itnpcrfeâion dans l'ame. Cq>endant je ne Toudrois pas répondre qu'il n'y eût des aDÏmïuz dans l'Onivers.dont la Ihuûurc Ht affez artificîcu- l«,pour hhc accompagner cette ibiution d'un Icn- timenE indiâcrent, comme lorsqu'on coupe un membre gangrené; ou même d'un fcmiment de plailîr, comme ii l'on ne f^ifoit que & gratter; parce que i'imperfeaion qui accompagne la io- Uition du corps pourroit donner lieu au fcntî- incnt d'une perfeâioo plus grande, qui étoit fuf- penduë ou arrêtée par la continuité qu'on fait ccl^ îcr, 5c à cet égard le corps fcroic comme une pii- 343. Rien n'cmpêclie auflï qu'il n'7 ait dcf ani« maux dans l'Univers, lêmblabres. à celui que C7- xano de Bergerac rencontra dans le Soleil; le corps de cet animal étant une manière de fluide compole d'une infinité de petits animaux capables de fe ran- ger fuivant les delirs du grand animal: qui par ce moyen fe transformoit en un moment, comme bon lui fcmbloit; & k Tolution de la continuité lui nuifoit auITi peu, qu'un coup de rame eil capa- ble de nuire à ta mer. Mais enfin ces animaux ne ibnt pas des hommes, ils ne font pas ditns notre Globe, au iîécle où nous fommcs; Se le plan de Dieu ne l'a point lailfc manquer ici-bas d'un ant* mal raifonnable revftu de chair Se d'os, dont la ftruéture porte qu'il foit fuiccptible de la dou- 344.. Mais M.Baylc s'y oppofc encore par un au- tre principe: c'cll celui que j'ai dcja touche. Il IcQible qu'il croyequeles idées que l'ame conçoit pat rapport aux fentimens du corps font arbitrai- res. Ainli Dieu pouroÏE &ire que la Tolution de continuité nous donnât du plaîrir. 11 veut même que les loix du mouvement Ibnt entièrement arbi- trùru. fe vtuiroiifavett, dît-il, (chap. \6&.T.^ pas. 1080O JÎ-O'Hl «^Â^ tmuSt dtf» liiertf Digilized by Google étlaLiberte'de l'Homme. ni. Par. ioy 4'mJiffireace Us leix gintraUt dt la cammumemim des tnou-utmtos, ^ Us Uix partieuliern dt l'union i* l'ame humitine avte un corps cr£aniff! En te cas, if fouvoit îtaèlir de tout autres loix.^aJcpKrunfyfiè' me dont Itspitts n'tnfertnafftr.t ni U mal moral, ni le malpfyjique. Mais fi l'on répond que Dieu a été nici^lé far la fsuvemir.e [agejje à établir lesloix qu'il « étaiius, voilà le fatum itss Stoïciens, àpur ^ à filin. La Sagefft aura marqué un chemin à DiiH, dont il lui aura été aujjî impcffibU de s'écarter que de Je détruire foi même. Cette objeâion a été aflcz détruite I ce n'eft qu'une neccflité morale, & c'cft toujours une hcureulè ncceffité d'être obligé d'agir fuivant kî règles de la parfaite (âgeiTc.

34J-. D'aiileurs, il me paroit que la raifôn qui fait croire à piufieurs que les \o\x du mouve- ment font arbitraires, vii;nt de ce que peu de gens ies ont bien eîiarainces. L'on fait à prclent que M.Defcartcss'cft fore trompé en les ctablilTant. J'ai feit voir d'une manière dcmonftratiire que la con- tervation de la même quantité de mouvement ne fauroit avoir lieu, maïs je trouve qu'il fe conlcrvc la même quantité de la force, tant ablbluë que direâivc Se que rcfpeâive, totale Se partiale, aita principes qui portent cette matière où elle peut al- ler t n'ont pas encore été publiés entièrement, mais j'en ai fait part à des amis très-capables d'en jugef, qui les ont fort goiJtési & ont converti quelques autres perfonnes d'un Avoir & d'un mérite recon- nu. J'ai découvert en même tems que les loix du mouvement qui fe trouvent efFeéîivcracnt dans la nature, £c font vérifiées par les expériences, ne font pas à la vérité abfolument démontrables, com- me leroit une propofition Géométrique, mais il ne faut pas aufll qu'elles le foient. Elles ne naïf. fcnt pas entièrement du principe de la neccflité, mais elles naiflëot du principe de la perfection & de l'oidrci dlcs lôat un eSet du choix St de la iâ- I7 gelË 3oS Essais sur. la Boktiî' de T>iev^ gedè de Dieu. Je puis déi-iiontrer ces luix déplu-- îïcurs manières, iv.ais \'.iMi: lo'ijoin s Ibj-pok'r quel- que cholè qui n'ult p.,s d'un^ necL'fl'm.-::bl61u- mcnt Gcoaietririuc. De liirte que ces bc les!oix> Sbat une preuve merveiileuie d'un Etre imeiligect & libre, cor.tre k iyftêrac de la neceflité ablolué 8c brute de Straton ou de Spinoû.

340, J'ai trouvé qu'on p'eut rendre raîfbnde cet ïoix, en i'uppofànt que l'cfièt eft toujours- égal -en force à fa caulè, OU, cc quî cft la mèmt cho- fc, que la même force fè conferve toûjonrs: mais- cet axiome d'une Philofophie fuperieurcne fauroit être démontre Gcomctiiqucment, On peut en- core einp^aycr d'autres principes de pareille natu- re, par exemple, ce principe que l'atcion eft toû- îpurs cjalc à la réaition; lequel fuppofe dans les chofes une répugnance au changement extcmci & ne fauroit êire tiré ni de l'étendue, ni de l'im- pénétrabilité: Se cet autrc'principe, qu'un moave* xneac limpte a les mômes'proprietés que pourroit avoir un raouvetncnt cDmpofë qaî ^oduinnt le lASme phénomène de tranflatïon. Ces {ttppolîtioDg ■ Ibnt très ' plaufibles, & réuffiflènt heureufèmeut pour expliquer les loix du mouvementi il n'y a- rien de fi convenable, d'autant plus qu'elles iè ren- contrent enfemble,' mais on n'y trouve aucune ne- ceffité abfoluëcjui nous force de les admettre, com- me on eft forcé d'admettre les- règles de la 'Logi- que, de l'Aritiiractique &: de la Géométrie.

347. Il ièmbie, en conlîderanc l'indifférence de - là matière au mouvement & au repos, que ie jjus grand corps en~repos pourroit être emporta - iàns aucune refiftancc par Je moindre corps qui fc- roit en mouvement, auquel- cas il y auroit aûion fan.-, rdaaion, & un effec plus grand que fa eau- fc. H n'y a au iTi nulle nccellite dc dire du mouve- ment- d'Unebaolô qui-court librement fur un plan- ijor^onttUuaii.avcs- uit certain- d^é-dc^ viteffc-»-' appelle A, que ce mouvement doit avoir les pro- gnet^s de celui qul-lk* auioit, li i;!;;; alloit moins vice dans un baieau mû liii-miime du nitmt cùté, avec le reile de la vicciTb, pour faire que le globe regardé du rivage avanglc avec le même de- A. Car ^oique la même apparence de vitcf^ ie & de dîreûion refaite par ce moyen du bateau', ce n'ed pas que ce foîl la même choie. Cependant il fe trouve jque les ef&ts des concours des Globes, dans le banaa, dont le mouvement en chacun i- part, joint à celiii du bateau, donne l'apparen- ce de ce qui Je fait hors du Latcau, donnent aulTi l'apparence des c:fi:t.- ces mîmes Globes con- courans feroicric hors du bnuau. Ce qui cft beau, mais on ne voit point qa'il ibit ablblumenc necel- Êire. Un mouvement dans les deuï côtés dn Triangle re£tangle compolè un mouvement dans l'hypotenufe, mais il ne s'enfijic point qu'un Globe mû dans l'hypotenufe doit faire l'cfici: dc àeax Globes db ià grandeur mus dans les deux Câ- tés, cependanc cela le trouve yeritablc. II n'y a rien de ii convenable que cet événement, & Dieu 3 choill des loix qui le produifcnr. Mais on n'y voit aucune necelhté Géométrique. Cependant C*cft ce défaut même de la neccfTïtê qui relevé Il beauté des loix que Dieu a choilics, où plufieurs beaui! axiomes fe trouvent réunis, fins qu'on puifr- le dire lequel y ell le plus piimi:;."

J ai encore fait voir qu'il s'y obferve cette belle Ici de la eor.iir.iiit é, cjue j'i.i peut-être mis le- premier en avant, & qui eft une efpecc de pierre' de touche, dort les règles de Monïieur Defiar- tes, du 1'. Tabry, du P. Tardicî, du P; Mallebran- cbe & d'autres, ne Jàuroient ibutcnir i'epreuver oommc j'ai ftit voir en partie autrefois dans les; Mbuvelies de la- Republique des Lettres de M.'.. Baylè; En-venW'de-cetteliDÏ,- il faut qu'on puiJlc: oonlîd^er- Icrespr comme un moaTcment. éva- nouiÇ.

3o8 Essais sur la Bonté' de Dieu; noiiïdànt aprèsavoir été continuellement dimiouéj & de même l'égalitc, comme une inégalité qui ^énooait aufli, comme il arriveroit par k dïmi- aution continuelle du plus grand de deux corps in- égaux, pendant que le iiiaindre ^rde fa gran- deur; & il faut qu'enfuite de cette confideration la régie générale des corps inégaux, ou des corps en mouvemeat, fait applicable aux corps égaux ■ où aux torys dont l'ua e& en repos. comme à un cas particulier de la règle; ce qui réuCTit dans les veri- ' tables loix des mouvemens, Se ne réufTit point dans certaines Joix inrentées par Monfieur Dclcartes, & par quelques autres habiles geos qui Ce trouvent déjà par cela feul mal concertées; de forte qu'on peut prédire que l'expérience ne leur fera pointé* vorable.

34.9. Ces confidcrations font bien voir que les loix deb naturcqui règlent les mouvemens ne font oi tout-à-lait neccITâires, ni entièrement arbitrai- res. Le milieu qu'ii y a à prendre, eft qu'elles font unchoixde'laplusparfolte lagefîc. Et ce grand evemple des loix du mouvement fait voir le plus clairement du monde, combien il y a de différen- ce entre ces trois cas, favoir premièrement mtne- ctffti aifolue, Metaphyfique ou Géométrique, qu'on peut appeller aveugle, & qui ne dépend que des caufes ei^cientes; en fécond lieu, une ne- cej^lé morale qui vient du choix libre de la fageOc par rapport aux caufes finales; Se enfin en troilic- me lieu, quelque choCs d'arbitraire abfolummt,àé- pendant d'une indiftcrence d'équilibre qu'on fe fi- gure, mais qui ne fauroit cxillcr, où il n'y a au- cune raifon fuBîfîintc ni dans la caulè efficiente, - ni dans la finale. Et par confequent on a tort de confondre, ou ce qui e& nèftlument neeeffùrt avec ce qui eft dhirmini far lu rMtJia du miuthr ^ou b liiertéquifi iiurmn9 fur la n»}^ avec une hdif- ,ltrnee vaine.

370, CoftiT LA Liberté' DE l'Homme. lU. Par". 109 3fo. C'ellce ^uiiàtis&it aufTrjullenientà la dif- ficulté de Monficur Baylc, qui craint que fi Dieu eft toujours déterminé, la nature fè pounoit paflèi: de lui, Et faire le même clTet qui lui eit attribué par la neceilitc de l'ordre des choies. Cela ieroit vrai, fi par exemple \cs lois du mouvement, 8c tout ierefte avoir là fourcu dans une neceilitc Géo- métrique des caufes efficientes, mais ii ie trouve que dans la dernière anslyfe, on ell obligé de re- courir à quelque cholè qui dépend des caufes fina- les, ou de la convenance. C'eft aufli ce qui ruine le fondement ie plus fpecieux des Naturaliftcs. Le Docteur Jean - Joachim Bccherus M&lecin Alle- mand, connu p.ir des Livres de Chymie, ivait fait une prière qui penfa lui faire des affaires. Elle commcn^oit: Ofniiciamaitr l^atura, sterne rtram onlu. Et clic a'jouîilToit à dire que cette Naiurc lui devoir pardonner ics dt;fauts, puisquelle en étoLt caufetLc même. Mais la naiure des ehofcs prilc fans intelligence & Isns choix, n'a tien d'af- iez détcrmin.inr. M. Bêcher ne confidcroit pas al- itT. qu'il làuc que l'Auteur des choies (>i ut iim ttaïu- runi) &it bon & fage, St que nous pouvons être mauvais faos qu'il Bih com plice de nos méchance- tés. Lorsqu'un méchant cxille, il faut que Dieu ait trouvé dan& la région tics polîiblcs l'idée d'un tel homme, entrant dans la luite des chofes, de la-jucliL- le choix croit demandé par la plus grande pcrfL-dion de l'Univers, & où les défauts & les pcches ne font pas léulement châtiés, msis encore reparcs avec avantage, & contribuent au plus grand bien.

îff. M. Baylc cependant a un peu trop étendu le choix libre de Dieu: & parlant du Peripatcticicn Straton ( Rép. au Provincial, ch. i8o. p. 1*39. Tom. î ) qui Ibutenoit que tout avcfit été produit par la necellité d'une nature deftïtuée d'intelligen- ce j il veut qùc ce Fhiloiiiphe étaut interrogé, fouf' iaro Essais sur la Bonté' de Diett," (fuoi unarére n'afo'ir.t laforce déformer dtiùi '(y>Jtt- wmts, auToit dû demnudcr à ion tour, feurqtiti ïa matière u frérlféinn/t trcit dimmjîens, pourquoi deux ne lui ai-roi^;it point jii^, pourquoi elh n'en. a fai tjuMre! Si l'en:.~jDil-c>iu:J;i ^ qu'il >ie peut^ avoir la canfi i!^ce!.\ ii;.p_'^r.y.',tê. Les pivoie; font juger que M, Eaylc a l(jup;iin;!e que le nombre des di- aicnlions dg la r.iiticre d^-rern.loitducheL'vde Dieu-, comme i! a dépendu de lui de tai:c au de ne point feirc que ies arbres pvodiiijiiiôni des sn.'iiîaux. En effetj que favoaa nous, s" ii n'y s. point de Globes Planétaires ou des Terres placées dans quelque en- droit plus éloigné de l'Univers, oùla febledes Ber>- nacles d'EcofTe (oileauK i^u'on dilbit naître des an- tres) fc trouve vcrira'ilc, s'il n'y a pas même des pus, oil l'DapouTroic dire: Tmxinus, ci- i.-.<i.. puer exeidit aine.

Mais il n'en eft pis ainil des diitienfions de la ma- ticrei le nombre ternaire y cH détL-rmine, non pas par la rai&ii' du meilleur, mais par une necelTité Géométrique. C'eft parcequc les Géomètres ont pu démontrer qu'il n'y a que trois lignes droites perpendiculaires encre elles qui iè puiil'ent couper dans un même point. On ne pouvoir rien choilir de plus propre àmontrcr la diitercnce qu'il y a en- tre la necefiicé morale (]ui iaïr le choix du iage; Et h neceniré i'rutc de,S:i,it;in &; des ^-pinorilbs, qui refufeiit ù Dieu i'tiitciiilement &; la volonté; que de faire coi;!i!crer la dilil-iLnce qu'il y a entic Ji raifon des loix du mouvement, & la railbn du nombre ternaire des dimeniions: la première con- lîllant dans le choix du meilleur, & la lècondc dans une ncceflité Géométrique 8c aveugle. 3j;s. Afrès avoir parlé des lois des corps', c'cH^ i-dire: