Dieu: comme donc c'efi par la nature des chofes que Dieu exijie, qu'il efitout-puijfant, qu'il eon» tioit tout en pirfehion, c'efi auffipar la nature des chofes qui la matière, que le triangle, que l'homme, q^ue certaines aillons de l'homme, ^c. ont tels tels attributs ijfemieUement, Dieu a vu de toute éternité ^ de toute neceffitéles rapports effentiels démembres, l'identité de l'attribut ^ du (ujet des propisfltions 2» contiennent l'effence de chaque ehofe. il a nu de fa4tHitttaaitrt,qutlt terme jujle efi enfermidans i»X't'n*fiim^ «*.4m 4i efiitaaUttivtir dt l* gr^ 84 Essais' SUR là Bohtb* ds Dinvi tituilt pour fon bienfaiteur: nectmflir Ui canvmttmt d'iiti co'Uiat, (^aiafi de piufieurs autres frepojîtitini d» wcraîe. On » donc raifon dt dire que Us préceptes de la Loi 'lalurellefufpafont l'honnéitli & lajujiiee de ce quieft commandé, ^ qu'il ferait du devoir de l'homme de pratiquer fs qit ils eontitnnint, quand raème Dieuauroit eu la teadefiendanee de n'crdatair rien ià-dejfus. Prenez, garde, je vous prie, qu'en rf mentant par nos aèJlraBions à cet infiant idéal eà I>ieu »'a encore rien décrété, nous trouvons dans Ut. idées de Dieu les principei de morale fous dei ter- mes qui ejnfortent une cbligatiotii Nous y concevons ces maximes comme certaines dériviesde l'ordreé- temel ^ immuable, iieft digne de laCréature raifon- nable de ft eonfortner a la Raifon; une Créature ras- fimnaèle quife conforme à la Raifon tfi louable, elle . tfi blâmable quand elle ne s'y conforme pas. Vousn'o- ferhx, dire que ces -veritex. n'impofent pas un devoir « l'homme par rapport à tous les alits eonformis il» droite Raifon, tels que ceux'à iil faut efiimer tvttct qui efi efiimabU: rendre U bien four le bien: nefair» tort à perfonnt -.honorer [on pere-.rettdre'ft un ehatu» ce qui lui efi dû, ^e. Or fuifquefar la nature mi- medet chofes, Mnitrieurtment aux Lotx divines, les veritex. de morale imfofent ît l'homme eertams dtvoirsiilefl maniftfitqut Thomiud'Aequin é'Gro- tiut ont pu dire que s'il n'y avait point dt Dieu, nous lté laijferiont pas d'être olligex, à nous cenformtr hh Droit naturel. D'autreiont dît que quand même tout ce qu'ily a d'IntelUgencts périrait, les frofofitioHs vt- riiablei demeurer oient véritables. Cajetan afoHttHU que s'ilrefioii ftul dans l'Univers, toutes les autrts chofes fi^ns nulle exception ayant été aneantittr Im fcience qu'il avait de la nature d'une rafene Uiffirùt pas de fubjifier.
1S4. Feu M. Jacques Thomalius, célèbre Pro- fe&uT à Leipzig, n'a pas mal obj[ci?é dans &8 é- durciOèmeiu des ii^les Fhilo&pliiqtiei de Dwicl ETiA LlBSRTË' DE L'HOMME, II. pAR. Stahlius Pro&flàir de Jena, qu'il o'cft tas à pio- pos d'aller tout-à-&ït au-delà de Dieu: « qu'u ne lâut point dire avec <]ucl()ues Scotifles, que les Tcrités éternelles fiibfifteroient, quand il n'y auroït point d'Entendement, pas même càui de Dieu. Car c'ell à mon avis l'Entendement Divin qui fait la réalite des vérités éternelles: quoique là volon- té n'y ait point de part. Toute réalité doit être fondée dans quelque chofe d'exiftanf 11 eft vrai qu'un Athée peut Être Geomctrc. iVlais s'il n'y a- Voit point de Dieu > il n'y auroit point d'objet de laGoDOietrie- ËtiànsDieu. non ieulemenciln'y aunnt rien d'Acîlhat, mais il n'yauroit mfmeriëit âfrpoffible. Cela n'empêche paspourtantque ceux qui ne voient pas la liaifon de toutes choies en- tre elles 8c avec Dieu, nepuiffententendrecertaî- nes ScîenceSf &as en connoîcre la première fouirce qui eft en Dieu. Ariftotc, quoit)u'il ne l'ait gue'- res connu non plus, n'a pas faifle de dire queiquc ckoic d'approchant 8c de très-bon, lorsqu'il a re- connu que les principes des Sciences particulières dépendent d'une Science fuperieure qui en donne Ja laiiÔQi & cette fcience iÀipérieurc doit avoir l'ê- tre, 8c par conlîqucnt Dieu Iburce de l'être, pour objet. M.Dreier de Konigsbergabienremar- ^ OTC qiic''la vraye Metwhyfiquc qu'Arîftote cher- c^ic, 8c qu'il appcUoit rm çHeinâv, Con defidtratu7H, 1 étoit la Théologie.
i8f. Cependant, le même M. Bayle qui dit de fi belles chofes, pour montrer que les règles de la bonté 5c de la jufticc. fie les vérités éternelles en gênerai, fubliIlenC par leur nature. Se non pas par un choix arbitraire de Dieu, en a parlé d'une ma- Fiiiere fort chancelante dans un autre endroitfCon- tinuat. des Penfées div. T. II. ch. 1 14. v%rslafîn.) Jiprès y avoir rapporté le fentimcnt de M. Def- cartes, £c d'une partie de &s Seâateurs, qui ibu- iieiuuatQiKi.£lietLeft]acaolcUl»c de» vérités 8c Digilized by Coogle t6 Essais sur la Boktb' de Dieu* descllënccs, il ajoute (p. ^5-4,.) ynifiàt ttat ta ^Mtj'tti pu peur Hin tmtprtMn et Jopmt, ^.fMr neuvtr l» folution dis d^enltéi qui Pmvimmmt, Je vBUi eotifejfe ingenH'ement que je n'ta fms ftu venu encore teut-à-faii à bout. CeU ne me diaut- fdge peint, je m'imagine comme ont fuit d'autm thilofophes tn d'autres eus, que le ttms développer» te beau paradoxe. Je voudrais que te f ère Malle- irauche eût pu trouver bon de ie foutenlr, mais U a pris d'autre mefiires. Eft-il jKXlïblë que le p!ai- iir de douter puillè tant lùrunhabtleliomme, que de lui &iic {ouhaiter & de lui faire- elperer de poaTOir croire qtie deux contradiâoîrestieiètrou- ,Tcnt Jamais cnicmble, que parceque Dieu le leur adéfeidu. Se qu'il auroit pu leur donner unordre qui les auroit toujours fait alier de compagnie î Le beâa paradoxe que voila! Le R. P. Mallebran- che a 6it fort ûgcment de prendre d'autres mel8fi. Je ne iàurois même m'imaginer que M. Delcartes ait pu être tout de bon de celèntiment, gooiqu'it ait eu des Seâateurs qui ont euk lâcilité de le croire, & de le {birre bonnement où il ne £dfi>it que femblaiit d'aller. C*étoit ^paremmeat un de tes tours, unede &srufè5Pltilou>phiques: il fe préparoit quelque échappatoire, comme lors- qu'il trouva un tour pour nier k mouvement de la "Terre, pendant qu'il étoit Copernicien à outrance. Je ibupçonnc qu'il a eu en vue ici une autre ma- nière de parler extraordinaire de fon invention, qui étoit de dire que les affirmations & les négations, & généralement les jugemens internes, lont des opérations de la volonté. Et par cet artifice, les vérités éternelles qui avoientété jufqu'i cet Auteur - im objet de l'entendement divin, font devenues tout d'un coup un objet de là volonté.' -Qr les ac- tes de la volonté font libres, donc I^eu eft la can* le l&re des vérités. Voilà le dénouement delaFie* ce □Igilizedby ET LA Liberté' du l'Homme. IÏ.Par. 87 ce. SpeSaium ndmij^. Un petit chaDgemcnt de la iîgnilîcaiiDn des termes a caufé tout ce fracas. Mais fi lesaffirmations des vérités neceflàiresétoicnt des aâions de la volonté du plus pirlaic Efprit, ces aâions ne feroient rien moins que libres, car il n'y a rien à choifir. Il paroit que M, Defcartes ne s'evpliquoit pas aflcz fur la nature de la liberté. Se qu'il en avoit une notion aflèz extraordinaire, puisqu'il lui donnoit une fi grande étendue, juC- qu'à vouloir que les afHrtuations des vérités necef- Éircs étoient libres en Dieu. C'étoit ne garder que le nom de la liberté.
1-87. M.Bayle, qui l'entend avec d'autres d'une liberté d'indifîèrencc, que Dieu avoit eue d'établir (par exemple) les veritez des nombres, & d'ordon- ner que trois fois trois fiflènt neuf, au lieu qu'il leur eût pu enjoindre de feire dix; conçoit dans une opinion fi étrange, s'il y avoit moyen de la défendre, je ne fai quel avantage contre les Stra- toniciens. Straton a été un des Chefs de l'Ecole d'Ariftote 8c fiicceflêur de Theophralîe j il a fou- tenu (au raport de Ciceron) que ce Monde avoit été formé tel qu'il efl: par la natiure, ou par une caufe necefiàire dcflîtùée de conndifiànce. J'avoue que celafc pourroît, fi Dièu avoitpréformëlamap ticrc comme il feutpoor feirc un tel effet par les &ule) loix'du mouvement. Mâs Sins Dieu, il n'y auroit pas mtoie aucuné-nilbn de l'exiftencs, éc moins encore de tdlc ou telle exîftence des cho- ies; ainfi le fyfiémc de Straton n'cft point à craindre.
188. Cependant M. Baylc s'en embaraflè: il ne veut point admettre les natures plaftiquesdeftituées de connoîiTance, que M. Cudwortn & autres a- voicnc introduites; de peur que les Stratoniciens modernes, c'eft-à-dire les Spinofiftes, n'en profi- tent. C'éfl ce qui l'engage dans des di^utes avec M. le Qeic>-'-£t {nr^ena-de cetteeneui, qu'une 88 Essais svk la Bohte' de Dieu caufc non intelligente ne Jàuroit rien produircoù S paroiire de l'aitiiîce, il eft éloigné de m'accorder i» fréfermiukm, qui produit naturellement les or- ganes des animaux, ^ It Syjiême d'une harmonù que Di*u Mit fréétaétit duislescoips, pour les tùtre leptHidre par leurs propres lolx aux pcnTécs £c aux volontés des ames. Mais il falloir conlidercr que cette caufc non- intelligente qui produit de lî belles choies dans les graines ik dans les femences des plantes £c des animaux, & qui produit les ac- tions des corps comme la volonté les ordonne, a été formée par les mains de Dieu, infiniment plus lubile qu'un horloger, qui fait pourtant des ma- chines & des automates capables de produire d'al^ îsz beaux cflcts, comme s'ils avoient de l'intelli- gcncc.
1S9. Or pour venir à ce que -M. Bafle appie- Iiende des Straionîcienst en cas qu'on admette des vérités indépendantes de la volonté de Dieu: il Êmble craindre qu'tU ne ië prévalent contre nous de la parfaite régularité des vérités éternelles: car cette régularité ne venant que de la nature & de la neceffité des chofes, ûns être dirigée par aucune comioifEince, M. Bayle craint qu'on en pourroit inférer avec Straton, c|ue le Monde a pu aufli de- venir régulier par une neceffué aveugle. Maisileft aiJë d'y répondre: Dans la legion des vérités étemelles Te trouvent tous les poflibles. Se par coa- &quent tant Je régulier, que l'irrégulier il fuit qu'il y ait une rai&n qui ait fait préférer l'ordre & le régulier, 8c cette raifon ne peut être trouvée que dans l'entendement. De plus, ces vérités mê- mes ne font pas fans qu'il y ait un entendement qui en prenne connoiflance, car elles ne fublîfte- roient point, s'il n'y avoic un entendement Divin, où elles Ce trouvent réalîfées, pour alnfi dire, C'eft pourquoi Straton ne vient pas à ibn but, qui eft d'exuure la cojiaoiilàiiçe.de ce qui entie dans l'o- 190, La DigiUzed by Qoogle «TLA Liberté' de l'Homme. II. Part. 89 190. L'a difficulté que M. Bayle s'eft figurée du côté de Straton., paroit un peu Irop mbtiie 8c trop recherchée. On appelle cela, t'mere, uèi non tft timor. lls'cn fàit une autre qui n'a pas plus de fondement. C'ell que Dieu ièroït affujetti à une efpece de/a/«ffî. Voici Tes paroles: {Ç-S^S-) S'il y aies propo/ithnsJ'une éternelle vérité, quifontttl- les de leur nature, ^ usa point p.-'.r l'inftituiion de Dieu, f: fliei r.e font p'jhii icrilallcs p.^r un décret hère de fi uolmiê, m.iis fi au coamire il le i » con- nues necejfxirement ■ûnii^iùles, parceque telle ctoit leur nature, -voilh une efjiece de fatum auquel il efi ajfujcttijvoilà une necejjité naturelle aéfolumenl in- furmontable. llre/ulte eacorede làque l'entendement 'divin dans l'infinité de [es idées, a rencontré toujours è" dufremserceufUur conformité parfaite aveclturt oijett, fans t^u'auemB connoiffance le dirigeât, car il y aurait crnitradiclion qu'aucune caufe exemplaire eût fervi de flan aux aS!e> de V^yitiïr.AemnU Je Dieu, O» ne trouvereit jr.mr.Ï! p.ir l.i des cti-rr.^l'.es -, ni aucune premier e inteliij-^eiic.-. lil.iadra ilcr.c dire on'u- nenaturequi exiJleneccJf.Virement trouve toujours fort ■thimin fans qu'on lelui montre; comment vaincre aprh cela l'opiniâtreté d'un Slratonicien?
ipi. Mais ileft cncoreaifé derépondrc: cepré- / tVRÎa fatum, qui oblige même la Divinité, n'eft aiure cholèque lapropre nsturcde Dieu,,fon pro-! pre entendement qui fouroit tes règles à ià figeflc 1 & à Jà bonté j c'eft une hcureufe necefTité, fànâ J laquelle il ne fcroit ni bon, ni fagc. Voudroit- \ on Dhii re fût peine obligé d'ctrc parfait 8c hcijn.'u.ï? Notre condition, qui nous rend capa- bles de faillir, eft ellc digne d'cnvic'&c ne ferions- nous pas bien-ailès delà changer contre i'impecca- bilité_ 11 cela dcpendoic de nous? ]1 feut Être bien dégoijtc pour lôuhaiter la liberté de Je perdre. Se pour plaindre la Divinité de ce qu'elle ne l'a point. Caft-junfi^-M.Ba7teïufinKi«i*meme ■ço EœAis SUR, LA Bonté' se Disv, ^ ailleurs conuc ceux qui exaltent juC]U,'aux ducs une liberté outrée qu'ils t'imaginent dans la volon- té, îorsqu'iia U voudraient indépendante de la Railôn.
191. Au TKpic, M. Bayle s'étonne que teattndiment ilhm dam iiufmire de fii iJees reacMte toâ- joiirs du prtr'.iir coup leur conformiti f^»itt itvK Iturs objets, Jam qu'aucme eonnoiffanee U dirige. Cette okijeâion ell nulle de toute nullité: toute idée diftinâc eft par -là même conforme avec iba objet: & il n'y ea a que de dilliuâes en Dieu: outre que d'abord l'objet n'exifte nulle part, Se Îuand il exiftera, il fera formé fur catc idée, ^ailieurs, M. Bayle fait fort biën que l'entende- ment divin n'a point befoin de tems pour voir la liîifon des chofes. Tous tes raifonnemcns font c- minemment t-n Dieu, & ils gardent un ordre en- tr'eux dans Ton eniendenicnt, aulli-bien que dans le nôtre: Mais chei lui ce n'eft qu'un ordre fit une priorité de nature, au lieu que chez nous il yaunc fricrité de noms. 11 ne faut donc point s'étonneri que celui qui çénétre toutes les cnoiès tout d'un coap, doit toujours rencontrer du premier coupi Scon ne doit point dire qu'il réulTitlàns qu'aucune connoilTance le dirige- Au contraire, c'cft parce- quc û coiinoidânce ell parfaite, que les allions volontaires le font auJTi.
ipj. Jufqu'ici nous avons fait voir que la volon- té de Dieu n'eft point indépendance dcsrcj;lesdcla Sagelléj quoiqu'il foit éto:inam qu'on ait été obli- ge de railbnner là-delfus, & de combattre pour une vérité iî grande Se fî reconnue. ^ iMais il n'eft prcfque pas moins étonnant qu'il y ait des gens qui croient que Dieu n'obièrve ces règles qu'a demi, 8c ne choifit point le meilleur, quoique fa ftgellè le lui fade connoîtrc; & en un mot, qu'il y ait des Auteurs qui tiennent que Dieu pouvoit mieux Ëuic. Cçft i feu piès l'erieur du &meux Alphon- ET LA Liberté de i.'HoMue. II. Pa6.. t/t {e Roi de Calïille, élu Roi des Romains par qilél- gucs Ëlcâearsi ^ promoEear des Tables Aflmio>- niques qui portent iôn nom: L'on prétend ^ue ce Prince a die, que fi Dieu l'eut appelle à loa confeil, quand il fit le Monde, il lui ajroit don- né de bous avis. Appaiemment le Syfiême du Monde de Ptoloméi; qui régnoit en ce tcms-lài lui dJplailbit. 11 cioyoit donc qu'on auroit piifâi- le quslquc chofc de mieux concerté, ôc il avoit railbn. Mais s'il avoit connu le Syftême de Co- pernic avec les découvertes de Kepler, augmen- tées maintenant par laconnoiHànccde la pelaotcur des Planètes, il auroit bien îieconna que l'invca* tion du vrai iyftême eft œervetlleuiè. h'oa voit donc qu'il ne s'agiflbit que duplua oa du moins, ^u'Alpoonfe prétendoit feulement qu'on auroit pu mieux làire, & que fon jugement a été bliœé da tout le monde.
19+. Cependant des Philo&phes &desTliéoîo- giens ofenC foutenir dogmatiquement un jugement lemblable: Se je me iuis étonné cent fois qui; des pcrfonncs habiles £t pieufo ayent été capables de donner des bornes à la bonté &. à la pcrtcftion de Dieu. Car, d'avancer qu'il laie ce qui ert meil- leur, qu'il le peut faire. Se qu'il ne le fait pas; c'eft avouer qu il ne tenoit qu'à £1 volonté de ren- dre le Monde ineilleur qu'il n'eft pas; mais c'cft ce qu'on appelle.manquer de bonté. C'cft agir con- tre cet axiome marqué déjà ci-delTus; Minus ho- num hahl raiionem mali. Siquclques-unsalleguent l'expérience, pour prouver que Dieu auroit pu mieux faire, ils s'érigent en cenlèurs ridicules de fes Ouvrages, & on leur dira ce qu'on répond à tous ceux qui critiquent le procédé de Dieu, 8c qui de cette même fuppolltion, c'eft-à-diic des prétendus défauts du Monde, en voudroient infé- rer qu'il y a un mauvais Dieui ou du moins un Pieu neutre, entrç le bien fie le mal.,£t ii nous ^ jugeons jt» Estais sim la Bonté* de Dieu, jugeons comme le Roi Alphonlc, on nousrépon- dia, dis-jcj Vous ne comvÀfTcz le Monde quedc- puis trois jours, voas n'y voyez, guéits plus loin que votre iies, & vous y trouver àrediie. Atten- dez à le connoitre davantage, £t y conlidetcz fur tout les parties qui prcfentcnt un tout complet; (comme foQt les Corps organiijues) 8c vous y trouverez un artiUce & une ^eautc qui va au delà àe l'imagination. Tirons-en des conlequencts pour la fàgellc k pour la bonté de l'Auteur des chofes, mcoredans les chorcs que nous ne connoiflbqs pas. Nous eu trouvons duis l'Univers qui ne nous plai- dait point; nuis âclwas qu'il n'elt pas fait pour noqs Iculs. 11 cA pourtant nït pour nous, û nous Ibinmcs âges: il nous accommodera, lï noutnous en accommodons; nous y Icrons heureux, Hnous ]e voulons être.
Ipf. Quelqu'un dira qu'il cft impolTible de pro- duire le meilleur, parcequ'il n'y a point de créa- ture parËiiCe, & qu'iiefttoûjourspolîîbled'en pro- duire une qui le foit davantage, Je réponds que co qui ^è peut dire d'une crcatureou d'une fublUn- ce particulière, qui peuttoûjoursétrcfurpali'éepar une aucrci ne doit pas être appliqué à l'UntEcrs, lequel iè devant étendre par toute l'éternité future, elt un ia&ni. De plus, il y a une infinité de créa- tures dans la moindre parcelle de k matière, à cau- iè de la divifion aâuelle du Cant'muum à l'infi- ni. Et l'infini, c'ell-à-dire l'amas d'un nombre in- fini de fubftances, à proprement parler, n'cll pas un toutj non plus que Icnombrc infini lui-m:me, duquel on ne iàuroit dire s'il eft pair on impair: C'cft cela même qui ferc à relu ter ceux quifontdu Monde un Dieu, bu qui congoivent Dieucomme l'ame du Monde; le Monde ou l'Univers ne pou- vant pas être conlideré comme unaaimal, ou com- me une fubftance.
iptf. 11 ae s'agit donc pas d'une Créature, mais de Digrtized Qy Google ET LÀ Liberté de l'Homme II. Par. 93 de l'Univers; & l'adverfâire lèra obligé de fourentr qu'un Univers poflible peut être meilleur <]ue l'au- tre, à l'infini; maisc'eften quoiil lètromperoit, & c'ell ce qu'il ne làuroïE prouver. Si cette (bi- llion ëtoit véritable, il s'cnfuivroit que Diea acQ suroit produit aucun, car il ell incapable d'agir< fans raifon, 6c ce feroit même agir contre laRii- fon. C'eil comme fi l'on s'imaginoit qucDieueût décerné de faire une fpherc matérielle, fans qu'il y eût aucune raifon de la hhe d'une telle ou telle grandeur. Ce décret firoit inutile, il porteroit avec Soi cequienempêcheroiti'effët. Ce feroit au- tre chofe fi Dieu dccernoit dctirerd'unpointdon- né une ligne droite, jufqu'à une autre ligne droite donnëcj iàns qu'il y eût aucune déterminatioo de l'angle, ni dans le dccrct, ni dans &a àittteâasi- cei-, car en ce cas, la détermination viendroit de la nature de la chofe, la ligne feroit perpendi- culaire, & l'angle lèroit droit, puisqu'il n'ya que cek qui &ic déterminé, 8c qui le diltiaguc. C/ett ainfi qu'il ùait concevoir la Création du meilleur de tous lés Univers poflïbles, d'autant plus que Dieu ne décerne pas feulement de créer un Uni- vers, mais qu'il décerne encore de créer le meil- leur de tous; car il ne décerne point fans con- coître, Bc il ne fait point de décrets détachés qui ne lèroicnt que des volontés antécédentes, que nous avons 'afléx expliquées 8c diilinguécsdes véri- tables décrets.
197. M. Diroys, quej'aiconnuàRome, Théo- logien de Monficur Je Cardinal d'Eftrées, a fait un Livre iatita]é Preuves^ préjugé j peur la Religion Chrétimne, publié à Paris Tan lûSj. M. Bayle (Réponf.auProvinc. chap. i6f. pag.'ioj-8, T.IK.) en rapporte l'objefljon qu'il le nit. ily a meort uns difficuUi (dit-il) à laquelle il n'ejl pat mohu'm-' fvtant Jt fatufiure qu'Mx prietdentei, puuqu'iUe ^it fbij dt fim k etitx ^ju^m dis éim & du j)+ EssAisE sfR LA Bonté' de Dieu - f/iaux f.ir iti coi'(:.UriitHns fondées fur les maxi- mes les fbti piir,t l.i flt-Lca. C'efl c^ue Dieu émut Li /i^'yi' ^ l.i ba.ù foui: naine, H leur femUt qu'il tle-Lro'u faire loiiifs chofes comme let perfomei fagis ^ vertueufes Joiih^itement qu'elles Je Jiffent, fuivant les regUs di fagejfe o- de bonté que Dieu leur a imprimées, 0- camme Us feraient eèli^és de let faire eux-mêmes,^ elles défeadolint d'eux. Ainfi Wfunt qiu les i^irti Ju Mmie I» fas fi iiert^u'ellti fmmientJiUtr à leur avis, 0* qu'elles iraient s'ils s'en mèUiUnt, Ut concluent que Dieu qui efî infiniment meilleur ^ plus fage qu'eux, ou fltitu! h fageffe à- l" io'i'é mime, ne l'en lUi'le point.
iM. Diroys tlit de bonnes cbofcs là-defluj que je ne répète point, puisque nous avons aliêz uiïsiait à l'oDjcâion en plus d'un endroit, 6c f'a été le principal but de tout notre dilcours. Mais il avance quelque chofe dont je ne ËuToisdcmeu- 1 rer d'accord. Il prétend que l'objeâion prouve trop. Il^utcncoie mettre lès propres paroles avec M. Bayle, p. iof9. S'il n'efi fus cortvenublt i l» f^gfff^ éf à la bonté foii-veraine de ne faire pxictqtti j eji meilleur ^ p' IIS piirf.iit, il s'enfuit que tous les étret font étenulUthOit, iiUmuabley>ie,it <^ efjentiellement, \ (kuff, parfMts é- ""IJi ^ons qu'ils puiffeut être, puisqut 1 rien ne peut changer qu'e. gaffant, ou d'un état moins I ion à un meilleur, ou d'un meilleur à un moins bon. 1 . Or cela ne peut arriver, s'il ne convient pas h Diett de ne point faire ce qui efl meilleur r"' f'f^i', lors qu'il le peut; il faudra donc que teus les Etres foient éterneilement ejfentiellement remplis d'un» connoijfaace sPune vertu aufji parfaite que Diett ^ijft leur damer. Or tout ee qui efl éternellement effentieilement M0tiitfaitqneDieuleftà^'e fairti procède effiiuieiïtmiat 4t Uiii eaun'mot, tjl iterntl- umeHt & eJfentîelUmtBt bm comme lui, O" P*" il tfiD'uHeommtM, VoUk akvncttti w^xi- Pf, ET LA Liberté' de^l'Homme-TIPar.
m, qu'il répugne à la j»/iiceé'ÀlaiontéfiHviraiM Je ne faire pas les ehc{ei auj^ bonnes ^ uHjJîparfâittt qu'elles putjfent être. Car il tjl ejftntiel à U JkgeJ^ à la bonté iffintielU, d'éloigner toutetqui luiré- fugne abfolument. il faut ilonc établir comme une fremiere vérité touchant la conduite de Dieu à l'é- gard des créatures, qu'il n'y a rien qui répugne à cette bonté ^ a eettefagej^ défaire des chofesmoins parfaites qu'elles ne fourraient être, ni de permettra que les biens qu'elle a produits, ou cejfent entièrement S'être, OH fe changent ^ s'idtérent; puisqu'il neré- fugne pas « Dieu qu'Uy ait d'autres Etres que lui, e'efi-à'diit des Etres qui pujjftnt ^itrt pas n quHls font, ér nefiùrt pat et qu'ils fiât, mfairt et qi^Ut ne font pas.
199. M. Bayle traite cette répo nie de pitoyable, mais je trouve qu<; ce qu'il lui oppole eft em- baralVe. M, Bayle veut que ceux qui font pour les deu:^ Principes fe fondent principale meut fur la iuppoiîtion de la Ibuveraine liberté de Dieu, car s'il etoit nccciVitc à produire tout ce qu'il peut, il produirait auffi lesptchés & les douleurs: ainfi les Dualiftes ne pourroient rien tirer de l'exiftenee du mal contre l'unité de Principe, fi ce Principe é- toit autant porté au mal qu'au bien. Mais c'eften cela que M. Bayle porte la notion de la liberté trop loin: Car quoique Dieu foit fou veraine ment libre, il Rc s'enfuie point qu'il ibit dans une indiScrcnce d'équilibrei k quoiqu'il foit incliné à agir, il nd s'enfuit point qu'il loit neceifaire par cette inclina- tion à produire tout ce qu'il peut. 11 ne pro- duira que ce qu'il veut, car ion inclination le porte au bien. Nous convenons de la Ibuveraine liberté de Dieu, maïs nous ne la confondons pas avec l'indifférence d'équilibre, comme s'il pou voit agir fins raifon. M. Diroys conçoit donc que les Dua- lités, en voubnt que le bon Principe unique ne produifè aucuaiaal>deaiiU)deattrop,carpar la mê- me jiS Essais sor la Bonté' de Dieu, me raifoD ils devroient aulîi demander, ièlon lui, qu'il pioduisit le plus gi and bien, le moindre bien étant une elpeci: de mal. JeticDs quelesÙua- liftes ont tort à l'egird du premier point, &; qu'ils auroicm railbn î l'L'gard du fécond, oj M. Ditoys les blàmc iins fujet; ou pliitôt qu'on peu: concilier le mal ou le moins boa dans quelques parties avec le meilleur dans le tout. Si les Dualiftes de- mandoient que Dieu fit le meilleur, ils ne deman> d^oîcnt rien àt trop. Us le trompent plutôt en jiiétendaat que le meilleur dans le tout loit exemt de mal dans les parties) & qu'^nH ce que Dieu a Ëtit n'eft point le meilleur.
loo,- Mus M. DfTOj's prétend que û Diea pro- duit toujours le meilleur, il produira d'autres Dicur. autrement chaque fubftance qu'il produiront ne fe- roic point la meilleure ni la plus parfaite. Mais il le trompe, faute de conlidcrcr l'ordre, Sclaliaifon des choies. Si chaque fubftance prife ii part étoît parfaite, elles fcroicnc toutes Icn-iWjlilts, ce qui n'eft point conveiiiUe ni polïibk. Si c'étoieut des Dieux, il n'auroit pas c:^ paiiib'e de les produi- re. Le meilleur Syftimc des cliok's ne contien- dra donc point de Dieux; il lèratoûjouisunfjftê- mc de corps (c'eft-à-dire de choies rangées félon les lieux 8c les tems ) & d'amcs qui rcprefentenC 8c npperçoivent les corps, & fuivant lefq utiles les corps font gouvernes. en bonne partie., Et com- me le dellcin d'un bâtimcnCpeutétrelemcilleurde tous par rapport au but, à la dépenfe. Se aux cir- conllances; 6c comme un arrangement de quel- ques corps figurés qu'on vous donne peut être le meilleur qu'on puifle trouver; il eftaifé de conce- voir de mOme qu'une ftruâure de l'Univers peut être la meilleure de toutes, fans qu'il devienne un Dieu. La liaifon 8c l'ordre des chofes i^it que le corps de tout animal Ëc de toute plante eftcomi pofé Vautres animaux & d'autres pLutes. ou d'au- tres très vivans!c organiques; & que par confequcnt il y ait de la lubordination, Se qu'ua corps, une ïùbftance Icrre 1 l'autie, ainiî leur peifeuion ne âuroit £trc égale, 2^1. It ^oit à M. Biyle(i>. lotij.) queM.I>i- royt a confondu deux piopofitions diftcrentes, l'u- ne, que Dieu doit &irc toutes chofes comme dct pcrlboncs fagcs Bc vcrtueufes foului ter oient (jLt'el- les le fillcnt, fuivant les règles dclàgelic&dc bon- té que Dieu leur a imprimées, Ec comme ils Ic- roieat obligés de les f,iire eux-mêmes li elles dé- pendoient d'eux; gc l'autre, qu'il n'ed pas conve- nable à la fagelle Se à la boncé fouveraiuc de ne Élire pas ce qui cft meilleur Se plus parfait. M.Di- roys (au jugement de M. Bayle) s'objeitela pre- mière propoliuon, & répond à la féconde. Mats il a railbn en cela, ce melcmblcj car ces deux propolitions Ibnt liées, la lèconde e(t une Tuite de la y e miere: £tùe moins de bien qu'on ne pou? voiti cft manqwr contre b âgcHc ou contre la bonté. Etre le meilleur Se être déliré par les plus vertueux & les plus fâges, eft la même chofe. Et l'on peut dire que ii nous pouvions entendre la ftruiture & Tceconomic de l'Univers, nous trou- verions qu'il cil fait & gouverné comme les plus iâgcs 81 les plus vertueux le pourroienc fouhaiter. Dieu ne pouvant manquer de foire ainli. Cepen- dant cette neceifité n'cft que morale. 8c j'avoue que H Dieu étoit ncceffité.par une neceifné meta- ptiylique à produire ce qu'il tâit, ilp''oduiroittous iespoâibles ou riens Bc dans ce fcnî.a confequen- ■cc de M. Bayle feroit fort juile Mais comme tDus les poiTiblcs ne Ibnt point conipatiblesentr'euz dans une même Sàite d'Univers, c'eft pour cela -même que tonslespolTibles ne fauToicnt être pro- ■iluitE, K qu'on doit dire que Dieu n'eii point ne- celSté, metapbyfiquëment parlant, à la. création àe ce Monoe., l?aa peut dite ^u'auûl-tôt que Essais sur la Bonté di Ditw»