lesquels cette engeance maudite des flatteurs a un effet si pernicieux (MONTAIGNE, ALEXANDRE), 625.--Ses Essais sont une sorte de cours expérimental, fait sur lui-même, d’idées afférentes à la santé de l’âme et du corps. Pour ce qui est de l’âme, on y apprend moins ce qui est à faire que ce qui n’est pas à faire; quant au corps, on peut en déduire que chacun qui s’observe, est à lui-même son meilleur médecin.
Exposé du régime qu’il a suivi toute sa vie durant (TIBÈRE, SOCRATE, PLATON), 627.--Montaigne conservait le même genre de vie, qu’il fût malade ou bien portant; il fuyait la chaleur émanant directement du foyer (MODE DE CHAUFFAGE usité à Augsbourg, EVENUS), 631.--Les coutumes d’un pays sont parfois le contraire de celles de quelque autre nation; tendance que nous avons à aller chercher ailleurs, dans l’antiquité notamment, des arguments que notre époque nous fournirait amplement, 633.--Exemples de singularités résultant de l’habitude: ANDRON l’argien traversant sans se désaltérer les déserts de la Libye, GENTILHOMME passant des mois et même une année entière sans boire; SAVANT qui aimait à travailler au milieu du bruit; SOCRATE dans son intérieur; SÉNÈQUE ne mangeant rien de ce qui avait eu vie (SEXTIUS, ATTALE), 633.--Nos goûts se transforment par l’effet de l’habitude; il faut faire en sorte, surtout quand on est jeune, de n’en avoir aucun dont nous soyons les esclaves et contre lequel nous ne puissions aller à un moment donné (PYTHAGORE, PHILOPŒMEN), 635.--Habitudes qu’avait contractées MONTAIGNE dans sa vieillesse; passer la nuit au grand air l’incommodait, faiblesse contre laquelle la jeunesse doit se prémunir; soin qu’il avait de se tenir le ventre libre (MARIUS, CÉSAR), 637.--Ce que les malades ont de mieux à faire, c’est de ne rien changer à leur mode d’existence; lui-même, malade ou bien portant, ne s’est jamais abstenu de ce qui lui faisait envie; il en a été de même des plaisirs de l’amour qu’il a commencé si jeune à connaître, que ses souvenirs ne remontent pas jusque-là (QUARTILLA), 641.--L’incertitude de la médecine autorise toutes nos envies, 645.--Montaigne avait un timbre de voix élevé, ce qui faisait qu’il fatiguait en parlant; dans la vie courante, l’intonation de notre voix est à régler suivant l’idée qu’on veut rendre (CARNÉADE), 645.--Les maladies, comme tout ce qui a vie, ont leurs évolutions dont il faut attendre patiemment la fin; laissons faire la nature, nous luttons en vain. Dès notre naissance, nous sommes voués à la souffrance et, arrivés à la vieillesse, l’effondrement est forcé; les médecins n’y peuvent rien, sinon nous troubler par leurs pronostics (CRANTOR, les MEXICAINS, CTÉSIPHON), 647.--Dans ses maux, Montaigne aimait à flatter son imagination: atteint de gravelle, il s’applaudit que ce soit sous cette forme qu’il ait à payer son tribut inévitable à l’âge; c’est une maladie bien portée; peut-être comme tant d’autres finira-t-elle avant lui; en tout cas, elle ne le prive pas de tenir sa place en société et, par les souffrances qu’elle lui fait endurer, le prépare insensiblement à la mort, 649.--Passant habituellement par les mêmes phases, on sait au moins avec elle à quoi s’en tenir; et si les crises en sont particulièrement pénibles, quelle ineffable sensation quand, d’un instant à l’autre, le bien-être succède à la douleur (les STOÏCIENS, SOCRATE), 655.--La gravelle a encore l’avantage sur bien d’autres maladies, de ne pas entraîner d’autres maux à sa suite, de laisser au patient l’usage de ses facultés, la possibilité de vaquer à ses occupations et à ses plaisirs; elle n’altère pas sa tranquillité d’esprit, s’il ne prête pas l’oreille à ce que lui en diraient les médecins, 657.--Montaigne était grand dormeur, ce qui est préjudiciable à la santé; cependant en cela, comme en toutes choses, il savait s’accommoder aux circonstances. Sa petite taille lui faisait préférer aller à cheval qu’à pied dans les rues et quand il y avait de la boue (PLATON, SCIPION), 661.--Le métier des armes est de toutes les occupations la plus noble et la plus agréable, 663.--Montaigne était d’excellente constitution; touchant à la soixantaine, il est encore vigoureux pour cet âge; chez lui, les maux du corps n’avaient que peu de prise sur l’âme, 665.--Ses préoccupations n’ont pas souvent troublé son sommeil, et ses songes étaient rarement tristes (PLATON, SOCRATE, XÉNOPHON, ARISTOTE, les ATLANTES, PYTHAGORE, le philosophe THÉON, le VALET de Périclès), 667.--Il était peu délicat sous le rapport de la nourriture; la délicatesse est le fait de quiconque affecte une préférence trop marquée pour quoi que ce soit (FAVORINUS), 669.--Dès le berceau, Montaigne avait été habitué à vivre comme les gens de la plus basse classe et à se mêler à eux; cette fréquentation l’a rendu sympathique au sort des malheureux (la reine CHÉLONIS, FLAMINIUS, PYRRHUS), 671.--Il n’aimait pas rester longtemps à table; les anciens Grecs et Romains entendaient beaucoup mieux que nous cette jouissance (AUGUSTE), 673.--Indifférent à ce qu’on lui servait, il se laissait aller à manger de tout ce qui paraissait sur la table, 673.--C’est une grâce que Dieu nous fait quand la mort nous gagne peu à peu, ce qui est l’effet de la vieillesse; le moment fatal doit alors nous moins affecter, puisque ce n’est plus qu’une fraction de nous-mêmes qu’elle atteint; du reste la mort est indissolublement liée à la vie, on en constate en nous la présence et les progrès dans tout le cours de notre existence (SOLON), 675.--Montaigne n’a jamais acquis la certitude que certains mets lui fussent nuisibles; il en est dont il s’accommodait parfaitement, dont ensuite il s’est mal trouvé et que, plus tard, il a très bien supportés, 677.--Il lui est arrivé parfois de se passer de prendre un repas, quand il voulait se ménager pour mieux manger le lendemain, avoir l’esprit dégagé, ou quand il n’avait pas une société qui lui convint. Il est bon de manger doucement, fréquemment plutôt que beaucoup à la fois. Tout régime trop longtemps suivi, cesse d’être efficace (ÉPICURE, CHILON), 677.--Il ne sert de rien non plus de se trop couvrir, on s’y habitue et cela n’a plus d’effet, 679.--Nos occupations et nos plaisirs nous portent à donner plus d’importance au souper qu’au dîner; l’estomac, d’après Montaigne, s’accommode mieux du contraire. Il buvait peu, seulement aux repas et uniquement du vin coupé d’eau (AUGUSTE, DÉMOCRITE, CRANAÜS roi d’Athènes), 679.--Il n’aimait pas l’air confiné; était plus sensible au froid qu’au chaud; avait bonne vue, mais elle se fatiguait aisément; sa démarche était vive, il ne pouvait tenir en place; à table, il mangeait avec trop d’avidité (la SERVANTE de Chrysippe, DIOGÈNE), 681.--Des convives agréables, des mets délicats, une table bien servie, sont essentiels pour un bon repas; il est des gens qui dédaignent ce genre de plaisir qui est cependant de ceux que la nature nous offre elle-même, ce dédain est le fait d’un esprit maladif et chagrin (ALCIBIADE, VARRON, XERXÈS), 683.--Les plaisirs de l’âme sont peut-être supérieurs à ceux du corps; les plus appréciables sont ceux auxquels l’une et l’autre participent simultanément (les PHILOSOPHES CYRÉNAÏQUES, ARISTIPPE, ZÉNON, PYTHAGORE, SOCRATE, PLATON), 685.--Tout ce qui est de nécessité la nature l’a rendu agréable, et le sage use des voluptés comme de toutes autres choses; bien vivre et imprimer une bonne direction à sa vie, est la seule et véritable fin de l’homme (BRUTUS, les deux CATON), 687.--Les délassements siéent aux âmes fortes et généreuses comme aux autres, ainsi qu’il ressort des exemples d’ÉPAMINONDAS, de SCIPION et de SOCRATE, 689.--La grandeur d’âme consiste surtout à régler sa conduite et à la circonscrire dans de justes limites; elle ne doit pas fuir les plaisirs que lui offre la nature, mais les goûter avec modération et montrer une égale fermeté dans la volupté comme dans la douleur (EUDOXUS, PLATON), 693.--Pour lui, Montaigne, bien qu’au déclin de sa vie et prêt à la quitter sans regret parce que c’est dans l’ordre naturel des choses, il ne se contente pas de passer le temps; et, quand il ne souffre pas, il le savoure, jouissant du calme qui s’est fait en lui, sans préoccupation de l’avenir, ce poison de l’existence humaine (ALEXANDRE), 695.--La vie est à accepter telle que Dieu nous l’a faite; tout ce qui vient de lui est bon; c’est se montrer ingrat à son égard que de repousser les satisfactions dont il l’a dotée (ÉPIMÉNIDE), 697.--Vivons suivant la nature, ce guide si doux autant que prudent et judicieux; chez la plupart des gens dont les idées vont s’élevant au-dessus du ciel, les mœurs sont plus bas que terre (SOCRATE), 699.--En somme, dans tous les états de la vie, il faut jouir loyalement de ce que l’on est, et c’est folie de vouloir s’élever au-dessus de soi-même (SOCRATE, PLATON, ALEXANDRE et PHILOTAS, les ATHÉNIENS et POMPÉE), 703.
[C] FASCICULE C TABLE DES CITATIONS ET INDEX DES AUTEURS D’OU ELLES SONT TIRÉES.
Cette table des citations, établie par ordre alphabétique, donne, en regard de chacune d’elles, l’indication de l’auteur d’où elle est tirée.
Elle a surtout pour objet d’aider à la collation des diverses éditions, étant le plus sûr moyen de trouver aisément dans l’une un passage relevé dans une autre, par la détermination et la recherche de la citation qui la précède ou de celle qui la suit.
Ces citations, réparties entre 96 auteurs, sont au nombre de 1.308, y compris cinq qui ne figurent que dans l’exemplaire de Bordeaux et trois qui ne se trouvent que dans les éditions antérieures à 1595, dans lesquelles on en relève en outre deux qui y sont reproduites deux fois chacune.
Une annexe donnant la liste alphabétique des auteurs ainsi mis à contribution, suit avec indication du chiffre de leur apport; parmi eux, Cicéron, Lucrèce, Horace, Virgile et Sénèque y occupent de ce fait, et de beaucoup, le premier rang.
Montaigne n’indique jamais la source de ses citations; bien plus, il en change très souvent un ou plusieurs mots, soit pour la mieux approprier à sa pensée, soit encore, mais rarement, par pudeur.
Souvent aussi, il y ajoute un membre de phrase de son crû, ou amalgame deux fragments d’un même auteur ou d’auteurs différents; aussi les recherches, auxquelles se sont particulièrement livrés Mademoiselle de Gournay, Coste, Le Clerc et autres pour adapter à chacune le nom de qui elles émanent, ont-elles dû présenter une certaine difficulté; dans le nombre, trente-six demeurent encore d’origine inconnue.--A noter aussi que Montaigne les détourne très fréquemment du sens qu’elles ont dans le texte d’où il les tire, ou les applique à des sujets tout différents, ce qui, à la vérité, est un procédé en usage de temps immémorial.
A ces mêmes auteurs et à quelques autres, Montaigne a fait bien d’autres emprunts, dont partie sont signalés dans les notes, mais il n’est question ici que des citations proprement dites.
Dans la table, les mots en +égyptienne italique+ sont les premiers de chaque citation; les deux nombres qui suivent indiquent le volume et la page; les astérisques, quand il y en a, marquent qu’elles ont donné lieu à une note; le nom qui vient après, en PETITES MAJUSCULES, est celui de l’auteur; puis, en _italiques_ et généralement en abrégé, celui de l’ouvrage; les nombres qui terminent en indiquent suivant sa nature: le livre, le volume ou l’acte; le chapitre ou la scène; enfin l’alinéa ou le vers selon qu’il y a lieu.
Dans l’annexe, le nombre qui suit le nom de chaque auteur est celui des citations extraites de lui; les autres indiquent l’époque où il a vécu, les dates de sa naissance et de sa mort, date suivie de av., si elle est antérieure à l’ère chrétienne.
Ex. de Bord. signifie: Exemplaire de Bordeaux.
Ed. de 80, 88, ant. signifient: Édition de 1580, 1588, antérieures à 1595.
[C.67] ESSAIS DE MONTAIGNE.
TABLE DES CITATIONS.
(INDICATIONS REPORTANT A L’ÉDITION DITE «SELF-ÉDITION»).
A Socrate_.
+Animus multo.+--(=III=, 510).--Serait de SÉNÈQUE. (Ne se trouve que dans l’ex. de Bord.).
B C _Chercher par =Q= les citations qui ne se trouveraient pas ici._ philosophe converse avec les princes_, c. 5.
D (_Amyot_).
(_Amyot_).
+Distinguo.+--=I=, 608.--Terme de logique.
{=III=, 460.
E +Et se n’aflige.+--(=III=, 26).--Auteur inconnu. (Ne se trouve que dans les éd. ant. à 1595).
+Etiam.+--=I=, 662.--_Sentences_ de PUBLIUS SYRUS.
une seconde fois dans l’éd. de 88, =II=, 60).
F G 1, 12.
I _Chercher par =J= les citations qui ne se trouveraient pas ici._ +Illis est.+--(=III=, 688).--Source inconnue. (Ne se trouve que dans l’ex. de Bord.).