Et, dans le trouble où s’égare mon âme, Je demeure sans voix.
Je n’entends plus, un voile est sur ma vue; Je rêve, et tombe en de douces langueurs; Et, sans haleine, interdite, éperdue, Je tremble, je me meurs!»
=28=, 1, +Cannes+.--Le fait est affirmé par Pline, VII, 54.--Tite-Live en raconte un semblable arrivé après la bataille de Trasimène, perdue l’année précédente (=217=) également par les Romains contre Annibal.
1, +Sophocles+.--Sophocle serait mort de joie, disent les uns, en apprenant le succès d’une de ses pièces; selon d’autres, en avalant un grain de raisin, comme il arriva à Anacréon. On attribue à Sophocle, mort à 90 ans environ, 120 à 130 pièces de théâtre; vingt fois, il avait remporté la palme de la tragédie.--Chilon serait également mort de joie, en embrassant son fils couronné aux Jeux Olympiques.
2, +Tyran+.--Pline (VII, 54) dit que ce fut la joie d’avoir remporté le prix de tragédie qui causa la mort de Denys; Diodore de Sicile, que ce furent les excès de table auxquels il se livra en suite de la satisfaction qu’il en éprouva.--Cette épithète de «tyran» n’impliquait pas, dans l’antiquité comme de nos jours, une idée de cruauté; chez les Grecs, comme chez les Romains, elle désignait un souverain de pouvoir absolu et le plus souvent usurpé.
4, +Decernez+.--En Corse, en =163=, Thalva, ou mieux Thalna, offrait un sacrifice quand il reçut le décret du Sénat qui lui accordait les honneurs du triomphe; il l’ouvrit, le lut et tomba expirant de l’autel.
VALÈRE MAXIME, IX, 12.--Pour obtenir les honneurs du triomphe, il fallait avoir vaincu dans une bataille où cinq mille ennemis au moins avaient été tués, ce qui amenait souvent à continuer le carnage, lors même que déjà on était victorieux.
7, +Mourut+.--En 1521; Léon X venait d’apprendre coup sur coup la reprise de Milan, de Plaisance et, le jour même de sa mort, celle de Parme sur les Français qu’il abhorrait. Sa fin inopinée donna lieu à des soupçons d’empoisonnement que discrètement on s’abstint d’élucider.
GUICCIARDIN, _Hist. d’Italie_, XIV.--Martin du Bellay (l. II) dit assez plaisamment à cette occasion: «Le pape Léon X fut bien aise de mourir de joie.»
11, +Faict+.--Diodore mourut de honte de n’avoir pu répondre sur le moment même à des raisonnements captieux que lui proposait Stilpon.
PLINE, VII, 53.
CHAPITRE III.
14, +Beant+.--Béer, verbe qui avait le sens du mot latin _inhiare_; n’est plus aujourd’hui usité qu’aux participes: bouche bée, bouche béante.
26, +Plus+.--«Le présent n’est jamais notre but; le seul avenir est notre objet; ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons vivre.» PASCAL.--«La nature nous rendant malheureux en tous états, nos désirs nous figurent un état heureux; et, quand nous arriverions à les satisfaire, nous n’en serions pas plus heureux pour cela, parce que nous en aurions d’autres conformes à notre nouvel état.» LA son repos et ses joies...Ce temps arrive qui nous surprend dans les désirs...; on en est là quand la fièvre nous saisit et nous éteint; si on eût guéri, ce n’eût été que pour désirer plus longtemps.» LA BRUYÈRE.
27, +Anxius+.
«...Tant de prudence entraîne trop de soin, Je ne sais pas prévoir les malheurs de si loin.»
RACINE, _Andromaque_...«La prévoyance! La prévoyance qui nous porte sans cesse au delà de nous, souvent nous place où nous n’arriverions point; voilà la véritable source de toutes nos misères.» J.-J. ROUSSEAU, _Émile_.
28, +Congnoy+.--«Un beau mot, dit Platon dans _Timée_, court depuis longtemps dans le monde, c’est que seul le sage s’attache uniquement à ses propres affaires et arrive à se connaître lui-même.»--Cette même idée se retrouve dans ces sentences si souvent reproduites: Γνωθὶ =30=, 4, +L’aduenir+.--Épicure enseignait que le plaisir est le souverain bien de l’homme et que tous ses efforts doivent tendre à l’obtenir; mais il faisait consister le plaisir dans la culture de l’esprit et la pratique de la vertu. Après lui, ses disciples dénaturèrent sa doctrine en l’étendant aux plaisirs des sens, que ses adversaires ont alors présentés comme étant son unique but, ce qu’avec eux la postérité a trop facilement admis. Il expliquait tout par le concours fortuit des atomes, rejetait l’immortalité de l’âme, admettait des dieux, êtres d’une nature supérieure à l’homme, mais leur refusait toute action sur le monde et niait la Providence, prétendant détruire ainsi, par la racine, toute superstition.
6, +Mort+.--Il en était ainsi dans l’Égypte ancienne à l’égard des rois et même des simples particuliers. Tout le monde avait le droit d’accusation, et, si le fait incriminé était prouvé, il entraînait la privation de sépulture légale, c’est-à-dire en rapport avec le rang que le mort avait occupé et dans le lieu que ce rang lui assignait.
DIODORE DE SICILE, I, 6.--«Il est étonnant et regrettable, lit-on dans l’Encyclopédie du XVIIIe siècle, que ceux qui ont imaginé le dogme de l’immortalité de l’âme, ne s’en soient pas servis pour, en même temps, persuader aux hommes qu’ils entendront dans l’autre monde les jugements divers qu’on portera sur eux lorsqu’ils ne seront plus.» Dans ces jugements il ne faut probablement pas comprendre ces panégyriques d’usage, toujours exagérés, quand ils ne sont pas complètement mensongers, prononcés aujourd’hui sur nos tombes.
«Quand un roi fainéant, la vergogne des princes, Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces, Entre les voluptés indignement s’endort, Quoique l’on dissimule, on n’en fait point d’estime.
Et si la vérité se peut dire sans crime, C’est avecque plaisir qu’on survit à sa mort.»
MALHERBE.
On ne saurait dire toutefois que, même de nos jours, la mémoire des Chefs d’État qui, abusant de leur irresponsabilité constitutionnelle, laissent tout faire, échappe à toute sanction. La simple énonciation d’une quelconque de ces mentions, suivant le cas: «Panama, Fachoda, Algésiras, Grèves universelles, Expulsion des congrégations, Suppression de l’enseignement religieux, Confiscation des biens de l’Église, Accroissement des monopoles, Déficit,etc...», au revers d’une médaille à leur effigie, en dira plus à la postérité que toutes les polémiques de l’époque.
7, +Loix+.--Comparaison tirée des corporations de métiers: le maître et le compagnon.
9, +Successeurs+.--A Venise, après la mort d’un doge, on nommait trois inquisiteurs chargés de recevoir les plaintes de ceux auxquels il avait pu faire quelque dommage pécuniaire; ses héritiers en devaient réparation, quelquefois même avec amende.--Il devrait bien en être actuellement ainsi en France, non seulement à l’égard des Chefs de l’État, mais de tout ministre, et cette instruction s’ouvrir dès qu’ils sortiraient de charge et s’étendre sans que jamais il y ait prescription à tous les dénis de justice, quels qu’ils soient, commis aussi bien par action que par omission, c’est-à-dire qu’ils aient commis soit par abus d’autorité, faiblesse, compromis politique et même par ignorance, ou laissés s’accomplir quand leur devoir eût été de s’y opposer; on évincerait peut-être de la sorte de ces fonctions, pour le plus grand bien de la chose publique, nombre de gens sans caractère ou incapables que nous voyons journellement briguer ou accepter ces mandats.
13, +Leur+.--Au ch. XLII de ce même livre (=I=, 492), Montaigne reprend cette même idée: «...le méchant, le bon roy...autant en a l’vn que l’autre».
14, +Roys+.--A moins qu’ils ne commandent le crime, comme fit, en 1572, le vicomte d’Orthez refusant de se prêter, à Bayonne, aux massacres de la Saint-Barthélemy: «Sire, répondit-il à Charles IX, j’ai communiqué le commandement de V. M. à ses fidèles habitants et gens de guerre de la garnison; je n’y ai trouvé que bons citoyens et fermes soldats, mais pas un bourreau. C’est pourquoi eux et moi vous supplions de ne vouloir employer nos bras et nos vies qu’en choses possibles, quelque hasardeuses qu’elles soient.»--D’autres encore se refusèrent à l’exécution des ordres relatifs à ces massacres: parmi lesquels Éléonor de Chabot, gouverneur de la Bourgogne; le marquis de la Guiche, à Macon; le duc de Longueville, en Picardie; Matignon, en Normandie; Saint-Héran, en Auvergne.--Le nombre des victimes fut, dans 32, +Mal+.--Le premier était le tribun militaire Subrius Flavius, le même dont il est question =II=, 145, le second le centurion Sulpitius Afer, tous deux inculpés dans la conspiration de Pison (=65=). TACITE, =32=, 1, +Police+.--Est employé ici et à maintes reprises dans les Essais avec sa signification grecque: πόλις ville, et πολιτεία, république.
8, +Dernier+.--HÉRODOTE, VI, 68.--Postrème et dernier sont synonymes; le premier vient du latin _postremus_ et en a retenu le sens.
8, +Aristote+.--Aristote fut le génie le plus vaste de l’antiquité (=IVe= siècle). Il a embrassé toutes les sciences connues de son temps et en a même créé plusieurs. Pendant un grand nombre de siècles, ses écrits posèrent la borne du savoir humain et jouirent d’une autorité absolue; au moyen âge, notamment, il fut l’oracle des philosophes et des théologiens scolastiques. Il est l’auteur d’un grand nombre de traités, dont les progrès de la science moderne ont démontré la valeur; les principaux portent sur la Logique, la Rhétorique, la Politique, l’Histoire des animaux, la Physique, le Ciel, la génération, le Monde, la Métaphysique. En philosophie, il donne comme base à la science tout à la fois l’expérience et la raison; il démontre l’existence de Dieu qu’il présente comme le centre auquel tout aspire; dans l’art, il ramène le beau à l’imitation de la nature; en morale, il fait consister la vertu dans l’équilibre entre les passions, gardant un juste milieu prévenant tout excès; en politique, il assigne l’utilité comme but à la 10.
21, +Vindicat+.--Montaigne a fait quelque changement au texte latin.
cachée aux assiégés qui ne la connurent que le lendemain quand ils vinrent se rendre; celui qui les en avait sommés en son nom, ayant eu la présence d’esprit de leur déclarer que s’ils ne se décidaient, il était résolu à ne plus avoir de communication avec eux.--Duguesclin, attaché au parti de Charles de Blois qui revendiquait le duché de Bretagne; à la mort de celui-ci, il se mit au service de Charles V qui le soutenait. Vainqueur du roi de Navarre à Cocherel (1364), il fut cette même année battu et fait prisonnier à Auray. Rendu à la liberté, il délivre la France des grandes compagnies en les conduisant en Espagne où il est battu et fait à nouveau prisonnier (1367). Il se rachète une seconde fois, et, rentré en France, il se remet à guerroyer, cette fois avec plein succès, contre les Anglais qu’il avait toujours eus en face de lui, à Auray comme en Espagne; il les chasse de la Normandie et du Poitou et meurt au siège de Château-Rendon (1380).
Ce fut un des plus grands hommes de guerre de France; il avait été fait connétable en 1370 et fut enterré à Saint-Denis.
33, +Craindre+.--En 1515. BRANTÔME, II; GUICCIARDIN, XII.
38, +Corinthiens+.--En =425=, durant la guerre du Péloponnèse. La discussion qui s’éleva à ce propos entre Nicias et ses adversaires portait sur ce que les corps de deux des siens avaient échappé aux recherches de ceux qui, après le combat, avaient été chargés de les enlever, et avaient dû leur être réclamés; cela ne changeait du reste rien au résultat, seule la réputation du général athénien eut à en souffrir. PLUTARQUE, _Nicias_, 2.
39, +Bœotiens+.--En =394=. Le lendemain de la bataille de Coronée qui avait été indécise, les Thébains demandèrent une trêve pour relever et ensevelir leurs morts; Agésilas la leur accorda, considérant cette demande comme une confirmation de sa victoire. PLUTARQUE, _Agésilas_, 6.
41, +Soing+.--Les éd. ant. aj.: _que nous auons_.
=34=, 12, +Zischa+.--Ou mieux Ziska; héros national de la Bohême, avait perdu l’un après l’autre les deux yeux dans différents combats.
13, +Wiclef+.--Un des précurseurs de la Réforme; niait la transsubstantiation, repoussait la confession, la primauté du Pape et la hiérarchie ecclésiastique. Jean Huss, en Bohême, adoptant ses idées, fit des prosélytes qui engendrèrent une guerre civile de 1174 à 1434.
26, +Corps+.--En 1524, au combat de Romagnano (Italie), où, franchissant la Sesia, il était demeuré le dernier pour couvrir la retraite.--Bayard, surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche, réunissait en lui les vertus qu’on admire séparément dans plusieurs hommes de l’antiquité. Il s’illustra dans les guerres de Charles VII, Louis XII et François Ier; ce dernier, pour lui témoigner sa haute estime, voulut être armé chevalier de sa main, sur le champ de bataille de Marignan.--Les détails rapportés par Montaigne sont tirés des Mémoires de du Bellay, II.
34, +Présent+.--Philippe II, roi d’Espagne, fils de Charles-Quint, né lui-même de Philippe le Beau, fils de Maximilien.
38, +Percée+.--Cette critique n’a pas empêché cette façon de faire de se continuer chez certains grands seigneurs, dont les plus titrés, parmi ceux en agissant ainsi, furent le duc de Vendôme sous Louis XIV et le duc d’Orléans, régent de France, sous Louis XV.
=36=, 5, +Profession+.--La profession d’homme de guerre qu’à diverses reprises, au cours de son livre, Montaigne, sans rien préciser et sans que renseigne davantage aucun document autre que son tombeau, laisse entendre comme ayant été la sienne.
7, +Mort+.--Ce ne furent pas les seules excentricités de ce prince, recommandable du reste sous bien des rapports. Il avait fait faire son cercueil, y avait joint le drap mortuaire et tous les objets nécessaires à ses funérailles, le tout disposé dans un coffre dont il avait la clef et que, dans les dernières années de sa vie, on portait à sa suite dans tous ses voyages. A sa mort, occasionnée, comme celle de son père, pour avoir mangé immodérément du melon, il ordonna qu’on lui coupât les cheveux, qu’on lui arrachât les dents, qu’on les broyât et les réduisît en cendres, et que son corps fût enfermé dans un sac rempli de chaux vive.
13, +Religion+.--Cyrus, fils de Cambyse, seigneur perse, et de Mandane, fille d’Astyage, roi des Mèdes, commanda d’abord les armées de Cyaxare, fils et successeur d’Astyage; puis, se rendant indépendant, se fit nommer roi des Perses qui depuis longtemps étaient sous la domination des Mèdes (=560=). Peu à peu, il agrandit son empire, défit Crésus, roi de Lydie, à la bataille de Thymbrée (=548=), et s’annexa ses états; s’empara de Babylone (=538=); hérita de la Médie, et devint ainsi le maître d’un empire qui embrassait la majeure partie de l’Asie.
C’était un prince brave, énergique, qui ne demandait aux vaincus qu’obéissance et tribut, et respectait leurs institutions. On ignore quelle fut sa fin; Xénophon, dont Montaigne adopte la version, le fait mourir âgé, entouré de ses enfants; selon Hérodote, il fut tué dans une expédition contre les Massagètes, peuple de la Scythie, et son corps étant resté entre leurs mains, Thomyris leur reine, dont le fils avait péri peu auparavant, lui fit couper la tête et plonger dans une outre pleine de sang, en disant: «Monstre, abreuve-toi de ce sang dont tu as toujours été altéré» (=530=).--Le fait mentionné ici dans les Essais est relaté par Xénophon (_Cyropédie_, VIII, 7).
14, +Grand+.--L’éd. de 88 porte «grand prince», ce que confirme la suite du récit.
20, +Traicts+.--C.-à-d. sur le point de rendre l’esprit.
25, +Montre+.--De la cérémonie, c.-à-d. la manière dont serait formé le cortège.
33, +Choses+.--Emilius Lepidus était grand pontife et prince du sénat depuis six ans; il prescrivit à ses fils, avant de mourir, de ne consacrer à ses obsèques qu’une somme modique, ne dépassant pas pour chacun dix pièces de bronze, de n’y produire ni son image, ni celles de ses ancêtres et de ne faire montre de luxe d’aucune sorte. TITE-LIVE, _Epitome_ du liv. XLVIII.
=38=, 4, +Charge+.--Var. 88: «Plustost la coustume ordonner de ceste cerimonie, et sauf les choses requises au seruice de ma religion, si c’est en lieu où il soit besoing de l’enioindre, m’en remettray volontiers à la discretion des premiers à qui cette sollicitude tombera en partage», au lieu de: «purement...charge».
10, +Voudrez+.--PLATON, vers la fin du _Phédon_.
31, +Soin+.--Ne s’occupa que du soin.
37, +Supplice+.--En =406=, à l’accusation portée contre eux, en vain ils opposèrent qu’une violente tempête étant survenue, ils avaient été empêchés de rechercher et recueillir leurs morts; ils n’en furent pas moins condamnés. Socrate se trouvant alors être du Sénat auquel il appartenait de sanctionner les arrêts du peuple, ni les clameurs les plus bruyantes, ni les menaces les plus terribles ne purent le contraindre à autoriser de son approbation cet acte de démence publique; son opposition ne put empêcher le peuple de se souiller d’un sang innocent. Ils étaient dix: six furent mis à mort; deux s’étaient exilés volontairement; un était prisonnier des Lacédémoniens; Conon, le dixième, n’avait pas été compris dans l’accusation.--En cette circonstance, comme en tant d’autres, le peuple athénien se prit peu après à avoir honte de sa conduite; celui qui avait porté l’accusation fut mis en jugement et condamné à son tour sans qu’on voulût seulement entendre sa défense; exemple bien typique de la versatilité des foules.
DIODORE DE SICILE, XIII, 31 et 32.
=40=, 1, +Souppe+.--C.-à-d. de la même façon.
8, +Superstition+.--DIODORE DE SICILE, XV, 9.--Sous le règne de Constantin Copronyme, empereur d’Orient, une flotte de 2.600 barques qu’en 766 ce prince avait équipées contre les Bulgares, fut assaillie par un ouragan qui brisa une partie des navires et en submergea une autre; l’empereur passa quatre mois à recueillir les corps flottants sur les eaux et à leur rendre les devoirs funèbres. LEBEAU.
10, +Iacent+.--Cyrano de Bergerac a dit dans le même sens: «Une heure après ma mort, mon âme évanouie Sera ce qu’elle était, une heure avant ma vie.»
18, +Dit+.--La manière dont Montaigne use des documents qu’il met en œuvre, se révèle tout entière dans cette restriction: Le public ou un auteur croit ou dit telle chose. Lui-même n’en est pas aussi sûr, qu’importe? il suffit que cela se prête à sa thèse pour qu’il en use, en laissant la responsabilité à celui de qui émane cette croyance ou cette assertion.
CHAPITRE IV.
26, +Deult+.--Fait mal, endolorit, du latin _dolet_ qui a cette même signification.
26, +Vent+.--N’atteint que le vide. Image tirée d’un terme employé au jeu de paume.
5, +Vain+.--Oisive.
8, +Que+.--Sous-entendu «plustôt», qui se trouve quelques lignes plus haut, et éviter la répétition; ces élisions sont fréquentes dans Montaigne.
la tête d’armées romaines opérant en Espagne contre les Carthaginois, après huit années de hauts faits et de triomphes, abandonnés de leurs alliés, furent tous deux, à un mois d’intervalle, défaits et tués, et leurs troupes sérieusement compromises. TITE-LIVE, XXV, 37.
28, +Athos+.--En =480=, Xerxès fit fouetter l’Hellespont parce que la tempête avait rompu un pont de bateaux qu’il y avait fait établir, et percer le mont Athos pour donner passage à sa flotte et n’avoir pas à le doubler. HÉRODOTE, VII, 24 et 35; PLUTARQUE, _De la colère_.
qu’il avait failli périr au passage de ce fleuve, où un de ses chevaux s’était noyé, entreprit de le dessécher et à cet effet fit creuser trois cent soixante canaux par lesquels ses eaux devaient se perdre.
Hérodote (I, 189) dit qu’il consacra tout un été à cette œuvre de folie et Orose qu’il y employa toutes ses troupes durant une année entière.
d’impression commise dans la première édition et qui a toujours été reproduite depuis: «Caligula, dit Sénèque (_De Ira_, III, 22), fit démolir une très belle maison, dans le quartier d’Hercule, parce que sa mère y avait été détenue en quelque sorte en prison.»
32, +Voysins+.--Probablement Alphonse XI, roi de Castille. CHARLES DE =44=, 6, +Mer+.--En =37=, lors de sa guerre contre Sextus Pompée, durant laquelle, la tempête ayant dispersé sa flotte, il fut battu près du cap Scylla (pointe S.-O. de l’Italie). SUÉTONE, _Auguste_, 16.
11, +Allemagne+.--En l’an =9=, Varus, attiré dans une embuscade par les Germains, y périt avec trois légions romaines.
18, +Titanienne+.--C.-à-d. comme avaient fait les Titans révoltés contre les dieux.
19, +Plutarque+.--Dans son traité _Du Contentement ou Repos de l’esprit_, 4.
CHAPITRE V.
23, +Parlementer+.--C’est deviser, conférer, entre deux ou plusieurs, sur quelque affaire; se dit ordinairement des pourparlers en vue de la capitulation d’une place assiégée.
30, +Sénat+.--Constituait à Rome le premier corps de l’État. Institué par Romulus, il comprit d’abord cent membres, dont le nombre s’éleva progressivement jusqu’à mille sous César, mais qui avant et après lui n’était que de six cents, ce qui semble avoir été le plus généralement.
Les sénateurs étaient nommés à l’élection, mais le furent aussi parfois par les consuls, les censeurs ou tout autre exerçant le pouvoir suprême; ils devaient avoir une fortune de 800.000 sesterces (163.000 fr.) sous la République et de 1.200.000 (244.000 fr.) sous l’Empire; le sénateur porté le premier sur la liste était appelé Prince du Sénat.
=46=, 2, +Bataille+.--En =170=. Le procédé de L. Marcius n’en fut pas moins finalement approuvé par le sénat; ses atermoiements avaient empêché Persée de profiter de l’avance considérable de ses préparatifs et firent que l’année suivante la guerre se terminait par sa ruine complète. TITE-LIVE, XLII, 37; il le nomme Quintus, au lieu de Lucius.
3, +Medecin+.--En =275=. Pyrrhus, venu en Italie au secours des Tarentins, avait déjà remporté une victoire sur les Romains, quand son médecin leur offrit de les débarrasser de leur ennemi en l’empoisonnant. Le consul Fabricius dénonça au roi cette offre de trahison, et celui-ci, plein d’admiration, lui renvoya sans rançon les prisonniers qu’il avait faits, y joignant des propositions de paix. Les Romains lui renvoyèrent le même nombre de Samnites et de Tarentins, ses alliés, qui étaient en leur pouvoir, et, pour le reste, lui déclarèrent qu’ils ne pouvaient traiter, tant qu’il n’aurait pas évacué l’Italie.
PLUTARQUE, _Pyrrhus_.
4, +D’escole+.--En =394=, se trouvant en guerre avec les Romains, et ceux-ci assiégeant leur ville Faleries (auj. Sainte-Marie de Falari), leur maître d’école amena à leurs ennemis pour les leur livrer et contraindre ainsi la ville à se rendre, les enfants des principaux citoyens confiés à ses soins. Camille qui, en qualité de dictateur, commandait l’armée romaine, refusa cette offre criminelle, fit dépouiller le traître de ses vêtements et ramener par ses élèves à coups de verge; touchés de cette noble action, les Phalisques firent leur soumission. PLUTARQUE, _Camille_.
11, +Sentence+.--80 et 88 port.: _Si est-ce que le Senat Romain à qui le seul aduantage de la vertu sembloit moyen iuste pour acquerir la victoire, trouua cette pratique laide et deshonneste, n’ayant encore ouy sonner à ses oreilles cette belle sentence_, au lieu de: «Si est-ce...sentence».
25, +Vaincre+.--Plus conséquentes que les gens de Ternate, et tenant qu’à la guerre le succès seul est à considérer et que rien ne doit être négligé pour l’obtenir, les nations modernes, dites civilisées, non seulement mettent en œuvre à cet effet tous leurs moyens, mais cherchent encore à en dérober la connaissance à toutes autres, nos amis d’aujourd’hui pouvant être nos ennemis de demain.--Pour en atteindre le but qui est l’anéantissement aussi rapide et aussi complet que possible de l’ennemi, tout est bon sauf la déloyauté; et encore, si chacun, à cet égard, est d’accord en théorie, la divergence est immense dans la pratique; et seul a tort celui qui sera vaincu, au point que s’accentue chaque jour davantage la tendance d’attaquer sans même faire de déclaration de guerre. Cela, à la vérité, s’est vu de tous temps: en Europe, dans ces deux derniers siècles, on ne compte pas moins de 110 cas où les hostilités ont commencé sans déclaration ou avant toute déclaration; c’est notamment dans ces conditions que les Anglais, coutumiers du fait plus que tous autres, détruisirent en 1718 la flotte espagnole, en 1807 bombardèrent Copenhague, et en 1900 ont failli en user à notre endroit lors de l’incident de Fachoda; c’est aussi ce qu’ont fait les Japonais à l’égard des Russes en 1904. Cette pratique est éminemment regrettable pour la paix du monde et la fortune publique; elle ruine les États en les obligeant à être constamment en armes et risque de faire dégénérer toute question en éventualité de guerre. Elle est une tentation continue pour ceux sans scrupule, par l’avantage que peut donner un jour ou deux d’avance sur l’adversaire dont cela déroute les prévisions, trouble la mobilisation, restreint les ressources, en livrant à l’envahisseur celles des territoires sur lesquels il a inopinément pénétré. Aussi quelle infériorité pour ceux chez lesquels le droit de déclarer la guerre est, à si juste titre, soumis à l’assentiment du pouvoir législatif!--Étant donné qu’elle est sans cesse menaçante et peut aboutir à la ruine, il nous faut être forts, très forts, le plus forts possible et toujours prêts, mais en outre il serait à souhaiter que la responsabilité de ceux investis du pouvoir de l’engager fût rendue aussi effective et afflictive que possible. Pour cela, nous souhaiterions qu’il s’introduisît dans nos idées que les chefs d’État et membres de gouvernement, dont les agissements l’ont amenée, méritent de payer de leur vie ce forfait, sont de ce fait voués à tout jamais à la vindicte publique, et que tout attentat contre eux est œuvre pie. Puissions-nous voir des associations (voire même internationales, ce serait bien ici le cas), sorte de Tugend-bund, se former et propager cette doctrine et faire des prosélytes, et il n’en manquerait pas, que n’arrêteraient point sa mise en application, rendue facile avec les progrès de la science à qui a fait le sacrifice de sa vie! Devant les risques personnels auxquels ces mandataires des peuples, abusant de leurs mandats, se trouveraient de la sorte exposés, il est à croire qu’ils se montreraient plus circonspects. C’est là, dira-t-on, une provocation à l’assassinat; j’en conviens, mais c’est le seul moyen de conjurer ce fléau, la plupart du temps déchaîné ou accepté d’un cœur léger et sans raison suffisante, en admettant qu’il en existe en dehors d’une invasion; de plus, qu’est-ce que le meurtre d’une douzaine de grands coupables, auprès de celui de cent, deux cent mille innocents tombant de part et d’autre par la faute de ces criminels et des ruines, quelle que soit l’issue de la lutte, si considérables et de toute nature pour le pays et les individus dont ils sont cause! Guerre à la guerre! G.
M.--En ces dernières années, un Congrès international permanent de la paix, auquel toutes les nations ont adhéré par pudeur plutôt que par conviction, s’est constitué à La Haye sur l’initiative de Nicolas II, empereur de Russie. L’intention est excellente, mais faute de sanction efficace possible, il est douteux que les résultats en soient jamais de quelque importance. De fait, on n’y a guère obtenu jusqu’ici que la consécration du principe de l’arbitrage, auquel on avait déjà recours auparavant, et qui n’a chance de prévaloir que pour des questions de peu d’importance.--On a proposé qu’en cas de conflit arrivant à l’état aigu, les hostilités ne puissent s’ouvrir avant un délai de quinze ou vingt jours, durant lequel les gouvernements amis pourraient intervenir et essayer de régler le litige à l’amiable. En cas de non-consentement à cet ajournement des hostilités, la nation opposante serait mise à l’index, ce qui comporterait l’impossibilité, pour elle, de recevoir, pendant toute la durée de la guerre, aucune aide financière ou commerciale, de la part des autres puissances signataires. L’adoption de cette proposition constituerait assurément un grand progrès humanitaire, mais outre qu’elle ralliera difficilement l’unanimité des suffrages, la pénalité qui s’y trouve introduite, en supposant qu’elle ait l’efficacité qu’on lui prête, ne serait-elle pas aisément éludée?--D’autres prônent la réduction des armements; il est peu probable que cette proposition chimérique puisse même être présentée.
Sur quelles bases opérer avec tant d’éléments et d’intérêts dont il faudrait tenir compte et sur lesquels l’accord ne se fera jamais? Et puis, il est si facile par des dispositions accessoires de modifier le fond des choses: la Prusse limitée dans ses armements par le traité de Tilsitt n’est-elle pas arrivée à mettre en ligne, cinq ans après, des effectifs bien supérieurs à ceux qu’elle avait présentés jusqu’alors?
29, +Martinella+.--Du nom de Saint-Martin, dérivé lui-même de Mars, dieu de la guerre; maîtresse cloche dont on usait en cas d’alarme.--De là, le mot de Pierre Capponi, premier secrétaire de la république de Florence, qui, déchirant le papier où étaient écrites les conditions que lui faisait Charles VIII, s’écria: «Eh bien! s’il en est ainsi, sonnez vos trompettes, nous sonnerons nos cloches!» SISMONDI, _Hist.
des républiques italiennes_, XII.
celle du lion, c’est ajouter la ruse à la force.
=48=, 7, +Mousson+.--Pont-à-Mousson, contre le duc de Nassau, en 1521.
Cette reddition eut lieu dès que l’artillerie de l’assiégeant se fit entendre; la garnison, composée de nouvelles levées, effrayée, ayant obligé ses deux chefs à entrer en pourparlers. Non seulement ceux-ci eurent la faiblesse d’y consentir, mais ils commirent encore la faute qui leur est reprochée ici de sortir tous deux de la place et de se rendre au camp ennemi pour parlementer. DU BELLAY, I.
18, +Ville+.--En 1521, alors que nous étions maîtres du duché de Milan. Regge, ville des États de l’Église, à peu de distance de là, était le refuge de tous ceux que nous avions bannis; ils devaient nous être livrés. Pour les obtenir, le maréchal de Foix, seigneur de l’Escut, vint sommer Guy de Rangon, qui était gouverneur de la place, de les lui remettre; c’est pendant les pourparlers que se produisit cette échauffourée dont le résultat fut que nous n’obtînmes pas satisfaction. DU BELLAY, I; GUICCIARDINI, XIV.
28, +Anglois+.--En 1359. Le château était abondamment pourvu et les assiégés ne se doutaient pas qu’il fût si complètement sapé. FROISSART, I, 209, où le capitaine anglais a nom de Brunes.
CHAPITRE VI.
=50=, 7, +Pieces+.--En 1569. La ville était assiégée par les Catholiques commandés par le comte de Brissac qui y fut tué. La capitulation portait que la garnison aurait la vie sauve; mais, furieux de la mort de leur chef, les vainqueurs la massacrèrent dès qu’elle fut hors de vue de la place.
26, +Militaire+.--En =190=. La ville avait, quelques jours avant, subi un assaut qu’elle avait repoussé. Régillus, voyant ses efforts impuissants à arrêter le pillage, s’efforça de sauvegarder la vie des habitants; et, quand l’ordre fut rétabli, il s’appliqua à réparer de son mieux le préjudice qu’ils avaient subi. TITE-LIVE, XXXVII, 32.
31, +Subtilité+.--Vers l’an =600=. Cléomène avait conclu avec les Argiens une trêve de huit jours; la troisième nuit, il reprit les hostilités. Sa mauvaise foi ne lui fut en effet d’aucune utilité; il avait pensé, après ce mauvais coup, surprendre la ville d’Argos, mais les femmes, détachant des temples les armes qui s’y trouvaient en trophée, coururent aux murailles et le repoussèrent. PLUTARQUE, =52=, 3, +Romaine+.--L’an =214=. Casilinum était assiégée par les consuls Fabius et Marcellus; l’année précédente, Annibal s’en était rendu maître à la suite d’un siège mémorable. TITE-LIVE, XXXIV, 19.
9, +Xénophon+.--Dans la Cyropédie.--Xénophon débuta dans la guerre du Péloponnèse, où il se distingua; il fit partie des contingents grecs à la solde de Cyrus le Jeune contre son frère Artaxerxès et il en dirigea la retraite, connue sous le nom de «Retraite des dix mille»; plus tard, il combattit à Coronée contre ses concitoyens qui l’avaient banni et ne le rappelèrent que 25 ans après, ce qu’il n’accepta pas. Il est l’auteur de nombreux ouvrages historiques, politiques et philosophiques, parmi lesquels: l’Anabase ou Retraite des dix mille, la Cyropédie, les dits mémorables de Socrate; c’est lui qui publia l’histoire de Thucydide, restée jusque-là inconnue, et qu’il a continuée. Son style est d’une élégance et d’une douceur exquises, parfois cependant diffus et languissant. Comme philosophe, il est l’interprète le plus fidèle des doctrines de Socrate, dont il avait été un des disciples préférés.
14, +Cappoüe+.--En 1501. La ville avait résisté à une première attaque. Assiégée une seconde fois, elle se résolut à capituler; mais, pendant les pourparlers, la garnison épuisée par de longues veilles s’étant relâchée de sa surveillance, les Français surprirent une des portes et pendant plusieurs jours ce ne fut que meurtre et pillage.
Un grand nombre de femmes s’étaient réfugiées dans une tour. César Borgia, fils naturel du pape Alexandre VI, qui marchait avec nous, se les fit toutes amener et choisit les quarante plus belles qu’il envoya à son palais, à Rome, pour y constituer son sérail. SISMONDI, _Hist.
des républiques italiennes_.--En 1705, à Barcelone, lord Péterboroug, en pareille occurrence, agit tout autrement: Il traitait de la capitulation de la ville, lorsque les Anglais, profitant du moment, s’y introduisirent par surprise. Lord Péterboroug aussitôt, suspendant les pourparlers, entre dans la ville, court à ses troupes, leur fait honte, parvient à les ramener et reprend les négociations. SERVAN.
20, +Saisie+.--En 1542. Yvoy fut pris par le duc d’Orléans, un pan de mur étant venu à s’écrouler. Cet accident, dont les assiégeants profitèrent sur-le-champ, s’est-il produit pendant les pourparlers et est-ce à cela que se rapporte le fait, je ne saurais le dire.