600 soldats qui n’avaient pas bien fait leur devoir devant l’ennemi à traverser le camp accoutrés en femmes, ce qui leur fut si sensible qu’au premier combat qui suivit, ils effacèrent leur honte par des prodiges de valeur. LEBEAU.
loi romaine qui punissait de mort les débiteurs, peine à laquelle l’empereur Septime-Sévère substitua la vente de leurs biens.
26, +Anciennes+.--En =363=. L’empereur Julien étant en opérations contre les Parthes et trois de ses escadrons ayant fui après un combat insignifiant, en abandonnant à l’ennemi un de leurs étendards, leur fit application des lois anciennes et les décima, dégradant, avant de les faire mettre à mort, ceux que le sort avait désignés. Ce fut là un acte exceptionnel de sa part; en d’autres cas analogues, il s’était montré beaucoup moins rigoureux (V. N. =I=, 90: Honte). Peut-être la gravité des circonstances nécessitait-elle un exemple. AMMIEN MARCELLIN, XXIV et XXV.
31, +Mort+.--Ce Cn. Fulvius était préteur; lui aussi en =215=, peu après la bataille de Cannes (=216=), subit en Apulie, du fait d’Annibal, une sanglante défaite dans laquelle il perdit 16.000 h.
cavaliers. Aux soldats échappés à ces deux désastres le Sénat romain infligea, comme châtiment, d’être relégués en Sicile et d’y servir jusqu’à la fin de la guerre, avec défense d’hiverner dans les places fortes et de camper à moins de dix milles (20 kil.) de quelque ville que ce fût. TITE-LIVE, XXV et XXVI, 2 et 3.
37, +Espagnols+.--En 1523. Franget allégua, pour sa défense, une conspiration qui s’était formée dans le but de livrer la ville; admis à le prouver, il n’y parvint pas. DU BELLAY, II.
41, +Entra+.--En 1536. La ville de Guise devait être évacuée, et le château demeurer seul occupé. Les Espagnols la surprirent pendant que l’évacuation s’effectuait, et bien que le château eût eu le temps de fermer ses portes, il n’en capitula pas moins à première sommation. DU BELLAY, VII.
CHAPITRE XVI.
Ce chapitre porte le nº XVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
=92=, 5, +Voyages+.--Montaigne aimait beaucoup les voyages; il en a fait d’assez fréquents en France, et en a accompli un de dix-huit mois en 1580-81 en Italie par la Suisse et l’Allemagne, dont il a laissé un journal écrit partie en français, partie en italien; en partie dicté, en partie de sa main.
1684), avait mis à profit cette leçon de Montaigne, et toujours il ramenait la conversation sur ce qui était l’occupation de son interlocuteur, parlant peinture avec Philippe de Champagne, philosophie avec Pascal, etc.--Le général Desvaux (1810 à 1887) qui, en Algérie, développa si grandement la colonisation dans la province de Constantine et y introduisit la construction des puits artésiens d’après nos procédés, le même qui, en 1870, à Metz, chef par intérim de la Garde impériale, dont il commandait la cavalerie, fut le seul à se déclarer contre la capitulation, dans le conseil de guerre où elle fut décidée, agissait de même.
11, +Armenti+.--Traduction italienne d’un passage de Properce, II, I, 43, dont le texte latin est: _Navita de ventis, de tauris narrat arator: Enumerat miles vulnera, pastor oves._ était plus porté à se targuer de ses connaissances assez faibles en géométrie et en astronomie que de ses talents littéraires; Diderot était dans le même cas; le peintre David se croyait législateur; l’abbé Delille voulait parler d’histoire naturelle; le Jésuite Daniel, se connaître en détails stratégiques; Frédéric II, être poète; le peintre Carteaux et le médecin Doppet, sous la Révolution, être généraux en chef.
21, +Ingenieur+.--Allusion au pont que César fit construire sur le Rhin, pour le passage de ses troupes en Allemagne, construction sur laquelle il s’étend volontiers dans ses Commentaires, _De Bello Gallico_, IV, 17; Montaigne y revient au ch. XXXIV du liv. II (V. N.
=II=, 650: Rhin).
24, +Guere+.--DIODORE DE SICILE, XV, 6.--Ce fut aussi le travers du cardinal de Richelieu.
26, +Estude+.--Cabinet de travail; le mot étude est employé ici dans le même sens que l’on dit aujourd’hui: étude d’avoué, de notaire.
29, +Vis+.--Montaigne avait d’abord écrit: «la vis par où il estoit monté», texte qu’il a ensuite modifié, mais qui ne laisse aucun doute sur la signification du mot «vis» qui n’est autre ici qu’un escalier tournant.
=94=, 14, +Conduire+.--Si Montaigne eût vécu de notre temps, il eût pu ajouter: «Quant à ceux, si nombreux aujourd’hui, qui font profession d’écrire sur tout, leur style est souvent leur seul mérite; la plupart du temps il n’y a rien à puiser dans leurs écrits; bien plus, il faut s’en défier. Ne connaissant rien à fond de ce dont ils parlent, ils ne peuvent en juger que superficiellement: la compétence leur fait défaut, si grande que soit leur assurance, sans compter qu’ils n’ont pas plus souci de la vérité et de l’exactitude, que du mal qu’ils font sciemment ou inconsciemment.»
16, +Langey+.--Guillaume du Bellay, seigneur de Langeais.
23, +Soldats+.--«Et subjects». Add. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux.
27, +Batteau+.--En 1536. Ce consistoire ne fut à proprement parler qu’une audience publique du Pape, où l’Empereur arriva inopinément, mais avec l’idée préméditée d’y défier François Ier. Ce défi était un des trois moyens qu’il suggérait pour terminer leurs différends: la guerre, l’accession à ses revendications, le combat singulier; les duchés de Bourgogne et de Milan, qu’il réclamait, devaient être dans ces diverses éventualités le prix du vainqueur. DU BELLAY, V.--Quel malheur que les chefs d’États ne règlent pas toujours leurs différends en combat singulier, comme le proposait Charles-Quint, au lieu de recourir à la guerre! ce serait au moins un cas où le duel aurait du bon et il n’en serait pas pour cela beaucoup plus fréquent.
=96=, aussi emprunté le fait suivant.
14, +Heureux+.--Parce qu’il était très riche, très noble, très éloquent, fort savant sur le droit et souverain pontife. AULU-GELLE.
37, +Decret+.--Cette observation de Montaigne est juste. C’est ainsi qu’à la guerre, il est de principe que celui qui est sur place est maître absolu de ses faits et gestes, tout en se conduisant, dans les limites du possible, suivant les instructions qu’il a reçues; et c’est à l’inobservation de cette règle que, dans la deuxième partie du XVIIIe siècle, les armées autrichiennes, recevant leur direction du Conseil aulique siégeant à Vienne, ont dû d’éprouver de nombreux revers. Le maréchal Pélissier, à Sébastopol, en 1855, harcelé par les recommandations et instructions qui lui venaient pareillement de Paris, y mit fin en menaçant de couper le cable télégraphique qui le reliait à ceux qui avaient la prétention de le tenir ainsi en lisière. Ceci nous amène à cette question si délicate de l’emploi souvent abusif qui est fait de l’armée en temps de paix et des droits et devoirs de chacun en pareil cas: «On ne peut commander et on ne doit obéir que pour le bien du service et l’exécution des règlements militaires; cette règle régit tous les échelons, y compris le Ministre de la guerre et le Gouvernement lui-même.
«L’obéissance indiscrète outrepasse les ordres; l’obéissance imparfaite s’y tient strictement; l’obéissance parfaite obéit en tout ce qui est permis; or, il n’est permis à personne, non plus qu’au Gouvernement et à ses représentants, d’enfreindre les lois fondamentales de l’humanité, de rien faire au delà des limites assignées par les règlements, ni au delà de ce que permet l’honneur.
«L’armée n’a pas à assurer en temps habituel l’exécution des lois; ses occupations, comme ses devoirs, sont autres: la cavalerie n’est pas lancée à la poursuite des voleurs, caissiers et autres; l’infanterie ne procède ni aux arrestations, ni aux transferts de prisonniers; l’artillerie ni le génie ne détruisent les bâtiments destinés à disparaître: rien de tout cela ne regarde les militaires; pour toutes ces besognes, il y a des agents spéciaux.
«Dans cet emploi irrégulier de l’armée, sa participation à toutes les inaugurations, à toutes les fêtes, à toutes les expositions, est pour beaucoup; on est arrivé à la considérer comme bonne à tout faire.» G{al} Donop.
Notons encore que chacun, dans l’accomplissement de la mission qu’il a reçue, n’a d’instructions à recevoir que de son chef direct; nul autre Ces principes consacrés par le bon sens, étaient jadis confirmés d’une façon péremptoire par les règlements; mais ceux-ci ont été à cet égard quelque peu modifiés récemment pour avoir raison des résistances que rencontraient des exigences abusives; ici comme ailleurs, quand la politique sectaire s’en mêle, rien de ce qui devrait l’être, n’est plus respecté.
CHAPITRE XVII.
Ce chapitre porte le nº XVIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
=98=, 4, +Passion+.--La peur est naturelle à l’homme, peu d’entre eux l’ignorent; le plus grand nombre finit par en triompher, le lâche est celui qui s’y abandonne.
8, +Esblouissements+.--«De tous les animaux, a dit le prince de Ligne, l’homme est le plus peureux.»
8, +Vulgaire+.--Il n’y a pas que le vulgaire à subir des impressions irraisonnées; les esprits forts n’en sont point exempts. Hobbes, qui s’est élevé si énergiquement contre l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme, telles que la religion nous les présente, ne pouvait sans crainte des revenants traverser un cimetière; à cette époque, XVIIe siècle, pas plus en Angleterre qu’en France, les cimetières n’étaient clôturés.
13, +Corselets+.--Petites cuirasses que portaient les piquiers dans les régiments des gardes et dont le nom s’étendait à ceux qui en étaient revêtus.
14, +Rouge+.--Croix blanche et croix rouge. La croix, depuis les croisades, était fréquemment employée en guerre, dans la catholicité, par les nations adverses pour distinguer les belligérants. A la bataille de Bouvines (1214), les Flamands et les Allemands, opposés aux Français, avaient, pour se distinguer, adopté une croix rouge; au XVIe siècle, la croix blanche était le signe distinctif des Français, la croix rouge celui des Espagnols.
23, +Campaigne+.--En 1527. Le connétable de Bourbon, opérant pour son propre compte à la tête de partisans auxquels il avait promis le pillage de Rome, exécutait la reconnaissance de la place; l’acte de cet enseigne lui révéla l’existence de cette brèche, par laquelle il fit immédiatement donner l’assaut qui réussit, mais où il trouva la mort.
DU BELLAY, III.
27, +Canonniere+.--Embrasure ou ouverture ménagée pour le tir du canon. Il est vraisemblable que c’est là une faute d’impression commise en 1580, qui s’est reproduite d’édition en édition et qu’il faut lire «caponière», sorte de retranchement élevé pour couvrir un passage ou une sortie dans les ouvrages de fortification.
27, +Assaillans+.--En 1537. Il s’agit ici du siège de Saint-Pol, en Artois. La ville fut emportée d’assaut; cinq mille personnes, tant de la garnison que des habitants, périrent dans les massacres qui suivirent. Guillaume du Bellay, qui raconte le fait (liv. VIII), dit: «Et celuy-cy ie le vey»; il fut également témoin du suivant qui se trouve consigné au même livre de ses Mémoires.
=100=, 1, +Partoit+.--L’an =3=. Germanicus, après avoir rendu les derniers devoirs aux légions de Varus détruites en ce même endroit six ans auparavant, continuait la poursuite des Germains, lorsque, arrivée à une forêt où Arminius avait fait cacher les siens, la cavalerie romaine fut assaillie à l’improviste et rejetée sur l’infanterie qui la soutenait; le désordre, se propageant, menaçait de se transformer en désastre, quand Germanicus, arrivant avec le corps de bataille, parvint 10, +L’empire+.--En 832, en Cappadoce. «Il vaut mieux, lui dit-il, que vous perdiez la vie que si, étant prisonnier, vous faisiez éprouver un si grand déshonneur à la République.» Grâce à cette intervention de Manuel, l’empereur échappa aux mains de l’ennemi; mais, à l’encontre de Montaigne, Zonaras (liv. III), d’où le fait est tiré, donne ce parti pris de ne point fuir, comme un trait de valeur inconsidéré de Théophile, et non de frayeur.
12, +Vaillance+.--«Son courage est peut-être un effet de la peur.»
CORNEILLE, _Théodore_.
14, +Hannibal+.--Son père lui avait fait jurer une haine implacable aux Romains. En =219=, il ralluma la guerre contre eux en prenant et saccageant en pleine paix la ville de Sagonte (Espagne), leur alliée. Puis, franchissant les Pyrénées, le midi de la Gaule et les Alpes, il les vainc à la Trébie, au Tessin, au lac Trasimène (Italie septentrionale), enfin à Cannes (Italie méridionale) en =216=. La fortune cessa dès lors de lui être favorable, et, après s’être maintenu quatorze ans en Italie, sans autres hauts faits, il dut repasser en Afrique pour aller défendre Carthage menacée. Vaincu à Zama (=202=), pour ne pas tomber aux mains des Romains, il s’exile en Asie Mineure, où il ne cesse de leur fomenter des ennemis, et finalement s’empoisonne pour ne pas leur être livré.
19, +Victoire+.--Bataille de la Trébie, en =218=. TITE-LIVE, XXI, 56.
après sa défaite à Pharsale, Pompée y fut assassiné, au moment où il débarquait, par des soldats du roi Ptolémée envoyés à sa rencontre comme pour lui faire honneur; sa tête fut portée à César qui versa des larmes à cet aspect, et peu après punit les meurtriers.
=102=, 7, +Discours+.--C.-à-d. qui n’est pas causée par une erreur de notre jugement, en est indépendante et se produit en dépit de lui.
15, +Ire+.--Colère, du latin _ira_ qui a même signification.
15, +Dieux+.--Ces paniques qui furent assez fréquentes à Carthage, notamment durant ses guerres avec les Syracusains qui, passés inopinément en Afrique, avaient failli surprendre la ville (vers l’an =400=), étaient considérées par elle, concurremment avec les défaites qu’elle éprouvait, comme autant de manifestations de la colère des dieux qu’ils cherchaient à apaiser par des sacrifices humains. DIODORE DE SICILE, XV, 7.
16, +Paniques+.--Ainsi nommées de ce qu’elles passaient comme inspirées, le plus ordinairement, par Pan, le dieu des champs par excellence.--Les paniques sont des défaillances collectives qui se produisent sans même qu’on sache pourquoi; parfois elles sont amenées par une surprise de l’ennemi, très souvent elles naissent sur les derrières de l’armée, elles sont de tous les temps; on en constate chez tous les peuples, quoique l’histoire ne les énumère guère, mais on n’aime pas à parler des siennes et on ignore celles survenues chez l’adversaire. Chez nous, durant les vingt-trois ans qu’a duré l’épopée révolutionnaire, on en a relevé jusqu’à trois cents. Souvent elles sont l’effet d’un énervement prolongé et c’est ce qui fait qu’elles se produisent fréquemment le soir ou le lendemain d’une action, même chez le vainqueur, comme chez nous à Wagram à la fin de la bataille, et le lendemain à Solférino (1859); chez les Prussiens, le soir du 18 août 70; à Iéna, en 1806, les mêmes en éprouvèrent une deux ou trois jours avant la bataille.--Le cheval y est sujet plus encore que l’homme.
(Général Daudignac).
CHAPITRE XVIII.
Ce chapitre porte le nº XIX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
17, +Mort+.--Montaigne a déjà effleuré ce sujet au ch. III de ce même livre.
19, +Debet+.--Saint-Ange a donné de ces vers d’Ovide la traduction suivante: «...Nul homme, certain d’un bonheur sans retour, Ne peut se croire heureux avant son dernier jour.»
29, +Diuers+.--C’est ce qu’après Solon, Sophocle a donné comme conclusion de sa tragédie d’_Œdipe à Colone_, et que Ducis a rendu de la sorte: «C’est pourquoi, jusqu’au jour qui termine la vie, Ne regardons personne avec un œil d’envie; Peut-on jamais prévoir les derniers coups du sort?
Ne proclamons heureux nul homme avant sa mort.»
Un proverbe italien dit dans le même sens: «Louez la vie après la mort, et le jour quand il est nuit.»--Un autre, français celui-là, dit de même: «Attends le soir pour louer un beau jour, attends la mort pour louer une belle vie.»
33, +Rome+.--Philippe, un des fils de Persée, roi de Macédoine, fut réduit, après la conquête de ce royaume par les Romains (=167=), à se faire menuisier, et postérieurement devint greffier à Rome; ce qui fait attribuer par Montaigne ce double changement de fortune à deux individus différents.
=104=, 1, +Corinthe+.--Denys le Jeune, tyran de Syracuse, en ayant été chassé, se retira à Corinthe, où, pour subsister, il se fit maître d’école, =343=.--En 1793, lors de la Révolution, le duc d’Orléans, depuis Louis-Philippe roi de France, donna pendant huit mois, pour pouvoir vivre, des leçons de mathématiques et de géographie, à Reiguenau (Suisse).
8, +Marché+.--Sous le règne de Louis XII, qui l’y avait fait enfermer (1500); on montre encore dans les ruines du château la chambre, en contre-bas du sol, où il fut détenu.
10, +Cruauté+.--Marie Stuart, reine d’Écosse, qui passait pour la plus belle femme de son temps. Veuve de François II, roi de France, elle fut décapitée par ordre d’Élisabeth, reine d’Angleterre, après dix-huit ans de captivité (1587), alors que son fils, qui devait succéder à Élisabeth sur le trône d’Angleterre, occupait celui d’Écosse; du reste, au point de vue de la moralité, la victime valait encore moins que le bourreau, mais le malheur lui a fait une auréole.
25, +Fuit!+--Laberius, chevalier romain, sur les instances de César auquel il n’osa refuser et moyennant une somme de 500.000 sesterces (10.000 fr., le petit sesterce valait 0 fr. 20), dut jouer lui-même, sur le théâtre, certaines des pièces qu’il avait composées. Il se vengea de cette humiliation dans un prologue (dont est tirée la citation de Montaigne), où il déplore ce caprice d’un homme puissant qui commande non seulement quand il invite, mais encore quand il prie, et, en lançant cette épigramme mise dans la bouche d’un de ses personnages: «Désormais, Romains, nous avons perdu la liberté!» dite en public, en présence même de César.
28, +Reglee+.--«Le bonheur n’est pas chose aisée; il est très difficile de le trouver en nous, et impossible de le trouver ailleurs.»
=106=, 1, +Passées+.--Voltaire appelle le moment de la mort: «celui où les 6, +Alors+.--Scipion, beau-père de Pompée, auquel une vie de débauche et de nombreuses exactions étaient à reprocher, se trouva par des vents contraires rejeté sur la côte d’Afrique et son bateau bientôt envahi par les ennemis qu’il fuyait. Ceux-ci, qui ne le connaissaient pas, le cherchant et demandant où était le général: «Le Général, leur répondit-il, est en sûreté», et sur ces mots, il se perça de son épée (=46=).--Ce que Montaigne dit ici de ce Scipion, d’après Sénèque, _Epist._ 24, on pourrait le dire également de l’empereur Othon dont la mort, après la bataille de Bebriac (69), fait presque pardonner la mollesse et les débauches de sa vie et dont Tacite dit: «Les autres ont conservé plus longtemps le pouvoir, personne ne l’a quitté avec plus de courage et de sérénité.»--Ces exemples témoignent de la justesse de cette observation de Vauvenargues: «On ne peut juger de la vie par une plus fausse règle que la mort.»
16, +Croist+.--De sa croissance, à la fleur de son âge, disons-nous aujourd’hui.--«Celui qu’aiment les dieux, meurt jeune.» MENANDRE.
21, +Course+.--Il semble qu’il soit ici question de Henri de Lorraine, dit le Balafré, duc de Guise, qui aspirait au trône de France et était sur le point d’y parvenir, quand il fut assassiné à Blois, par ordre de Henri III (1588); précisément à l’époque ou peu après, Montaigne a dû écrire ces lignes qui ne se trouvent pas dans l’édition parue cette même année.
CHAPITRE XIX.
Ce chapitre porte le nº XX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
24, +Mourir+.--Charron qui, dans tout le cours de son traité de la Sagesse, a copié Montaigne, ne lui a fait nulle part des emprunts aussi étendus et aussi multipliés que dans ce chapitre et dans le chapitre III du livre II (Coustume de l’isle de Cea); on peut s’en assurer en lisant particulièrement son ch. XI du liv. II, intitulé: «Se tenir toujours prêt à la mort, fruit de la sagesse.»
26, +Mort+.--«Toute la vie des philosophes, disait Socrate, est une continuelle méditation de la mort.» PLATON, dans le _Phédon_; CICÉRON, _Tusc._, I, 31.
=108=, 1, +Escriture+.--«J’ai reconnu que rien ne vaut mieux que de se réjouir et de se donner du bien-être pendant la vie.» ECCLÉSIASTE, III, 12.
10, +Mesme+.--«La vertu est la disposition ferme et continue de l’âme à faire le bien et à fuir le mal; mais de même que le soleil a des taches, la vertu a des défaillances, ce qui justifie ce mot prêté à Brutus, se tuant de désespoir: O vertu, tu n’es qu’un mot!...Vertu et vice sont deux mots dont ne se sert jamais l’Écriture sainte (l’assertion n’est pas tout à fait exacte, car le ch. XXVI de l’Ecclésiastique débute ainsi: «Heureux est le mari d’une femme vertueuse»); elle dit partout et toujours: les bons et les méchants.
C’est que c’est là la vraie division. Combien sont bons, malgré leurs fautes, et quelquefois à cause de leurs fautes, et trouveront là-haut le père souriant. Combien sont méchants et mauvais, malgré leur vertu, et quelquefois à cause de leur vertu, et trouveront là-haut le juge sévère.» VICTOR HUGO.
11, +Volupté+.--«Le plaisir est la vertu sous un nom plus gai.» YOUNG.
33, +Fruict+.--C.-à-d. qui calcule si les avantages de la vertu peuvent dédommager des peines qu’il en coûte pour devenir vertueux; autrement dit, qui met en balance, d’un côté ce qu’elle coûte à acquérir, de l’autre les avantages qu’elle procure, n’est pas de ses adeptes.
=110=, 14, +Regles+.--Var. des éditions antérieures: _sectes des Philosophes_, au lieu de: «regles».
22, +Santé+.--«Ignorant toutes les incommodités de l’humanité, il mourut dans des conditions telles qu’on ne saurait en souhaiter de meilleures», dit Valère Maxime, VIII, 13, en parlant de Xénophyle de Chalcis, philosophe pythagoricien, que Montaigne qualifie musicien.
=III=, 444: Broche.
33, +Tantale+.--Tantale, roi de Lydie, ayant reçu la visite des dieux, leur fit servir, pour éprouver leur divinité, les membres de son propre fils. Pour ce forfait, il fut précipité dans le Tartare et condamné à une soif et à une faim inextinguibles; on le représente au milieu d’un fleuve dont l’eau s’abaisse dès qu’il en approche les lèvres, et sous des arbres dont les branches s’élèvent dès qu’il veut en détacher les fruits.--Cicéron et Montaigne, avec lui, le confondent ici avec Sisyphe, roi de Corinthe, qui, en punition de ses brigandages et de ses cruautés, fut condamné, après sa mort, à rouler dans les Enfers, au sommet d’une montagne, un rocher qui redescendait sans cesse au bas des pentes, dès qu’il atteignait le faîte. MYTHOLOGIE.
35, +Commis+.--Ceci se pratique encore fréquemment en France; l’acte de condamnation porte toujours où se fera l’exécution.
=112=, 3, +Mort+.--«La mort est bien le bout, non pourtant le but de la vie,» dit ailleurs Montaigne avec beaucoup plus de raison. V. N. =III=, 574: But.
4, +Comme+.--Comment. Corneille l’emploie parfois aussi dans ce sens, il dit dans _Horace_: J’ai su par son rapport...Comme de vos deux fils vous portez le trépas.
8, +Queuë+.--Brider l’âne par la queue, c’est s’arranger mal, mal prendre ses mesures, un âne ne se bridant pas de la sorte.
12, +Seignent+.--Font le signe de la croix.
20, +Consolent+.--Ils disaient de même et pour le même motif: _semianimis_ (à demi vivant), tandis que nous disons: «à demi-mort».
21, +Feu+.--Défunt, se dit de quelqu’un récemment décédé; semble venir du latin _fuit_ (il a été); cette étymologie assez naturelle est cependant contestée.
21, +Maistre Iehan+.--Appellation qui se donnait aux pédants, aux 22, +L’argent+.--Proverbe; quand on a du temps devant soi, on a possibilité de se procurer de quoi se tirer d’embarras. Les Anglais disent avec un sens analogue: _Time is money_ (le temps, c’est de l’argent).
25, +Ianuier+.--En France, l’année a eu différents points de départ: le 1er mars, sous les rois de la première race; le jour de Noël, sous ceux de la deuxième; le jour de Pâques, sous ceux de la troisième jusqu’à Charles IX qui, par une ordonnance rendue en 1563, en fixa le commencement au 1er janvier. Par suite, le 1er janvier 1563 devint le premier jour de l’an 1564; le parlement ne se conforma à cette ordonnance que trois ans après, en 1567.--Ajoutons qu’en 1793, le début de l’année fut fixé au 22 septembre, en même temps que cette même année était dénommée an 2 de la République; cette manière de compter prit fin le 1er janvier 1806.
26, +Autant+.--Montaigne ayant trente-neuf ans à ce moment, devait les tables de mortalité établies par Déparcieux en 1746, les premières, croyons-nous, qui aient été faites, il pouvait espérer arriver à l’âge de soixante à soixante-cinq ans; de fait cette probabilité s’est réalisée, puisqu’il est mort en 1592, dans sa soixantième année. V. N.
=114=, fameux Mahumet aussi_.» Ce membre de phrase a disparu, Montaigne s’étant vraisemblablement aperçu de l’inexactitude qu’il commettait, Mahomet n’ayant commencé à prêcher qu’à quarante ans et étant mort à soixante-deux.
6, +Lyon+.--En 1305. Le pape Clément V (Bertrand de Got), que Montaigne appelle son voisin parce qu’il était gascon et qu’il avait été archevêque de Bordeaux, venait d’être couronné à Lyon. Après la cérémonie, retournant à son logis, il traversait la ville à cheval, la tiare sur la tête. Le roi (Philippe le Bel) et successivement ses deux frères avaient tenu la bride de sa monture, et cet honneur venait d’échoir au duc Jean II de Bretagne, quand passant près d’un mur surchargé de spectateurs, le mur s’écroula, le pape fut renversé de cheval, sa tiare tomba; il y eut douze morts, dont le duc de Bretagne, et un grand nombre de blessés, dont le duc de Lorraine qui eut un bras et une cuisse cassés.
7, +Iouant+.--Henri II, blessé à mort, en 1559, dans un tournoi, par le comte de Montgommery, capitaine de ses gardes.
8, +Pourceau+.--En 1131. Philippe, fils aîné de Louis le Gros, âgé de seize ans, qui avait été couronné du vivant de son père, comme il était de règle à cette époque, pour mieux assurer l’hérédité. Se promenant à cheval, un pourceau vint à se jeter dans les jambes de l’animal qui s’abattit, brisant la tête de son cavalier contre une borne et l’étouffant de son poids.
9, +L’airte+.--Sur ses gardes. On écrit aujourd’hui «alerte»; les Italiens disent encore «_fare all’erta_», être alerte, être au guet, prendre garde à soi. LE CLERC.
10, +L’air+.--En =406=. D’après la tradition, il avait été prédit à Eschyle qu’il périrait en plein air. VALÈRE MAXIME, IX, 12, 2.
11, +Raisin+.--Anacréon suçant le jus d’un grain de raisin, un pépin s’arrêta dans sa gorge et il en mourut. VALÈRE MAXIME, IX, 12, 8.
13, +Huis+.--PLINE, _Hist. nat._, VII, 33; les deux exemples qui suivent se trouvent aussi en cet endroit.
14, +Conseil+.--Ce fut un accident analogue qui causa la mort du roi de France Charles VIII; se rendant à une partie de jeu de paume, il se heurta le front contre le haut d’une porte basse, et quelques heures après n’était plus (1498).
16, +Mantoue+.--Guy de Gonzague, père de ce Ludovic, avait été condamné par ses concitoyens à perdre la tête sur l’échafaud, pour mais seulement comme un on-dit. Diogène Laërce conte au contraire que Speusippus, perclus depuis déjà quelques années par suite de paralysie, et accablé de douleurs, se donna la mort dans un âge avancé, version que Montaigne reproduit, =I=, 632.
18, +Papes+.--Le pape Jean XII fut, dit-on, assassiné dans les bras de sa maîtresse (964).
21, +Siens+.--Cet exemple et le précédent sont tirés de Pline, VII, 33.
22, +Frere+.--Montaigne eut quatre frères et trois sœurs.--Ses frères étaient: Thomas, seigneur de Beauregard, qui épousa Mademoiselle Carle, belle-fille de la Boétie, qui était mort depuis quelques années quand le mariage eut lieu; Mademoiselle Carle possédait la propriété d’Arsac en Médoc, dont son mari prit le nom. Pierre, seigneur de la Brousse, propriété de la famille, non loin de Montaigne. Arnaud, dit le capitaine Saint-Martin, dont il est question ici. Bertrand, seigneur de Mattecoulom, petite propriété près de Bordeaux.--Ses sœurs: Jeanne, mariée à Richard de Lestonna, conseiller au parlement de Bordeaux.
Léonor, mariée à Thiébaud de Camain, également conseiller. Marie, mariée à Bernard de Cazalis. V. N. =III=, 32: Mere.
24, +Esteuf+.--Balle dont il était et est encore fait usage pour jouer à la paume.
27, +Causa+.--Les cas de mort subite sont journaliers et se produisent en toutes circonstances; Rabelais en cite plusieurs, en outre de quelques-unes des précédentes: Spurius Saufeius mourut, dit-il, en humant un œuf mollet en sortant du bain; Fabius, préteur romain, fut suffoqué par un poil de chèvre en buvant une tasse de lait; Philomènes, par un fou rire que lui causa la vue d’un âne mangeant des figues nouvelles qu’on avait apportées pour lui-même; Zeuxis, le peintre, en se pâmant de rire, en considérant le minois d’une vieille dont il venait de faire le portrait, et autres.--De nos jours en 1904, la mère d’un cardinal mourait à la nouvelle que son fils venait d’être promu patriarche de Venise; une servante du Limousin, en apprenant qu’elle venait de gagner 25.000 fr. à une loterie; en Champagne, un candidat à la députation, à l’annonce de son élection.--La plupart du temps cependant, les circonstances extérieures dans lesquelles les morts subites se produisent et qui font qu’on les remarque, n’y sont pour rien.
34, +Veau+.--Niais; cette qualification de veau était souvent appliquée aux gens par trop simples d’esprit.
comme portent les éditions antérieures.
=116=, ne puisse envisager sans crainte, quand on s’est familiarisé avec lui; plus on s’occupe de la mort, moins on la redoute.» DE SÉGUR.--«C’est un accident si banal, si inévitable, si peu à redouter pour qui a la conscience tranquille, que ce n’est vraiment pas la peine d’y penser, si on a mis ordre à ses affaires et si rien de particulier ne vous porte à désirer une prolongation d’existence.» G. M.
32, +Attende+.
«C’est un arrêt du ciel, il faut que l’homme meure.
Tel est son partage et son sort.
Rien n’est plus certain que la mort, Et rien plus incertain que cette dernière heure.» ABBÉ TESTU.
36, +Mal+.--«Le jour de la mort vaut mieux que le jour de la naissance; mieux vaut la fin d’une chose que son commencement.»
ECCLÉSIASTE, VII, 1 et 8.
40, +Mesme+.--Persée, qui n’eut pas le courage, en se tuant, de suivre le conseil qui lui était implicitement donné et qu’on fit mourir dans sa prison, de faim, disent les uns, en le privant de sommeil, disent les autres, après avoir servi d’ornement au triomphe de son =118=, 3, +Ageret+.--Mademoiselle de Gournay a donné de ce vers de Catulle la traduction suivante: «Quand mon âge fleuri roulait son gai printemps», qui mérite d’être conservée pour sa grâce et la fidélité originale de la traduction. LE CLERC.
11, +Non plus+.--Pas davantage. On trouve dans l’_Horace_ de Corneille cette expression avec la même signification: «...Quel malheur si l’amour de sa femme Ne peut non plus sur lui, que le mien sur ton âme.»
26, +Pres+.--Le 6e paragraphe du ch. XXIII du liv. I de l’Imitation de Jésus-Christ résume, ainsi que l’a fait Montaigne, ici et ailleurs, les divers genres de mort qui nous menacent continuellement; Corneille le traduit ainsi: «Combien de fois entends-tu dire: Celui-ci vient d’être égorgé; Cet autre, dans les fers, expire.
L’un, écrasé subitement, Dans les débris d’un bâtiment A fini ses jours et ses vices; L’autre au milieu d’un bon repas, L’autre parmi d’autres délices Se sont vus surpris du trépas.»
37, +Mort+.
«Que l’homme connaît peu la mort qu’il appréhende, Quand il dit qu’elle le surprend!
Elle naît avec lui; sans cesse lui demande Un tribut dont en vain son orgueil se défend; Il commence à mourir, longtemps avant qu’il meure, Et périt en détail imperceptiblement; Le nom de mort qu’on donne à notre heure dernière, N’en est que l’accomplissement.» Mme DESHOULIÈRES.
=120=, 5, +Estre+.--Dans sa fable «La mort et le mourant», La Fontaine a développé cette même pensée de Montaigne, si bien résumée par le dernier vers de cette fable: «Le plus semblable aux morts, meurt le plus à regret.» Cette fable se retrouve du reste dans Abstemius, fabuliste italien du XVe siècle.
10, +Mortes morts+.--Les morts où tout meurt à la fois chez l’homme, par opposition à celles où il s’éteint graduellement, perdant tout ou partie de ses facultés avant de perdre la vie.
13, +Manent+.--Le texte de Virgile porte _Pendent_.
19, +Agir+.--Les éditions antérieures ajoutent: _Et ie suis d’aduis que non seulement vn Empereur, comme disoit Vespasien, mais que tout gallant homme doit mourir debout_.
35, +Condition+.--Actuellement, par mesure d’hygiène, les cimetières sont établis loin des groupes d’habitations; le souvenir et le culte des morts y ont perdu. Être inhumé au pied de son clocher, au centre même du lieu où l’on avait vécu, de ses affections, avait autrement de poésie que d’être, comme aujourd’hui, relégué au loin et à l’écart.
42, +Tel+.--Cette exhibition, au dire même d’Hérodote qui la rapporte, n’avait nullement pour objet, comme Montaigne le donne à entendre, une pensée morale, mais, au contraire, celui de s’exciter à boire et à mener joyeuse vie, bannissant peines et soucis, se rappelant le peu de temps durant lequel il est donné à l’homme d’en jouir.
=122=, 4, +Diuerses+.--Ce registre, à la vérité non commenté, et c’est là le point essentiel de l’idée de Montaigne, existait de son temps, établi par de Ravisi (Bâle, 1552); d’autres depuis, toujours sans commentaires, en ont pareillement donné des relevés. Parmi les auteurs mêmes qu’il avait dans sa bibliothèque, Pline, Valère Maxime, Boccace y ont consacré des chapitres entiers de leurs ouvrages.