sentinelle de nuit et le signal de l’heure où cette veillée prenait fin, donné par le tambour, le fifre ou la trompette; aujourd’hui c’est, aux armées, le signal du réveil sonné ou battu au point du jour.
=158=, récitait déjà chaque soir, au coucher du soleil, depuis le XIe siècle, quand Louis XI introduisit à Paris l’usage de la dire en outre le matin et à midi, et de sonner les cloches pour en avertir les fidèles.
6, +Peu+.--DIOGÈNE LAERCE, III, 38, d’où cette anecdote est tirée, met en scène, au lieu d’un enfant jouant aux noix, un homme jouant aux dés, ce qui donne plus de portée à l’observation de Platon.
8, +Nourrices+.--«Au moral, l’homme est déjà formé à dix ans, il se forme sur les genoux de sa mère.» JOSEPH DE MAISTRE.
26, +Escutz+.--Locution proverbiale dont l’explication est donnée par la phrase qui précède. Le dicton populaire «Qui vole un œuf, vole un bœuf» traduit la même manière de voir que Montaigne, à laquelle se range également RACINE, estimant que l’un mène à l’autre: «Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes.»
«Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.»
31, +Duict+.--Accoutumé dès mon enfance.
38, +Doubles+.--Le double était une petite monnaie qui ne valait qu’un double denier (un peu moins qu’un centime). Le doublon était une monnaie d’Espagne, de la valeur d’une double pistole (environ vingt francs); le double doublon représentait par suite environ quarante francs.
=160=, 8, +Donné+.--_Car il gaigne sa vie à se faire voir._ Add. des éditions antérieures.
13, +France+.--En 1773, on a vu à Paris un maître d’école liégeois, né sans bras, qui, avec le pied, écrivait et taillait ses plumes (on faisait alors usage de plumes d’oie).--En 1840, à Paris, un peintre, César Ducornet, également sans bras, peignait avec le pied et a exposé des tableaux au salon, alors qu’à cette époque il fallait notablement plus de talent qu’aujourd’hui pour y être admis.
25, +Veritatis+.--Le texte latin porte _petere_, au lieu de _quærere_.
27, +Public+.--C’est ce qui fait que, même de nos jours, des usages très dissemblables, dus aux mœurs et coutumes d’antan, subsistent souvent entre deux localités parfois très rapprochées, particulièrement si elles sont de nationalités différentes. Prenons par exemple Londres et Paris pourtant voisines et en rapports continus: Londres est individualiste, Paris collectiviste; Londres respire, Paris étouffe; Londres est bâti en briques, Paris en pierres; les maisons de Londres sont basses, celles de Paris sont hautes; Londres fixe les persiennes à l’intérieur, Paris à l’extérieur; Londres a des fenêtres à guillotine, Paris à espagnolette; à Paris les rues ont des arbres, celles de Londres en sont dépourvues.
A une heure du matin Paris est dans l’obscurité, Londres est inondé de lumière; Londres a son trousseau de clefs, Paris son concierge; Londres quitte son lit très tard, Paris se lève de bon matin; Londres s’embrasse sur la bouche, Paris sur les joues; Londres s’amuse le samedi après-midi, Paris travaille; le dimanche, Londres reste chez lui, prie ou boit, Paris s’amuse et se promène; Londres a des bars intérieurs ou l’on boit du whisky, Paris a des cafés qui débordent sur les trottoirs et où l’on cause.
Le dimanche, Londres dîne pendant que Paris déjeune. Londres mange peu de pain, Paris beaucoup; Londres boit de l’eau, Paris du vin.
A Londres la nourriture est mauvaise, à Paris elle est excellente; Londres fume la pipe, Paris la cigarette.
Londres est triste, Paris est gai; Londres voit le brouillard, Paris le soleil; Londres est toujours pressé, Paris jamais; Londres est commerçant, Paris industriel; Londres a peu de soldats, Paris en a trop; à Londres les soldats portent la tunique rouge et le pantalon noir, à Paris ils portent la tunique bleue et le pantalon rouge. A Londres la Tamise est un bras de mer, à Paris la Seine est une simple rivière; à Londres la Tamise est toujours sale, à Paris la Seine est souvent propre; à Londres, dans les piscines ou dans la rivière, on se baigne souvent nu, à Paris toujours en caleçon.
A Londres les cochers conduisent à gauche, à Paris à droite.
L’automédon à Londres prend place sur le derrière de son véhicule, celui de Paris sur le devant. A Londres le «hooligan» se bat à coups de poing, à Paris l’«apache» se bat à coups de couteau et de revolver. A Londres a le système duodécimal, Paris a le système décimal. La femme à Londres aime la politique, à Paris elle s’en désintéresse. A Londres c’est le père qui lève et couche ses enfants, à Paris c’est la mère.
Londres ferme ses théâtres le dimanche, Paris les laisse ouverts. A Londres le derby est un mercredi, à Paris le grand prix est un dimanche.
A Londres la femme salue la première, à Paris c’est l’homme qui commence. A Paris le mariage donne à la femme la liberté, à Londres le mariage la lui enlève. A Londres les clergymen se marient, à Paris les prêtres se contentent de célébrer les mariages des autres.
Et cette énumération humouristique pourrait être notablement allongée.
30, +Honorer+.--Dans le midi de la France, notamment en Périgord, on se dit «Adieu» quand on se rencontre ou qu’on arrive en visite, ce qui ailleurs ne se dit généralement que lorsqu’on se sépare.
=162=, 16, +Sarbatane+.--On dit aujourd’hui sarbacane: long bâton percé d’un bout à l’autre avec lequel on projette, en soufflant, de petites balles contre les oiseaux; par extension, parler par sarbatane, c’est parler par personnes interposées.
18, +Soigneusement+.--En Guinée, à la Côte-d’Or notamment, pays qui, il est vrai, sont sous l’équateur, les deux sexes vont complètement nus jusqu’à l’âge de neuf à dix ans. Dans plusieurs cantons, les filles n’y portent même pas de pagne (morceau d’étoffe dont les nègres et les Indiens se couvrent de la ceinture aux genoux), jusqu’au jour de leur mariage; celles qui ne trouvent pas de maris sont aussi nues à trente ans qu’à quinze. PAYEN.
21, +Poste+.--A leur gré, à leur fantaisie, selon leur goût.--Dans l’île de Chypre, dit JUSTIN, c’était une coutume d’envoyer sur le bord de la mer, à certains jours fixes, les jeunes filles nubiles, sans dot, en gagner une, en sacrifiant à Vénus leur virginité; cet usage, d’après VALÈRE MAXIME, aurait également existé à Carthage, et aussi chez les Lydiens et les Babyloniens, au dire d’Hérodote.
28, +Faire+.--Dans nombre de pays d’Europe, au moyen âge, princes, seigneurs et même abbés et chanoines, entre autres les chanoines de Lyon, avaient, sur leurs vassaux, le droit de se substituer au marié, la première nuit des noces, droit dénommé «_Jus luxanda cosà_ (_droit d’effraction_)». Ce droit existait notamment en Écosse, où il avait été établi par le roi Evenus III, au début de l’ère chrétienne; «de telle sorte, dit BUCHANAN, que le roi ne ménageant pas plus la chasteté des femmes de ses nobles que ceux-ci celle des femmes de ses serfs, les uns et les autres se trouvaient à cet égard sur un pied d’égalité absolue»; il y subsistait encore dans la deuxième moitié du XIe siècle, époque à laquelle Malcolm III, aux pieuses sollicitations de sa femme Marguerite, l’abolit et lui substitua une redevance d’un demi-marc d’argent qui fut payée jusqu’au XVIe siècle.--Aux îles Canaries, on offrait aux chefs les prémices de toutes les vierges qui se mariaient et celles qui se trouvaient acceptées, en étaient très honorées.
32, +Guerre+.--J.-J. ROUSSEAU, dans une lettre à d’Alembert, n’émet-il pas l’idée d’envoyer les femmes à la guerre et de les faire entrer dans les contingents à fournir aux armées, dans la même proportion que les hommes dont le nombre serait de la sorte réduit de moitié?
=164=, 5, +Vieillarts+.--Coutume de certains peuples de Thrace.
6, +Femmes+.--Au moyen âge, en France, on faisait usage de couches et de couchettes. Les couchettes étaient des lits de proportions égales aux nôtres à deux places; les couches avaient dix à onze pieds (3m ½ environ), dans les deux sens, sorte de lits de camp où l’on couchait sur deux rangs, les pieds de chaque rang vers le milieu du lit; on en trouvait encore de la sorte, il y a un siècle, dans quelques vieux châteaux de province. Le châtelain, sa dame, ses frères d’armes, ses hôtes, ses chiens de chasse y couchaient tous ensemble.
Souvent, en outre, on faisait coucher ses serviteurs dans ses chambres et cela encore aux XVIe et XVIIe siècles; c’est ainsi que le soir de la Saint-Barthélemy, Charles IX, qui voulait sauver Coligny, le garda longtemps au Louvre, et comme il s’en allait, cherchant à le retenir, lui dit: «Reste donc ce soir, tu coucheras avec mon valet de chambre.»--«Ma foi non, il est trop tard, je m’en vais,» reprit Coligny.
10, +Besoing+.--Les Cosaques Zaporogues, qui habitaient les îles du Dniéper, n’admettaient parmi eux aucune femme; pour se reproduire, ils usaient de captives qu’ils reléguaient hors de leur camp; ils en élevaient les enfants mâles, et chassaient les filles. PAYEN.--En Mongolie, se trouve une ville sans femmes «Maïtmachin», dont le nom signifie marché; elle compte 70.000 habitants, est située sur le chemin des caravanes, sur les confins de la Sibérie, et n’est peuplée que de commerçants; le gouvernement chinois en interdit l’accès aux femmes, pour empêcher ses sujets de s’établir à peu de distance de la frontière. G{al} NIOX.
16, +Oyseaux+.--Chez les Guèbres ou Parsis, dans les Indes, les cimetières sont des tours à ciel ouvert de douze à quinze pieds (4 à 5m de haut), sans ouvertures latérales; la partie supérieure est garnie de barres de fer qui forment une sorte de grille horizontale sur laquelle on place les corps pour y servir de pâture aux oiseaux de proie, jusqu’à ce que les os tombent d’eux-mêmes sur le sol, où ils s’accumulent, constituant un véritable charnier.
21, +Roy+.--Il en est, encore aujourd’hui, de même dans les mosquées; on n’y entre qu’après avoir ôté ses sandales, si on est musulman, ou chaussé de babouches par-dessus ses chaussures, si on est chrétien et qu’on soit autorisé à y pénétrer. Dans les synagogues, les Juifs ne se découvrent pas, et il est malséant de le faire. A Rome, ceux auxquels il est accordé d’assister à la messe du Pape, à la chapelle Sixtine, le font les hommes en habit, les femmes en mantille, les uns et les autres sans gants.
22, +Eunuques+.--De εὐνή, lit, et ἔχω, je garde. Nom donné aux hommes auxquels on a ôté la faculté d’engendrer et dont on se sert en Orient pour garder les femmes dans les sérails; cette opération rend l’homme imberbe, modifie sa voix, lui donne des allures féminines et généralement porte à l’embonpoint. Elle se pratique également sur la femme, en Hindoustan, en vue du même rôle, et s’effectue en piquant les ovaires avec une aiguille trempée dans un liquide caustique, ce qui amène l’atrophie de cet organe et aussi des transformations physiques, dit-on, qui font que ces femmes ressemblent à des hommes.
23, +A dire+.--Vieille locution qui subsiste encore dans le midi et signifie: de moins, manquer, faire défaut; de là vient le mot «adiré», une pièce adirée, c.-à.-d. perdue, employé dans le langage du palais.
24, +Démons+.--Se rendre les démons favorables. Accointer, c’est rechercher quelqu’un pour se le concilier, le gagner à soi.
25, +Lyon+.--Les Hottentots (Afrique australe) adoraient le lion.
31, +Leze-maiesté+.--Cet usage existait en Pologne, et aussi en d’autres pays du Nord.
=166=, 1, +Police+.--Du gouvernement; cette acception du mot «police» est presque constante dans les Essais.
9, +Effroy+.--Cette facilité dans l’accouchement n’est pas rare, chez nous, parmi les femmes de la campagne; elle a été signalée comme habituelle chez les négresses et aussi chez les indiennes de l’Amérique du Nord.
10, +Greues+.--Des jambières ou armures de jambe.
15, +Accroupis+.--Dans les pays musulmans, les deux sexes généralement urinent accroupis; en Guinée, dit SUIDAS, il est défendu aux hommes, sous peine d’amende, d’uriner debout.
20, +Douze+.--Les Hurons, les Hottentots passent pour nourrir les enfants au sein pendant quatre ou cinq ans; les femmes sauvages de la Louisiane, jusqu’à six ou sept ans; les Mexicaines, plus encore.
Suivant AMUNDSEN, explorateur du pôle arctique de 1900 à 1903, chez les Esquimaux les femmes donneraient le sein à leurs enfants jusqu’à dix ans.
25, +Senteur+.--Il en était ainsi chez les Mexicains, d’après GOMARA; les Chinois, dit-on, sont également peu délicats sous ce rapport.
30, +Ongle+.--En Chine, les lettrés et les docteurs, surtout ceux qui sont de basse extraction, ne se coupent jamais les ongles; ils affectent de les laisser croître jusqu’à la longueur d’un pouce. DU HALDE.--Les négresses de la Côte-d’Or les laissent croître jusqu’à les avoir quelquefois aussi longs qu’une phalange; elles les entretiennent fort propres et s’en servent, le cas échéant, pour prendre de la poudre d’or. ARTUS.
32, +Gentillesse+.--De nos jours, certains font de même, laissant croître par coquetterie, par snobisme pour parler l’argot de nos gens à la mode, d’un centimètre à un centimètre et demi l’ongle du petit doigt de la main droite.
38, +Fils+.--Au Gabon, la mère reçoit ouvertement les caresses de son fils, et les filles celles de leurs pères. ARTUS.
=168=, 2, +Humaine+.--Les Munbos, tribu de l’Afrique équatoriale, mangeaient de la chair humaine. FARIO.--Les Anzikos, autre tribu africaine, tuaient et mangeaient tous les prisonniers qu’ils faisaient à la guerre; ils se mangeaient même les uns les autres, sans en excepter leurs propres parents; la chair humaine se vendait sur leurs marchés, comme le bœuf dans les boucheries d’Europe. PIGAFETTA.
3, +Aage+.--«Que la lie de l’esprit et du corps est humiliante à supporter; j’aimerais les pays où par amitié on tue ses vieux parents, si cela pouvait s’accommoder avec le Christianisme» (Mme DE SÉVIGNÉ).
5, +Tuez+.--A Sparte notamment.
7, +Seruir+.--Lycurgue, à Sparte, avait admis qu’un mari ayant des enfants, prêtât sa femme à un autre qui n’en pouvait avoir de la sienne.
9, +Masles+.--On lit dans HÉRODOTE, à propos des Guidanes, peuplade de Libye: «On dit que leurs femmes portent chacune autour de la cheville du pied autant de bandes de peau qu’elles ont connu d’hommes; celle qui en a davantage est la plus estimée, comme ayant été aimée d’un plus grand nombre.»--Hérodote, du reste, dit bien d’autres choses: «Dans la Babylonie, les mariages se font à la criée: Une fois l’an, dans chaque bourgade, toutes les filles nubiles sont réunies et on en forme deux groupes, les belles et celles qui ne le sont pas. Les premières sont alors mises aux enchères, en commençant par la plus belle; on passe ensuite aux autres en commençant par la plus laide.
Les prix d’adjudication des filles du premier groupe sont payés par les acheteurs; pour celles du second, ils le sont aux acquéreurs sur l’argent qui vient d’être versé pour celles-là, qui sert de la sorte à constituer la dot de celles-ci.
11, +Main+.--Les Amazones, peuplade fabuleuse de la Scythie, qui se perpétuaient, dit-on, par un commerce passager avec les habitants des pays voisins, et exposaient leurs enfants mâles.--En Bohême, au VIIIe siècle, il a existé de véritables Amazones qui, pendant plusieurs années, répandirent la terreur dans la région, et qui ne purent être 15, +Festoyée+.--Les Thraces, d’après VALÈRE MAXIME; on ne peut que louer, dit cet auteur, la sagesse de ce peuple qui accueille par des pleurs la naissance de l’homme, et célèbre ses funérailles par des réjouissances, ayant, sans les leçons des philosophes, deviné notre véritable condition.--Les éditions antérieures présentent la variante ci-après: _L’horreur de la mort estoit mesprisée, mais l’heure de sa venüe, à l’endroit des plus cheres personnes qu’on eut, festoyée auec grande allegresse: et quant à la douleur, nous en sçauons d’autres où les enfans de sept ans souffroyent pour l’essay de leur constance, à estre foëttez iusques à la mort sans changer de demarche ny de visage._ 21, +Nasitort+.--Nom du cresson alénois (à feuilles découpées).
21, +Eau+.--En Perse, au temps de Cyrus, suivant XÉNOPHON.
22, +Cio+.--Auj. Céos; les habitants de cette île étaient réputés par leur moralité, autant que ceux de Chio (île de l’Archipel, auj. Scio) passaient pour être de mœurs dissolues.
23, +Honneur+.--Ces nombreux exemples, dont pour quelques-uns nous avons indiqué la source, sont empruntés d’HÉRODOTE, de XÉNOPHON, de PLUTARQUE, de SEXTUS EMPIRICUS, de VALÈRE MAXIME et des ouvrages publiés alors sur l’Asie, l’Afrique et l’Amérique.
26, +Monde+.--Pindare dit cela de la loi νόμος; mais HÉRODOTE, III, 38, en citant ses paroles, donne à νόμος le sens de coutume.--On en dit autant, et avec non moins de raison, de l’opinion.
34, +Famille+.--Les Hottentots, une fois reçus hommes en cérémonie publique, peuvent, sans scandale, maltraiter et battre leur mère. KOLBA.
=170=, 1, +Coustume+.--On ne saurait disconvenir de cette assertion.
Le milieu ambiant, la mentalité du moment exercent une action prépondérante sur la façon dont on envisage toutes choses. A la guerre, l’homme le moins rapace trouve parfois tout naturel de s’emparer du bien d’autrui; le plus sensible, de tuer sans nécessité. Les moins cruels, les plus délicats finissent par prendre goût aux courses de taureaux et voient sans dégoût éventrer les malheureux chevaux sans défense qu’on y sacrifie. Tout Rome assistait avec transports aux combats de gladiateurs. Ne voit-on pas journellement, dans les pays non civilisés, les gens de nations tenant la tête de la civilisation, qui y résident, commettre ou voir exercer sans en être révoltés les pires cruautés sur les indigènes? Sous la Terreur, familiarisé avec la guillotine, on n’y prêtait plus attention; on n’était plus guère émotionné par le passage des charrettes de condamnés; parmi les victimes elles-mêmes destinées à y monter le lendemain, la plupart n’en étaient pas autrement troublées, pas plus qu’en temps d’épidémie, où la mort est l’affaire de quelques heures, on ne se tourmente outre mesure.
Il en est de même a fortiori de la coutume et ce sont bien en réalité les lois de la société, du pays et du moment, c’est-à-dire les mœurs, qui créent les notions éminemment relatives et variables du bien et du mal, et font que tels ou tels actes sont aujourd’hui vice ou vertu, caractère qu’ils n’avaient pas hier, au moins au même degré et qui se modifiera probablement demain.
4, +Crete+.--VALÈRE MAXIME, VII.
33, +Maistrise+.--Le cas est fréquent. Il n’en est guère de plus caractéristique dans les temps modernes que celui des Anglais mettant à mort leur roi Charles Ier parce qu’il voulait, disaient-ils, attenter à leur liberté et à leurs privilèges et qui se rangèrent, au même moment, aux lois autrement dures et tyranniques de Cromwell, dont ils portèrent le joug patiemment et, après lui, supportèrent sans se plaindre celui presque aussi despotique de Charles II.--Chez nous, la période de Louis XVI, la Révolution, Napoléon, Louis XVIII, nous représentent quelque chose d’analogue. En 1815, nous nous sommes retrouvés presque exactement au même point qu’en 1789, après être passés par les phases les plus aiguës; et ce n’est qu’en 1830 qu’un nouvel à-coup de protestation s’est produit. Tout régime succédant à un autre emporté par le flot populaire, peut, sous une autre forme, reprendre les mêmes errements, avec grande chance de ne pas voir se renouveler d’un certain temps semblable manifestation; toutefois, moins que par le passé ces à-coups interrompent l’évolution de l’humanité: le suffrage universel, les progrès de l’instruction, l’émancipation des masses de plus en plus avides de libéralisme, de socialisme, l’instantanéité des communications, la rapidité et la facilité des transports, l’action continue et pénétrante de la presse, font que chacun a une part beaucoup plus effective, bien qu’encore souvent inconsciente et passive, aux questions d’ordre politique dont la généralité se désintéressait jadis. A l’autorité d’un seul, s’est substituée celle non moins intolérable, ni plus stable, des groupes; les transformations s’opèrent par la force même des choses, mais sous le couvert de la légalité; elles sont peut-être moins apparentes, mais tout aussi réelles que par le passé et acheminent fatalement aux mêmes revirements.
35, +Ecosse+.--Les Highlanders, ou Montagnards, ainsi qu’on les appelle aujourd’hui.
Padéens, dit-il, peuplade de l’Inde, ses plus proches parents et ses meilleurs amis tuent quiconque tombe malade, donnant pour raison que la maladie le ferait maigrir et que sa chair serait moins bonne; il a beau nier qu’il soit malade, ils l’égorgent impitoyablement et se régalent de sa chair. Ils tuent de même et mangent ceux arrivés à un grand âge; mais il s’en trouve peu dans ce cas, en raison des risques d’un sort semblable que chacun court dès qu’il est malade.» V. N. =II=, 376: Coustume.
=172=, 4, +Horreur+.--Nous voyons se reproduire ce même fait pour la même cause, c’est-à-dire la force de l’habitude, et aussi quelque peu à la réprobation dont, on ne sait pourquoi, la frappe l’Église catholique, qu’il faut attribuer le peu de progrès que fait en France la crémation, en dépit des appréhensions qu’inspirent les inhumations précipitées.
Ces appréhensions sont cependant des plus justifiées; en Angleterre, rien que par le fait des exhumations pratiquées de 1900 à 1905, dans les cimetières, il aurait été relevé que 149 personnes ainsi exhumées avaient été enterrées vivantes.--La crémation est aujourd’hui admise à peu près partout en Europe, mais pourtant encore peu en faveur surtout par les raisons sus-indiquées. En France, il existe des fours crématoires à Paris, Lyon, Rouen, Reims; d’autres sont en construction ou en projet à Marseille, Dijon, Nîmes, Nice. A Paris, de 1889 à la fin de 1905, 3.825 incinérations ont été effectuées; en cette dernière année, il y en a eu 341. La durée de l’opération est d’une heure environ, la redevance de 50 fr., le poids des cendres recueillies à peu près le douzième de celui des corps incinérés.
autrement qu’il ne faut, contre nature.
23, +Enfants+.--Un oracle avait prédit à Thyeste, frère du roi d’Argos, qu’il aurait un fils de sa propre fille; pour éviter ce crime, Thyeste, à la naissance de celle-ci, la fit élever loin de lui. Dans la suite, l’ayant rencontrée dans un bois sans la connaître, il lui fit violence et la rendit mère.--Une prédiction avait été faite à Laïus, roi de Thèbes, que l’enfant qu’il attendait de Jocaste, sa femme, lui donnerait la mort. Pour échapper à ce sort, dès la naissance de l’enfant, il le fit exposer. Un berger de Corinthe l’ayant trouvé, le porta à la reine, qui le nomma Œdipe et le fit élever. Devenu grand, Œdipe consulta l’oracle sur sa destinée et apprit qu’il serait le meurtrier de son père et époux de sa mère. Se croyant fils de la reine de Corinthe, pour déjouer la fatalité il s’expatria. Chemin faisant, il fit rencontre de Laïus, se prit de querelle avec lui et le tua.
Quelque temps après, il arriva à Thèbes, et trouva la ville désolée par le Sphinx; il le vainquit et, pour prix de sa victoire, obtint la main de Jocaste, promise à qui délivrerait la ville de ce monstre, et réalisa ainsi, sans le savoir, la prédiction dont il avait été l’objet.--Macareus eut un fils de sa propre sœur; leur père, instruit de cet inceste, envoya à sa fille une épée avec laquelle elle se tua; son frère échappa par la fuite au châtiment qui l’attendait, et se réfugia à Delphes, où il fut admis au nombre des prêtres d’Apollon.
MYTH.
35, +Preiudice+.--Signifie ici préjugé.
=174=, 3, +Etat+.--Certains ont pensé voir, nonobstant ce qui suit, une allusion aux préjugés religieux; il est hors de doute que telle n’a pas été l’intention de Montaigne qui, de parti pris, s’en tient sans discussion aux enseignements de l’Église.
6, +Oncques+.--Le droit romain qui était d’application courante et qui alors n’existait écrit qu’en latin.
8, +Langue+.--Au moyen âge, il était fait usage du latin pour la rédaction des actes judiciaires et notariés. En 1539, une ordonnance de François Ier, datée de Villers-Cotterets, prescrivit que dorénavant tout acte, etc. serait prononcé, enregistré et délivré aux parties en leur langue maternelle. Depuis, cette langue s’est transformée, mais les grimoires de la Basoche, continuant à être écrits dans le langage d’il y a quatre siècles, sont redevenus presque incompréhensibles pour la génération actuelle en attendant qu’une nouvelle ordonnance intervienne.
17, +Impériales+.--Peut-être Waifre ou Hunold, ducs d’Aquitaine à l’époque de Charlemagne...PAUL ÉMILE, historien latin du XVe siècle, dit: «Charlemagne projetait de donner une nouvelle législation à ses peuples, en commençant par ceux de France; un de ceux, gascon, qui l’avaient suivi en Espagne, se prononça et devant l’opposition des conseils tenus à cet effet, ce projet fut abandonné.»
19, +Vende+.--La vénalité des charges de juge, introduite en France en 1526, sous François Ier, par le chancelier Duprat, comme moyen de subvenir à la pénurie du Trésor, a subsisté jusqu’à la Révolution.--Sans demander que ces errements soient rétablis, les juges s’en trouvaient incontestablement plus indépendants, et il serait à désirer aujourd’hui que par mode de recrutement et d’avancement, ils fussent à nouveau affranchis des pouvoirs publics et des pressions que trop souvent ceux-ci exercent sur eux, cherchent à exercer ou passent pour le faire; l’inamovibilité qui leur avait été donnée comme garantie est insuffisante à cet effet, d’autant qu’on ne la respecte même plus.
Il faudrait que, du haut en bas de la hiérarchie, le corps judiciaire se recrutât exclusivement par lui-même dans des conditions déterminées par la loi; peut-être alors cours et tribunaux en reviendraient, comme jadis, à ne rendre que des arrêts et non plus des services, alors que les parlements tenaient tête à l’occasion à l’autorité royale et qu’en dépit de la prison et de l’exil, ils se refusaient à l’enregistrement de ses édits quand ils estimaient qu’il y avait abus ou déni de justice.
20, +Payer+.--Nous n’en sommes plus tout à fait là, mais pas loin.
Dans les procès civils, les deux parties ne sont-elles pas condamnées fréquemment aux frais, celle qui gagne comme celle qui perd, la première ayant simplement recours sur l’autre?--Ce n’est pas là du reste le seul grief que dans les temps actuels on articule contre la magistrature, en voici quelques-uns: L’omnipotence, le sans-gêne et l’arbitraire des juges d’instruction qui prolongent la détention préventive au delà de toute raison; n’a-t-on pas cité, en l’an 1906, un honorable négociant, accusé d’avoir soustrait la valeur d’une lettre chargée, détenu ainsi pendant treize mois, sans qu’il fût procédé à l’examen de l’affaire?
La lenteur avec laquelle se jugent les affaires civiles. C’est ainsi que, dans le ressort de Paris, de simples procès en séparation attendent de longs mois avant d’être appelés. A cela on objecte le grand nombre d’affaires; mais si, quand l’encombrement le comporte, les audiences commençaient plus tôt et finissaient plus tard, si elles avaient lieu tous les jours au lieu de trois fois par semaine, si les tribunaux ne prenaient pas chaque année de si longues vacances et même s’en passaient quand le service l’exige, les retards seraient infiniment moins considérables. On pourrait encore augmenter leur nombre, ou mieux les réduire à un juge unique, comme en Angleterre, aux États-Unis, ce qui permettrait avec le même personnel de faire triple besogne et aurait en outre l’immense avantage de substituer une responsabilité individuelle à une trinité anonyme, d’où une plus grande attention apportée à l’étude des affaires et plus d’équité dans le jugement à intervenir.
Les ajournements fréquents à huit, quinze jours pour le prononcé du jugement dans les affaires correctionnelles, ce qui prolonge les angoisses des inculpés et prête à ce que dans l’intervalle les juges prennent langue au dehors; le jugement devrait toujours être rendu séance tenante comme aux assises, et seule sa rédaction être ajournée quand cela est nécessité par les considérants à exposer.
De ne pas chercher à s’éclairer suffisamment et de trop s’en rapporter à la parole des divers agents qui portent l’accusation, alors que leurs témoignages sont contestés, sous prétexte qu’ils sont assermentés, ce n’est pas toujours une garantie suffisante.
Enfin d’avoir intérêt à la multiplication des affaires, ce qui porte à exercer des poursuites pour des vétilles qui n’en valent pas la peine, pour donner plus d’importance au ressort.
27, +Contraires+.--Une distinction analogue, non moins farouche, comme dit Montaigne, subsiste, suivant que le dommage causé à autrui, l’est par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, ou par tout autre. Sans parler des pouvoirs exorbitants dévolus en France, par le code lui-même, aux préfets qui ont qualité pour pratiquer des actes qui devraient être l’apanage exclusif de l’autorité judiciaire, dans toutes les branches de l’administration, les abus, quels qu’ils soient, échappent à toute répression.--Outre que ceux qui les commettent ne font souvent qu’appliquer les instructions de leurs supérieurs, les uns et les autres n’ont à répondre en dernier ressort de leurs faits et gestes que vis-à-vis du Ministre dont ils relèvent, lequel est toujours prêt à les couvrir de sa responsabilité, chose illusoire entre toutes. Seule la justice, unique pour tous, devrait connaître de ces abus et des dommages en résultant, comme de tous autres; la tâche des fonctionnaires en deviendrait assurément plus difficile et plus délicate, mais en somme ils sont faits pour le public, et devant une responsabilité effective, ils s’observeraient davantage.
36, +Vertu+.--La vertu militaire, le courage.
=176=, 1, +Partage+.--Jusqu’au XVIIe siècle, robe longue s’est dit de la magistrature et du clergé, robe courte de l’armée.
11, +Commun+.--Dans le ch. III du liv. III, Montaigne revient sur ces idées et les développe.
16, +Receües+.--SAINT AUGUSTIN était de cet avis lorsqu’il répondait à un prêtre qui lui demandait s’il valait mieux suivre la liturgie de Rome ou celle de Milan: «A Rome, suivez la liturgie de Rome; à Milan, celle de Milan.» Par contre, LA BRUYÈRE dit à ce sujet: «Il faut faire comme les autres,» maxime suspecte qui signifie presque toujours: «Il faut mal faire», dès qu’elle s’applique au delà de ces choses purement extérieures, qui n’ont point de suites et dépendent de l’usage, de la mode ou de la bienséance.--«Différence complète au dedans, dit SÉNÈQUE à ce même propos, mais ressemblance entière au dehors.»--«Pour ne pas rompre l’harmonie, le sage doit parler la langue des fous.» ABBÉ DES FONTAINES.
23, +Est+.--En disant que la première loi est de se conformer à celles du pays dans lequel on se trouve, Montaigne l’entend sous tous rapports, sous celui des usages tout aussi bien que des lois proprement dites; de fait, pour ne parler que de l’hygiène, de l’alimentation, de l’habillement, la plupart de ceux qui, en pays étranger, ont voulu faire mieux que les indigènes, ont eu à s’en repentir.
26, +Remuer+.--S’il en était ainsi, toute réforme, tout progrès seraient impossibles et les abus se perpétueraient. Il est des cas où l’expérience révèle des inconvénients sérieux pour les intérêts généraux, à s’en tenir aux anciennes pratiques. Quand le fait est bien démontré, il n’y a pas d’hésitation à avoir: ce qui existe, est à modifier, sans avoir égard aux intérêts de moindre importance qui s’en trouveront lésés; car, comme le disait Caton, il n’y a aucune bonne loi qui soit avantageuse à tout le monde. Il est incontestable, en outre, qu’il y a des circonstances où la nécessité presse au point qu’il faut que les lois lui fassent place. Mais de là à tout bouleverser, comme cela avait lieu à l’époque où écrivait Montaigne, et ainsi que cela existe, de parti pris, en ce moment en France, à l’effet d’y introduire le socialisme d’État, il y a un abîme.
29, +Thuriens+.--Charondas. DIODORE DE SICILE, XII, 24.
34, +Ordonnances+.--Lycurgue qui, après avoir donné à sa patrie une législation à laquelle longtemps elle dut sa gloire et sa force, fit jurer à ses concitoyens de n’y rien changer pendant son absence, puis entreprit un long voyage duquel, de propos délibéré, il ne revint jamais. PLUTARQUE, _Lycurgue_, 22.
=178=, 1, +Façon+.--Phrynis ajouta deux cordes à la cithare qui n’en avait alors que sept. ARISTOPHANE, dans sa comédie des _Nuées_, lui reproche d’avoir substitué à la musique noble et mâle de ce temps, des airs mous et efféminés.
5, +Marseille+.--Cette épée, suivant VALÈRE MAXIME, II, 6, 7, avait servi à trancher la tête aux criminels; elle existait depuis la fondation de la ville, était rongée de rouille et presque hors de service.
7, +Dommageables+.--Que dirait aujourd’hui Montaigne, en voyant l’action inconsciente des foules se substituant de plus en plus dans le domaine social et politique à l’activité consciente des individus?
«nouuelleté», l’une des caractéristiques principales de l’âge actuel, absolument en dehors de celles auxquelles il fait allusion, et qui, nous conduisant insensiblement au socialisme, dépasse si fort ses prévisions les plus pessimistes.
8, +Ans+.--La réforme, qui avait été introduite en France _vingt-cinq ou trente ans_ auparavant, comme le porte l’éd. de 88.
11, +Nez+.--S’en prendre au nez; ne pouvoir s’en prendre qu’à soi.
Cette locution viendrait, dit-on, d’une ancienne coutume qui obligeait celui qui avait accusé quelqu’un à faux, à lui faire réparation publique, en se tenant soi-même le nez.
20, +Fons+.--Charles Ier d’Angleterre, Louis XVI et en général la chute de tous les souverains victimes de révolution, témoignent de la justesse de cette assertion.--Chez ceux auxquels l’ambition fait concevoir l’idée de déposséder un roi pour prendre sa place, c’est plutôt, d’après l’auteur même des Essais, l’inverse qui se produit: «Michel Montaigne me dit un jour, rapporte D’AUBIGNÉ dans son _Histoire universelle_, que les prétendants à la couronne trouvent, jusqu’au marchepied du trône, tous les échelons petits et aisés, mais que le dernier ne peut se franchir, en raison de sa hauteur.» «Cromwell lui-même, ajoute d’Aubigné, n’osa se parer du titre de roi.» Nombreux en effet sont ceux qui, comme les maires du palais, à la fin de la race mérovingienne, s’étant emparés du pouvoir, l’ont exercé en demeurant au second plan. Napoléon, dans les temps modernes, a montré moins d’hésitation.
22, +Mal+.--Allusion aux excès des catholiques tombant dans la rébellion, à l’imitation des protestants.
25, +Heureusement+.--Facilement, sans peine.
35, +Est+.--TITE-LIVE, XXXIV, 54, dit cela à propos d’un règlement nouveau prescrivant que, dans certains spectacles, le peuple devait être séparé des Sénateurs, qui jusqu’alors avaient été assis avec lui