corps de leurs maîtres. On cite comme s’étant laissé mourir de faim le cheval de Nicomède, roi de Bithynie, après que celui-ci eut été tué (N.
=II=, 184: _Ora_); et Varron en mentionne (N. =II=, 176: Parenté) un autre qui se serait de lui-même précipité et brisé la tête, parce qu’on venait de lui faire saillir sa mère.
=636=, par les Stoïciens. DIOGÈNE LAERCE, VIII, 130.
11, +Reliques+.--Restes; du latin _reliquiæ_ qui a même signification. Reliques en français ne se dit plus guère que des saints que l’on conserve et propose à la dévotion des fidèles.
de suicide de garçons et de fillettes dans les écoles, dont 812 âgés de moins de 15 ans, soit 44 par an, sur lesquels un tiers par peur de punition.
de Sparte, qu’il s’était aliéné par ses efforts pour y rétablir les institutions de Lycurgue, battu à Sellasie (=222=) par Antigone roi de Macédoine, s’embarquait pour passer en Égypte où il allait chercher un asile et solliciter des secours, quand eut lieu entre lui et Therycion, un de ses plus fidèles partisans, le fait dont il est ici question.
Trois ans après, malgré toute sa ténacité, Cléomène suivit l’exemple de Therycion, le roi d’Égypte qui l’avait accueilli étant mort et son successeur ayant manifesté à son égard des dispositions tout autres.
10, +Inconuenient+.--En 67, alors que Josèphe, gouverneur de Galilée au nom du grand conseil de Jérusalem en insurrection contre les Romains, se trouvait à Tarichée en butte à une sédition excitée contre lui, sous prétexte qu’il s’était approprié des prises qui provenaient d’extorsions et que, pour cette cause, il avait fait rendre à ceux qui en avaient été dépouillés. Étant parvenu à échapper par la fuite à ceux qui avaient dessein de le tuer, puis à se faire écouter par le peuple, il finit par le mettre de son côté. JOSÈPHE, _De Vita sua_.
13, +L’occasion+.--A la première bataille de Philippes (en Macédoine) qu’après la mort de César, Antoine et Octave livrèrent à Cassius et à Brutus qu’ils poursuivaient, Cassius, qui commandait à l’aile gauche, la voyant plier et croyant à tort Brutus battu aussi de son côté, se perça de son épée. Un mois après, Brutus, vaincu en ce même lieu où il venait d’être victorieux, en fit autant (=42=). On dit qu’en mourant, il s’écria: «Vertu, tu n’es qu’un mot»; mais cette parole désespérante de l’action, le duc d’Enghien, voulant arrêter le gros de l’infanterie ennemie, qui, à un moment donné, devenait menaçant, le chargea à la tête de sa gendarmerie, mais ne parvint ni à le rompre, ni à l’arrêter, et éprouva des pertes énormes: «Dans son désespoir, M. d’Anguyen, dit Montluc, voyant ses gens de pied en fuite et qu’à peine lui restait cent chevaux pour soutenir le choc de cette colonne de cinq mille piquiers suivant toujours au grand trot leur victoire, deux fois se donna de l’espée dans son gorgerin, se voulant offenser soi-même.» Son acte de désespoir, comme l’effort de cette infanterie adverse, n’eurent pas de suites et la victoire se prononça en notre faveur.
24, +Tuer+.--PLINE, XXV, 3, dit qu’il n’y a guère que trois sortes de maladie pour lesquelles on se tue: la pierre, les douleurs d’estomac et les douleurs de tête. Quant au droit de se tuer, qu’elles peuvent conférer, il n’en parle pas; du reste, les éd. ant. port.: _accoustumé_, au lieu de: «droit».
25, +Retenüe+.--Maladie dont Montaigne était atteint, c’est pourquoi il la cite à l’exclusion des deux autres que mentionnaient cependant les éd. ant.: _la seconde, la douleur d’estomach: la tierce, la douleur de teste_.
31, +Corps+.--TITE-LIVE, XXXVII, 46.--En =190=; les Étoliens avaient été défaits par le consul Acilius Glabrio; Damocrite échappa de la sorte à la honte de figurer au triomphe qui fut décerné au vainqueur.
35, +Couurir+.--TITE-LIVE, XLV, 26.--En =167=; Antinoüs et Théodotus, tous deux citoyens de Passaron, ville d’Épire, s’étaient compromis au point de ne pouvoir espérer trouver grâce auprès des Romains.
42, +Siens+.--Goze, petite île à l’occident de celle de Malte, dont elle n’est pas très éloignée; elle avait été cédée avec cette dernière en 1530, par Charles-Quint, aux Chevaliers de S.-Jean de Jérusalem, lorsque l’île de Rhodes leur avait été enlevée par les Turcs; ceux-ci et les corsaires d’Afrique la ravagèrent à diverses reprises, en particulier en 1551, année où se passa le fait que relate Montaigne; ils l’abandonnèrent peu après, ayant préalablement rasé le château.
=640=, 1, +Antiochus+.--Antiochus Épiphane, roi de Syrie, voulant fusionner les peuples sous sa domination, défendit aux Juifs de circoncire leurs enfants; ceux qui contrevenaient étaient crucifiés, leurs femmes pendues à leur côté avec leur enfant pendu au cou (=167=). JOSÈPHE, 12, +Curée+.--Montaigne renverse ici les rôles: Drusus Libon délibérait s’il se donnerait la mort ou s’il l’attendrait; Scribonia lui demanda quel plaisir il trouvait à faire la besogne d’un autre.
Cette observation, dit SÉNÈQUE, _Epist._ 70, ne persuada pas Libon; il se tua et, ajoute-t-il, il eut raison.
général de Démétrius I, roi de Syrie.
=642=, 1, +Pelasgia+.--Pelagia était d’Antioche (Asie Mineure) et était âgée de 15 ans seulement. Surprise chez elle par l’édit de persécution et mise en demeure de choisir entre sa virginité ou sa religion, elle obtint des soldats qui avaient envahi sa demeure un répit pour mettre ordre à sa toilette, promettant de les satisfaire; et, montant à l’étage supérieur, elle se précipita par une fenêtre. Sa mère et ses deux sœurs s’étaient enfuies; sur le point d’être atteintes, elles se dirigèrent vers la rivière qui était proche, y entrèrent comme pour s’y baigner, et s’avançant jusqu’à ce qu’elles perdissent pied, s’y noyèrent volontairement. S. AMBROISE, _De Virg._, III.
1, +Sophonia+.--En 311, lors de la persécution à laquelle mit fin la victoire, sous les murs de Rome, de Constantin, qui assura le triomphe définitif du Christianisme (321). RUFIN, _Hist. ecclés._, VIII, 27; EUSÈBE, _Hist. ecclés._, VIII, 14, toutefois celui-ci ne la nomme pas, quoique ce soit la même.
15, +Marot+.--«De ouy et nenny», poésie de CL. MAROT: «Un doulx nenny, avec un doulx sourire, Est tant honneste! Il vous le faut apprendre.
Quant est d’ouy; si veniez à le dire, D’avoir trop dict je vouldrois vous reprendre; Non que je sois ennuyé d’entreprendre Le duict dont le desir me poinct; Mais je vouldrois qu’en me le laissant prendre, Vous me disiez: Non, vous ne l’aurez point.»
un procès d’adultère imaginé pour le perdre, se tua, alors que ses amis cherchaient à lui persuader qu’il s’en tirerait en temporisant, disant que l’avènement à l’empire de Caligula lui faisait prévoir un esclavage pire que celui que Tibère avait fait peser sur eux et qu’il voulait mettre fin à la fois au passé et à l’avenir. L’estime en laquelle on le tenait était telle, que l’empereur Auguste, près de mourir, l’avait déclaré digne du rang suprême.
25, +Prinse+.--S’étant emparé du camp des Perses, Spargapisez et ses Scythes avaient fait main basse sur ce qui s’y trouvait, s’y étaient enivrés et endormis, si bien que surpris par leurs ennemis, ils avaient été faits prisonniers; revenu à lui, et apprenant le fâcheux état en lequel il se trouvait, Spargapisez sollicita qu’on lui ôtât ses liens et se tua (=530=). HÉRODOTE, I.
28, +Cheuance+.--On comprenait sous ce nom l’ensemble de tout ce que quelqu’un possédait.
35, +Soy-mesme+.--En =475=, pendant la deuxième guerre médique, lors des opérations qui suivirent la bataille de Platée. HÉRODOTE, VII.
=644=, 16, +Feu+.--Le fait s’est passé sous la domination portugaise, qui, commencée en 1511, a pris fin en 1641, date à laquelle les Hollandais se substituèrent aux Portugais pour faire place en 1824 à l’Angleterre à laquelle ce territoire appartient actuellement.
Tibère par une tragédie dont le sujet (Atrée) et quelques vers lui avaient été dénoncés comme une critique; ce fut la cause d’une accusation de lèse-majesté, que l’on renforça en y joignant une imputation d’adultère avec Livie, la mère de l’empereur, et de sacrifices magiques. A l’instigation de sa femme, qui partagea sa mort, il prévint son jugement, en se tuant (34).--Labéon, gouverneur de Mysie (Asie Mineure), était accusé de malversations; Tibère lui fit signifier qu’il lui interdisait sa maison; c’était une de ses formules de disgrâce et de proscription. Devançant la venue du bourreau, Labéon se fit ouvrir les veines; Paxéa, sa femme, imita son exemple (34).
34, +Garde+.--«Une femme ne cèle que ce qu’elle ne sait pas.»
Proverbe.--Caton l’Ancien disait qu’il fallait se repentir de trois choses seulement: révéler son secret à une femme; passer un jour dans l’oisiveté; aller par mer dans un endroit accessible par terre.
35, +Corps+.--Auguste avait exprimé devant Fulvius ses regrets de laisser l’empire à Tibère son beau-fils et l’idée que, parfois, il avait de revenir sur sa détermination. Fulvius rapporta le fait à sa femme, et celle-ci à Livie, femme d’Auguste et mère de Tibère, qui vint récriminer. Aussi, le lendemain, quand Fulvius vint le saluer, lui disant suivant sa coutume: «Dieu te garde, César», Auguste lui répondit: «Dieu te fasse sage, Fulvius». Il comprit de suite par là que lui d’abord, sa femme ensuite, avaient trop parlé. PLUTARQUE, _Du trop parler_, 9.--TACITE, _Ann._, I, 5, rapporte également le fait; mais il l’attribue à un nommé Fabius Maximus et ne dit pas que sa femme se tua, mais seulement qu’à ses funérailles on l’entendit s’accuser d’être la cause de sa mort.
36, +Virius+.--TITE-LIVE, XXVI, 13-15.--Après la défaite de Cannes, Capoue, à l’instigation de Vibius Virius, s’était détachée de Rome et avait ouvert ses portes à Annibal. Trois ans après, les Romains vinrent mettre le siège devant cette ville; il durait depuis deux ans déjà, et ils avaient dû l’interrompre à diverses reprises, mais enfin la résistance était à bout, quand Vibius, pour échapper à leur vengeance, prit la détermination dont il est ici question (=211=).
=646=, 19, +De là+.--De Capoue, ou de la Campanie, comme dit TITE-LIVE, _Ann._, XXVI, 15.
33, +Consul+.--Lors de la reprise de Capoue par les Romains (=211=).--D’après une autre version, Jubellius Taurea ne se serait pas tué lui-même; compris au nombre de ceux condamnés à périr, il aurait simplement à ce moment apostrophé le consul Quintus Fulvius. Tite-Live rapporte également qu’au moment où le supplice de ces sénateurs s’apprêtait, on remit au consul un courrier arrivant de Rome, contenant un sénatus-consulte leur faisant grâce, et que Fulvius, le pressentant, remit à l’ouvrir jusqu’à ce que l’exécution fût terminée.
39, +Vie+.--Ce fait semble se rapporter non à une ville des Indes, mais à celle des Marmaréens, peuplade qui occupait sur les frontières de la Lycie un rocher fortifié. Ayant attaqué l’arrière-garde d’Alexandre, celui-ci revint sur ses pas et mit le siège devant leur forteresse; convaincus bientôt de l’inutilité de toute résistance, ses défenseurs décidèrent de tuer enfants, femmes et vieillards, de mettre le feu aux maisons, d’exécuter ensuite une sortie et de se sauver dans les montagnes voisines, ce qu’ils firent (=334=). DIODORE DE SICILE, XXVII, 18.
=648=, 17, +Suiuoit+.--En =206=. Astapa était assiégée par Marcius, chevalier romain, qui, après la mort des deux frères Scipions, avait pris le commandement de l’armée (V. =I=, 42 et N. Freres); fidèle aux Carthaginois et placée sur les communications de l’armée romaine, elle en interceptait les convois. TITE-LIVE, XXVIII, 22, 23.
24, +Soy+.--En =348=. Abydos, auj. un des forts des Dardanelles, était une colonie d’Athènes; la guerre entre Philippe roi de Macédoine et les Athéniens avait été amenée par la mise à mort par ceux-ci de deux Acarnaniens (l’Acarnanie était située entre l’Étolie et l’Épire), peuple allié de Philippe, qui par suite d’une erreur de leur part, bien que non initiés, étaient entrés dans le temple de Cérès pendant la célébration des mystères d’Éleusis. TITE-LIVE, XXXI, 17 et 18.
27, +Separées+.--Que lorsqu’elles ont été prises séparément.
sur la mentalité des foules et la modification qu’y subissent, momentanément mais inéluctablement, les facultés intellectuelles de =650=, 2, +Testament+.--TACITE, _Ann._, VI, 29.--Au Japon, les nobles qui sont condamnés à mort peuvent encore, dit-on, par faveur spéciale obtenir de s’exécuter eux-mêmes par le _harikiri_, privilège des hautes classes, qui consiste à s’ouvrir le ventre et, simultanément, être décapité par un ami, suivant un rite particulier; mourant de la sorte, ils évitent eux aussi la confiscation de leurs biens qui passent à leurs héritiers.
6, +Phædon+.--Un des dialogues de Platon, ainsi appelé du nom d’un des disciples de Socrate les plus fidèles à sa doctrine; dans le _Phédon_, il est traité plus particulièrement de l’immortalité de 11, +Soissons+.--En 1250, quand, après la bataille de Mansourah, l’armée se retirait sur Damiette, retraite dans laquelle saint Louis fut fait prisonnier.
16, +Terres+.--L’Amérique. Cela se voit aussi dans l’ancien continent: au Japon, aux Indes; dans cette dernière contrée, au royaume d’Aracan, on promène chaque année l’idole Guiay-Pora dans un grand char sous les roues duquel les plus dévots du pays se font écraser.
25, +La iustice...volontaires+.--_Ce doubte_ (var. des éd. ant.).
31, +Soy+.--VALÈRE MAXIME, II, 6, 7.--Ce désir de mort volontaire y était admis pour cause soit d’adversité, soit de prospérité: l’une si elle était de durée prolongée, l’autre de peur qu’elle ne vînt à cesser; le fait relaté dans l’alinéa suivant rentre dans ce dernier cas.
31, +Ailleurs+.--Suivant Amundsen, explorateur moderne (1900), le suicide est permis chez les Esquimaux.
35, +Compagnie+.--VALÈRE MAXIME, II, 6, 8.--Le fait se passait en =51=.
=652=, 19, +Mercure+.--Dieu de l’éloquence, du commerce et des voleurs; avait aussi la mission de conduire les âmes aux Enfers, où toutes, indistinctement, allaient après la mort: les unes aux Champs Élysées, séjour des bons; les autres au Tartare, réservé aux méchants.
au delà de l’Océan glacial arctique qu’il nomme Aquilon glacial, où, dit-il, les jours sont de six mois, les nuits de même durée; nation heureuse, ajoute-t-il, où la discorde est ignorée ainsi que toute maladie, où on ne meurt que par satiété de la vie.
conforme à la doctrine des Stoïciens, qui qualifiait de lâches ceux qui s’attachaient quand même à la vie, lorsque les infirmités les somme, indépendamment des avis particuliers, dans un sens ou dans un d’une façon générale: La loi de Moyse réprouve le suicide; les suicidés chez les Hébreux étaient privés de sépulture ou tout au moins enterrés de nuit, la Bible mentionne du reste fort peu de suicides. Les anciens livres sacrés des Hindous, les Védas, le condamnent, mais la religion de Brahma l’encourageant à titre de sacrifice religieux, le nombre de ceux qui, dans les Indes, s’immolent ainsi par fanatisme est inouï.
En Chine, le suicide est fréquent; au Japon, on s’en fait souvent un point d’honneur. Zoroastre le condamne; de même Mahomet, et les suicides sont très rares chez les Musulmans. Dans l’antiquité grecque où Socrate en est un adversaire déclaré, il se produit fréquemment; et quoique condamné en principe par les lois, comme le Sénat à Marseille, l’Aréopage à Athènes l’autorisait quand il en approuvait les motifs.
Nous connaissons l’opinion des Stoïciens; les Sceptiques, eux, se désintéressaient de la question. A Carthage, les fluctuations de la politique firent qu’il était de pratique courante. A Rome, rare au début, il l’est beaucoup moins vers la fin de la République, et, sous l’empire, nombreux sont ceux qui ont recours au suicide pour échapper à la tyrannie du prince; mais sous tous régimes il est réprimé avec une extrême rigueur chez le soldat dont toute tentative avortée entraîne la peine capitale. Il est fort en honneur chez les peuples primitifs de la Gaule, les vieillards y avaient souvent recours. Parmi les chrétiens, saint Augustin est le premier qui se prononce contre, sans restriction aucune; les conciles qui suivent le frappent d’excommunication; sous saint Louis, les suicidés sont jugés et les mesures prises contre leurs restes sont empreintes d’une extrême sévérité et leurs biens sont confisqués. Le protestantisme le réprouve également; J.-J. Rousseau et Voltaire se déclarent plutôt pour que contre; la Révolution abroge les peines qui le frappent.--Depuis, en France, comme partout ailleurs du reste, il tend à augmenter d’année en année particulièrement dans les grandes villes, motivé surtout par des maladies cérébrales, les souffrances physiques, et l’inconduite; puis encore par la misère, les revers de fortune, les chagrins domestiques, des amours contrariés, le désir d’éviter des poursuites judiciaires, l’ivrognerie, et chez quelques-uns le dégoût du service militaire. De 1.700 par an qu’était, en moyenne, en France, en 1827 le nombre des suicides, il s’est élevé, par une gradation ininterrompue, à 7.267 en 1865; sur ce nombre qui comprend des enfants de seize ans et au-dessous, les gens mariés entrent pour moitié, les femmes pour un quart. Cette progression est due à la même cause qui fait que la criminalité va croissant; chacun veut, chaque jour davantage, l’existence meilleure et plus facile et en supporte d’autant moins les déboires inévitables, ce qui est plutôt veulerie; on ne saurait douter non plus que n’y contribue chez beaucoup l’affaiblissement de la foi qui seule, qu’elle repose sur la vérité ou l’erreur, ce qui importe peu, donne, quoi qu’on en dise, aux croyants (heureuses gens!), patience et consolation en cette vie.--Pour conclure, on peut dire du suicide, comme de tant d’autres choses de ce monde, que le jugement à en porter est essentiellement variable suivant chaque cas particulier; s’il est en général à condamner, il est parfois excusable et dans quelques circonstances être le fait d’un grand caractère et d’un non moins grand courage, ne prêtant en rien à la critique la plus sévère.
CHAPITRE IV.
=654=, 1, +Auec+.--_Grande_ (add. des éd. ant.).
7, +Grec+.--Montaigne avait appris le grec, il n’y a pas doute à ce sujet; mais il ne l’avait jamais su à beaucoup près comme le latin, et il est fort croyable qu’à l’âge où il était arrivé il n’y entendait plus grand’chose.
7, +Sens+.--_Si beau_ (add. des éd. ant.).
16, +Breuiaire+.--Livre dont les ecclésiastiques doivent lire journellement des passages déterminés; par extension, livre de lecture habituelle, qui «ne quitte point nos mains, nuit et jour feuilleté», a dit BOILEAU.
21, +Soy+.--Moins embarrassé, plus naturel.
=656=, qu’une tentative allait être faite, à l’aide de voitures de foin qu’on chercherait à introduire dans la ville dont il était gouverneur, pour s’emparer de l’une des portes. De Boutières négligea d’en prendre connaissance et ce ne fut que par le fait du hasard qu’échoua ce coup de main consistant en cinq voitures de foin, portant au-dessous de leur fond des cages très ingénieusement aménagées, dans chacune desquelles avaient pris place six soldats qui devaient en sortir à l’improviste et, avec l’aide des conducteurs qui étaient également des soldats déguisés, assaillir le poste et s’en emparer.
à César par Artémidore de Cnide, qui enseignait à Rome les lettres grecques et latines; voyant habituellement les complices de Brutus, il était en partie au courant de la conjuration. «Lisez seul et promptement,» lui dit-il en lui remettant son écrit. César essaya de lire à plusieurs reprises, mais il en fut empêché par la foule de ceux qui venaient lui parler; d’autres disent que cette même foule empêchant Artémidore d’approcher, il lui fit remettre ses papiers par un autre; toujours est-il que César entra au Sénat sans en prendre connaissance.
Les éd. ant. aj. ici: _contenant le faict de l’entreprise_.
27.--En =378=; le premier Archias était un capitaine thébain, gouvernant Thèbes au nom de Sparte qui l’y avait installé; l’autre, son hôte et son ami, était souverain-pontife à Athènes.
33, +Faire+.--En 1846, le prince de Metternich, chancelier d’Autriche, celui-là même qui avait tant contribué à la chute de Napoléon Ier, était, dit-on, jouant un soir aux cartes, quand survint une dépêche de Gallicie, où régnait une certaine fermentation. Tout entier à son jeu, ce ne fut que trois heures après qu’il décacheta cette dépêche, par laquelle on lui transmettait des propositions qui eussent tout arrangé. C’était trop tard: il y avait urgence, et la réponse n’arrivant pas, un conflit s’était produit, faisant deux mille victimes. Le prince garda tout le restant de ses jours le remords de cet instant d’oubli.
36, +Pour entretenir...assis+.--Var. des éd. ant.: _ou pour porter nouuelles à celuy qui seroit assis, ou pour lui donner quelque CHAPITRE V.
=658=, +Conscience+.--«Il est au fond de nos âmes un principe inné de justice et de vertu, d’après lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises; c’est à ce principe que je donne le nom de conscience.» J.-J. ROUSSEAU.
1, +Voyageant...durant+.--Var. de 80: _Ie passois vn iour païs pendant_.
7, +Air+.--_Foyer_ (var. des éd. ant.).
19, +Masque+.--Sur sa physionomie et malgré la croix, signe distinctif des catholiques, qu’il portait sur sa casaque (sorte de pardessus à manches larges), bien qu’il n’appartînt pas à ce parti.--Les protestants portaient l’écharpe; celle des partisans de Henri IV était blanche.
25, +Pœonien+.--Ce mot signifie à la fois: chargé des soins à donner aux paons, et individu originaire de la Pœonie. Les deux sens ont cours; avec le premier, Bessus serait une sorte de valet de ferme; nous avons adopté le second, l’anecdote étant vraisemblablement tirée de PLUTARQUE, _Pourquoi la justice divine_, etc., 8, qui le qualifie de capitaine, chef d’une troupe à pied, et le donne comme ayant abattu ce nid avec une pique qu’il avait en main.
31, +Penitence+.--On fait souvent allusion à ce mode d’intervention imprévu de la Providence, sous le nom des «Grues d’Ibycus». Ibycus assassiné par des brigands, au milieu d’une forêt, était sur le point d’expirer, quand voyant dans les airs un vol de grues, il les prit à témoin de l’attentat dont il était victime. Quelque temps après, ses assassins se trouvant aux jeux Olympiques, l’un d’eux, voyant passer un vol de grues, s’écria imprudemment: «Voilà les témoins d’Ibycus!»
Ce propos, sur lequel il fut appelé à s’expliquer, révéla leur culpabilité. ERASME.
=660=, 9.--La cantharide est un insecte de la famille des coléoptères, qui, réduit en poudre, est la base des vésicatoires. Cette poudre, absorbée à l’intérieur, est un poison violent qui était assez en usage chez les anciens. Ils attribuaient en outre à la piqûre même de l’insecte la propriété de donner la mort qui se produisait, croyaient-ils, dans la disposition où l’on était à l’instant où l’on était piqué: si à ce moment, par exemple, on riait, on mourait en riant. La science moderne assigne le camphre comme antidote des empoisonnements par la cantharide; quant à recéler en elle-même son contrepoison, Plutarque ne le rapporte que comme un on-dit.
POLYEN, IV, 6, 18.
20, +Mesmes+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 97.--SOPHOCLE et LUCIEN émettent une idée analogue: «Rien n’est caché, car le temps voit, entend et révèle tout,» dit le premier. «Tu pourras peut-être, dit le second, dérober aux hommes la connaissance de tes actions coupables; tu ne le pourras envers les dieux malgré tous tes calculs.»--La formule d’ÉPICURE que donne Montaigne et que L. RACINE a traduite dans son poème de _La Religion_: «De ses remords secrets triste et lente victime, Jamais un criminel ne s’absout de son crime...Le cruel repentir est le premier bourreau Qui dans un sein coupable enfonce le couteau», semble moins prêter à controverse, et cependant on peut dire que chez le méchant, c’est-à-dire chez celui en lequel le mal prédomine, la conscience est oblitérée; soit parce qu’elle a toujours été telle, soit parce que trop souvent il a négligé de l’écouter, elle ne se fait plus entendre, le remords n’existe pas. Aussi sommes-nous de ceux qui n’en voulant pas au méchant, le considérant comme inconscient, voyons en lui un être malfaisant que la société a le devoir non de punir, elle n’a guère elle-même la faculté d’en juger sainement, mais de mettre hors d’état de lui nuire, comme elle fait d’un fou, d’un pestiféré, d’une bête fauve, d’un chien enragé, lorsqu’il est avéré qu’il constitue un danger public. Contrairement à ce qu’a introduit la chicane, c’est le fait qui est à apprécier et non l’intention; la constatation du premier est généralement facile, l’autre est toujours impossible, notre état mental, à tous, à un moment donné, essentiellement variable, échappant à toute appréciation: principe qui est la base de la loi du talion et de l’action civile ou réparation du préjudice causé. Il est à portée des intelligences les plus simples et a suffi dans les sociétés primitives à assurer le maintien de l’ordre, à protéger les personnes et les choses, au moins aussi bien que nous y parvenons dans nos sociétés modernes avec notre législation si prolixe, où tout est agencé pour jeter de la confusion dans les esprits, favorisant les mauvais au préjudice des bons, à l’opposé de ce que commandent la raison et l’équité.
31, +Importante+.--PLUTARQUE, _Comment on peut se louer soi-même_, 5.--En =190=. Scipion l’Africain, la loi semblant s’y opposer et les questeurs hésitant à le faire, de lui-même, simple particulier à ce moment, mais déjà paré des lauriers de Zama, avait ouvert le trésor public réservé pour parer à une guerre contre les Gaulois, et y avait puisé pour faire face aux besoins de la guerre que Rome méditait contre Antiochus, roi de Syrie, dont les progrès commençaient à donner de l’inquiétude, guerre dont son frère allait être chargé.
33, +Teste+.--De juger dans une affaire pouvant entraîner une condamnation capitale.
accompagné son frère en Asie en qualité de lieutenant, et, en réalité, dirigé la guerre qui avait contraint Antiochus à restituer aux alliés de Rome toutes les conquêtes qu’il avait faites sur eux, quand, à leur retour, les deux frères furent accusés par le tribun Nevius de s’être laissé corrompre par l’ennemi.
accusation portée contre Scipion l’Africain et Scipion l’Asiatique est la même, renouvelée, que la seconde dont Montaigne vient de parler et à laquelle ils avaient échappé l’année précédente en évoquant le souvenir de Zama. Sommé de produire ses comptes, Scipion l’Africain lacéra le registre où ils étaient consignés, disant qu’«il ne s’abaisserait pas à se justifier d’une dépense de 4.000.000 de sesterces (800.000 fr.)
pour une expédition, lui qui, par ses victoires, avait enrichi le trésor de 200.000.000 de sesterces (40.000.000 de fr.), et n’en avait rapporté que le surnom d’Africain, et que s’ils étaient riches, c’était en ennemis beaucoup plus qu’en argent»; et il s’exila volontairement à Literne en Campanie, où il mourut en =184=. Son frère fut condamné à une forte amende; ne pouvant la payer intégralement, il allait être conduit en prison, quand T. Sempronius Gracchus, autre tribun du peuple, qui jusqu’alors s’était montré l’ennemi des Scipions, s’y opposa. Ruiné par cette amende, Lucius Scipion n’accepta de ses parents et amis, qui mirent à sa disposition des sommes immenses, que de quoi racheter ce qui était strictement nécessaire à son existence.
47, +Cauterizée+.--Ulcérée, torturée par le remords.
=662=, _Œdipe_.
5, +Gehennes+.--La torture, appliquée aux accusés pour les forcer à avouer leur crime ou nommer leurs complices, dite question préalable, a été abolie en France par Louis XVI, en 1780.
11, +Guerdon+.--Une si belle récompense que celle.
un complot contre Alexandre le Grand, fut mis à la torture, déclaré coupable et lapidé. Le fait principal à sa charge était que pendant deux jours, alors qu’à diverses reprises il avait vu le roi, de l’intimité duquel il était, et ayant toute qualité pour l’entretenir, il ne lui avait pas donné avis d’une conjuration dont il avait été averti pour l’en prévenir, et à deux reprises différentes avoir répondu à celui qui l’en avait instruit, que l’occasion lui avait manqué pour le faire; ce que, pour sa défense, il expliquait en disant qu’il n’avait pas attaché d’importance à la révélation qui lui avait été faite, n’estimant pas vraisemblables les projets qu’on lui dénonçait.
35, +Conte+.--Il est dans FROISSART, IV, 87.
37, +Iusticier+.--Bajazet I, appelé aussi l’Amorabaquin, ce qui signifierait fils d’Amurat.
CHAPITRE VI.
=664=, 6, +L’exercitation+.--Montaigne traite dans ce chapitre de l’exercice de la vertu, ou plutôt de la nécessité de ne pas se borner à l’exalter et d’y joindre la pratique.
11, +Empeschée+.--Les éd. ant. aj.: _Quelques bonnes opinions qu’elle ait_.
16, +Escient+.--Exprès, à dessein; c’est un sens que ce mot a fréquemment dans les Essais.
ajoute Plutarque, il dit à un de ses amis qui l’accompagnait, qu’il viendrait lui parler la nuit suivante; il lui apparut en effet et discourut avec lui sur l’immortalité de l’âme et la lumière pure et éclatante dans laquelle la sienne se trouva après la mort.--Dans un autre ordre d’idées, surtout dans un but humanitaire et avec l’arrière-pensée d’y trouver un argument pour la suppression de la peine de mort, on s’évertue aujourd’hui à reconnaître si un individu décapité conserve encore sa connaissance dans l’instant qui suit l’exécution: si par exemple, à l’appel de son nom, un indice se produit qu’il l’a perçu; jusqu’ici les expériences faites à cet égard n’ont rien donné de concluant.
38, +Souffrances+.--_Actions_, port. les éd. ant., à quoi celle de 80 aj.: _opérations_.
=668=, 1, +Insensible+.--«Qu’on interroge les médecins et les ministres du culte accoutumés à observer les actions des mourants et à recueillir leurs derniers sentiments, ils conviennent qu’à l’exception d’un petit nombre de maladies aiguës où l’agitation causée par des mouvements convulsifs semble indiquer des souffrances chez le malade, dans toutes les autres on meurt doucement, tranquillement et sans douleur.»
BUFFON.--Cela est vrai, mais en tant seulement des derniers moments où l’organisme brisé par le mal qui le détruit est anéanti et va cesser d’être, autrement c’est assez discutable; la plupart du temps ce n’est qu’une accalmie et ce passage de vie à trépas a été précédé de souffrances dont il y a lieu de tenir compte avant de conclure.--«Une douleur très vive, ajoute Buffon, pour peu qu’elle dure, conduit à l’évanouissement ou à la mort. Nos organes, n’ayant qu’un certain degré de force, ne peuvent résister que pendant un certain temps à un certain degré de douleur; si elle devient excessive, elle cesse, parce qu’elle est plus forte que le corps, qui, ne pouvant la supporter, peut encore moins la transmettre à l’âme, avec laquelle il ne peut correspondre que quand les organes agissent, etc...»--En écrivant ce passage, et quelques autres que nous signalons plus loin, Buffon s’est certainement rappelé plusieurs idées de ce chapitre des Essais. LE CLERCQ.
21, +Mort+.--Montaigne a déjà dit la même chose, à peu près dans les mêmes termes. V. =I=, 122 et N. Mort.
23, +L’effort+.--Montaigne est ici bien dans le vrai, quoiqu’il agisse tout autrement, car son livre est plein de l’attente de cet événement. A quoi bon en effet cette préoccupation continue de la mort?
Avec cette pensée toujours présente à l’esprit, on n’entreprendrait jamais rien, on ne jouirait de rien, et notre existence se passerait tout entière anxieuse et stérile. Qu’on y soit constamment préparé, c’est-à-dire qu’on ait toujours ses affaires en ordre, parce qu’elle peut nous surprendre, c’est raisonnable; que celui qui croit en une autre vie, où il renaîtra avec son individualité, et recevra la récompense ou le châtiment de ses faits et gestes sur cette terre, pense fréquemment à cette fin dernière pour y puiser une aide dans la voie du bien et une consolation dans l’affliction, cela se conçoit, mais quelle superfluité que de s’en préoccuper sans cesse! Quelles que soient les dispositions en lesquelles nous nous sommes ingéniés à être pour la recevoir, elle accomplit son œuvre sans que la pose que nous y mettons, y change quoi que ce soit, non plus que si elle vient sans que nous nous soyons mis en peine pour la recevoir.
25, +Deuxiesmes+.--Il y eut, en ce temps, huit guerres de religion: la seconde, de 1566 à 1568, fut marquée par le combat de S.-Denis où fut tué le connétable de Montmorency; la troisième, de 1568 à 1570, en cette dernière eurent lieu les batailles de Jarnac et de Montcontour.
36, +Petit homme+.--C’est Montaigne lui-même; voir son portrait ch.
XVII du liv. II.