nous avons encore de lui la guerre de Catilina et celle de Jugurtha. Il se distingue par la précision de son style, sa perspicacité, sa science pratique; mais il a tendance à la partialité et présente des lacunes et de fréquentes digressions.
en porte, et il est d’autant plus flatteur qu’il était compétent et n’aimait pas César: «Parmi les orateurs, il n’en est point à qui César doive céder; il y a dans sa manière de l’élégance et de l’éclat, de la magnificence et de la grandeur; qui pourrait l’emporter sur lui pour l’abondance et la vigueur de ses pensées?» Comme historien: «Ses Commentaires sont un livre excellent; le style en est simple, pur, élégant, dépouillé de toute pompe de langage; c’est une beauté sans parure; en ne chargeant pas d’ornements frivoles ces grâces naturelles, il a ôté aux gens de goût, jusqu’à l’envie de traiter le même sujet.»
8, +Ennemis+.--Add. des éd. ant.: _mesmes et tant de verité_.
20, +Froissard+.--Chroniqueur français. Sa chronique de France, d’Angleterre et d’Écosse, de 1326 à 1400, est une suite de récits sans ordre, qui offrent beaucoup d’incorrections, mais où l’on trouve une grâce et une naïveté qui charment; ses descriptions sont d’un naturel saisissant.--Le jugement qu’en porte Montaigne réduit par trop son mérite: le siège de Calais, la bataille de Poitiers par exemple, ne se composent pas seulement de renseignements recueillis çà et là et rassemblés sans ordre, ni triage; c’est de l’histoire.
36, +Biais+.--«Les faits changent de forme dans la tête de l’historien; ils se moulent sur ses intérêts; ils prennent la teinte de ses préjugés.» J.-J. ROUSSEAU, _Émile_, IV.
=80=, 1, +Latin+.--Antérieurement à Montaigne et même encore de son temps, le latin était la langue universelle en Europe, et les érudits, en France, écrivaient beaucoup plus en latin qu’en français; ce n’est guère qu’à partir de son époque que la langue française se fixait et qu’on en fit usage dans le monde savant; lui-même est un de ceux qui y contribuèrent le plus.
6, +Dimensions+.--Add. des éd. ant.: _Ceux-là sont aussi, bien plus recommandables historiens, qui connoissent les choses, dequoy ils escriuent, ou pour auoir esté de la partie à les faire, ou priuez auec ceux qui les ont conduites._ 20, +Et le sçauoir...communement+.--Les éd. ant. port.: _de la fortune estoit tousiours accompagnée du sçauoir_.
22, +Douteux+.--Les éd. ant. aj.: _S’ils n’escriuoient de ce qu’ils auoient veu, ils auoient aumoins cela, que l’experience au maniement de pareils affaires, leur rendoit le iugement plus sain._ Asinius Pollio, César avait été dans l’intention de refaire ou de corriger ses Commentaires.»
36, +Accident+.--C.-à-d. si l’on ne confronte les témoignages, si l’on ne reçoit les objections, lorsqu’il s’agit de prouver les moindres détails de chaque fait.--Au lendemain même de la bataille de Sedan (1870), il n’a pas été possible, malgré une polémique longue et ardente, de déterminer qui, du général de Bauffremont ou du général de Galliffet, menait ces charges héroïques de cavalerie qui arrachèrent à l’empereur Guillaume cette exclamation: «Ah! les braves gens!» si bien que l’honneur en revient à tous et à personne en particulier. La charge avait été préparée par le général Margueritte qui, au dernier moment, avant de la lancer, se portant en avant pour bien juger de la direction à lui donner, fut blessé à mort; voyant leur général ramené, déjà ne se soutenant plus, les têtes de colonne, d’un mouvement spontané, se précipitèrent, brûlant du désir de le venger; les autres suivirent.
_Méthode pour faciliter la vérification des faits historiques_.
=82=, 9, +Lisant+.--Parmi les livres ainsi annotés par Montaigne se trouve un exemplaire des Commentaires de César (V. N. =II=, 646: Militaire) acheté sur les quais, par un amateur, au prix de 0 fr. 90; ce livre, acquis depuis par le duc d’Aumale, se trouve à la bibliothèque de Chantilly, aujourd’hui propriété de l’Institut.
11, +Guicciardin+.--A écrit une histoire de l’Italie, allant de 1490 à 1534, ouvrage de mérite dans lequel l’auteur, qui avait joué un rôle considérable de ce temps-là, se montre de l’école sceptique de Machiavel.
36, +Soy+.--Sur l’exemplaire de Bordeaux, Montaigne avait ajouté: «tres commune et tres dangereuse corruption du iugement humain»; mais il a biffé ensuite cette addition qui, pourtant, exprime une vérité très réelle.
30, +Comines+.--A laissé sur les règnes de Louis XI et de Charles VIII des mémoires qui parurent en 1523; il s’y montre politique profond, chroniqueur fidèle, écrivain original; mais en racontant les actes les plus iniques, n’y ajoute pas un mot pour les flétrir; il ne juge les événements que par le résultat.
=84=, 1, +Du Bellay+.--Les Mémoires des Seigneurs du Bellay (dix livres, dont les quatre premiers et les trois derniers sont de Martin du Bellay, et les autres de son frère Guillaume de Langey) embrassent les événements de France de 1515 à 1547, autrement dit le règne de François Ier, dont ils sont plutôt le panégyrique que l’histoire.
6, +De Iouinuille+.--Les Mémoires du Sire de Joinville constituent une histoire de S. Louis et des Croisades entreprises par ce prince; c’est le récit d’un témoin oculaire plein de naturel, de sensibilité et de charme (fin du XIIIe siècle).--Domestique signifie ici qui est de la 6, +Eginard+.--Secrétaire de Charlemagne dont il a écrit la vie, et, y faisant suite, l’histoire des événements pendant les premières années de Louis le Débonnaire, ensemble de 741 à 829.
8, +Icy+.--Dans les Mémoires des du Bellay.
14, +De Montmorency+.--Le connétable de Montmorency, que des intrigues de cour firent exiler dans ses terres, en 1547, par François Ier, disgrâce à laquelle mit fin l’avènement de Henri II.
14, +De Brion+.--Philippe de Chabot, amiral de France, connu sous le nom de Seigneur de Brion, chargé en 1535 du commandement de l’armée en Piémont, après de brillants succès, s’arrêta court à Verceil, ce que François Ier ne lui pardonna pas, condamné en 1540 comme concussionnaire, il ne fut sauvé que par la protection de la duchesse d’Étampes, maîtresse du roi.
CHAPITRE XI.
=86=, 7, +Partie+.--Sans partie adverse, sans opposition.
9, +Vertueux+.--J.-J. ROUSSEAU, dans son _Émile_, répète Montaigne en le précisant: «Quoique nous appelions Dieu bon, nous ne l’appelons pas vertueux, parce qu’il n’a pas besoin d’effort pour bien faire.» V. N.
=II=, 16: Force.
10, +Des philosophes+.--Dans la traduction, le passage du texte: «Des philosophes, non seulement Stoiciens, mais encore Epicuriens (et cette enchere..._colunt, et retinent_)», a été, pour plus de clarté, placé après celui-ci: «Des philosophes Stoiciens et Epicuriens, dis-je..._virtus lacessita_».
18, +Reconnaissant+.--Montrant plus de bonne foi.
27, +Retinent+.--A observer l’insistance que Montaigne apporte à réhabiliter la secte d’Épicure, à l’encontre de l’opinion générale qui veut que les Épicuriens soient moins rigides dans leur doctrine que les Stoïciens, ce qui au fond n’est pas vrai.
l’école de Pythagore. Cette école, fondée à Crotone en Italie (=VIe= siècle), formait dans le principe une sorte de congrégation où l’on n’était admis qu’après un long noviciat et diverses épreuves, entre autres un silence de plusieurs années. Les Pythagoriciens menaient la vie la plus frugale et s’abstenaient de manger de la chair des animaux; ils croyaient à la métempsycose ou transmigration des âmes d’un corps dans un autre. On ne sait rien de bien certain sur les autres points de leur doctrine, parce qu’on n’a aucun écrit de Pythagore, dont l’esprit cependant embrassait toutes les sciences connues de son temps, et qu’il exerçait un empire absolu sur ses disciples qui admettaient tous ses dogmes sans discussion.
=88=, 1, +Esmoulu+.--Qui est une rude et dangereuse épreuve pour la vertu.--Combattre à fer émoulu, c’est combattre avec des armes aiguisées, pour tout de bon.
28, +Commune+.--Du peuple ou des plébéiens.
partage de terres, un plébiscite contraire à la loi et qui, en outre, portait que tout sénateur jurerait devant le peuple de concourir à son exécution. Métellus Numidicus seul refusa d’y acquiescer, quelque pression qu’on exerçât sur lui, et les partis étant sur le point d’en venir aux mains par suite de sa résistance, il préféra s’exiler que =90=, 8, +Effroy+.--Add. des éd. ant.: _de la mort_.
19, +Brigand+.--C’est César que Montaigne qualifie de la sorte, malgré l’admiration qu’il lui témoigne souvent; mais il l’envisage ici comme auteur du plus grand des crimes, l’asservissement de sa patrie.
CICÉRON, dans ses _Lettres à Atticus_, VII, 18, le gratifie de la même épithète _perditus latro_ (brigand fieffé).
25, +Ferocior+.--C’est en parlant de Cléopâtre qu’HORACE s’exprime ainsi; Montaigne en fait application à l’âme de Caton.
26, +Populaires+.--Add. des éd. ant.: _vains_.
39, +Erat+.
«Caton, le fer en main, prêt à finir son sort, Rassure par ces mots ceux qui craignaient sa mort: «Cessez de me flatter d’une lâche espérance.
«Je hais tout dans César, jusques à sa clémence; «Fuit bien moins son courroux, qu’il ne fuit son pardon.»
=94=, 16, +Tenue+.--Ne serait-ce pas de la constatation et du fait de cet état que viendrait ce vieux dicton: «Français, plus qu’hommes au venir, moins que femmes à la retraite», cité par H. HOUSSAYE, dans son ouvrage intitulé _Waterloo_.
=96=, 15, +Vndæ+.--La Balance, le Scorpion, le Capricorne sont trois des 38, +Laborieusement+.--Cet exemple et beaucoup d’autres soit dans un sens, soit dans l’autre, prouvent que les mœurs sont tout à fait indépendantes des opinions religieuses.
=98=, 1, +Infecté...autre+.--Var. des éd. ant.: _corrompu par le dereglement de mes meurs; ains au rebours, il iuge plus exactement et plus rigoureusement de moy, que de tout_ (80 porte _nul_) _autre: mes debauches quant à cette partie là, m’ont depleu comme elles deuoient_.
6, +Autres+.--LA FONTAINE a rendu la même idée dans sa fable _Les deux chiens et l’âne mort_: «Les vertus devraient être sœurs, Ainsi que les vices sont frères; Dès que l’un de ceux-ci s’empare de nos cœurs, Tous viennent à la file, il ne s’en manque guère.»
24, +Incontinent+.--ARISTOTE convient que tout en ne mettant pas l’homme qui en est imbu à l’abri de toutes les faiblesses de la nature humaine, la justice n’en contient pas moins le principe de toutes les vertus: «Elle en est la plus éclatante; ni Hesperus (l’étoile du soir), ni Lucifer (l’étoile du matin), ne sont plus admirables.»
=100=, 3, +Venus+.--Vénus, déesse de la beauté, présidait aussi à la génération. _Myth._ 9, +M’y cognois...miracle+.--Var. des éd. ant.: _encore que ie lui donne plus de credit sur moy que ie ne deurois, si est-ce que ie ne prens aucunement pour miracle_.
12, +Nauarre+.--Add. des éd. ant.: _Marguerite_.
13, +Heptameron+.--Ouvrage ainsi nommé, parce qu’il est divisé en sept parties ou journées; est aussi appelé _Nouvelles de la reine de Navarre_. C’est un recueil de contes imités de Boccace, écrit par Marguerite de Navarre, imprimé en 1559; on y trouve beaucoup d’imagination et d’esprit et aussi une grande licence.
18, +Comme il y...l’encontre+.--Var. des éd. ant.: _auquel il semble qu’il y ait plus de rauissement: non pas à mon aduis que le plaisir soit si grand de soy, mais parce qu’il ne nous donne pas tant de loisir de nous bander et preparer au contraire, et qu’il nous surprend_.
20, +Attouchemens+.--«Nous connaissons, dit Sénèque, ce genre de continence de ces nouveaux mariés, qui, alors même que la première nuit de leurs noces ils épargnent la pudeur de ces vierges timides dont ils sont les époux, n’en lutinent pas moins, en se jouant, les parties circonvoisines de l’objet de leurs désirs.»--Ces derniers mots répondent à cette expression «s’en tenir à la petite vie»; ou, suivant Marot: «S’en tenir aux faubourgs de la cité d’amour, sans entrer dans la ville»; continence qui n’est que de l’onanisme réciproque.
secousse de plaisir nous frappe si furieusement, qu’il seroit malaisé veritablement, à ceux qui ayment la chasse de retirer en cet instant l’ame et la pensée de ce rauissement_.
25, +Poëtes+.--Diane était la déesse de la chasteté et de la chasse, et Cupidon, fils de Mars et de Vénus, était le dieu de l’amour.--_L’amour faict place au plaisir de la chasse_, port. les éd.
ant., _voyla pourquoi les poëtes font Diane..._ 28, +Obliuiscitur+.--Les éd. ant. aj.: _C’est icy vn fagotage de pieces décousues; ie me suis destourné de ma voye, pour dire ce mot de la chasse_.
=102=, 2, +Estrangler+.--En =81=. En revenant d’Asie, après la mort de Sylla, César fut pris par des pirates, qui lui demandèrent trente talents (environ 160.000 fr.) pour sa rançon; il leur promit le triple.
Rendu à la liberté, après être resté un mois en leur pouvoir, il arma quelques bâtiments, se mit à leur poursuite, s’en empara et leur fit subir le sort dont il les avait menacés.
4, +Latin+.--Cet auteur est SUÉTONE, _César_, 74, qui s’exprime ainsi à l’occasion du fait de Philomon, esclave et secrétaire de César, que celui-ci, comme le rapporte Montaigne, fit simplement mettre à mort, sans le livrer à la torture, pour, de concert avec ses ennemis, avoir conçu le projet de l’empoisonner.
6, +Deuiner+.--Les éd. ant. port.: _qu’il n’estoit pas du temps de la bonne Rome et qu’il iuge selon les_, au lieu de: «qu’il est frappé des».
7, +Mirent+.--Add. des éd. ant.: _depuis_.
9, +Cruauté+.--Cette appréciation, émise à un point de vue plus général, est reproduite dans les mêmes termes, =II=, 584.--Déjà, au Ve siècle, saint Augustin s’était élevé contre la torture «qui force les innocents eux-mêmes à mentir»; elle ne fut abolie en France que 200 ans après que Montaigne le réclamait: en 1780, la question préparatoire, qui avait pour objet la recherche de la vérité, fut supprimée et, en 1788, la question préalable, infligée au condamné et qui constituait ce que Montaigne dénomme si bien l’au-delà de la mort simple; la marque au fer rouge et le carcan ne l’ont été qu’en 1830, le pilori en 1851.
31, +Changée+.--L’exemplaire de Bordeaux donne, de la main de Montaigne, une variante de cet épisode: «Ces iours passés...l’avoir changée» (lig. 12 à 31), lequel n’existe pas dans les éditions antérieures. En se reportant au relevé de ces variantes (fasc. E), on aura un spécimen relativement étendu de l’orthographe personnelle de l’auteur des Essais, et la comparaison des deux textes ne laissera aucun doute sur la supériorité de celui de 1595.
=104=, monumentale portée autrefois, chez les Perses et d’autres peuples de l’Orient, par les grands et les pontifes; la tiare du pape, la mitre des évêques en sont des restes.
16, +Representez+.--HÉRODOTE, II, dit qu’il n’y avait que les pauvres qui en agissaient ainsi: «Par indigence, ils font des pourceaux de pâte, et les offrent en sacrifice après les avoir fait cuire.»--En ces derniers temps (1905), on a trouvé des poupées dans certaines sépultures de la Haute-Égypte, et on en a donné la cause suivante, se rattachant à la même idée: Dans les temps reculés, il était d’usage dans ce pays d’égorger le boucher, le boulanger et le tailleur qui avaient été attachés au service d’un illustre personnage passant de vie à trépas, et d’enterrer leurs cadavres autour de sa momie; ils continuaient, d’après les croyances religieuses, à le servir dans l’autre monde; peut-être aussi était-ce, d’après les idées sociales d’alors, comme garantie contre toute tentative d’empoisonnement; quand les mœurs s’humanisèrent, les artisans et les esclaves acquirent peu à peu le droit de se faire remplacer dans le paiement de ce suprême impôt du sang par des statuettes qui leur ressemblaient plus ou moins exactement, ce sont elles que l’on retrouve aujourd’hui.
=106=, 11, +Metempsychose+.--Transmigration des âmes d’un corps dans un autre. Ce dogme est d’origine indienne; de l’Inde, il passa en Égypte, d’où plus tard Pythagore l’importa en Grèce; on trouve cette croyance mêlée à la religion de presque tous les peuples anciens; elle devait conduire ceux qui l’admettaient à défendre l’usage des viandes, comme exposant l’homme à se nourrir de l’un des siens; aussi cette abstention est-elle une des prescriptions fondamentales de la religion des Brahmes et de la philosophie pythagoricienne; cette doctrine est une ébauche imparfaite et grossière de l’immortalité de l’âme. V. =II=, 326.
12, +Druides+.--Ministres de la religion chez les anciens Gaulois ou Celtes. Les Druides croyaient à la métempsycose; l’objet de leur culte était surtout la nature; cependant ils reconnaissaient plusieurs dieux, dont Teutatès, le dieu de la guerre; ils n’avaient point de temples et se réunissaient dans les forêts; ils se livraient à nombre de pratiques superstitieuses, attachaient une vertu particulière au gui de chêne qui, à certains jours, se cueillait en cérémonie, avec une faucille d’or; dans les grandes calamités, ils immolaient des victimes humaines: ces énormes pierres, dolmens et menhirs, qui se rencontrent parfois en grand nombre dans certaines régions, passent pour avoir servi d’autels à ces sacrifices sanglants. Ce culte comportait aussi des prêtresses qui prédisaient l’avenir; il a disparu vers le VIe siècle.
34, +Eram+.--C’est ce que Pythagore disait de lui-même et c’est dans 326: Ans.
=108=, 7, +Enfermez+.--Si l’on veut, dit-on, qu’un chat entre librement dans une chambre, il faut lui procurer et qu’il entrevoie le moyen d’en pouvoir sortir de même.
10, +Et l’vtilité...diuine+.--Var. des éd. ant.: _en cet autre, ou quelque autre effect_.
29, +Aumosnes+.--Établissements d’assistance; on disait jadis l’aumône publique de Paris pour l’administration de l’assistance publique de cette ville.
30, +Bestes+.--Le Coran défend de surcharger le chameau et de maltraiter le cheval.--Chez nous, la loi Grammont a pareillement pour objet d’empêcher l’abus des animaux domestiques et de les protéger contre les mauvais traitements, et la société protectrice des animaux s’est donné la tâche de veiller à son application et d’en propager les idées humanitaires.
X, 22.--Le Capitole, temple et citadelle de l’ancienne Rome.--En =390=, après la bataille de l’Allia, les Gaulois entrèrent dans Rome qu’ils livrèrent aux flammes après l’avoir pillée et assiégèrent le Capitole.
Ils étaient sur le point d’y pénétrer de nuit, quand, excitées par le bruit, des oies qui s’y trouvaient par hasard, se mirent à crier, et, par leurs cris, réveillèrent les défenseurs, ce qui permit de repousser l’assaut et fut pour Rome le salut.
temple de Minerve à Athènes, appelé Hécatompedon parce qu’il avait cent pieds de large. Sa construction en était due à Périclès. L’exécution en avait été dirigée par Phidias; une statue de la déesse en ivoire, sculptée par lui, le décorait.
35, +Empeschement+.--Les Romains en usaient de même à l’égard des bêtes de somme, employées aux travaux de fortifications de leur ville.
38, +Enfans+.--A Paris, ou mieux dans ses environs immédiats, existent sous le patronage de la société protectrice des animaux des cimetières pour les chiens, chats, etc., que leurs maîtres veulent voir inhumés; à Gennevilliers, notamment, s’en trouve un assez coquet et fort bien entretenu, où certains ont même de petits monuments.
3, +Trespas+.--«Si dans une maison, dit HÉRODOTE, II, 65, 66, etc., il meurt un chat de mort naturelle, quiconque l’habite se rase les sourcils; si c’est un chien, on se rase la tête et le corps entier.»
40.
6, +Chef+.--Sur un cap, un promontoire.
guerre médique, l’évacuation d’Athènes ayant été résolue (=480=), le chien de Xantippe, père de Périclès, se jeta à la mer, lorsque son maître se fut embarqué, et nagea près de son vaisseau jusqu’à Salamine, où il aborda épuisé de fatigue et expira sur le rivage; l’endroit où il fut enterré, a porté depuis le nom de Cynosséma (sépulture du chien).
9, +Seruy+.--PLUTARQUE, _Caton le Censeur_, 3, cite cette manière de faire de sa part, pour l’opposer à celle de Caton qui faisait vendre ses esclaves, lorsqu’ils devenaient vieux, pour n’avoir pas à nourrir des bouches inutiles.
CHAPITRE XII.
+Chapitre XII+.--Le plus long et, au jugement de bien des gens, le plus important et le plus curieux des Essais.--RAYMOND SEBOND, dans son ouvrage la _Théologie naturelle_, ou _Livre des créatures_, paru pour la première fois en 1487, écrit en un latin barbare, et qui fut condamné au concile de Trente, a voulu démontrer que les seules lumières de la raison suffisent, sans la révélation, pour admettre les bases de la religion, à l’encontre de ceux qui soutiennent, au contraire, qu’on ne peut prouver par des moyens humains l’existence de Dieu et de sa Providence. Il voit la preuve de son assertion dans l’infériorité et la soumission de tous les animaux vis-à-vis de l’homme, qui ne peut avoir reçu que d’un Dieu cette supériorité en toutes choses, d’où il conclut à quels devoirs de reconnaissance il est tenu envers son Créateur et qu’il peut s’élever jusqu’à lui, par l’observation de ses commandements.--Montaigne, lui, dans ce chapitre, fait plus l’apologie de la religion révélée que celle de l’ouvrage de Sebond, il tient à l’encontre de celui-ci que notre première illusion est de nous imaginer supérieurs aux autres animaux; leurs actes sont de fait semblables aux nôtres: Nous prétendons que c’est l’instinct seul qui les guide; quel avantage, si cela est, n’ont-elles pas sur nous, de faire d’elles-mêmes ce à quoi notre raison nous conduit d’un pas si incertain et sans toujours aboutir? Puis, laissant les bêtes, il s’attache à l’homme lui-même; nous montre les mieux doués, ceux-là mêmes qui ont fait de la raison l’étude de toute leur vie, en arriver à reconnaître que l’esprit humain est hors d’état d’atteindre à la vérité et de la distinguer de l’erreur. Passant en revue, d’une manière succincte et un peu confuse, mais cependant complète, les systèmes philosophiques des anciens et, sous prétexte de défendre Sebond qu’il a traduit, exposant ses propres idées, il va, en réalité, directement à l’opposite de la pensée et du dessein de l’auteur qu’il prétend appuyer; il fait ressortir de quelle incertitude est empreint le témoignage de nos sens, par lequel nous communiquons avec ce qui est en dehors de nous; combien la raison est elle-même limitée dans ses connaissances, que d’erreurs elle commet dans ses déductions; et, devant son impuissance à conduire l’homme à aucune vérité certaine, il conclut que dans le chaos des contradictions humaines, la foi en la religion chrétienne apparaît comme le parti le plus simple et le plus probable; et il l’adopte, non par conviction, mais par esprit de conduite et par insouciance, s’y abritant comme dans un port tranquille où il cherche le repos et un certain engourdissement de l’âme. En somme, il sacrifie la philosophie à la théologie, acceptant et mettant hors de cause tout ce que la foi nous enseigne, à l’opposé d’Abailard qui soutenait «qu’il ne faut croire que les choses qui se peuvent prouver par des raisons naturelles», ce qui, du reste, le fit considérer comme hérétique; mais les motifs qui le font se montrer aussi exclusivement chrétien, c’est encore chez lui du scepticisme, c’est uniquement parce que la raison humaine courte et débile ne le mène à rien et que l’Église assure l’avenir, sans qu’il ait à s’en inquiéter davantage.--Scaliger, qui était un critique de parti pris de Montaigne, dit de ce chapitre: «Il y a de tout, et cela produit le même effet que Magnificat à matines.»
+Sebonde+.--Montaigne écrit indifféremment Sebon, Sebond, Sebonde, Sabonde.
17, +L’ignorance+.
«Du vieux Zénon l’antique confrérie Disait tout vice être issu d’ânerie.»
=112=, 8, +Luther+.--A la suite de persécutions amenées par une protestation de sa part contre la vente des indulgences, Luther se sépara de l’Église catholique, ne reconnaissant d’autre autorité que celle des livres saints, attaquant le Pape et l’Église romaine, les vœux monastiques, le célibat des prêtres, la hiérarchie ecclésiastique, la possession de biens temporels par le clergé, rejetant le culte des saints, le purgatoire, les commandements de l’Église, la confession, le dogme de la transsubstantiation, la messe, la communion sous une seule espèce, ne conservant d’autres sacrements que le baptême et l’eucharistie sous les deux espèces.--Excommunié en 1520, il n’en devint que plus ardent, parcourut l’Allemagne, propageant ses idées nouvelles; il fit de nombreux prosélytes qui résistèrent aux persécutions par les armes et, après de nombreuses vicissitudes, ses sectateurs obtinrent définitivement, par la paix de Nimègue (1582), la liberté de conscience. Conséquent avec lui-même, Luther s’était marié en 1526.--Vers 1538, Calvin se faisait, en Guyenne, l’initiateur de cette même doctrine.
12, +Atheisme+.--En matière d’athéisme, les hommes, à peu près dans tous les temps, ont communément traité d’athées ceux qui simplement ne pensent pas comme eux; si bien que, de fait, nous en sommes arrivés à confondre dans une même acception ces deux termes de théiste et d’athée qui, grammaticalement parlant, sont tout l’opposé l’un de l’autre.
En fait, l’athée n’existe pas; il n’est personne qui nie l’existence d’un principe inconnu, qui n’a pas eu de commencement, qui n’aura pas de fin et qui fait que l’univers existe; mais son essence, la façon dont il s’exerce, la raison d’être de toutes ses créatures, des mondes et des êtres animés et inanimés dont ils se composent, échappent à la faiblesse de notre intelligence, et tous nous errons quand nous cherchons à le pénétrer, parce qu’il est au-dessus de toute conception de notre part et que nous n’avons de données sur ce point que de soi-disant révélations contestables et contestées. En cette recherche stérile qui ne saurait aboutir et qui ne conduit à aucun résultat autre que le doute, non sur l’existence de Dieu, mais sur sa nature et sur notre fin, l’esprit humain s’égare et s’attriste; reste la foi, mais la foi ne se commande pas.
12, +Vulgaire+.--Les éd. ant. aj.: (_et tout le monde est quasi de ce genre_).
14, +Mesmes+.--Les éd. ant. aj.: _et par la raison_.
32, +Foible+.--C’est le cas des Essais traduits en langage de nos jours. Le style de l’auteur a un cachet, un charme si particuliers, la langue française de son époque, surtout sous sa plume, avait tellement plus d’énergie qu’actuellement, que toute traduction, quoi qu’on fasse, sera toujours inférieure au texte primitif pour ceux à même de le lire à peu près couramment.
37, +Mort+.--Montaigne commença cette traduction en 1567; il l’avait terminée en 1568. Elle fut imprimée une première fois en 1569, mais d’une façon si incorrecte que les éd. ant. des Essais aj. ici: _auec la nonchalance qu’on void, par l’infiny nombre de fautes, que l’imprimeur y laissa, qui en eust la conduite luy seul_. Elle a été réimprimée, en 1581, dans de meilleures conditions.
11, +D’Aquin+.--Le plus grand théologien de l’Église d’Occident et le plus grand philosophe du moyen âge. Ses ouvrages principaux sont: la Somme de la foi, établissant toutes les vérités catholiques d’après les Écritures, et la Somme théologique longtemps classique, où l’auteur discute les principales questions de la théologie, de la philosophie et de la morale (somme, terme de théologie, signifie ouvrage abrégé d’un plus grand; de la même étymologie vient sommaire).
=116=, 30, +Sua+.--Vers imités de Virgile, faits par un auteur inconnu à la louange de Ronsard.
=118=, 2, +Chrestiens+.--Socrate n’était pas chrétien, ce qui n’a pas empêché qu’il soit parvenu à un si haut degré de vertu, que le paganisme peut l’opposer à tous ceux que le christianisme présente en ce genre: sa mort excite l’admiration; jusqu’à son dernier soupir, il se montra aussi grand qu’il avait vécu; on peut apprendre de lui à bien vivre et à bien mourir.--Erasme, cet autre sage de son temps, dit quelque part: «Peu s’en faut que je ne dise: Saint Socrate, priez pour nous!»
4, +Martyres+.--Il y a des martyrs dans toutes les religions; TERTULLIEN disait: «Ce n’est pas le supplice qui fait le martyre, mais la cause.»
8, +Tartare+.--JOINVILLE, 19.--Le pape Innocent VII avait envoyé, pour y prêcher le christianisme, des missionnaires en Tartarie, dont le roi projeta d’envoyer une ambassade à Rome, pour vérifier les assertions de ces missionnaires; mais eux-mêmes, par crainte de la mauvaise impression qu’elle pourrait en rapporter, le dissuadèrent d’y donner suite. Ce qui a pu porter Montaigne à penser que c’était saint Louis qui l’en avait détourné, c’est qu’à ce moment il était en Chypre, se rendant en Terre sainte, et l’ambassade vint l’y saluer, mais ne poussa pas plus loin.
18, +Vicieuses+.--Montaigne paraît avoir emprunté cette histoire du _Décaméron_ de BOCCACE, 2e journée, 2e nouvelle, où le juif Abraham, pressé par un ami de se faire chrétien, s’y résout, après un voyage à Rome, par les raisons indiquées ici.
20, +Parole+.--_Évangile_ selon S. MATTHIEU, XVII, 19 et S. PAUL, 23, +Credas+.--Cette citation est de Quintilien qui n’était pas chrétien, c’est dire que Montaigne la détourne du sens qu’elle a dans le texte latin.
=120=, 19, +Celle là+.--Allusion à la situation de Henri III après le traité de Loches (1576). Mécontents des concessions faites par le roi aux Protestants, les Catholiques, qui jusqu’alors avaient marché avec lui, se liguent contre lui, tandis que ses adversaires de la veille se déclarent pour lui.
20, +Besoing+.--C.-à-d. n’admettre pour vrai que ce qu’il est de notre intérêt qu’on croie tel.
21, +Dire+.--BAYLE, dans son dictionnaire, remarque I de l’art.
_Hotman_, cite et commente ce passage, disant: «Tant que le monde sera monde, il y aura partout des doctrines ambulatoires dépendantes des lieux et des temps.» C’est ce qu’à notre époque nous appelons l’opportunisme, qui, quoi qu’on en puisse dire, est l’une des lois les plus sensées de la politique, dont les principes sont tout autres que ceux de la morale avec lesquels ils sont rarement du tout au tout conciliables; celle-ci est la théorie, celle-là la pratique.
32, +Remuent+.--Au début des troubles qui agitèrent la France à cette époque, les Protestants, visant à renverser Charles IX et à faire arriver au trône Henri de Navarre, mettent en avant le droit de déposer les rois et de tuer les tyrans; les Catholiques, au contraire, repoussent tout principe autre que la légitimité. A la mort de Henri III, le roi de Navarre se trouvant, par droit d’hérédité, appelé à lui succéder, ce sont les Catholiques qui contestent ce principe de la légitimité qu’a pour lui Henri IV et qui revendiquent le droit de passer outre et de lui substituer un prétendant de leur choix; chaque parti se trouvait ainsi avoir changé de thèse et adopté celle de ses adversaires.
35, +Chrestienne+.--C.-à-d. il n’est point d’hostilités qui se prêtent mieux à la satisfaction de nos passions que celles qui ont pour cause l’intérêt de la religion.
37, +Detraction+.--Larcin, du latin _detractio_ qui a même signification.
=122=, 1, +Vices+.--Sous-entendu: et, au contraire.
2, +Dict+.--C.-à-d. frauder la dîme, en ne donnant que de la paille sans grain; Dieu est mis ici pour les ministres du culte, par un tour d’expression dont l’usage est aussi ancien que le monde. COSTE..--De ce dicton qui signifie se moquer, aussi bien que frustrer quelqu’un de ce qui lui est dû, on donne encore une autre explication, cela voudrait dire: «Faire la barbe avec un bouchon de paille.» PAYEN.--Rabelais, I, 11, l’emploie avec une variante: «Gargantua faisoit gerbe de feurre aux Dieux.»
signifiait échanger, troquer.
17, +Orpheus+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 4.--Les initiés composaient une secte dissidente des philosophes pythagoriciens; ils avaient en vue la pratique de la vertu, croyaient à l’expiation des crimes dans l’autre monde et s’abstenaient de manger la chair des animaux; ils prétendaient avoir reçu d’Orphée les dogmes qu’ils professaient.
=124=, 1, +Alemans+.--VOLTAIRE, dans _Zaïre_, exprime la même idée: «Je le vois trop: les soins qu’on prend de notre enfance, Forment nos sentiments, nos mœurs, notre croyance.
J’eusse été, près du Gange, esclave des faux dieux, Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux: L’instruction fait tout; et la main de nos pères Grave en nos faibles cœurs ces premiers caractères.»
9, +Ne ramene+.--Var. des éd. ant. à 88: _vne extreme douleur ou voisinage de la mort, ne ramenent par force_...13, +Plato+.--_Lois_, au commencement du liv. X, passage déjà cité dans les Essais, =I=, 580.
23, +Loix+.--C’est le résultat de ce que dit PLATON sur la fin du second livre au commencement du troisième de sa _République_.
29, +Bion+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 4.--Cette réflexion même, si juste et si naturelle, est de Diogène Laërce, qui d’ordinaire s’abstient de tout commentaire.