lui qui fonda la célèbre bibliothèque d’Alexandrie. Il mourut en =283=, il avait abdiqué deux ans auparavant.
9.--Hégésias prétendait qu’il vaut mieux mourir que vivre, parce que la somme des maux l’emporte sur celle des biens; ses paroles imprimaient, dit-on, si avant dans l’esprit de ses auditeurs l’image des choses qu’elles représentaient, que lorsqu’il avait parlé des maux de la vie, la plupart de ceux qui l’écoutaient, voulaient se tuer de leurs propres mains.
32, +Raualoit+.--Se fixait, se reportait sur...=166=, question de Subrius Flavius, =I=, 30.
15, +Estocade+.--Les uns lisent «estocade», les autres «estacade».
Dans le premier cas, cela signifie «à l’épée», l’estoc était une épée longue et étroite; dans le second, cela veut dire «en champ clos», l’estacade était une sorte de lice, environnée de barrières, où les champions se renfermaient pour se battre à outrance, sans être gênés par le public tout en demeurant sous ses yeux; de fait, les deux interprétations aboutissent au même sens.
20, +Se descharger+.--Se dégager, se débarrasser.
=168=, 3, +Manes+.--Les mânes étaient, dans la mythologie des Romains, les âmes des morts considérées comme divinités infernales; on leur rendait un culte et les distinguait en bonnes et méchantes.
3, +Imos+.--Malédiction proférée, au dire de VIRGILE, _En._, IV, 382, 387, par Didon contre Énée qui l’abandonne. C’est par une fiction bien éloignée de la vérité historique que le poète fait vivre cette princesse au temps du héros troyen, auquel elle est postérieure de plus de trois siècles.
9, +Teste+.--VALÈRE MAXIME, IV, 10; DIOGÈNE LAERCE, _Xénophon_; ELIEN, _Hist. div._, III, 3.--En =363=; Xénophon avait deux fils, Cyrillus était l’aîné. Par son geste, il témoignait que la bravoure dont son fils avait fait preuve, lui causait plus de satisfaction que sa mort ne lui faisait ressentir d’amertume: «Je savais, dit-il, que mon fils était mortel!»--Le Maréchal Lefebvre, duc de Dantzig, eut son fils tué, en Espagne, dans une embuscade, après une défense héroïque (1811). Son corps, retrouvé peu de temps après, était couvert de blessures; ce voyant, le vieux guerrier eut un moment d’orgueil qui sécha presque ses larmes; et racontant à un ami cette mort de son enfant unique: «Ses morceaux, dit-il, se défendaient encore.»
=II=, 444.
mortellement à la bataille de Mantinée (=363=), apprenant que l’ennemi est en déroute: «J’ai assez vécu, dit-il, puisque je meurs sans avoir été vaincu.» Et, quelqu’un exprimant le regret qu’il n’eût pas de postérité: «Je laisse deux filles immortelles, Leuctres et Mantinée», fit-il en rappelant ses deux victoires; peu après, il expirait. Il fut enterré sur le champ de bataille même, et, du temps de Strabon, deux cippes existaient sur son tombeau, l’un avec une inscription béotienne, l’autre érigé par l’empereur Adrien qui en avait composé lui-même Nelson, à la bataille de Trafalgar (1805); apprenant que la victoire était complète: «A présent, dit-il, je meurs satisfait; grâces soient rendues à Dieu, j’ai accompli mon devoir.»
20, +Autres+.--L’école des Stoïciens.
24, +Blanc+.--Est-ce atteindre le but?--Cette expression vient de ce que jadis, comme maintenant, les tirs à l’arc, à l’arbalète, à l’arquebuse, etc...s’effectuaient sur des buts où la partie à atteindre était marquée en blanc; aujourd’hui que l’on tire de plus loin, un point à viser est apposé sur cette partie blanche qu’autrefois on visait elle-même.
25, +Consorce+.--Dégager de notre communauté.--Consorce a été forgé par Montaigne du latin _consortium_, société, association.
33, +Passion+.--«Cette passion (la vengeance), pour un moment plus douce que le miel, dit HOMÈRE, trouble ensuite l’âme de sombres vapeurs et lui prépare souvent, pour toute la vie, des maux irréparables.»
=170=, 3, +Seiournez-le+.--Donnez-lui du repos, amortissez-le...10, +L’amitié+.--Est-ce l’amour de sa future femme ou d’une autre (Montaigne s’est marié en 1565), qui a ainsi fait diversion au chagrin qu’il ressentait de la perte de son ami La Boétie survenue en 1563?
21, +Muant+.--Changeant de lieu.
23, +M’esgare+.--Et ne sais ce que je deviens, me perd de vue.
35, +Chien+.--Ce chien, dit PLUTARQUE, _Alcibiade_, 4, remarquable par sa taille et sa beauté, et dont la queue était le plus bel ornement, avait coûté 70 mines, environ 50.000 fr.
=172=, 1, +Desuoyer+.--Mettre hors de la voie, du chemin, désorienter.
1, +Parleurs+.--Les indiscrets, les cancaniers.
17, +Enfance+.--Dans le traité intitulé: _Consolation envoyée à sa femme, sur la mort d’une sienne fille_, ch. 1; le même que dans une circonstance analogue Montaigne envoyait à sa femme, le 10 septembre 1570, également en manière de consolation.
20, +Romme+.--Le corps ayant été porté sur la place publique où l’oraison funèbre devait être prononcée, Antoine en la terminant prit la robe toute sanglante et montrant les coups qu’il avait reçus (César avait été frappé de 23 blessures, dont une seule mortelle qui lui avait été faite à la poitrine), excita le peuple qui, prenant tout ce qui était à sa portée, les bancs, les tables des boutiques environnantes, dressa séance tenante un grand bûcher où le corps fut placé; et, quand le feu eut fait son œuvre, chacun s’emparant d’un tison enflammé courut aux maisons des conjurés pour les incendier, mais déjà ils s’étaient fortifiés et avaient paré au danger.
21, +Tintoüine+.--Tinte, retentit; mot forgé par Montaigne du latin _tintinnare_.
24, +Grammairienne+.--L’ex. de Bordeaux aj.: _et voyelle_, add. qui a été admise dans la traduction.--C.-à-d. une plainte uniquement composée de mots et de sons, à l’exclusion de tout sentiment effectif.
34, +Empereur+.--Tibère, ce monstre de cruauté, qualifié ici de «bon» par antiphrase. SUÉTONE, _Tibère_, 62.
36, +Bourrellerie+.--Des bourreaux, des tortures.
37, +Là+.--Dans un état semblable.
=174=, 16, +Iambe+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 17.--Polémon en était arrivé à se dominer au point que jamais on ne vit la moindre altération sur son visage, ni sa voix trahir aucune émotion, soit sous l’effet de la douleur, soit sous celui de la crainte ou des plaisirs.
18, +Accession+.--Augmentation, accroissement, du latin _accedere_, part. passé _accessus_, qui a même sens.
33, +La Fere+.--En 1580; par le Maréchal de Matignon qui s’en empara sur les Protestants; le duc de Grammont y fut tué par un boulet qui lui emporta un bras.
37, +Quintillian+.--_Inst. orat._, IV, 2, vers la fin.
=176=, 7, +Prestre-martin+.--Expression proverbiale fondée sur le conte d’un prêtre du nom de Martin qui, disant la messe, faisait à la fois fonctions de prêtre et de clerc, chantant et répondant, ce qui s’appelle aujourd’hui: faire les demandes et les réponses.
11, +Desdaing+.--Et faire diversion à la pitié par le dédain.
15, +Instructiue+.--Comme si le regret était un sentiment instructif, qui nous révélât des qualités inconnues dans celui qui en est l’objet.
18, +Digne+.--Le texte porte _digne_, ce qui ne se comprend pas.
Il est probable que le texte initial portait _indigne_, et que c’est une erreur d’impression dans l’édition de 1580; et que, passée alors inaperçue, elle s’est reproduite dans celles qui ont suivi.
20, +Exemple+.--Le texte et le sens prêtent aussi bien à dire: _que je dois, ou qui m’est donné_; nous avons préféré cette dernière version parce que l’homme est plus souvent entraîné par l’exemple comme les moutons de Panurge, que porté à le donner.
=178=, 7, +Puisse+.--Est-il un seul être dans la nature, l’homme excepté, qui se sustente du néant; un seul être sur lequel le néant ait action?
10, +Fié+.--HÉRODOTE, III, 30.--En =525=; et cela parce qu’étant en Égypte, il avait vu en songe un courrier de Perse, où était demeuré Smerdis son frère, lui annonçant que son frère avait été aperçu assis sur le trône. A ce moment du reste, Cambyse était sujet à des accès de démence que les Égyptiens attribuaient à ce qu’il avait fait tuer le bœuf Apis.--DIODORE DE SICILE raconte cet autre fait non moins atroce: Un certain Marsyas avait rêvé qu’il coupait la gorge à Denys le Tyran; celui-ci, qui eut connaissance de ce rêve, le fit mourir, disant qu’il n’y aurait pas songé la nuit, s’il n’y avait pas pensé le jour.
Aristodème était alors en guerre avec les Lacédémoniens; outre ces hurlements dont il augurait mal, du chiendent avait poussé autour de sa demeure!
s’empoisonna, dit-on, avec du sang de taureau, pour la raison qu’indique Montaigne.
17, +Prometheo+.--Selon les uns, il fit l’homme avec de l’argile et l’anima avec le feu du ciel qu’il avait dérobé. Selon d’autres, Jupiter n’avait pas donné aux hommes l’usage du feu; Prométhée, en dérobant au soleil, les en dota; Jupiter, irrité de son audace, le fit enchaîner sur le Caucase, où un vautour lui rongeait le foie qui sans cesse renaissait; Hercule le délivra. _Myth._ CHAPITRE V.
Ce chapitre est un des plus curieux, des plus variés des Essais; Montaigne s’y montre tour à tour sérieux et badin, grave et plaisant, sage et fou, moraliste austère et cynique effronté; on y trouve de tout: de la gaîté, du goût, de la raison, de la philosophie, une grande connaissance du cœur humain, des vues et des conseils très sages sur la manière de tirer parti de la vieillesse; des observations fines et judicieuses sur l’amour en général, sur le mariage, ses avantages et ses inconvénients; sur ses accidents, sur l’injustice de la jalousie, sur la chasteté, devoir difficile à observer, sur les inconvénients de notre curiosité à cet égard; sur les caractères de la véritable éloquence; sur la force que les bons esprits donnent à leur langue et les nouvelles richesses qu’ils lui apportent; sur les avantages et les défauts de la langue française; sur la liberté des écrits et des paroles, sur les avantages qu’on pourrait retirer de l’amour dans un âge avancé, etc.; en un mot, Montaigne y traite incidemment toutes sortes de matières liées à son sujet, mais dont le rapport réel n’est pas toujours facile à saisir. On croit, en lisant ce chapitre, entendre causer ensemble cinq ou six hommes d’esprit qui laissent aller la conversation comme elle vient; qui s’arrêtent plus ou moins longtemps sur certains textes, et disent toutes les folies qui leur passent par la tête; il est peu de chapitres où se montre plus de verve et d’originalité. NAIGEON.
23, +Onereux+.--A mesure que les réflexions sur des sujets d’utilité sont plus profondes et plus solides, elles deviennent plus embarrassantes et plus fatigantes.
24, +Greuent+.--Pèsent, accablent, font souffrir, du latin _gravare_; est encore en usage.
28, +Bandée+.--Elle extravague, pour être continuellement appliquée à une étude si sérieuse.
31, +Office+.--Dans le devoir.
17, +Folie+.--Cette même pensée a déjà été exprimée (=I=, 344): «Dans le mal comme dans le bien, Tous les excès ne valent rien». _Paris ridicule_, 1666.
39, +Esbaudi+.--Signifie à peu près la même chose que «resioui», mais l’allégresse qu’il marque est plus démonstrative et agitée; n’est usité aujourd’hui que dans le langage populaire.
=182=, 3, +Tressaillir+.--J’en suis bientôt au point de me féliciter...4, +Deult+.--Ne me fait du mal.
11, +L’estre+.--C’est, mot pour mot, ce que dit CICÉRON dans son 13, +Voluptez+.--Cette phrase incidente: «telles que les satisfactions d’amour-propre», que porte la traduction, n’est pas dans le texte; c’est une phrase explicative dérivant de ce qui suit.
sujet de Fabius Maximus qui, dit-il, travaillait au bien public, sans se mettre en peine de tout ce qu’on publiait à Rome pour décrier sa conduite. COSTE.
en nous libérant de certaines obligations, ou nous contraignant à la cessation de certaines fonctions à des âges déterminés, ce qui, plus que jamais, est de règle de nos jours. Cette limite, dans l’armée, varie avec le grade; dans la magistrature, elle vient à 70 ans; dans les autres administrations et carrières civiles, elle est d’ordinaire de 60 ans et 30 ans de services.
41, +Mal+.--Souffrance, peine, douleur.
=184=, été exaucé: Pierre CHARRON, chanoine théologal de Condom (1551 à 1603), avec lequel il était déjà en relations depuis quelques années, devint, vers 1589, le confident de ses dernières années et le continuateur de sa pensée, dans son traité _De la Sagesse_.
quelque part ou qui aime à voyager.
c’est siffler en soufflant d’une certaine façon entre ses doigts.
Bord. et de l’éd. de 1635: _affreré_.
22, +Colligence+.--Étroite liaison; du latin _colligare_, joindre, lier, nouer ensemble.
33, +Par venuës+.--Sans interruption; littéralement par train continu, suite entretenue.
des idées, des conceptions.
35, +Esperdus+.--Pour ne pas dire les plus extravagants.
motif, avait été surnommé «Agélaste», le glacé.--On a dit aussi de Jésus-Christ qu’on ne l’avait jamais vu rire, mais qu’on l’avait souvent vu pleurer.
17, +Archeanassa+.--C.-à-d. de critiquer les écrits de Platon et de glisser légèrement sur les relations qu’on lui prête avec...--On a cru trouver la preuve de ces relations et autres de même sorte, prêtées à Platon, dans diverses épigrammes que lui attribue DIOGÈNE LAERCE, et qui portent: «ALEXIS n’est plus, prononcez seulement son nom et chacun se retourne; PHÉDON n’était pas moins beau et nous l’avons perdu».--Alexis semble avoir été un poète comique de l’époque; Phédon était le co-disciple de Platon aux leçons de Socrate, il était retourné en Élide, après la mort de Socrate; Platon a donné son nom à un de ses plus importants dialogues sur l’immortalité.
«Cher DION, de quel amour tu embrases mon cœur!»--Dion était le gendre de Denys l’Ancien, Platon fut constamment dans les meilleurs rapports avec lui.
«Quand tu considères les astres, chez ASTER, je voudrais être le ciel, pour te voir avec autant d’yeux qu’il y a d’étoiles.»--Aster était un jeune homme qui se livrait à l’astronomie avec Platon; Montaigne l’appelle Stella, probablement parce que les deux mots ont en latin même signification.
«La belle ARCHEANASSA, de Colophon, est à moi. Oh! de quelle ardeur elle a dû vous embraser, vous qui avez goûté les premiers de sa jeunesse.»
«Quand je couvrais AGATHON de baisers, mon âme était tout entière sur mes lèvres, prête à s’envoler.»
=188=, 7, +Biens faicts+.--Bonnes actions; est pris ici dans le sens opposé à mesfaicts, mot qui suit et dont l’acception n’est pas douteuse.
19, +Moins+.--Montaigne fait dire ici à Thalès le contraire de ce qu’il a dit: «Un homme qui avait commis un adultère, conte DIOGÈNE LAERCE, I, 36, d’où le fait est tiré, ayant demandé à Thalès s’il devait le nier par serment, Thalès lui répondit: «Mais le parjure n’est-il pas pire que l’adultère?»
23, +Vice+.--Quand on lui donne à choisir entre quelque entreprise périlleuse et une action vicieuse.
24, +Origene+.--Comme on en usa avec Origène, en le réduisant au choix ou d’idolâtrer, ou de se souffrir...28, +Celles+.--Pourtant, dans leur erreur, elles ne seraient pas dégoûtées, les femmes qui...31, +Ariston+.--PLUTARQUE, traité _De la Curiosité_, 3.
33, +Rebrasser+.--Retrousser, découvrir; on trouve dans le dictionnaire de l’Académie: «rebrasser ses manches».
=190=, 1, +Sot+.--Cela arrive très souvent, et a fait dire à LA ROCHEFOUCAULD dans ses _Pensées_ qu’un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon.
3, +Paroy+.--Le côté intérieur d’une muraille.
5, +Huguenots+.--Mot qui dérive par corruption de _eidgenossen_, qui signifie confédéré par serment.
10, +Eschange+.--D’être pris pour autre que je ne suis.
connaît le mot de Turenne à un de ses domestiques qui, lui ayant, par méprise, appliqué un grand coup sur les fesses, lui en demandait pardon à genoux, disant qu’il l’avait pris pour Georges son camarade: «Et quand c’eût été Georges, dit tranquillement Turenne, en se frottant le derrière, était-ce une raison pour frapper si fort!»
35, +Cabinet+.--C.-à-d. que les femmes, en raison de la liberté avec laquelle il y parle de l’amour, n’oseront lire ce chapitre qu’en particulier, dans leur boudoir.
=192=, 4, +Reglez+.--Dans sa préface de l’édition de 1595, Mademoiselle de Gournay entrant dans les idées de Montaigne à ce propos et le défendant, dit en substance: «Qu’ils sont donc chatouilleux sur cette question, ceux qui font croire à la jeunesse qu’on ne peut entendre parler de l’amour sans le ressentir; c’est comme si un prédicateur venait dire que c’est rompre l’abstinence en temps de carême, que d’entendre parler de manger et de ce qui s’y rapporte.» Mais il faut ajouter qu’en fait d’amour, fort probablement Mademoiselle de Gournay ne s’y connaissait guère (en 1595 elle avait déjà 30 ans), et qu’elle en parlait un peu comme un aveugle des couleurs.
Cicéron expose sur la liberté de langage les principes des Stoïciens.
8, +Bon+.--Car il est à remarquer que...14, +Franchise+.--Dans l’asile, sous la sauvegarde.
14, +L’arracher+.--Ce que Montaigne dit ici est exact; mais la cause de cet état de choses qu’il peint si bien n’est autre que, si cette loi du silence, devenue instinctive et contre laquelle il s’élève, n’existait pas, les dévergondages occasionnés par cette passion, déjà si grande, en arriveraient à un degré tel qu’ils ne pourraient plus être contenus; elle est une sauvegarde de la société sur un point où celle-ci est à la vérité quelque peu en contradiction avec la nature. Où irions-nous, si on en pouvait parler en toute liberté?
La délimitation entre ce qui se peut et ce qui ne se peut pas dire sans inconvénient sur ce sujet est trop délicate à fixer, serait trop difficile à observer; il a été plus pratique et plus sage de proscrire complètement ce thème de conversation.
20, +Supprimez+.--TACITE, parlant des _Annales_ de Cremutius Cordus, que le Sénat fit brûler, dit: «L’ouvrage n’en est pas moins resté, on le cacha et plus tard il reparut.»
--St-AMAND apprécie de même cette mesure dans sa _Rome ridicule_: «C’est doublement les faire vivre, Que les faire mourir ainsi».
21, +Honteux+.--La pudeur doit servir...
25, +Suiuent+.--Vers de la traduction, par AMYOT, du traité de PLUTARQUE, _Qu’il faut qu’un philosophe converse avec les Princes_, 5.
=194=, 4, +Dieu+.--Il n’y a pas si longtemps que j’ai cessé d’être enrôlé sous les drapeaux de ce dieu.
32, +Maritale+.--Cette appréciation de Montaigne est aussi celle de BERNARDIN DE S.-PIERRE qui, dans son _Préambule_ de l’_Arcadie_, insère la citation qui précède et la fait suivre de ce commentaire: «Mais, pour affaiblir ce que ce tableau a de licencieux et de contraire aux mœurs conjugales, le sage Virgile oppose immédiatement après, à la déesse de la volupté, qui demande à son mari des armes pour son fils naturel, une mère de famille, chaste et pauvre, occupée des arts de Minerve pour élever ses petits enfants; et il applique cette image touchante, aux mêmes heures de la nuit, pour présenter un nouveau contraste des différents usages que font du même temps le vice et la vertu.»
33, +Mousses+.
«L’amour que l’on contracte entre mains de notaire, Ne connaît point d’amour les plus secrets mystères; C’est un amour bâtard, qui naquit (ce dit-on), Là-bas, dans les enfers, de la vieille Alecton.
Mais l’autre, qui fut fils de la belle Cyprine, D’une plus douce flamme échauffe la poitrine.
Il nous apprend des tours qui sont bien plus plaisants, Et de cent mille jeux entretient nos beaux ans.»
GILLES DURAND DE LA BERGERIE, 1591.
37, +Raison+.--Doivent avec raison être pris en considération, entrer en ligne de compte.
=196=, 4, +Prudemment+.--Il faut prudement, c.-à-d. avec pruderie, décence, réserve; ARISTOTE dit en effet: «Que le mari approche de sa femme avec pruderie et modestie; qu’il soit vergogneux (chaste, réservé) en paroles, droiturier et honnête en actions.»--Le concile de Trente a dit de même: «Le mariage est une chose sainte, il faut le traiter saintement.»--Dans le langage du XVIe siècle, pruderie était toujours pris en bonne part et signifiait décence austère, exempte d’hypocrisie, comme dans ces vers du _Roman de la Rose_: «Prudes femmes, par Saint Denys, Autant en est que de Phenix.»
16, +D’aguet+.--Avec précaution, circonspection; en demeurant sur ses gardes.
25, +Vertu+.--Sage et judicieuse réflexion sur la noblesse comparée à la vertu.
28, +Nil+.--Les sources de ce fleuve, si célèbre de toute antiquité, qui a un cours de 6.500 kil., sont longtemps demeurées inconnues; leur recherche préoccupait déjà les anciens.--Néron envoya une expédition pour les découvrir. Au IIe siècle, le géographe PTOLÉMÉE faisait sortir le Nil de deux grands lacs situés au pied de montagnes couvertes de neiges éternelles (montagnes de la Lune) et les cartes et les sphères du XVIe siècle indiquent d’une manière relativement précise la situation de ces lacs, indication que ne reproduisent pas les cartes du XVIIIe siècle. A partir du commencement du XVIe siècle, les Européens entrèrent en relations avec les rois d’Abyssinie et connurent les sources du Nil bleu qui sort du plateau abyssin, mais plus de trois siècles devaient encore s’écouler avant que celles du Nil blanc (Bahr el-Abiad) ne fussent découvertes. En 1850, un explorateur anglais, LIVINGSTONE, le signala comme sortant d’un grand lac de l’Afrique équatoriale qu’il ne put atteindre. En 1858, Speke, officier de l’armée des Indes, y parvint, lui donna le nom de Victoria-Nyanza, mais n’arriva pas à reconnaître l’endroit d’où le fleuve en sort.
Ce ne fut qu’en 1875 que STANLEY le constata, en même temps que l’existence d’un autre lac qu’il appela l’Albert-Édouard, dont les eaux se déversent dans le cours d’eau sorti du Victoria-Nyanza. Enfin en 1892, un missionnaire allemand, BAUMANN, reconnut le Kagera, principal tributaire du Victoria-Nyanza, qui sort d’un lac de beaucoup moindre étendue qu’il nomma lac Alexandra; de telle sorte qu’on tient aujourd’hui comme sources du Nil blanc le lac Albert-Édouard (source occidentale) et le lac Alexandra (source orientale).
=198=, 10, +Ruffiens+.--Amants, galants; mot de provenance italienne.
12, +Leur+.--ARRIEN dit que chez les Indiens, le peuple était divisé en plusieurs ordres, et qu’une loi défendait les mariages entre individus d’ordres différents: un laboureur ne pouvait épouser la fille d’un artisan et ainsi des autres.
13, +Pollus+.--Souillés; du latin _pollutus_, qui a même signification.
18, +S’entreheurter+.--En dehors de ruelles étroites, il n’y a à proprement parler que fort peu de rues à Venise; des canaux de largeur variable et en nombre infini en tiennent lieu. On y chemine en gondoles (barques légères), qui dans leur marche silencieuse courraient risque de se heurter, aux tournants, dans les croisements où la vue est interceptée par les maisons en bordure, si, par un cri particulier, les gondoliers ne se signalaient entre eux.
28, +Est+.--Ce membre de phrase et ce qu’il dit plus loin (=III=, 344): «Il y a toujours quelque piece qui va de trauers, etc.», donnent à penser que dans le ménage de Montaigne tout n’allait pas continuellement pour le mieux; mais, comme il le dit, n’est-ce pas une règle générale et peut-il en être autrement, étant donné la versatilité de notre nature?
«Qui se marie par amour, A bonnes nuits et mauvais jours; Qui se marie par argent, A jour et nuit le cœur dolent.»
«Aller à la guerre ou se marier Ne doit se conseiller.»
«C’est le célibataire qui n’a point de disputes» (_Proverbe_ cité par S. JÉRÔME).--«Es-tu délivré de femme, n’en cherche point.» S. Paul.
12, +Lupus+.--La première de ces deux sentences: «L’homme est à l’homme un dieu», est du poète comique CÉCILIUS, qui ajoute: «s’il connaît son devoir». La seconde, «un loup», est de PLAUTE, qui la complète en disant: «lorsqu’il ne sait quel il est».
18, +Collo+.--Nombre de gens pensent de la sorte; il en a été ainsi de tous temps, mais cela ne fait que croître avec les besoins de bien-être qu’amènent les progrès de la civilisation et les difficultés de la vie; le mariage a tendance à être délaissé, malgré l’atténuation résultant du divorce rendu chaque jour plus accessible, et la femme, exposée de plus en plus à rester fille, est réduite à chercher par elle-même les moyens d’existence qu’elle devrait tenir du travail d’un mari.--C’est qu’aussi combien est plus facile la vie pour le célibataire: les restaurants pourvoient à sa nourriture, les cercles à son intérieur, les maisons de santé le recueillent quand il est malade; il lui est aisé de satisfaire ses appétits sensuels, au mieux de ses caprices du moment; il ne connaît ni les orages, ni les embarras ni les soucis d’un ménage; les enfants ne lui sont point à charge; il n’a à penser et ne pense qu’à lui; toutes choses égales, il est libre et riche, alors que le père de famille a des obligations et se trouve dans la gêne. Même sous le rapport de l’affection, ayant dans le présent plus de ressources, pour l’avenir l’entière disposition de son héritage, l’entourage ne lui fait pas défaut et il trouve chez des parents, des étrangers, les attentions, les témoignages de sentiments en apparence les plus désintéressés, qu’on ne rencontre pas toujours chez les enfants, auxquels on en passe davantage et qui ont des droits, qui font qu’ils en prennent beaucoup plus à leur aise.--Le célibataire est un parasite, qui ne rend pas à la société ce qu’il en retire; à Sparte, il était noté d’infamie, certaines exclusions étaient portées contre lui et parmi les hontes qui lui étaient imposées, à certaine fête, les femmes lui faisaient faire le tour d’un autel, en le battant de verges. On ne saurait à notre époque user de semblables procédés qui seraient par trop inefficaces, et cependant il ne serait qu’équitable de compenser, dans la mesure du possible, les obligations auxquelles il échappe; on pourrait par exemple dans l’obtention de certains emplois, de certaines faveurs, avantager à mérite égal les pères de famille tandis que souvent cette situation tourne contre eux; mais surtout un impôt spécial, proportionnel à leurs revenus, devrait frapper les célibataires et le produit en être affecté à l’attribution de subsides aux familles chargées d’enfants qui sont nécessiteuses, etc.
19, +Dessein+.--A suivre mon inclination naturelle, de mon propre mouvement.
30, +Esperé+.--Montaigne avait épousé en 1565 Françoise de la Chassaigne, fille d’un conseiller au Parlement de Bordeaux, comme lui-même l’était à ce moment. Il semble s’être marié un peu pour combler le vide laissé en lui par la mort de La Boétie, survenue deux ans auparavant. Bien que, dans les Essais, Montaigne se soit en quelque sorte fait une loi de passer sous silence sa vie conjugale, qu’il n’y fasse guère allusion que lorsqu’il se plaint des difficultés que présente par moments la vie domestique, ou qu’il exprime la confiance qu’il a, lorsqu’il s’absente, en qui en son absence a la gestion de sa maison, il y a lieu de penser qu’avec les idées qu’il avait sur le mariage si, comme il est probable, l’affection et la confiance ont régné entre les deux époux, leurs épanchements ont toujours été modérés, et qu’il n’eût pu dire, à son lit de mort, à sa femme comme son ami La Boétie, qui avait sur ce point des idées d’une élévation de sentiments bien autres, le dit à la sienne ainsi qu’il le rapporte lui-même: «Ayant été joint à vous par le saint nœud du mariage, qui est l’un des plus respectables et inviolables que Dieu nous ait donnés ici-bas, je vous ai aimée, chérie et estimée autant qu’il m’a été possible et suis tout assuré que vous m’avez rendu réciproque affection que je ne saurais reconnaître.»--De fait, Françoise de la Chassaigne, morte en 1627, femme de sens, très rangée, très entendue dans les soins du ménage, paraît avoir été en même temps une épouse discrète, s’effaçant volontiers, telle que Montaigne pouvait la souhaiter; lui mort, elle se dévoua à sa mémoire et à son œuvre.
=202=, 5, +Traistre+.--Ces deux vers sont d’un auteur inconnu; on peut leur appareiller ceux-ci dont la source est également ignorée: I Si tu as maistre, sers-le bien: Dis bien de lui, garde le sien; Son secret cèle, quoi qu’il fasse, Et sois humble devant sa face.
II Ne souffre à ta femme pour rien, Mettre son pied dessus le tien; Le lendemain, la bonne bête Le voudra mettre sur ta teste.
11, +Appetit+.--Qui ne s’accorde pas avec mes désirs.
14, +Recognoistre+.--«Et c’est là pour moi une consolation, a dit un commentateur; je sais que je fais mal, donc je n’ai pas encore perdu la connaissance du devoir et par suite l’espérance de revenir au bien.»
20, +Maistre+.--Vole son maître. «Ferrer la mule», est une expression du temps de Montaigne, signifiant gagner sur un achat fait pour le compte d’un autre, autrement: «Faire danser l’anse du panier.»--Cette expression paraît venir de ce qu’aux temps où les magistrats allaient au palais montés sur des mules, les laquais qui gardaient ces bêtes pendant l’audience, buvaient ou jouaient pour se désennuyer, puis cherchaient quelquefois à s’indemniser de leur dépense ou de leur perte, en comptant à leurs maîtres des frais supposés pour le ferrage des mules.
32, +Repentis+.
«Amours qui commencent par anneaux, Finissent par couteaux.»
39, +Empescher+.--Sans que cela nous arrête.
=204=, 7, +Differentes+.--Ælius Verus pensait comme Montaigne, quand il disait à sa femme lui reprochant ses infidélités: «Souffrez que je passe mes caprices avec d’autres, le titre d’épouse est synonyme 13, +Profuse+.--Prodigue, s’étend trop loin; du latin _profusus_, que Montaigne a francisé, mais qui nous a donné «profusion» qui est resté.
15, +Lycurgus+.--A Sparte, tout jeune homme désirant une jeune fille en mariage l’enlevait à sa famille, la conduisait chez une matrone qui la recueillait et la cachait; lui-même ne venait la voir qu’à la dérobée et continuait à aller coucher la nuit dans les dortoirs communs avec les autres jeunes gens; cela durait quelquefois si longtemps que des maris avaient des enfants qu’ils ne s’étaient pas encore montrés en public avec leurs femmes; par là les époux s’accoutumaient à la tempérance et à la sagesse, qui entretenaient en eux la vigueur et la fécondité, leur conservaient leur première ardeur et renouvelaient leur amour.
19, +Riotte+.--Petite querelle, petite dispute.
21, +Tempestueux+.--Même dans les rapports les plus intimes que, d’un commun accord, nous avons avec elle, il y a encore désaccord et dispute.
25, +Femme+.--OVIDE, _Métam._, III, 323.--Tirésias, un des plus célèbres devins de l’antiquité. La fable raconte que rencontrant deux serpents qui frayaient ensemble, il les sépara et aussitôt devint femme; au bout d’un certain temps, les rencontrant à nouveau en même situation, il reprit sa première forme d’homme. Comme il avait de la sorte connu les deux sexes, un différend s’étant élevé entre Jupiter et Junon sur la question de savoir si les femmes ont plus de part que les hommes au plaisir vénérien, il fut pris pour juge et prononça que de dix parts de plaisir dans cet acte, il y en avait neuf pour la femelle et une pour le mâle; la déesse, irritée de ce qu’il avait prononcé contre elle, le rendit aveugle; pour le dédommager, Jupiter lui accorda le don de prophétie.
militaire en Gaule qui, sous le règne de Probus, fut fait imperator par ses troupes; vaincu, il fut mis à mort; il avait quelques talents militaires (280).
29, +Emperiere+.--Impératrice. Cette impératrice c’est Messaline, épouse de l’empereur Claude, qui se livra, s’imposa même parfois à tout homme de tout rang et de tout état, allant jusqu’à épouser publiquement, du vivant de son époux, un de ses amants qu’elle aimait éperdument; ce qu’apprenant, Claude la fit mettre à mort.
38, +Foy+.--Qu’en ce qui touche la religion, que ceux qu’elle impose à notre foi.
40, +Hergnes+.--Humeur chagrine, acariâtre; même racine que «hargneux (querelleur)», qui est encore en usage.
=206=, 14, +Prix+.--NICOLAS BOHIER, jurisconsulte de Bordeaux, mort en 1553, conte ainsi le fait: «En son temps, un homme de la Catalogne avait de telles facultés prolifiques, que chaque jour il entrait jusqu’à dix fois en rapport avec sa femme; la reine d’Aragon en fut informée secrètement; elle le fit venir et il avoua le fait. Sur ce la reine lui interdit sous peine d’avoir la tête tranchée d’entrer désormais plus de six fois par jour en rapport avec sa femme, que davantage le mettait en péril de mort. Qu’est-ce qui en cela est le plus étonnant: ou ce dont le mari était capable ou la mauvaise querelle que lui avait faite son épouse?»
17, +Cela+.--Que les femmes sont plus ardentes que nous aux effets de