célibataires masculins âgés de plus de trente ans, et à 1.800.000 celui des ménages sans enfants). A cette mesure, on objecte que l’impôt ne saurait être un moyen de réformer la société; mais tel n’est pas le but que nous envisageons: nous ne voyons là qu’une compensation équitable des charges qu’entraîne la famille et dont ils sont exempts; alors qu’on cherche par l’impôt sur le revenu à obtenir une plus juste répartition de nos contributions, quoi de plus naturel et de plus juste que d’atteindre ceux dont les revenus sont si fort accrus de ce chef!
de l’île de Paros (anc. Grèce), poète dont Platon loue les talents et la sagesse, disait: «De la crainte ou du chagrin, c’est ce qu’un père éprouve en tous temps par son fils.»
31, +Mieux+.--Il l’agrandit tout au moins, car, en 1576, il fit acquisition pour 1.500 livres (environ 8.000 fr. de notre monnaie) d’une forêt près et au N. de son château.--A son décès, sa succession a été estimée à 90.000 livres, dont 60.000 pour la terre, laquelle, lorsqu’elle sortit de la famille, au commencement du siècle dernier, fut vendue 120.000, et estimée à 224.000 trente ans plus tard; aujourd’hui, manoir (en dehors de sa réfection dernière), terres et bois, représentant une superficie d’environ 350 hectares, valent plus du double.--Sa fille, en se mariant, reçut en dot 20.000 livres tournois.
33, +Pas+.--Aussi ne m’a-t-elle pas accordé de grâce.
34, +Ans+.--Montaigne écrivait ces lignes vers 1586; et Ramon Eyquem son bisaïeul, auquel la famille était redevable de sa situation de fortune et de l’acquisition du domaine de Montaigne, et par lui de son anoblissement, était mort en 1478.
=480=, 2, +Bulle+.--Titre émanant de la chancellerie romaine.--Montaigne laisse entendre ici que ce titre de bourgeoisie romaine lui a été conféré sans qu’il le demande; dans son Journal de voyage en Italie, il dit à cet égard: «Je le recherchai, et pour l’obtenir y employai mes cinq sens; j’y trouvai de la difficulté que je parvins toutefois à surmonter.»
4, +Estois+.--En 1581. A cette époque, depuis longtemps déjà, ce n’était là qu’un titre honorifique; dans les temps anciens, le droit de cité, à Rome, comportait nombre de prérogatives, parmi lesquelles: la liberté individuelle, le citoyen romain ne pouvait être battu de verges, réduit en esclavage, ni même mis à mort, car il pouvait éviter la peine capitale en s’exilant; il pouvait aspirer à toutes les magistratures; servir dans les légions et, par suite, participer aux commandements et au butin; être exempt de certains impôts, etc.
Généralement la concession du droit de cité n’était faite qu’avec concession restreinte des privilèges qui y étaient attachés.
34, +Condita+.--Une grande incertitude règne sur la date exacte de la fondation de Rome que l’on admet avoir eu lieu de l’an =754= à l’an =752= av. J.-C.; en conséquence pour la supputation des dates ayant trait à son histoire on prend généralement l’an =753= (date moyenne) comme point de départ; à en juger par ce document, cette date devrait, d’après les archives de Rome, être l’an =750=.
=482=, 18, +Delphes+.--Sur le fronton du temple de Delphes était inscrite cette inscription: Γνώθι σεαυτόν (Gnothi seauton), Connais-toi CHAPITRE X.
=484=, 10, +Affection+.--Et contiendrais volontiers le sentiment d’affection qui est en moi, de peur...15, +Importables+.--Insupportables.
=486=, 5, +Entrailles+.--Les embarras domestiques que j’ai dans mon intérieur.
8, +Forains+.--D’autres affaires extérieures, étrangères, du dehors.
22, +Causa+.--Le membre de phrase qui suit est la traduction de cette citation.
29, +Personne+.--Toute cette période est empruntée de SÉNÈQUE, _De brev. vitæ_, 3.
=488=, 9, +Aussi+.--Montaigne était aux bains de Lucques, en septembre 1581, quand il reçut la nouvelle de son élection; il répondit en déclinant l’honneur qui lui était fait; mais les Bordelais s’entêtèrent et s’adressèrent au roi qui intervint, en lui écrivant qu’en acceptant «il ferait une chose très agréable et que le contraire lui déplairait grandement», ordre devant lequel Montaigne céda.--Voici du reste in-extenso la lettre de Henri III qui est datée du 15 décembre: «Pour ce que j’ai en estime grande votre fidélité et zélée dévotion à mon service, ce m’a été plaisir d’apprendre que vous avez été élu major de ma ville de Bordeaux; et ai confirmé la dite élection d’autant plus volontiers qu’elle a été faite sans brigue et en votre lointaine absence. A l’occasion de quoi mon intention est, et vous ordonne et enjoint bien expressément, que sans délai ni excuse, reveniez au plus tôt que la présente vous sera rendue, faire le dû et service de la charge où vous avez été si légitimement appelé, et vous ferez chose qui me sera très agréable et le contraire me déplairait grandement.»
12, +Eslection+.--Cette durée de deux ans et cette absence de loyer et de gain dans les fonctions de maire de Bordeaux n’existaient que depuis 1550; auparavant cette charge était perpétuelle et une rétribution de 1.400 livres tournois environ y était affectée qui se trouvait alors limitée à deux robes par an aux armes de la ville.
13, +Moy+.--Il semble qu’on peut conclure de là qu’on fut satisfait de son administration; Balzac a insinué le contraire, sans en donner de preuve.
17, +De Matignon+.--Le maréchal de Matignon avait été gouverneur à Alençon et à Saint-Lô, lors de la Saint-Barthélemy, et s’était refusé à exécuter les massacres ordonnés par le roi.
18, +Minister+.--Dans l’éd. de 88, ce vers est complètement entremêlé.
commencement de son traité _Des trois formes du gouvernement_. Ni l’un ni l’autre ne parlent de Bacchus, et Plutarque nomme les Mégariens, au lieu des Corinthiens.
24, +Deschiffray+.--Je me fis connaître.
34, +Appellé+.--Le père de Montaigne qui, antérieurement, avait été, à diverses reprises et à divers titres, membre de la municipalité de Bordeaux, en avait été nommé maire en 1554 et s’y était signalé par de nombreuses mesures administratives.
=490=, 13, +Siller+.--Fermer nos yeux. Siller les yeux, se disait des oiseaux de chasse, auxquels quand on n’avait pas de chaperon pour leur couvrir la tête, lorsqu’on les portait, on cousait les deux paupières avec une pointe d’aiguille pour qu’ils n’y voient pas; dessiller, qui signifie le contraire, ouvrir les yeux, est demeuré dans la langue.
=492=, 36, +Faut+.--Il manque son coup.
=494=, Montaigne, qui les donne un peu autrement qu’ils ne sont dans Sénèque, les traduit exactement avant de les citer. Ils sont le développement de cette autre sentence: _Festina lente_ (hâtez-vous lentement), qui, dit-on, se reproduisait souvent dans la conversation et la correspondance de l’empereur Auguste.
16, +Maistre+.--Probablement le roi de Navarre, depuis Henri IV.
35, +Saisir+.--«Qui trop embrasse, mal étreint.»
=496=, 4, +Opinion+.--«Si tu vis conformément aux lois de la nature, tu ne seras jamais pauvre; si tu te règles sur celle de l’opinion, tu ne sera jamais riche; la nature se satisfait de peu, à l’opinion il faut 14, +Onces+.--Environ 300 gr., la livre n’étant alors que de 400.
17, +Cleanthes+.--C’est Zénon qui disait cela de Cléanthe, son disciple. DIOGÈNE LAERCE, VII, 169.
24, +Outre+.--Accordons-nous quelque chose de plus.
latin_ qu’on trouve dans Macrobe.--Fontenelle disait au sujet de cette pensée que reproduit également Pascal, qu’il voudrait bien savoir quelle était la première, puisque l’habitude est la seconde. Ce n’était là que boutade de sa part; au surplus Montaigne, en poursuivant, s’explique à cet égard de la façon la plus compréhensible: la première est celle en laquelle nous sommes, avant les transformations que nous subissons par le seul effet des habitudes que nous prenons par des causes diverses et qui, en s’infusant en nous, nous modifient dans de telles proportions que l’on peut dire sans exagération que notre nature est autre. Que de fois l’enfant ne se retrouve pas dans l’adulte, ni l’adulte dans l’homme fait!
31, +Essimoit+.--Amaigrissait. Terme de fauconnerie; essimer un faucon c’est lui faire perdre un excédent de graisse, en le soumettant à un certain régime.--L’éd. de 88 port.: _estansoit_.
39, +Ie me plaindrois...d’Arabie+.--Var. de 88: _Ie ne me reforme pareillement gueres en sagesse pour l’vsage et commerce du monde, sans regret que cet amendement me soit arrivé si tard que ie n’aye plus loisir d’en vser: ie n’ay d’oresenauant besoing d’aultre suffisance que de patience contre la mort et la vieillesse. A quoy faire vne nouuelle science de vie à telle declinaison, et vne nouuelle industrie à me conduire en cette voye où ie n’ay plus que trois pas à marcher?
Apprenez veoir la rhetorique à vn homme relegué aux desers d’Arabie._ 40, +Homme+.--Ce n’est pas ce que dit le proverbe: «Mieux vaut tard que jamais.»
=498=, 12, +Pape+.--Grégoire XIII qui, en 1582, avait réformé le calendrier dont il avait retranché dix jours pour mettre l’année civile en concordance avec l’année solaire. En France, on était passé subitement antérieur à cette époque: «A la Sainte-Luce, les jours croissent du saut d’une puce», se répète encore, bien qu’aujourd’hui il ne soit plus vrai, la Sainte-Luce tombant le 13 Xe et les jours décroissant jusqu’au 22; avant la réforme grégorienne, cette fête tombait le 23, et du 22 au 23 l’accroissement du jour est en effet insensible, seulement de quelques secondes.
15, +Vendique+.--Réclame, revendique. Terme du palais qui vient du latin _vindicare_ et qui n’est plus en usage; revendiquer a prévalu.
18, +Grommelle+.--Murmure entre ses dents.
26, +Issue+.--Montaigne fait peut-être, entre autres, allusion ici à l’élection des papes, dans laquelle on tenait et on tient encore grand compte de l’âge, afin que le nouvel élu ne se perpétue pas dans sa fonction.
30, +Mesure+.--Dans la mesure de notre état habituel.
34, +Aduersitez+.--«L’homme tient par ses vœux à mille choses: plus il augmente ses attachements, plus il multiple ses peines.» J.-J.
ROUSSEAU, _Émile_, V. Sénèque a souvent, lui aussi, exprimé la même pensée.
=500=, 3, +Pointe+.--S’abandonnent à l’impétuosité de leurs désirs. Courir de pointe, c’est courir avec impétuosité, c’est ce que les Italiens appellent _la furia francese_.
5, +Histrioniam+.--Fragment de PÉTRONE, conservé par JEAN DE SALISBURY, _Polycratic._, III, 8.--S. Jean Chrysostome et d’autres ont employé cette comparaison: «Le monde est une comédie qui se joue en différentes scènes; les spectateurs se connaissent mieux que les acteurs.» BOSSUET.
«Ce monde n’est qu’une œuvre de comiques, Où chacun fait ses rôles différents, Là, sur la scène, en habits dramatiques, Brillants prélats, ministres, conquérants, Pour nous, vil peuple, assis aux derniers rangs, Troupe futile et des grands rebutée.
Par nous, d’en bas, la pièce est écoutée, Mais nous payons, utiles spectateurs; Et quand la farce est mal représentée, Pour notre argent nous sifflons les acteurs.» J.-B. ROUSSEAU.
«La vie que tu vois n’est qu’une comédie, Où l’un fait le César, et l’autre l’arlequin; Mais la mort la finit toujours en tragédie, Et ne distingue point l’empereur du faquin.» _Auteur inconnu._ «...Le monde est une comédie, où le personnage que vous jouez n’est pas des plus relevés; mais il n’y en a pas où l’on ne puisse acquérir de l’honneur. Nous sommes ici-bas comme dans l’arche de Noé: peu d’hommes et beaucoup de bêtes.» LAMOTHE LE VAYER, 1684.
«Oui, ce bas monde est une comédie Où, gouvernés par une austère loi, Pauvres acteurs des drames de la vie, Nous remplissons bien ou mal notre emploi.» SCRIBE.
BALZAC, SHAKESPEARE ont aussi exprimé cette même idée. «La vie est une comédie pour ceux qui pensent, et une tragédie pour ceux qui sentent,» a dit WALPOLE.
12, +Prelatent+.--Se glorifient; se prélater, c’est témoigner par ses manières qu’on se croit fort au-dessus des autres, se donner des airs de prélat.
19, +Claire+.--Montaigne maire et Montaigne simple particulier ont toujours été deux êtres absolument distincts.
23, +Exercice+.--C’est ce qui arrive tous les jours. Nous voyons en effet constamment les hommes politiques commettre des actes ou s’associer à des mesures contre lesquelles leur conscience se révolterait en tant qu’hommes privés, si leur mentalité n’était absolument oblitérée, dans l’exercice de leur mandat; c’est triste, mais c’est la loi des sociétés, si différente et parfois si opposée à la loi de nature, et c’est ce qui jusqu’à un certain point peut leur tenir lieu d’excuse. Il en est souvent de même des avocats, qui eux peuvent invoquer les exigences de la cause bonne ou mauvaise qu’ils ont entrepris de défendre; cela se rencontre aussi couramment chez les journalistes, mais ceux-là ne sont point excusables, car ils n’obéissent guère qu’à leur propre intérêt et au désir d’accroître le tirage de leurs journaux.
24, +Preualoir+.--Il faut prendre le monde comme il est et, autant qu’on le peut, en tirer avantage.
27, +Pierre+.--C.-à-d. familièrement, comme feraient d’obscurs personnages.
=502=, 7, +Contraire+.--Add. de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir introduire dans la traduction: _Vtatur motu animi, qui vti ratione non potest._ Traduction: «Que celui-là s’abandonne à la passion, qui ne peut suivre la raison.» CICÉRON, _Tusc._, IV, 25.--Cette citation se trouve déjà liv. III, ch. I, =III=, 82.
12, +Cause+.--C’est qu’ils n’en veulent pas à la cause. Cette locution subsiste encore dans le langage familier: A qui en avez-vous?
à qui en a-t-il pour être de si mauvaise humeur?
14, +Masche+.--Les blesse, les incommode. On trouve dans NICOT: Il a le visage masché, c.-à-d. meurtri.
18, +Forcene+.--Je ne m’emporte point, je ne suis point hors de moi.
26, +Heretique+.--Peut-être Clément Marot, peut-être Théodore de Bèze, tous deux poètes et très zélés calvinistes, dont il est parlé avec éloge, de l’un comme de l’autre, dans les Essais. V. =I=, 642 et =II=, 518.
=504=, 10, +Apollonius+.--Après avoir embrassé de bonne heure la doctrine de Pythagore, se soumit à toutes les austérités de cette secte; visita l’Asie Mineure, la Chaldée, pénétra jusque dans les Indes, puis se rendit en Grèce, en Italie, excitant partout l’admiration et faisant des guérisons miraculeuses. Ses contemporains le regardaient comme un homme extraordinaire et lui reconnaissaient le don de prévoir l’avenir et de faire des miracles. Les païens, dans les temps qui suivirent, allèrent jusqu’à le mettre en parallèle avec le Christ.
c’est le mener par le nez, comme un buffle.
11, +Discretion+.--Jugement, discernement; du latin _discretio_, qui a cette signification; ne s’emploie plus dans ce sens.
14, +Depuis+.--Le premier, c’est le parti protestant; l’autre, né depuis, c’est la Ligue.
18, +Vague+.--Si on ne suit.
33, +Garde+.--C’est qu’en effet la cause de la guerre de Marius et de Sylla était tout autre: cette guerre fut en réalité une de ces crises violentes de la lutte éternelle de ceux qui n’ont pas contre ceux qui ont, qui aujourd’hui se traduisent par les grèves; mais, pour s’être transformé, le conflit n’en est pas moins âpre.
Certes le droit de grève est indéniable, il est un des apanages de la liberté, et présentement le seul moyen de défense, quelque peu efficace, de l’ouvrier contre le patron; mais de même que l’accaparement des choses de première nécessité est interdit, tout arrêt d’une certaine importance dans les diverses branches du commerce, de l’industrie ou de l’agriculture, ne saurait être admis; le droit de grève, comme tout autre droit individuel, ne saurait s’exercer de manière à préjudicier à la société.
En la circonstance, ces deux principes ne sont point inconciliables: il suffit d’empêcher ces conflits de se généraliser; de faire que chaque fois ils se limitent au cas particulier qui l’a amené et à cet effet poursuivre impitoyablement, pour fait d’excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres, tous ceux qui par leurs menées ou leurs écrits les fomentent ou s’en mêlent alors qu’ils n’y sont pas directement intéressés. En outre, toute atteinte à la liberté de travail de ceux qui se refusent à l’abandonner, tout méfait tant contre les personnes que contre les propriétés seraient à prévenir d’une façon efficace, les principaux meneurs, les membres du syndicat quand il existe, en étant personnellement et pécuniairement responsables.
Et si, pour en arriver là, il est nécessaire d’avoir recours à l’armée, il faut, tout en recommandant la prudence et la modération, ne pas la réduire de parti pris à l’impuissance en substituant à la loi qui lui trace ses devoirs des instructions arbitraires, qui font qu’elle doit se laisser bafouer, insulter, frapper, et que seul son sang coulera au lieu et place de celui des fauteurs de désordres en présence desquels on l’a mise.
Que l’on cherche à atténuer les malheurs qui peuvent se produire en pareil cas, rien de mieux. Que ne fait-on pour cela prendre à l’infanterie des cartouches de tir réduit qui blessent, mais ne tuent guère, disposition qui, dit-on, vient d’être rendue réglementaire en Espagne, à la cavalerie les lances qu’on lui fait si malencontreusement déposer, qui, en ne faisant pas usage du fer, n’ont jamais tué personne: elles ne seront pas désarmées et auront le moyen de se faire craindre. Au lieu de cela on leur impose une action absolument passive, qui oblige à mettre en ligne des forces numériquement considérables, qu’on livre au ridicule, sans préjudice des outrages, des coups et blessures auxquels elles sont en butte, et les grèves se prolongent indéfiniment, ne cessant que pour recommencer à courte échéance; c’est la misère pour les uns, la ruine pour les autres, et pour la France de sérieuses atteintes à la paix et à la prospérité publiques.
Le mieux évidemment est de chercher à prévenir les grèves. L’un des palliatifs de quelque efficacité à cette guerre entre le travail et le capital semble être la participation de l’ouvrier aux bénéfices, soit par le fait d’entreprises ouvrières effectuées en commun et dont l’intégralité des produits serait répartie entre les coopérateurs, soit que dans les entreprises patronales où une part des bénéfices reviendrait à l’ouvrier. Plût à Dieu que ce système si équitable, déjà appliqué par quelques-uns, se généralise et que par lui s’améliore le sort de ces malheureuses femmes employées dans les grandes villes à des travaux de couture par les grands magasins qui les exploitent indignement, leur faisant à grand’peine l’aumône d’un salaire dérisoire d’un franc cinquante à deux francs pour une journée de dix à douze heures de travail, se retranchant, pour abuser ainsi, derrière cette loi draconienne de l’offre et de la demande.
=506=, 4, +Voy+.--A mesure que je la vois.
39, +Desinent+.--Quelques pages plus bas (=III=, 512), Montaigne traduit lui-même bien plus vivement cette même pensée: «De combien il est plus aysé de n’y entrer pas, que d’en sortir!»
5, +Ennemis+.--Accidents fâcheux. Succès est employé ici dans le sens du latin _successus_, qui signifie toute espèce d’événements heureux ou malheureux.
10, +Exemples+.--N’entreprenons pas d’imiter ces exemples.
vient le mot esquif.
23, +Contraire+.--Add. de 88: _Il n’espere pas que la ieunesse en puisse venir à bout._ 29, +Panthée+.--Abradate roi de la Susiane, reconnaissant à Cyrus de la manière dont il avait traité son épouse captive, devint son ami et allié, et périt peu après, en soutenant sa cause, dans une rencontre avec les Égyptiens. Panthée se tua sur son corps.
31, +Tentationem+.--Montaigne paraphrase ce passage après l’avoir cité.
=510=, 4, +Mesmes+.--Lorsque les causes de leur erreur sont affaiblies par le temps et bien loin d’eux.
6, +Vert+.--Au dépourvu.--Expression provenant d’un jeu qui se joua, particulièrement en mai, où l’on est obligé, sous de certaines peines, à avoir toujours sur soi quelques feuilles de verdure cueillies le jour même et où chacun cherche à surprendre son compagnon à un moment où il n’en a pas.
14, +Trahunt+.--Phrase d’origine inconnue que Montaigne a traduite avant de la reproduire.
15, +Bee+.--Coure, soupire. Béer, c’est appeler, souhaiter, à gueule béante, comme fait le mouton bêlant.
17, +Recueil+.--Accueil, comme on dit aujourd’hui.
35, +Bruire+.--Murmurer, résonner, se faire entendre. Bruire n’est plus guère usité; ses dérivés, bruit, bruissement, sont demeurés.
=512=, 11, +Iournées+.--Enfin, à force de soins, j’en suis arrivé à ce que...12, +Procès+.--Ses héritiers, du fait de ses dispositions testamentaires, n’ont pu en dire autant. V. N. =II=, 44: Masculines.
16, +Nom+.--C.-à-d. j’ai bientôt écoulé une longue vie, sans avoir reçu ni avoir fait à personne aucune offense grave et sans qu’on m’ait dit plus que mon nom, qu’on y ait accolé d’épithète désagréable.
17, +Ridicules+.--«Grands effets et petites causes; mais combien apparente n’étant que la dernière goutte faisant déborder le vase.--Le proverbe: «Faute d’un point, Martin perdit son âne», appliqué aux faits de la vie courante semblant sans importance et qui par suite de particularités imprévues sont gros de conséquences, rend la même idée que celle exprimée ici par Montaigne concernant les événements qui bouleversent le monde: Un sieur Martin, dit la tradition, prieur de l’abbaye d’Asello (d’Italie), avait fait graver sur la porte du couvent cette inscription: «_Porta, patens esto, nulli claudaris honesto_ (Porte, sois ouverte à tous, ne sois fermée pour aucun honnête homme)»; mais, par inattention, l’ouvrier avait déplacé une virgule, ce qui permettait de lire: «_Porta, patens esto nulli, claudaris honesto_ (Porte, ne sois ouverte à personne, reste fermée à l’honnête homme)», ce qui, provoquant l’indignation publique, avait amené la destitution du prieur. Son successeur s’empressa de rectifier l’erreur et l’on dit depuis: «_Uno pro puncto, caruit Martinus Asello_ (Pour un seul point, Martin perdit Asello)», c.-à-d. son couvent, qu’un malin et après lui tout le monde a traduit «son âne».
19, +Mouton+.--Allusion à l’origine des démêlés de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, d’abord avec les Suisses qui le battirent à Granson et à Morat (1476), puis avec René de Lorraine leur allié, contre lequel il perdit la bataille de Nancy, où il périt (1477). Le fait initial de ces hostilités fut la saisie par le comte de Romont, vassal du duc de Bourgogne, à un Suisse qui traversait ses terres, d’un chariot chargé de peaux de mouton; pour se venger, les Suisses enlevèrent au comte de Romont une partie de ses terres, ce qui amena celui-ci à demander aide et protection à son suzerain. PHILIPPE DE COMINES.
n’est autre que la République romaine ébranlée par la rivalité et les guerres civiles de Marius et de Sylla, dont le point de départ fut que, Marius étant consul et Sylla son préteur, chacun revendiquait le mérite de la prise de Jugurtha, roi de Numidie (=106=): Marius, parce qu’il commandait et que c’était lui qui avait obtenu de Bocchus, roi de Mauritanie, beau-père de Jugurtha, de le lui livrer; Sylla, parce que c’était entre ses mains que cette livraison avait été effectuée.
Sur ces entrefaites, Sylla se fit faire, reproduisant cet épisode, un cachet dont il se servit exclusivement, ce dont l’irritation de Marius fut vivement accrue. On cite souvent, après Montaigne, le cachet de Sylla à l’appui de cet adage que «de très petites causes sont le plus souvent la cause des plus grands événements». La prise d’Alger en 1830, suivie de la conquête de l’Algérie, n’a-t-elle pas eu pour cause première un coup d’éventail donné, dans le fort d’une discussion, par le Bey d’Alger à notre consul?
22, +Autres+.--Marius et Sylla.
24, +Despense+.--Les États généraux.
26, +Pomme+.--La pomme, prix de beauté, que se disputaient Junon, Pallas et Vénus, cause indirecte de la guerre de Troie, suscitée par les deux premières de ces déesses à la suite de l’enlèvement d’Hélène (V. N. =II=, 178: _Duello_) pour se venger à la fois de Pâris qui, choisi pour arbitre, leur avait préféré leur rivale, et de celle-ci, armant la Grèce contre cette ville tout spécialement protégée de Vénus et où régnait la famille de Pâris.
30, +Poignart+.--On se battait alors en duel, l’épée d’une main et la dague, ou poignard, de l’autre.
32, +A l’enfourner+.--Au commencement, au début, pour savoir si vous vous engagerez dans une affaire ou une querelle.
=514=, 10, +Conseil+.--De céder, d’entrer en accommodements, de faire des excuses, au lieu de lutter et courir les risques qui peuvent s’ensuivre, m’ait...11, +Gourmer+.--Réprimer. Gourmer un cheval c’est lui resserrer le mors avec la gourmette ou chaînette qui l’assujettit en passant sous le menton du cheval.
proverbialement qu’il fallait commencer par Argus et finir par Briarée (tous deux personnages mythologiques qui avaient, le premier cent yeux, le second cent bras).--Il faut délibérer avec lenteur, mais exécuter avec vigueur et célérité ce qui a été résolu. DÉMOSTHÈNE.
33, +Accords+.--Des réconciliations qui suivent nos querelles d’aujourd’hui.
=516=, 22, +Temperantur+.--La traduction qui est donnée de cette citation est de Montaigne qui l’a inscrite sur l’ex. de Bord., puis effacée.
30, +Acheron+.--Un des bras du Nil au S. de Memphis (Égypte anc.); formait une île où se trouvait une nécropole, d’où les Grecs en ont fait un fleuve des Enfers.
cette citation: «Heureux le sage instruit des lois de la nature, Qui du vaste univers embrasse la structure, Qui dompte et foule aux pieds d’importunes erreurs, Le sort inexorable et les fausses terreurs; Qui regarde en pitié les fables du Ténare, Et s’endort au vain bruit de l’Achéron avare!
Mais trop heureux aussi qui suit les douces lois Et du dieu des troupeaux et des nymphes des bois!»
=518=, 3, +Ville+.--De ma conduite comme maire de Bordeaux, dont il a déjà été question au commencement de ce chapitre, =III=, 488.
12, +Moins+.--Et moins encore une preuve de...16, +Charge+.--Montaigne fut réélu maire en 1583.
23, +Cessation+.--On m’a accusé de n’avoir rien fait.
25, +Charrie+.--C.-à-d.: Partout où ma volonté m’entraîne, je suis vif, ardent, empressé.--L’éd. de 88 port. _esmeu_, au lieu de «trespignant».
=520=, 7, +Luy+.--Richelieu pensait autrement et se félicitait de voir tant d’honnêtes gens dormir sans crainte à l’ombre de ses veilles; c’est lui qui veillait pour assurer aux autres le sommeil du lendemain, tandis que Montaigne se bornait à jouir du présent, imprévoyant des besoins du lendemain de ses administrés. Gouverner, commander, administrer, c’est prévoir.
8, +Glissante+.--Facile, qui passe inaperçue, sans incidents marquants.
12, +Hommes+.--Les hommes de notre temps.
24, +Chalandise+.--Acquisition de chalands, clients, clientèle; chalandise a disparu de la langue, où demeurent chaland et achalander.
27, +Alexandre+.--Allusion à ce passage de PLUTARQUE, _Alexandre_, 2, dans la trad. d’Amyot: «Toutes les fois qu’il venoit nouuelles que Philippe auoit pris aulcune ville de renom, ou gaigné quelque grosse bataille, Alexandre n’estoit point fort ioyeux de l’entendre, ains disoit à ses egaulx en aage: Mon pere prendra tout, enfants, et ne me laissera rien de beau ni de magnifique à faire et à conquerir auecques vous.»
33, +Condition+.--C’est ce que Socrate lui reproche dans le _I_er _Alcibiade_, une ou deux pages après le commencement.
35, +Embabouynant+.--Se faisant illusion; une des acceptions assez mal définies de ce mot.
=522=, 5, +Consent+.--Et qui convînt, qui fût témoin...8, +Batelée+.--Cargaison, chargement de navire.
14, +Bourse+.--Qui ne peut se faire louer par les autres, qu’il se loue lui-même.
31, +Belistresse+.--Gueuse, mendiante. On disait autrefois «belistrer» pour «mendier»; et l’on appelait les quatre ordres de belîtres, les quatre ordres religieux mendiants: les Jacobins, les Cordeliers, les Augustins et les Carmes.
38, +Rabats+.--Ce qui m’oblige à rabattre quelque chose de sa bonté, 7, +Glorieux+.--Vaniteux, orgueilleux. Prise dans un sens favorable, Montaigne n’eût pas donné cette qualification à Cicéron.
7, +Durer+.--Le devoir de ma charge consistait uniquement à conserver et à vivre en paix.
11, +Iour+.--Moins brillante, moins en lumière.
29, +Desseigné+.--Que j’ai eu dessein de suivre, que je me suis tracé.
CHAPITRE XI.
=526=, +Boyteux+.--Montaigne ne traite son sujet que vers la fin du chapitre, qui n’en est pas pour cela ni moins curieux, ni moins philosophique; on y trouve d’excellentes réflexions sur les miracles et les choses extraordinaires. «Qui veut apprendre à douter, n’a qu’à lire ce chapitre en entier,» en a dit Voltaire.
2, +France+.--Il a déjà été question, au chapitre précédent (V. N.
=III=, 498: Pape), de cette réforme du calendrier qui substitua l’année Grégorienne (du nom du pape qui l’introduisit) à l’année Julienne, qui datait d’une réforme de Jules César dont elle porte le nom. Le calendrier, lors de la réforme de César, avançait de 80 jours; remis au point à ce moment, il se trouvait être, 1600 ans après, lors de la réforme grégorienne, en retard de dix jours. Le calendrier Julien, ou vieux style, est encore suivi par les Russes et par quelques autres peuples du rite grec; en ce moment, il est en retard de 13 jours sur l’autre.
8, +Sent+.--Cette appréciation n’est pas juste. La réforme du calendrier était nécessaire pour mettre de l’exactitude dans les observations et calculs astronomiques, fixer avec précision certaines époques de l’histoire, rétablir la concordance entre ses indications et la réalité; l’erreur, sous ce dernier rapport, était déjà assez sensible pour qu’on désirât en voir arrêter les progrès qui, à la longue, aurait amené une transposition complète de saisons: déjà on était en été, que d’après lui le printemps n’avait pas encore pris fin.
16, +Iours+.--L’erreur qui demeure n’est pas telle que le dit Montaigne, et on y pare par le moyen qu’il indique, mais qui avait été décidé dès le principe, en ne faisant pas bissextile l’année qui termine chaque siècle qui, sans cette convention, devrait l’être, son millésime étant divisible par 4.
26, +Borner+.--Délimiter, donner une mesure exacte.
=528=, 2, +Causes+.--Add. de 88: _Ils passent par dessus les presuppositions, mais ils examinent curieusement les consequences._--Un charlatan, au XVIIe siècle, montrait un jeune homme qui avait, disait-il, une dent d’or. Les philosophes de l’époque firent à ce sujet force dissertations pour démontrer qu’il s’était produit là un travail de la nature, analogue à celui par lequel ce métal existe dans les minerais d’or; jusqu’à ce qu’un incrédule, examinant la chose de plus près, découvrit que la prétendue dent n’était autre qu’une dent enveloppée dans une feuille d’or et adroitement entrée dans la gencive (J.-J. Rousseau commence par cette histoire son traité sur la musique).--Aux débuts de la conquête de l’Algérie, une communication des plus intéressantes, tant par elle-même que par l’érudition dont faisait preuve l’éminent correspondant qui l’adressait à une de nos sociétés savantes des mieux qualifiées, signalait la découverte, dans la nouvelle colonie, d’un rat à trompe, dont plusieurs spécimens furent présentés à la docte assemblée et donnèrent lieu à d’importantes discussions, qui ne prirent fin que lorsque l’avenir vint à révéler que ces phénomènes n’étaient autres que des rats de l’espèce la plus commune, auxquels un adroit loustic des Bataillons d’Afrique incisait habilement le museau et y greffait l’extrémité de la queue d’un de leurs congénères, et qu’il cédait à beaux deniers comptants aux touristes émerveillés des surprises que la nature tient continuellement en réserve pour ceux qui cherchent à pénétrer ses secrets.
18, +Matiere+.--Et avec rien, comme avec quelque chose.
23, +Basteler+.--Faire le bateleur en compagnie, pérorer à perte de vue sans but sérieux.
=530=, 12, +Particuliere+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 81.--C’est ce que rend bien ce conte humoristique qui avait cours dans mon enfance. Un Marseillais (on ne prête qu’aux riches) se dit un jour: «Quelle bonne farce je vais leur faire!» et à la première de ses connaissances qu’il rencontre: «Tu sais? lui dit-il...Comment, tu ne sais pas; la baleine échouée, elle bouche l’entrée du port, on ne peut plus ni entrer, ni sortir.--Ah, bah!» dit l’autre, et de courir aussitôt pour voir ce spectacle, interpellant de même façon ceux qu’il rencontre, qui à leur tour propagent la nouvelle à tous venants, si bien que notre farceur, auquel quelqu’un la rapporte et voyant chacun s’empresser, se prend à y croire lui-même: «Peut-être bien, se dit-il, qu’en riant j’ai dit la